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Rennes va renforcer son offre de métro de 119 %
Les élus rennais ont décidé de porter l’offre de métro dans la ville à pas moins de 119 % par rapport à l’offre en période normale, en conservant une amplitude horaire identique de 5 h 30 à 0 h 30. Pour les bus, l’amplitude horaire sera élargie, avec un service qui fonctionnera jusqu’à 21 h 30, contre 20 h 30 habituellement. Mais l’offre ne sera que de 81 % – elle était de 30 % pendant le confinement –. Elle sera aussi concentrée sur les lignes structurantes de manière à augmenter la fréquence, entre 8 et 10 minutes, afin de limiter la saturation.
Les voyageurs seront tenus de respecter les gestes barrières et les distanciations physiques tout en portant un masque. Il leur faudra monter dans les bus par la porte du milieu, et un siège sur deux devra rester inoccupé.
Le réseau de transports en commun Star met en place une signalétique renforcée pour faire appliquer ces gestes. « Des pictogrammes rappelant les attitudes à adopter jalonneront le parcours client, dès l’entrée du métro et jusque sur les quais pour laisser sortir les voyageurs avant d’entrer, de ne s’asseoir que sur un siège sur deux », explique Laurent Senigout, le directeur général de Keolis Rennes, l’opérateur des transports de la métropole. « 60 agents seront déployés sur le réseau pour y veiller ».
Un projet de loi a été déposé le 2 mai, qui doit passer devant les députés dans les prochains jours, permettra d’élargir les pouvoirs des contrôleurs des transports publics, rappelle de son côté Emmanuel Couet, le président de Rennes Métropole.
La désinfection des bus, déjà appliquée pendant le confinement pour 70 bus devra être renforcée puisqu’il faudra la faire pour 160 bus. Et des équipes de nettoyage interviendront en journée.
Côté commercial, la validité des abonnements mensuels de mars a déjà été automatiquement prolongée jusqu’à fin mai. Les abonnés longue durée bus + métros + vélo en libre-service vont recevoir à leur domicile un bon d’achat d’une valeur correspondant aux mois d’avril et mai, valable 18 mois et couvrant ainsi la rentrée scolaire 2021. Quant aux abonnements aux vélos électriques longue durée, ils seront prolongés de deux mois.
Pour favoriser le recours au vélo, la métropole avait annoncé, le 30 avril, l’aménagement de pistes provisoires en six points de la ville (rue de l’Hôtel-Dieu et rue Lesage, boulevard de la Tour d’Auvergne entre la place de Bretagne et la rue de l’Arsenal, rue Saint-Hélier à l’approche carrefour Laennec, pont Saint-Hélier, boulevard de la Liberté entre la rue de Nemours et la rue Poullain-Duparc et quais nord de la Vilaine). « D’autres mesures seront prises dans les prochaines semaines afin de poursuivre cette dynamique, notamment aux abords des groupes scolaires ou des polarités commerciales », indique la métropole.
Yann Goubin

75% de l’offre de transports dès le 11 mai à Toulouse
Le 11 mai, Tisséo portera son offre de transports en commun de 40 % pendant le confinement (pour 10 % de fréquentation) à 75 % (pour une prévision de 20 à 30 % de fréquentation), avec une fin de service à 22 heures Jean-Michel Lattes, le président de Tisséo Collectivités qui a présenté le plan de retour à la normale du réseau aux élus de l’AOT, souligne qu’un travail sur le sujet du déconfinement est commencé depuis plusieurs semaines dans le cadre de cellules de travail du Gart (Groupement des autorités responsables de transport).
Dans les bus, les conducteurs feront respecter l’obligation du port du masque
Le port du masque sera obligatoire sur tout le réseau et le personnel de contrôle interdira l’accès aux personnes ne portant pas de masque dans le métro. Dans les bus, ce seront les conductrices et conducteurs, protégés par des vitres, qui seront chargés de faire respecter cette obligation, tandis que la porte avant sera condamnée, sans achat possible de tickets à bord. Des mesures de distanciation physique seront mises en place avec la condamnation d’un siège sur deux dans les véhicules (bus, métro et tramway), la matérialisation de bandes de distanciation sur les quais du métro et une gestion du flux de personnes dans le métro. « Les 800 caméras de vidéosurveillance et une cellule d’alerte surveilleront en permanence ce qui se passe de façon à éviter qu’il y ait trop d’accumulation de personnes à un endroit. Nous pourrons bloquer les gens au niveau des bornes de paiement le temps que les flux sur les quais puissent s’écouler », explique Jean-Michel Lattes.
Des distributeurs automatiques de gel hydroalcoolique seront installés à l’entrée des stations de métro et le protocole de désinfection demandé par les autorités sanitaires sera mis en place, avec plusieurs passages par jour des agents de nettoyage. Des rames de métro supplémentaires pourront être injectées et des bus ajoutés en cas d’affluence rendant impossible une distanciation correcte. « Nous voulons le système le plus adaptable possible », souligne l’élu.
Le chômage partiel s’arrête le 11 mai
Le chômage partiel s’achèvera le 11 mai et la totalité des agents reprendra le travail, à l’exception des personnes malades ou ayant charge d’enfants sans possibilité de garde. Comme nous l’avons déjà écrit dans VRT, Tisséo estime ses pertes à 40 MÄ par mois pendant le confinement, dont 10 M€ à cause de la gratuité temporaire instaurée le 20 mars (et qui se terminera le 11 mai) et à la baisse de fréquentation. « La plus grosse partie de la perte, estimée aujourd’hui entre 40 et 50 MÄ, vient de la baisse du Versement Transports, précise le président de Tisséo. Mais le manque à gagner sera évaluable précisément dans quelques semaines, car il dépendra du niveau de reprise. »
Du côté des chantiers, les sondages géotechniques réalisés dans le cadre des études d’avant-projet de la troisième ligne de métro ont repris le 28 avril, tandis que des discussions sont en cours avec Poma la reprise de ceux du téléphérique Téléo.
Catherine Stern

Qui supportera les pertes de la RATP?
Auditionnée hier matin devant le Sénat, Catherine Guillouard, la PDG de la RATP, a estimé entre 300 millions et 350 millions d’euros le montant des pertes dues à la crise du coronavirus entre mi-mars et début mai. Si on ajoute 60 millions d’euros d’impact dû à la grève contre les retraites qui s’est prolongée en début d’année, on arrive à un peu plus de 400 millions d’euros. « A la condition essentielle », ajoute Catherine Guillouard, « que notre contrat de délégation de service public soit respecté par Ile-de-France Mobilités ».
La RATP estime que cette crise représente un cas de force majeur, un cas envisagé dans son contrat et qui aboutit à un partage du risque recettes entre l’entreprise et l’autorité organisatrice des transports. Mais cette dernière ne le verrait pas de cet œil puisque la dirigeante de la RATP a affirmé avoir reçu un courrier expliquant qu’IDFM se baserait sur l’article 111 pour renégocier le contrat portant sur la période 2015-2020. « Nous sommes évidemment en discussion avec IDFM. Notre position juridique, c’est qu’un contrat ne doit pas être lu sur les seuls derniers mois mais sur l’ensemble de sa durée », souligne Catherine Guillouard.
Selon elle, la position d’IDFM se comprend car, en raison des bonnes performances de la RATP dans le passé, le risque de partage des recettes serait très défavorable à IDFM qui devrait supporter une grande partie des pertes. « C’est un sujet de difficulté pour notre AO qui subit aussi une chute des recettes du versement transport-versement mobilité », a ajouté Catherine Guillouard. Si le contrat avec la RATP devait être revu, le montant des pertes estimées de la RATP s’en trouverait donc aggravé.
Selon la PDG du groupe, la position de la régie est solide à condition que la situation ne s’éternise pas. Pour l’heure, la trésorerie de la régie se monte à 2,8 milliards d’euros, indique-t-elle. « Elle devrait nous permettre de traverser cette crise, si le partage de recette se fait bien avec IDFM ». Mais, ajoute-t-elle, « la désaffection des usagers pour les transports publics, comme c’est actuellement le cas dans les pays asiatiques, est un risque qui nous inquiète ».
Une discussion à venir entre IDFM, la RATP, la SNCF et l’Etat
D’autres dépenses seront à prendre en compte à l’avenir, tout particulièrement celles touchant au nettoyage, une activité qui devient stratégique et qui est en train de changer de dimension : les frais de nettoyage représentaient 90 millions d’euros en 2019, ils devraient atteindre 160 millions cette année. A cela s’ajoute 55 millions d’euros d’achats de produits sanitaires pour les collaborateurs comme les masques, le gel hydroalcoolique ou les distributeurs de gel. D’ici le 20 juin, plus de 1 000 distributeurs doivent être installés sur le réseau.
Pour Ile-de-France Mobilités, qui estime sa propre perte de recettes à un milliard d’euros sur ces deux mois (et dont le budget annuel tourne autour de 10,5 milliards par an), l’heure des comptes n’a pas sonné. Il ne pourra avoir lieu qu’à la fin de la crise. « A ce moment-là, il y aura une discussion globale avec la RATP mais aussi la SNCF et l’Etat », indique-t-on en rappelant que la RATP vit essentiellement grâce à IDFM qui lui procure 75 à 80 % de ses recettes.
M.-H. P.

La RATP espère entre 1000 et 5000 policiers pour canaliser les flux de voyageurs
Pour faire respecter les distanciations sociales dans ses métros, RER, trams et bus, comme le demande le gouvernement, la RATP déploie, depuis plusieurs jours, des marquages au sol, des stickers sur son réseau et effectue des tests de gestion des flux. Au total, plus d’1 million de stickers sera déployé.
Elle compte également diffuser sur son réseau à partir du 8 mai un « pacte voyageurs » pour leur demander « de respecter les gestes barrière et d’adopter un comportement civique et responsable ». Ce qui passe notamment par le port obligatoire du masque dans les transports collectifs et le respect de distances minimales avec les autres voyageurs.
Mais pour ne pas dépendre uniquement du bon vouloir des passagers, la RATP va aussi recourir à ses agents (elle prévoit 3 000 agents, dont 150 issus de prestataires privés) pour canaliser les flux aux entrées des stations et dans les grands pôles souterrains de correspondance. Mais ce ne sera pas suffisant, a expliqué Catherine Guillouard, la PDG de la RATP qui était auditionnée hier matin par le Sénat. La dirigeante en appelle donc au gouvernement pour que les forces de l’ordre l’aident dans cette tâche.
La direction de la RATP a imaginé 3 scénarios possibles, allant d’un renfort de 1 000 à, dans le meilleur des cas, 5 000 policiers, a encore indiqué Catherine Guillouard. « Nous allons choisir les lieux les plus stratégiques pour canaliser les flux. Ce sera clairement le tramway et les réseaux ferrés », a-t-elle précisé en expliquant que la régie pourrait s’inspirer du retour d’expérience de la dernière grève.
La Régie attend désormais le décret qui va organiser le déconfinement. Elle prévoit à partir du 11 mai 75 % d’offre de bus, entre 80 et 100 % d’offre de tramway, et 75 % d’offre dans le métro avec une priorité donnée aux lignes les plus chargées, comme la 13 avec 85 % des circulations ou les lignes automatiques 1 et 14 qui fonctionneront totalement. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il sera impossible de contrôler l’ensemble du réseau qui compte 12 300 arrêts de bus (et 4 700 bus), 93 gares routières, 368 stations de métro, 184 arrêts de tram et 5 800 rames de métro, RER et caisses de tram, soit l’un des réseaux de transport les plus denses d’Europe.
M.-H. P.

Le Grand-Est annonce jusqu’à 65 % de TER dès le 11 mai
La région Grand Est et la direction régionale de la SNCF à Strasbourg ont présenté ce matin leur plan de transport prévu pour l’amorce du déconfinement, le 11 mai. « Nous allons offrir le plan de transport le plus fort parmi toutes les régions françaises », promet David Valence, le vice-président du conseil régional du Grand Est. L’offre initiale correspond à 1 040 trains quotidiens en cumul sur l’ensemble de la région, soit 62 % de circulations prévues en Lorraine, 63 % en Champagne-Ardenne et 65 % en Alsace.
« Pour la semaine du 11 mai, nous estimons la demande entre 37 % et 42 % de son niveau avant la pandémie. La demande va progresser entre 63 % et 68 % au 1er juin, et nous l’accompagnerons en renforçant progressivement notre offre de transport », prévoit Stéphanie Dommange, directrice régionale de SNCF Voyageurs. Dans son hypothèse de travail, la région parie sur le rétablissement de 100 % de l’offre au mois de septembre.
Pour accompagner la reprise, le conseil régional a choisi d’acquérir et de distribuer 200 000 masques chirurgicaux aux usagers. Ces masques seront offerts pendant la semaine du 11 mai dans les 24 principales gares du Grand Est, ou mis à disposition par les contrôleurs. 130 000 masques textiles supplémentaires, achetés dans une entreprise de la filière textile vosgienne, seront distribués la semaine suivante. Des distributeurs de gel hydroalcoolique vont être installés dans 34 gares de la région.
« Nous devons retrouver la confiance des voyageurs », indique David Valence, qui annonce un geste commercial à destination des abonnés du TER : la mensualité du mois de mai sera offerte aux abonnés des mois de mars et avril. Les cartes de réduction annuelles Primo et Presto seront renouvelées à prix cassé (50 % de réduction pour la carte adulte). Les conséquences financières vont peser dans les comptes de l’autorité organisatrice. Le taux de couverture des dépenses par les recettes commerciales, qui s’établissait entre 28 % et 30 % avant la crise du Covid, « pourrait chuter de moitié » selon David Valence dans ce scénario de reprise. « Si nous faisons exploser les prix, nous risquons d’accélérer la catastrophe écologique. Il n’est pas question de récupérer sur les usagers les recettes perdues », promet l’élu.
La reprise va poser des problèmes pratiques de respect de la distanciation entre les voyageurs : comment limiter la fréquentation des trains régionaux à un siège sur deux, tel qu’il a été recommandé au niveau national ? « Nous avons identifié 24 trains sensibles qui circulent aux heures de pointe et sur lesquels l’accès sera réservé aux abonnés et aux personnels soignants », répond Stéphanie Dommange. Sur les modalités de contrôle du port du masque à bord des trains, la SNCF s’en remet à l’Etat avec un décret attendu cette semaine. Comment prévenir des déplacements de plus de 100 kilomètres (tels que Strasbourg-Nancy ou Strasbourg-Metz), autorisés seulement pour des « raisons impérieuses », à bord des TER ? « Le respect de cette règle des 100 kilomètres relève aussi de la police. Pas de la SNCF », prévient Stéphanie Dommange.
Olivier Mirguet

La construction du tunnel Allemagne – Danemark doit démarrer en janvier 2021
Retardé « entre autres » par le Coronavirus, selon le ministère danois des Transports, le démarrage des travaux du tunnel ferroviaire et routier sous le bras de mer séparant l’Allemagne et le Danemark devrait avoir lieu le 1er janvier prochain côté danois, puis un an et demi plus tard côté allemand. Regroupant Vinci Construction Grands Projets, Soletanche Bachy International, BAM Infra / Int., CFE, Wayss & Freytag, Max Bögl et Per Aarsleff A/S, le consortium chargé de la construction de l’ouvrage d’art aurait quant à lui souhaité commencer les travaux dès la mi-2020. Toujours est-il que la date désormais envisagée pour la mise en service du tunnel sous-marin est fixée à la mi-2029.
Si l’Allemagne et le Danemark partagent une frontière terrestre dans le sud du Jutland, l’itinéraire le plus direct entre Hambourg et Copenhague passe par l’île allemande de Fehmarn et sa voisine danoise de Lolland. Depuis 1963, un ferry relie en une petite heure ces deux îles, entre les ports de Puttgarden et Rødby, emportant trains (jusqu’en décembre dernier) et voitures à son bord. Mais depuis les années 1990, qui ont vu la réalisation du tunnel sous la Manche et de deux grands ouvrages (combinant pont et tunnel) sur les détroits nordiques du Grand Belt et de l’Öresund, l’idée d’un lien fixe traversant le Fehmarnbelt (nom allemand), alias Femern Bælt (en danois), a progressivement pris forme. Avec plus d’enthousiasme au Danemark, qui s’était engagé auprès de la Suède de développer ce lien fixe, qu’en Allemagne.
Au pont initialement envisagé a succédé en 2011 un projet de tunnel immergé comprenant deux fois deux voies autoroutières et deux fois une voie ferrée. L’Allemagne et le Danemark seraient ainsi reliés en 10 minutes en voiture à 110 km/h et en 7 minutes en train, permettant à ces derniers de relier Hambourg et Copenhague en trois heures (au lieu de quatre heures et demie). Avec sa longueur de 18 km, ce tunnel immergé serait le plus long du monde en son genre (presque trois fois plus long, le tunnel sous la Manche est foré). Actuellement, le plus long tunnel immergé du monde est le Transbay Tube (5,8 km), emprunté depuis 1974 par le Bart, le métro de San Francisco.
C’est le gouvernement danois qui a attribué, au printemps 2016, la mission de concevoir et réaliser le tunnel du Fehmarnbelt / Femern Bælt au consortium cité plus haut. Côté allemand, le lancement des travaux fait encore l’objet d’un recours déposé par des opposants…
P. L.

Le déconfinement, période à hauts risques pour Paris
Comment profiter de l’effet confinement qui a conduit à éliminer 75 à 80 % de la congestion routière dans la région parisienne selon les chiffres de Joël Hazan, expert mobilité pour le cabinet Boston Consulting Group (BCG) ? « Cette très nette baisse de la circulation routière, qui s’est produite grâce au télétravail, est très encourageante si la tendance se poursuit », commente l’expert. Toutefois, ajoute-t-il, « si on observe ce qui s’est passé en Asie et en Chine, pour essayer d’anticiper ce qui peut se produire chez nous, il y a plutôt beaucoup de raisons de s’inquiéter : on a retrouvé en quelques semaines le niveau routier de l’année précédente avec une fréquentation des transports publics de seulement 30 %. Les utilisateurs des transports publics se sont reportés sur la voiture individuelle ».
Or, ce risque a été confirmé, selon lui, par un sondage réalisé par BCG auprès de 5 000 personnes dans plusieurs pays d’Europe (France, Italie Allemagne…), USA et Chine. « En Europe, 25 % des personnes nous ont répondu qu’elles utiliseraient beaucoup leur voiture et moins les transports publics. Les Chinois sont encore plus radicaux : 50 % ont dit plus de voiture et 60 % veulent en acheter une ».
La performance économique de Paris menacée
D’après Joël Hazan, dans une ville comme Paris, si les voyageurs refusent de se retrouver confinés dans le métro, les temps de transports vont exploser. « C’est la performance économique de la ville qui est menacée. On ne saurait gérer une ville comme Paris avec 20 % ou 30 % de passagers en moins dans le métro », affirme-t-il. L’expert estime que « si on ne fait rien, près de 10 points de parts modales pourraient basculer des transports publics vers les modes individuels ». Dans ces conditions, le risque de blocage de l’Ile-de-France est fort.
En Chine, on a également observé une grande réticence à l’idée de prendre les VTC. « Le car-sharing en revanche semble moins problématique en Chine : il a quasiment retrouvé son niveau d’activité de l’an dernier », précise Joël Hazan. L’utilisation des VTC a ainsi reculé de 80 % un peu partout dans le monde, les trottinettes ont quasiment disparu mais devraient faire leur réapparition.
En revanche, l’utilisation du vélo est en pleine croissance, incitant les start-up les plus agiles à réorienter leurs priorités vers la petite reine : le trafic a fait un bond de 150 % en Chine, de 50 % en mars à New York, de même qu’à Seattle, Chicago…
L’aménagement urbain à revoir
« Le vélo est clairement le mode de transport à peu près idéal », affirme Joël Hazan. Il estime qu’il faut « profiter de la crise comme une opportunité pour augmenter le recours au vélo et aménager notre espace urbain en conséquence après avoir été depuis plus d’un siècle conçu en fonction de la voiture ».
C’est possible à Paris, où la part modale de la bicyclette est passée de rapidement de 2-3 % à 4-5 % grâce à l’aménagement de très nombreuses et confortables voies cyclables. « On voit des villes qui font des choix très rapides en réussissant à redessiner l’espace urbain, comme Bogotá qui a créé quasiment du jour au lendemain 76 km de pistes cyclables », indique encore Joël Hazan. « On se dit qu’à Paris, on pourrait multiplier par 1,5 voire par 2 la part du vélo dans les déplacements ». Mais pour cela, il faut que « la mairie de Paris et la région Ile-de-France se mettent rapidement d’accord pour construire le plan vélo le plus efficace possible », souligne-t-il.
La maire de Paris travaille sur la question. Dans un entretien au Parisien paru ce jour, elle affirme plancher pour construire des solutions alternatives avec les villes voisines de la petite et grande couronne « pour connecter nos pistes aux routes à vélos qui viendront depuis l’A86 ». Dans Paris, « des pistes cyclables provisoires seront aménagées le long des lignes de métro les plus fréquentées : la 1, la 4 et la 13 », poursuit Anne Hidalgo. « Au total, 50 km de voies, normalement réservées aux voitures, seront consacrées aux vélos ». De son côté, la présidente de région Valérie Pécresse s’engage à financer le plan RER vélo à hauteur de 60 % et se dit prête à mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros.
La mairie prévoit aussi de piétonnier les abords des gares et une trentaine de nouvelles rues, ainsi que les gros pôles comme Les Halles pour éviter les engorgements. Et n’exclut pas de pérenniser certains équipements s’ils s’avèrent pertinents.
Le maintien nécessaire du télétravail
Autre axe sur lequel s’appuyer lors de la sortie de crise : le dialogue avec les entreprises pour maintenir dans la durée un certain niveau de télétravail et lisser les heures de pointe pour les salariés obligés de se déplacer.
Enfin, Joël Hazan plaide, à titre personnel, pour d’autres mesures permettant de laisser les voitures au garage, en particulier le péage urbain ou la circulation alternée quelles qu’en soient les modalités, à condition de ne pas créer d’inégalités. Des dispositifs qui ont prouvé leur efficacité dans d’autres pays mais qui ne sont pas à l’ordre du jour en France. Même cette crise ne devrait pas faire évoluer les esprits de ce côté-là.
Marie-Hélène Poingt

Alliance dans la restauration ferroviaire et aérienne pour peser face à l’Etat
Newrest, Servair et LSG, les trois principaux acteurs de la restauration ferroviaire et aérienne ont annoncé le 4 mai, qu’ils s’alliaient pour créer l’Alliance des métiers de la restauration aérienne et ferroviaire (AMRAF). Ils espèrent ainsi bénéficier des annulations de charges sociales et fiscales, du maintien de la prise en charge du chômage partiel dans les conditions actuelles au-delà du 1er juin, et bénéficier des mesures spécifiques qui seront prises dans le cadre du plan de relance en septembre.
« Il est important que les pouvoirs publics nous associent rapidement aux discussions qui ont commencé pour sauver les 12 000 emplois liés aux industries du tourisme et de la restauration en France que nous représentons », explique Alexis Frantz, Secrétaire général de l’AMRAF.

Déjà 2 milliards d’euros de manque à gagner pour la SNCF
Début mai, la SNCF calculait que son manque à gagner dû à la crise du coronavirus atteignait 2 milliards d’euros. On peut y ajouter le milliard d’euros de pertes enregistré suite à la grève dans les transports en décembre puis en janvier. Evoquant cette situation financière, Jean-Pierre Farandou a indiqué le 2 mai que « la notion d’un plan d’aides à la SNCF ne me paraît pas déraisonnable », puisqu’Air France et Renault en ont bénéficié.
L’Etat a laissé la porte ouverte mais jugé prématuré d’en discuter à ce stade, à travers des déclarations du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin et du secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, au lendemain de cet appel du PDG du groupe ferroviaire.
« Tant que nous n’avons pas une vision extrêmement précise du coût qu’aura porté le coronavirus sur la SNCF, d’ailleurs tant que nous ne connaissons pas non plus la dynamique de reprise, notamment de l’offre TGV, nous n’avons pas une vision suffisamment précise pour rentrer dans ce type de discussion avec la SNCF », a dit M. Djebarri le 3 mai sur France 3. De son côté, interrogé dans Forum Radio J, Gérald Darmanin a affirmé que « l’Etat a toujours été au rendez-vous pour soutenir d’abord des grandes entreprises nationales, c’est le cas d’Air France, et encore plus quand ça lui appartient, comme c’est le cas de la SNCF ». Et il a ajouté : « Nous verrons bien (comment évolue la situation) et nous aiderons la SNCF. Après, chacun devra faire des efforts (…) car l’Etat ne peut pas tout compenser à l’euro près pour tout le monde », tout en rappelant que « l’Etat aide déjà beaucoup la SNCF puisque plus de 100 000 agents de la SNCF sont en chômage partiel payés par l’Etat ».

Comment la SNCF envisage l’après-confinement
Le gouvernement veut reprendre la main sur la communication des entreprises de transport public. En fin de semaine, c’est le secrétaire d’Etat aux Transports qui devrait présenter le plan de transport de la SNCF et non pas son dirigeant comme celui-ci avait prévu initialement de le faire. On verra alors si les pouvoirs publics ont validé le plan de transport ferroviaire de l’après-confinement présenté le 30 avril par la SNCF aux organisations syndicales. Celui-ci prévoit pour l’Ile-de-France 50 % en moyenne de circulations de trains Transilien pendant les deux premières semaines, puis 75 % les deux semaines suivantes, en espérant ensuite passer à un trafic quasi normal. Reste à savoir si le gouvernement demandera plus à partir du 11 mai.
Fermer les ventes numériques pour limiter les voyages
Dans les régions, la compagnie devrait faire rouler autour de 50 % des trains pendant les deux premières semaines, puis 65 à 75 % les deux semaines suivantes avant d’aller au-delà ensuite. Evoquée par le Premier ministre, la réservation obligatoire a été rejetée par les régions (autorités organisatrices des transports), en raison de son impossibilité technique. En revanche, d’autres moyens sont possibles pour limiter le nombre de voyageurs à bord des TER comme la réduction de la durée de validité des titres de transport ou la fermeture des ventes numériques, chaque région étant libre de ses choix.
Doubler le nombre des TGV dès le 8 mai ?
Enfin, côté TGV, la SNCF prévoyait dans son plan initial d’assurer 15 % de circulations du 8 au 11 mai, soit le double d’aujourd’hui pour permettre dès ce week-end de ramener les Parisiens qui s’étaient exilés à la campagne, explique Didier Mathis, le secrétaire général de l’UNSA-Ferroviaire. Puis elle prévoyait 30 % des TGV du 11 au 27 mai, « la suite dépendant du maintien ou non de la limite des déplacements à 100 km », selon lui. D’après les Echos de ce jour, l’autorité de tutelle lui imposerait 15 % de TGV seulement à partir du 11 mai avec toujours l’obligation de ne vendre qu’un siège sur deux. Un niveau très bas de nature à décourager les déplacements. Pour combien de temps ? Devant les sénateurs mi-avril, Jean-Pierre Farandou espérait arriver à faire rouler rapidement un TGV sur deux pendant un mois, pour aboutir à un service à 100 % au début de l’été. « Cette mise en service progressive permettra aussi de roder la relance de la machine », soulignait alors le dirigeant du groupe. Elle permettrait aussi de regagner du cash, dont le TGV est un gros pourvoyeur.
M.-H. P.