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  • La nouvelle feuille de route du gendarme des transports

    La nouvelle feuille de route du gendarme des transports

    L’Autorité de régulation des transports (ART) présentait fin septembre ses axes stratégiques pour accompagner l’ouverture à la concurrence ferroviaire « qui entre dans le dur », réguler les canaux de distribution des billets de transport, inciter l’Etat à anticiper la fin des contrats de concessions autoroutières. Mais aussi moduler les redevances de péage en fonction des émissions de CO2 de véhicules, et aéroportuaires en fonction des efforts environnementaux des compagnies aériennes.

    Plus de concurrence ferroviaire, renégocier le contrat de performance Etat/SNCF Réseau : lire ici

    L’ART s’empare du sujet de la distribution des billets de transport : lire ici

    Fin des contrats de concession autoroutières : l’ART sonne l’alerte rouge : lire ici

    Depuis sa création en 2009, l’Autorité de régulation des transports (ART) s’est construit « par couches sédimentaires », pour reprendre l’expression de Thierry Guimbaud qui en a pris les commandes début 2024. Un an et demi après le départ de Bernard Roman à l’issue de son mandat de président (1).

    L’autorité indépendante tout d’abord chargée d’accompagner l’ouverture à la concurrence du marché ferroviaire, a progressivement vu son champ d’action élargi aux lignes d’autocar longue distance (les « cars Macron »), aux concessions autoroutières, aux redevances aéroportuaires, au réseau ferré francilien et aux services numériques de mobilité.

    Avec ou sans président, le régulateur n’a pas chômé et a, pour la première fois de son histoire, imposé en 2023 des sanctions financières. A l’encontre de SNCF Réseau qui a dû payer deux millions d’euros pour ne pas avoir communiqué suffisamment d’informations sur les disponibilités des voies ferrées à trois opérateurs de fret.

    Et si en février 2024, la start up ferroviaire Kevin Speed a réussi à arracher au même SNCF Réseau un accord-cadre dans lequel le gestionnaire d’infrastructure s’engage sur dix ans à fournir des sillons sur lesquels le nouvel opérateur pourrait faire circuler des TGV omnibus entre villes moyennes, c’est aussi parce que l’ART a joué de tout son poids. Cet accord-cadre est précieux pour le nouvel entrant s’il veut s’attirer la confiance des investisseurs et des banquiers afin de financer l’achat de trains notamment. Outre Kevin Speed, l’ART suit 48 autres projets de services ferroviaires concurrents de la SNCF. « Nous allons maintenant regarder comment lever les blocages qui empêchent la SNCF de vendre des wagons amiantés [et désamiantables, ndlr)] alors que l’accès au matériel roulant est une énorme difficulté pour les nouveaux entrants », expliquait fin septembre Thierry Guimbaud en présentant les grands axes de la stratégie de l’ART pour les six années de son mandat.

    Le danger d’un monopole naturel

    Accompagner la concurrence ferroviaire donc, mais aussi mettre l’Etat et SNCF devant leurs responsabilités pour garantir un réseau ferré en bon état de marche après avoir été délaissé pendant des décennies au profit des lignes à grande vitesse. Et favoriser ainsi les circulations ferroviaires, fret et voyageurs. Et par la même, répondre aux objectifs de réduction de décarbonation que s’est fixé la France. « Le danger d’un monopole naturel, c’est le sous-investissement sur le réseau, et nous avons un droit de regard sur la productivité de SNCF Réseau », justifie le patron de l’ART. « SNCF Réseau doit pouvoir investir 4 à 4,5 milliards d’euros en 2027 contre 2,5 milliards d’euros aujourd’hui », insiste-t-il. Pour rajeunir les rails, les caténaires, les ouvrages d’art, mais surtout pour moderniser le système de signalisation et le mettre aux normes européennes.

    La balle est dans le camp de l’État qui doit renégocier avec SNCF Réseau son contrat de performance, garantissant les moyens financiers pour atteindre les objectifs de performance du mode ferroviaire.  Dans le contexte budgétaire actuel, le régulateur va devoir redoubler de vigilance.

    Nathalie Arensonas

    Le (la) président(e) de l’ART est nommé (e) sur proposition du chef de l’Etat, après avis du Parlement.
  • Le train léger Draisy espéré en 2028 pour relancer des petites lignes

    Le train léger Draisy espéré en 2028 pour relancer des petites lignes

    A peine dévoilé (une maquette a été présentée le 25 septembre à Strasbourg lors du congrès des régions), Draisy, le futur matériel ferroviaire destiné aux petites lignes, a suscité l’engouement des élus car il suppose des coûts moins élevés à l’achat et à l’entretien des voies, puisque moins lourd donc moins usant pour l’infrastructure. Mais ce train léger, conçu dans le cadre d’un consortium mené par la SNCF, pose aussi des questions sur sa robustesse et le confort des voyageurs. Destiné à transporter quelque 80 personnes avec 10 tonnes au maximum par essieu (soit 20 tonnes par rame), il pourrait par exemple facilement patiner en cas de feuilles mortes sur les voies. « Mais il freinera également plus facilement« , nuance un expert ferroviaire que nous avons interrogé. Tout dépendra aussi du type de ligne sur lesquelles il circulera. « S’il roule sur une voie fermée à tout autre trafic, il n’y aura aucun risque de collision avec un autre véhicule ferroviaire« , ajoute cet expert.

     

  • Fortes chaleurs : entre raz-de-marée automobile et paralysie des déplacements

    Les jours de canicule, sept personnes sur dix modifient leurs pratiques de déplacements et la voiture apparaît alors comme le mode privilégié. D’où la nécessité de mettre en place de nouvelles politiques de mobilité et de mieux adapter les transports publics au dérèglement climatique.

    Camille Krier (cheffe de projet), Nicolas Louvet (directeur), Nabil Kabbadj (chargé d’études et de recherches)

     

    Météo-France classe l’été 2023 au quatrième rang des étés les plus chauds depuis 1900, avec des températures moyennes supérieures de 1,4°C à la normale1 et le passage en vigilance rouge canicule de 19 départements de France métropolitaine. Alors que la dernière décennie (2013-2022) compte en moyenne 12 jours de canicule par an, la décennie 1980-1989 n’en enregistrait que 3. L’augmentation des fortes chaleurs est amenée à se poursuivre au cours des années à venir, Météo-France prévoyant un doublement du nombre de jours de canicule d’ici à 2050.
    Les températures extrêmes se traduisent par d’importants impacts sur les écosystèmes, les infrastructures et les individus. Face aux conséquences du changement climatique, il apparaît donc nécessaire de réfléchir à l’adaptation des systèmes et des sociétés, en parallèle de mesures d’atténuation qui ne sauraient à elles seules suffire. S’adapter pour vivre au mieux dans un monde plus chaud nécessite avant tout de comprendre finement les effets des fortes chaleurs sur les pratiques individuelles, se traduisant ensuite à plus large échelle sur les systèmes. Alors que la mobilité constitue un rouage central des modes de vie et de l’organisation des territoires, et constitue également un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre, il existe encore peu de données sur les impacts des très fortes chaleurs sur la mobilité.

    Modification de l’usage des modes de déplacement en période de fortes chaleurs par les individus les utilisant au moins une fois par mois.

     

    Se déplacer pendant les périodes de fortes chaleurs

    À partir de l’exemple de l’été 2023, particulièrement marqué par les épisodes de canicule, 6t a mené une vaste recherche sur fonds propres visant à comprendre les effets des fortes chaleurs sur les pratiques de mobilité2. Produisant des données inédites, à même d’orienter la décision publique, ces travaux ont bénéficié du soutien de l’Ademe et de l’Institut pour la recherche de la Caisse des dépôts et consignations. La méthodologie employée combine revue de littérature, enquêtes quantitative et qualitative.
    L’enquête menée durant les épisodes de fortes chaleurs dans les territoires concernés fait ressortir qu’un jour donné de canicule, 7 individus sur 10 modifient substantiellement leurs pratiques de mobilité, en adoptant au moins l’une des 4 stratégies suivantes : renoncement au déplacement, décalage temporel au cours de la journée, modification du mode de déplacement et télétravail pour les actifs.
    On estime également qu’une hausse de 1°C, toutes choses égales par ailleurs, entraîne en moyenne la modification ou la suppression d’au moins 1 déplacement sur 100, un effet qui croît de manière exponentielle avec la température. Les fortes chaleurs affectent donc largement les pratiques de mobilité, appelant des adaptations des systèmes et des organisations, afin de répondre au double objectif de limitation des effets négatifs sur les populations et de limitation des émissions associées à la mobilité.

    Enrayer le cercle vicieux de « l’automobilité »

    Si le report modal reste une stratégie à première vue minoritaire et ne concerne que 6 % des déplacements effectués un jour de canicule, plusieurs signaux font apparaître la voiture comme un mode privilégié face aux fortes chaleurs, là où les modes alternatifs se trouvent fragilisés. 53 % des automobilistes3 estiment que la voiture est un mode de déplacement agréable lors des périodes de forte chaleur, alors que n’est le cas que de 24 % des usagers des transports en commun, de 21 % des cyclistes (vélo mécanique) et de 17 % des piétons. En période de fortes chaleurs, plus de la moitié des piétons et des cyclistes déclarent ainsi utiliser ce mode de déplacement moins fréquemment que d’habitude, là où ce n’est le cas que de 27 % des automobilistes. Cela se traduit par exemple, un jour donné de canicule, par une baisse de 12 % de la part modale du vélo par rapport à une journée habituelle.
    Les fortes chaleurs renforcent l’attractivité de la voiture, alors même qu’il s’agit du mode contribuant le plus fortement au réchauffement climatique. Il y a donc un enjeu fort à enrayer le cercle vicieux de « l’automobilité », en développant des offres de mobilité ou des politiques publiques contraignant son usage et renforçant l’attractivité des modes alternatifs : itinéraires piétons et cyclistes ombragés, douches sur les lieux de travail, meilleure climatisation des transports en commun et, pourquoi pas, taxation de celle des véhicules personnels.
    Cela permettrait également de rendre moins pénible l’expérience des canicules pour celles et ceux qui utilisent déjà les modes alternatifs et en sont parfois dépendants, dont les déplacements sont peu flexibles et qui souffrent de conditions inconfortables, notamment dans les transports en commun.

    Favoriser l’adaptation

    Un jour de canicule, 6 individus sur 10 renoncent à au moins une activité hors de leur domicile, notamment pour éviter le déplacement associé. 33 % des individus renoncent à une balade, 28 % à une activité physique hors domicile, 22 % à des sorties ou loisirs et 18 % à des achats, là où seuls 6 % des actifs renoncent à se déplacer sur leur lieu de travail.
    À rebours du concept de « démobilité » (prônant une diminution des mobilités subies au profit de mobilités choisies), les fortes chaleurs entraînent un renoncement avant tout à des activités contribuant à la sociabilité et au bien-être des individus. Ce renoncement étant d’abord dû à une volonté d’éviter des déplacements pénibles, l’enjeu d’adapter la mobilité aux fortes chaleurs est d’autant plus fort. Des stratégies de décalage temporel des activités pour éviter les heures les plus chaudes sont aussi observées, et concernent 29 % des individus.
    Décaler ses déplacements contraints plutôt que d’y renoncer (ou pour moins les subir) suppose cependant d’en avoir la possibilité. Au-delà de variations de sensibilité à la température, tous les individus ne sont pas soumis aux mêmes contraintes dans leurs programmes d’activités et ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre pour s’adapter. Alors que les plus aisés contribuent davantage au changement climatique, il convient de s’attaquer à l’enjeu d’équité sociale soulevé par l’augmentation des températures. Adapter les territoires et les activités au rythme des fortes chaleurs permettrait à davantage d’individus de mieux vivre ces périodes contraintes.


    Enfin, les déplacements domicile-travail, structurants à l’échelle de la mobilité individuelle, demeurent très peu flexibles. Même si l’on observe les jours de fortes chaleurs une augmentation de 36 % de la part de télétravailleurs par rapport à une journée normale, cette stratégie est bien davantage le fait des cadres. Elle suppose aussi que l’on dispose d’un domicile suffisamment bien adapté pour choisir d’y passer sa journée de travail. Cela soulève également un enjeu d’équité sociale. Pour les professions peu ou pas « télétravaillables », les employeurs peuvent proposer des adaptations à leurs salariés, comme une modification des horaires, voire des jours chômés. À l’avenir, adapter les professions les plus exposées à des épisodes de canicule de plus en plus intenses et fréquents s’avère indispensable et appelle un véritable accompagnement, pouvant prendre la forme de « RTT climatiques », voire de « chômage partiel climatique ».

    1. Météo-France, (2023), Bilan climatique de l’été 2023, 17 p.

    2. 6t, (2024), Impacts des fortes chaleurs sur la mobilité. Synthèse des résultats, 20 p.

    3. Personnes utilisant le mode au moins une fois par mois.

  • Le gouvernement appelé à prolonger les caméras piétons dans les transports publics

    Le gouvernement appelé à prolonger les caméras piétons dans les transports publics

    L’expérimentation des caméras piétons dont sont équipés les agents de contrôle et d’escale de la SNCF, de la RATP et d’autres réseaux de transports volontaires prend fin le 1er octobre. Autorisées depuis 2020 et prolongées par la loi JO afin de couvrir  la période olympique, les caméras fixées sur le poitrine des agents volontaires, devront donc arrêter de filmer dès demain.

    Plusieurs organisations du secteur des transports publics ont récemment appelé le gouvernement à prolonger l’autorisation « Le GART et l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF) regrettent profondément que l’État n’ait pas veillé au maintien de l’usage des caméras piétons par les agents de contrôle des opérateurs de transport public et ferroviaire », écrivaient il y a quelques jours l’association des élus en charge des transports et l’organisation patronale du secteur. « L’efficacité de ce système est pourtant reconnue par tous » insistent les deux associations.

    Le 26 septembre, la présidente de l’Ile-de-France et de son autorité des transports (IDFM) interpellait le nouveau ministre des Transports, François Durovray, sur ce même sujet, peu après la signature du volet mobilité du contrat de Plan Etat-Région. Valérie Pécresse lui a également demandé de pérenniser la présence des agents habilités d’IDFM à visionner les images issues des caméras de vidéosurveillance dans les centres de commandement opérationnel de sécurité dans les transports (CCOS). Sans possibilité de collecte de données sensibles ou de captation de son.

    Les acteurs du transport public demandent au gouvernement l’inscription « au plus vite » à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la proposition de loi sur la sûreté dans les transports. Stoppé net avec la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin dernier, ce texte proposé par le sénateur LR des Alpes Maritimes Philippe Tabarot, attend maintenant de reprendre son parcours parlementaire. Objectif, renforcer les pouvoirs d’intervention des agents de sûreté dans les transports en commun, Suge pour la SNCF, GPSR pour la RATP. Et alourdir les sanctions contre les délinquants.

    « François Durovray a demandé l’inscription de la proposition de loi à l’Assemblée le plus rapidement possible afin de pérenniser le dispositif des caméras-piétons », indiquait le 1er octobre le ministère des Transports.

    Nathalie Arensonas

  • Lancement de la concertation sur la reconstruction de la liaison Bedous-Canfranc

    Lancement de la concertation sur la reconstruction de la liaison Bedous-Canfranc

    Avec les acteurs et la population du Haut-Béarn, la concertation sur la reconstruction de la voie ferrée Bedous-Canfranc a été lancée mardi 24 septembre à Oloron Sainte-Marie. Les résultats seront publiés en décembre prochain. Un prélude à l’enquête pour déclaration d’utilité publique nécessaire avant la reprise (ou pas) des travaux et donc des liaisons par rail entre Pau et Saragosse via le tunnel pyrénéen du Somport.

    Si le trafic voyageurs est revenu en juin 2016 entre Pau et Bedous, la portion entre cette dernière gare et le tunnel du Somport reste à reconstruire dans la haute vallée d’Aspe. Soit 33,2 km. Des sondages du sol et des ouvrages d’art ainsi que du débroussaillage ont été réalisés.

    Selon la SNCF, le dossier d’enquête publique pourrait être déposé à l’été 2025, puis la déclaration d’utilité publique obtenue début 2026. Si bien que les travaux commenceraient en 2027 et la ligne coupée depuis 1970 serait remise en service en 2032.

    Entre Bedous et le tunnel sous les Pyrénées la voie est à refaire ainsi que quelques ponts et passages à niveau. Un investissement chiffré à 500 millions d’euros que la région Nouvelle-Aquitaine se déclare prête à engager, comme elle l’a fait pour Oloron-Bedous (103 millions d’euros). D’autant que l’Union européenne a financé les études dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion de l’Europe.

    Côté espagnol, le ministère des Transports a, le 26 septembre, ouvert à l’information publique l’étude pour la réouverture du tunnel du Somport. Inauguré en 1928, cet ouvrage de 7,8 km (dont 60 % se trouvent chez nos voisins) est en bon état, mais il faut revoir son revêtement et le gabarit pour le fret.

    Michel Garicoix

  • La ligne Creil-Jeumont en voie de rajeunissement

    La ligne Creil-Jeumont en voie de rajeunissement

    Rajeunir la ligne ferroviaire Creil-Jeumont, c’est le chantier lancé depuis le 23 septembre et jusqu’au 7 décembre par SNCF Réseau qui va remplacer les voies ferrées à Jeumont, et trois aiguillages (qui guident les trains à l’arrivée à en gare) à Maubeuge. Ces travaux sont organisés de nuit (55 nuits) de manière à préserver les circulations des trains de voyageurs, indique le gestionnaire des infrastructures. 5,8 millions d’euros vont être investis sur le chantier.

    SNCF Réseau indique s’appuyer sur la filière industrielle régionale pour approvisionner les chantiers ferroviaires en matériaux. « Concernant les aiguillages neufs, SNCF Réseau mobilise deux acteurs industriels implantés dans les Hauts-de-France : l’entreprise Vossloh, leader mondial dans le domaine de la technologie d’aiguillage, et un établissement de production SNCF Réseau« , précise le gestionnaire.

  • Plus de 8 milliards pour les mobilités dans le contrat de plan Etat-Région

    Plus de 8 milliards pour les mobilités dans le contrat de plan Etat-Région

    Aussitôt installé au ministère des Transports, François Durovray sécurise les engagements de l’Etat pour les mobilités en Ile-de-France, jusqu’en 2027. Ce proche de Valérie Pécresse, aguerri aux transports et qui a longtemps siégé au conseil régional, a signé le 24 septembre l’avenant mobilités du contrat de plan entre l’Etat et la région. Les négociations patinaient depuis un an.

    Montant total des investissements : 8,4 Mds€ répartis entre 3,7 Mds€ pour la région, 3 Mds€ pour l’Etat et 1,7 Mds€ pour les collectivités locales, Ile-de-France Mobilités, la RATP et la SNCF.

    RER, tramway, lignes Durovray

    La majorité de ces montants, 7,4 milliards, sont consacrés aux transports du quotidien, auxquels s’ajoutent 100 M€ pour le covoiturage et les voies réservées aux autocars express, appelons-les « lignes Durovray », puisque l’actuel ministre en est l’ardent défenseur. Suite à son rapport sur le sujet, la région avait lancé 50 lignes, Valérie Pécresse en annonce maintenant une centaine d’ici à 2030.

    Les investissements portent en priorité sur la régénération du réseau des RER B et D, l’électrification de la dernière branche vers la Ferté-Millon, et le financement du système de signalisation Nexteo pour assurer la régularité des RER. Se voient également financés le prolongement d’Eole jusqu’à Mantes-la-Jolie, l’extension des lignes de tramways T1, T12 , T7, T3, T13, d’autobus à haut niveau de service Tzen 3, 4 et 5, des prolongements de lignes de métro (11 et 12), des interconnexions du futur réseau Grand Paris Express avec le réseau ferroviaire (Villiers-Champigny-Bry, ligne H à Pleyel), et l’adaptation des pôles d’échanges multimodaux comme Val de Fontenay.

    Les routes s’arrogent 620 M€ du magot, voies réservées au covoiturage et aux cars express inclus.

  • Transdev va remplacer Keolis à Chambéry

    Transdev va remplacer Keolis à Chambéry

    Transdev a été retenu le 19 septembre pour gérer le réseau de transport public Synchro du Grand Chambéry. L’opérateur, détenu par la Caisse des dépôts et la société allemande Rethmann, va succéder à partir du 1er janvier à Keolis qui exploitait, depuis 2019, les transports publics de ces 38 communes. Le contrat, d’une valeur de 151 millions d’euros, doit durer cinq ans.

    Transdev se donne l’objectif d’augmenter la fréquentation de 28% sur le réseau emprunté annuellement par quelque 8,86 millions de passagers. « Afin de mieux desservir le territoire, l’offre de TAD sera simplifiée et plus attractive pour desservir l’ensemble du territoire« , indique le futur délégataire. Parmi d’autres nouveautés, le réseau de bus sera restructuré et une ligne express lancée.

  • Thierry Guimbaud : « Prolonger les concessions d’autoroutes serait un échec collectif »

    Thierry Guimbaud : « Prolonger les concessions d’autoroutes serait un échec collectif »

    Entre 2031 et 2036, les sept contrats historiques de concessions autoroutières (90% du réseau concédé, plus de 9 000 km) qui lient l’Etat depuis des décennies aux mastodontes Vinci, Eiffage et Abertis arrivent à échéance. Les autoroutes concédées seront alors restituées à la puissance publique, à commencer par celles du réseau Sanef dans les Hauts de France, la Normandie et le Grand Est. Dans quel état, sachant que les concessionnaires sont peu enclins à investir en fin de contrat ?  Et sous quelle forme l’Etat décidera-t-il de les faire exploiter ? « 2031, c’est demain, il n’y a plus de temps à perdre pour préparer l’avenir du secteur, rebattre les cartes, poser les bases d’un nouveau modèle autoroutier », a insisté Thierry Guimbaud lors de la présentation à la presse, le 24 septembre, du nouveau plan stratégique de l’Autorité de régulation des transports (ART) qu’il préside depuis le début de l’année.

    Il tirait une nouvelle fois la sonnette d’alarme déjà tirée avant son arrivée. Pour la qualifier cette fois d‘ « alerte rouge« . Une manière d’interpeller le tout nouveau gouvernement, l’exhortant à anticiper car « Prolonger les concessions serait un échec collectif, estime celui qui a dirigé les services techniques du ministère des transports, la DGITM, de 2011 à 2014. Les contrats sont déjà très longs, les conditions d’optimisation économiques ne sont plus réunies », a-t-il poursuivi.

    Compétente pour réguler les concessions autoroutières, l’ART qui a élargi son champ d’intervention par « couches sédimentaires » depuis sa création en 2009 (ferroviaire, autocars longue distance, autoroutes, aéroports, transports publics urbains franciliens, services numériques et billettique), recommande de réduire la durée des futurs contrats de concession. Et « dans l’hypothèse où des contrats courts ne pourraient être envisagés, d’encadrer plus strictement leur renégociation » avec des clauses de révision tous les cinq ans pour éviter les rentes autoroutières.

    Bornes de recharge électrique

    L’ART contrôle aussi les contrats passés par les sociétés concessionnaires avec les exploitants d’aires de service, sous-concessionnaires. Et s’est récemment intéressée à la manière dont sont déployées les bornes de recharge électrique. « Nous avons analysé les sous-concessions et nous constatons que la redevance perçue par les autoroutes sur les infrastructures de recharge est entre 12 % et 15 % du chiffre d’affaires, contre 4 % à 5 % en moyenne pour les autres activités, dont les carburants, sur les aires de service », souligne Thierry Guimbaud. Du nouveau grain à moudre.

    Enfin, insistant sur la nécessité de réduire l’empreinte environnementale des transports, responsables d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre, l’ART recommande aussi que le coût de la pollution, les « externalités environnementales« , soit intégré dans la tarification de l’accès aux infrastructures, conformément à la directive Eurovignette. Autrement dit, moduler le tarif des péages d’autoroutes (lesquels rapportent 10Mds€ par an aux sociétés concessionnaires) en fonction des émissions des véhicules.

    N.A

    Les concessions d’autoroutes en chiffres

    Plus de 90% des autoroutes sont gérées par 19 sociétés concessionnaires (SCA), dont :

    • 7 SCA historiques détenues par les groupes Vinci, Eiffage et Abertis, qui représentent 91,5% du chiffre d’affaires global

    • 10 SCA récentes (2001-2019)

    • 2 sociétés d’économie mixte (SEMCA) exploitant des tunnels alpins internationaux

    • Chiffre d’affaires annuel des autoroutes concédées: 10 milliards d’euros (recettes des péages).

  • Le pass rail allemand sauvé par une augmentation qui le fait passer à 58 euros

    Le pass rail allemand sauvé par une augmentation qui le fait passer à 58 euros

    L’augmentation du pass rail allemand était attendue. Mais il a fallu plusieurs mois de discussions pour se mettre d’accord sur un montant. Fin septembre, l’Etat et les régions (qui injectent chacun 1,5 milliard d’euros par an) se sont finalement entendus sur une hausse de 9 euros. Le « Deutschland-Ticket » coûtera donc 58 euros par mois, à partir du 1er janvier prochain, contre 49 euros jusqu’alors. 
    Sans cette hausse, ce pass ferroviaire lancé le 1er mai 2023 et qui donne accès à tous les réseaux en dehors des grandes lignes, était condamné. Malgré son succès (13 millions d’abonnés). En raison de l’augmentation des coûts de l’énergie et des charges de personnel, la plupart des sociétés de transports publics n’y trouvaient en effet plus leur compte. L’Etat et les régions ne couvrent pas l’intégralité du manque à gagner, déplorent-elles. Pour la seule régie des transports de Munich (MVV), il se chiffre à 300 millions en 2024 (36% des habitants de la zone sont abonnés au « Deutschland-Ticket »).
    Pérenniser l’offre

    L’Etat aurait pu maintenir le prix à 49 euros. Mais il aurait dû augmenter sa participation annuelle. Une solution que le ministre libéral des Finances, Christian Lindner, a catégoriquement rejetée. Les régions n’ayant pas non plus les moyens de compenser le manque à gagner, se sont les usagers qui supporteront donc l’augmentation.

    La bonne nouvelle, c’est que l’accord conclu entre les ministres régionaux des Transports et l’Etat acte la volonté de pérenniser cette offre qui reste très attractive, notamment pour les usagers des agglomérations. Mais le pass restera-t-il aussi populaire à ce prix ? Selon un sondage de l’institut « Yougov », une majorité d’utilisateurs jugent le prix de lancement de 49 euros comme une limite à ne pas dépasser. Environ un tiers se disaient prêts à résilier l’abonnement mensuel en cas d’augmentation.
    Pour l’association des usagers du train (Pro Bahn), cette augmentation de près de 20% signe le début de la fin de cette offre unique qui avait réussi à attirer de nouveaux clients. « Ils vont reprendre le volant », déplore Pro Bahn. « L’un des projets majeurs de la transition énergétique risque d’échouer », craint Kerstin Haarmann, la présidente de l’automobile club écologique allemand VCD, en rappelant que « le gouvernement a promis de doubler le nombre d’usagers du train d’ici 2030. » Selon elle,  » S’il sabote son propre projet, il n’y parviendra pas ».
    Christophe Bourdoiseau