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  • De nouveaux trams-trains Dualis entre Esbly et Crécy-la-Chapelle

    De nouveaux trams-trains Dualis entre Esbly et Crécy-la-Chapelle

    Exploitée par tram-train en mode « train » depuis septembre 2011, la courte antenne entre Esbly et Crécy-la-Chapelle, qui fait partie de la ligne P du Transilien, a changé de matériel roulant. Depuis le 8 mars, cette antenne à voie unique de 10 km en Seine-et-Marne est exploitée en Dualis d’Alstom, en lieu et place de l’Avanto de Siemens, qui disparaît après moins de 11 ans de service.

    La mise en service du Dualis sur la ligne d’Esbly à Crécy-la-Chapelle a été précédée, le 12 février, d’essais menés par Transilien SNCF pour y vérifier le bon comportement des nouvelles rames, la tenue des temps de parcours, le positionnement sur les quais et l’alimentation électrique. L’électrification en 25 kV 50 Hz de l’antenne d’Esbly à Crécy présente en effet la particularité d’être réalisée par caténaire simple de type trolley, plus légère qu’une caténaire classique.

    Selon Ile-de-France Mobilités (IDFM), les rames Dualis sont « plus modernes, plus performantes et plus fiables » que les trams-trains Avanto. Plus précisément, ce remplacement a pour but d’améliorer la fiabilité de l’exploitation et la ponctualité sur la ligne Esbly – Crécy-la-Chapelle, ainsi que le confort des voyageurs. Dans les faits, les nouvelles rames sont plus longues (42 m, contre 37 m) que les anciennes et offrent davantage de places assises (95 sur 250 places, contre 86 sur 242). Le plancher bas du Dualis est intégral (contre 80 % pour les Avant) et le nouveau train-train bénéficie des progrès accomplis sur les éléments de confort : comble-lacunes, vidéosurveillance, système d’information voyageurs visuel et sonore, climatisation… En outre, les Dualis sont dotés de 36 ports USB.

    P. L.

  • Qui sont les conseillers transports des candidats à la présidentielle?

    Qui sont les conseillers transports des candidats à la présidentielle?

    Peu présentes au cœur de la campagne présidentielle, les questions liées aux transports et à la mobilité des Français touchent pourtant de multiples aspects de la vie au quotidien, que ce soit sur le plan social, économique ou environnemental. Dans chaque équipe de campagne, des conseillers planchent sur ces thèmes, convaincus de leur importance. Ville, Rail & Transports vous les présente (par ordre alphabétique), avant le grand débat organisé demain, dans ses locaux, sur les programmes transport des principaux candidats (pour en savoir plus : https://vrt.europechina.net/club-vrt/club-vrt-special-election-presidentielle/) .

    Jacques Baudrier, 55 ans, est un spécialiste des transports en Ile-de-France et l’un des animateurs du collectif transports et mobilité du PCF, auquel il a adhéré en 1994. Cet ingénieur statisticien passé par l’Ensae et l’Essec a été adjoint à l’urbanisme du 20e arrondissement de Paris où il vit à partir de 2008, avant de devenir administrateur d’Ile-de-France Mobilités en 2014. Il participe à la campagne de Fabien Roussel sur ses thèmes de prédilection.

    Franck Briffaut, maire de Villers-Cotterêts depuis 2014, ancien conseiller régional de Picardie et ancien conseiller départemental de l’Aisne de 2015 à 2021. C’est le « référent Aménagement du territoire et transports » dans le cadre de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Membre du FN puis du RN depuis 1977, aujourd’hui âgé de 64 ans, il se dit très intéressé par les questions transports, notamment la voie d’eau et le ferroviaire, plaidant pour une « véritable politique d’aménagement du territoire ».

    Vincent Chriqui, 50 ans, travaille avec Frédéric Lemoine à la coordination du projet présidentiel de Valérie Pécresse. Maire LR de Bourgoin-Jallieu depuis 2014, il avait également dirigé la campagne présidentielle de François Fillon en 2017 après la démission de Patrick Stefanini. Les deux coordinateurs peuvent compter sur l’appui d’une vingtaine de groupes de travail, dont l’un, consacré au développement durable est chapeauté par Stéphane Dupré Latour.

    Paulin Dementhon, Fabienne Keller et Jean-Marc Zulesi sont les trois « relais » qui travaillent sur les questions transports pour l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Le premier est un nouveau venu dans le monde politique, fondateur en 2010 d’une start-up, la société d’autopartage Drivy revendue neuf ans plus tard à l’américain Getaround. A ses côtés, le député LREM des Bouches du Rhône Jean-Marc Zulesi, spécialiste des transports, qui est notamment coordinateur du groupe LREM sein de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, et l’eurodéputée Fabienne Keller, polytechnicienne, ancienne maire de Strasbourg, auteur de rapports sur les gares et également fine connaisseuse du secteur.

    Vincent Dubail, 31 ans, « militant écolo », est ingénieur des travaux publics de l’Etat. Elu d’opposition à Puteaux, il a été candidat malheureux aux législatives en 2017 dans les Hauts-de-Seine. Il coordonne la partie du programme de Yannick Jadot concernant l’énergie, l’habitat et les déplacements.

    Emilie Marche est coanimatrice du livret transports du programme l’Avenir en commun de la France Insoumise « pour des transports écologiques et accessibles », avec le syndicaliste cheminot Kevin Kijko. A 36 ans, elle s’est investie dès 2012 dans le Parti de Gauche et a fait la première campagne de Jean-Luc Mélenchon. Cette conseillère régionale en Auvergne-Rhône-Alpes s’est beaucoup investie dans les luttes ferroviaires notamment pour la réouverture de la ligne Grenoble – Gap mais aussi auprès du monde cheminot contre l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire.

    Nicolas Mayer-Rossignol, porte-parole d’Anne Hidalgo, est également maire de Rouen (Seine-Maritime) et président de la Métropole Rouen Normandie. Agé de 44 ans, il a été élu il y a deux ans. Formé en biologie moléculaire à l’Ecole normale supérieure et à l’université Stanford aux Etats-Unis, il est agrégé de Sciences de la vie et de la terre et titulaire d’un master en génomique. Il est également ingénieur du corps des Mines. Dans son programme électoral pour les municipales, il affirmait vouloir faire de Rouen une « capitale européenne de la transition écologique » et agir pour que la ville devienne notamment « la ville aux 100 jardins ».

    Malgré plusieurs tentatives, l’équipe d’Eric Zemmour n’a pas donné suite à notre invitation à participer à un débat sur les transports. Un de ses conseillers sur la thématique transports et mobilité, a été auditionné par la Fnaut pour connaître les différentes propositions des candidats dans ce domaine.

  • Olivier Poncelet, appelé à devenir délégué général de l’Union TLF

    Olivier Poncelet, appelé à devenir délégué général de l’Union TLF

    Depuis 2018 délégué général de la fédération « Les acteurs de la compétence », organisation regroupant les entreprises de la formation professionnelle, Olivier Poncelet prendra, le 19 avril prochain, le poste de délégué général de l’Union TAF. Ce diplômé de Sciences Po Paris, également membre du conseil d’administration du Cedap (Centre des dirigeants d’association professionnelle) succède à Alexis Degouy. Il aura tout particulièrement pour mission de chercher à renforcer la compétitivité logistique des entreprises adhérentes (plus de 1 750 entreprises) de l’organisation professionnelle du transport et de la logistique.

  • Les Héros du fer. Une interview exclusive de Oleksandr Pertsovskyi, PDG des Chemins de fer ukrainiens- Voyageurs

    Les Héros du fer. Une interview exclusive de Oleksandr Pertsovskyi, PDG des Chemins de fer ukrainiens- Voyageurs

    Le patron de la branche voyageurs des Chemins de fer ukrainiens Oleksandr Pertsovskyi, a accordé la nuit dernière par Skype une interview à Ville, Rail & Transports (*voir la vidéo ci-dessous). Parti de chez lui le premier jour de l’invasion pour ne plus y revenir, le jeune dirigeant (36 ans) rappelle que le train est le seul moyen d’évacuation des réfugiés qu’il veut acheminer « jusqu’au dernier moment ». Et salue le courage des cheminots qui prennent chaque jour d’énormes risques. Déjà 26 d’entre eux ont perdu la vie.

    Ville, Rail & Transports. Dans quel état se trouve le réseau ferré ukrainien aujourd’hui ? Quelles parties du territoire ne pouvez-vous plus desservir ?

    Oleksandr Pertsovskyi. Actuellement, 90 % du réseau ferré est intact malgré quelques ponts détruits. Cinq ou six grandes gares ne sont plus accessibles, comme celle de Marioupol ou de Mykolaïv. Mais nous pouvons contourner les voies et équipements endommagés grâce à des routes alternatives. Dans ce cas, les réfugiés montent dans des bus qui les conduisent dans des gares accessibles.

    Il y a deux axes majeurs, un vers l’Est (vers la Russie et la Biélorussie) et l’autre vers l’Ouest. L’axe Est n’est plus accessible : il n’est plus sous contrôle ukrainien et nous n’y avons plus accès. L’axe Ouest en revanche fonctionne. Mais il est attaqué sur plusieurs fronts, venant des zones Nord, Est et Sud. La partie Ouest se fait progressivement encercler.

    VRT. Combien de réfugiés avez-vous déjà transporté ?

    O. P. Au 11 mars, nous aurons transporté deux millions de personnes. Ce chiffre reste approximatif car en ce moment nos trains transportent quatre à cinq fois plus que leur capacité. Comme nous avons arrêté notre système de billetterie, nous embarquons autant de personnes que possible sur les trains. Nous faisons un gros compromis sur la sécurité…

    Les trains sont pleins dans un sens. Dans l’autre sens, ils sont remplis de vivres et de matériels.

    VRT. Combien de cheminots travaillent pour faire fonctionner les chemins de fer ?

    O. P. Nous sommes le premier employeur du pays avec 230 000 cheminots. 70 à 80 % travaillent au niveau opérationnel et sont sur le terrain. Et tous restent en contact avec l’entreprise. Ils aident à protéger le matériel, à l’entretenir et à garder les dépôts en état de marche.

    Certains cheminots ont quitté leur ville, beaucoup sont partis de l’Est du pays pour aller à l’Ouest. Et, de là où ils sont, ils essaient de contribuer au fonctionnement de l’entreprise. Dans leur majorité, ils restent très actifs.

    VRT. Avez-vous perdu beaucoup de matériel roulant ? Dans quel état se trouve-t-il ?

    O. P. Le matériel roulant qui était proche de la frontière biélorusse a été attaqué car une réserve de fioul se trouve à côté. En attaquant cette réserve au début du conflit, les Russes ont détruit des trains et le dépôt a été endommagé. Des trains ont déraillé.

    Au nord de Marioupol, des trains attendaient, prêts à évacuer des réfugiés. Mais ils ne pouvaient pas partir, tellement les bombardements étaient intensifs. Et le réseau a été endommagé. Fort heureusement, personne n’est mort dans l’attaque.

    Nous avons tout de même réussi à acheminer du matériel roulant là-bas pour évacuer des gens vers Kiev. Aujourd’hui, on attend le cessez-le-feu pour réparer le matériel.

    VRT. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Et quel est celui des cheminots ?

    O. P. Chaque jour, nous nous livrons à un véritable numéro d’équilibriste. Nous espérons pouvoir évacuer les réfugiés jusqu’au dernier moment.

    Lors des attaques, il y a toujours un risque d’encerclement de la rame, de la ville, ou de destruction de l’infrastructure. A chaque fois, le risque est fort de voir le train et nos personnels rester coincés… Malgré toute la coordination mise en place avec les militaires et malgré la data, nous ne sommes jamais totalement sûrs de pouvoir partir.

    Comme le train est le seul moyen d’évacuation, nous faisons tout pour protéger les équipes et les réfugiés. Nous sommes tout le temps sous la pression des autorités locales, mais nous préférons retarder les trains pour être sûrs de les faire passer en sécurité.

    Je suis fier du courage des conducteurs, des agents de bord, des personnels de l’infrastructure et de la maintenance. Tout le monde prend d’énormes risques.

    VRT. Y a-t-il eu beaucoup de victimes parmi les cheminots ?

    O. P. Vingt-six cheminots sont morts en travaillant ou en dehors de leur travail. Pour aider les employés, pour les encourager, nous sommes aussi sur le « front », pour être avec eux, à leur côté, pour leur montrer que personne n’est assis derrière son bureau. Nous sommes toujours en mouvement.

    Nous avons mis en place des protocoles pour assurer la sécurité de l’infrastructure. Des ingénieurs vérifient la stabilité du réseau. En temps normal, les trains peuvent rouler jusqu’à 160 km/h. Nous avons instauré des limitations de vitesse : 60 km/h dans les régions les plus attaquées, et 80 km/h dans les régions moins exposées. Cela rend la gestion des horaires très complexe mais réduit le risque au maximum.

    VRT. Qu’est-ce qui vous tient debout ?

    O. P. Les gens sont forts, il y a beaucoup de résilience. Très peu d’agents ont disparu. L’immense majorité est restée à son poste et continue à être active pour faire tourner les trains. Chacun à sa façon, cela peut être de chercher à assurer la sécurité, en étant dans les gares qui sont bondées…

    Beaucoup de monde cherche à quitter les villes bombardées, se rue dans les gares. Un des grands défis est de maintenir la sécurité dans les gares. Il y a des milliers et des milliers de gens qui veulent monter dans les trains. Or, nous sommes limités en nombre pour assurer la sécurité dans les gares, car la priorité de la population est avant tout de défendre la ville. Nous travaillons dans des conditions extrêmement stressantes.

    Avant la guerre, nous avions beaucoup travaillé sur le marketing et la satisfaction clients car nos enquêtes montraient que nos passagers nous critiquaient pour nos retards et nos prix. Maintenant, les gens ne payent plus le train, mais ils se montrent solidaires et ils donnent de l’argent pour soutenir l’entreprise… malgré le manque de confort dans les trains !

    Ce soutien est une force qui motive les cheminots.

    En interne, nous avons mis en place un programme de motivation qui s’appelle « le héros de fer » pour honorer toutes les personnes qui se surpassent ou qui sortent du cadre de leur métier. Ce programme sélectionne jusqu’à une dizaine de cheminots tous les jours : ça peut être un conducteur qui a été dans une zone dangereuse, un agent à bord d’un train ou encore un patron de dépôt.

    VRT. Disposez-vous d’assez d’électricité pour le réseau, compte tenu des menaces sur l’énergie nucléaire ?

    O. P. La moitié du réseau est électrifiée et la distribution de l’énergie reste gérable. Nous avons eu très peu de pannes de courant jusqu’à présent. Et quand il y en a, nous pouvons utiliser des trains diesel.

    Une sorte de rééquilibrage s’est opérée en faveur des trains de voyageurs puisqu’il y a moins de trains de marchandises. Le fret ferroviaire acheminait avant la guerre 800 000 tonnes par jour, il ne représente plus que 200 000 à 250 000 tonnes par jour. Nous pouvons donc récupérer du matériel fret plus puissant pour tracter des trains de passagers.

    L’Ukraine n’a pas assez de locomotives. Nous avons d’ailleurs un partenariat avec Alstom qui devait nous livrer du matériel. Nous disons merci à Alstom de s’être dissocié de son partenariat avec la Russie. Cela montre que cette entreprise a une éthique.

    VRT. Etiez-vous préparé à ce scénario de guerre ?

    O. P. Non, il n’y avait aucune préparation à la guerre. Aujourd’hui, il faut improviser en permanence, savoir s’adapter aux fluctuations des situations. Dans le métier ferroviaire, on prépare les plans de transport une fois par an. Maintenant, il faut le faire quotidiennement, c’est très compliqué. C’est le challenge le plus dur en ce moment, mais ce n’est rien comparé à ce que font ceux qui défendent le pays.

    VRT. Plus précisément, quel est votre rôle de manager en cette période ?

    O. P. Il faut trouver un équilibre entre gérer la boîte (c’est « business as usual » avec des réunions sur le fonctionnement de la structure) et aller sur le terrain, être toujours en mouvement, se montrer au côté des cheminots et auprès des clients. Il faut faciliter les circulations, aller dans les dépôts, se déplacer au travers du pays. C’est toujours un challenge de pouvoir se déplacer.

    L’autre changement, c’est que nous avons donné beaucoup plus de pouvoirs aux équipes régionales pour gérer les circulations et le fonctionnement de l’entreprise. Il y a six régions. Avant la guerre, tout était beaucoup plus centralisé. Désormais, il faut réagir vite et prendre des décisions basées sur chaque situation locale. Le système fonctionne très bien.

    VRT. Vous êtes jeune (36 ans, nous avez-vous dit), comment êtes-vous arrivé à la tête de la division voyageurs des chemins de fer ukrainiens ?

    O. P. Mon histoire est différente du parcours du cheminot classique. J’ai passé toute ma jeunesse en Ukraine, puis obtenu une bourse pour étudier aux USA, où j’ai étudié la finance. J’ai ensuite travaillé plusieurs années chez DHL sur la logistique.

    En 2016, le gouvernement a lancé un appel aux Ukrainiens travaillant à l’étranger pour aider à la transformation du pays. L’objectif était de rendre plus professionnelles les entreprises publiques. J’ai commencé à travailler pour la Poste, le deuxième employeur du pays, et nous avons alors beaucoup travaillé à rendre l’entreprise plus proche de ses clients. Il y a un an et demi, j’ai été invité à reprendre la direction des chemins de fer ukrainiens. Maintenant, la majeure partie de l’équipe dirigeante est composée de jeunes managers qui ont plutôt une formation économique et commerciale. Notre pays cherche à casser les monopoles. Ce qui le différencie de notre voisin à l’Est, qui ne l’accepte pas.

    Quand Poutine a annoncé la guerre, il a d’ailleurs affirmé que les organismes d’Etat comme la Poste et les chemins de fer étaient dirigés par des agents de l’Ouest… C’est aussi une de ses raisons pour remettre notre pays dans le droit chemin.

    VRT. Quel est votre quotidien et arrivez-vous à voir votre famille ?

    O. P. Avec des journées de 18 heures, 19 heures, je n’ai pas le temps de réfléchir… J’ai quitté mon domicile la première nuit de l’attaque et ne suis toujours pas rentré. Je suis tout le temps en mouvement.

    J’ai toujours senti que cette invasion allait arriver mais pas à cette échelle. J’avais un bagage avec le strict nécessaire déjà prêt.

    Quand la guerre a commencé, j’ai réussi à faire évacuer mes parents qui étaient à l’Est, ainsi que ma fiancée et mon fils, grâce au service ferroviaire. Cela me permet d’être concentré à 100 % sur mon job. Et d’aider les gens.

    Quand je pense aux conducteurs de train, aux risques qu’ils prennent pour acheminer des trains à travers le pays, je suis encore plus motivé. C’est pareil pour tout le monde dans l’entreprise.

    L’Ukraine avait énormément d’ambitions pacifiques. Le projet pour notre entreprise, c’était la rénovation du matériel roulant, une nouvelle application… Nous avons travaillé jusqu’au dernier moment sur nos projets.

    Bien sûr, parallèlement, je réfléchissais à des plans d’urgence au cas où… mais je n’imaginais pas une telle ampleur. Nous avons quand même réussi à anticiper mais, jusqu’au dernier moment, je ne savais pas que ça se passerait ainsi. C’est surréaliste.

    VRT. Quelles sont vos relations avec le gouvernement ?

    O. P. Nous sommes très proches du gouvernement. Nous travaillons directement avec le ministère des infrastructures qui coordonne tous les réseaux et les différents modes de transport. Par exemple, nous avons ouvert une nouvelle route d’évacuation multimodale. Nous acheminons en train les réfugiés jusqu’à la ville d’Izmaïl. Après, ils voyagent par bateau et remontent le Danube jusqu’en Roumanie.

    VRT. Comment coopérez-vous avec les autres entreprises ferroviaires européennes ?

    O. P. Nous nous félicitons du partenariat mis en place avec les chemins de fer polonais. Avant la guerre, moins de 1 000 passagers voyageaient chaque jour entre la Pologne et l’Ukraine. Désormais, c’est entre 20 000 et 25 000. Nos amis polonais permettent à un plus grand nombre de trains ukrainiens de rentrer en Pologne et facilitent les procédures. Je peux aussi citer la coopération avec nos amis italiens qui nous donnent des trains médicalisés pour expatrier, sur la frontière ouest, les blessés vers d’autres pays européens.

    VRT. Quels messages avez-vous le plus envie de faire passer ?

    O. P. Je suis optimiste. Quand j’ai un moment, je réfléchis avec mes équipes à l’après. Le prochain chapitre, ce sera la reconstruction. Une Ukraine prospère dans laquelle le ferroviaire jouera un très grand rôle. Je crois en un très grand réseau ferroviaire européen. J’ai un message à faire passer à l’industrie : un jour ou un autre, ce cauchemar va se terminer. On va reconstruire et inviter les voyageurs enthousiastes ainsi que les experts ferroviaires à travailler avec nous. J’encourage tout le monde à réfléchir à cet avenir pour ouvrir de nouvelles perspectives. Le prix que nous payons, c’est pour que l’Ukraine reste libre et continue à faire partie de l’Europe.

    L’autre message, c’est que je veux remercier la communauté internationale ainsi que les compagnies ferroviaires qui ont décidé de nous soutenir et de ne plus opérer dans le pays qui lance cette incroyable agression.

    Propos recueillis par Frédéric Demarquette et Marie-Hélène Poingt

  • Premier aperçu du Ouigo Train classique

    Premier aperçu du Ouigo Train classique

    On s’attendait à un train rose avec des pastilles bleues – le contraire de la livrée des TGV Ouigo – et la publicité pour Ouigo Train classique avait dit vrai. C’est au crochet de la BB 22340, également pelliculée dans la nouvelle livrée, que les premières voitures Corail affectées au futur service low cost de la SNCF ont été présentées à la gare de Paris-Austerlitz, le 11 mars. Soit un mois exactement avant le lancement du nouveau service qui reliera Paris à Nantes ou Lyon.

    Une chose est sûre : la nouvelle livrée ne passera pas inaperçue ! Plus en détail, on notera que les emplacements pour vélos sont bien repérés au niveau des portes, qui ne signalent en revanche aucune classe. Toutefois, on pourra techniquement dire que le confort sera celui offert depuis la fin des années 1990 en 2e classe après rénovation Corail Plus. Plus précisément, cinq des neuf voitures du premier train étaient aménagées à 88 places assises (B11tu), contre 80 pour les autres (B10rtu ou B10tu), avec davantage de place pour les jambes et des tables pour les groupes de sièges en vis-à-vis.

    P. L.

  • Christelle Mary, nouvelle directrice du cabinet de Christophe Fanichet

    Christelle Mary, nouvelle directrice du cabinet de Christophe Fanichet

    Depuis le 1er mars, Christelle Mary a pris le poste de directrice du cabinet de Christophe Fanichet, en remplacement de Lucie Ruat « appelée à d’autres fonctions au sein de l’entreprise », selon un communiqué de SNCF Voyageurs. Elle intègre également le comité exécutif de la SA.

    Diplômée de l’ESCP Europe, Christelle Mary a rejoint la SNCF en 2006, après avoir travaillé pour le cabinet Deloitte. Depuis 2018, elle était directrice d’établissement gares Transilien, lignes L et RER A.

  • A Lyon, le Sytral va lancer un appel d’offres séparant l’exploitation des bus et des métros

    A Lyon, le Sytral va lancer un appel d’offres séparant l’exploitation des bus et des métros

    Evoqué depuis plusieurs semaines, l’allotissement du réseau de transports en commun lyonnais sera effectif d’ici trois ans. Concédée depuis près de 30 ans à Keolis, sa gestion sera ouverte à la concurrence à partir de 2025. Les élus du Sytral se sont prononcés, jeudi 10 mars, en faveur d’une segmentation en deux lots distincts : le métro et le tramway, d’une part, les bus et trolleybus, d’autre part.

    La démarche de sélection débutera dans les prochains jours avec le lancement des appels d’offres à l’échelon européen. Les candidats auront jusqu’au mois d’avril 2023 pour remettre leur offre et les délégataires seront désignés en mars 2024.

    Le premier lot, qui concerne 1 290 salariés, comprend également le funiculaire, le Rhônexpress, la gestion des infrastructures, l’informatique, la sécurité et le contrôle des titres. Il sera attribué pour une durée de dix ans (2025-2034). La concession du second lot, qui intéresse 2 850 employés, n’excédera pas une durée de six ans (2025-2030).

    Selon Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon et du Sytral, cet allotissement permettra « d’améliorer la qualité du service rendu aux usagers ».

    Jacques Donnay

  • Trenitalia proposera cinq allers et retours entre Paris et Lyon à partir de juin

    Trenitalia proposera cinq allers et retours entre Paris et Lyon à partir de juin

    La concurrence devient plus sérieuse sur la ligne la plus rentable de la SNCF, entre Paris et Lyon. Depuis le lancement, le 18 décembre, des deux allers-retours assurés chaque jour par les rames Frecciarossa entre Paris et Milan, on s’attendait à un accroissement, au printemps, de l’offre de Trenitalia à grande vitesse entre Paris et Lyon, d’autant plus que les premiers chiffres de fréquentation satisfont l’opérateur. Et ce dernier a confirmé, le 10 mars, que trois allers-retours supplémentaires seraient prochainement proposés entre Paris Gare de Lyon et Lyon Perrache (cette gare n’étant pas desservie par les trains Paris – Milan), via la gare de Lyon Part Dieu. Sur presque toutes les relations, cette dernière gare est reliée en un peu moins de deux heures à Paris.

    Dans un premier temps, le 5 avril, un aller-retour supplémentaire sera proposé au départ de Paris Gare de Lyon à 14 h 30 et de Lyon Perrache à 17 h 11 (ces horaires sont susceptibles d’être modifiés). Puis, le 1er juin, deux autres allers-retours viendront compléter l’offre Frecciarossa entre Paris et Lyon, qui comptera quelque 4 600 places de plus par jour, majoritairement hors des heures de pointe (bizarrement, entre 11 heures et 12 heures, deux départs seront proposés de Lyon pour Paris à une demi-heure d’écart, alors que les départs sont espacés de plusieurs heures le reste de la journée).

    En attendant le lancement de ces nouvelles dessertes, les réservations sont d’ores et déjà ouvertes pour tous les trains Frecciarossa Paris – Lyon et Paris – Milan de cet été, en ligne sur le site trenitalia.com et l’application Trenitalia France, dans les billetteries de l’opérateur à Paris Gare de Lyon et Lyon Part Dieu, ou aux bornes libre-service installées dans ces gares, ainsi qu’à Lyon Perrache et Chambéry.

  • La Normandie décide de réduire son offre de TER

    La Normandie décide de réduire son offre de TER

    Constatant une baisse de fréquentation dans ses trains depuis la crise sanitaire (-21 % fin 2021, – 10 % attendus cette année), la Normandie a annoncé le 10 mars avoir demandé à la SNCF de réduire à partir du 28 mars « le nombre de trains, sur les lignes de et vers Paris, développé depuis 2020 (+22 %) afin de conserver une offre basée sur les fréquentations réelles et équivalente en nombre de trains à celle de 2019 ».

    « A ce jour, les trains depuis et vers Paris ont un taux de fréquentation d’en moyenne 46 %, bien en deçà de la valeur d’équilibre du service (60 %) », justifie un communiqué, précisant toutefois que « des échanges avec les associations d’usagers sont toujours en cours avant de finaliser l’offre de transport en détail ».

    Il est ainsi prévu de supprimer les trains supplémentaires mis en place depuis 2020 sur les axes Paris – Caen – Cherbourg, Trouville – Deauville, Paris – Rouen – Le Havre et Paris – Vernon – Rouen, en semaine uniquement. Il s’agit de trains qui circulent en pleine journée et en semaine dont la fréquentation est comprise, en moyenne, entre 20 et 30 %.

    Pour reconquérir les voyageurs, la région et la SNCF préparent un plan de relance commerciale, avec des offres à petits prix qui seront proposées à partir du printemps et la valorisation des destinations normandes.

  • Frédéric Delorme réclame un « plan Marshall » pour le réseau ferroviaire

    Frédéric Delorme réclame un « plan Marshall » pour le réseau ferroviaire

    Frédéric Delorme, président de Rail Logistics Europe, est un ardent défenseur du transport ferroviaire de marchandises. Invité du Club Ville Rail & Transports le 17 février, il a plaidé pour des investissements massifs en faveur du rail pour réussir la transition énergétique. Il a aussi annoncé les premiers résultats positifs pour Fret SNCF, porté par une reprise d’activité, dans un contexte où la décarbonation des transports commence à être prise en compte très sérieusement par les clients.

    « Les planètes n’ont jamais été aussi alignées pour une relance du transport ferroviaire de marchandises », assure avec optimisme Frédéric Delorme, le président de Rail Logistics Europe, invité du Club VRT le 17 février. Il estime que, face à l’enjeu environnemental, la route, qui reste le principal mode de transport de marchandises, a encore beaucoup à faire pour réaliser sa transition énergétique et réduire ses émissions, tandis que le fret ferroviaire est un moyen efficace pour répondre immédiatement aux besoins de l’industrie de notre pays, tout en réduisant les externalités des transports.

    Nouveau nom, nouvelles ambitions

    Il y a deux ans, TFMM (Transport ferroviaire et multimodal de marchandises) devenait Rail Logistics Europe. « Plus qu’un changement de nom, il s’agissait de clarifier notre offre, d’affirmer notre ambition d’être reconnu comme un partenaire de fret ferroviaire et de logistique, et de faire savoir que nous proposons tous les services de fret dans 10 pays européens », explique Frédéric Delorme. Rail Logistics Europe regroupe Fret SNCF, VIIA, Captrain, Naviland Cargo et Forwardis, le tout assurant 1,6 milliard d’euros de CA, dont la moitié réalisée par Fret SNCF. « Nous sommes la première entreprise ferroviaire en France, et VIIA est un opérateur de transport combiné exploitant des autoroutes ferroviaires. En Europe, nous sommes troisième en commission avec Forwardis et cinquième pour le combiné avec Naviland. Nous sommes un acteur clé de la décarbonisation en Europe », détaille Frédéric Delorme, en rappelant qu’une tonne de marchandises transportée par le train, c’est six fois moins d’énergie consommée, huit fois moins d’émissions de particules nocives et 14 fois moins d’émissions de CO2 que par la route.

    En 2021, Fret SNCF a renoué avec les bénéfices pour la première fois depuis longtemps. En 2020, l’entreprise avait enregistré 105 millions d’euros de pertes. « Tous les résultats de nos filiales sont dans le vert, y compris pour nos filiales étrangères », précise-t-il.

    Cette amélioration des comptes de Fret SNCF s’explique par la hausse de l’activité, mais aussi par des efforts de productivité (avec notamment l’augmentation du nombre des rotations) liés à la réduction des frais de structures. Le secteur a également bénéficié de l’aide financière des pouvoirs publics pour les péages et les wagons isolés. « Le wagon isolé est structurellement déficitaire. Sans coup de pouce de l’Etat, cette activité serait amenée à disparaître », rappelle-t-il.

     » LE WAGON ISOLÉ EST STRUCTURELLEMENT DÉFICITAIRE. SANS COUP DE POUCE DE L’ETAT, CETTE ACTIVITÉ SERAIT AMENÉE À DISPARAÎTRE « 

    Politique de reconquête

    « Nous sommes dans une politique de reconquête », souligne Frédéric Delorme. Fret SNCF a déjà augmenté son trafic de 10 % en 2021, davantage que la moyenne européenne (le volume devrait revenir cette année au niveau d’avant-crise), Naviland a vu son activité progresser de 25 % l’an passé, tandis que VIIA enregistrait une progression de 38 % par rapport à 2020. Parmi les autres nouvelles positives, l’entreprise a gagné le marché pour lancer une cinquième autoroute ferroviaire entre Sète et Calais en 2023, comme le rappelle le dirigeant , qui ajoute : « Cette nouvelle liaison permettra d’éviter 43 000 camions sur les routes et de réduire de 40 000 tonnes le CO2 rejeté dans l’atmosphère chaque année. »

    Frédéric Delorme se félicite d’avoir repris des trafics à la route. Et donne quelques exemples comme le transport de containers entre Grand Est et Gennevilliers pour les ciments Vicat. Ou encore le gain par Novatrans de nouveaux trafics entre la France et l’Italie, qui permettront de supprimer 12 000 camions sur les routes. La société de combiné a également lancé une relation hebdomadaire entre la France et l’Espagne pour la société Cristalco, qui a choisi le report modal afin d’éviter de mettre 3 600 camions aller/retour sur la route, ce qui permet de réduire de 5 000 tonnes ses émissions de CO2. Captrain a rouvert des lignes en Allemagne pour transporter des déchets… « De nouveaux clients reviennent de la route vers le fer, poussés par la volonté d’être plus verts », constate le président de Rail Logistics Europe, qui se souvient : « Il y a 15 ans, lorsque j’étais à Fret SNCF, on parlait prix et qualité. Désormais, nos clients font passer leur bilan carbone au rang de leurs principales priorités. » Frédéric Delorme poursuit : « Des entreprises soucieuses de leur image s’intéressent à l’autoroute ferroviaire ou achètent des trains complets », et cite Amazon, groupe ô combien symbolique.

    Ecolabels

    Même si le coût du transport routier va augmenter, en raison notamment de la pénurie de routiers, permettant à l’écart de compétitivité de se réduire progressivement, il faut continuer à soutenir le fret ferroviaire pour lui permettre d’être dans le marché. Frédéric Delorme se dit favorable à une politique incitative plutôt que punitive.

    Il préfère ainsi des mécanismes de défiscalisation ou de sur-amortissement qui pourraient être mis en place par exemple au bénéfice d’investissements qui ne nuisent pas à la santé.

    Si Fret SNCF utilise encore quelques locomotives diesel, 90 % des tonnes-km transportées par Fret SNCF le sont sous caténaires, avec une énergie nucléaire décarbonée, alors que pour le transport routier, 95 % de la transition énergétique reste à faire. « Notre solution de transport, qui émet 14 fois moins de CO2 que par la route, est disponible immédiatement », souligne Frédéric Delorme qui propose une autre idée : la mise en place de certificats verts et blancs, vertueux pour la planète et la santé, ou encore la création d’écolabels pour que les consommateurs puissent faire leurs choix en toute connaissance de cause.

    « 1 000 km réalisés sur autoroute ferroviaire, c’est 800 euros de valeur sociétale, si on prend en compte la moindre accidentologie, la décarbonisation et la dépollution, par rapport à un transport par camion », précise Frédéric Delorme.

    Partie prenante de l’alliance 4F

    Pour aller plus loin, la SNCF participe à l’alliance 4F (Fret Ferroviaire Français du Futur), mise en place en 2020 par les acteurs de la filière pour proposer une série d’investissements. Evalués à plus de 10 milliards d’euros, ils doivent permettre de doubler en dix ans la part modale du ferroviaire en la faisant passer à 18 %. C’était le niveau du fret ferroviaire il y a 30 ans.

    Cette régression du fret ferroviaire au fil du temps s’explique, selon Frédéric Delorme, par la désindustrialisation de notre pays, la moindre compétitivité des ports français face à ses grands concurrents européens, et par le fait que les trains de fret passent toujours après ceux transportant des voyageurs.

    De plus, ces dernières années, la part des subventions dédiée au fret en France a été la moins forte d’Europe, à égalité avec l’Espagne. Le président de Rail Logistics Europe y voit une corrélation avec cette part modale qui ne dépasse pas 9 % en France, contre 14 % en Italie, 18 % en Allemagne, 32 % en Autriche ou 35 % en Suisse. La France ne consacre que 49 euros par an et par habitant au réseau, soit neuf fois moins que la Suisse, cinq fois moins que l’Autriche et deux fois moins que l’Allemagne ou l’Italie.

    Pour que le fret ferroviaire regagne des parts de marché, le dirigeant insiste sur la nécessité de subventions publiques afin de compenser l’inégalité avec la route qui ne paye pas ses infrastructures, ni ses émissions. D’où un déséquilibre de compétitivité et l’idée d’instaurer le principe du pollueur-payeur. « Mais on a vu ce que cela donnait avec les bonnets rouges… », rappelle-t-il.

    De son côté, l’alliance 4F a transmis une liste de 72 mesures au gouvernement. Celui-ci a déjà lancé un plan de relance de plus de quatre milliards d’euros en faveur du ferroviaire (principalement ciblés sur les infrastructures), auquel s’ajoute le soutien au fret ferroviaire via une aide annuelle de 170 millions d’euros jusqu’en 2024. « S’il est satisfaisant d’avoir une vision pluriannuelle avec cet engagement, il faudra aller au-delà, car cela ne suffira pas. Il faudra continuer à investir au-delà de cette date », prévient Frédéric Delorme qui, avec 4F, appelle le prochain président de la République à poursuivre les efforts au cours des dix prochaines années et à « oser une mutation écologique et technologique, porteuse de sens ».

    Et de rappeler que, grâce à son activité, Rail Logistics Europe a permis d’éviter 1,4 milliard d’euros d’externalités : émissions de CO2 et de particules. « Presque l’équivalent de notre CA, ce qui, en ces temps d’urgence climatique, où la pollution cause 50 000 morts prématurées par an, doit être pris en compte. »

    Plan de relance

    « La relance ferroviaire ne sera efficace que si on raisonne globalement », insiste le président de Rail Logistics Europe. Pour tenir les objectifs de doublement du fret ferroviaire, il faudra tripler le transport combiné. Ce qui nécessite de pouvoir bénéficier de sillons de qualité, permettant d’assurer la ponctualité. « Il faut un plan Marshall pour le réseau ferroviaire », martèle Frédéric Delorme. Plan qui profitera non seulement au fret mais aussi à l’acheminement des voyageurs.

    Il estime en effet que le principal frein du ferroviaire est de ne pas disposer de sillons pour répondre aux besoins du marché, et met en garde : « Si on ne lance pas un plan Marshall en investissant 10 milliards comme le préconise 4F, nous aurons de plus en plus de difficultés. »

     » SI ON NE LANCE PAS UN PLAN MARSHALL EN INVESTISSANT 10 MILLAIRDS, NOUS AURONS DE PLUS EN PLUS DE DIFFICULTÉS « 

    Selon Frédéric Delorme il faut gérer différemment les plannings de chantiers, afin de ne plus pénaliser le fret qui circule souvent de nuit, moment choisi pour réaliser les travaux. C’est dans ce but que 200 millions ont été engagés jusqu’à 2024 pour permettre à SNCF Réseau de réorganiser différemment des travaux en vue d’assurer de bons sillons au fret. « Sur le long terme, il y a un énorme enjeu pour le réseau », insiste-t-il, car si, globalement, la réponse actuelle en sillons est satisfaisante en qualité et en quantité pour le trafic conventionnel qui sert notamment l’industrie sidérurgique, le papier et la chimie, le transport combiné souffre d’un manque de qualité : 70 % des sillons proposés pour les autoroutes ferroviaires ne répondent pas aux besoins du marché. « Il faut du cadencement, avec des horaires précis et de la fréquence pour faire venir les transporteurs routiers. D’où la nécessité de continuer à investir de manière massive pour régénérer le réseau entre 2024 et 2030 ».

    Les décisions qui seront prises au cours du prochain quinquennat présidentiel seront donc déterminantes. Après les premières décisions de ce gouvernement en faveur du fret ferroviaire, Frédéric Delorme attend un « acte II ». A court terme, il exprime le souhait que le fret ne soit plus pénalisé face au transport de voyageurs et que des sillons soient sacralisés. « On a besoin de capacités réservées permettant d’assurer des temps de transport dans le marché, afin de répondre à des commandes de dernière minute », plaide-t-il.

    Dans l’attente du rapport du conseil d’orientation des infrastructures

    « Nous attendons la remise du rapport du conseil d’orientation des infrastructures (COI) sur la stratégie de développement du fret ferroviaire, mais il va falloir être créatif et aller vite. Nous avons besoin d’une loi de programmation pour doubler le fret ferroviaire, comme c’est écrit dans la loi Climat », continue le dirigeant. « Ce qui sera décidé sur la saturation des nœuds ferroviaires et sur les lignes capillaires, qui acheminent 50 % des trafics de fret, sera déterminant. Si on le rate, nous risquons d’être largués par le reste de l’Europe. Notre industrie patinera, et les objectifs de réduction de CO2 ne seront pas atteints », prévient-il, avant d’ajouter que « le cap fixé est réalisable, à condition de sacrément se remuer ».

    Tous bords politiques confondus, tout le monde veut du fret ferroviaire, et une pression citoyenne s’exerce. Or, au rythme actuel, on prend déjà du retard, poursuit-il. Les 10 milliards d’euros d’investissements préconisés par l’Alliance 4F apporteront à terme des économies bien supérieures, puisqu’ils pourraient générer de 25 à 30 milliards de bénéfices en valeur sociétale. « Il faut que les politiques les intègrent », insiste Frédéric Delorme.

    Valérie Chrzavzez