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Le chantier de la ligne « Orbital » catalane se dessine
Le ministère espagnol du Développement vient d’adjuger à l’entreprise d’ingénierie « Equipo de Tecnicos en Transporte » (ETT) la conception de la ligne ferroviaire « Orbital » de l’agglomération de Barcelone. D’un montant de 1,3 million d’euros, le contrat concerne une liaison en grande partie nouvelle qui desservira en demi-cercle les contours de Barcelone. Partant de Mataró au nord, elle aboutira au sud à Vilanova i la Geltrú via Sabadell et Martorell. Prévu dans le plan global « Cercanías/Rodalies » 2008-2015, conclu entre le gouvernement de Madrid et la Generalitat (son équivalent catalan), ce projet doit aboutir à une ligne d’une longueur comprise entre 50 à 100 km (selon les tracés retenus). Elle sera réservée à un trafic banlieue qui ainsi évitera le centre encombré de la métropole.
Bouygues favori pour remporter le marché sur Le Mans-Rennes
Selon le quotidien La Tribune du 13 octobre, le groupe de BTP Bouygues est donné favori face à Eiffage et Vinci pour le marché de la future LGV Le Mans-Rennes. Le groupe Eiffage feraient figure de challenger et Vinci a déjà remporté en mars la concession de la future ligne Tours-Bordeaux. « Certains intervenants sur le marché avancent que les jeux sont faits », affirme le journal, alors que les trois groupes remettaient leurs offres finales à RFF le jour même. Argument : Vinci ne pourrait mener de front deux projets aussi importants. Ce à quoi le groupe rétorque que « s’il remet une offre, c’est qu’il est en capacité de l’assumer ». Ce tronçon de 182 km et 32 km de raccordements est estimé à 3,4 milliards d’euros et doit mettre Rennes à 1 h 26 de Paris d’ici à 2015, au lieu de 2 h 03 aujourd’hui. Il s’agit d’un partenariat et non d’une concession, le constructeur retenu recevant des loyers de RFF.
Le port de La Rochelle lance une entreprise ferroviaire avec la Deutsche Bahn
Coup de théâtre à La Rochelle : la SNCF devait créer avec le port le premier opérateur ferroviaire portuaire (OFP) au nom de NaviRail Atlantique. Finalement, un premier train a commencé son service le 8 octobre, mais lancé par un autre OFP, baptisé La Rochelle – Maritime Rail Services. Une société détenue à 75,1 % par le port et à 24,9 % par ECR, la filiale de la principale concurrente de la SNCF, la Deutsche Bahn. Le port l’explique par le désengagement de la SNCF, tandis que cette dernière avance d’autres explications : le port demandait que l’OFP maîtrise les flux commerciaux. Dont ceux du Fret SNCF. En outre, selon Pierre Blayau, l’OFP assurera des dessertes qui iront bien au-delà de son hinterland. Ce qui revient, estime-t-il, à créer une nouvelle entreprise ferroviaire concurrente de Fret SNCF. « Dans ces conditions, il n’était plus question de suivre », souligne le directeur général de SNCF Geodis.
La SNCF met SeaFrance en vente
La SNCF a lancé la mise en vente, fin septembre, de sa filiale à 100 % Seafrance. « La SNCF songeait depuis longtemps à trouver un partenaire, si possible un professionnel du maritime, pour reprendre Seafrance. Toutes les solutions sont envisageables », souligne Seafrance. En attendant, la compagnie maritime est placée en redressement judiciaire jusqu’au 15 décembre. Une période d’observation durant laquelle elle va supprimer 725 postes sur un total de 1 580. Depuis le début de l’année, Seafrance a enregistré pas loin de 350 départs volontaires. Fin octobre, une nouvelle vague de licenciements devrait avoir lieu, concernant environ 70 volontaires, qui vont soit partir en congés de transition d’activités seniors, soit réaliser un nouveau projet professionnel. Début décembre, l’entreprise procédera aux autres licenciements.
SNCF : tous les syndicats d?accord pour la grève reconductible
Après s’être réunies le 6 octobre, les quatre fédérations de cheminots représentatives à la SNCF se sont accordées pour lancer une grève reconductible à partir du 12 octobre pour protester contre la réforme des retraites. La veille, les trois autres organisations syndicales présentes dans l’entreprise – FO, CFTC et CFE-CGC – s’étaient prononcées en faveur de cette forme d’action, plus radicale que les précédentes journées de grève « carrées » de 24 heures. Dès lundi 4 octobre, la CGT de la RATP avait déposé un préavis de grève illimitée, tout comme FO et Sud le préconisaient depuis septembre, la CFDT les rejoignant le 5 octobre. A la CGT-Cheminots, on souligne qu’il va « falloir donner une autre dimension au mouvement ». Et l’on précise que le préavis sera reconductible par période de 24 heures, les cheminots devant décider en assemblées générales du caractère reconductible du mouvement.
Eurostar : Borloo et Bussereau « stupéfaits » par le choix de Siemens
Immédiatement après l’annonce de la prochaine commande de rames Siemens par Eurostar, Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’Écologie, et Dominique Bussereau, secrétaire d’État chargé des Transports, ont fait part de « leur stupéfaction quant à la non-prise en compte par Eurostar des règles de sécurité applicables dans l’appel d’offres engagé pour renouveler ses rames ». Alstom a aussitôt observé que ces règles n’autorisent pas « le passage des trains qu’Eurostar affirme avoir retenus ». Cependant Nicolas Petrovic interrogé par nos soins sur cette question a précisé qu’Eurostar, s’appuyant sur un rapport de la Commission intergouvernementale de sécurité (CIG) datant de mars, qui manifestait l’intention de revoir ces règles, s’était fondé sur les nouvelles spécifications en cours d’étude.

Innotrans 2010 : les géants du ferroviaire se partagent le monde
Cette année, un peu plus qu’il y a deux ans, le salon ferroviaire Innotrans s’est affirmé à Berlin comme le rendez-vous incontournable du secteur. L’occasion pour les industriels de faire le point sur leur stratégie et de dévoiler leurs dernières innovations. Et les Chinois, ils sont où les Chinois ? Pas au salon Innotrans en tout cas. Dans les travées du gigantesque salon de l’industrie ferroviaire, qui se tient tous les deux ans fin septembre à Berlin (2 200 exposants, plus de 100 000 visiteurs comptabilisés, soit 17 % de plus qu’en 2008), les Japonais d’Hitachi ou de JR East étaient bien présents, les Coréens de Rotem et leur KTX également, mais les Chinois brillaient par leur absence. Leur constructeur d’Etat, CNR, aura eu beau communiquer sur son massif plan de développement de LGV ou le métro de Hongkong, l’actualité d’Innotrans était ailleurs. A vrai dire, les politiques et fédérations industrielles semblent plus concernés par cette menace qui plane au-dessus de l’industrie européenne que les premiers intéressés. Alstom, qui a longtemps tenu un discours très acide sur la Chine, semble radouci. L’industriel français vient de signer un MOU avec CNR et SEC dans le domaine des transports urbains, et Thales lui a emboîté le pas avec la même SEC et SAIC, en vue de la création à trois d’une société de systèmes de signalisation pour l’urbain. Quant à Bombardier, il n’a « même pas peur ». « Les Chinois ne sont pas notre principale inquiétude, a soutenu le président de Bombardier Transport, André Navarri, ils se positionnent, mais ils ne sont pas encore vraiment là. Regardez l’appel d’offres d’Arabie saoudite ! Ils sont tellement absorbés par leur marché intérieur qu’ils n’ont pas encore vraiment le temps d’aller ailleurs. » Les Européens, par contre, sont en train de s’affronter aux quatre coins de la planète pour s’adjuger le leadership dans les grands marchés ferroviaires émergents, alors que le marché mondial devrait selon les estimations de l’Unife stagner à 99 milliards d’euros par an jusqu’en 2013. « Les plus belles opportunités vont venir de pays qui n’apparaissent pas aujourd’hui sur l’écran de contrôle », a prophétisé Philippe Mellier, PDG d’Alstom Transport. Si l’on s’offre un tour d’horizon de ce monde qui s’éveille au ferroviaire « up to date », il n’est pas insensé de commencer par l’Inde. Sa monumentale flotte obsolète et son contrat de 1 000 locomotives à venir (estimé à 5 milliards de dollars) font saliver l’industrie. Bombardier vient d’y remporter une commande de 538 voitures pour le métro de Delhi, et se targue d’être le seul « étranger » à produire localement des métros. Alstom a de son côté obtenu une commande de 168 voitures de métro à Chennai. Il y a ensuite l’Amérique latine et en particulier le Brésil avec ses projets de monorail. Bombardier vient de s’adjuger le premier d’entre eux, un coquet marché de 378 voitures pour São Paulo face à Hitachi. Alstom s’y positionne également, dans l’attente du TGV. Quant à l’américain GE, il a annoncé un contrat de 115 locomotives diesel (plus 100 en option) auprès de l’opérateur brésilien de fret MRS. A l’Est, les choses semblent stabilisées. Schématiquement, on peut considérer que Bombardier se contentera de la signalisation, quand Siemens et Alstom se partageront l’immense marché du matériel roulant de la zone « 1 520 » (l’écartement russe). Rien qu’au Kazakhstan, le potentiel de contrats à moyen terme s’élèverait à un milliard d’euros. En Russie, même si les choses tardent à se mettre en place, Siemens enchaîne les succès et décroche une commande additionnelle de 16 nouveaux trains régionaux Desiro (170 millions euros). Mais le plus gros de l’investissement russe est attendu à court terme dans le fret. Alstom et Transmashholding ont signé à Berlin un accord sur la mise au point d’une nouvelle électromotrice de fret, la 2ES5, dont le proto devra voir le jour en avril 2011, la signature du contrat de livraison étant prévue pour l’automne 2011, il porterait selon nos sources sur un programme de livraison de 200 locomotives par an, portant sur plusieurs années à partir de 2012.
Pour remplacer la flotte russe, il y a 20 000 locomotives à produire en vingt ans, ce qui représente une cadence de 1 000 locos par an. On aura constaté durant le salon que Vladimir Yakounine, président de RZD, la tient, la cadence. Celui qui dirige 1,4 million d’employés est aussi capable de signer quatre MOU (Memorandum of Understanding) en une demi-journée. Sur le stand russe, se seront succédé mardi 21 septembre Siemens, Alstom, les chemins de fer kazakhs et enfin la SNCF.
Lumeneo présente un nouveau modèle électrique
L’accueil de la Neoma de Lumeneo au Mondial de l’automobile 2010 à Paris déterminera la date de sa commercialisation. La présentation de sa Smera, une voiturette électrique pas plus large qu’un gros scooter, à Genève, en mars 2008, avait fait sensation. Cette fois, Lumeneo, son fabricant dont la SNCF est actionnaire via son fonds d’investissements Eco-Mobilités Partenaires, se lance avec un véhicule urbain plus traditionnel, qu’il va présenter au Mondial de l’automobile 2010 à Paris. Plus large (1,60 m contre moins de 1 m) mais pas plus longue (2,50 m) que son aînée ou même qu’une Smart Fortwo, la Neoma pourra transporter jusqu’à 4 passagers. L’idée de départ reste la même : « Ne pas subir les embouteillages ni les intempéries, stationner facilement et circuler en sécurité », détaille-t-on chez le constructeur. Compacte, la voiture électrique est dotée de batteries installées sous les sièges, ce qui libère l’espace intérieur. Le prix envisagé est tout de même d’environ 30 000 euros.
Si rien ne s’oppose à ce que la Smera roule sur autoroute – elle est d’abord présentée comme idéale pour les déplacements de proximité –, la Neoma, elle, paraît plus adaptée pour les longues distances. Pour mémoire, la Smera s’incline de 25° dans les virages afin de contrer le roulis généré par son volume haut et étroit. Elle roule jusqu’à 130 km/h et dispose de 150 km d’autonomie.
Mais tout cela reste théorique, sa commercialisation, initialement prévue fin 2009, ayant été reportée d’un an. Il lui manque en effet les dernières homologations administratives. Les premiers modèles de série devraient cependant être livrés à la fin de l’année. Lumeneo, qui en début d’année recrutait des ingénieurs pour développer de nouveaux modèles, est sans doute échaudée. La société née en juin 2006 n’annonce aucune date de commercialisation pour la Neoma. Dans un, deux, trois ans ? Mystère ! Elle préfère attendre les résultats du Mondial de l’auto, où elle espère « sentir le marché » pour se fixer des objectifs.

Strasbourg lance son système sur mesure de location de vélos
Les trois premières boutiques Vélhop, le nouveau système de vélos en libre service imaginé par la mairie et la communauté urbaine de Strasbourg, ont ouvert le 23 septembre à proximité du centre-ville. 760 vélos ont été mis à la disposition du public, dans le cadre d’une offre de location avec retour obligatoire vers la station d’origine. Quatre agences supplémentaires ouvriront en octobre, portant le parc à 1 500 vélos. Le système de location en boutique se double d’une offre en stations automatiques, où des vélos légèrement différents, au cadre plus massif et équipés d’un antivol intégré, sont accessibles à un tarif privilégié pour les abonnés du réseau de transports en commun de la CTS. Le cahier des charges élaboré par un groupement constitué de Transdev, de la Compagnie des transports strasbourgeois et de l’association locale Vélo Emploi prévoit l’ouverture de vingt boutiques et stations automatiques d’ici fin 2011, réparties entre les communes de l’agglomération, et totalisant 4 400 vélos. Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, table sur « un million de locations en 2011 », malgré les contraintes liées à l’interdiction des trajets « one way » et l’offre réduite, la nuit, aux seules stations automatiques.
« Le système one way coûte trop cher. Nous visons un coût d’exploitation de 1 000 euros par an et par vélo, contre 4 000 euros dans les systèmes concurrents en place dans les grandes agglomérations », affirme l’élu strasbourgeois. Les effectifs de Vélo Emploi, qui assuraient déjà le fonctionnement un précédent service de location de vélos, passeront l’année prochaine de 8 à 16 salariés.
Les vélos choisis par l’agglomération strasbourgeoise sont fournis par le fabricant vendéen Intercycles, qui parie sur une originale transmission par cardan pour limiter les opérations de maintenance. Dotés d’un cadre aluminium, de trois vitesses dans le moyeu et de périphériques sécurisés par une visserie antivol, ils représentent un investissement unitaire de 350 euros. Le tarif de location varie entre 1 euro/heure en station, 5 euros/jour en boutique, 19 euros/mois pour les abonnés de la CTS et 151 euros/an pour tous publics. L’ensemble du système mobilisera 3 millions d’euros sur dix ans, à la charge de la collectivité.

Ville étendue : ville sensible, ville lisible, ville vivable
Les réponses apportées par les ingénieurs sociaux vont maintenant bien plus loin que les réponses « statiques » de construction d’itinéraires. Ils calculent quelle proportion de ressources élémentaires du quotidien est disponible depuis un lieu dans un temps de marche donné. Combien ça coûte en transport d’habiter là ? Combien ça coûte en logement de se déplacer de là ? Quelles sont les connexions d’un lieu ou d’un quartier ? Quels impacts écologiques des choix des modes ? Dit autrement, quelles ressources de mobilités sont disponibles là, ici et maintenant, quel temps d’accessibilité, quelle durée de parcours, selon quels modes (aux performances comparées) ? Les réponses de Transit Score de Front Seat, une entreprise de « civic software » (intelligence sociale) de Seattle, vont bien plus loin que les réponses classiques, même très élaborées, de construction d’itinéraires (voir notamment le remarquable site anglais Transportdirectinfo). Ces mêmes ingénieurs sociaux avaient déjà imaginé l’étonnant site Walk Score, ou comment mesurer la « marchabilité » (walkability) et la « vivabilité » (livability) d’un espace et de son voisinage sur une échelle de 1 à 100, c’est-à-dire quelle proportion de ressources élémentaires du quotidien (boulangerie, pressing, restaurant, hôpital, etc.) est disponible depuis un lieu dans un temps de marche donné.
Cette logique d’accès en distances isochrones se découvre aussi sur le site Magnificent du Grand Londres. L’application est spectaculaire. L’ajustement facile et immédiat d’une réglette « temps » dévoile la zone accessible jusqu’à 1 heure 30 depuis un point donné. Autre mesure collaborative, l’Urban EcoMap, né à San Francisco en 2009, élargi à Amsterdam avec Cisco, est un espace de décision interactif où le citadin témoigne de son quotidien. L’objectif ? instruire les impacts de la ville, encourager l’écoresponsabilité et soutenir l’appartenance à la communauté. En contrepoint des usages des publics, les opérateurs et les autorités disposent d’un utile observatoire en temps réel de la ville. Ainsi des mouvements des piétons pour comprendre la ville que décrit le programme Smart Light Fields depuis les signaux Bluetooth émis par les marcheurs (University of Technology de Sydney – voir aussi les travaux plus connus du SENSEable City Lab du MIT ou ceux de Lift).
En d’autres termes, c’est la mesure de la mobilité d’un lieu qui est proposé à l’usager. Plus l’offre est abondante et pertinente, plus le choix proposé est conséquent, plus le lieu est mobile, mais aussi plus la ville est marchable, cyclable, accessible… bref, vivable. Sur l’autre rive des Etats-Unis, l’état du Massachusetts a lancé MassDot, une initiative publique féconde et riche de promesses. D’un côté, la puissance publique libère la donnée publique transport (tous les modes), la formate, la standardise et la livre gratuitement aux ingénieurs sociaux. Individus, start-up et entreprises développent alors les services urbains dont ils ressentent la nécessité ; autant de services urbains qu’il est nécessaire pour satisfaire l’hyperchoix. La formule rappelle le succès de l’Appstore d’Apple et ses 225 000 applications.
La construction d’une urbanité communicationnelle à base d’informations multiples, actualisées et prédictives, circonstanciées et égocentriques, interpelle à plus d’un titre. Cette architecture est d’abord le reflet d’un jeu d’acteurs inédits avec la contribution active des usagers, l’intervention d’ingénieurs sociaux et les apports de divers fournisseurs de données urbaines. De facto, c’est un modèle social et économique, serviciel et collaboratif qui se cherche et qui échappe pour l’heure à la récupération. L’intérêt spontané des usagers pour ces services urbains et leurs facilitations raconte d’urgentes nécessités tant pour la gestion individuelle du quotidien que pour les gouvernances de la ville. En regard, l’extension des services a ses limites dans la disponibilité des données, soulignant la difficulté d’instruire ces dispositifs par des sources classiques. L’innovation en la matière vient du jeu d’innombrables capteurs intelligents qui se mettent en place ; autant de sources inattendues qui donnent le pouls de la ville sensible. La ville sensible soulève autant de perspectives que de questions. Elle ne se réduit certes pas à cette ville lisible et à ses dispositifs métriques. Il reste que la ville sensible contraint à jeter un œil neuf sur l’urbanisme, l’aménagement du territoire et de ses mobilités face aux pratiques quotidiennes de la ville.
Plus que l’indispensable lisibilité de la ville et de ses réseaux, c’est la transformation de la ville que révèle la ville sensible. Ce sont ses accessibilités entendues très largement sur lesquels les promoteurs de Front Seat mettent le doigt. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas et parlent d’une nécessaire transparence des données à destination des usagers : ressources du voisinage et du lointain, offre de déplacement, valeurs métriques des itinéraires. Correspondances, distances, durées, horaires, fréquences, performances comparées des modes… jusqu’au profil de déclivité du parcours pour les marcheurs, chacun puise le nécessaire selon les occurrences de mobilité, mais – et cela est nouveau –, c’est une manière de proposer un nouveau regard sur la ville et ses pratiques, d’interroger sur les localisations et les mouvements. L’architecture de l’information – entre identification des ressources, des moyens d’y accéder et des budgets afférents – éclaire alors les relations puissantes entre logement, localisation, ressources urbaines et déplacements. Ainsi, prolongeant ces services de déplacement, Transit Score adopte comme seuil maximum de calcul des dépenses habitat + transports des ménages, le standard de 45 % des revenus érigé par le Center for Neighborhood Technology (CNT) de Chicago.
Que ces services se développent plus vite outre Atlantique s’explique d’abord par l’écart énorme entre la ville de la voiture et la ville qui se rêve en proximité ; ensuite par la capacité conséquente de partage des Américains. Ces analyses résonnent ici avec les échanges tenus au Sénat en juin dernier d’une large palette d’experts autour de La ville du futur. Rêves ou cauchemars ? Entre un quotidien tiraillé par l’éparpillement (habitat, travail, courses…) et un territoire qui peine à dépasser ses cloisonnements, l’usager se construit une autre lecture de la ville, tandis que les gouvernances ont besoin d’autres boussoles. En somme, nous serions en train d’acter le fait de l’étalement urbain – impossible de revenir en arrière ! – et d’imaginer en regard un jeu inédit de centralités de proximité en phase avec nos mobilités. Alors, plutôt que de s’enfermer dans l’issue en impasse de la ville-centre, la recherche de centralités en tous lieux s’impose dans ce contexte d’interterritorialités (Martin Vannier). Les données, les informations, les services et les réseaux sociaux permettent à l’usager de façonner sa ville à lui (l’urbanité). Ils révèlent ce faisant d’autres pratiques du territoire et orientent les réflexions et les réponses des autorités et des opérateurs (la gouvernance).
Une difficulté est de s’affranchir des représentations territoriales héritées d’une mobilité de proximité et d’une lecture radioconcentrique du territoire prenant pour pivot la ville centre. L’extension des aires de vie d’un côté, la transformation de l’offre des mobilités et l’irruption du numérique et de la géolocalisation de l’autre percutent les clivages administratifs et changent la donne. La commune façonnée il y a deux siècles sur la base d’une mobilité piétonne est obsolète à l’heure d’une mobilité motorisée et informatisée. Plus largement, le public ignore les cloisonnements institutionnels. Les territoires suburbains et ruraux cherchent aussi leurs intégrations à ces pôles de ressources dont ils sont devenus tributaires. Il reste à réinventer sans cesse la ville et le territoire dans ce contexte de métropole lâche et diffuse avec les contributions d’un numérique en effervescence.
Pourtant, à ce cloisonnement des espaces répond encore aujourd’hui le cloisonnement de l’information – appelons cela plutôt communication pour mieux souligner la nécessaire fluidité. Aux frontières souvent étanches – entre territoires, entre opérateurs ou entre secteurs – s’ajoute la négligence des sources nouvelles : les sources collaboratives des usagers eux-mêmes et de leurs réseaux sociaux ou l’internet des choses. En effet, la révolution dont témoignent ces applications est l’écho d’une autre révolution, celle de la donnée publique qui la rend possible. Cette donnée se libère, élargit ses sources, se standardise pour permettre ses partages, ses fusions et ses réutilisations. Du coup, son architecture se pense afin de relier les intelligences, et un design de la donnée s’esquisse pour lui donner ses utilités. Ces avancées sont aujourd’hui assez puissantes pour annoncer des bouleversements mais encore insuffisantes pour instruire le pays dans son ensemble ou pour couvrir les villes les plus importantes (seules 30 villes américaines sont couvertes par Transit Score et avec de nombreuses carences).
Malgré de prometteuses initiatives comme celles de la ville de Rennes et de Keolis, les projets des autres transporteurs ou les laboratoires de la donnée urbaine qui se mettent en place à Bordeaux et maintenant à Montpellier, le constat se vérifie en France. Pourtant, la rupture des représentations est en route, accélérant la sensibilité de la donnée. Le mouvement d’innovations est lancé. Il va changer la face des mobilités et accélérer les transformations du territoire. Les concertations de toutes les parties sont nécessaires pour l’accompagner. Les acteurs des mobilités y ont forcément une place privilégiée, faute de quoi le tropisme de Google et de sa grande centrifugeuse de données sont là pour prendre une place évidente.Par Bruno Marzloff, sociologue, directeur du groupe Chronos