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  • Les transports publics strasbourgeois visent un taux de couverture de 50  %

    Les transports publics strasbourgeois visent un taux de couverture de 50  %

    La fréquentation du réseau de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) a connu une légère progression en 2016 avec 116,5 millions de voyages effectués, soit 0,3 % de plus qu’en 2015. Les déplacements en tramway (69,1 kilomètres de lignes commerciales) ont représenté 59 % de cette activité. Le solde est réalisé sur 315 kilomètres de lignes commerciales de bus qui circulent dans l’agglomération. Les recettes de trafic se sont établies à 50,6 millions d’euros (+3,7 %) en 2016, après l’augmentation des tarifs décidée par l’Eurométropole de Strasbourg, autorité organisatrice. La contribution d’exploitation recule, elle, de 2 %. « Avec un taux de couverture de 44,4 %, nous sommes le réseau français le plus performant derrière Lyon, qui pratique des tarifs bien plus élevés, se félicite Jean-Philippe Lally, directeur général de la CTS. Nos coûts de production n’ont pas augmenté en 2016. L’évolution de la fréquentation porte sur des titres à plein tarif ou à faible taux de réduction. Nous sommes dans un cercle vertueux », estime le patron du réseau strasbourgeois et de bus et de tramways.

    L’exercice 2017 devrait marquer une nouvelle progression de ces indicateurs : l’extension de la ligne D du tramway jusqu’à Kehl (2,7 kilomètres vers l’Allemagne), inaugurée en avril, remporte l’adhésion des voyageurs. « La fréquentation se situe déjà au niveau que nous attendions dans trois ans », observe Jean-Philippe Lally.

    La baisse de la contribution d’exploitation figure parmi les priorités de l’Eurométropole, qui a signé le 23 juin un contrat de performance avec l’exploitant de son réseau. « Nous nous engageons à réaliser six millions d’euros d’économies sur l’exploitation », confirme Jean-Philippe Lally. Roland Ries, maire de Strasbourg, a fixé un objectif de taux de couverture de 50 %, sans préciser l’échéance. « La contribution versée en 2016 par la collectivité est déjà inférieure de dix millions d’euros à celle allouée en 2009 », rappelle la CTS dans le document de présentation de ses résultats annuels. La modernisation du matériel roulant se poursuit en 2017 avec la livraison en cours des rames de tramway Citadis qui remplaceront progressivement entre 11 et 13 Eurotram de première génération (trois caisses), en service depuis 1994.

    Olivier Mirguet

  • Keolis expérimente trois navettes autonomes à la Défense

    Keolis expérimente trois navettes autonomes à la Défense

    Le 29 juin, Ile-de-France Mobilités (ex-Stif) a lancé en partenariat avec l’opérateur Keolis trois lignes de navettes autonomes Navya sur le parvis de la Défense. Pour la première fois, les véhicules évoluent au milieu du public plutôt que sur une voie dédiée comme au printemps dernier sur le pont Charles-de-Gaulle avec les navettes Easymile exploitées par la RATP. A la fréquence de dix minutes aux heures de pointe, les lignes, (deux en semaine et une spécifique pour les week-ends) permettent d’assurer une desserte du dernier kilomètre sur un site éclaté où la circulation automobile est interdite. L’expérimentation doit durer jusqu’en décembre 2017.

    P.-E. A.

  • Auvergne-Rhône-Alpes à fond sur les voies vertes cyclables

    Auvergne-Rhône-Alpes à fond sur les voies vertes cyclables

    La région Auvergne-Rhône-Alpes va investir plus de 40 millions d’euros pour réaliser 400 kilomètres de véloroutes d’ici 2020 et « devenir la région européenne leader pour les voies vertes cyclables ». L’objectif affirmé par Laurent Wauquiez, président d’Auvergne-Rhône-Alpes, en présence de Chrystelle Beurrier, présidente de Départements et régions cyclables, porte sur 200 kilomètres d’itinéraires structurants régionaux et 200 kilomètres de boucles locales aménagées avec les départements et les communes.

    Six circuits régionaux sont retenus dont ViaRhôna, en cours, et la future ViaFluvia, des sources du Rhône à la Loire sauvage. Si l’aspect touristique et économique est prioritaire (75 euros/jour de dépenses à vélo contre 45 euros/j pour le touriste classique), le projet va aussi faciliter les déplacements locaux, notamment au sud de Lyon, entre la Métropole et le département du Rhône, sous maîtrise d’ouvrage régionale (une première). Autre première européenne : la création d’un démonstrateur de « véloroute du futur » sur 5 km environ, intégrant des technologiques innovantes comme le béton solaire, les bornes de recharges vertes électriques ou la réalité augmentée.

    Claude Ferrero

  • Club VR&T. Quelle électromobilité pour demain ?

    Club VR&T. Quelle électromobilité pour demain ?

    L’ère de l’électromobilité ne fait que débuter en Europe, où l’on dénombre seulement un millier d’autobus électriques en circulation ou en commande, contre plus de 170 000 en Chine. Mais la transition énergétique est en marche. La RATP vise les 80 % d’autobus électriques d’ici 2025 et partout en France, les villes s’équipent. Face à l’offre émergente et hétéroclite, les opérateurs se posent beaucoup de questions. Quel matériel choisir ?

    L’électricité semble être l’avenir des autobus, mais difficile pour les opérateurs de choisir entre les différentes options technologiques proposées. Pour faire le point, le Club VR&T avait invité des constructeurs. Alexandre Desneux, a présenté les Bluebus de Bolloré. Des véhicules électriques proposés en 6 et 12 mètres, made in Bretagne. Le groupe Bolloré, qui débute pour les bus, met en avant son expérience des batteries lithium métal polymère qui, dans ses voitures, ont déjà parcouru 160 millions de km, avec une autonomie de 180 à 250 km. « Notre bus a été construit comme un véhicule au gaz, avec 2×4 packs de batteries, sans chauffage, la partie refroidissement étant compactée à l’arrière. L’intérieur du véhicule a été conçu autour de la batterie, avec un habitacle bénéficiant de beaucoup de lumière », décrit M. Desneux qui préconise « une charge nocturne lente, en 3 heures, via une prise combo, pour préserver la batterie ». Mais le constructeur peut aussi installer un pantographe en option. Bolloré a un partenariat d’innovation avec la ville de Rennes, et à Paris, son Bluebus 12 mètres équipe la ligne 341 de la RATP depuis fin 2016. Ce qui lui permet d’avoir un retour d’expérience. Bluebus a également fait l’objet de démonstrations à Amiens, Lorient, Agen, Chamonix, Strasbourg, Montpellier, Nice et Grenoble… « On a fait la preuve de l’autonomie et de la fiabilité. » Si le prix du véhicule reste élevé, Bolloré travaille à le réduire. « On estime que le bus électrique pourra être l’an prochain au niveau de l’hybride, et on pense pouvoir être entre le prix du diesel et du GNV en 2020. » L’usine Bolloré de Quimper produit des batteries, et dispose de deux lignes d’assemblage de bus, avec une capacité de 200 véhicules par an, mais tablant sur une forte demande, le groupe réfléchit à la construction d’un nouveau site de production.

    « Volvo croit tellement à l’électromobilité que son président a décidé d’arrêter les bus diesel il y a 12 ans et de lui consacrer sa recherche et développement », rappelle en préambule Patrick Damian, directeur général de Volvo bus France. « L’électromobilité est une rupture technologique. Ce qui dit veut dire différents standards et différentes solutions. » Volvo a fait le choix de se passer des batteries. « On pense que moins il y en a, plus on est efficace, car c’est moins de poids et plus de passagers. » Les bus Volvo se rechargent rapidement, par pantographe inversé avec le concept OppCharge, « une solution de rechargement standardisée déjà retenue par plusieurs constructeurs, compatible bus, voitures et poids lourds, précise M. Damian. S’équiper de ces chargeurs permet d’offrir un système ouvert à tous. Une municipalité ou un opérateur peut être propriétaire des stations de recharge et faire un appel d’offres auquel des constructeurs concurrents pourront répondre pour proposer leurs véhicules. Notre projet de pantographe, c’est le projet d’une ville, car ces appareils peuvent être utilisés notamment pour les camions destinés aux traitements des déchets ménagers dans d’autres plages horaires. Si on électrifie la ville, on a la possibilité que tout le monde puisse les utiliser et d’arriver à l’électrification globale des transports », plaide M. Damian. Volvo Bus propose une offre complète de véhicules avec trois longueurs et trois technologies : hybride parallèle, électrique hybride et full électrique, avec pour chacun un coût au kilomètre, de la vente de véhicules, de la location de batterie, « et on assume les risques en garantissant le fonctionnement du véhicule », souligne M. Damian. « En périurbain, l’hybride parallèle permet d’économiser jusqu’à 39 % de consommation, l’hybride électrique, qui se met en pilotage pour choisir l’énergie en fonction des zones traversées, permet de réduire jusqu’à 75 % les émissions, et le full électrique est 100 % propre et permet une réduction de la consommation de 90 %. On n’a pas la prétention de dire que notre système de bus électrique peut fonctionner partout, mais le pantographe fixe coûte moins cher que d’en installer un par bus. »

    Heuliez Bus France, se présente comme le premier constructeur national de véhicules hybrides et d’autobus en 2016, avec 500 salariés dans les Deux-Sèvres. « Nous avons acquis une base solide en électromobilité, grâce à 580 véhicules en exploitation qui ont parcouru 43 millions de kilomètres, et nous ont permis d’avoir un retour d’expérience », détaille Eric Baleviez, responsable des Ventes qui met en avant le PPP de Dijon et ses 102 véhicules dont Heuliez assure aussi la maintenance de la chaîne de traction, « ce qui nous a permis un enrichissement de problématiques ». Eric Baleviez poursuit : « L’hybridation nous a apporté une maîtrise des processus de récupération de l’énergie au freinage et la maîtrise du mode full électrique. On en a tiré une architecture GX électrique, qui nous permet de nous préparer aux différents marchés. On est capable d’analyser le profil d’une ligne et de modeler les données pour proposer une technologie aux clients selon la fréquence, le nombre de passagers, et s’engager sur des performances atteignables. » Les autobus Heuliez de 12 mètres sont proposés avec deux batteries : Energie et Puissance. Les batteries Puissance, qui se rechargent à 450 kW contre 70 pour les charges de nuit, permettent d’embarquer quatre fois moins d’énergie et ont une durée de vie de huit à dix ans, contre 15 à 17 ans pour les Energie, soit une longévité proche de celle des véhicules. Le bus articulé d’Heuliez ne sera disponible qu’en Oppcharge dans un premier temps, pour des problématiques de charge à l’essieu. « Parce qu’on préfère embarquer 150 à 160 passagers plutôt que des batteries. On va décliner notre offre en quatre familles de véhicules électriques et adjoindre l’énergie, l’interface de charge, le pantographe ou le chargeur et proposer des contrats de full maintenance sur la durée de vie », annonce Eric Baleviez. Les premières livraisons des 12 m à charge lente d’Heuliez sont prévues pour cette fin d’année et les 12 et 18 m à charge rapide fin 2018. Le représentant d’Heuliez insiste également sur la nécessité d’accompagner le changement en raisonnant en système de transport. « Il faut du pragmatique et s’engager sur les performances. Comme chaque contexte est différent, il faut une analyse précise des besoins, un engagement fiable sur le TCO [Total cost of ownership soit le coût total de possession, NDLR], garantir la sécurité, et ne surtout pas dégrader la qualité de service offert. Il faut intégrer l’impact du coût sociétal, le coût de la maintenance dans les TCO, et prévoir l’évolution des parcs. »

    Dietrich Carebus, troisième acteur du marché français pour les autocars s’est allié au Chinois Yutong pour produire des bus électriques. Pierre Reinhart, président de DCG-Yutong justifie : « Avec Yuton, DCG s’est entouré d’un constructeur qui fait 15 % du marché mondial, avec 37 000 bus et cars électriques sur le marché. La Chine représente 97 % du marché des bus électriques en circulation. Et si en France on a toujours peur que les Asiatiques nous volent la technologie, là on fait l’inverse. On va assembler chez nous en profitant de leur expérience. » En 2016, DCG-Yuton a réalisé les premiers essais sur les réseaux, ses véhicules ont parcouru 50 000 km en exploitation, et le constructeur a livré son premier véhicule électrique à Keolis, en mai 2017, à Orléans. Pierre Reinhart précise que Yutong ne développe pas sa batterie mais les achète. « On fournit des véhicules avec chargeur de nuit. Quand les prises Combo2 seront capables d’absorber plus d’énergie, on pourra charger à 300 kW une fois par jour avec la même technologie. Notre cahier des charges prend en compte le fait que les véhicules coûtent plus cher, ils doivent donc durer plus longtemps pour pouvoir être amortis. Notre objectif est de réduire le poids de la batterie et d’augmenter sa capacité pour qu’on puisse utiliser les bus électriques comme le diesel. » Le constructeur précise qu’en Asie 80 % des véhicules en circulation rechargent de nuit. DCG-Yutong propose un véhicule électrique 12 m et travaille sur le 18 mètres à batterie LFP, avec une solution chauffage et clim 100 % électrique, pouvant transporter 92 passagers avec 200 à 250 km d’autonomie. Son autocar électrique d’une capacité de 55 à 59 passagers sera disponible mi-2017. « Nous proposons une offre complète : on amène le chargeur, le véhicule, une offre de location de batteries et un outil de suivi d’exploitation », précise M. Reinhart. DCG-Yuton a un projet de ligne assemblage en France pour 2018, avec une capacité de 300 véhicules par an.

    Alstom est un acteur de l’électromobilité depuis 100 ans avec le tram et le métro, et le constructeur veut capitaliser sur cette expérience pour proposer un bus conçu à partir d’une feuille blanche. Bruno Marguet, vice-président Stratégie d’Alstom explique que « de cette page blanche est né un bus à accès plat baptisé Aptis, qui n’a que quatre roues, réparties aux deux extrémités, ce qui permet de donner de l’espace aux passagers, et pour être maniable, les deux essieux sont orientables. Ce bus offre une capacité de 100 personnes et a été conçu pour durer 20 ans. » Quant à l’aménagement intérieur, il est flexible, permet d’installer jusqu’à trois portes de tramways, plus larges, pour plus de confort des passagers et bénéficie d’une surface vitrée importante. Ce véhicule peut être chargé de manière lente, de jour, ou rapide, de nuit, par le sol ou avec un pantographe. « Nous voulons offrir une solution complète : véhicule, maintenance, infrastructure, énergie, avec une vision système ou véhicule, et comptons bien prendre des parts de marchés à nos concurrents », conclut M. Marguet.

    Encore bien des questions

    Après ce passage en revue de l’offre, les exploitants ont posé des questions, s’interrogeant notamment sur la durée de vie des véhicules électriques. Les constructeurs s’accordent à assurer des durées de vie plus longues pour les bus électriques que pour le thermique, de manière à compenser des coûts plus élevés. « Les moteurs et la chaîne de traction sont dimensionnés pour 40 ans et nos bus électriques ont une durée de vie assurée de 20 ans sans problème », assure Eric Baleviez pour Heuliez, qui précise qu’avec l’électrique, il y a un gain de maintenance. DCG-Yutong garantit ses chargeurs cinq ans, ses batteries huit ans, « au-delà on perd en autonomie mais cela peut suffire sur certaines lignes », précise M. Reinhart qui ajoute, « un moteur électrique s’use moins. Il peut faire 800 000 à un million de kilomètres, soit 20 ans à raison de 50 000 km par an ». Autre interrogation, quid des auxiliaires de confort ? Le chauffage et la climatisation sont gourmands en énergie et peuvent nuire à l’autonomie des véhicules. Heuliez reconnaît que le chauffage peut représenter 25 % de la consommation s’il est fait en électrique. « On recherche le chauffage de demain, qui pourra être du chauffage à pompe de chaleur ou radiant », détaille Eric Baleviez. Même piste pour Bolloré. « Nous utilisons un chauffage électrique radiant, innovant, plus intelligent, qui permet de l’optimisation. Et on étudie avec l’exploitant suivant le besoin, quitte à dégrader le service certaines journées, ou faire de la charge rapide, ce sont des contraintes d’exploitation supplémentaires avec des réponses différentes suivant les besoins », reconnaît le constructeur. Pour apporter une réponse sur ce point, Volvo a été en Chine tester les différentes solutions existantes et a fait le choix « d’utiliser l’énergie quand on en a besoin, plutôt que la transporter aux dépens des passagers », argumente Patrick Damian. Pour les éléments annexes de confort, Yutong utilise une pompe à chaleur sur le toit, mais M. Reinhart reconnaît qu’en cas de températures extrêmes cela ne suffit plus, et qu’il faut basculer vers l’électrique. Il plaide pour des réglages réalisés par les opérateurs afin d’éviter la surconsommation.

    Alain Pittavino, directeur Métiers de Transdev constate que l’offre actuelle ne propose pas encore des véhicules de 18 mètres et s’en inquiète. Un peu de patience, lui répondent les constructeurs. Heuliez, reconnaît avoir fait le choix de lancer en priorité un 12 mètres pour 95 à 100 voyageurs correspondant bien au marché, mais assure que le 18 mètres arrive avec une autonomie de 50 km. Patrick Damian poursuit pour Volvo : « On avance par étapes. On en est à 12 mètres en série avec 105 passagers avec l’ambition d’avoir un coût inférieur ou égal au diesel, et on va lancer le 18 mètres. Il n’existe pas de choix technologique sur la batterie, mais on progresse pour le chargement lent, comme pour le rapide. On va essayer d’avoir une gestion d’énergie adaptée aux besoins. » Bolloré travaille au 18 mètres pour 150 passagers, avec comme objectif d’augmenter la capacité de la batterie. « C’est réalisable, car sa capacité a déjà gagné 50 % en quelques années », assure Alexandre Desneux. Quant à DCG-Yutong, il a également en projet un 18 mètres avec comme cahier des charges de transporter 140/150 passagers avec 300 km avant recharge, et un objectif de réduction des coûts.

    Interrogés sur la conduite automatique, les constructeurs estiment que si la technologie est prête, beaucoup reste à faire pour que cela puisse être réalisable et accepté. Volvo propose déjà de la conduite autonome dans une mine du nord de la Suède, Heuliez fait circuler un véhicule agricole autonome roulant dans des champs, mais proposer des bus autonomes en ville, c’est une autre histoire. « On évolue dans un environnement urbain et complexe. C’est plus compliqué. Volvo propose un système de vigilance chauffeur assisté et nous avons développé un système de détection piétons et cyclistes qui informe le conducteur pour qu’il prenne la meilleure décision. On ne va pas au-delà pour des raisons éthiques et juridiques », explique Patrick Damian. Yutong teste depuis quatre ans un véhicule de 15 mètres autonome en full électrique que les passagers peuvent appeler via une application. « Ce véhicule arrive et s’arrête pour prendre les voyageurs. Mais en raison des contraintes éthiques et de législation, il faudra encore être patient pour voir arriver ces véhicules », admet M. Reinhart.

    Des premiers pas prometteurs

    Et les exploitants, où en sont-ils de leur démarche de transition énergétique ? « Nous avons réalisé des essais de véhicules électriques sur certaines de nos lignes régulières qui nous ont permis d’avoir un retour d’expérience », se félicite Patrice Lovisa, directeur du département Bus de la RATP. « Nous maintenons notre projet 2025 de 80 % de véhicules électrique et 20 % au gaz, et dès 2020 nous devrions être parvenu à 50 % de transition énergétique. La ligne Paris – banlieue 341 est déjà 100 % électrique avec des véhicules 12 m Bolloré. Sur d’autres lignes on teste régulièrement des bus électriques ou au gaz. Pour nous l’enjeu ce sont les coûts d’acquisition et le cycle de vie, et de veiller à ce que l’arrivée de ces nouvelles technologies ne pénalise pas l’offre voyageur. » Autre enjeu pour la RATP, la connexion électrique de ses dépôts où il y a faudra recharger jusqu’à 200 bus. La régie a choisi de charger les véhicules en dépôt, de nuit, plutôt que de déployer de la technologie dans Paris, en raison des investissements que cela aurait demandés. « On ne pourra pas les charger tous en même temps, il faudra faire un travail de lissage. » Et comme les dépôts ne sont pas prévus pour des bornes de recharge, la RATP doit revoir l’utilisation de l’espace et la sécurité incendie liée à l’arrivée d’installations électriques. Comme l’autonomie actuelle des véhicules, de 180/200 km ne permet pas de couvrir toutes les lignes, il faut trouver des solutions complémentaires, comme des charges en terminus, le temps que la technologie progresse. Voilà pour les contraintes techniques. Mais côté utilisateurs, « les retours sont très positifs. Les voyageurs ont conscience de ce que ces véhicules apportent en termes de pollution et de bruit. L’absence de bruit devient même un problème. Trop discrets, les véhicules ne sont plus entendus et peuvent être source d’accidents. On a également un retour positif des conducteurs sur le confort de conduite, plus souple, moins saccadé », précise M. Lovisa. La RATP n’a pas relevé de problème de confort climatique, mais reconnaît que l’hiver n’a pas été rude. Le directeur du département Bus ajoute que le changement de matériel devra se doubler d’un accompagnement des métiers de maintenance à cette transition.

    Alain Pittavino voit dans l’électromobilité « une opportunité pour le transport public de rénover son image, d’attirer davantage de passagers et d’augmenter sa fréquentation ». L’exploitant qui veut être acteur du changement réalise actuellement un travail de tests, de confirmation des promesses constructeurs. Mais pour Transdev la transition énergétique doit aussi être l’occasion de faire preuve d’imagination sur la manière d’exploiter les véhicules, de ne pas faire comme avec le thermique, d’où la nécessité de penser système. C’est ce qui a été fait à Eindhoven, aux Pays-Bas où Transdev exploite 43 véhicules, alors qu’il n’en a besoin que de 36. « On charge de nuit les bus articulés en semi-rapide, qui lors de leur exploitation ressortent quatre fois par jour pour aller faire une charge complémentaire. D’où le nombre de véhicules. On a dû s’adapter aux contraintes. De cette expérience on a la certitude qu’il faut penser différemment l’électromobilité, c’est pourquoi on met en place une boîte à outils à disposition des collectivités locales pour leur proposer des solutions adaptées à chaque territoire », conclut le directeur Métiers de Transdev.

    Youenn Dupuis, directeur adjoint de Keolis observe une effervescence autour du véhicule électrique. « Il y a à la fois une appétence et des développements tous azimuts. Les collectivités françaises ont joué un rôle en donnant le top départ. Il reste encore des options de principe, des présupposés, des paris technologiques, même si on constate une convergence des options, constate-t-il. Et chez Keolis on a choisi de travailler avec différents constructeurs : Volvo en Suède, Heuliez à Dijon, Bolloré à Rennes, Yutong pour le premier bus à Orléans et Alstom pour la ligne 23 à Versailles. » Mais pour l’exploitant, l’électromobilité c’est aussi les navettes autonomes, « comme Navya que nous avons testé à la Défense en septembre, et à Lorient nous exploitons un catamaran électrique de 22 mètres pour faire une traversée qui évite un long trajet en voiture. L’arrivée des bus électriques nécessite de raisonner par approche systémique. Il faut trouver le bon système au bon endroit, ville par ville, ligne par ligne, saison par saison. Le contexte local est important pour choisir la bonne technologie pour chaque cas. » Pour réussir le passage à l’électromobilité Youenn Dupuis insiste sur trois points : « La sécurité, car il y a un risque lié aux batteries et à leur recharge. L’autonomie. L’auxiliaire chauffage/clim peut être à l’origine de pics. Faut-il dimensionner le système à ces pics, ou mettre des appoints pour les gérer ou les lisser. Et enfin, la maintenabilité. Il faut garantir une solution qui tienne dans la durée. » Pour que les choses aillent dans le bon sens et pouvoir choisir en connaissance de cause, Keolis a proposé au Stif de construire une plateforme d’évaluation des performances en conditions réelles d’exploitation des différents véhicules en conditions d’exploitation identique.

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • Citybanan Enfin un tunnel pour le RER de Stockholm

    Citybanan Enfin un tunnel pour le RER de Stockholm

    Il aura fallu attendre 49 ans pour que le Pendeltåg, le RER desservant la région de Stockholm, traverse le centre de la capitale suédoise sur ses propres voies. A partir du 10 juillet, c’est dans un tunnel qui leur est réservé que ses rames traverseront le centre-ville du nord au sud, via deux nouvelles gares dans le centre. Ce qui libérera plus de 330 sillons par jour sur la double voie la plus fréquentée de Suède.

    Presque quarante ans après la première jonction du RER parisien et deux ans avant l’ouverture de bout en bout de Crossrail, à Londres, Stockholm met en service son tunnel dédié au Pendeltåg, le train reliant la capitale suédoise à ses environs. Grâce au projet Citybanan (« la ligne de la City », nom donné au centre de Stockholm) ce RER de la capitale suédoise dispose désormais d’une double voie dédiée à travers tout le centre-ville, alors que depuis son lancement en 1968, ses rames devaient partager avec tous les autres trains la double voie dite « taille de guêpe » à travers la capitale. Un surnom dû au goulot d’étranglement que forme la double voie à travers Stockholm sur la carte du réseau ferré suédois, seule liaison sur près de 150 km entre les rives nord et le sud du lac Mälar, qui se jette dans la mer Baltique au cœur de la capitale.

    Le péage urbain a fait exploser le trafic des transports publics

    Ouverte en 1871 (pour dix trains par jour seulement !) et modifiée dans les années 1950, lors de la création du métro, la traversée ferroviaire « classique » de Stockholm pénètre dans le sud du centre-ville (Söder) par le double viaduc d’Årsta, gagne la gare du Sud (Södra Station) en tranchée couverte, poursuit en tunnel jusqu’au lac Mälar, traverse ce dernier par une série de ponts de part et d’autre de la vieille ville et de l’île de Riddarholmen, avant de former un large faisceau dans la gare centrale, au nord de laquelle les voies sont en nombre suffisant. Jusqu’en juillet 2017, cette double voie était le tronçon le plus chargé du réseau suédois avec quelque 550 trains par jour, dont 60 % de Pendeltåg. Une situation intenable face au développement continu de l’agglomération (qui gagne plus de 20 000 habitants par an) et à la mise en place d’un péage urbain qui a fait exploser la fréquentation des transports en commun.

    Mais le 10 juillet 2017, les encombrements de la « taille de guêpe » appartiendront au passé. Essentiellement souterraine et longue de 6 km, la ligne nouvelle Citybanan permettra à 330 trains par jour de traverser le centre-ville du nord au sud en cinq minutes, soulageant d’autant la traversée ferroviaire « classique » de Stockholm. Un projet livré à l’heure (il aurait même pu être en avance) et dans le budget imparti de 16,8 milliards de couronnes, soit 1,7 milliard d’euros. Le financement a été assuré par l’Etat suédois, la ville de Stockholm, le conseil départemental de Stockholm ainsi que les régions de la vallée du lac Mälar et d’Ostrogothie (Östergötland). Alors que les travaux ont été menés sous la responsabilité de Trafikverket, l’administration suédoise des infrastructures de transport, qui a succédé en 2010 au gestionnaire d’infrastructures ferroviaires Banverket.

    Le plus important chantier de Suède a aussi été jugé comme le pire de 2013

    « Le chantier le plus important de Suède » de ces dernières années a aussi été désigné comme « le pire chantier de 2013 » par le journal professionnel Byggnadsarbetaren. Il est vrai que les accidents ont été très nombreux pour un chantier en Suède : 280 au total, dont six mortels. Le fait que deux de ces morts n’étaient pas suédois a été souligné côté syndical, ce chantier étant du reste assez international, les deux tiers des principaux contractants étant autrichiens (Strabag), allemands (Bilfinger, Züblin) ou danois (Pihl & Søn) à côté de grands noms suédois du BTP (PEAB et NCC). De plus, les études et les réalisations ont mobilisé d’autres entreprises comme Sweco VBB AB et WSP (tunnels) ou ÅF Infrastruktur, BV Projektering fick et ELU Konsult AB (tracé des voies ferrées).

    Du raccordement avec le faisceau de Tomteboda, juste au nord du centre-ville, à Årsta, au sud, le chantier de Citybanan a été divisé en huit lots (voir encadré page suivante), qui ont mobilisé quelque 2 500 personnes entre janvier 2009 et juillet 2017.

    Afin que les travaux se déroulent sur le laps de temps le plus court possible, le chantier a été attaqué par six tunnels d’accès en même temps. Sauf dans le fond vaseux du lac Mälar, traversé au sud de l’île de Riddarholmen, le sous-sol granitique et gneisseux, dur et compact, de Stockholm s’est parfaitement prêté à un avancement à l’explosif : à l’intérieur d’une cavité étanchéifiée, du ciment est injecté à haute pression dans des trous préalablement percés pour former une enveloppe de 20 m de long autour du futur tunnel. La roche comprise dans cette enveloppe est ensuite fragmentée à l’aide de charges explosives et évacuée avant le prochain tir, jusqu’à ce que l’enveloppe soit presque vidée. Le cycle d’injections de ciment et de salves peut alors recommencer. Au total, 1,5 million de m3 (4,4 millions de tonnes) de roches ont ainsi été évacuées par quatre descenderies et réutilisées dans des chantiers de routes ou d’installations sportives.

    Pour la traversée subaquatique du Mälar, trois caissons d’acier de 100 m ont été foncés dans le fond du lac puis posés sur quatre supports reposant chacun sur 40 piles d’acier ancrées dans le socle rocheux, avant d’être soudés et coulés dans le béton. C’est dans la vase du lac que l’essentiel des fouilles a été réalisé, mettant au jour 800 objets.

    Bien entendu, la réalisation d’une telle infrastructure entre 10 et 45 m sous le centre-ville n’est pas passée inaperçue. Au total, 70 bâtiments remarquables se trouvaient au-dessus du tracé de la ligne nouvelle (quatre églises, dont le mausolée royal de Riddarholmen et les monuments historiques environnants, la Poste centrale, l’hôtel particulier de la Fondation Oscar Ier…) Dans les souterrains de la gare centrale, les travaux ont perturbé la circulation de voyageurs en correspondance durant toute la première moitié des années 2010. En face de cette gare, l’horrible hôtel Continental des années 1960 a été démoli pour permettre de construire un grand accès à la gare souterraine de la City, avant d’être remplacé par un nouvel hôtel du même nom, dans un gratte-ciel encore plus haut ! Ce fut pratiquement la seule destruction nécessaire sur le trajet.

    Du nouveau matériel roulant pour le passage en souterrain

    Au tunnel ferroviaire conçu pour deux voies (choix peu fréquent pour un projet moderne, permis par la dureté du sous-sol) s’ajoute un tunnel de service et de secours, établi parallèlement et pouvant être mis en surpression par ventilateurs en cas d’incendie. Destiné à n’être emprunté que par des automotrices, le tunnel ferroviaire présente 30 ‰ de rampe maximale. Dans le cadre d’un contrat signé en 2013, l’entreprise Strukton a été choisie pour poser deux fois 6 km de voie ballastée sur tapis antivibratoire (sauf les appareils de voie, coulés dans le béton), la caténaire rigide et son alimentation, la signalisation, les télécommunications et les alarmes incendie. Question signalisation, la nouvelle jonction souterraine est pour un premier temps équipée de l’ATC, c’est-à-dire le même contrôle de vitesse par balises que le reste du nœud ferroviaire de Stockholm, autorisant jusqu’à 24 trains par heure et par sens. Initialement prévu, le niveau 2 d’ERTMS attendra 2023, le temps que les lignes voisines et que les 129 rames X60 (Coradia Nordic) construites par Alstom pour le Pendeltåg soient équipées. A noter que les 46 dernières rames (en cours de livraison) sont équipées d’origine avec ERTMS.

    ERTMS ou pas, le passage en souterrain de la traversée de Stockholm a entraîné un renouvellement total du matériel roulant, en remplacement des rames X1 des années 1960 et X10 des années 1980. En effet, les deux nouvelles gares sont équipées de portes palières aux dimensions des rames X60, dont la première tranche a été commandée à Alstom en 2002 par SL. Emanation du conseil départemental de Stockholm (SLL), SL est l’autorité organisatrice des transports du Grand Stockholm, pour le compte de laquelle MTR est l’exploitant du Pendeltåg depuis fin 2016. Transportant 270 000 voyageurs par jour, ce RER de Stockholm dessert 211 km de lignes et 53 gares.

    Le nombre d’arrêts est inchangé avec le passage en souterrain, la nouvelle gare Stockholm City (quatre voies avec quais centraux de 250 m) remplaçant les voies réservées au Pendeltåg dans la gare centrale, alors que la nouvelle gare d’Odenplan reprend la desserte du nord du centre-ville à la gare de Karlberg, un peu marginale géographiquement. Et tout comme l’ancienne gare de Karlberg, l’accès nord à la gare souterraine d’Odenplan sera ouvert aux vélos, alors que l’accès sud, en correspondance directe avec le métro, leur est interdit. Le transport des bicyclettes dans la gare souterraine se fait exclusivement par ascenseurs, également accessibles aux PMR et aux voitures pour enfants, les escaliers roulants (d’une longueur cumulée de 1,8 km dans les deux nouvelles gares) étant réservés aux piétons. C’est par ces escaliers roulants que les deux nouvelles gares offriront une correspondance avec le métro.

    La Citybanan double la capacité ferroviaire de Stockholm

    Si le Pendeltåg est le gagnant évident de cette nouvelle infrastructure, il ne sera pas le seul. Tous les autres trains, y compris ceux de fret, bénéficieront désormais d’une capacité doublée sur la traversée de Stockholm. De quoi repousser à un futur très lointain la reprise des discussions sur la capacité de la traversée ferroviaire de Stockholm, qui a empoisonné le débat de 1988 à 2002, époque où l’option la plus évidente était « la troisième voie », à établir le long de la double voie en place. Une solution moins coûteuse a priori, mais qui avait deux inconvénients : élargir la plate-forme en place, établie au ras de bâtiments historiques sur l’île de Riddarholmen, pour n’offrir qu’un surplus de capacité limité (en pratique, huit trains par heure et par sens). C’est la question de la capacité à long terme qui va définitivement décider Banverket à réaliser la double voie souterraine, qui ouvre en ce moins de juillet 2017, dans les temps et dans le budget imparti.

    Patrick Laval

  • Bordeaux, Rennes : terminus pour la grande vitesse

    Bordeaux, Rennes : terminus pour la grande vitesse

    Assises de la mobilité en septembre, loi d’orientation des mobilités au premier semestre 2018. En attendant, c’est la pause : l’Etat ne lancera pas de grand projet tant que la loi ne sera pas adoptée, loi qui offrira une programmation précise, année par année. Un conseil d’orientation des infrastructures de transport réunissant toutes les parties prenantes surveillera la mise en place de cette programmation auprès de la ministre des Transports. Mais déjà, dès le 17 juillet, sera lancée la conférence nationale des territoires, où le sujet des mobilités sera abordé. Emmanuel Macron a annoncé le programme, à Rennes, le 1er juillet, en inaugurant en fin d’après-midi la LGV Bretagne, à la veille de l’ouverture des deux nouvelles lignes, pour Rennes d’un côté, Bordeaux de l’autre.
    Rien ne sera donc décidé des investissements à venir avant la loi. Mais on sait dans quel état d’esprit Elisabeth Borne, chargée de piloter ce chantier, va devoir travailler. On ne peut pas tout faire. Financièrement, l’audit de la Cour des comptes vient de tomber à point nommé pour le rappeler. Et, surtout, la grande priorité, c’est la rénovation des réseaux de transports : ferroviaires, routiers, fluviaux. Il va falloir, comme l’a dit le président de la République, renoncer au « plaisir coupable des inaugurations ». Plaisir auquel il s’est livré doublement samedi dernier, d’une part en célébrant la dernière réalisation, de l’autre en expliquant que désormais on allait faire autrement.
    On ne peut être surpris du tournant. Le président de la République a reconnu qu’il n’avait pas pris part aux deux nouvelles LGV. On ajoutera qu’il n’est pas l’auteur du grand tournant. On ne va pas retracer une nouvelle fois l’histoire, mais dans le ferroviaire, l’inflexion du discours officiel a déjà 20 ans. Les premiers signes remontent à la création de RFF et au constat que fait son premier président, Claude Martinand : le réseau que la SNCF vient de remettre au gestionnaire d’infrastructure n’est pas, mais, pas du tout, en bon état. S’en sont suivis les rapports Rivier sur l’état du réseau, le plan Perben, ou le rapport de Philippe Duron, auquel Emmanuel Macron a rendu hommage ce 2 juillet.
    Les politiques publiques ne se manœuvrent pas comme un vélo et, tandis que la nouvelle politique se cherchait, en même temps, l’ancienne se poursuivait : projet de Snit, Grenelle de l’environnement et « listes au Père Noël » que dénonçait alors le député Hervé Mariton. Le grand tournant d’aujourd’hui a déjà failli avoir eu lieu. C’était en 2011, au moment des Assises du ferroviaire, quand Nathalie Kosciusko-Morizet a fait passer le message : une fois réalisés les quatre LGV qu’on vient de lancer, on arrête.
    Le constat était là, quasiment dans les mêmes termes. Mais le pouvoir se préparait alors aux élections de 2012, et NKM a dû faire machine arrière. Emmanuel Macron vient de sortir grand vainqueur des scrutins. Il a une autoroute (ou une LGV) devant lui, et cela change tout. Et puis, les analyses ont mûri, se sont affinées, Emmanuel Macron s’est entouré d’une ministre des Transports, experte de ces dossiers et d’un ministre d’Etat, qui, au nom justement de l’Ecologie et de la Solidarité, se méfie des grands travaux. Et, donc, pas de couac. Elisabeth Borne, Nicolas Hulot le matin à Bordeaux, Emmanuel Macron l’après-midi ont dit la même chose. Chacun dans son rôle, chacun à sa façon. Elisabeth Borne, a souligné que le TGV devait avant tout rester un « transport populaire accessible au plus grand nombre », et invité à « une nouvelle architecture de toutes les mobilités, connectées entre elles ». On n’a pas été surpris d’entendre Nicolas Hulot s’exprimer par paraboles. Un Indien de Colombie qu’il recevait s’étonnait de notre coutume de creuser des tunnels sous les montagnes : « Pourquoi faire ainsi ? – Pour aller plus vite ! – Plus vite, mais pourquoi ? – Pour aller plus loin ! – Mais pourquoi aller plus loin ? » Nicolas Hulot s’inquiète d’une accélération du temps qui s’accompagne d’une « accélération des fractures sociales », veut « reprendre la main sur le temps », ou « redonner du sens au progrès ».
    Quant à Emmanuel Macron, il conclut : « Le rêve des cinq prochaines années ne doit pas être un projet comme celui-ci. » Il faut penser à « la mobilité qui fait le quotidien de nos concitoyens ». Et donc « s’engager à ne pas relancer de grands projets nouveaux, mais financer tous les renouvellements d’infrastructure ». Quant à la SNCF, elle doit devenir ce « champion de la mobilité du XXIe siècle » Ce qui passe par un changement des métiers : « Ceux qui contrôlent aujourd’hui ne contrôleront plus, ceux qui sont au guichet ne seront plus au guichet. »
    Les objectifs fixés à la SNCF lui vont d’autant mieux que ce sont ceux de Guillaume Pepy. Trains du quotidien, nouvelles mobilités, la doctrine est mûre, en grande partie élaborée d’ailleurs au sein de la SNCF ou par un proche comme David Azéma, portée aussi par Gilles Savary, qui ont joué l’un et l’autre joué un rôle dans l’élaboration du programme du candidat Macron.
    L’essentiel, c’est que, cette fois, tout le monde est en phase. On n’imagine pas que l’on se lance en dépit de la règle d’or dans une LGV Poitiers – Limoges. Jusqu’où va aller l’aggiornamento ? Emmanuel Macron dans son discours s’est moqué de certains projets d’aéroports. Visait-il Notre-Dame-des-Landes ? La formule était assez ambiguë pour qu’on se pose la question… et pour qu’on puisse soutenir qu’elle n’avait pas été abordée. Interrogé sur Lyon – Turin, Nicolas Hulot s’est refusé à toute réponse tant qu’un examen complet n’a pas eu lieu. Mais il n’a pas brandi le classique argument ; le projet fait l’objet d’un traité européen, qui permet d’évacuer les interrogations. On l’a compris : plus aucun projet n’est tabou.
    F. D.

  • Transdev. Christian Schreyer nommé directeur de la Stratégie et de la Performance

    Transdev. Christian Schreyer nommé directeur de la Stratégie et de la Performance

    Thierry Mallet, PDG du groupe Transdev, a nommé le 30 juin Christian Schreyer au poste nouvellement créé de directeur Stratégie et de la Performance du groupe. Il sera membre du comité exécutif. Christian Schreyer conduira la stratégie de Transdev avec un focus particulier sur l’innovation, le marketing et la performance opérationnelle.
    Il était depuis trois ans directeur général de Transdev en Allemagne. Ce diplômé de la Harvard Business School et de l’Université Ludwig-Maximilian a commencé sa carrière dans un cabinet d’avocats, puis a rejoint la Deutsche Bahn où il a passé dix ans en tant que directeur du Business Development, puis directeur de la stratégie et enfin Directeur général de DB Pologne.
    Christian Schreyer prendra ses nouvelles fonctions le 1er septembre et conserve ses responsabilités de directeur général de Transdev en Allemagne.

  • Une présidente à la sensibilité écolo à la tête de la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale

    Une présidente à la sensibilité écolo à la tête de la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale

    Barbara Pompili a été élue le 29 juin présidente de la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire de l’Assemblée nationale. La députée de la Somme, élue depuis 2012, d’abord en tant qu’écologiste, désormais sous les couleurs LREM, succède à ce poste au socialiste Jean-Paul Chanteguet qui a su imprimer sa marque, notamment par ses prises de position en faveur de la privatisation des autoroutes. « J’ai envie de travailler sur le fond pour continuer le travail que j’ai déjà fait sur ces sujets-là », a expliqué Barbara Pompili à France 3 qui l’interrogeait sur sa candidature.

    Âgée de 42 ans, diplômée de l’IEP de Lille, Barbara Pompili est proche de François de Rugy, le nouveau président de l’Assemblée nationale. Elle a notamment coprésidé avec lui le groupe écologiste de l’Assemblée nationale, avant d’entrer au gouvernement en tant que secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité de février 2016 à mai 2017. Elle a ensuite été le premier membre du gouvernement à rejoindre Emmanuel Macron.

    Parmi les autres membres de la commission, notons la présence d’un bon connaisseur des transports : le député de la Meuse Bertrand Pancher (Les Constructifs), qui en devient un des quatre secrétaires.

  • SNCF. Concurrence : quand est-ce qu’on y va ?

    La concurrence à la française, c’est l’aiguillon. Depuis le temps qu’on nous le serine, on l’a compris. Une piqûre pour ne pas s’endormir. C’est toujours là. Patrick Jeantet, président de Réseau, souligne les dangers du monopole qui ne peut se comparer qu’à lui-même. Mais, cette fois, on a le sentiment qu’il s’agit d’aller au-delà. La concurrence, pour Patrick Jeantet, « c’est une chance pour le ferroviaire, à la fois pour Mobilités et pour Réseau », un plus grand nombre d’acteurs sur le réseau permettant d’en faire baisser les coûts : ce qui suppose une masse critique.
    Franck Lacroix, à la tête des TER, constate l’envie de concurrence des régions. Et affirme une stratégie : « L’attaque plus que la défense sur un marché en croissance. » Croissance réelle sur le marché mondial, alors qu’en France, le TER stagne depuis 2010, après avoir tout de même doublé de trafic en 20 ans.
    Jean-Pierre Farandou, PDG de Keolis, souligne, lui, à quel point les nouvelles mobilités « effacent les frontières du public et du privé » alors que « la voiture autonome devient une solution de transport public ». Ce qui ne fait que renforcer l’effet de concurrence généralisée. Mettons à part Alain Picard, à la tête de SNCF Logistics qui, lui, est plongé dans un monde où la concurrence est une règle.
    L’approbation de la concurrence, à la SNCF, a longtemps semblé une posture : on ne pourra pas dire qu’on n’en veut pas. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute. Le groupe veut y aller. D’autant que, grâce à Keolis, pour les voyageurs, il n’est pas le plus mal armé.
    Le premier chapitre ouvert sera la concurrence grandes lignes. Mais le principal devrait être la concurrence régulée. Comment répondre aux futurs appels d’offres ? En Ile-de-France, le groupe SNCF a confié à la société Transkeo le tout prochain tram express, T11, qui commence le 1er juillet. Transkeo, c’est-à-dire Keolis 51 %, Transilien 49 %. Formule à blanc, la SNCF exploitant le tram express au titre de son monopole. Mais formule féconde pour de prochains appels d’offres. Ils ne sont ni pour demain ni pour après-demain sur le Transilien. Pour le transport régional, cela se précise. Comment va répondre le groupe ? « La chance d’avoir et Keolis et TER nous conduit à prendre le meilleur des deux », dit Guillaume Pepy. D’un côté Keolis avec sa culture du client et sa pratique des appels d’offres. De l’autre TER avec sa connaissance du ferroviaire et son savoir de chaque territoire. L’alliance sera « pragmatique avec, à chaque fois, des configurations différentes », annonce Guillaume Pepy.
    Difficile de s’avancer au-delà, tant que la loi n’a pas précisé les modalités de la concurrence. Réglé par exemple la question du « sac à dos social » – ce qu’on prend ou ne prend pas du statut pour les personnels qui vont être transférés. Un statut qui n’est pas la seule question. Selon les comptes de la SNCF, Transkeo est 40 % moins cher qu’un service Transilien, mais les deux tiers des gains viennent de l’organisation du travail induite par le système de tram-train. Au bout du compte, la question du statut ne pèserait que de 6 à 7 % dans les 40 % de baisse des coûts. Plus importante, peut-être, à propos des charges de personnels, l’affectation des frais de structure, qui plombe tout grand opérateur historique dans un appel d’offres. Ces questions ont été discutées par les opérateurs concernés (SNCF-Keolis, Transdev, RATP Dev, Deutsche Bahn) au sein de l’UTP. Ils réservent la position commune à laquelle ils sont arrivés, encore assez générale, à l’exécutif et au législateur.
    La concurrence dans le TER doit devenir la règle au plus tard fin 2023 selon le règlement européen. La proposition de loi des sénateurs Louis Nègre et Hervé Maurey, attendue à la rentrée, doit en permettre l’anticipation. Ils doivent dévoiler leurs intentions ce mercredi, le 21 juin. Franck Lacroix demande une loi d’ici fin 2018. Il faut lancer ensuite les premiers appels d’offres, compter au moins deux ans de préparation du service. Premiers trains en 2021 ? Ce n’est pas joué. Le candidat Macron a soutenu prudemment le principe d’une anticipation. On attend de savoir à quel rang des priorités le président va placer cette réforme.
    F. D.

  • Elles/ils ont dit

    Les priorités d’Elisabeth Borne vont s’organiser autour des « besoins de mobilité de la vie quotidienne », a indiqué la nouvelle ministre des Transports, répondant à des questions de journalistes, le 16 juin, en marge du salon Viva Technology à Paris. « On a besoin, plus que jamais, de toutes les innovations pour améliorer rapidement les services de mobilité, apporter des solutions dans tous les territoires », a-t-elle précisé.
    La ministre a également jugé « important de ne pas tabler uniquement sur des nouvelles infrastructures, d’abord parce qu’il y a des besoins très importants sur les réseaux existants ».
    « Les gens aujourd’hui ne veulent pas qu’on leur dise “dans 15 ans ça ira mieux“, il faut qu’on soit capables d’être agiles et innovants et d’apporter des améliorations maintenant », a-t-elle insisté, estimant que « la contrainte financière est peut-être aussi l’occasion de penser autrement la mobilité ».
    Sa feuille de route devrait être détaillée durant l’été. « Tous les ministres sont en train de préparer la leur, on va rendre notre copie et puis tout ça va être discuté avec le Premier ministre, et lui-même fait sa déclaration de politique générale début juillet, donc c’est dans la foulée que chaque ministre pourra présenter sa propre feuille de route », a-t-elle expliqué.

     

    Guillaume Pepy. « Si nous voulons être l’assistant personnel des mobilités de chacun, nous devons avoir les bus, les autres trains, voire BlaBlaCar, car ce que les gens souhaitent, c’est avoir un site avec la plus large palette de choix possibles. Notre véritable métier c’est celui de place de marché », affirme le dirigeant de la SNCF à La Tribune , pour qui « le plus gros concurrent, c’est Google ! ».

     

    Aurélien Taché. « Nous avons besoin de trains plus nombreux et plus réguliers », a expliqué le candidat LREM dans la Xe circonscription du Val-d’Oise le 13 juin à la ministre des Transports, Elisabeth Borne, arrivée par le RER en gare de Cergy-Saint-Christophe, pour échanger avec celui qui venait d’éliminer lors du 1er tour  le socialiste Dominique Lefèvre, patron de l’agglomération de Cergy-Pontoise. « Et il va falloir vraiment regarder le problème des deux opérateurs présents sur la ligne, via l’interconnexion entre la SNCF et la RATP à Nanterre. Je pense que nous avons des marges de manœuvre pour améliorer le RER A », a ajouté Aurélien Taché. Des propos repris le 14 juin dans le leparisien.fr.

     

    Bruno Gazeau. « Si on veut réduire le prix du train de façon durable, la SNCF doit traiter les causes des surcoûts. Cela suppose de mettre en œuvre les principes d’exploitation du low cost de l’aérien en saturant l’utilisation du parc dimensionné pour couvrir les heures de pointe. Cela implique le maintien de circulation en heures creuses, en début de matinée, en fin de soirée, voire de nuit, le train en place assise restant nettement plus confortable et plus rapide que l’autocar ».

    Le 9 juin, le président de la Fnaut s’est exprimé lors d’une conférence de presse sur la tarification Grandes lignes de la SNCF.