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Eckwersheim : Systra et SNCF Mobilités pourraient être mises en examen cette semaine
Systra ce lundi 18, SNCF Mobilités ce mercredi 20 décembre. Les deux entreprises sont convoquées cette semaine chez les juges d’instruction chargés de la catastrophe d’Eckwersheim : le déraillement du train d’essai de la LGV Est deuxième phase, qui, le 14 novembre 2015, avait causé la mort de 11 personnes. Les deux entreprises s’attendent à être mises en examen, ce qui leur donnera accès à l’ensemble du dossier. Elles rejoindront ainsi les trois personnes qui l’ont été le 12 octobre 2016, pour homicides et blessures involontaires : le conducteur du TGV (salarié de SNCF Mobilités), le chef de traction (SNCF Mobilités) le « pilote » des essais (Systra). La nouvelle phase de l’instruction s’est ouverte avec la remise du rapport définitif des experts judiciaires, qui a été communiqué aux familles et aux victimes le 28 octobre. Dans la foulée, Me Chemla, avocat de parties civiles, avait demandé la mise en examen des deux entreprises. « Nous avons clairement des essais qui ont été mal conçus, avec du personnel pas formé. Nous avons aujourd’hui une nouvelle pièce qui achève d’enfoncer ce clou », disait-il alors. SNCF et Systra réservent leurs réponses aux juges d’instruction.
Le procès va refléter la complexité épineuse de la nouvelle donne ferroviaire. Le maître d’ouvrage, SNCF Réseau, a confié à Systra la responsabilité de tester la voie, la caténaire et le système de communication de la ligne en vue de son homologation par l’EPSF. Systra, pour sa part, a sous-traité à SNCF Mobilités la conduite des trains d’essai. Choix difficilement récusable, la conduite des TGV n’étant pas chose courante. De plus, l’aire d’essai étant connectée au réseau ferré national (RFN), les trains d’essai empruntaient aussi le RFN, ce qui nécessitait des conducteurs habilités, en clair des conducteurs de Mobilités.
Toute la question, sachant que la survitesse est considérée comme cause unique de l’accident, va être de déterminer, dans une répartition des rôles nouvelle, jusqu’où allaient les obligations et les limites de chacun. On peut par exemple considérer que Systra est responsable de l’organisation des essais, et donc, de point kilométrique en point kilométrique, du choix de vitesse cible que le train devait observer ; mais non de la stratégie de conduite (en l’occurrence de décélération) permettant de respecter ces vitesses cibles au point kilométrique donné et qui revenait au sous-traitant charge de la conduite.
L’assignation des responsabilités, entre fixation des objectifs et stratégie de conduite s’annonce compliquée. Elle est indispensable. Non seulement pour rendre justice aux victimes de cette première catastrophe ferroviaire de la grande vitesse. Mais aussi pour parvenir au plus vite à des règles combinant au mieux la fixation rigoureuse des responsabilités de chacun, et l’indispensable souplesse opérationnelle que permettait le vieux monde ferroviaire. Mais ce monde est révolu. Une logique de type concurrentielle prévaut, même là où il n’y a pas concurrence. Et conduit à séparer de plus en plus les rôles et responsabilités des acteurs. Ce qui n’est pas sans danger…
F. D.

Cadencement à la demi-heure pour WESTbahn entre Vienne et Salzbourg
Au changement d’horaire du 10 décembre, le nouvel entrant autrichien WESTbahn (filiale de la SNCF à 17,40 %) a doublé la fréquence de ses dessertes entre Vienne et Salzbourg, offrant désormais un départ cadencé à la demi-heure entre les deux villes, avec arrêts dans les principales agglomérations traversées. Aux trains (rebaptisés WESTgreen) au départ ou à l’arrivée de la Gare de l’Ouest se sont ajoutés un train par heure et par sens (WESTblue) desservant les autres gares viennoises par le tronc commun du réseau S-Bahn. Désormais, les gares de Praterstern, Mitte, Rennweg, Quartier Belvédère et Meidling, ainsi que les voies souterraines de la « nouvelle » gare centrale viennoise, sont reliées avec les villes à l’ouest de la capitale sans qu’un changement soit nécessaire.

A Saint-Louis, un deuxième tram transfrontalier ouvre en Alsace cette année
L’année 2017 aura été faste pour les tramways transfrontaliers en Alsace. Après le prolongement vers Kehl de la ligne D de Strasbourg, la ligne 3 du réseau suisse de Bâle-Ville (BVB) dessert désormais la commune de Saint-Louis (68). Réalisé en 29 mois pour un coût de 48,66 millions d’euros, le prolongement de la ligne 3 vers la gare SNCF de Saint-Louis compte 3,4 km, dont 2,6 km sur le territoire français et dessert cinq nouveaux arrêts, dont quatre dans la commune alsacienne. A moins de 15 millions d’euros par kilomètre, ce tram est parmi les moins chers ouverts en France ces dernières années ; il a été financé par la Confédération suisse (31 %), Saint-Louis Agglomération (27 %), l’Etat français (12 %), le conseil départemental du Haut-Rhin (7 %), la région Grand Est (7 %), la ville de Saint-Louis (5 %), l’UE (5 %), Pendlerfonds (Bâle, 4 %) et les BVB (2 %). Il est vrai que ce prix ne compte pas le matériel roulant Bombardier Flexity exploité par le réseau de Bâle-Ville.
Pour les BVB, il s’agit du deuxième prolongement transfrontalier ouvert ces dernières années, après celui vers Weil-am-Rhein (Allemagne), ouvert il y a trois ans. Mais par le passé, le réseau de Bâle-Ville avait déjà desservi Saint-Louis, jusqu’en 1957. Ceci alors que la ligne 10 du réseau suisse de Bâle-Campagne (BLT) n’a jamais cessé de desservir la commune française de Leymen.

Le long cheminement des Assises de la mobilité
Pour les décisions, il faudra encore attendre. En clôturant le 13 décembre les Assises de la mobilité qu’elle avait lancées trois mois plus tôt, Elisabeth Borne a expliqué qu’était venu le temps de « peser chacune des propositions, chacune des idées avant de présenter début février une stratégie globale pour une nouvelle politique des mobilités dont le socle législatif sera la loi d’orientation des mobilités ». 400 réunions de groupes de travail ont été organisées et plus de 2 500 propositions ont été présentées au cours de ces trois mois de consultation, a précisé la ministre qui attend maintenant d’ici à la fin janvier la contribution de Jean-Cyril Spinetta sur le système ferroviaire et les conclusions du conseil d’orientation des infrastructures.
Philippe Duron, qui préside ce conseil, a rappelé que la mission du groupe de travail consistait à hiérarchiser les projets de développement et de modernisation selon une double temporalité : une vision sur le long terme (15 ou 20 ans) et une loi de programmation sur cinq ans. « Ce qui nous rapprochera de deux pays, la Suisse et l’Allemagne, qui disposent de ce type d’outil permettant d’avoir de la visibilité », a souligné l’ancien député socialiste du Calvados.
Pour financer les projets, Elisabeth Borne a promis de nouvelles ressources, en s’inspirant des propositions de l’atelier sur les mobilités plus soutenables. Noël de Saint-Pulgent, son président, plaide notamment pour l’instauration de péages urbains à l’instar de Stockholm, Londres ou Milan, pour la mise en place d’une taxe foncière (quand un TGV arrive dans une ville et fait bondir le coût de l’immobilier par exemple), ainsi que pour la possibilité d’instaurer des péages sans recourir à la concession pour tout type de voirie.
Interrogée sur le péage urbain, la ministre a estimé que la disposition législative permettant d’instaurer le péage urbain en France est assez dissuasive, puisqu’il ne peut être mis en œuvre que dans le cas d’une expérimentation de trois ans. Quelle collectivité voudrait investir dans un dispositif pour seulement trois ans ? se demande Elisabeth Borne qui indique que les conditions de mise en œuvre seront modifiées.
Le gouvernement va aussi porter un plan de désenclavement complet du territoire en dix ans. La ministre juge en effet inadmissible que 80 % du territoire ne soit pas couvert par une autorité organisatrice des mobilités. « Nous allons réfléchir, sans doute au niveau des régions, pour voir comment les communautés de communes peuvent s’unir. L’idée, c’est d’aller vers des contrats de différents niveaux entre collectivités », précise-t-elle. L’enjeu est crucial : « Si on continue à avoir des petites villes mal desservies, les entreprises partiront et on créera de la détresse », poursuit-elle.
Enfin, faciliter la mobilité passera aussi par le vélo qui n’est « pas juste pour les bobos ». Un plan pour le développer sera lancé et bénéficiera d’une partie de l’enveloppe de 100 millions d’euros prévus chaque année pendant cinq ans pour soutenir les projets innovants sur les territoires. La ministre a rappelé que la prime à l’achat d’un vélo à assistance électrique avait été rétablie et qu’un travail sur la prime kilométrique vélo allait être mené. Une sensibilisation à la pratique du vélo est aussi envisagée en lien avec l’Education nationale.
Pour réguler le stationnement sur la voie publique des vélos, en plein développement avec l’apparition en France des vélos en libre service et sans station (free floating), des textes devraient être adoptés, pour permettre aux collectivités qui le souhaitent d’octroyer des licences aux nouveaux opérateurs de VLS en free floating.
Voilà pour les grands principes qui ont été rappelés, on attendra février pour entrer dans le vif du sujet.
M.-H. P.

Au Sénat, le Grand Paris Express a de nouveaux supporters
CDG Express – projet privé comme chacun sait — a bien du mal à boucler son financement. Aussi l’Etat, comme l’a annoncé le 16 novembre Bruno Le Maire à l’Assemblée nationale, a-t-il décidé de lui avancer une partie non négligeable de la somme : 1,7 milliard sur un besoin récemment évalué à 2,1 milliards. Mais les sénateurs ont voté le lundi 27 novembre un amendement supprimant ce prêt. Ils estiment que cet équipement ne saurait se faire au détriment de la ligne 17 du métro automatique. Projet évalué pour sa part à 2,2 milliards.
Le Sénat est d’autant plus attentif au Grand Paris Express que, depuis les élections du 24 septembre de bons connaisseurs et fervents supporters du projet y siègent. C’est le cas de l’auteur de l’amendement, Arnaud Bazin (Val-d’Oise, LR), auparavant président du conseil départemental du Val-d’Oise. De Michel Laugier (Yvelines, LR), ancien président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Ou de Laurent Lafon (Val-de-Marne, UDI), auparavant maire de Vincennes, vice-président de la Métropole du Grand Paris.
Le Sénat n’aura pas le dernier mot. Mais Arnaud Bazin juge que son amendement appelle « un engagement ferme du gouvernement d’accepter le projet, objet d’un consensus en 2011, confirmé en 2013, portant sur la construction du métro du Grand Paris et son calendrier ». Et considère que « le gouvernement ne peut opposer des ratios d’endettement européens à la réalisation du métro et s’en affranchir pour prêter 1,7 milliard à la société du projet de liaison Charles-de-Gaulle Express ». Selon lui, « si la liaison CDG Express est nécessaire pour le bon déroulement des JO de 2024, la ligne 17 est elle aussi non seulement indispensable à ces JO, mais aussi au développement des territoires de Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne et du Val-d’Oise, voué à la relégation si elle n’était pas réalisée ».
F. D.
Photo : CDG 2

Montréal et Moscou découvrent le Grand Paris Express
La ligne rose. C’est en partie sur ce projet de métro que Valérie Plante s’est fait élire, le 5 novembre, mairesse de Montréal. Elle veut l’ajouter aux quatre lignes actuelles du métro : l’orange, la bleue, la verte et la jaune, qui franchit le Saint-Laurent. Une nouvelle ligne nord – sud-ouest, longue de 29 kilomètres et comptant 29 stations, pour un montant évalué à 5,9 milliards de dollars canadiens (3,9 milliards d’euros). Pas étonnant, donc, que le premier voyage de l’élue – qui avait rencontré Anne Hidalgo deux jours plus tôt à Chicago – l’ait conduit jeudi 7 décembre à Cachan. Là, du haut de l’immeuble où Vinci conduit les travaux pour le groupement CAP, elle a regardé l’un des colossaux chantiers de la ligne 15 Sud du Grand Paris Express. Et a écouté les explications de Jean-Yves Le Bouillonnec, maire de Cachan et président du conseil de surveillance de la SGP et de Philippe Yvin, président du directoire.
Un projet dont la ligne 16, particulièrement, fait écho aux préoccupations de Valérie Plante, qui veut « donner de l’oxygène » à sa ville en permettant aux « moins nantis » d’avoir grâce au transport public un meilleur accès à l’ensemble de l’agglomération.
La mairesse ne cache pas son étonnement qu’en France, grâce aux taxes régionales fléchées sur le projet, l’Etat soit absent du financement direct d’une réalisation d’une telle ampleur. Elle compte, au contraire, sur les financements de la province du Québec et de l’Etat canadien pour boucler son projet. Elle n’est pas la seule, les villes canadiennes s’intéressant de plus en plus au métro… qu’il s’agisse de Longueuil, face à Montréal de l’autre côté du Saint-Laurent, de Toronto ou de Vancouver…
Le projet de ligne rose en est aux tout débuts. Grandes options : toute une partie, du nord-est au centre, doit être faite en souterrain ; au sud de l’agglomération, on réutilisera en partie une infrastructure ferroviaire existante. Valérie Plante compte lors de son mandat mener les études détaillées, mettre en place un bureau de projet et boucler le financement. Et espère bien réaliser la ligne lors d’un second mandat…Le lendemain, c’est depuis un autre site en plein chantier, à Clamart, que Philippe Yvin a reçu Marat Khousnoulline, vice-maire de Moscou. En présence d’un expert : Maurice Leroy, ancien ministre de la Ville, et conseiller de Marat Khousnoulline pour le projet de Grand Moscou. Et qui, l’an dernier, était bluffé par Moscou plus que par Paris. En quatre ans, déclarait-il en septembre 2016 au Courrier de Russie, « vous avez ouvert 15 stations de métro et 35 autres sont en construction. J’ai du mal à me l’imaginer. Pendant ce temps, Paris n’a construit aucune nouvelle station. La seule chose que nous ayons faite en la matière, c’est l’inauguration du chantier d’une ligne de métro du réseau Grand Paris Express. Quand les journalistes français et les commentateurs étrangers me demandent : « Alors, comment avance le Grand Moscou : bien ou mal ? », je leur réponds : « Si seulement tout pouvait se développer de la même manière en France… » »
Jeudi, il a pu montrer à Marat Khousnoulline que c’était bel et bien parti.F. D.
Photo : Valérie Plante, Jean-Yves Le Bouillonnec et Philippe Yvin

Les lauréats du Palmarès des mobilités 2017
La cérémonie de remise des prix du 26e Palmarès des mobilités de Ville, Rail & Transports s’est tenue hier soir dans les Salons de l’Hôtel des Arts et Métiers, à Paris.
Les lauréats 2017
Pass d’Or : Rennes Métropole
Pass d’Argent : Toulouse Métropole
Pass de Bronze : Bordeaux Métropole
Grand Prix des villes moyennes : Communauté d’agglomération du Havre
(retrouvez le dossier complet dans la rubrique dossier)
Les prix thématiques
Grand prix européen de la mobilité : UtrechtPrix de la mobilité durable / Nouvelles mobilités : Eurométropole de Strasbourg
Prix innovation : Communauté d’agglomération du Saint-Quentinnois
Prix intermodalité : Grenoble Métropole
Prix de la mobilité numérique : Le Grand Dole
Prix Modernisation : Aix-Marseille-Métropole
Prix Ville connectée et automobile : Nice Métropole
(retrouvez le dossier complet dans la rubrique dossier)

Palmarès des mobilités 2017 – Pass Or, Argent, bronze, Grand prix des villes moyennes
Alors qu’un peu partout en France, s’organisent des ateliers et des rencontres dans le cadre des Assises de la mobilité lancées le 19 septembre par le Premier ministre, trois collectivités émergent dans notre palmarès 2017 : Rennes, Toulouse, Bordeaux. Trois métropoles exemplaires qui, chacune à leur manière, ont su faire progresser les transports publics, développer de nouveaux services et donner plus d’espace aux nouvelles mobilités.
Souvent en tête de classements des villes où il fait bon vivre, la métropole de Rennes remporte notre pass d’or pour sa politique de croissance de l’offre et pour ses efforts à coller aux besoins des voyageurs. Le pass d’argent attribué à la métropole de Toulouse couronne les excellents résultats d’un réseau des transports en commun en plein développement. Enfin, la métropole de Bordeaux, qui se place pour la deuxième année consécutive à la troisième place du podium, est récompensée pour ses efforts en faveur des transports publics et pour les nouveaux aménagements qui ont permis aux habitants de se réapproprier la ville.
C’est aussi le cas du Havre qui, depuis plusieurs années applique sans fléchir une politique fondée sur la complémentarité et l’accessibilité des transports. L’agglomération normande remporte le Grand prix des Villes moyennes.Rappelons que le classement de notre palmarès s’appuie sur les chiffres clés 2016 collectés auprès des grands réseaux français par l’UTP. Nos résultats se basent sur une quinzaine de critères dont disposait alors l’UTP au moment où nous avons préparé ce numéro. Ils portent notamment sur l’évolution de l’offre, du trafic, des voyages par kilomètre, des voyages par habitant, du taux de couverture et de la vitesse d’exploitation. Nous remercions chaleureusement l’UTP pour son aide et la mise à disposition de ces chiffres.
Quant à nos pass thématiques, ils sont attribués par notre jury, qui s’est réuni le 20 octobre pour une matinée d’échanges et de votes.
Notons une tendance, à l’œuvre dans de nombreux réseaux, et dont on ne peut que se féliciter : les politiques de promotion du vélo prennent de l’ampleur, même si on est loin, très loin encore de ce qui se fait dans les pays d’Europe du Nord, et tout particulièrement aux Pays-Bas, où Utrecht est en train de dépasser Amsterdam pour devenir la reine du vélo. C’est pourquoi nous lui avons décerné le Grand prix européen de la mobilité. Ne reste plus à espérer que, dans ce domaine aussi, la France accélère !
Dossier réalisé par Marie-Hélène Poingt

Conférence. Le métro automatique en bonne voie
Capable de transporter davantage de passagers avec les mêmes moyens, en toute sécurité et avec une flexibilité sans pareille, le métro automatique semble promis à un bel avenir. Mais il reste quelques freins à son développement. A l’occasion du salon Transrail Connection 2017, Ville, Rail & Transports a rassemblé des spécialistes de ce moyen de transport en plein développement, devant une assistance de professionnels.
Pour prendre la mesure du développement du Métro Automatique Intégral (MAI) autour de la planète, Ville, Rail & Transports a fait appel à Olivier Fafa, directeur Systèmes de transports de Systra. « En regardant la carte du monde des métros automatiques en fonctionnement ou en projet, on constate qu’il y a des zones où il n’y en a pas. Notamment en Amérique du Nord. Et on peut se demander pourquoi. Parce que faire du métro automatique, c’est offrir une qualité de service incomparable. D’ailleurs, les villes qui en ont déjà ont tendance à y recourir à nouveau, car lorsqu’on a goûté l’excellence, on a envie de recommencer », assure Olivier Fafa.
Le développement des métros automatiques pourrait bien connaître prochainement un coup d’accélérateur. Pékin doit lancer sa première ligne. Avec un système chinois. Un nouveau venu sur le marché des spécialistes des automatismes, où l’on trouve Siemens, Alstom, Bombardier, Thales, Ansaldo STS, ou encore le coréen Hyundai. La très forte présence de la technologie française dans le domaine explique que nous arrivions en tête du classement des pays les plus équipés, devant le Canada, Singapour, les Emirats arabes unis et l’Italie. « Notre petit pays profite du terreau industriel et de l’audace des opérateurs pour aller de l’avant plus vite que d’autres », se félicite M. Fafa.
Ces dernières années, le nombre de kilomètres de lignes automatiques n’a cessé de croître. « Je pense qu’on aura davantage que les 2 300 km qu’on nous annonce à l’horizon 2025 », avance-t-il, plus optimiste encore que l’UITP (voir l’entretien avec Philippe Martin). Et même si de nouveaux pays s’y convertissent, la France pourrait conserver son avance, car de nouvelles lignes sont prévues avec les 200 km du Grand Paris Express, mais aussi à Lyon, Marseille, Toulouse et Rennes… « Lorsqu’on doit faire une nouvelle ligne de métro, il ne faut pas hésiter à le faire en automatique intégral », encourage M. Fafa, qui invite aussi à migrer les lignes de métros classiques vers cette technologie sans conducteur.
« Sans conducteur, mais pas déshumanisé », précise Edgar Sée, directeur d’opérations Automatisation de la ligne 4 RATP. « Métro automatique ne veut pas dire autonome », confirme Philippe Leguay directeur international Systèmes urbains chez Keolis. Il existe quatre niveaux d’automatisme. Le GoA1 où le conducteur gère les différents aspects de la conduite du train, mais les franchissements de signaux et les survitesses sont gérés par le système. Le GoA2, où le train est en pilotage automatique et le conducteur chargé de l’ouverture et de la fermeture des portes, autorise la mise en mouvement du train, surveille la voie et gère les imprévus. Le GoA3 où un personnel est présent à bord pour gérer l’ouverture et la fermeture des portes et les imprévus. Et le GoA4, métro 100 % automatique sans personnel à bord, tous les modes dégradés étant gérés depuis le poste de contrôle. « Le GoA4 demande du personnel, presque autant qu’un métro classique, mais avec de nouveaux métiers, plus intéressants », assure Philippe Leguay.
A ce jour, la ligne 1 du métro parisien est le seul exemple réussi de transformation d’une grande ligne classique en automatique. Mais d’autres projets de migration sont en cours : la ligne 4 de la RATP mais aussi des lignes de métro à Lyon et Marseille. « Mais on ne voit pas un enthousiasme sur ce sujet, alors que nous plaidons pour que les exploitants y pensent au moment de leur renouvellement de matériel roulant, ou lors de création d’une extension. Le faire à ce moment-là n’occasionne que quelques surcoûts », souligne le représentant de Keolis. La mise en automatique de la ligne 1 du métro parisien a coûté 650 millions d’euros. « Il fallait changer le matériel roulant et remettre à jour le système de signalisation. Le seul surcoût important a donc été l’installation des portes palières, soit 100 millions », témoigne M. Sée, avant de préciser que le passage à l’automatisme a permis de gagner en vitesse commerciale et d’augmenter de manière conséquente la fréquentation de cette ligne. « Les portes palières ne sont pas obligatoires, précise M. Fafa. Certaines lignes automatiques n’en ont pas : la L1 de Budapest ou la ligne D à Lyon. »
Mais Benoit Gachet, directeur des Ventes Produits–Technologies de Bombardier Transport précise : « Ces portes palières sont un élément de sécurité et de régularité des trains et, en obligeant les voyageurs à cesser de monter, elles ont aussi un impact sur l’usure du matériel roulant, puisqu’elles évitent les surcharges. »
Outre le marché de la création de lignes et celui de la migration de lignes existantes, les industriels peuvent aussi tabler sur le marché du remplacement des automatismes vieillissants sur les lignes déjà en service. Pour le moment, le seul exemple est celui du métro de Taipei. Mais c’est un marché qui va arriver. Des appels d’offres ont déjà été lancés pour la ligne 14 de la RATP, qui va profiter de son prolongement au nord et au sud pour renouveler son système. Et la RATP, de plus, est en train d’automatiser la ligne 4 comme elle a automatisé la ligne 1. « Ce projet, lancé à l’été 2013, entre dans sa phase d’exécution. Il nécessite une mise à niveau de l’infrastructure et de la signalisation. Des investissements qui s’imposaient même si le passage en GoA4 n’avait pas été programmé, précise M. Sée. Mais l’automatisation de la ligne nous oblige à installer des portes palières et à refaire le génie civil des quais. Ils seront rehaussés au niveau des planchers des trains pour faciliter les échanges voyageurs. Quant au projet système, il couvre le système CBTC avec la rénovation du poste de commande et l’installation de moyens visuels indispensables. Pour ce qui est du matériel roulant, la ligne va récupérer les rames qui équipaient la ligne 14 et en acquérir 20 neuves. »
Constructeurs et exploitants estiment que même les plus sceptiques finiront par se laisser convaincre par les performances des MAI. « Cela fait 35 ans nous en faisons et nous n’avons jamais eu à déplorer le moindre décès, se félicite Philippe Leguay. Le GoA4 garantit 99,5 % de disponibilité du matériel et 99,9 % de ponctualité », poursuit-il. Damien Convert, directeur de la plateforme urbaine, Alstom Digital Mobility, ajoute que l’automatisme peut permettre d’anticiper les pannes, d’optimiser le retournement des trains en bout de ligne ainsi que l’ouverture des portes pour offrir un meilleur service. Et que la technique permet une plus grande granularité de l’offre en mettant en place des régimes variables dans la journée et d’offrir un service continu 24/24.
Malgré toutes ces qualités, les métros automatiques ne représentent encore que 6 % des métros dans le monde. Il existe encore des freins à lever pour assurer son développement. « Certains réseaux voudraient aller vers l’automatisme mais se heurtent à la question sociale », a pu constater M. Sée. L’automatisme rencontre des réticences dans les pays où le coût de la main-d’œuvre est faible et où l’on veut garder les conducteurs. « En Afrique, en Inde ou en Asie, il faut expliquer qu’il faut continuer à embaucher du personnel, mais pour faire autre chose que de la conduite, plutôt que de renoncer aux métros automatiques et à leur qualité de service incomparable », plaide M. Fafa.
Damien Convert insiste sur l’avantage du métro automatique en matière de sécurité. « Le risque d’accident est quasi nul lorsque la ligne est dédiée. Pour les lignes partagées, l’automatisme est un plus, mais la technique ne garantit que de faire mieux que l’homme. Sans ségrégation, on ne peut pas atteindre le même niveau de sécurité qu’avec un métro entièrement automatique, mais on peut être 100, voire 1 000 fois plus sûr qu’avec un conducteur. »
Paul-Edouard Basse, directeur général Grands comptes chez Siemens, ajoute que passer des lignes partagées en automatisme se heurte à l’acceptabilité sociale en raison des risques. « On accepte davantage un accident de passage à niveau avec conducteur que sur une ligne automatique. » « Les lignes automatiques font l’objet d’une plus grande sévérité de la part de l’opinion publique », confirme Paul-Emile De Groote, directeur général de Transdev Aéroport Liaisons. Il poursuit : « L’automatisme c’est bien, mais ce que veut l’usager, c’est être transporté de A à B, et chez Transdev, on s’attache à apporter une expérience de transport confortable et une solution pour pouvoir faire l’emport de l’ensemble des passagers et ne laisser personne sur la plateforme. Ce qui implique parfois d’avoir à inventer des nouveaux modes, comme les rafales de trains, ou des moyens d’augmenter la capacité technique entre deux rames. »
« Si tout le monde reconnaît l’intérêt de passer en automatique des lignes très fréquentées, la technique présente aussi des avantages pour des lignes qui le sont moins. L’automatisme permet d’offrir une fréquence équivalente de passage en heures creuses et aux heures de pointe en utilisant des trains courts, de ne pas avoir à dégrader le service en allongeant les délais entre deux trains en période de moindre affluence », explique M. Gachet. Les lignes peu fréquentées gagneraient en attractivité si elles étaient automatiques, tout en gagnant en productivité. Rouler en heures creuses avec des unités de trois caisses et en heures pleines de six caisses permet de réduire de 30 % le nombre de km-voitures effectués. « A Montréal, le métro aura des trains de deux voitures qui seront accouplées aux heures de pointe pour offrir une plus grande capacité. Et en dehors de ces heures, on fera circuler des trains à deux voitures avec une fréquence attractive pour les utilisateurs, de manière à assurer une bonne qualité de service, explique Philippe Leguay. Pour la ligne B à Lyon, on va faire pareil, ce qui permettra de réduire de 30 % les kilomètres et d’avoir un impact sur la facture d’énergie de traction », ajoute-t-il.
Paul-Edouard Basse insiste sur le fait que l’automatisme est une vraie spécialité française et que cette technologie s’exporte. « Mais il faut prendre en compte les spécificités de chaque marché. On ne peut pas faire du copier-coller. Chaque cas est unique. » Siemens travaille à l’automatisation du métro de New York. « Notre client nous a demandé d’équiper 23 lignes d’ici 2049 en gardant les conducteurs pour des raisons sociales. » « Il ne faut pas proposer la même chose partout dans le monde, mais s’adapter aux spécificités locales », confirme Paul-Emile de Groote. « A Bombay, nous avons eu des difficultés à convaincre de mettre des portes palières. A Séoul, il y a deux conducteurs dans les trains, un à l’avant, un autre à l’arrière qui se repose, c’est dans leur culture, il faut s’adapter. » Alstom, qui a remporté la fourniture en matériel de trois des six lignes de métro automatique intégral à Riyad, constate que la tendance dans le monde est de demander à un industriel de proposer des offres intégrées. « L’intégration est le fil rouge de la difficulté et de la réussite du passage en MAI. Elle inclut l’automatisme de pilotage, le matériel roulant, le système d’information passager, de détection d’intrusion, de télémaintenance de connexion de sécurité la connexion au centre d’exploitation et de police… », détaille Damien Convert. « Nous constatons aussi une demande pour de l’anticipation. En utilisant les données du flux du métro, mais aussi du trafic routier, ce qu’on appelle le big data, on peut prédire les variations de demande et anticiper les hausses comme les baisses de trafic, pour pouvoir y répondre, tout en réduisant le coût d’exploitation. Le big data donnera la pleine valeur du métro automatique intégré », conclut-il.
Valérie Chrzavzez-Flunkert
Sur la photo de gauche à droite : Paul-Emile de Groote, directeur général Transdev Aéroport Liaisons, Philippe Leguay, directeur international Systèmes ferroviaires urbains de Keolis, Edgar Sée, directeur d’opération – automatisation de la ligne 4 de la RATP, François Dumont, directeur de la rédaction Ville, Rail & Transports, Paul-Edouard Basse, directeur grand compte de Siemens, Benoit Gachet directeur des Ventes Produits–Technologies de Bombardier Transportation, Olivier Fafa, directeur Systèmes de transport de Systra, Damien Convert, directeur de la plateforme urbaine, Alstom Digital Mobility.
SYSTRA – métro automatiques en cours

Club VR&T. Où en est la révolution des Transports en Ile-de-France ?
Près de deux ans après l’élection de Valérie Pécresse à la présidence de la région Ile-de-France, le Club VR&T recevait Stéphane Beaudet, juste avant la cérémonie de remise des Grands prix de la région capitale. Le vice-président du conseil régional chargé des Mobilités et vice-président d’Ile-de-France Mobilités a dressé un premier bilan de leur action.

Stéphane Beaudet © J3G « Avec Valérie Pécresse nous avons lancé la révolution des transports. Mais il faut rester modeste. Nous sommes conscients que deux ans après notre arrivée à la région, le quotidien des utilisateurs des transports reste difficile, et qu’il reste bien plus à faire que ce que nous avons déjà accompli », reconnaît Stéphane Beaudet.
La nouvelle équipe s’est donné les moyens de réaliser la régénération des transports publics. « Nous nous sommes battus avec RFF et SNCF réseau pour atteindre un niveau d’investissement convenable. On avait longtemps stagné entre 300 et 500 millions d’euros par an. Nous avons enfin atteint les 800 millions. Ce qu’il faudra maintenir pendant dix ans pour rattraper le retard pris. » La promesse faite de parvenir à 700 rames neuves ou rénovées au cours du mandat est tenue. « Nous en avons déjà acté 708, et nous serons à 1 200 trains neufs ou rénovées d’ici 2025. » Le tout pour un coût de 24 milliards. « Il faudra encore patienter pour voir ces trains circuler, mais l’engagement a été pris », se félicite M. Beaudet. Pour améliorer les déplacements des Franciliens, la région veut aussi développer les kilomètres de bus là où on manque d’offres de transport. Aussi a-t-elle lancé un nouveau plan bus prenant en compte les 5 000 propositions faites par les usagers et les collectivités. « Nous avons lancé le Grand Paris des Bus. C’est-à-dire une rénovation du réseau à très grande échelle. Nous avons engagé un travail titanesque pour réorganiser structurellement les lignes en prenant en compte la répartition des populations. » Ce renfort d’offres devra être déployé sur le réseau de bassin.
« Nous avons aussi commencé à renforcer le réseau de bus de nuit. Sur certaines lignes nous avons doublé la fréquence des Noctilien, et nous allons continuer. Et puis nous avons développé des lignes pôle à pôle, là où il n’y a pas d’offre train de banlieue à banlieue, de manière à répondre à une attente très forte des usagers. » La nouvelle équipe vise 100 % de bus propres dans les zones urbaines en 2025 et sur l’ensemble de l’Ile-de-France d’ici 2029. « Cela peut paraître loin, mais il faut prendre en compte que la durée de vie d’un bus, c’est 14 ans », justifie M. Beaudet.
Valérie Pécresse a aussi ouvert le débat de la route dans les transports publics. « Le mur étanche qui existait entre ceux qui prennent les transports et ceux qui utilisent leur voiture n’existe plus. L’arrivée de véhicules plus propres, plus intelligents, des voitures autonomes va faire disparaître la frontière entre transports individuels et publics. Et notre Plan route doit permettre l’innovation. » La région qui veut favoriser le covoiturage vient de mettre en place un système de mise en relation de 17 plateformes proposant ce mode de déplacement en Ile-de-France. « Il faut tenir compte de demandes qui peuvent être différentes. Quand on recherche un trajet banlieue à banlieue c’est pour pallier un besoin de transport, alors que pour un trajet entre la banlieue et Paris, c’est pour gagner du temps. Les solutions peuvent être multiples, il faut les accompagner. »
Pour réduire la congestion routière, la région doit faire changer les habitudes et obtenir que les voitures soient mieux utilisées. « Si on passait de leur taux de remplissage actuel, de 1,1 usager à 1,8, il n’y aurait plus de bouchon », assure M. Beaudet. La région réfléchit à des mesures incitatives comme réserver des voies aux voitures ayant plusieurs passagers à bord. Et elle travaille aussi sur une billettique plus moderne… « Notre objectif est de devenir une smart région, capable de proposer tout un choix de solutions de mobilité et de s’adapter à des évolutions techniques qui vont vite. Faire les bons choix demande une ouverture d’esprit, d’adaptation d’innovation et d’expérimentation. Voilà où nous en sommes. Même si pour les usagers des transports ce n’est pas toujours le bonheur, la révolution a commencé », conclut M. Beaudet.
Des attentes importantes à l’est comme à l’ouest

Véronique Coté-Millard © J3G Qu’en pensent les élus de la région ? Véronique Coté-Millard, vice-présidente Mobilités de Saint-Quentin-en-Yvelines se dit satisfaite de ce qui a été mis en place en un temps record par l’équipe de Valérie Pécresse. Notamment « de la restructuration du réseau de bus qui permettra d’irriguer le territoire comme jamais. En grande couronne il y avait un retard important. Nous avions le sentiment d’avoir été oubliés. Avec le Grand Paris, la ligne 15 va desservir en rocade la petite couronne, mais on reste sur des modes avec des ruptures de charge qui font que l’utilisation de la voiture demeure le mode principal de développement. Et comme on nous demande de construire énormément de logements et que notre ville bénéficie d’une certaine attractivité, avec 230 000 habitants, 145 000 emplois et 16 000 entreprises, cela nécessite que les transports suivent. » Aussi s’inquiète-t-elle de l’avenir de la ligne 18. « Si elle ne se réalise pas, certaines entreprises ont prévenu qu’elles ne renouvelleraient pas leur bail. Ce serait pour nous une catastrophe. Nous avons la chance d’avoir de grandes entreprises et un développement économique important, il serait dommage que cela ne puisse pas durer faute de moyens de transport suffisamment performants. » Pour limiter les déplacements et tenter de rapprocher les salariés de leur lieu de travail, le plan local d’habitat de Saint-Quentin leur réserve 5 % des logements sociaux.

Pierre Garzon © J3G Pour Pierre Garzon, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne, en charge des Transports, le défi de la région est de rattraper 40 ans de retard en matière de transport. Pour y parvenir, le Val-de-Marne veut jouer un rôle de locomotive en matière d’investissements. « Sur 30 milliards d’investissements publics en Ile-de-France, dix milliards sont situés en Val-de-Marne avec le tramway, la ligne 15 Sud et Est, la 14 Sud, le premier téléphérique francilien. En tant que communiste, nous poussons ce qui va dans le bon sens et critiquons quand il y a lieu. On a par exemple poussé pour avoir du matériel neuf. Mais attention à la façon dont les usagers vont percevoir cette évolution. Aux heures de pointe cela ne résoudra pas les problèmes de saturation, et les gens risquent de penser que cela ne sert à rien. Il faut éviter les mirages qui viendraient briser une dynamique. »
Stéphane Beaudet confirme travailler en bonne intelligence avec le Val-de-Marne et reconnaît que le matériel neuf ne va rien changer concernant la densité des lignes. Le réseau actuel doit faire face à une forte croissance du trafic, à l’instar de ce qui se passe sur le RER D. Créé en 1994 pour 350 000 usagers par jour, il en transporte 650 000 aujourd’hui, et en attend 900 000 en 2030. Les nouvelles rames sans résoudre le problème de saturation, apporteront aux voyageurs quelques avantages non négligeables. « Des rames neuves, c’est moins de pannes, plus de confort, la clim et le chauffage. C’est du matériel qui accélère et freine plus vite et des portes permettant une montée/descente plus rapide, souligne M. Beaudet. Mais comme on continue de construire dans les centres-villes et les secteurs des gares, même si on améliore les transports, on ne résoudra pas les problèmes de surdensité. » Dans l’attente de la construction de nouvelles lignes, Valérie Pécresse a demandé à la SNCF d’être capable d’améliorer les déplacements des usagers, à infrastructure et matériel constant. « Cela passera par une restructuration des plans de transport. Il faut réfléchir à l’intérêt de changer les dessertes, ou de les densifier. Si on ne fait pas ce travail, on court à la catastrophe », prévient Stéphane Beaudet.
Repenser l’urbanisme plutôt que faire des économies
Le vice-président de la région Ile-de-France met en garde ceux qui seraient tentés de jouer les apprentis sorciers en revenant en arrière sur la boucle du Grand Paris Express. « Si on ne la construit pas en intégralité, la solution de banlieue à banlieue qu’on attend, on ne l’aura pas. » Pierre Garzon partage cet avis et s’inquiète qu’on puisse envisager de faire des économies sur les travaux prévus. « Je veux bien participer aux Assises de la mobilité, mais si c’est pour trouver comment réduire les investissements et la voilure, on est à contresens d’une période où on a besoin de rattraper, de moderniser et d’investir. Le Grand Paris a été conçu en globalité. Si on le découpe en morceaux, cela ne marchera plus. Il faut assumer le fait que nous avons besoin d’expansion des investissements à un moment où on nous dit qu’il n’y a plus d’argent. Il faut aller chercher des financements massifs pour rattraper notre retard. »
Pour favoriser l’intermodalité, Saint-Quentin a développé des portails numériques permettant de connaître en temps réel les différents modes de transport qu’on peut prendre ou d’avoir en temps réel l’heure d’arrivée du bus. La ville a aussi soutenu la start-up de covoiturage WayzUp et mis en place un plan de développement interentreprise de partage de vélos et d’autopartage. Véronique Coté-Millard recherche aussi de nouvelles solutions de transport. Elle a prévu de tester l’an prochain les navettes suspendues à 5 mètres du sol de Supraways. Capable de transporter six passagers et fonctionnant à l’énergie solaire, ces navettes ont pour seul inconvénient leur coût : dix millions d’euros du kilomètre. Egalement favorable au développement de l’intermodalité, Pierre Garzon plaide pour la mise en place d’un Grand Paris du vélo. « Il faut rendre ce mode de transport sûr et agréable, rendre possible l’arrivée du vélo électrique. Ce qui implique que les collectivités disposent des financements dédiés. »Concernant le covoiturage, il met en garde : « Ce ne doit pas être considéré comme la solution, ni un prétexte à ne rien faire. Car il faut garder à l’esprit que la ligne 14 Sud pour aller à Orly c’est l’équivalent d’une route à 2×20 voies ; le tramway 9, d’une 2×10 voies. La voiture n’est pas compétitive. Il faut continuer les investissements pour l’expansion des modes lourds, parce que c’est le seul moyen de travailler durablement la question des mobilités en France. » Il lui semble aussi primordial d’inverser la façon d’aménager la région et de rééquilibrer enfin l’Est et l’Ouest. « Aujourd’hui on lance des projets d’aménagement et ensuite on va voir Ile-de-France Mobilités pour régler le problème des transports. Et il y a un déséquilibre d’aménagement. On a un secteur où on met tout l’emploi, et un autre où on entasse des gens, avec des déplacements pendulaires insolubles. Si on continue comme cela, on pourra construire des lignes de métro à coups de milliards, renouveler le matériel, à un moment donné cela saturera. Et on va vers une impasse historique pour le développement de l’Ile-de-France. Il faut remplacer les tuyaux allant des lieux où l’on dort vers les lieux où l’on travaille par des tuyaux poreux qui irriguent tout au long des lignes. » Pour aller dans ce sens, il invite Ile-de-France Mobilités à « ne plus travailler en silo la question des transports et à intégrer le développement de l’urbanisme, à réfléchir aux conséquences de ce qui est voté, à donner son avis et à repenser la question de l’aménagement et des transports. »
Du pire avant du meilleur
Si la construction du Grand Paris est une bonne nouvelle, sa construction va nécessiter une phase de travaux qui vont perturber les déplacements. « On s’est battu pour avoir le métro en sachant que les travaux seraient une période difficile en matière de circulation, reconnaît M. Garzon. Dans le Val-de-Marne, on travaille déjà pour en limiter les désagréments en veillant à réduire les délais de chantier. Mais on se prépare aussi à mettre en place un plan de circulation valable le temps des travaux.Pour cela, nous cherchons à avoir les données techniques de la circulation des camions pour prévoir l’impact que cela aura sur la circulation et anticiper des solutions en prévoyant des itinéraires bis par exemple. Et on met la pression pour que tout ce qui peut éviter de prendre la route soit mis sur des modes plus propres et moins capacitaires. On réfléchit aussi à décaler certains chantiers pour ne pas cumuler les problèmes sur certains axes. Nous mettons en place un outil de prévision pour la décision, pas pour constater les dégâts. » L’élu estime qu’il faudrait créer une direction de crise pour une durée de 10 à 15 ans, et qui pourrait décider de décaler des lignes des bus ou les renforcer. « Durant les chantiers, on sait qu’à certains endroits la voiture ne va plus passer. Qu’il va y avoir des zones de congestion monstrueuses. On ne cherche pas à raconter d’histoires, mais à offrir une alternative à la voiture pour imiter au mieux les désagréments. »
Valérie Chrzavzez-Flunkert