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Les Grands prix des régions 2018
Les régions vivent d’intenses bouleversements. La réforme territoriale a abouti à fondre d’environ un tiers le nombre des régions, qui outre la Collectivité de Corse ne sont plus que 12 en France métropolitaine, dont 11 sont autorités organisatrices des TER. Certains territoires s’en sont retrouvés considérablement agrandis. Les régions qui ont fusionné cherchent désormais à harmoniser leurs politiques tout particulièrement pour leurs TER.
La loi a aussi donné de nouvelles responsabilités aux régions : depuis janvier 2017, la loi Notre leur a transféré la compétence des départements sur les lignes régulières. Depuis septembre 2017, elles sont devenues responsables du transport scolaire. Et la loi Maptam les oblige à élaborer un schéma directeur de l’intermodalité.
Ce n’est pas fini. Avec la future LOM (Loi d’orientation sur les mobilités), les régions devraient être confortées dans leur rôle d’autorité organisatrice de la mobilité pour couvrir l’ensemble du territoire.
Ces nouveautés expliquent la particularité de nos Grands prix des régions cette année. Pour la première fois, il n’y aura pas de comparaison des données générales d’une année sur l’autre, vu que les plus récentes concernent 2016, première année d’existence des nouvelles régions.
Cette année, nous remettons le Grand prix TER à la région Occitanie qui a vu le trafic de ses TER augmenter de 5,1 % en 2017 et a travaillé pendant des mois pour aboutir à une convention exigeante qui se met en place cette année et prévoit une forte croissance de l’offre.
Nos prix thématiques récompensent des initiatives intéressantes dans le domaine de l’innovation tarifaire, de politiques volontaristes pour redynamiser le trafic ou promouvoir des destinations. Pour la première fois, nous attribuons le prix de la plus belle gare de France, qui met en valeur tout le travail accompli pour moderniser et rendre accessible une gare historique à l’architecture remarquable.
Vous trouverez en pdf les chiffres et données qui nous ont aidés à établir notre palmarès 2018, et un graphique sur l’état des conventions TER signées avec la SNCF et les grands choix des régions.
Bonne lecture !
Dossier réalisé par Patrick LAVAL

ERTMS. Espéranto du rail ou dialectes européens ?
La première Conférence mondiale UIC sur la signalisation ferroviaire, qui s’est tenue fin mars à Milan, a essentiellement traité de l’ERTMS. Le standard européen de gestion des circulations ferroviaires a beau fonctionner et progresser à travers le monde, c’est sur son continent d’origine, où il était censé unifier les réseaux ferrés, qu’il continue de buter sur les questions d’interopérabilité.
Le standard européen de gestion des circulations ferroviaires fonctionne et progresse à travers le monde. Mais, sur son continent d’origine, où ERTMS était censé unifier les réseaux ferrés, il continue de buter sur les questions d’interopérabilité. La première Conférence mondiale UIC sur la signalisation ferroviaire, qui s’est tenue les 26 et 27 mars à Milan, a pris la mesure des avancées d’ERTMS. Et de la convergence avec les systèmes cousins.
« La signalisation ne devrait plus constituer un obstacle entre les régions, pays ou continents et ne devrait plus être aussi lourde financièrement. » Bel espoir de Jean-Pierre Loubinoux, directeur général de l’UIC. Et l’on dispose pour le réaliser d’un outil : « ERTMS constitue une référence à l’échelle mondiale », souligne-t-il, et « on pourrait le comparer à une sorte d’espéranto […] malgré des disparités régionales, d’ailleurs peut-être plus perceptibles dans la partie européenne ». Hors de son continent d’origine, ERTMS s’est développé et a servi de base au standard chinois CTCS. D’autres systèmes ont vu le jour dans le monde, « comme le PTC (Etats-Unis), l’ATACS (Japon) et KLUB (Russie) pour ne citer que les plus importants », selon le dirigeant de l’UIC, qui rappelle que ce dernier « a été la rampe de lancement du GSM-R », et « jette maintenant les bases nécessaires au développement du futur système de communication mobile ferroviaire FRMCS ».
Plus de 51 pays utilisent actuellement ERTMS. A travers le monde, 95 500 km de lignes, 12 600 locomotives ou rames, font l’objet de contrats d’équipement recensés par l’Unife. Philippe Citroën, son directeur général, précise (voir infographies pages suivantes) que l’Europe est redevenue le premier marché pour ERTMS en kilomètres de lignes et plus encore pour le matériel roulant. Une réalité, même si le continent où est né ERTMS ne constitue pas un espace unifié par un standard.
L’Asie, un temps dopée par la Chine et sa version CTCS (Chinese Train Control System), passe au deuxième rang malgré les nouvelles installations sur les réseaux autour du Golfe persique. Notamment la généralisation en Arabie saoudite sur 3 737 km de lignes nouvelles, dont 2 493 km en service.
L’Afrique entre en scène. En particulier le Maroc, avec la LGV Tanger – Kenitra et des lignes classiques au nord de Casablanca, et l’Algérie, où une quinzaine de projets sont en cours. Sur les autres continents, les applications sont plus à l’échelle de réseaux locaux, parmi lesquels on peut distinguer Sydney (Australie), avec 1 200 km et 164 engins à équiper.« E » comme… « Europe »

« On n’en est pas vraiment là où on voulait arriver en Europe, mais en dehors, ça se développe vite. En fait, l’Europe est le banc d’essais le plus difficile. Toutefois, 90 % des principes définis dans les années 1990 restent en vigueur, ce qui prouve que le système avait été bien pensé. Le vrai concept disruptif d’ERTMS, c’est d’abandonner les systèmes nationaux. » C’est en ces termes que Pier Guido, responsable ERTMS à l’Agence de l’Union européenne pour les Chemins de fer, résume la situation sur le continent. Si « ERTMS constitue la référence mondiale », comme le rappelle Josef Doppelbauer, directeur exécutif de l’Agence de l’Union européenne pour les Chemins de fer, « il y a encore plus de 20 systèmes de signalisation en Europe et nous n’avons toujours pas déployé un système ERTMS interopérable ». Or, « la compatibilité est un impératif », souligne-t-il.
Avant même de parler compatibilité, la migration reste un défi et « ne va pas assez vite », pour Karel Vinck, coordonnateur de l’Union européenne pour le programme global ERTMS. D’une part, les blocages sont techniques, « mais il est tout aussi important de faire évoluer les mentalités et démontrer plus de flexibilité face au changement ». D’autre part, la question financière pourrait être résolue, « compte tenu du volume des moyens financiers disponibles ». Les pays européens sont en train de déployer ERTMS sur l’ensemble du réseau transeuropéen de transport (RTE-T). Pour arriver à l’objectif d’avoir équipé 40 % de ce réseau structurant européen en 2023 et son ensemble pour la deuxième moitié de la prochaine décennie, il faudrait investir 15 à 20 milliards d’euros. Les responsables du Groupe FS n’excluent pas d’avoir recours, outre à l’argent public de l’UE ou des pays membres, à la BEI, la Banque mondiale, voire « la Banque chinoise d’investissement et d’autres institutions désireuses de stimuler les transports ferroviaires », comme des compagnies d’assurances. « On ne peut pas continuer au rythme actuel, sinon ça va prendre 200 ans ! », prévient Alberto Mazzola, vice-président du Groupe FS responsable du RTE-T.
« Mais ERTMS reste trop cher, il faut que l’Union européenne et tous les acteurs du ferroviaire fassent des efforts pour promouvoir la recherche », rappelle Massimiliano Salini, député européen (commission Transports), pour qui « ERTMS en tant que standard mondial unique donnerait un avantage aux acteurs européens. » Voire. Déjà, au sein de l’Europe, les avis restent partagés sur les bénéfices à en attendre. Les gestionnaires d’infrastructure (en particulier ceux dont la signalisation est en voie d’obsolescence) sont généralement plus convaincus que les entreprises ferroviaires. « A chaque fois que l’on reprend le sujet, les opérateurs fret disent qu’on leur demande de gaspiller de l’argent ; tant qu’il n’y a pas de réseau structurant européen équipé ERTMS, il n’y a rien à gagner pour eux », rapporte Alberto Mazzola. Côté voyageurs, les opérateurs internationaux comme Thalys sont naturellement plus intéressés, mais peuvent rencontrer des problèmes faute de compatibilité entre versions, dans l’espace comme dans le temps.
Libor Lochman, directeur exécutif de la Communauté européenne du rail (CER), souligne le qualificatif « européen » du système et rappelle qu’en 2012, « au congrès ERTMS de Stockholm, on parlait déjà de passer à la baseline 3 ; or on n’y est toujours pas ». La baseline 2.3.0 d reste souvent le plus petit commun dénominateur d’un pays à l’autre. « Des résultats ont été obtenus et nous sommes sur la bonne piste », tempère toutefois le dirigeant de la CER, citant entre autres l’initiative européenne Shift2rail, qui « devrait encourager la recherche », et soulignant la nécessité de coordonner le programme de déploiement d’ERTMS dans l’Union européenne et de disposer d’un programme de financement clair. La Commission européenne ne dit pas le contraire en indiquant que le financement par l’Union européenne devrait se concentrer en priorité sur un déploiement permettant d’accélérer l’interopérabilité en s’attaquant aux goulots d’étranglement.ERTMS pour la conduite automatique
Développé en premier lieu pour les réseaux ferrés nationaux, ERTMS peut aussi être considéré comme une forme de CBTC, c’est-à-dire un contrôle de trains basé sur la communication. Le CBTC étant utilisé pour mettre en œuvre différents niveaux de conduite automatique pour les métros et trains de banlieue, du GoA2 avec conducteur au GoA4 sans personnel à bord, pourquoi ne pas faire de même avec ERTMS niveau 2 ? L’idée est née dans le cadre du plan de modernisation de Thameslink, le réseau de trains de banlieue reliant le nord au sud du bassin de Londres en traversant son centre-ville en tronc commun, entre Saint-Pancras et Blackfriars. Après plus de deux ans d’essais, une avancée décisive vient d’être annoncée : le 17 mars, un train régulier a circulé en conduite automatique sur le tronc commun de Thameslink. C’est une première sur le réseau ferré britannique. Cette nouveauté, qui devrait permettre de faire passer 22 trains par heure sur le tronc commun fin 2018, contre 12 actuellement, est également une première mondiale en service régulier, alors que d’autres essais (niveau GoA2) ont lieu sur Betuweroute néerlandaise, pour le fret cette fois, dans le cadre de Shift2rail. Cette initiative européenne comprend un projet intitulé ATO over ETCS up to GoA4, dans le cadre duquel un essai pilote doit avoir lieu en Grande-Bretagne début 2019.
Sans pour autant mettre en œuvre ERTMS, d’autres projets d’automatisation sur réseau ferré national (niveaux GoA2 à 4) retiennent l’attention.
En Russie, explique Pavel Popov, un triage est doté de trois locomotives (GoA4) de manœuvres équipées de caméras, radar et lidar. Le GoA2 (voire 3 à terme) a été mis en œuvre sur la ceinture de Moscou récemment rouverte au public.
Luc Laroche, directeur du projet Train automatique à la SNCF, indique que deux prototypes de train sans conducteur (GoA4) sont prévus en 2022, l’un pour la banlieue (GoA3 et 4), l’autre pour le fret (GoA4). Deux autres pistes sont explorées, tant dans la télécommande (garage) que la grande vitesse (TGV Paris – Lyon en GoA2). L’idée de la SNCF est de développer une conduite automatique basée aussi bien sur ERTMS que sur la signalisation latérale en l’attente d’ERTMS. De plus, « la conduite automatique prépare le déploiement d’ERTMS niveau 3 », selon Luc Laroche.
Le satellite pour dématérialiser la signalisation
Un niveau 3 qui est encore dans une « phase conceptuelle », selon l’Unife. Les niveaux 1 et 2 d’ERTMS et leurs équipements respectifs sont, eux, bien définis depuis les années 1990. En principe, le niveau 3 vise à dématérialiser la signalisation et la localisation des trains, mais aucune solution standard n’a encore été fixée. Ce qui pourrait se révéler un avantage, le niveau 3 n’ayant ainsi pas adopté des solutions techniques qui auraient eu le temps de devenir obsolètes, depuis que l’on en parle ! Qui dit dématérialisation de la signalisation dit allègement des coûts liés aux installations fixes. C’est pourquoi le niveau 3 pourrait bien être une piste d’avenir pour équiper à faible coût les lignes à faible trafic, tout en tirant profit des recherches menées dans le cadre du programme Shift2Rail. Il pourrait également s’appliquer à des trains de banlieue, à grande vitesse ou de fret, d’où l’importance du contrôle d’intégrité.
Beaucoup de questions fondamentales restent ouvertes pour développer le niveau 3. Très tôt, l’idée d’un canton mobile et déformable, entourant le train comme une bulle, a été évoquée, mais la piste d’un cantonnement fixe à balises virtuelles est également suivie. Quid de la communication avec le train ? Par GSM-R, par le futur FRMCS ou un autre type de radiocommunication ? Et par quels moyens sera assurée la localisation du train ? Par balises virtuelles, capteurs ou satellite… voire une combinaison de ces solutions ? Le développement de la navigation par satellite plaide en faveur de cette dernière piste. En faisant toutefois attention aux secteurs non couverts (tunnels…) qui impliquent une localisation complémentaire à l’aide de données « sol » (balises et odométrie). En Australie, par exemple, des applications satellitaires associées à l’ERTMS sont entrées en service l’an dernier. En Europe, plusieurs essais concluants ont été menés au niveau 2 sur des lignes régionales, comme Satloc en Roumanie et Ersat par RFI (avec Galileo), à titre expérimental en Sardaigne (Cagliari – San Gavino), puis au sud-ouest de Turin, sur la ligne de Pignerol à la bifurcation du Sangone (30 km), au niveau 2 dès l’an prochain et au niveau 3 en 2022.
« Le niveau 2 a un coût, le niveau 3 est un rêve », constatent les participants à l’initiative collaborative ERTMS Hybrid Level 3 associant le néerlandais ProRail et le britannique Network Rail. Au bord de la saturation, ces deux réseaux souhaitent améliorer la capacité des voies en place, ce qui pourrait être réalisé par le niveau 3. En attendant que ce dernier existe, un « niveau 3 hybride » a été étudié, qui se rapproche des performances du niveau 3 avec les moyens du niveau 2. Du moins si l’on dispose d’un contrôle d’intégrité des trains. Le cas contraire étant envisageable, le projet se base sur des scénarios dans lesquels les cantons peuvent présenter quatre états : « libre » (pas de train), « occupé » (train avec contrôle d’intégrité positif), « ambigu » (train dont on ne sait rien) et « inconnu » (rien n’indique que la voie soit libre). Une première démonstration de cet Hybrid Level 3 a été effectuée par Network Rail sur les 7 km des voies d’essais ENIF (ETCS National Integration Facility) en décembre 2017.
La radiocommunication du GSM-R vers le FRMCS
Adopté en 1994 pour les transmissions de données impliquées par le niveau 2 d’ERTMS, le GSM-R (avec un « R » comme Railway) est considéré comme un succès, ne serait-ce que parce qu’il a réussi à devenir un standard, remplaçant un très grand nombre de systèmes de radiocommunications ferroviaires. Et pas seulement pour ERTMS ! Mais près de 20 ans après les premiers déploiements, alors que trois générations de téléphonie mobile se sont succédé, la version ferroviaire du GSM commence à accuser son âge : « La digitalisation des chemins de fer demande des capacités bien plus grandes que le GSM-R », souligne Renato Mazzoncini en tant que président de l’UIC. D’autant plus que « le GSM-R fait partie des points faibles en matière de cyber-sécurité », remarque Miki Shifman, vice-président de l’entreprise Cylus, spécialisée dans la cyber-sécurité ferroviaire. La cyber-sécurité devient un sujet en soi à l’heure de la digitalisation du rail, avec des cas réels d’infiltrations, en 2012 aux Etats-Unis (réduction des limites de vitesse par des hackers) comme en 2017 en Allemagne (réseau informatique de la DB attaqué par WannaCry). Toujours est-il que le GSM-R a sans doute duré plus longtemps que prévu et que la question de son remplacement se pose depuis 2012.
Philippe Citroën rappelle la mise en place récente du comité Unitel au sein de l’Unife qui, en tant que plateforme des principaux fournisseurs européens de GSM-R, « apportera son appui aux activités futures concernant l’ERTMS et les télécommunications ferroviaires, notamment pour la transition qui s’annonce entre le GSM-R et le système FRMCS », acronyme de Future Railway Mobile Communication System. Tout en étant « à l’épreuve du futur » – mais à quelle échéance, sachant que les fournisseurs se sont engagés à apporter un soutien au GSM-R jusqu’en 2030 au moins ? – FRMCS se devra d’être « au moins aussi bien que GSM-R » et surtout de garder la fréquence de 5 MHz dédiée aux communications ferroviaires. De plus, même si l’usage des communications vocales est en baisse, cette fonction restera indispensable pour les situations de crise et devra être intégrée dans le nouveau système. Concrètement, on parle de « migration vers FRMCS » plutôt que de « remplacement du GSM-R ». Car d’autres marchés que ce remplacement sont visés, comme l’équipement des métros (pour le CBTC). Et plus le marché est grand…Patrick LAVAL

Les élus locaux veulent faire entendre leurs voix sur le ferroviaire et la mobilité
« Les infrastructures de transport sont de plus en plus sinistrées », estime l’Association des petites villes de France (APVF) qui entend peser dans le débat en cours sur la réforme ferroviaire et la future loi d’orientation sur les mobilités (LOM). Si l’APVF, qui regroupe les communes de 2 500 à 25 000 habitants, se félicite des larges échanges qui ont été organisés autour des assises de la mobilité avec plus de 6 000 contributions enregistrées, l’association regrette aussi que le transport ferroviaire ait été traité à part, alors que les deux thèmes sont liés.
Les élus locaux se lancent désormais dans un nouveau travail : faire en sorte que leurs propositions, présentées à la presse le 15 mai, soient largement reprises dans les textes législatifs à venir. Dans le ferroviaire, ils réclament un audit exhaustif, et pas uniquement comptable, des lignes ferroviaires. Ils demandent aussi que les investissements en faveur des « petites lignes » soient relancés, en explorant de nouvelles sources de financement, telles que la participation des sociétés d’autoroute, une redevance poids lourds, ou encore une taxe sur le kérosène dans l’aérien. « Si on ne traite pas la question du financement, on va au-devant de grandes difficultés. D’autant que ce qui a inspiré l’idée du rapport Spinetta, c’est que le fer coûte cher. Mais le non-faire coûtera encore plus cher demain », estime Christophe Bouillon, le président de l’APVF, également député socialiste de Seine-Maritime.
L’APVF souhaite aussi que les élus locaux soient associés à la gouvernance des gares pour privilégier une « logique de bassin de mobilité ». Parmi ses autres revendications, elle insiste sur la mise en place de plateformes publiques de mobilité qui permettront de collecter des données et de favoriser l’interopérabilité.
Plus globalement, l’association demande « la fin de l’exclusion par les transports », ce qui passe notamment par la création d’instances partenariales de gouvernance entre régions. L’APVF se réjouit de la volonté du gouvernement de mettre fin aux zones blanches, ces périmètres du territoire qui ne sont pas sous la responsabilité d’une autorité organisatrice de la mobilité et qui sont en marge de l’offre de mobilité. Elisabeth Borne veut donner prioritairement cette responsabilité aux régions et compte beaucoup sur les innovations et les nouveaux services pour proposer des offres attractives dans les territoires peu denses. Mais, prévient Christophe Bouillon, « il ne faut pas imposer de solution unique mais faire du sur-mesure adapté aux territoires ».
D’où la très forte attente suscitée auprès des élus locaux par la future loi d’orientation sur les mobilités qui doit remplacer la Loti et donner un nouveau cadre institutionnel en prenant en compte les nouveaux usages (covoiturage, autopartage…). Mais l’élaboration du projet de loi qui doit aussi définir de nouvelles sources de financement et fixer les priorités d’investissements, a pris du retard. « Il est renvoyé de Conseil des ministres en Conseil des ministres. A croire qu’il soulève encore bien des difficultés », commente Christophe Bouillon. Le texte devrait désormais arriver cet automne devant les Parlementaires, rappelle-t-il, avant d’ajouter : « Si tout va bien. »
M.-H. P.

Concurrence : recours en contentieux des transporteurs Optile
Les entreprises des transports d’Ile-de-France regroupées dans l’association Optile ont déposé lundi 16 avril devant le tribunal administratif de Paris un recours en contentieux contre la décision de février d’Ile-de-France Mobilités, prévoyant la mise en concurrence en 2020 de quatre réseaux de bus de grande couronne. Rappelons qu’il s’agit des réseaux de Sénart (Transdev), du Mantois (RATP Dev), des Bords de l’eau (Keolis, ce lot devant comprendre le futur tram T9) et du Grand Ouest (exploité par un conglomérat d’une vingtaine de transporteurs, dont les principales PME du secteur en Ile-de France, les cars Lacroix et Savac).
L’appel d’offres à proprement parler n’est pas lancé, mais Optile, n’a pas attendu sa publication pour passer du recours gracieux (lettre à Valérie Pécresse, présidente d’Ile-de-France Mobilités, restée sans réponse) au contentieux. Il y a eu autant de contentieux que d’entreprises concernées, et toutes celles qui sont concernées ont signé, dont RATP Dev. Pour Jean-Sébastien Barrault président d’Optile, « il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre Catherine Guillouard (PDG de la RATP) et nous ». Rappelons que le réseau historique de la RATP, en Petite couronne et dans Paris ne doit, lui, être ouvert à la concurrence qu’en 2024.
Les entreprises regroupées dans Optile considèrent que la décision d’Ile-de-France Mobilités, prise sous forte pression de l’État, de mettre en appel d’offres les réseaux de bus d’Ile de France dès 2020 suppose qu’elles aient renoncé à leurs droits administratifs d’exploiter, qui courent jusqu’en 2024. Or, rappellent-elles depuis des mois, elles n’ont pas renoncé à leurs droits…
FD
Photo : un bus Transdev en Grande couronne (Saint-Germain en-Laye)

« La question de la compétence de SNCF Réseau se pose clairement »
Situation catastrophique en Nouvelle-Aquitaine! En seulement un mois, la région a vu fermer trois lignes ferroviaires en raison de la dégradation des infrastructures. Le 1er mars, SNCF Réseau informait en effet le conseil régional de sa décision d’interrompre les circulations entre Pompadour et Objat sur la ligne Limoges Brive-la-Gaillarde. Raison invoquée : une dégradation de la plateforme aux environs de Vignols.
Deux semaines plus tard, c’était au tour de la liaison Angoulême-Saillat-Chassenon (sur la ligne Angoulême-Limoges) d’être fermée à la circulation pour cause d’affaissements constatés en février sur la voie. Fin mars, la région apprenait l’interruption des circulations des trains entre Bayonne et Saint-Jean-Pied-de-Port après la détection d’un fontis entre Bayonne et Béhéréharta. Or, la région venait juste de dépenser 63 millions d’euros, versés ces dix dernières années pour réaliser la « complète régénération » de la ligne.
« Une situation inacceptable », dénonce Renaud Lagrave, le vice-président régional chargé des Transports en Nouvelle-Aquitaine, qui s’interroge sur la «compétence » de SNCF Réseau. Entretien.
Ville, Rail & Transports : Comment expliquez-vous cette succession de fermetures de lignes ?
Renaud Lagrave : Les sous-investissements de SNCF réseau sont récurrents. Particulièrement en Nouvelle-Aquitaine, même si nous ne sommes pas les seuls concernés. Dans notre région, des lignes n’ont pas été renouvelées depuis une bonne soixantaine d’années. Nos TER subissent ainsi 30 % de plus d’irrégularités liées aux défaillances d’infrastructures par rapport au reste de la France.
Nous nous inquiétons de la multiplication des limitations temporaires de vitesse qui concerneront 300 km de lignes d’ici la fin de l’année. Celles-ci pénalisent les 2,2 millions de voyageurs empruntant chaque année les 725 km de lignes qui sont considérées par le gestionnaire d’infrastructure comme « en mauvais », voire « très mauvais état ». Pourtant, SNCF Réseau ne répond plus à nos demandes. Ni au niveau régional, ni au niveau national.
VR&T : Ces fermetures n’étaient-elles pas prévisibles ?
R. L. : Une anecdote est éclairante : il y a plus une quinzaine de jours, j’étais en réunion avec le directeur régional de SNCF Réseau, qui m’annonce un surcoût de 4 millions d’euros pour les travaux réalisés et terminés en 2015 sur la ligne Bayonne-Saint-Jean-Pied-de-Port. Or, nous avions financé 63 millions d’euros pour cette ligne. J’ai refusé de couvrir ce surcoût. Une heure plus tard, j’apprends que cette ligne allait fermer car SNCF Réseau venait de découvrir un affaissement des voies ! Non seulement, ils le découvrent mais en plus ils ne sont même pas fichus de me le dire en face ! La question de la compétence du gestionnaire d’infrastructure se pose clairement. Aujourd’hui, il y a une vraie rupture de confiance avec SNCF Réseau.
VR&T : Quels moyens mettez-vous en faveur du réseau ferré ?
R. L. : La Nouvelle-Aquitaine est fortement mobilisée pour l’entretien et la régénération de son réseau ferroviaire. Depuis deux CPER (Contrats de plan Etat-Région, ndlr), nous avons décidé de participer à la régénération du réseau.La région va donc au-delà de ses compétences. Et malgré nos efforts, nous nous retrouvons dans une situation où on ferme des lignes.
De plus, nous versons annuellement 60 millions d’euros de redevances à SNCF Réseau. Mais personne ne sait où ils vont, il n’y a aucune transparence.
Quand des travaux sont lancés, nous avons aussi la mauvaise surprise de constater que SNCF Réseau revoit systématiquement à la hausse ses prestations. Tout est fait pour nous décourager de lancer des travaux sur le réseau.
VRT : Pourquoi, selon vous ?
R. L. : Nous sommes entrés dans une période de flottement : après la publication des rapports Duron et Spinetta et avant le futur pacte ferroviaire et la future loi d’orientation sur les mobilités (la LOM). Dans cet entre-deux, nous avons l’impression que SNCF Réseau en profite pour fermer des lignes -des lignes capillaires de fret, des lignes de voyageurs-, à chaque fois pour différentes raisons.
VRT : L’État pourrait être tenté de transférer la responsabilité de la fermeture des lignes TER aux régions…
R. L. : On nous dit qu’on ne peut pas décider de Paris quelles lignes doivent être fermées en région. Dans notre région, les lignes UIC 7 à 9, souvent appelées à tord petites lignes, représentent 60 % du réseau ferré. Si l’État ne nous aide pas, je ne vois pas comment on pourrait remettre ce réseau en état. Depuis des mois, nous réclamons un plan exceptionnel pour le Rail en Nouvelle-Aquitaine.
L’audit du réseau, commandé en 2017 par la région à SNCF Réseau, démontre qu’au-delà de la mobilisation de la Région dans le cadre du CPER, un plan-rail Nouvelle-Aquitaine nécessiterait la mobilisation de 1,143 Md€ sur les lignes régionales, dont 625 M€ dans les cinq ans, ainsi que 2,139 Md€ sur les lignes structurantes pour assurer la pérennité du réseau ferroviaire. Soit un engagement de l’État de 1 M€ par jour pendant 10 ans.
S’il y a transfert de lignes, il faut mettre en place une taxe pré-affectée. Alors que des discussions sont lancées sur la future LOM, nous proposons plusieurs idées comme une taxe sur les bureaux, la réaffectation d’ une part de la TICPE ou encore le lancement d’une vignette sur les poids lourds qui permettrait d’imposer les poids lourds étrangers et qui pourrait servir à développer le rail. On nous écoute poliment mais nous n’obtenons aucune réponse.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

Hyperloop TT prépare le terrain à Toulouse
Quinze mois après la signature avec l’Etat français et Toulouse Métropole d’un accord pour l’implantation du centre de recherche européen d’Hyperloop Transportation Technology (HTT) sur l’ex-aéroport de Francazal à Toulouse, le projet de la société californienne est entré dans une phase concrète : plusieurs tubes de 65 tonnes, 20 mètres de long et quatre mètres de diamètre sont arrivés à Toulouse le 11 avril afin de construire la première piste d’essai de ce transport subsonique du futur. Six autres convois seront nécessaires pour acheminer le reste des tubes qui permettront à HTT de réaliser cette année une première piste d’essai au sol de 320 mètres de long. L’arrivée du prototype de capsule de 30 mètres de long pour le transport de 28 à 40 passagers, construit en Espagne par Carbures, entreprise spécialisée dans les matériaux composites pour l’aéronautique, est annoncée pour l’été. D’ici 2019, c’est une piste d’un kilomètre installée sur 25 pylônes à 5,8 mètres du sol qui verra le jour. « Hyperloop n’est plus un concept, mais est devenu une industrie commerciale », a commenté Bibop Gresta, président d’HTT, dans un communiqué.
Le 12 avril, le conseil de Toulouse Métropole a aussi approuvé une délibération portant sur un bail à construction signé avec HTT et l’Etat en vue de la reconversion de l’ancien mess des sous-officiers de Francazal en centre de recherche et de développement, ainsi qu’une partie de la voie royale pour accueillir les pylônes de la piste d’essai. La collectivité, qui s’est engagée à devenir propriétaire du site, entamera prochainement les travaux de dépollution chimique et pyrotechnique préalables à l’implantation des pylônes, pour un coût de 300 000 euros.
Hyperloop TT est une des entreprises qui s’est saisi du concept d’Hyperloop imaginé en 2013 par Elon Musk, qui projette de transporter des passagers ou des marchandises dans des capsules propulsées par un champ magnétique généré par des moteurs à induction, au sein d’un tube sous basse pression, à des vitesses pouvant atteindre 1 100 km/h en pointe. Elle a en face d’elle plusieurs concurrents comme Hyperloop One ou TransPod. Son système Inductrack de sustentation magnétique passive de dernière génération permet une faible consommation d’énergie. HTT annonce aussi le développement d’un matériau pour recouvrir les capsules « huit fois plus résistant que l’aluminium et dix fois plus que les alternatives en acier » appelé Vibranium (un clin d’œil au métal imaginaire utilisé dans les bandes dessinées Marvel).
HTT a choisi Toulouse pour implanter son centre de recherche européen à cause d’un environnement d’innovation et de recherche favorable. « Toulouse est le centre des technologies aérospatiales en Europe, qui sont parallèles à notre activité, notamment sur les questions d’aérodynamisme mais aussi de transports, avec une concentration de matière grise que l’on ne trouve pas partout », soulignait au moment de la signature de l’accord Dirk Ahlborn, le cofondateur et CEO d’HTT, un ancien de l’entreprise d’Elon Musk Space X. En novembre dernier, dans les locaux du pôle de compétitivité Aerospace Valley, 56 entreprises avaient manifesté leur intérêt pour collaborer sur le projet d’Hyperloop et 33 avaient été sélectionnées par HTT.
La start-up a noué des partenariats et lancé des études de faisabilité dans neuf pays (dont la Chine, l’Inde et les Emirats arabes unis). Elle a signé un accord dans l’Ohio aux Etats-Unis en février et un autre en vue de l’implantation d’un centre de recherche et de développement dédié au fret à Contagem au Brésil le 9 avril. A Toulouse, elle s’est engagée à investir 40 millions d’euros dans les prochaines années. Huit ingénieurs travaillent déjà à Francazal et l’entreprise espère en compter 15 d’ici fin 2018 et 50 salariés à terme.
Catherine Stern

Mulhouse lance le Compte mobilité
C’est une première en Europe selon Mulhouse Alsace Agglomération qui a présenté le 6 avril le « Compte mobilité ». Un concept innovant qui permet, après avoir créé un compte sur Internet, de commander ses déplacements (bus, tram, vélo, autopartage, parkings du centre-ville) et de payer en fin de mois une seule facture quel que soit le mode utilisé, avec l’assurance d’avoir le meilleur tarif pratiqué. Autre intérêt, il est possible de suivre en temps réel sa consommation et d’être alerté quand on approche du budget déplacement que l’on s’est fixé.
« Nous avons imaginé ce compte avec l’idée de proposer aux utilisateurs de découvrir de nouveaux services », explique Laura Brun, chef de projet du Compte mobilité. « Nous avons mis au point un dispositif simple, léger : une seule inscription suffit pour accéder à tous les services de déplacement. Nous souhaitons faciliter la mobilité et proposer un service global, sans couture », ajoute-t-elle en évoquant le concept de Mobility as a service (MaaS).
Le système a été mis au point par l’agglo dans le cadre d’un partenariat avec Soléa, la filiale locale de Transdev, JCDecaux, Citiz, Médiacycles, Citivia, ou encore Indigo. Le compte Mobilité lui-même a été développé en coopération avec Cityway qui a apporté, avec Transdev, 240000 euros sur les 605000 euros (HT) nécessités par le projet.
Une phase de test a démarré mi-mars avec une cinquantaine d’utilisateurs. Elle devrait se poursuivre jusqu’à juin pour permettre de remédier aux dysfonctionnements constatés et d’améliorer le service. Demain, l’agglomération de Mulhouse souhaiterait inclure les TER, la location de vélos électriques, les cars, les taxis…
Il faudra aussi régler les questions de répartition de recettes et de prise en charge du coût du dispositif qui n’est pas encore fixé. En septembre, le Compte mobilité doit être lancé à grande échelle. Avec l’objectif de capter 10 000 personnes en 2019.
M.-H. P.

SGP : feu vert à Thierry Dallard malgré la bronca des élus
Le conseil de surveillance de la Société du Grand Paris a donné lundi 9 avril un avis favorable aux propositions du gouvernement de mettre fin aux fonctions de Philippe Yvin, président du directoire, et de le remplacer par Thierry Dallard. Celui-ci a été auditionné ce mardi matin par la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable du Sénat, et le sera demain par la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire de l’Assemblée nationale. Sa nomination fera ensuite l’objet d’un décret du président de la République.
Les sept présidents des départements franciliens (Seine-et-Marne, Yvelines, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d’Oise, Essonne), ont voté contre le remplacement de Philippe Yvin et contre la nomination de Thierry Dallard. Sans effet sur les décisions, les représentants de l’Etat étant plus nombreux au conseil de surveillance. Ce n’est pas la personne de Thierry Dallard qui est en cause, et François Durovray, président du conseil départemental de l’Essonne, nous dit au contraire apprécier son profil. Mais les élus ne décolèrent pas contre l’attitude de l’Etat. Dans un communiqué publié ce matin et signé aussi par Valérie Pécresse, présidente du conseil régionale, ils font part de leur « désapprobation quant au fait qu’ils n’aient pas été associés au choix de ce nouveau président ».
Les élus demandent une fois de plus « un débat sur les nouvelles orientations du Grand Paris Express, en termes de calendrier, de programme, de budget et de mesures de substitution ». Mais, disent-ils, « en complète contradiction avec un engagement écrit pris par la ministre des Transports, le droit réglementaire des élus à un tel débat leur a en effet été refusé lors de deux séances successives du dernier conseil de surveillance. Lors de la séance du 9 avril, c’est même le directeur de l’administration de l’Etat en charge des Transports [François Poupard, directeur général des Infrastructures, des Transports et de la Mer, NDLR], pourtant responsable de l’application des décisions de la ministre, qui a refusé de fournir aux élus les informations qui auraient permis d’éclairer les choix du gouvernement ». En guise d’information s’indigne François Durovray, « on nous a donné le dossier de presse remis aux journalistes le 22 février… »
Considérant qu’ils n’ont pas été en mesure « de jouer le rôle de contrôle et de codécision qui leur est pourtant reconnu par les statuts de la Société du Grand Paris », ils demandent qu’une séance exceptionnelle du conseil de surveillance confie à un expert indépendant « un audit technique et financier du Grand Paris Express et de l’Etablissement public d’Etat qui en assure le pilotage ». Afin de faire « toute la lumière sur les raisons qui ont poussé l’Etat à revoir le calendrier du Grand Paris Express ».
Car le principal motif de colère des élus est le nouveau calendrier présenté le 22 février par Edouard Philippe et Elisabeth Borne, que le nouveau président du directoire va devoir appliquer. De même qu’il devra réaliser des économies de l’ordre de 10 % sur un projet aujourd’hui estimé à 35 milliards d’euros.
Quant au conseil de surveillance de la SGP, il va lui aussi changer de président : Jean-Yves Le Bouillonnec, désireux de passer la main, vient de quitter ses fonctions de maire de Cachan. Or, c’est en tant qu’élu qu’il présidait le conseil. Et les élus comptent bien être associés au choix de son remplaçant…
F. D.
L’arrivée attendue d’un ingénieur
Thierry Dallard n’a pas du tout le même profil que ses prédécesseurs. Philippe Yvin avait notamment dirigé les services des départements de la Seine-Saint-Denis et de l’Oise et été conseiller chargé des collectivités locales auprès de Jean-Marc Ayrault Premier ministre. Avant lui, Etienne Guyot, préfet, avait dirigé le cabinet de Michel Mercier, ministre de l’Aménagement du territoire en charge du Grand Paris. L’arrivée d’un ingénieur, grand connaisseur de la maîtrise d’ouvrage, répond aux besoins d’une SGP chargée de réaliser le projet qu’elle a longtemps porté auprès des élus.
Né en 1966, Thierry Dallard est normalien (1987) et diplômé de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées (1994). Il commence sa carrière (1992-1993) comme consultant sur les projets de lignes ferroviaires à grande vitesse en Italie avant d’intégrer en 1994 le ministère des Transports en tant que directeur du département Infrastructures et Transports du Centre d’études techniques de l’équipement d’Aix-en-Provence. En 1999, il devient chef du service Déplacements et Infrastructures de transport au sein de la direction départementale de l’équipement des Bouches-du-Rhône. En 2003, il est nommé directeur du Développement au sein des Autoroutes du sud de la France (ASF), puis est chargé de la mise en œuvre de la décentralisation et de la réforme des DDE, puis de la création des nouveaux services de maîtrise d’ouvrage, au sein de la direction générale des Routes. En 2007, il rejoint Meridiam, un fonds d’investissement français spécialisé dans le développement et le financement privé d’infrastructures publiques. Depuis 2012, il est président de la société Oc’Via en charge du projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Nîmes et Montpellier, depuis 2013 de la Société de la Rocade L2 à Marseille, et depuis 2016 de Vélopolis, la société qui porte le Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines, infrastructure des JO 2024. Il est également président de l’Union des ingénieurs du corps des ponts des eaux et des forêts depuis 2012.

Avec Scoop, le véhicule connecté passe le cap de la production en série
Le projet Scoop est entré en phase opérationnelle. Porté par le ministère des Transports, il remonte à 2014 et vise le développement des véhicules et infrastructures routières connectés. A l’occasion d’un séminaire de restitution organisé le 6 avril, la DGITM a indiqué que plusieurs dizaines de véhicules connectés sont en circulation depuis quelques semaines et 2 000 kilomètres de routes sont désormais connectés, sur l’A4, les routes franciliennes, en Bretagne ou encore en Isère.
Scoop a fait l’objet d’un travail collectif rassemblant le ministère, des gestionnaires d’infrastructures routières comme la Sanef, des constructeurs (PSA et Renault), le centre de recherche de l’Ifsttar… Ils ont développé un système connecté, entièrement intégré aux véhicules. Afin d’en illustrer l’intérêt, Eric Ollinger, en charge du projet à la DGITM, prend l’exemple d’une plaque de verglas. Un véhicule connecté qui roule sur du verglas va automatiquement envoyer l’information aux véhicules connectés qui l’entourent dans un rayon d’un kilométrique, ainsi qu’au gestionnaire de l’infrastructure. Les autres véhicules approchant de la plaque de verglas sont donc avertis du risque et peuvent ralentir tandis que le gestionnaire peut déployer une équipe pour saler la route. Eric Ollinger défend les vertus de Scoop : une très faible latence dans la transmission de l’information, un système automatique (par opposition à Waze, très efficace mais qui fonctionne sur du déclaratif et peut déconcentrer le conducteur qui signale une information), une connectivité non seulement des véhicules mais aussi de l’infrastructure donc…
Les véhicules (des Citroën C4, DS4 et des Renault Megane) sont désormais disponibles à la vente. « Nous ne sommes plus dans de l’expérimentation mais dans un déploiement en série », souligne Eric Ollinger. L’objectif est de mettre en circulation 3 000 véhicules d’ici la fin de l’année : 1 000 Renault à destination des flottes d’entreprises, 1 000 PSA pour les particuliers, et 1 000 véhicules pour les gestionnaires d’infrastructures. Les constructeurs précisent qu’aucun surcoût n’est appliqué aux véhicules. Mais Christine Tissot, en charge du projet chez Renault reconnaît que c’est provisoire. « Le business model reste à trouver. On n’applique pas de surcoût parce que le volume est limité mais avec des ventes à plus grande échelle, il faudra trouver des recettes pour financer cette technologie. » Du côté de la Sanef, on ne compte pas répercuter le coût d’équipement sur le prix des péages. « Installer les capteurs a un coût insignifiant par rapport aux coûts de l’entretien routier globaux », explique Guy Frémont, responsable du département Prospective. Lui y voit surtout un outil majeur pour améliorer la sécurité des agents d’intervention, dont les véhicules sont percutés plusieurs centaines de fois par an. Désormais, ils seront facilement signalés aux conducteurs de véhicules connectés en amont.
Le projet Scoop bénéficie d’un budget de 28 millions d’euros, financé à 50 % par l’Union européenne. Un travail commun entre les Etats membres a justement été engagé afin d’instaurer une interopérabilité des systèmes de routes et véhicules connectés. La France le préside. Et elle compte bien faire en sorte que Scoop devienne la référence.
Camille Selosse

Réforme ferroviaire. L’avis de la classe politique
Le 3 avril était le premier jour du conflit à la SNCF. C’était aussi le début du débat parlementaire sur le « pacte ferroviaire » du gouvernement. Jusqu’à présent, on avait surtout entendu le gouvernement d’un côté, les syndicalistes de l’autre. Les politiques entrent en scène. À l’Assemblée nationale, le groupe LREM, son allié Modem, et les centristes de l’UDI sont favorables à la réforme. Les Républicains, assez d’accord sur le fond, ont plus de mal à en convenir. Du PS au PC via La France insoumise, la gauche est opposée au texte gouvernemental. Deux points font tiquer la plupart des députés. La méthode expéditive du gouvernement. Et, sur le fond, la question de la dette qui n’est pas réglée.
Christian Jacob
(Les Républicains) : « Une réforme mal préparée »
Sur LCP, Christian Jacob, président du groupe, a demandé le 3 avril le retrait des ordonnances accompagnant la réforme de la SNCF afin que le Parlement puisse juger « en transparence » du contenu du texte. Pour lui, « ce sont les usagers qui payent la note d’une réforme mal préparée ».
Rappelons aussi que Maël de Calan, proche d’Alain Juppé et candidat malheureux à la présidence du groupe, juge que le « statut des cheminots est complètement anachronique et doit être réformé ».
Un porte-parole, devant la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale, se veut critique sur « le service fourni par la SNCF ». Le groupe sera particulièrement attentif sur les pouvoirs attribués aux régions et sur les questions de transfert de matériel. Il regrette que le texte législatif actuel occulte la question de l’aménagement du territoire.
Pour sa part, Dominique Bussereau ancien ministre, démissionnaire des Républicains, se dit naturellement favorable à la réforme et nous rappelle qu’il a « toujours été pour un changement de statut de la SNCF, favorable à un mode de recrutement nouveau, et favorable aux textes européens ». Soutenant l’ouverture à la concurrence dans les TER, il pense qu’on peut en attendre des avantages « non seulement en termes de coûts mais aussi de qualité de service et d’offre ». Un accord de principe qui ne l’empêche pas de regretter un climat de SNCF bashing, qui amène à mélanger des questions distinctes, de statut et la dette.
Jean-Baptiste Djebbari
(La République en marche) : « Un besoin politique de dire ce qu’on va faire sur la dette ».
Présentant le 3 avril devant la commission du Développement durable le projet de loi sur un nouveau pacte ferroviaire, dont il est le rapporteur, et qu’il soutient par définition, Jean-Baptiste Djebbari a indiqué qu’il déposerait un amendement pour maintenir l’avis conforme de l’Arafer sur la fixation des péages ferroviaires. Le député LREM de la Haute-Vienne compte aussi demander au gouvernement d’éclairer le débat sur les petites lignes et de déterminer quels sont les moyens nécessaires pour les maintenir. Particulièrement les lignes qui voient passer moins de 20 trains par jour. Il reconnaît par ailleurs, selon Les Echos, qu’« il y a un besoin politique de dire ce qu’on va faire sur la dette, quand et comment ».Didier Le Reste

(Parti communiste) : « Contre l’ubérisation de la société »
Pour le conseiller de Paris, ancien secrétaire général de la Fédération CGT Cheminots, « on dit qu’il s’agit de rendre le chemin de fer plus efficace, mais c’était déjà ce qu’on disait lors de la réforme de 2014. Et on devait s’attaquer à l’endettement du système ferroviaire. Rien n’a été fait. Cette réforme ne s’attaque pas au désendettement, qui est une question cruciale. Et Macron ne peut pas faire de chantage : nous vous désendettons à condition que vous changiez… Les 47 milliards de dette de Réseau, c’est une dette de l’Etat. » Didier Le Reste défend, avec la CGT, la création d’une caisse de défaisance, libérant les comptes du poids de la dette, et propose en plus que « la BCE porte la dette sur le long terme, dans le cadre d’un plan de développement des infrastructures européennes. »
De plus, dit-il, « je ne vois pas qu’il soit question dans la réforme de développement du train. On dit que ce n’est pas à Paris qu’on doit décider des lignes secondaires. En fait, elles vont tomber à terme dans les régions, avec les gares. Ce sera un coup terrible porté à l’aménagement du territoire. »
Le changement de statut juridique de la SNCF ? « Le gouvernement dit que ce n’est pas de la privatisation. On peut en douter, instruits par l’exemple de GDF, de France Telecom et d’EDF. Les actions incessibles ne le seront pas longtemps. Et on perd l’avantage qu’offre l’Epic SNCF ; sans la garantie de l’Etat, les frais financiers augmenteront, donc les péages et de ce fait les tarifs. »
Socialement, « la SNCF n’est pas loin d’être à l’os. La SNCF a perdu 25 000 emplois depuis 2008, va en perdre 24 000 d’ici 2023. En 2008, elle avait 34 milliards de dette, aujourd’hui 53 ». Et il dénonce dans le projet de réforme une volonté d’aligner les conditions sociales sur la base et « d’ubériser la société ».
Christophe Bouillon
(Parti socialiste) : « Une transposition ultralibérale »
« On aurait pu éviter la grève », dit le député de Seine-Maritime, responsable pour ce texte du groupe Nouvelle gauche. Il regrette « deux provocations : vis-à-vis des assemblées, l’urgence, qui n’était pas nécessaire. Et, vis-à-vis des cheminots, la provocation sur le statut », qui a conduit à la grève.
Le député PS remarque que « la dette perdure, alors que ce qui va aux frais financiers ne va pas à l’investissement ».
Statut des entreprises ? Le 4e paquet ferroviaire, qu’ont voté les socialistes, « ne force pas au changement de statut des entreprises ou des cheminots ». Bref, pas d’accord avec « une forme de transposition ultralibérale du gouvernement ». Pour lui, « SNCF Réseau doit rester un Epic ». Et Mobilités ne doit pas être transformé en simple SA (on se méfie de l’incessibilité des actions), mais en « SA à objet social étendu, qui permette de bien verrouiller le caractère public du système ».
Sur l’organisation du travail, Christophe Bouillon rappelle que la loi de 2014 poussait à une convention collective. De plus, « un effort propre à la SNCF a donné lieu à un accord sur la formation professionnelle dans des négociations avec l’UTP : le dialogue social avance. On fait comme si ce n’était pas le cas ».
La loi de 2014, de plus, est loin d’être négligeable. « Elle a créé les trois Epic, en répondant à des questions d’organisation, a institué la règle d’or, a permis le décret-socle pour l’élaboration d’une convention collective, a rendu obligatoire les contrats de performance entre les Epic et l’Etat, avec une trajectoire budgétaire et d’investissement. »
Le groupe va déposer des amendements, par exemple sur les statuts, sur la création d’un pôle d’appui pour aider les exécutifs régionaux à avoir une connaissance solide du transport régional pour les futures délégations de service public. Et va proposer un observatoire des tarifs parce qu’il n’est pas sûr que la concurrence, « ce soit le bonheur partout ».
Loïc Prud’homme
(La France insoumise) : « Le statut est un rempart »
Pour le député représentant la France insoumise, Loïc Prud’homme, le bilan actuel est catastrophique avec les milliers de kilomètres de voies vétustes, le réseau secondaire délaissé, et la séparation entre le transporteur (SNCF Mobilités) et le gestionnaire des infrastructures (SNCF Réseau), qui est à l’origine des « graves incidents » de ces derniers mois, comme la panne informatique géante de la gare Montparnasse l’été dernier.
Pour le député de Gironde, le statut des cheminots reste un rempart pour garantir la qualité de service et la sécurité. Et de prévenir prévient que son groupe « défendra farouchement ce que doit être un modèle ferroviaire présent sur tout le territoire et accessible à tous ».
Bertrand Pancher
(Union des démocrates et indépendants) : « Une bonne réforme qui était attendue »
Parmi ses soutiens, le gouvernement pourra compter sur l’UDI. Bertrand Pancher, a indiqué que son groupe « votera cette réforme sans état d’âme ». Le député UDI de la Meuse connaît bien le système ferroviaire. Il avait rédigé avec l’ancien député socialiste Gilles Savary un rapport sur le bilan de la réforme ferroviaire lancée en 2014. Aujourd’hui, il juge que le projet porté par le gouvernement est « une bonne réforme qui était attendue ». Selon lui, « personne ne doit être surpris, ni de son calendrier ni de son contenu. C’est dans la droite ligne du quatrième paquet ferroviaire. Depuis des années, on sait que la SNCF va devoir s’ouvrir à la concurrence. Donc, ce n’est pas une réforme révolutionnaire ».
Un bémol, la méthode. « Nous avons toujours souhaité que cette réforme et ses conséquences directes sur le fonctionnement de la SNCF donnent lieu à des débats et à des échanges avec les organisations syndicales ». Et il a regretté le recours aux ordonnances. Aujourd’hui, il se « félicite » de la décision des pouvoirs publics de remplacer les ordonnances par des amendements qui pourront être discutés, pour ce qui touche à la concurrence.
« Cette procédure nous apaise. Mais il serait aussi utile de préciser ce qu’on attend de notre opérateur ferroviaire national et de quels moyens il disposera pour remplir ses missions. Nous avons besoin de connaître l’échéancier de la dette et de connaître l’accompagnement financier en termes d’aménagement du territoire. Il aurait été utile d’avoir une loi d’orientation ferroviaire avant. Nous l’aurons après. Le gouvernement n’a pas eu d’autres choix que de s’engager comme il l’a fait pour des raisons de calendrier ».
Bertrand Pancher compte également soutenir un amendement sur le maintien de l’avis conforme de l’Arafer sur la tarification des péages, donc sur la nécessité d’avoir un régulateur fort.François Dumont et Marie-Hélène Poingt