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Wabtec reprend l’activité transports de GE
Avec sa reprise de GE Transportation, l’unité d’affaires Transports du groupe américain General Electric, Wabtec Corp devient selon ses propres termes « un leader mondial dans le secteur de l’équipement, des logiciels et des services ferroviaires, avec des activités en cours dans plus de 50 pays ». Le nouvel ensemble représenterait un chiffre d’affaires d’environ huit milliards de dollars dès la première année, alors que le carnet de commandes de GE Transportation est évalué à environ 18 milliards de dollars (1 800 locomotives neuves commandées et 1 000 engins en cours de modernisation), dont environ 3,6 milliards de dollars de commandes au cours des six derniers mois. De son côté, Wabtec prévoit une « croissance robuste » cette année avec un carnet de commandes « record ».
Selon Wabtec, ses activités d’équipementier sont complémentaires de celles de GE Transportation, acteur historique de l’industrie ferroviaire. L’accent sera mis sur le numérique, en particulier pour le développement des systèmes pour l’autonomie des véhicules.
Un accord définitif a été conclu fin mai et la transaction devrait être finalisée début 2019, sous réserve de l’approbation des actionnaires de Wabtec et des autorités réglementaires. Cet accord est dans la droite ligne des stratégies des deux acteurs concernés. D’une part, John Flannery, PDG de General Electric, avait annoncé en novembre dernier que son groupe cherchait à se défaire de son unité d’affaires Transport « au cours des deux prochaines années », dans le cadre d’un recentrage du groupe. D’autre part, Wabtec avait récemment racheté de nombreux spécialistes du secteur ferroviaire, en particulier l’équipementier français Faiveley Transport fin 2016.
En vertu de cet accord, General Electric devrait recevoir 2,9 milliards de dollars et une participation dans la coentreprise mise sur pied avec Wabtec. General Electric doit vendre certains actifs de GE Transportation à Wabtec et d’autres à ses actionnaires, avant une fusion de GE Transportation avec une filiale à 100 % de Wabtec. A terme, les actionnaires de Wabtec détiendraient 49,9 % de la coentreprise, les actionnaires de General Electric 40,2 % et General Electric les 9,9 % restants. En se basant sur le cours de l’action Wabtec, cette transaction est évaluée à environ 11,1 milliards de dollars.
Le président de Wabtec, Albert J. Neupaver, a été nommé président exécutif avec effet immédiat, Raymond T. Betler restant président et CEO. Lorsque la fusion sera effective, Stéphane Rambaud-Measson deviendra président et CEO du segment Transit de Wabtec (qui comprend Wabtec-Faiveley), alors que Rafael Santana, actuellement président et CEO de GE Transportation, dirigera le segment Fret de Wabtec. General Electrtic nommera également trois membres indépendants au conseil d’administration de Wabtec, dont le siège social doit rester à Wilmerding (Pennsylvanie), le segment Transit siégeant à Gennevilliers et le segment Fret à Chicago.

Elisabeth Borne veut en finir avec le malthusianisme ferroviaire
Le Premier ministre a abattu ses cartes le 25 mai et, comme prévu, il a annoncé une reprise par l’Etat de la dette de SNCF Réseau en deux temps. 25 milliards en 2020, 10 milliards de plus en 2022 (voir Conflit à la SNCF : le ciel pourrait s’éclaircir vers la mi-juin). Pas de mystère, c’est le contribuable qui va payer. Ce n’est pas une décision simple, comme le dit la ministre chargée des Transports, qui s’exprimait le 28 mai devant la presse. Elle implique « une trajectoire équilibrée pour la suite », afin que la dette ne se reconstitue pas.
• Pour cela, on a travaillé, dit la ministre, à « recaler les péages ». Car les péages, explique-t-elle, à propos de ceux des TGV, « étaient vus de SNCF Réseau », selon une conception assez simple : « il n’y a qu’à augmenter le péage et ça va s’équilibrer tout seul. » Mais la trajectoire inscrite entre Etat et SNCF Réseau n’était pas jugée crédible. L’augmentation de péages se traduit au bout du compte par une hausse des prix des billets, donc par moins de voyages, et finalement par moins de trains. On en arriverait ainsi à faire du TGV un « moyen de transport haut de gamme, sur le modèle espagnol ou allemand ». Et non plus sur le modèle français, qui a fait le succès du TGV pendant des années, et que le gouvernement entend maintenir.
Le même raisonnement sur les péages concernant le fret reviendrait à adopter, là aussi, une « politique malthusienne », que refuse la ministre. Sur le fret, la ministre, échaudée par les plans sur la comète suivis de « plans fret » en cascade, ne s’apprête pas à faire de grandes promesses. Elle se souvient du « doublement du fret ferroviaire », de 50 milliards à 100 milliards de t.k, promis par Jean-Claude Gayssot, ministre de l’Equipement et des Transports dans les gouvernements Jospin. La SNCF s’inquiétait alors d’une infrastructure qui se mettrait à craquer au-delà des 75 milliards de t.k. De ce point de vue, on pourrait se dire rassuré, le trafic, tous opérateurs confondus, s’élevant aujourd’hui à environ 35 milliards de t.k. Mais la dégringolade des trafics s’est accompagnée d’une déshérence du fret. Chantiers de combinés ou cours de fret « dans un état déplorable », sillons toujours rares du fait du développement du trafic TER… Il y a fort à faire.
Quoi qu’il en soit, le gouvernement a commencé par revoir, dit Elisabeth Borne, les péages à la baisse ou, plus précisément, à la baisse par rapport à une hausse programmée. Et a donc renoncé à la hausse prévue de 4 à 5 % par an pour les TGV et de 10 % par an pour le fret.
• Autre point, pour rééquilibrer le système, on compte beaucoup sur les gains de productivité. On avance un gain de 700 millions d’euros pour Mobilités. Elisabeth Borne signale simplement que quelques dixièmes de points de productivité représentent déjà des sommes très importantes. Et se garde de rentrer dans le détail de la vie de l’entreprise, ce qui « serait extrêmement malsain ».
Un exemple tout de même. Réseau a un plafond d’emplois. Il s’agit de l’en affranchir pour demain lui laisser le choix entre externaliser ou réaliser en interne. Du fait du plafond, SNCF Réseau n’a pas pu recruter les effectifs dont il avait besoin en signalisation. On a dû de ce fait aller trop vite vers l’externalisation alors que les entreprises n’étaient pas prêtes. Un peu le sujet de la SGP. En plus lourd.
• La règle d’or. Une vieille connaissance, puisque c’était déjà l’objet de l’article 4 de RFF, qui faisait la fierté de son président fondateur, Claude Martinand : l’article empêchait RFF d’investir au-delà de la capacité contributive… mais n’empêchait pas le gouvernement ou les dirigeants de RFF de contourner cette sage disposition. On se souvient d’un président de RFF, le moins passionné par la chose ferroviaire, disant, quand on opposait l’article 4 à la très politique et très coûteuse LGV Poitiers – Limoges : « L’article 4, ce n’est pas gravé dans le marbre… » La réforme de 2014 a donné force de loi à la règle d’or. Mais, relève Elisabeth Borne, « il y avait un énorme manque ». Cela ne concernait que les projets de développement. Or, dit la ministre, alors qu’on a coutume de mettre l’accent sur les LGV, « ces dernières années, c’est la régénération qui a fait de la dette ». La dette de Réseau est passée, rappelle-t-elle, de 20 à 27 milliards d’euros entre 1997 et 2010. Entre 2010 et 2016, elle a augmenté de 15 milliards d’euros, dont seulement « un quart est lié aux LGV ».
Morale de l’histoire : la règle d’or a désormais « vocation à couvrir l’ensemble des investissements ». Et cette fois, c’est juré, on parle d’or.
• L’effet du groupe public unifié, c’est que l’actionnaire peut décider d’une solidarité financière, et, au lieu de payer des dividendes à SNCF Mobilités, par hypothèse bénéficiaire, de les faire remonter pour qu’ils reviennent à SNCF Réseau. Nous voici désormais bien loin de la raide vertu souvent avancée du temps de RFF. Faire remonter les dividendes, « d’autres groupes ne se privent pas de le faire », remarque la ministre. On se souvient d’un temps où les Français à Bruxelles ne faisaient pas ami-ami avec les Allemands, et s’en prenaient à tous les abus de position dominante et aux tours de passe-passe financier que permet un groupe public unifié. Depuis, les autorités européennes ont décidé de laisser la Deutsche Bahn tranquille, et les Français rassurés peuvent leur emboîter le pas.
• On a la possibilité de faire des gestionnaires d’infrastructure conventionnés. Ce qui invite à ne pas avoir le même standard pour le RER C et pour des lignes qui voient passer trois trains de voyageurs par jour. Il faut mettre au point des référentiels adaptés. Excellente idée. Ce qui inquiète un peu, c’est qu’on a pu entendre Hubert du Mesnil, président de RFF de 2007 à 2012, tenir le même discours. On dirait que depuis rien n’a changé.
• Le statut. C’est le sujet le plus épineux. Pour Elisabeth Borne, il n’y avait guère le choix. Et il y avait urgence. « On serait tous plus confortables s’il y avait eu des expérimentations dans le précédent quinquennat », constate-t-elle. Certes, dans l’urgence de la transposition des textes européens, « on pouvait dire : on ouvre et que le meilleur gagne ». Mais, la SNCF ne pouvait alors s’en sortir. Car, juge-t-elle, « à la SNCF, tout est dans le statut ». Les questions de la grille (qualification, rémunération) « sont dans le statut ». Différence nette avec la RATP, où le statut ne donne que de grandes indications (garantie de l’emploi, retraite, système de santé). C’est du moins ce que dit l’ancienne PDG de la RATP, comme le dit aussi Catherine Guillouard (voir « A la RATP, le statut n’est pas un sujet en soi »). Cela dit, on verra comment les choses se passent le jour, pas si tardif, où la RATP devra se frotter elle aussi à la concurrence.
Dette, productivité, règle d’or, statut, de quoi donner une idée du futur fonctionnement économique du ferroviaire. Les défis sont énormes, puisque le retard de modernisation est « colossal sur le réseau le plus circulé ». Le chemin est encore long à parcourir, particulièrement pour le Transilien. Et, en régions, il y a une masse de travaux considérables à réaliser. Le Centre juge qu’il faut faire 600 millions de travaux tout de suite. L’Aquitaine, un milliard.
La ministre espère maintenant que le pays aura les moyens d’une politique non malthusienne, de développement du ferroviaire. C’est politiquement important, la réforme ayant été souvent perçue comme dictée par des pures questions financières, et n’ouvrant guère de perspective au ferroviaire. En mettant l’accent sur ce côté non malthusien, Elisabeth Borne tente de montrer le contraire. Ce qui l’amène à monter en épingle les désaccords avec Bercy sur nombre de sujets. Comme le financement du scénario 2 du Conseil d’orientation des infrastructures, retenu par le Premier ministre. Pas le plus ambitieux, mais pas le moins non plus…
La politique ferroviaire, c’est en partie la question des petites lignes. A ce sujet, la ministre défend l’idée de Jean-Cyril Spinetta d’un diagnostic, à réaliser dans l’année suivant l’adoption de la réforme, mais se refuse ensuite à régler leur sort en appliquant d’en haut des critères socio-économiques généraux. Il faut que les diagnostics soient régionaux, et que les mesures soient… du sur-mesure.
Ce qui lui semble sûr, c’est que le ferroviaire doit se développer autour des grandes métropoles.
Or, on est loin du compte. Aix – Marseille, qui devrait être du quasi-RER, est une ligne à voie unique. Lyon – Saint-Etienne est considéré comme saturé alors qu’il y a 15 000 voyageurs/jour. Nice – Marseille, la ligne la plus chargée hors Ile-de-France, n’en a que 50 000. Le RER A, plus d’un million. Cherchez l’erreur.F. D.
Les propos d’Elisabeth Borne ont été tenus, lundi 28 mai, devant des journalistes rassemblés dans une nouvelle Association des journalistes des transports et des mobilités (AJTM). La ministre a accepté d’en être la première invitée. L’AJTM a tenu son assemblée constitutive juste après la rencontre. Camille Selosse (journaliste indépendante) en a été élue présidente, Jean Liou (AFP) secrétaire général et Eric Béziat (Le Monde) trésorier.

Les cheminots dans la future convention collective
Pour faire passer la fin des embauches au statut à partir de 2020, le gouvernement assure que la future convention ferroviaire, qui réglera les conditions de travail des salariés du rail, sera de haut niveau. C’est aussi dans cette voie que souhaite s’engager la profession, affirme l’Union des transports publics. Au sein de la fédération patronale, on reconnaît que les enjeux sont très importants et que les discussions seront sans doute ardues, mais on se dit confiant dans la capacité des parties à nouer un dialogue social constructif comme cela a déjà été le cas dans le passé. « Le dialogue social n’a jamais cessé », souligne-t-on du côté du patronat.
La convention collective existe d’ailleurs déjà en partie, puisque plusieurs chapitres ont déjà été négociés avec les organisations syndicales. Mais elle reste à achever. En effet, la convention de branche a été lancée après l’ouverture à la concurrence dans le fret ferroviaire et dans la perspective de la libéralisation du transport de voyageurs. Avant même la promulgation de la précédente loi de réforme ferroviaire datant d’août 2014 et imposant l’élaboration d’une convention collective pour le secteur, l’UTP et les organisations syndicales représentatives entamaient dès la fin 2013 des discussions dans ce but.
L’objectif, explique l’UTP sur son site, est « d’établir les règles sociales communes à l’ensemble des entreprises ferroviaires publiques et privées pour garantir la sécurité des personnels et des voyageurs, la santé et la qualité de vie des salariés, la continuité du service ferroviaire, tout en préservant l’équilibre économique des entreprises ».
Aujourd’hui, cinq accords ont déjà été signés, dont l’un, relatif au champ d’application, indique que la convention s’applique aux entreprises dont l’activité principale est le transport ferroviaire de marchandises et de voyageurs, la gestion des lignes et la maintenance des voies quand des trains circulent (à condition qu’elles disposent d’un certificat ou d’une attestation de sécurité), ainsi que celles assurant la maintenance du matériel roulant (hors réparation). Les syndicats avaient fait ajouter au champ de la future convention « l’exercice des tâches et des fonctions de sécurité ferroviaire » (conduite, aiguillage…) dans l’hypothèse où elles seraient un jour sous-traitées à des entreprises relevant d’une autre convention.Les autres accords portent sur le contrat de travail et l’organisation du travail (détermination des jours de congé, conditions de préavis, licenciements…) et sur la formation. Restent encore à négocier trois volets : les classifications et les rémunérations (la classification des filières vise avant tout à définir des niveaux de rémunération, et non pas à définir des métiers, mais il pourrait être possible d’introduire des dispositions sur les missions et donc indirectement sur la polyvalence), la prévoyance et le droit syndical.
La réforme ferroviaire en cours de discussion doit prévoir des négociations sur deux sujets supplémentaires : l’un sur les conditions de transfert des cheminots dans le cas où la SNCF perdrait un contrat de TER, l’autre sur la portabilité des droits autres que ceux qui seront prévus par la loi, « comme par exemple les facilités de circulation, l’accès à la médecine du travail et tous les autres droits qu’on voudra y mettre », indique-t-on côté de l’UTP.
La simplicité n’étant pas la règle et les conventions collectives n’étant pas figées, il faudra également très prochainement prévoir de faire évoluer l’accord sur la formation professionnelle récemment signé en juin 2016 pour l’adapter d’ici la fin 2019 aux nouvelles conditions de la loi Travail.
Pour les organisations syndicales représentatives de la SNCF, les délais impartis pour négocier ces cinq nouveaux accords ne sont pas réalistes. « Nous revendiquons une détente du calendrier pour négocier la convention collective et plus de temps avant la fin de l’embauche au statut » , demande Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire. Peu probable alors que le gouvernement a fait part de sa « détermination » à disposer d’une nouvelle convention de branche pour 2020. « Il faut tracer le chemin et non pas commencer par détruire sans dire ce qu’on va construire demain », souligne de son côté Sébastien Mariani, secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminots, tandis que Laurent Brun, le responsable de la CGT-Cheminots, ajoute : « Aujourd’hui, on est confronté à un brouillard ».
De ce fait, les fédérations syndicales réclament des réunions tripartites incluant l’Etat pour négocier la convention collective et « aller plus loin avec des thèmes ambitieux« , pour reprendre les termes de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Selon lui, le protocole d’intention proposée la semaine dernière par l’UTP n’est pas « suffisamment engageant ». En réponse, la ministre des Transports a indiqué qu’elle réunirait les partenaires sociaux début juin pour lancer les négociations. Mais sans prendre part au contenu. Elisabeth Borne a annoncé la mise sur pied d’un « observatoire du dialogue social« , présidé par Jean-Paul Bailly, qui pourra aider à trouver des compromis ou alerter le gouvernement en cas de situation de blocage.La convention collective devra aussi en être complétée par des accords d’entreprises, dont les dispositions peuvent être plus attractives que le cadre commun. La SNCF a déjà indiqué qu’elle souhaitait mettre en place un dispositif favorisant la montée des compétences des salariés (avec des investissements de l’entreprise) et organiser un droit à la mobilité dans le groupe.
La question de la participation des salariés devrait également être posée « et bien d’autres encore », a indiqué il y a quelques semaines Guillaume Pepy, en présentant les évolutions à venir. Le PDG de SNCF Mobilités a aussi précisé que ce futur accord d’entreprise s’appliquera à tous les salariés de l’entreprise, ceux au statut et les autres (sous contrat), dans le but de rendre « plus attractif le cadre contractuel car un nouveau marché du ferroviaire va se mettre en place et il faudra savoir retenir nos salariés ». Des échanges ont déjà eu lieu sur l’agenda social, indiquent des syndicalistes qui estiment que « le dialogue social doit être reconstruit à la SNCF« , aujourd’hui plombé par un climat très dégradé.
Marie-Hélène POINGT

Conflit à la SNCF : le ciel pourrait s’éclaircir vers la mi-juin
Avec l’examen du projet de réforme ferroviaire à partir de cet après midi au Sénat, commence un nouveau round au cours duquel les organisations syndicales espèrent marquer de nouveaux points. Les deux syndicats réformistes, la CFDT et l’Unsa, ont déjà montré des signes de satisfaction le 25 mai, à la sortie des rencontres organisées à Matignon avec cinq organisations syndicales (outre la CFDT et l’Unsa, la CGT, Sud et FO). Edouard Philippe venait en effet de confirmer une reprise d’une partie de la dette de SNCF Réseau en deux fois : 25 milliards en 2020, puis 10 milliards en 2022. « C’est un engagement très fort. Il représente l’équivalent de 14 années d’investissements du budget dans tous les réseaux, fer, route et voies d’eau », souligne le Premier ministre. La charge pèsera sur le budget de l’Etat, et donc sur le contribuable, a-t-il indiqué. Conséquence, selon lui, « avant même la fin du quinquennat, la SNCF sera à l’équilibre, et dès 2020, elle pourra se financer comme toute entreprise ». Pour éviter la reconstitution de l’endettement, une règle d’or sera adoptée mais Edouard Philippe n’en a pas précisé les modalités. « Ce sera au Sénat d’en discuter », se justifie-t-il.
L’Etat prend ainsi plusieurs engagements, a indiqué le Premier ministre. L’idée, explique-t-il, c’est d’avoir plus de trains. « Il faut arrêter le cercle vicieux où on prévoit des hausses de péages, ce qui conduit à programmer moins de trains et nourrit le déficit », estime-t-il en annonçant une limitation de la hausse des péages ferroviaires au niveau de l’inflation « en accord avec l’Arafer », ce qui doit permettre d’attirer plus de trafic. Edouard Philippe a aussi annoncé une hausse des investissements sur le réseau ferré, qui seront portés de 3,6 à 3,8 milliards à partir de 2022. Cet effort permettra de régénérer le réseau mais aussi, a précisé le Premier ministre, « nous nous assurerons qu’il ira plus directement à la modernisation, tout particulièrement à l’amélioration de la signalisation comme par exemple le déploiement de l’ERTMS« . En contrepartie, la SNCF va devoir augmenter sa productivité et réduire de deux tiers l’écart de compétitivité avec les autres entreprises ferroviaires. « L’opérateur devra traduire cet engagement dans un projet d’entreprise et le mettre en œuvre dès la rentrée », précise le chef du gouvernement.
Pour les organisations syndicales, cette annonce de reprise de la dette est un motif de satisfaction même si elles ont toujours considéré que c’était une dette d’Etat. Les syndicats réformistes ont aussi obtenu, dans le projet de réforme ferroviaire, des aménagements qui reprennent leurs demandes. Comme le maintien au sein d’un groupe ferroviaire unifié des différentes entités, SNCF Réseau, SNCF Mobilités mais aussi Fret SNCF et Gares & Connexions. Ce qui garantie une unité sociale dans le groupe, avec des implications par exemple sur la représentation syndicale unifiée, la mobilité professionnelle ou encore les œuvres sociales. Le caractère incessible du capital des différentes entités qui doit être introduit dans la loi est aussi important à leurs yeux.
Mais les principaux points d’achoppement, selon elles, concernent tout ce qui se passera en cas de transferts de cheminots vers des entreprises ferroviaires qui gagneront des contrats de TER à l’avenir. Les syndicats réformistes ont déjà obtenu des garanties sur le maintien intégral de la rémunération (incluant les différentes allocations, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors). La notion de volontariat a aussi été étendue et les possibilités de refus élargies. Reste que les syndicats continuent de contester qu’il puisse y avoir une part de transfert obligatoire, alors que le gouvernement estime qu’elle est incontournable.
D’où la position de la CFDT et de l’Unsa de continuer à faire pression sur les Sénateurs pour obtenir davantage. Elles chercheront aussi à peser dans les différentes négociations qui vont s’ouvrir pour compléter le texte de loi. « On nous avait dit : la réforme est un marathon. Nous sommes encore dans le marathon. Le texte doit encore être examiné par le Sénat, puis par la commission mixte paritaire annoncée mi-juin », souligne Laurent Berger, le patron de la CFDT. Et il ajoute : « Jusqu’à la CMP, la mobilisation continue pour nous. » En clair, le syndicat continue à appeler à la grève. Mais une sortie de conflit serait envisageable lorsque le texte sera adopté par la CMP, en fonction du résultat obtenu.
En union avec les autres syndicats ? « Un marathon, on part tous ensemble mais on n’arrive pas tous en même temps à la fin ! », estime Laurent Berger. Si l’UNSA-Ferroviaire pourrait aussi être tentée par une sortie de crise à ce moment-là, ce ne devrait être le cas ni de la CGT-Cheminots, ni de Sud-Rail. Reste à savoir comment réagiront les syndicats contestataires, alors que les élections professionnelles approchent. Elles sont prévues en novembre à la SNCF.
Tous se retrouvent en revanche pour réclamer une réunion tripartite syndicats-UTP-Etat afin de garantir un « haut niveau » de discussion dans le cadre de la convention collective, qui doit devenir demain le cadre social des cheminots qui ne seront pas au statut. « Nous avons reçu le protocole d’intention de l’UTP. Nous estimons qu’il n’est pas suffisamment engageant. Il manque des éléments qui donneraient du contenu à l’agenda social. Nous cherchons donc à le faire évoluer », indique Laurent Berger.
Message à moitié entendu par le gouvernement. La ministre des Transports a annoncé qu’elle réunirait début juin les partenaires sociaux pour relancer les négociations mais que l’Etat n’interviendra pas en tant que négociateur. Il sera là en tant « qu’observateur vigilant et exigeant ». Elisabeth Borne a aussi indiqué qu’elle mettrait en place un « observatoire du dialogue social » qui suivra les négociations et pourra alerter l’Etat en cas de difficultés. Il sera présidé par Jean-Paul Bailly, l’ancien patron de la RATP et de La Poste.
M.-H. P.

Ile-de-France. Le ticket de métro bientôt sur smartphone
Pour l’instant, c’est encore un test. Mais pas question de laisser passer VivaTech sans l’annoncer. Une version bêta sera proposée cet été et la généralisation est prévue cet automne. Le test commence avec le ticket T. Ensuite, ce sont à la fois les carnets de tickets, les forfaits Navigo hebdomadaires ou mensuels qui pourront être achetés sur un smartphone servant aussi d’instrument de validation. Donc : on télécharge l’application Navigo Lab, on achète le titre de transport avec sa carte bancaire, et on passe les valideurs avec le smartphone, allumé ou éteint.
C’est bien le début de la fin du ticket magnétique, une mort annoncée par Valérie Pécresse, présidente de la région. Mais, pour commencer, seuls les utilisateurs de téléphones de type Android pourront disposer de l’innovation. On espère qu’Apple va emboîter le pas.
Le nouveau service a été développé par Wizway, la filiale commune créée par Orange, Gemalto, RATP et SNCF. Les transporteurs, RATP et SNCF, ainsi que les entreprises d’Optile, sont parties prenantes de l’opération.
Pas de chiffre sur le développement. Mais on assure que, pour le déploiement l’opération n’est pas coûteuse, puisqu’il n’est pas nécessaire de changer les valideurs. Hiba Farès, directrice en charge de l’Expérience clients, des Services et du Marketing de la RATP, souligne que ce sera avec « le même geste simple et fluide qu’avec le passe Navigo » que l’on se servira de son téléphone. Pour Alain Krakovitch, DG de Transilien et responsable du Mass transit à la SNCF, « Paris va enfin cesser d’avoir un temps de retard sur Londres ». Londres où, en descendant d’Eurostar on rentre dans les transports publics sans acheter de titre, grâce à sa carte bancaire. Paris, où il faut faire encore la queue pour acheter un ticket. Paris devrait même avoir un temps d’avance, puisque avec le smartphone on aura accès à toutes les informations sur son titre de transport ou sur le voyage qu’on effectue.
F. D.

Keolis remporte un contrat ferroviaire au pays de Galles
Le gouvernement gallois a annoncé son intention le 23 mai d’attribuer le contrat d’exploitation des trains régionaux Wales and Borders (y compris le futur réseau South Wales Metro dans la région de Cardiff) au groupement KeolisAmey pour une durée de quinze ans à partir du 14 octobre 2018. KeolisAmey est une joint-venture entre Keolis et Amey, spécialiste britannique de la maintenance des infrastructures. Ce groupement exploite le métro automatique des Docklands (DLR) dans l’est de Londres et assure l’exploitation et la maintenance du réseau de tramway du Grand Manchester (Metrolink).
Le contrat doit être officialisé le 4 juin, après dix jours de délai de suspension, ce qui ne devrait pas poser de problème : le seul autre candidat encore en lice pour l’exploitation des trains gallois était MTR, qui malgré sa « grande déception », a félicité le vainqueur. A noter que l’exploitant sortant, Arriva Train Wales (filiale de la DB), avait retiré sa candidature à sa propre succession en octobre dernier et qu’un autre candidat, Abellio (filiale des Chemins de fer néerlandais, NS), s’était également retiré suite la liquidation de son partenaire, le groupe britannique Carillion.

Avec LiO, l’Occitanie va plus loin dans l’intégration des transports
LiO, tel est le nouveau nom choisi pour désigner le service régional des transports collectifs d’Occitanie, comprenant les lignes ferroviaires et routières des deux ex-régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, les pôles d’échanges multimodaux ainsi que les lignes routières et scolaires des 13 départements de la région. L’acronyme signifie « lignes intermodales d’Occitanie », même si la présidente Carole Delga, qui présentait ce nouveau service public Occitanie Transports jeudi 25 mai depuis Montpellier, préfère y lire « lien intermodal d’Occitanie ».
Suite à la fusion des régions, aux Etats généraux du rail et de l’intermodalité en 2016 et au transfert des compétences en matière de transport scolaire, interurbain et à la demande début 2017, un gros travail d’unification et d’harmonisation a été mené par la collectivité. Il voit son expression concrète dans le nouveau nom LiO, la nouvelle signalétique et la nouvelle livrée qui commencera à faire son apparition sur les bus en septembre prochain.
Neuf départements ont transféré effectivement leurs compétences à la région en 2018 tandis que quatre autres ont choisi de continuité à l’exercer par délégation : la Haute-Garonne, la Lozère, les Hautes-Pyrénées et le Tarn. La gratuité des transports scolaires est maintenue là où elle existait tandis que l’abonnement est plafonné à 90 euros par an là où il était payant.
La présidente Carole Delga a insisté sur la nécessité « de mettre en place une meilleure complémentarité bus/trains et de redéfinir des circuits de bus épousant les bassins de vie et non pas les frontières administratives des départements ». Certains doublons entre lignes départementales et régionales ont donc été supprimés tandis que les connexions entre les deux anciennes régions ont été améliorées. Cela se traduit par exemple par la fusion des lignes régionales et départementales entre Montpellier et Millau et entre Millau et Saint-Affrique ou la création de lignes entre Montauban et Castelsarrasin et Montauban – Moissac – Lamagistère. La liaison entre Toulouse et Perpignan sera renforcée avec 12 allers-retours par jour, dont six directs.
Dans le cadre de la nouvelle convention TER 2018-2025, c’est 72 circulations nouvelles qui sont créées soit 1,7 million de kilomètres supplémentaires, ce qui permet, avec l’amélioration de la capacité du matériel roulant, l’ajout de 37 000 places (+40 %). « Notre région connaît une forte démographie et déjà une saturation sur ses axes ferroviaires, à quoi s’ajoute la nécessité de sortir du tout-voiture, a souligné Carole Delga. Nous devions donc mettre en place un service public permettant de relier efficacement les habitants d’Occitanie. »
La nouvelle gamme tarifaire des LiO qui entrera en vigueur début juillet soignera particulièrement les jeunes, dont l’abonnement mensuel libre circulation diminuera d’un tiers en trois ans, passant de 98 euros à 64 euros. Les offres promotionnelles créées dans les deux ex-régions pour inciter à prendre le train – train à 1 euro en ex-Languedoc-Roussillon et Tikémouv en ex-Midi-Pyrénées – seront étendues à toute l’Occitanie, avec un million de billets à 1 euro et des Tikémouv sur 200 trains peu fréquentés.
« Nous souhaitons que transport régional rime aussi avec le développement de voies vertes pour faciliter l’usage du vélo et que notre région se penche sur le transport fluvial et notamment sur l’avenir du canal du Midi, a commenté Christian Dupraz, vice-président écologiste de la commission Transport. La mise en place d’une régie régionale des transports est l’étape suivante, indispensable pour doter la région d’un outil opérationnel permettant d’une part de gérer efficacement les voies ferrées dont la région est propriétaire et les services de bus déjà en régie, mais aussi pour pouvoir ensuite prendre des initiatives sur d’autres lignes ferrées ou de bus. »
Catherine STERN
(Sur la photo : Jean-Luc Gibelin et Carole Delga devant un bus arborant la nouvelle livrée)

Les syndicats de la SNCF se disent confortés par le vote des cheminots avant la rencontre avec le Premier ministre
Les quatre organisations syndicales de la SNCF se sont félicitées, le 23 mai, du résultat du Vot’Action, une consultation menée auprès des cheminots entre le 14 et le 22 mai : les cheminots ont été 61,15 % (soit plus de 91000 salariés) à participer à cette consultation et 94,77 % d’entre eux ont indiqué qu’ils désapprouvent le projet de réforme porté par le gouvernement, ont affirmé la CGT, de l’UNSA, de la CFDT et de Sud Rail.
Des résultats à prendre avec précaution puisque sans possibilité de contrôle, les organisateurs de la consultation étant en effet juges et parties. Mais des responsables de l’UNSA Ferroviaire et de la CFDT Cheminots, qui avaient hésité avant de s’engager dans cette consultation, ont indiqué qu’ils avaient été surpris par l’ampleur de la participation.« Ce vote témoigne d’une hostilité incontestable au projet, qui doit être entendue. Nous demandons l’ouverture de vraies négociations », a souligné Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots. «C’est une expression forte des cheminots que nous porterons lors de la rencontre avec le Premier ministre le 25 mai », a ajouté Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire. De son côté, la direction de la SNCF a affirmé que ce vote « ne présentent pas toutes les garanties qui auraient pu être réunies : ni isoloir pour garantir le secret du vote, ni présence d’huissiers ou de tiers permettant de garantir la sincérité de l’expression, ni listing coordonné des salariés pour éviter les votes multiples ».
Pour Sud Rail, la démission de Guillaume Pepy s’impose, tandis que les autres syndicats se montrent plus nuancés mettant en cause la direction de l’entreprise façon plus globale. Les syndicats ont également annoncé que le 29 mai au Sénat, jour où les sénateurs examineront en plénière le projet de réforme, une délégation composée du président d’ITF (international transport worker’s federation) et de délégations étrangères viendrait rendre compte de retours d’expériences dans différents pays.

Semaine décisive pour la réforme ferroviaire
Le gouvernement parviendra-t-il à sortir la SNCF du conflit alors que plusieurs étapes importantes pour le projet de réforme ferroviaire vont être franchies cette semaine ? Demain, le projet sera examiné en commission par le Sénat avant d’être discuté en plénière à partir du 29 mai. Un exercice qui pourrait donner naissance à un texte sensiblement remanié, prenant en compte à la fois des demandes des organisations syndicales (via des amendements déposés par le ministère des Transports) et les évolutions voulues par les sénateurs. Mais cela sans revenir sur trois principes fondamentaux aux yeux du gouvernement : l’ouverture à la concurrence, la fin du statut pour les futurs salariés de la SNCF et la transformation du statut de la SNCF qui doit devenir une société anonyme 100 % publique.
Elisabeth Borne a déjà esquissé plusieurs pistes lors de son audition au Sénat le 16 mai. La ministre des Transports a aussi cherché à rassurer des sénateurs déçus que leur proposition de loi sur l’ouverture à la concurrence n’ait pas été retenue par le gouvernement comme il avait pu le laisser entendre initialement.
Pour les rassurer sur l’avenir des petites lignes, un sujet majeur aux yeux des élus qui réclamaient des garanties, elle a affirmé que « le gouvernement confortera la desserte des territoires par les TGV qui ne se limite pas aux grandes métropoles mais irrigue plus de 230 villes ». Pour rattraper les retards d’investissements, elle a rappelé que l’Etat financerait l’équivalent de dix millions de travaux quotidiens pendant dix ans et que le Premier ministre avait annoncé que « nous devrons aller au-delà ».
Afin de rassurer les syndicats qui s’inquiétaient d’une privatisation possible de la SNCF dans le futur, et afin de montrer que le passage d’un Epic à une SA n’a rien à voir avec une privatisation, la ministre a expliqué que la loi empêcherait toute possibilité de cession de titres « puisque c’est l’intégralité des capitaux qui devra être détenue par l’Etat (et de fait même en cas d’augmentation du capital) ». Mais, dans un but pédagogique et symbolique, elle a indiqué que l’inscription du caractère « incessible » du capital serait ajouté dans la loi.
Toujours au chapitre de la gouvernance, la ministre a précisé que Gares & Connexions rejoignant SNCF Réseau (comme l’ont voté les députés), c’est le modèle de filialisation qui serait retenu… s’il est validé par les sénateurs.
Mais ce sont principalement les questions sociales qui devraient être déterminantes (définition des nouvelles conditions de travail des cheminots, transfert des personnels…). La ministre des Transports a indiqué qu’un « périmètre ferroviaire unifié » permettra de continuer à appliquer le statut cheminot à l’ensemble des salariés relevant de ce périmètre, d’assurer « une représentativité syndicale consolidée au niveau du groupe » et d’organiser le dialogue social « avec un principe de décentralisation des négociations à mettre en place par accord collectif ». Au sein de ce périmètre, elle a annoncé « le maintien d’institutions représentatives du personnel au travers d’un « comité du périmètre ferroviaire unifié » chargé, entre autres, de la gestion des activités sociales et culturelles ».
S’agissant des transferts de personnels, elle a réaffirmé qu’il y aurait « nécessairement une part de transfert obligatoire, car c’est indispensable pour garantir la continuité du service public ». Mais suite à des échanges avec les organisations syndicales, elle propose de renforcer « la priorité au volontariat en l’élargissant à l’ensemble de la région », de proposer « une offre alternative de reclassement à chacun des salariés qui consacre moins de la moitié de son temps de travail aux services transférés », et enfin d’ouvrir « pour une période transitoire, un droit d’option individuel permettant à un cheminot revenant à la SNCF de choisir soit le nouveau cadre contractuel soit le statut ».
En plus de nouvelles garanties, les organisations syndicales attendent beaucoup de la rencontre prévue le 25 mai avec le Premier ministre, au cours duquel des précisions devraient être apportées sur la reprise de la dette par l’Etat. Selon Les Echos du 22 mai, l’Etat pourrait reprendre environ 35 milliards des 47 milliards d’euros de dette de SNCF Réseau en deux temps, d’abord en 2020 puis en 2022.
Pour les syndicats, cette nouvelle rencontre devrait aussi être l’occasion de démontrer au gouvernement l’opposition des cheminots à la réforme : ils espèrent que l’opération Vot’Action lancée il y a une huitaine de jours auprès des salariés montrera un fort rejet. Le résultat des votes qui sera dévoilé le 23 mai pourra leur permettre aussi d’interpeler les députés chargés de voter la réforme.
M.-H. P.

Le Lyon – Turin victime de l’accord de gouvernement italien
Climat sombre pour le projet international, dont les nouveaux dirigeants italiens ne veulent plus. L’accord de gouvernement signé le 17 mai entre le Movimento Cinque Stelle et la Lega précise : « Concernant la ligne à grande vitesse Turin – Lyon, nous nous engageons à rediscuter intégralement le projet en application de l’accord entre la France et l’Italie. »
Une telle rediscussion va-t-elle gêner la France ? Pas sûr. Philippe Duron, en présentant le 1er février les recommandations du Conseil d’orientation des infrastructures est resté en retrait sur un projet qui dépend d’un traité international. Il a cependant préconisé que les accès au tunnel, côté français, soient réalisés d’ici 2038, huit ans après le tunnel lui-même prévu en 2030. Une dissociation des dossiers qu’a défendue Elisabeth Borne devant le Sénat. Pour la ministre, il s’agit que le financement qui incombe à la France du tunnel Lyon – Turin (25 %, contre 35 % à l’Italie et 40 % à l’Europe d’un ouvrage à 10 milliards d’euros) ne pèse pas sur les ressources de l’Afitf. D’où la solution d’une société de projet ad hoc, financée par les ressources autoroutières. Quant aux accès, a rappelé la ministre, on a connu « des trafics sur la ligne actuelle trois fois supérieurs à ce qu’ils sont aujourd’hui ». Autant donc attendre une remontée des trafics avant de se lancer dans des travaux coûteux. « La réalité c’est que ces accès coûtent dix milliards d’euros, le gouvernement n’a pas cette somme », avait alors commenté Xavier Dullin, le président LR de Grand Chambéry sur France Bleu Pays de Savoie, comme le rappellent Les Echos.
Le Comité pour la Transalpine avait pour sa part réagi vivement. Jacques Gounon, président de la Transalpine, a estimé que « la liaison Lyon – Turin est un tout cohérent qui exige une réalisation coordonnée des différentes composantes du programme ». Jacques Gounon soulignait alors : « Nos partenaires italiens ont pris les décisions nécessaires pour respecter cette cohérence. » On dirait bien que ce n’est plus le cas.