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Un rail cassé dans un aiguillage à l’origine du déraillement du TGV à Marseille-Saint-Charles
Un événement exceptionnel et aux causes indétectables. C’est, en résumé, ce qui ressort des premières conclusions de l’enquête menée par la SNCF pour expliquer le déraillement du TGV Duplex n° 6145 (venant de Paris) à l’entrée de la gare de Marseille-Saint-Charles, le 24 août peu après 18 heures. Six voitures et la motrice de la rame de queue – c’était une UM – avaient déraillé au passage d’un appareil de voie, heureusement sans faire de blessés, alors que 350 passagers étaient à bord.
Un rail cassé dans un aiguillage est à l’origine de ce déraillement, a expliqué le 4 septembre la SNCF. Plus précisément, un défaut oxydé sous l’aile de patin de rail à l’intérieur de l’appareil de voie n’a pas pu être détecté. Ce défaut, avec l’oxydation, s’est transformé en fissure. Et cette fissure a évolué en rupture.
Particularité : la fissure a évolué très rapidement, ce qui l’a rendue indétectable malgré les opérations de maintenance faites correctement , assure Olivier Bancel, le directeur général Opération et Production. Tout cela a provoqué la rupture du rail au passage de la rame. « Une rupture ne conduit pas forcément à un déraillement, mais dans ce cas, la discontinuité importante en termes de niveau de part et d’autre de la rupture a provoqué la montée de la roue qui est passée de l’autre côté du rail », explique un expert ferroviaire.
D’où vient ce défaut ? D’un choc, qui peut être récent ou ancien, et on risque bien de ne jamais connaître son origine. L’âge du rail n’est pas mis en cause. Il date de 1986, ce qui est tout à fait acceptable compte tenu des vitesses limitées à 30 km/h. Selon Olivier Bancel, la maintenance n’est pas non plus en cause. Le fait de n’avoir pas détecté cette fissure, n’est-ce pas une faute? « Nous avons respecté les normes. Mais si nous constatons qu’il faut renforcer la maintenance, nous le ferons », répond Olivier Bancel. Le dispositif de surveillance des voies comprend des inspections à pied et avec des engins. Une fois par an, un train mesure les défauts du rail grâce à un équipement à ultra-sons. Le système ferroviaire peut aussi être alerté des ruptures de rail grâce au circuit de voie si celui-ci est installé.
A Marseille-Saint-Charles, les tournées de surveillance se font toutes les deux semaines. La dernière visite a eu lieu en août, rappelle Olivier Bancel. « En général, quand il y a un défaut avec une fissure, elle est détectée par la surveillance. Cela n’a pas été le cas, mais en général, une fissure n’évolue pas en rupture de manière aussi rapide sans raison complémentaire. Il faudra expliquer l’enchaînement qui s’est produit : le défaut sur le rail, suivi d’une fissure, puis la fissure génère une rupture qui conduit au déraillement », ajoute-t-il.
Il estime toutefois que si la fissure a évolué si rapidement, c’est parce qu’elle est survenue dans une zone de gare très sollicitée, qui comporte des successions d’appareils de voies et des successions de courbes et de contre-courbes. A leurs passages, les trains exercent des efforts dynamiques très importants sur les deux fils de rail, liés au caractère très sinueux de cet itinéraire d’entrée de gare.
L’événement est exceptionnel, indique encore la SNCF qui s’apprête à mener deux types d’investigations d’ici novembre. D’une part des investigations complémentaires sur le matériel roulant pour s’assurer qu’il n’y a pas de défaut au niveau des organes de roulement et de suspension. Ce qui paraît peu probable.
D’autre part, l’entreprise va simuler des interactions entre le type de rame qui a circulé et la géométrie particulière de l’appareil de voie concerné pour mieux comprendre ce qui s’est passé.
Philippe Hérissé et Marie-Hélène Poingt

Le fonctionnement complet de Vélib’ reporté à 2019
Il faudra attendre l’année prochaine pour que les 20 000 Vélib’ et leurs 1 400 stations fonctionnement normalement. Soit avec pas loin d’un an de retard sur le calendrier initial. C’est ce qu’a annoncé hier sur France Info Arnaud Marion, le nouveau président exécutif de Smovengo qui a pris les commandes en juin pour tenter de sauver l’entreprise du naufrage.
Le service sera pleinement effectif « dans les premières semaines de 2019 », a-t-il indiqué. L’entreprise ayant auparavant assuré tenir cet engagement pour le 1er mars 2018. Malgré la série de déboires enregistrées par le concessionnaire du vélo en libre service francilien depuis qu’il a remporté le contrat au détriment de JCDecaux, des progrès ont été réalisés, a assuré le nouveau patron de Smovengo en indiquant qu’on compte aujourd’hui 10 000 vélos disponibles (dont 3500 vélos à assistance électrique), contre 2000 début juillet, et 820 stations. Le taux de disponibilité des vélos est passé de 20% en juillet à 70% aujourd’hui, a-t-il ajouté, reconnaissant toutefois que ce taux pouvait baisser durant les heures de pointe.
Remonté contre la « défaillance du prestataire », Christophe Najdovski, l’adjoint au maire chargé des Transports qui était l’invité de notre club VR&T en juillet, nous avait indiqué que le syndicat mixte Autolib’ et Vélib’ Métropole (SMAV) déciderait en septembre s’il confirme ou pas le contrat signé avec Smovengo. Décision attendue à la fin du mois. Interrogé sur ce point, Arnaud Marion s’est voulu optimiste. « Très honnêtement, s’il y avait une résiliation aujourd’hui je ne la comprendrais pas, vu le travail et les investissements qui ont été faits et le degré de progression au cours de l’été », a-t-il commenté.

Reprise des relations TER sur la LGV BPL et la virgule de Sablé
Après sept mois d’interruption, les relations TER entre Nantes, Angers, Laval et Rennes, via la ligne à grande vitesse Bretagne – Pays de la Loire et la virgule de Sablé, ont pu reprendre le 27 août. L’organisme Certifer a en effet émis un avis favorable à la reprise des circulations de rames Z TER modifiées sur cette LGV, ainsi qu’entre cette dernière et le réseau classique. Une décision prise suite aux mesures mises en œuvre par SNCF Réseau et le concessionnaire Eiffage Rail Express (ERE) pour remédier aux déshuntages constatés l’automne dernier, dans les semaines qui ont suivi la mise en service des nouvelles relations entre le nord et le sud des Pays de la Loire.
Pour commencer, cinq allers et retours quotidiens seront assurés en TER sur LGV, comme lors du lancement de cette desserte en juillet 2017. Cette fréquence devrait être portée à sept allers et retours quotidiens fin 2018, puis à huit fin 2019, au fur et à mesure de l’équipement des rames Z TER.
Le retour des TER sur LGV, qui permettent des gains de temps de l’ordre de 40 minutes entre Nantes, Angers, Laval et Rennes, est accompagné de mesures tarifaires « commerciales et compensatoires » jusqu’au 4 novembre, avec plafonnement des tarifs à 15 euros, voir 10 euros pour les porteurs de cartes et d’abonnements régionaux.
P. L.

Neuf mois de retard pour l’ouverture du tunnel Crossrail sous Londres
Prévue pour décembre prochain, la mise en service régulier du tunnel central de la future Elizabeth Line du RER londonien Crossrail est désormais reportée à l’automne 2019. Ceci afin d’assurer que la nouvelle ligne est – ouest sous Londres soit « sûre et fiable au moment de son ouverture » selon la direction du projet Crossrail.
En effet, il s’est avéré que l’équipement du tunnel central a pris plus de temps que prévu, de même que les essais concernant l’informatique. Par conséquent, l’intégration a pris du retard. Parallèlement, la mise en service entre la gare de Liverpool Street et Shenfield (banlieue est) des nouvelles rames Class 345 a pris un mois de retard au printemps 2017. Puis, cette année, l’arrivée entre la gare de Paddington et l’aéroport de Heathrow (banlieue ouest) de ces rames conçues pour Crossrail a été retardée par des problèmes sur l’équipement ERTMS.
Plutôt que de risquer une mise en service précipitée de Crossrail, avec de nouveaux trains, un nouveau tunnel et des transitions inédites entre systèmes de sécurité ferroviaire (ERTMS à l’ouest de Londres, CBTC sous Londres et système britannique TPWS dans la banlieue est), la direction du projet a préféré reporter l’ouverture du tunnel sous Londres. Question « RER », 2018 aura quand même été une année faste pour la capitale britannique, avec la spectaculaire modernisation de la ligne nord – sud Thameslink en début d’année (nouveaux trains, nouvelle gare de London Bridge, pilotage automatique sur ERTMS dans la traversée du centre-ville et connexion avec le réseau de la gare de Kings Cross vers la banlieue nord).

Le trafic voyageurs de la RATP toujours en progression
Le trafic de la RATP continue de progresser : +1 % durant les six premiers mois de l’année, ce qui représente 1,736 milliard de voyages. Un dynamisme porté par la reprise économique et la fréquentation touristique en Ile-de-France, a indiqué la RATP le 31 août en présentant ses résultats semestriels. Les tramways tirent particulièrement la croissance, avec un trafic en hausse de 6,6 %. Le métro enregistre une progression de 1 %. « Le trafic du RER est stable malgré l’impact des grèves sur le RER B. Le RER A a connu quant à lui une dynamique remarquable de +5 % », note encore la RATP dans un communiqué.
En revanche, le nombre de voyageurs qui ont emprunté les bus franciliens régresse de 1 %, ce qui est expliqué par « les difficultés persistantes de circulation dans Paris et la petite couronne ».
Côté recettes, elles sont en hausse de 2,2 %, générant une hausse de 1 % du chiffre d’affaires de l’Epic (2,787 milliards d’euros). Quant aux investissements, ils restent soutenus à 575 millions d’euros, consacrés principalement au développement des infrastructures, notamment 240 millions d’euros pour le prolongement des lignes de métro et tramway 4, 11, 12 14 nord et sud et 285 millions pour l’entretien et la modernisation des équipements (déploiement du pilotage automatique sur le RER A, automatisation de la ligne 4 du métro…).

« Les arguments contre la gratuité dans les transports me paraissent faibles »
VR&T a interviewé Patrice Vergriete (DVD), maire de Dunkerque qui ce mois-ci devient la plus grande agglomération de France (et la deuxième d’Europe) à ne plus faire payer l’utilisation de ses transports publics.
Ville, Rail & Transports. Pourquoi ce choix de la gratuité ?
Patrice Vergriete. Avant tout, je veux signaler qu’à partir du 1er septembre, Dunkerque devient la première agglomération d’Europe à proposer la gratuité pour tous dans ses transports publics. Si on ne prend en compte que la taille, nous sommes la deuxième agglomération européenne à le faire, derrière la ville de Tallinn, qui n’accorde la gratuité qu’à ses résidents. Pour nous, la gratuité n’a que des effets bénéfiques en termes de politique publique. D’abord sur le plan environnemental puisque la gratuité permet un report modal de la voiture vers les transports publics. Même si c’est vrai, la gratuité se traduit aussi par un report modal du vélo et de la marche vers les transports publics.
Cette question de la lutte contre la pollution est centrale. D’ailleurs, si de grandes villes allemandes se posent aujourd’hui la question de la gratuité, c’est bien sûr pour des questions environnementales.
A Dunkerque, nous n’avons pas le choix : nous battons des records si l’on prend en compte le nombre de jours de pics de pollution. Avec une part des transports publics tombée à 4,75 % en 2014-2015. Notre objectif est de doubler la fréquentation. Et donc d’avoir une part modale pour les transports publics de 9 à 10 % à Dunkerque.VR&T. Quelles sont les autres raisons ?
P. V. Nous voulons aussi rendre du pouvoir d’achat à la population. Les recettes liées à l’achat de tickets et d’abonnements nous rapportaient 4,5 millions d’euros par an. Nous rendons donc cet argent aux Dunkerquois et tout particulièrement aux familles.
J’ajoute une troisième raison sociale : avec des transports publics gratuits, la ville devient accessible à tous et pour tous. Les services publics deviennent plus accessibles, la recherche d’emploi aussi… Enfin, la gratuité renforce la cohésion sociale puisqu’elle a pour effet d’accroître la mobilité.VR&T. Comment avez-vous procédé ?
P. V. Nous avons commencé par expérimenter la gratuité le week-end. Depuis, on a vu la fréquentation augmenter de 30 % le samedi et de 80 % le dimanche.
Nous avons aussi enregistré une baisse de 60 % des incivilités. Dans le débat sur la gratuité, on entend souvent dire que ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Je trouve que cet argument est faible. Nous constatons le contraire : il y a un renforcement du contrôle social. De plus les contrôleurs peuvent effectuer d’autres tâches comme assurer la lutte contre les incivilités, renforcer la sécurité…VR&T. Comment financez-vous la gratuité ?
P. V. C’est le seul élément négatif : la gratuité a un coût ! Le coût global des transports publics à Dunkerque s’élève à 45 à 50 millions d’euros par an. Comme je l’ai dit, nos recettes s’élèvent à 4,5 millions d’euros annuels. Cela montre donc que seulement 10 % du coût est couvert par la vente de titres de transport. Ce qui revient à dire que 90 % du coût pèse déjà sur le contribuable. L’effort n’est donc pas si important. Il est en tout cas moins important que ce qu’a représenté la baisse des dotations de l’Etat, qui ont été réduites de cinq millions par an pendant trois ans sous le gouvernement Valls.
Je rappelle qu’à Dunkerque, les deux tiers du budget dédié aux transports viennent du versement transport et le dernier tiers vient du budget général de la communauté urbaine. Mon prédécesseur, Michel Delebarre avait décidé, en 2011, d’augmenter le versement transport en le faisant passer de 1,05 % à 1,55 % de la masse salariale.
Cette hausse de 0,5 % a rapporté entre huit et neuf millions d’euros annuels à la communauté urbaine. Or si une collectivité fait le choix de développer des transports à haut niveau de service, elle peut bénéficier de subventions de l’Etat. J’ai donc décidé d’abandonner le projet retenu par mon prédécesseur de construire une salle de sport de 10 000 places dans le cadre d’un PPP (qui nous aurait coûté huit millions d’euros annuels) et qui aurait été financé par la hausse de versement transport. A la place j’ai décidé d’utiliser ces huit millions, d’abord, jusqu’en 2018, pour améliorer le réseau de transport public, car nous avons associé la gratuité à un principe d’amélioration du réseau.
Nous allons désormais consacrer 4,5 millions d’euros pour financer la gratuité et deux millions pour l’amélioration des services (en mettant en service plus de bus, davantage de fréquences, des bus le vendredi soir avec systématiquement une personne accompagnant le conducteur, un équipement en Wi-Fi…).VR&T. Si la fréquentation augmente, le coût ne risque-t-il pas d’être trop élevé à terme ?
P. V. Nous avons déjà intégré dans nos coûts le doublement de la fréquentation. C’est un choix politique. Je ne donne pas de leçons aux autres villes. Nous nous donnons trois-quatre ans pour évaluer l’effet complet de la gratuité. C’est un pari lié à un contexte local : la part de la voiture a beaucoup progressé, elle est passée de 62 % à 66 % de 2000 à 2015. Ce n’est pas soutenable. Dunkerque est une ville adaptée à la voiture. Pour changer la donne, nous sommes obligés de changer de modèle et de mettre le paquet.VR&T. Pourquoi ne pas avoir lancé une politique favorisant les vélos et les piétons ?
P. V. Nous sommes en train de réfléchir à la future politique cyclable de Dunkerque. Nous aborderons tous ses aspects, des VLS (qui sont déjà en place), aux achats de vélos, en passant par l’aménagement de parkings, de pistes cyclables. En septembre, nous annoncerons un plan et nous attellerons à une politique complète et intégrée du vélo. C’est notre seconde ambition : augmenter la part modale du vélo.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT
Dunkerque lance les premières Rencontres sur la gratuité des transports
Les 3 et 4 septembre, Dunkerque organise les Rencontres des villes du transport gratuit. Soit deux jours de débats, de forum et de visites sur le réseau DK Plus de mobilités, en présence d’élus de villes ayant fait le choix de la gratuité pour tout ou partie de leur réseau, notamment Taavi Aas, le maire de Tallin, et Naheed Kurban Nenshi, maire de Calgary.
« La gratuité des transports sera l’un des grands thèmes des prochaines municipales »
Interview de Maxime Huré, maître de conférences à l’Université de Perpignan, et chercheur à Sciences Po Lyon.
Ville, Rail & Transports. Vous avez été amené à travailler sur l’instauration de la gratuité à Dunkerque. Quelle a été votre mission ?
Maxime Huré. Dans le cadre d’un collectif de jeunes chercheurs [l’association VIGS, NDLR], nous avons été sollicités par Dunkerque dès 2015, donc peu après les élections municipales. Nous avons formé une petite équipe et avons vite compris que la nouvelle équipe municipale souhaitait mettre en place la gratuité en deux temps (d’abord la gratuité le week-end avant de passer à la gratuité totale) et disposer d’une évaluation du dispositif par des chercheurs.
En effet, en France, il y a eu peu de recherches sur le sujet, sinon des positions un peu idéologiques de chercheurs qui n’avaient pas travaillé la question.
Nous avons lancé en mars 2017 une première étude pour évaluer les effets de la gratuité le week-end. La communauté urbaine souhaitait un regard sur trois aspects : elle souhaitait savoir si la gratuité se traduirait par une hausse de la fréquentation, s’il y aurait de nouveaux usagers et s’il y aurait un report modal. Nous avons constaté une hausse de fréquentation de près de 30 % le samedi et de 80 % le dimanche.
Il faut noter que cette mesure très politique d’instaurer la gratuité a été accompagnée d’un projet de renforcement de la qualité du réseau puisque presque 65 millions d’euros ont été investis sur cinq ans, pour mettre en place notamment des bus en site propre.VR&T. Quels changements avez-vous constatés ?
M. H. Un nouveau public est arrivé dans les transports publics. Parmi eux, nous avons constaté qu’il y avait des individus en situation de grande pauvreté ainsi que des personnes âgées qui se sentaient un peu isolées. Ces personnes ont profité de cette mesure pour retisser du lien social. Nous avons aussi observé un retour dans les bus des familles, qui ont profité du dispositif pour se rendre à des manifestations ou à des activités récréatives. Clairement, le public familial va lâcher la voiture pour prendre le bus. Enfin, un public de jeunes entre 16 et 18 ans a également profité de la mesure. Des usagers classiques se sont retrouvés dans des bus bien remplis, ce qui a parfois pu donner lieu à des réactions négatives de leur part.VR&T. Avez-vous observé un report modal ?
M. H. Nous avons adressé un questionnaire à 400 personnes. Sur la question du report modal, nous devrons encore vérifier les chiffres. Mais à la question : quel mode de transport avez-vous abandonné ? 67 % ont dit qu’ils avaient renoncé à la voiture pour prendre le bus le week-end, 33 % la marche et 16 % le vélo (sachant que les modes n’étaient pas exclusifs les uns des autres).
Les chiffres sur la bicyclette sont à relativiser puisque la pratique du vélo à Dunkerque qui est très faible : sa part modale est de 1,2 %.VR&T. Les objectifs des élus ont-ils été atteints selon vous ?
M. H. Les élus voulaient aussi rendre de nouveau attractif le centre-ville. Cette mesure y contribue très clairement : les bus sont surfréquentés lors de grandes manifestations organisées dans la ville. Les commerçants, qui se montraient réservés avant le lancement du dispositif, se montraient plutôt satisfaits six mois après.VR&T. Que pouvez-vous dire aux opposants de la gratuité ?
M. H. Certaines idées reçues ont été battues en brèche comme l’affirmation selon laquelle les réseaux gratuits seraient plus dégradés que les autres. A Dunkerque ou à Châteauroux, rien de tel n’a été observé. On observe qu’il y a plus d’usagers et que les politiques investissent davantage contrairement à ce qu’on pourrait croire.VR&T. La gratuité peut-elle être mise en place par n’importe quel réseau selon vous ?
M. H. On voit que la gratuité des transports ne concerne pas que les petites villes. Peu à peu, les seuils sont dépassés. Dunkerque rassemble plus de 200 000 habitants, Tallinn plus de 400 000. Ce sont souvent des réseaux où les recettes générées par les transports ne sont pas très élevées et se situent en dessous de 8 %. Certains chercheurs disent qu’au-dessus de 5 %, il n’est pas possible pour un réseau de passer à la gratuité. Or, Paris, Grenoble ou Clermont ont des recettes bien supérieures et y réfléchissent.
Ce que l’on observe, c’est que les collectivités qui mettent en place la gratuité ne le font pas toutes pour les mêmes raisons. Certaines le font car leur réseau est peu utilisé et se disent qu’ainsi il aura une meilleure utilité sociale. C’est ce qu’avait fait Châteauroux en 2001.
D’autres veulent redynamiser leur centre-ville. C’est le cas de Dunkerque mais aussi de Clermont. D’autres encore le veulent pour lutter contre la pollution atmosphérique, comme à Grenoble, Dunkerque, ou encore en Allemagne où la mesure sera expérimentée dans trois grandes villes.
La gratuité est avant tout une mesure très politique qui répond à des objectifs variés.VR&T. N’y a-t-il pas tout de même quelques limites ?
M. H. La question du financement se pose, non pas à court terme, mais à long terme : il faut se demander si, à une échéance de dix à 15 ans, on aura assez de ressources pour la financer.
C’est une question cruciale pour les grands réseaux comme Paris qui doivent construire un budget sur le long terme et qui risquent la sursaturation.
Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne pourront pas passer du jour au lendemain à la gratuité. Mais c’est une mesure qui peut se mettre en place progressivement.
Et ponctuellement. La gratuité existe les jours de pollution. On peut aussi penser à des mesures ciblées telles que la gratuité le week-end, ou sur les lignes de nuit, les lignes de plage… Ce peut être une mesure qui va s’imposer progressivement. Elle sera un des thèmes très présents lors des prochaines élections municipales.Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

L’Europe teste une nouvelle technologie d’autopartage à Lyon
Sur les bords de Saône, les voitures électriques en autopartage circulent à l’unité, mais elles ont aussi la particularité inédite de s’encastrer les unes dans les autres pour former un train routier : c’est la principale innovation du projet Européen Esprit (pour Easily DiStributed Personal Rapid Transit) arrivé au terme de trois ans de conception et aujourd’hui en phase de démonstration dans trois villes. Après Lyon le 30 août, Esprit sera présenté à Glasgow et à Barcelone en septembre. Le concept a nécessité huit millions d’euros d’investissement et la mobilisation de 18 partenaires* pour développer un prototype réalisé en six exemplaires destinés à valider les études d’oscillation sur le train routier.
Selon ses promoteurs, le système Esprit a l’avantage de garantir un taux de disponibilité à 90% des véhicules en station ainsi que sa fiabilité économique là où d’autres dispositifs, dont Autolib’, montrent leurs limites. C’est ce qui justifie d’ailleurs l’attelage des véhicules : « le train routier permet à un seul opérateur de redistribuer la flotte de véhicules jusqu’à huit voitures attelées en fonction des besoins. On assure ainsi un équilibre de l’offre disponible en station sur la zone considérée. La logistique de redistribution est cruciale pour l’autopartage de type one way » explique Valery Cervantès, chercheur au CEA-Liten de Grenoble et coordinateur du projet Esprit. Autres intérêts de l’attelage : la compacité du stationnement des véhicules et la présence d’une seule borne d’alimentation pour le rechargement mutualisé des véhicules connectés. Un rechargement rapide en raison du principe de fonctionnement : les véhicules sont destinés en priorité à apporter une réponse au problème du premier/dernier kilomètre, et jusqu’à 3 à 5 km au maximum. Prévues pour une autonomie de 50 km, les batteries sont donc peu déchargées au retour en station. La connexion des véhicules à l’approche s’effectue automatiquement par un fil de guidage au sol.
Pour l’heure, le projet envisage des véhicules au confort « minimaliste », justifié par ses qualités pratiques, et disponibles en deux versions : deux places sans permis avec une vitesse maximale de 45 km/h et trois places avec permis (65 km/h). Le système Esprit se veut comme une solution multimodale complémentaire des transports collectifs en zone périurbaine aussi bien qu’en centre-ville. La notion du premier/dernier kilomètre en fait aussi un système de transport propice aux déplacements dans les parcs d’entreprises. « Le projet Esprit peut faire partie des solutions diversifiées et complémentaires que nous offrons sur la Métropole de Lyon », analysent Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral, et Louis Pelaez, président de Lyon Parc Auto qui gère deux systèmes d’autopartage en stations et en free floating (Citiz et Yea !). Il reste à peaufiner le projet avec l’étape suivante, une expérimentation grandeur nature d’ici début 2020 que Lyon pourrait accueillir sur le Parc Technologique de Saint-Priest.
Claude FERRERO
*dont les français Institut Vedecom, CEA, Citiz/LPA, Keolis, Lyon Smart Design et Technical Studio pour la conception/réalisation du prototype.

La SNCF déploie ses usines du futur
L’atelier historique d’Hellemmes, à Lille, qui s’est considérablement dégradé (il date de 1873), est en train d’être rasé. À la place, d’ici le mois de juin 2019, une « usine du futur » devrait ouvrir ses portes. Les travaux préparatoires ont commencé et, en octobre, le chantier proprement dit débutera.
Alors que le site comprend plusieurs bâtiments, il ne comportera plus qu’un seul bâtiment sur 27 000 m² lorsque les travaux seront achevés.
Particularité, il ne disposera plus de rails. À la place, des mouveurs permettront de déplacer les rames et de s’adapter à tous types de matériels, alors qu’aujourd’hui Hellemmes est spécialisé dans les TGV (actuellement, il reçoit des Transmanche et des Thalys). « Ces équipements permettront de s’adapter à toutes les évolutions de matériel car on ne sait pas de quoi demain sera fait… », commente Bruno Baudry, le directeur adjoint du site. Et il ajoute : « Ce dispositif existe déjà ailleurs, comme à Amsterdam, mais en France, c’est une première ».
Autres évolutions, la documentation va être digitalisée et l’utilisation des objets connectés, se multiplier. Les techniciens pourront aussi recourir à des drones, comme c’est déjà le cas à Hellemmes où, dans le cadre des rénovations mi-vie des matériels, un drone permet de prendre des images de la toiture des trains, évitant à des chaudronniers de monter sur la rame. Ces changements devraient apporter des gains de productivité de 15 à 20 %, selon Bruno Baudry.
850 agents travaillent actuellement sur la partie industrielle, 150 autres sur la partie ingénierie. Combien seront-ils à terme ? La SNCF refuse d’avancer des chiffres, tout en reconnaissant que les effectifs devraient diminuer.
Le renouveau d’Hellemmes s’inscrit dans le programme de modernisation des dix technicentres de la SNCF, qui a été lancé en 2013 et qui prévoit 250 millions d’euros d’investissement. Celui de Rennes, spécialisé dans la maintenance des organes de freins, a été inauguré en avril 2015. L’année prochaine, en plus d’Hellemmes, deux nouveaux technicentres devraient voir le jour à Vénissieux (à la place des ateliers d’Oullins en bordure du Rhône, pour 40 millions d’euros d’investissement) et Romilly-sur-Seine (20 millions). Les deux seront spécialisés dans la maintenance de pièces. À Hellemmes, l’investissement tourne autour de 35 millions d’euros. Toutes les usines du futur devraient avoir été mises en service en 2022.
M.-H. P.
Toyota et Uber s’allient dans le véhicule autonome
Le constructeur automobile japonais Toyota, qui avait déjà investi en 2016 dans Uber, a annoncé le 28 août un nouvel investissement (500 millions de dollars) dans la plateforme américaine de VTC pour développer ensemble des véhicules autonomes.
Les deux sociétés, qui vont combiner leurs technologies respectives dans des véhicules spécifiquement conçus par Toyota, prévoient «le début des déploiements pilotes en 2021», selon un communiqué du géant nippon. «Des centaines de voitures» seront concernées dans un premier temps, a précisé un porte-parole à l’AFP.