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LGV Rhin-Rhône – La présidente de Bourgogne-Franche-Comté s’explique sur l’amendement de la LOM
Dans le cadre de la loi d’orientation sur les mobilités (LOM), le Sénat avait adopté deux amendements proposant d’ajouter l’achèvement de la branche Est de la LGV Rhin-Rhône à la programmation des infrastructures de transport annexée à la loi. Le sujet doit maintenant être examiné par les députés.
Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, explique comment ce projet pourrait être réalisé.
Ville, Rail & Transport. Comment avez-vous réussi à convaincre les sénateurs d’adopter un amendement sur la réalisation, avant 2028, du tronçon manquant de la LGV Rhin-Rhône ?
Marie-Guite Dufay. La LGV Rhin-Rhône est la première ligne interrégionale et elle s’inscrit dans l’axe européen entre Hambourg et Barcelone. L’importance de l’achèvement de la branche Est fait l’objet d’un large consensus territorial et politique dans les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est, et cela de longue date. La démarche des sénateurs n’est que l’expression de ce mouvement unitaire.
Ils ont convaincu leurs collègues de tous bords politiques de la nécessité d’inscrire la fin du chantier dans le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM), en rappelant les engagements pris, les investissements déjà consentis, l’avancement du chantier, sa rentabilité démontrée et son caractère structurant pour la France et l’Europe.VRT. Et la ministre des Transports ?
M.-G. D. J’ai rencontré à quatre reprises la ministre pour défendre ce projet, en lien avec la région Grand Est. Dès le premier rendez-vous, elle a missionné un ingénieur pour faire la lumière sur des éléments qui devaient être éclaircis. Elle a ensuite été très sollicitée par les parlementaires de nos régions lors de la discussion de la LOM. Elle a pris connaissance d’éléments non pris en compte par le Comité d’orientation des infrastructures (COI) : notre volonté de prioriser les 35 km entre Belfort à Mulhouse et non l’intégralité de la deuxième phase, les optimisations techniques réduisant fortement le coût et surtout les études de SNCF Réseau de 2018 témoignant d’un bilan socio-économique très positif.
D’où la décision de la ministre d’une réévaluation par le COI, à l’aune de cette nouvelle donne, de cette deuxième phase de la branche Est entre Belfort et Mulhouse pour une réalisation sur la période 2023-2028.VRT. Comment la question du financement peut-elle être résolue ?
M.-G. D. Le coût de la deuxième phase complète a été évalué à 1,160 milliard d’euros en 2011. 82 millions ont déjà été dépensés pour préparer le chantier de la deuxième phase (sections ouest et est).
Le seul coût de la branche Est, de 850 millions d’euros, a été ramené à 688 millions d’euros suite aux études d’optimisation de SNCF Réseau. Par ailleurs, un protocole d’intention de financement déjà signé par les collectivités, l’Etat et SNCF Réseau, fixe la répartition à parts égales de l’Etat et des collectivités, déduction faite des contributions de l’Europe et de SNCF Réseau. Car il faut ajouter la contribution potentielle de l’Europe évaluée à 20 %, notre ligne étant classée comme « maillon manquant » du corridor Mer du Nord – Méditerranée du Réseau transeuropéen de transport.
Nous estimons que la part de l’Etat pourrait être inférieure à 200 millions d’euros, un montant identique à répartir entre les collectivités. La part de SNCF Réseau représente les recettes nettes attendues de l’infrastructure – ceci reste à clarifier dans le cadre d’une future mission de financement. Si SNCF Réseau ne peut pas participer financièrement en raison de ses règles d’investissement, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est ont déjà proposé de prendre en charge cette part en contrepartie de la perception des recettes de l’infrastructure.Quels pourraient être le calendrier et les modalités de réalisation selon vous ?
M.-G. D. Nous souhaitons naturellement que les travaux commencent le plus tôt possible. L’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf) est dotée de trois milliards d’euros par an à partir de 2023. En mobilisant moins de 1,5 % du budget annuel de l’Afitf au plus fort de l’investissement, le chantier pourrait être terminé dans le programme quinquennal 2023-28. Tout plaide pour le lancement de la mission de financement qui déterminera les modalités de réalisation, et de toutes les procédures nécessaires pour un lancement du chantier en 2024.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

LOM – Après le Ticket Restaurant, le ticket mobilité
L’une des mesures emblématiques de loi d’orientation sur les mobilités (LOM), le « forfait mobilités durables », a été votée en première lecture par les députés dans la nuit du 11 au 12 juin, à la quasi-unanimité (60 voix pour et deux abstentions). Elle vise à encourager les « vélotafeurs », ces salariés qui vont travailler à vélo, ou ceux qui préfèrent le covoiturage. Le Sénat avait aussi déjà donné son feu vert et proposait même de cumuler le forfait mobilité durable avec la prise en charge par les entreprises de 50 % de l’abonnement transport en commun (lire ici). Sans suite.
400 euros dans la négociation annuelle obligatoire
Concrètement, ce forfait de 400 euros par an, exonéré de charges sociales et fiscales, pourra être versé par les entreprises via « un titre mobilité », un peu comme les titres restaurants. Un forfait facultatif pour les employeurs : pas question pour le gouvernement d’imposer aux entreprises le versement de cette prime, comme le souhaitaient certains députés.
Tout se jouera donc lors des négociations annuelles dans les entreprises de plus de 50 salariés. Devant l’Assemblée nationale, la ministre des Transports Elisabeth Borne a plaidé pour « faire confiance au dialogue social » et indiqué que le gouvernement comptait faire un bilan dans 18 mois et légiférer par ordonnance si les dispositifs « ne sont pas satisfaisants ».
200 euros pour le carburant
Pour le gouvernement, ce « ticket mobilités » sera une solution parmi d’autres mise à la disposition des salariés et employeurs. Il y a en effet également la prise en charge des frais de carburant à hauteur de 200 euros par an ou encore l’aménagement des heures de travail.
Le même jour, les députés ont voté des articles du texte concernant les obligations d’acquérir des véhicules à faibles émissions lors du renouvellement des flottes, notamment des entreprises. Ils ont inclus les centrales de réservation qui représentent une part importante des exploitants de taxis et de VTC, prévoyant une application des objectifs de « verdissement », à compter de 2022.
N. A.

BlaBlaBus prend déjà la route des vacances
La licorne française prend une longueur d’avance : sans attendre fin juillet, date de l’intégration de la filiale de la SNCF Ouibus rachetée par BlaBlaCar en novembre 2018 (1), les premiers autocars du leader mondial du covoiturage sont déjà sur les routes.
Le premier service BlaBlaBus a démarré le 11 juin entre Lyon et Auch. Onze liaisons ouvrent en ce mois de juin entre 45 villes françaises, belges et des Pays-Bas, 30 autres sont prévues d’ici les prochains mois, soit au total 400 destinations fin 2019.
Certaines liaisons doublonnent encore avec Ouibus pour renforcer les fréquences là où la demande est forte, les autres concernent des destinations étrangères : vers Bruxelles, Anvers, Amsterdam, La Haye, et Rotterdam à ce jour. Vers des villes britanniques, allemandes, espagnoles et italiennes, à terme.
BlaBlaCar vs FlixBus
Une plate-forme de réservation unique regroupant les services Ouibus et BlaBlaBus est attendue d’ici la fin de l’année, avec la disparition de la marque rose et bleue de Ouibus. De son côté, l’offre BlaBlaCar sera intégrée sur le site oui-sncf, premier site de e-commerce en France, dès cet été. Avec des offres combinées train-bus-covoiturage.
Pour réussir là où la filiale routière de la SNCF a failli (environ 20 millions de pertes cumulées en 2018), BlaBlaCar va s’appuyer sur son réseau international de 75 millions de membres covoitureurs pour en faire des voyageurs par autocar. Il va s’appuyer aussi sur le modèle qui a fait son succès : faire porter le risque opérationnel à des prestataires, non plus ses clients automobilistes, mais les autocaristes qui travaillent en sous-traitance. Ouibus avaient ses propres conducteurs, 89 au total, dont les postes sont supprimés (le PSE prévoit leur reclassement au sein du groupe SNCF). Les 130 autres salariés de Ouibus (fonctions support, marketing, etc.) sont transférés chez BlablaCar.
Sur sa route, BlaBlaBus trouvera FlixBus, la start-up allemande qui fonctionne sur ce même modèle économique et qui a fait du marché français son cheval de bataille. En quatre ans, le marché du transport par autocar longue distance s’est consolidé : parti à cinq (Megabus, Starshipper, Ouibus, FlixBus et Isiline), les opérateurs ne forment plus qu’un duo avec l’arrivée d’un outsider, BlablaCar, qui a flairé l’opportunité d’ouvrir des liaisons par autocar au moment des grèves perlées des cheminots de la SNCF au printemps 2018, contre le nouveau pacte ferroviaire voté il y a tout juste un an. Selon l’Observatoire de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), la fréquentation avait alors bondi de 43 % au deuxième trimestre 2018.
N. A.
(1) En contrepartie, SNCF a pris part à une augmentation de capital de BlaBlaCar d’un montant total de 101 millions d’euros.

carte du réseau BlaBlaBus en juin 2019 
Salon de l’UITP à Stockholm – Français en nombre et Chinois incontournables
Hier, à 10 heures moins le quart, Kristoffer Tamsons, chargé des Transports à la région de Stockholm et Mohamed Mezghani, secrétaire général de l’UITP, coupaient le ruban inaugural de l’édition 2019 du sommet de l’UITP, entre le stand de cette dernière et celui présentant les capitales du nord de l’Europe.
Bien que ce soit un jour férié dans nombre des 80 pays originaires des visiteurs (mais plus en Suède), les allées des deux halls d’exposition et les salles de conférences ont connu une affluence plutôt normale. Comme à l’accoutumée dans les expositions consacrées aux transports publics, les bus occupent une surface appréciable (un quart environ du plus grand hall), mais sans favoritisme pour un constructeur particulier, chacun disposant de la même surface permettant de présenter un, voire deux véhicules tout au plus. Les bus électriques sont à l’honneur, Volvo présentant son concept-bus articulé venu de Göteborg. Plus conceptuel encore, Scania est venu avec une (fragile) maquette échelle 1 de son bus sans conducteur. Alors que la pile à combustible (hydrogène) s’expose chez Van Hool et Safra.
Même s’ils savent qu’ils feront moins d’affaires qu’à Innotrans, les constructeurs ferroviaires sont bien présents, mais sans véhicules (y compris chez Alstom, pourtant producteur du bus Aptis).Stands géants pour CRRC et Huawei
Un industriel ferroviaire se distingue toutefois par la diversité de sa gamme, matérialisée par un étalage de maquettes sur son stand géant : CRRC. La présence en grand du constructeur chinois est désormais une constante dans ce genre d’exposition. Mais celle d’un autre géant chinois, à l’échelle de son stand, en a surpris plus d’un : Huawei, connu pour ses réalisations dans le domaine de la téléphonie. Car avec le développement des applications liées aux transmissions de données, de la signalisation à la vidéosurveillance, Huawei a également beaucoup à offrir aux transports publics.
La France en force
Parmi les nations les plus représentées, la France totalise une quarantaine d’exposants sur 350. Le Groupe RATP occupe une position centrale et les stands de Keolis ou Transdev n’ont rien à envier à celui de MTR, qui est ici à domicile, en quelque sorte. Et c’est un véhicule Navya qui fait la navette entre le Parc des expositions de Stockholm et la gare de RER voisine !
Bien visibles également, les stands des spécialistes japonais se font remarquer, qu’il s’agisse du métro de Tokyo, de JR East (exploitant en particulier de la ligne Yamanote, petite ceinture de Tokyo où le train autonome est aux essais) ou encore de la recherche ferroviaire (solutions innovantes en matière de portes palières et de comble-lacunes).
Riyad à l’honneur
Intervenant lors de la session inaugurale, Alwalid Alekrish, vice-président des Programmes et Projets de l’Autorité de développement de Riyad, a présenté les transports en commun de la capitale saoudienne. Leur développement est tout simplement impressionnant : lancé en 2013, « le réseau le plus jeune du monde » est sur le point de passer de quasiment rien à une combinaison de six lignes de métro et de deux ensembles hiérarchisés de lignes de bus. Et « la transformation ne fait que commencer », en attendant le King Salman Project ou les boulevards pour vélos ou encore la plantation d’arbres pour réduire la température et de la pollution, afin de faire de Riyad « une des villes les plus vivables du monde », tout en poursuivant sa croissance.
Cette place d’honneur accordée aux transports publics de Riyad se retrouve à l’extrémité du plus grand des deux halls d’exposition de Stockholm, où trône le stand de l’Arabie saoudite. Un stand qui se distingue par sa taille : le double de la surface standard !C’est toutefois une ville au stand plus modeste qui accueillera l’édition 2021 du sommet de l’UITP : Melbourne, en Australie.
Patrick Laval,
à Stockholm

Des purificateurs d’air dans le métro
Prendre le métro et respirer un air bien plus pollué que dans la rue, c’est un paradoxe contre lequel la RATP a entrepris de lutter depuis plusieurs années. Dernière action en date, soutenue par la région Ile-de-France dans le cadre de son programme « Changez d’air », deux capteurs de particules fines ont été installés à la station de métro Alexandre-Dumas sur la ligne 2, à la fois pour mesurer la pollution en temps réel et pour dépolluer l’air ambiant.
Suez a été retenu pour installer ces plaques qui vont collecter, grâce à des aimants, les particules produites par les rames de métro principalement lorsqu’elles freinent. « Nous allons procéder à des mesures pour évaluer en temps réel la concentration des particules et leur diamètre », explique un responsable de l’entreprise. 1 700 m³ pourront être traités chaque heure. Suez va également recycler les déchets polluants. Une fois par mois, il sera procédé au nettoyage des filtres et à des vérifications.
L’expérimentation va durer six mois pour un budget de 400 000 euros. Si elle est concluante, elle pourra être étendue à d’autres stations, voire d’autres lieux semi-fermés, a précisé Valérie Pécresse, la présidente de l’Ile-de-France. L’enjeu sanitaire est important : quatre millions de personnes passent chaque par jour dans le métro et le RER. Auxquelles s’ajoutent les salariés de la RATP qui y passent beaucoup plus de temps.
M.-H. P.

Ile-de-France : le grand tournant de la route
Quatre équipes internationales ont été invitées par Le Forum métropolitain du Grand Paris (le syndicat mixte qui regroupe les collectivités de la zone urbaine de l’Ile-de-France) à penser la route de demain en Ile-de-France. Les approches sont distinctes, les points de vue communs l’emportent. Pas vraiment une surprise, la commande était précise, les questions sont posées depuis longtemps. Certaines solutions sont connues, expérimentées ou déjà déployées. Il est largement temps d’en faire la synthèse et de dessiner enfin le futur visage de la route francilienne.
C’est en deux étapes que les équipes ont été invitées à imaginer les routes de demain : 2030, 2050. Sans attendre, elles envisagent de profiter des Jeux olympiques de Paris pour montrer au monde (et aux Franciliens) le grand tournant que la route va prendre. Les premières échéances étant proches, autant dire que l’essentiel, dans les projets proposés, ne repose pas sur des investissements énormes (quoique…), ni sur des créations d’infrastructure ou des innovations technologiques fracassantes.
La dimension technologique n’est pas absente pour autant. Il faut bien tenir compte des véhicules autonomes et de la façon dont ils vont entrer en scène pour de bon. Mais la première idée, surtout pour l’échéance la plus proche, est, déjà, d’utiliser autrement et mieux l’existant, en articulation avec le futur réseau du Grand Paris Express. De proposer des mesures réalisables et finançables. En mettant au cœur des sujets à la fois l’urgence climatique et le souci de santé publique. Comme le dit Vincent Jeanbrun, maire de L’Haÿ-les-Roses et président du Forum métropolitain : « la désaturation des transports passera forcément par la route… mais pas par celle que nous connaissons ».
Ce qui se traduit par un ensemble de propositions visant à assurer le déplacement quotidien d’un nombre au moins équivalent de personnes… tout en réduisant fortement la vitesse autorisée, l’empreinte de l’infrastructure routière et les externalités négatives. Chaque groupe a tenté de résoudre la question, en panachant le recours au vélo, le développement de véhicules routiers de transport public ou partagé, en luttant contre l’autosolisme, et en inventant de nouvelles fonctions aux espaces récupérés.
Les équipes ont planché sur près d’un millier de kilomètres du réseau magistral francilien. Soit le boulevard périphérique (35 km), l’A86, la Francilienne et les autoroutes à voies rapides nationales jusqu’à la Francilienne (660 km) et les principales voies structurantes jusqu’à la Francilienne (250 km). Chacune d’entre elle a été invitée à se pencher plus précisément sur trois sites.
Si l’on a des idées sur ce qu’il faut faire, et si les propositions vont plutôt dans le même sens, il ne sera pas simple politiquement de les mettre en œuvre. Mais, et c’est déjà très important, l’opération du Forum métropolitain a été soutenue par de nombreux partenaires, dont Paris, la région et la métropole du Grand Paris. Par quelques départements aussi, malheureusement pas tous (Hauts-de-Seine, Yvelines, Essonne, Seine-et-Marne, où êtes-vous ?).
L’essentiel de la difficulté ne viendra pas tant d’oppositions politiques traditionnelles que de clivages géographiques. Anne Hidalgo évalue les projets au nom des deux millions de Parisiens victimes de la pollution, Valérie Pécresse pense surtout aux deux millions d’habitants des confins de la région qui n’ont d’autre choix pour se déplacer que celui de la voiture. Des approches différentes, qui les ont déjà opposées à propos des voies sur berges, et qui étaient très audibles dans les discours de chacune le jour de l’inauguration de l’exposition. Une tension inévitable. Heureusement, l’Etat a l’air prêt à jouer son rôle, selon le discours ferme du préfet Michel Cadot, en faveur de la réinvention de la route. Il le faudra. Car tous les projets vont nécessiter des investissements, de nouvelles réglementations, un passe mobilité enrichi aussi (et plus coûteux pour tous). Et une gouvernance renforcée de la mobilité régionale, responsable des nouvelles offres et du nouveau réseau de stations d’interconnexion, qui suppose que l’Etat joue le jeu.
Ce que proposent les quatre équipes
• Shared Utility Network (SUN)

L’A1 de Roissy-Charles-de-Gaulle à la Seine-Saint-Denis en 2050, vu par SUN. L’autoroute est devenue une plateforme flexible qui abrite un grand nombre d’usages, de flux et de configurations différentes. Comme l’indique son acronyme, l’équipe SUN se fixe des principes de partage (Shared), en vue de services publics au-delà de la mobilité (Utility), confiant ainsi de nouvelles fonctions aux réseaux (Networks).
On commence, propose SUN, par limiter à 50 km/h la vitesse de référence à l’intérieur de l’A86, à 70 km/h en dehors. Comme en zone urbaine le débit ne s’accroît pas avec la vitesse, tout au contraire, on obtient grâce à la limitation et, surtout, avec une offre de nouveaux véhicules de transport public, une capacité accrue. On peut ainsi réduire l’emprise routière dans la zone dense de 30 % en 2030, de 50 % en 2050. Par exemple, sur les six voies du périphérique, deux sont retirées de la circulation en 2030, et trois à l’horizon 2050. Au-delà de l’A86, on ne change rien d’ici 2030, puis on réduit l’emprise routière de 25 %. Les espaces récupérés partout sont massivement plantés d’arbres ou réservés à d’autres circulations, dont le vélo.
De tous les projets, c’est celui qui repose le plus sur la technologie. « Au cours de cette exploration du futur, nous avons eu tendance à privilégier une vision de l’avenir essentiellement technologique », assume SUN, tout en reconnaissant qu’il faut veiller « à ce que cette position soit suffisamment résiliente et pas trop utopique ».
L’équipe propose d’installer sur la route un système de conteneurs modulables, au sein desquels passeront les réseaux voués à l’Utility (électricité, gaz, eau potable ou non, data) et dont le toit formera une piste pour les vélos.
Plus singulier, SUN propose la mise en place d’un réseau dit ART (Autonomous Rail Transit) : des véhicules autonomes et modulables s’assembleraient pour les parcours répondant à des besoins denses, avant de se désolidariser pour la desserte fine, les passagers passant selon leur destination d’une navette à l’autre tant qu’elles sont assemblées. Le système a un aspect à la fois futuriste et suranné, sans doute parce qu’on y reconnaît l’idée majeure de feu le système Aramis de Matra, qui fit beaucoup rêver et jamais ne vit le jour.
L’équipe
Rogers Stick Harbour + Partners, architectes et urbanistes (mandataire) ; Arep Ville, architectes, urbanistes, ingénieurs ; Michel Desvigne Paysagistes, paysagistes ; EY, Consulting Economistes.
Les experts
Pierre Veltz, chercheur en sciences humaines ; Nicolas Meihlan, consultant en stratégie ; Sonia Lavadinho, sociologue ; François Bellanger, prospectiviste ; Sanef, concessionnaire d’autoroute ; Cerema, centre de recherche ; EIVP, enseignement et recherche ; Mike Berners-Lee, directeur Small World Conbsulting ; Philipp Rode, Executive director du programme Urban Age Programme.
• Collectif Holos

En 2050, Holos reconnecte la rue des Fillettes au périphérique porte de la Chapelle, supprimant la frontière physique et mentale qu’il constitue. C’est le programme le moins facile à résumer, sans doute parce qu’il met l’accent sur les solutions contextualisées. Pas de recette unique, dit Holos, pour qui les avancées vers une mobilité nouvelle se feront au cas par cas, en fonction de leur acceptabilité, localement. Et il faut y être d’autant plus attentifs que les situations locales sont fort diverses. Le dogmatisme mènerait au blocage. Reste qu’il s’agit bien de déployer un certain nombre d’invariants, proches de ceux des autres groupes. Transformation des autoroutes ou voies rapides en avenues métropolitaines, des portes donnant sur le périphérique en places traversantes, retour des carrefours, lutte contre l’autosolisme, etc. Il faudra, insiste Thomas Richez, non seulement créer ces voies rapides, mais bien communiquer sur leur utilité, en montrant, par exemple avec les portiques au-dessus des voies, combien de gens passent dans les files réservées. Pour assembler ces solutions locales, le collectif une gouvernance globale. Holos se singularise en mettant l’accent sur une sorte de remontée de l’eau à la surface : là où elle a été séparée pour être acheminée en des réseaux terriblement efficaces, il s’agit de la faire réapparaître, de la laisser courir le long du réseau routier ce qui, combiné au boisement massif et à l’utilisation de revêtements routiers clairs, et à de nouvelles circulations d’air, assurera de fortes baisses de températures dans des couloirs urbains.
L’équipe
Richez_associés, architectes, urbanistes, paysagistes (mandataire) ; Folléa-Gautier, paysagistes, urbanistes ; Transitec, BET mobilité et trafic ; Trans-Faire, BET qualité environnementale, experts écologues.
Les experts
IRT SystemX, experts mobilité innovante ; Airparif, association de surveillance de la qualité de l’air ; Arter, agence de production artistique ; Mobiliy in Chain, mobilité à l’échelle mondiale ; Urban Water, hydrologie urbaine et environnement ; Bruno Housset, pneumologue, spécialiste de la pollution et de la santé publique ; Isabelle Nicolaï, géographe-économiste ; Philippe Montillet, historien des territoires ; Sohrab Baghery, économiste des infrastructures et ouvrages ; Stéphanie Vincent-Geslin, sociologue.
• New Deal pour les voies rapides du Grand Paris

L’idée du groupement New Deal : des bus rapides en site propre complétés par l’offre vélo, puis, le moment venu, par des navettes autonomes qui permettent de diminuer l’emprise de la route tout en accroissant fortement sa capacité. A l’inverse du projet SUN, New Deal part de la périphérie pour aller vers le centre. La démarche centripète applique en un premier temps la refonte de l’exploitation de la route aux grands axes partant de la périphérie, jusqu’à la Francilienne, avant de gagner les grandes voies urbaines et le périphérique. Il s’agit de s’adresser pour commencer, dit David Mangin, architecte (Seura), « aux millions de Franciliens qui n’ont pas d’aujourd’hui de vraies solutions de transport en commun pour rejoindre le cœur de la métropole et les futures gares du Grand Paris Express ». De prendre donc le problème « à la source ». Avec une offre massive de bus rapides en site propre complétée par l’offre vélo, et, à mesure qu’elle peut entrer en scène, par une offre de navettes autonomes, on diminue l’emprise de la route tout en accroissant sa capacité. Et en se donnant le temps d’expérimenter ainsi et d’évaluer. L’offre de bus, de plus, peu coûteuse, est la plus juste socialement et la plus économiquement acceptable. Tout en préparant, grâce aux voies réservées, l’arrivée de futurs véhicules autonomes que l’équipe New Deal n’imagine pas individuels. A terme, grâce à cette offre massive, la moitié de l’emprise routière est libérée pour d’autres usages. Le périphérique intérieur formerait à terme une ceinture verte, reliée aux parcs et jardins de la ville.
Dans le recours massif, pour commencer, à des bus express circulant sur la bande d’arrêt d’urgence, on reconnaît la proposition que formule depuis des années André Broto (groupe Vinci). Son idée fait une entrée majeure dans un programme d’ensemble de refonte de la route. Pour compléter le dispositif, on relève la création de places « métrovillageoises », conçues comme « places échangeurs » facilitant la mobilité quotidienne. Et celle de « places centrales » : les hubs de transport RER/GPE/métro existantes ou en construction, parfois associés à des centres commerciaux aux parkings surdimensionnés, seraient « reformatés » et desservis par les voies New Deal.
L’équipe
Seura architectes (mandataire, avec David Mangin) ; Jornet Llop Pastor, architectes, urbanistes, paysagistes ; Marina Cervera et Anna Zahonaro, paysagistes; Carlo Ratti Associati, design, innovation, prospective ; Leonard, plate forme de prospective et d’innovation Vinci (avec André Broto) ; Ingerop, mobilité et trafic, C31, assembleur de mobilités.
Les experts
Jean Grébert, systèmes de mobilité ; Laurent Taupin, mobilité innovante ; Ecov (Thomas Matagne), solutions de mobilité partagée ; Transamo (Guillaume de Tillière), transports en commun ; FUB (Olivier Schneider), promotion du vélo au quotidien ; Yves Crozet, économiste ; Michel Savy, économiste.• Atelier des mobilités

L’Atelier des mobilités propose la création d’un réseau prioritaire de voies NOE (nombre d’occupants élevés) avec une voie réservée qui peut être mis en œuvre tout de suite et une soixantaine de stations pour assurer l’intermodalité. Le groupe propose la création d’un réseau prioritaire de voies NOE (nombre d’occupants élevés). Le choix d’une voie réservée peut être mis en œuvre tout de suite. Il se fait indépendamment de l’arrivée des véhicules électriques autonomes partagés (VEAP), car, précise l’Atelier des mobilités, conformément à un scepticisme aujourd’hui assez partagé, « l’efficacité opérationnelle du VEAP, la durabilité de cette solution sur cycle de vie du véhicule, la viabilité du business model ainsi que son acceptabilité pour les usagers restent à démontrer ».
A l’inverse de l’idéologie autoroutière, d’un réseau à part peu connecté à la route classique et taillé pour les longs parcours, l’intérêt de NOE n’est pas que tout soit parcourable sans couture de part en part. Les besoins de déplacements locaux étant majoritaires, le réseau NOE repose sur un maillage de tronçons d’une vingtaine de kilomètres, articulés entre eux par une soixantaine de stations, chacune mise sous la responsabilité d’une conciergerie garante des services. Le projet d’un réseau de voies pour le fret ou NCE (nombre de colis élevés), elles aussi définies par la capacité, complète NOE. Il est prévu d’interdire l’accès de la métropole centre aux camions trop peu chargés et, vite, aux camions thermiques. Un système équivalent aux stations servicielles NOE, de bonne gestion des inévitables ruptures de charge est institué pour le fret. On saluera cet intérêt complémentaire pour le fret, moins affirmé dans les autres réflexions comme dans les vues des décideurs…
L’équipe
D&A, architecte urbaniste paysagiste (mandataire) ; Setec, BET ; 6-t, bureau de recherche, APRR, gestionnaire d’autoroute.
Les experts
Atelier des Giboulées, communication ; Logicités, logistique ; Transversal, stratégie foncière ; Sempervirens, paysagiste ; Martin Etienne, illustrateur ; Jean-Pierre Orfeuil, économiste ; Francis Beaucire, géographe ; Antoine Picon, historien ; Alain Bourdin, sociologue ; Laetitia Dablanc, logistique ; Jean-Marc Offner. urbanisme.
Exposition au Pavillon de l’Arsenal jusqu’au 1er septembre et, parallèlement, à la Biennale de l’architecture en Ile-de-France, à Versailles. L’exposition sera présentée dans une dizaine de lieux de la région.Catalogue : Les Routes du Grand Paris, 39 euros

Périphérique parisien : Valérie Pécresse s’en mêle
A l’occasion du lancement de l’exposition « Routes du futur Grand Paris » le 6 juin, au pavillon de l’Arsenal à Paris (lire), Valérie Pécresse a annoncé le lancement d’une concertation sur le boulevard périphérique parisien. Une semaine après les annonces d’Anne Hidalgo, la présidente de région veut donc faire auditer par des experts les mesures que la maire de Paris doit présenter aujourd’hui en conseil (lire). Ces propositions visent à fluidifier le trafic, réduire la pollution sur cette rocade urbaine de 35 km, propriété de la Ville. Et en changer la gouvernance.
L’objectif, à plus long terme, étant de transformer cette infrastructure routière qui absorbe quotidiennement plus d’un million de véhicules, en un “boulevard urbain”. Sans voitures.
Ile-de-France Mobilités organise la concertation
Valérie Pécresse confie l’organisation de la concertation sur le périph’ à Ile-de-France Mobilités. L’autorité organisatrice des transports qu’elle préside aussi, doit associer pour cet exercice l’Etat, la Ville de Paris, les départements de petite et de grande couronnes, les communes, les établissements publics territoriaux franciliens, les acteurs économiques et des associations.
Le groupe de travail devrait rendre ses premières conclusions à l’automne, et présenter « les différents scénarios d’évolution [du Périphérique] en lien avec la modernisation et le développement du réseau de transports en commun », indique le communiqué.
N. A.

Le constructeur ferroviaire espagnol Talgo engrange les contrats
L’année se présente bien pour Talgo : après avoir réalisé 324,4 millions d’euros de ventes en 2018, le constructeur espagnol affichait en fin d’année dernière 2,613 milliards d’euros de commandes. Une grosse part vient du marché espagnol : à Las Matas près de Madrid et Rivabellosa au Pays basque, Talgo travaille sur 15 trains à grande vitesse (et grande capacité) « Avril » commandés par la compagnie des chemins de fer Renfe en 2016, vendus 25 millions d’euros l’unité. Quinze autres sont en option.
Le constructeur a déjà engrangé en ce début d’année plusieurs beaux contrats : en avril, Egyptian National Railways lui a commandé six trains grandes lignes, un contrat de 158 millions d’euros avec la maintenance. Les livraisons sont prévues en 2021.
L’internationalisation se renforce
Cet accord renforce l’internationalisation de la firme déjà présente dans 44 pays, notamment en Arabie saoudite (avec la « LGV des sables ») ou en Russie (convois Moscou – Berlin). Employant 2 200 salariés, elle vient aussi d’ouvrir une représentation à Londres et ses usines travaillent sur plusieurs commandes fermes : Deutsche Bahn (DB) a signé en janvier 2019 un contrat de 550 millions d’euros pour la livraison de 23 trains grand parcours livrables dès 2023. Ces convois électriques et réversibles sont associés à 77 autres en option pour assurer des liaisons ECx Intercity dont Berlin – Amsterdam. La DB a déjà utilisé des rames train-hôtel Talgo de 1992 à 2009.
Autre client fidèle, le Kazakhstan où l’espagnol doit livrer, jusqu’en 2021, des centaines de voitures pendulaires. Son voisin ouzbek utilise également quatre rames Talgo à 250 km/h.
Parmi les autres succès de ce début d’année, début mars 2019, la Renfe a ratifié l’achat de 26 motrices à grande vitesse qui tireront 156 voitures train-hôtel Talgo transformées en 13 compositions : elles seront à écartement variable, bitension, apte au 330 km/h et livrables en 2020-2021. Un marché de 295 millions d’euros extensible à 72 voitures et 14 locomotives, soit six compositions de plus. Enfin, Talgo regarde de près le marché de 331 trains de banlieue lancé en mars par Renfe.
L’actionnariat va changer
En revanche, la plate-forme Vittal pour le trafic banlieue et régional, remportée le 21 novembre dernier par Talgo avec 32 rames électriques, fait l’objet d’un recours en justice de la part du constructeur tchèque Skoda (racheté par le chinois CRCC) qui, tout comme l’espagnol CAF, n’a pas été retenu. De plus, Talgo n’a pas encore réussi à ce jour à placer son train à grande vitesse « Avril », pour la HS2 Londres – Birmingham, la Malaisie, ou l’Inde, où une rame pendulaire avait pourtant fait des essais sur le réseau à voie large.
Née en 1942, la société espagnole est enfin en plein changement actionnarial : en mars 2019 MCH Private Equity a mis en vente sa participation de 9 % valorisée à 75 millions d’euros. Le reste du capital est détenu à 35 % par Pegaso Rail (dont la famille fondatrice Oriol et le fond Trilantic), à 5 % par les assurances Santalucia et les 51 % restants par des petits porteurs.
Michel Garicoix

Les joueuses de la Coupe du monde de foot prennent le train
Dans le match qui l’oppose aux autres modes de transport, le train a déjà gagné cette Coupe du monde de football féminin qui se tient depuis le 7 juin et pour un mois en France. C’est en effet le groupe SNCF qui assurera les deux tiers des déplacements des 24 équipes en lice.
La préparation a duré deux ans, après l’accord noué avec le comité d’organisation de la Coupe du monde féminine. « Après l’Euro 2016, la Fédération française de football nous a contactés pour organiser un partenariat », raconte Benoît Lanciot, le grand chef d’orchestre de l’opération. « Pour la SNCF, c’est une nouvelle occasion de montrer tout son savoir-faire. »
La SNCF commence à bien connaître le monde du ballon rond puisqu’elle avait déjà travaillé avec la Fifa au moment de l’Euro 2016 pour organiser l’acheminement en train d’un maximum de supporters. Mais pas des équipes qui s’étaient alors déplacées en avion ou en bus.
Préoccupations environnementales et volonté de populariser cette compétition ont joué en faveur du train et la SNCF a été cette fois-ci chargée de transporter les joueuses et leurs staffs. Un peu sur le modèle de ce qu’elle avait déjà fait lors de la Coupe du monde de rugby qui avait eu lieu en France en 2007, lorsque les équipes avaient été transportées en train avec la mise à disposition de rames spéciales.
Deux tiers des voyages assurés par le groupe SNCF
Plus exactement, dans le cadre de cette compétition féminine, le train doit assurer un tiers des voyages des équipes et les bus (exploités par Keolis, groupe SNCF) un autre tiers. Soit 80 déplacements sur les 110 à 120 trajets des équipes pour relier l’une des neuf villes accueillant la compétition (Montpellier, Grenoble, Lyon, Valenciennes Reims, le Havre, Rennes, Nice et Paris). L’avion doit prendre la relève pour les trajets les plus longs, principalement pour Nice.
S’ajoute le transport des arbitres, une centaine, toutes des femmes, qui seront exclusivement transportées en train, ainsi qu’un bon millier de VIP invités par la Fifa. Enfin, tout le matériel doit être acheminé en camion par Geodis (une centaine de camions sont prévus par cette filiale de la SNCF).
« Le but est de faire de cette manifestation une grande fête populaire, en organisant des rencontres entre le public et les joueuses dans les gares et les trains », poursuit Benoît Lanciot. Dans les gares, des équipes composées d’une quinzaine de personnes assurent l’accueil des équipes et la sécurisation de leurs cheminements, tout en offrant la possibilité au public d’échanger avec les joueuses ou de faire des selfies si celles-ci veulent bien se prêter au jeu. Pour assurer l’accueil du public et des supporters, il a été fait appel au volontariat : plus de 250 cheminots ont accepté de donner de leur temps et de tenir des comptoirs d’information les jours de match.
Dans les trains acheminant les joueuses, une annonce informe les voyageurs de la présence d’équipes à bord. Des animations sont aussi proposées, notamment au bar (jeux concours, kits de maquillage…). Mais le voyage en train doit rester a priori un moment de repos pour les compétitrices qui disposent d’une voiture entière. Les contrôleurs sont briefés et assistés pendant le voyage par un cadre des opérations qui a l’œil sur tout.
Assurer un voyage « sans couture »
Principal défi pour le transporteur : il a fallu imaginer pour les équipes un voyage « sans couture », quels que soient les modes utilisés successivement. « Nous avons élaboré nos plans de transport il y a neuf mois pour déterminer quelles dessertes se feraient en train, en bus ou en avion, et pour prévoir les interfaces, c’est-à-dire le passage d’un mode à l’autre », raconte Mathieu Lorieul, le superviseur transport Groupe SNCF Coupe du monde féminine. « Nous avons imaginé plusieurs scénarios tenant compte des différentes places possibles des équipes dans les pools en fonction de leurs résultats avec tous les plans de transport allant avec », ajoute Mathieu Lorieul. Et il précise : « Chaque délégation compte 47 personnes dont 23 joueuses. Elle reste quatre jours dans chaque ville : elle arrive trois jours avant le match et repart un jour après. Pendant le séjour dans la ville, nous mettons des bus à leur disposition. Keolis a ainsi dû mobiliser près de 300 bus. »
Qui dit sponsoring dit communication, la SNCF a recruté une vingtaine de blogueurs et influenceurs pour qu’ils relayent des informations sur l’événement sur les réseaux sociaux. Elle fait aussi diffuser deux films avant et après chaque match sur les écrans géants dans les stades (un sur inOui également diffusé depuis début juin à la télévision, et un autre plus corporate sur la SNCF). L’occasion de communiquer sur les valeurs de l’entreprise, la mixité et les besoins de recrutements (féminins pour tous les métiers) de la SNCF.
Selon Benoît Lanciot, la SNCF attend de cet événement un chiffre d’affaires de 50 % supérieur à celui généré par ce partenariat devant durer deux ans (il a démarré avec la Coupe du monde de foot féminin des moins de 20 ans organisée l’an dernier). « Même si la SNCF fournit de nombreuses prestations dans le cadre du partenariat, la Fifa est amenée à acheter des prestations supplémentaires », affirme le directeur de la Communication évènementielle et des Partenariats. Côté SNCF, on n’en saura pas plus sur ce partenariat « gagnant-gagnant ». Si l’on en croit l’AFP, les six partenaires français (dont la SNCF) auraient payé un million d’euros chacun leur droit d’entrée dans la compétition (contre six à sept millions lors de l’Euro 2016).
M.-H. P.

Retour sur la folle semaine des trottinettes !
4 juin : Lime France, leader autoproclamé des trottinettes électriques en free-floating (en libre service et sans station) à Paris, organise des interviews à la chaîne dans un hôtel du IIe arrondissement parisien, quartier des start-up, pour annoncer le lancement imminent d’une campagne publicitaire décalée (photo ci-dessous). Et s’afficher au passage comme le meilleur élève des entreprises de trottinettes qui déferlent sur les villes. Promis juré, les erreurs de jeunesse c’est fini. Dorénavant, Lime va montrer l’exemple et éduquer les « trotteurs » : terminé le stationnement sauvage et les rodéos sur les trottoirs à un ou deux. Faire de la trottinette électrique n’est pas un jeu d’enfant (lire l’interview du patron de Lime France).

6 juin : au tour d’Anne Hidalgo
La maire de Paris convoque la presse à l’Hôtel de Ville pour mettre fin au Far West. L’intitulé de l’invitation ne laisse pas de doute : « En finir avec l’anarchie » (photo ci-dessous). Lasse d’attendre la loi Mobilités (LOM) qui a pris un an de retard, et ses dispositions pour réguler les vélos et trottinettes en free-floating, Anne Hidalgo prend le mors aux dents et annonce une série de mesures afin de contraindre les « trotteurs » à rester sur la chaussée (pour circuler comme pour stationner), à rouler moins vite (20km/h, 8km/h en zone piétonne), et à éviter les jardins publics. La maire annonce aussi l’organisation d’un appel d’offres pour sélectionner, in fine, deux à trois opérateurs (ils sont 12 aujourd’hui à battre le pavé parisien et à se livrer concurrence). Objectif, limiter le nombre d’engins en circulation : ils seraient 20 000 selon les décomptes de la mairie, 40 000 selon les données collectées par Géo4cast . « Trois opérateurs avec 5 000 trottinettes suffiraient », tranche Jean-Louis Missika, adjoint chargé de l’Urbanisme.

La mairie de Paris promet une étude sur l’accidentologie liée à cette nouvelle forme de mobilité, en partenariat avec la préfecture de police et l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, recommandant au passage le port du casque. Aucun chiffre consolidé n’est disponible à ce jour, mais dès mars dernier, le corps médical tirait le signal d’alarme devant le nombre de blessures graves liées aux accidents de trottinettes. Au lendemain de la mise en ligne de cet article, un premier accident mortel de trottinette survenait à Paris.
7 juin : la LOM à contretemps
Au lendemain des annonces des édiles parisiens, et trois jours après le buzz autour de la campagne publicitaire de Lime qui avait bien orchestré sa com’, le ministère des Transports fait partir un communiqué de presse triomphal, mais à contretemps : ça y est, l’article de loi sur la régulation des trottinettes et vélos électriques en free-floating a été adopté par les députés dans le cadre de l’examen de la LOM.

Que dit cet article qui valait un communiqué à lui tout seul (la loi contient 50 articles) ?
- que les opérateurs de vélos et trottinettes en libre service seront soumis à l’autorisation préalable des maires et devront payer une redevance d’occupation du domaine public. Si le maire est aux commandes, « la bonne coordination avec l’autorité organisatrice de la mobilité [AOM] est nécessaire , précise le texte. Son avis sera sollicité avant la délivrance d’une autorisation ». Et si l’AOM ne veut pas entendre parler de free-floating ?
- Pour obtenir l’autorisation de déployer leur flotte en ville, les entreprises devront respecter les règles de stationnement et informer leurs utilisateurs du Code de la route, qui jusqu’à aujourd’hui encore, ne connaît pas les trottinettes, ni les gyropodes et les monoroues. Il devrait être modifié en septembre prochain, après être passé par les fourches Caudines de la Commission européenne, du Conseil national d’évaluation des normes (CNEN), du Comité interministériel de la sécurité routière (CISR), puis du Conseil d’Etat (lire)
- Enfin, les municipalités pourront sélectionner les opérateurs par appel d’offres. Objectif, limiter leur nombre, ce qui va immanquablement accélérer la consolidation des start-up de la micromobilité.
Qui sont les « trotteurs » ?

Recensement des opérateurs en France en juin 2019. Source : 6T-Ademe Toujours le 7 juin : dernier acte de cette folle semaine de la trottinette, le bureau d’étude 6T publie une étude très fouillée qui dessine le profil type des « trotteurs » et les usages de ce nouveau mode de transport. On y apprend par exemple que :
- Un tiers sont des touristes étrangers, 9 % sont des visiteurs français, 58 % sont des locaux (ils l’utilisent dans leur ville de résidence).
- 66 % des « trotteurs » locaux sont des hommes, plus de la moitié d’entre eux ont moins de 35 ans, les plus représentés sont les 25-34 ans,
- 19 % sont des étudiants,
- 53 % sont des cadres,
- 38 % empruntent une trottinette chaque semaine, 7 % tous les jours pour des déplacements professionnels ou domicile – travail.
- 23 % font des trajets multimodaux : transports en commun + trottinettes (66 %), marche + trottinettes (19 %),
- Peu de trotteurs étaient cyclistes, le report modal se fait aux dépens du transport collectif et de la marche : ce sont des « piétons augmentés »,
- 69 % jugent le free-floating pratique et efficace, même si près d’un quart renonce à l’utiliser faute de trouver une trottinette à proximité,
- 27 % sont inscrits à plusieurs services de trottinettes,
- 57 % jugent les prix trop élevés.
Et s’il fallait ne retenir qu’une donnée, l’étude estime entre 0,8 et 1,9 le pourcentage des déplacements en trottinettes en free-floating dans Paris. Pas négligeable.
Nathalie Arensonas
Synthèse de l’étude « Usages et usagers des trottinettes électriques en free-floating en France » : ici
Méthodologie
Questionnaire en ligne diffusé du 5 au 15 avril 2019, après une douzaine d’entretiens exploratoires. Lime a diffusé cette enquête indépendante auprès de ses utilisateurs pour obtenir un échantillon représentatif. Les 4382 personnes interrogées ont utilisé les trottinettes dans les villes de Paris, Lyon ou Marseille.
En complément de l’approche quantitative, 21 entretiens semi-directifs ont été menés avec des usagers de Lime, centrés sur l’évolution des pratiques modales et l’usage intensif des trottinettes.
