Résultats de recherche pour « LOM »

  • Ile-de-France : lancement des travaux de prolongation du T4

    Les travaux de prolongement du T4 qui doit relier la gare de Gargan aux Pavillons-sous-Bois à Montfermeil en Seine-Saint-Denis ont été lancés officiellement le 18 octobre. Le tronçon, qui doit être mis en service en 2019, permettra d’aller plus facilement à Paris, qui se situe à une quinzaine de kilomètres de là, mais qu’on atteint actuellement en 1 heure 40 en transports en commun.

  • « Christian Estrosi est dans le vrai quand il dit payer 36 millions d’euros de trop à la SNCF »

    Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui reproche à la SNCF des coûts trop élevés souhaite expérimenter la concurrence au plus vite. Claude Steinmetz, directeur ferroviaire France de Transdev que Ville, Rail & Transports a interrogé, analyse la situation et explique sur quels leviers on pourrait jouer pour améliorer, selon lui, les conditions du service ferroviaire.

    Ville, Rail & Transports. Quelles réactions vous inspirent les déclarations de Christian Estrosi qui critique le service ferroviaire en Provence-Alpes-Côte d’Azur ?
    Claude Steinmetz. Sur les 291 millions d’euros payés par la région à la SNCF, les charges de structures représentent plus de 18 millions d’euros, ce qui est très lourd. La rémunération qui s’élève à plus de 10 millions d’euros ne correspond pas à la qualité de service. Il y a une optimisation à faire pour mettre en relation coûts et qualité de service offert. Je pense que Christian Estrosi est dans le vrai quand il dit payer 36 millions d’euros en trop.
    Quand un président de région fait part de son incompréhension sur ce qui représente quelque 12 % de l'activité, il faut savoir se remettre en cause et être innovant.

    VR&T. Sur quels leviers de coûts pourriez-vous agir si Transdev exploitait le service ferroviaire ?
    C. S. Il est légitime de s’interroger quand on a 20 % de trains en retard, 10 % de trains supprimés, 40 trains programmés qui ne circulent pas chaque jour et 18 % de taux de fraude. Une telle situation ne peut que conduire à un système ferroviaire défaillant et à un recul de la fréquentation.

    Ce bilan désastreux, lié au monopole de la SNCF, le classe au dernier rang des régions, comme le montre d’ailleurs dans le palmarès établi chaque année par votre magazine, Ville, Rail & Transports. On ne peut que comprendre que l’ensemble des acteurs, cheminots, élus, populations, ne soient pas satisfaits.

    Chez Transdev, nous avons le savoir-faire technique pour exploiter des TER. Il faut savoir qu’à l’international, nous réalisons 660 millions d’euros de chiffre d’affaires hors péages. Soit l’équivalent de l’activité de plusieurs régions françaises.

    Le coût du train-kilomètre en Allemagne est de 14 euros en moyenne, alors qu’il est quasiment du double en France (23 euros). En Provence-Alpes-Côte d’Azur, il est même au-delà (27 euros). Je ne dis pas que ce que nous faisons en Allemagne nous pourrions exactement le faire en France. Mais pensons, comme les élus, que nous pourrions abaisser les coûts. Il faut trouver une nouvelle forme d'organisation, mettre en place un plan d'action réunissant l'ensemble des acteurs. Tout doit être partagé avec les partenaires, il faut travailler dans la transparence.

    Nous ne croyons pas à des énormes structures. Mais à des structures légères, agiles, réactives. Nos équipes connaissent parfaitement les lignes sur lesquelles elles interviennent, elles participent à leur exploitation, elles en sont fières. Il faut savoir aller vite et fort. Il faut un plan d'action pour redresser la situation au-delà du simple reconventionnement qui est en cours.

    VR&T. Selon vous, quelles lignes devraient être ouvertes à la concurrence ?
    C. S. Je vais dire honnêtement et pour couper court à un courant de pensée actuel : il faut oublier les termes lignes rentables et lignes non rentables. Les opérateurs gèrent un service conventionné. Le privé n'est pas là pour exploiter des lignes rentables. La seule chose qui compte pour mettre en place une expérimentation qui fonctionne est de disposer d'un périmètre suffisant pour que l'ensemble des questions puissent être abordées et pour disposer d'éléments probants. Il faut que l'Etat ait le courage de lancer une loi d'expérimentation. Actuellement, nous vivons une situation dans laquelle les régions ont la responsabilité de la gestion du service public mais elles ont les mains liées. Elles font face à un seul opérateur qui ne joue pas la transparence. Je le regrette comme je regrette l'absence de dialogue.

    Or, nous avons besoin d'avoir une SNCF forte en France. Aujourd'hui, elle est affaiblie. Sortons de cette situation et travaillons ensemble pour construire l'avenir. Je souhaite un plan d'action qui soit partagé par le plus grand nombre.

    VR&T. Pensez-vous qu'une expérimentation pourrait être lancée en Provence-Alpes-Côte d'Azur avant 2019, comme le demande Christian Estrosi ?
    C. S. Pourquoi pas ? Il faut lancer des expérimentations (et non pas une expérimentation) en parallèle pour voir maintenant comment on peut aller de l'avant. Si on attend que tout soit réglé partout, on n'avancera pas. Car, ce type de discussion, nous l'avons depuis des années. Nous avons déjà assez perdu de temps.

    Nous allons travailler dans le cadre de groupes de travail au sein de l'UTP, dans la continuité de ce que nous avons fait pour la convention collective. Des réunions sont déjà programmées. Nous allons aborder de nombreux sujets sur le matériel, la distribution et sur le transfert de personnel, qui est une des questions prioritaires. Puis ce sera à l'Etat de fixer les principes de transfert pour éviter l'arbitraire. Il faut exiger de la SNCF des comptes de ligne transparents. Comme cela se passe dans le transport interurbain depuis plus de 20 ans. Nous-mêmes à l'international, nous avons l'habitude de ces transferts. L'expérimentation servira à préparer l'ouverture à la concurrence qui s'imposera à la France. C'est dans l'intérêt de tous, de la SNCF, des cheminots, des élus et des contribuables.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

  • Pour la Fnaut, un quatrième appel à projet est « nécessaire et justifié »

    Tramway ou BHNS, faut-il choisir ? Les deux mon capitaine ! Historiquement, « même le mot tramway était tabou, il fallait parler de système léger sur rail », se remémore la Fnaut à l’occasion d’un point presse sur les TCSP. On n’en est plus là. Il ne s’agit plus non plus dans le discours ambiant, et c’est tant mieux, « d’innover à tout prix, mais de répondre à des besoins de transport ». Bref, autant le débat entre tram fer et tram sur pneu a été rapidement tranché en faveur du premier et « l’expérience a donné raison à la Fnaut », rappelle-t-on en citant les déboires du TVR et le peu de succès commercial du Translhor comme du guidage magnétique choisi à Douai, autant la fédération d’usagers n’émet pas de préférence entre bus à haut niveau de service et tram, deux choix techniques « fiables ».

    Mais pour envisager le lancement de tous les projets encore dans les cartons des collectivités, pas de doute, le gouvernement devrait lancer un quatrième appel à projet. « Justifié par la croissance démographique forte des citadins dans les 15 ans à venir ; le vieillissement de la population ; l’accidentologie et la pollution de l’air »… Entre autres.

    Des arguments étayés par les retours d’expériences des choix tramway/BHNS examinés par les cabinets TTK de Marc Perez et Trans-Missions, du consultant Jean-Marie Beauvais. Les conclusions de ces expertises sont sans appel : aux millions investis par kilomètre de ligne, répondent invariablement des millions de nouveaux voyages par kilomètres exploités annuellement. Parmi les précautions à prendre lors du choix entre bus et tram : « prévoir la fréquentation en tenant compte du fait que l’effet tramway est plus fort que l’effet BHNS »…

    C. N.

  • Strasbourg reçoit sa première rame Citadis

    La première d'une série de douze rames Citadis destinées à l'exploitation de la ligne D, en cours d'extension vers Kehl en Allemagne, a été livrée…  

    à Strasbourg le 3 octobre. Homologuées par les services de la TAS (Technische Aufrichtsbehörde für Strassen- und Stadtbahnen) à Stuttgart, ces rames répondent aux exigences réglementaires en vigueur outre-Rhin (troisième phare à l'avant, luminaires sur les côtés) et restent interopérables sur l'ensemble du réseau de la CTS. Commandées à Alstom pour un prix unitaire de 3,4 millions d'euros, elles présentent un "nez" au design inédit, un éclairage LED et offrent une capacité de 288 passagers, contre 270 places dans leur configuration habituelle (45 mètres) à Strasbourg. Les essais en ligne débuteront fin octobre pour le nouveau matériel. Les premiers essais sur la ligne Strasbourg-Kehl (2,7 kilomètres de voies nouvelles) sont prévus en janvier 2017 pour une mise en service promise en avril 2017. 

    O.M.

  • RATP Dev va remplacer Transdev à Vannes

    La communauté d’agglomération de Vannes a décidé de confier à RATP Dev, à partir du 1er janvier prochain, l’exploitation et la maintenance de son réseau de bus Kicéo. La filiale de la RATP, qui va remplacer Transdev, va créer une filiale, CTGMVA (Compagnie des Transports Golfe du Morbihan – Vannes Agglomération), pour cette délégation de service public qui durera sept ans. Le chiffre d’affaires est de 105 millions d’euros sur toute la durée.
    Le réseau Kicéo dessert plus de 141 000 habitants au sein de l’agglomération vannetaise qui compte 23 communes. Dix lignes régulières urbaines de bus sont exploitées ainsi que quatre lignes périurbaines, des circuits et lignes scolaires et un service de transport à la demande (TAD) et de transport des personnes à mobilité réduite (TPMR).
    Parmi les changements à venir, le TAD sera restructuré à partir de 2017 « pour mieux assurer le rabattement vers les pôles de vies périphériques et vers les lignes régulières du réseau ». Il est aussi prévu en 2020 de mettre en place trois lignes structurantes conformément à ce que prévoit le schéma directeur des transports collectifs de l’agglomération.

     

  • La success story du réseau d’Haguenau

    Partie de rien il y a dix ans, l’agglomération d’Haguenau a réussi à faire prendre le bus à ses 40 000 habitants. Et dans l’intervalle, à faire croître cette habitude de près de 50 %. C’est notamment grâce aux méthodes de CarPostal qui gère le réseau Ritmo depuis sa création. Des animations étaient organisées le 1er octobre histoire de fêter avec les voyageurs cette success story. Lancé en septembre 2006, avec trois lignes de bus et un service de transport à la demande, le réseau Ritmo enregistrait un peu plus d’un million de voyages dès sa première année pleine. Il en est aujourd’hui à 1,541 million, soit 45 % de croissance. « Le réseau est bien adapté au territoire et à la demande de transport, 70 % de la population est desservie », estime André Erbs, premier adjoint à la mairie de Hagueneau et président du syndicat des Transports, regroupant la commune voisine de Schweighouse-sur-Moder.

    C’est lui qui a supervisé le projet dès son origine en 2005, quand le conseil municipal approuvait son plan de déplacements et entérinait la possibilité de faire rouler des bus. « Les élus de la ville vivaient depuis les années 80 avec l’idée que le bus ici ça ne fonctionnerait pas, se remémore-t-il. Parce qu’une tentative de navette bus entre la gare et le nouvel hôpital en périphérie n’avait pas remporté l’adhésion. »

    Au moment de la consultation initiale pour ce marché public, le Sivu nouvellement créé à cet effet a l’idée d’anonymiser les offres. « Ainsi le jury a délibéré en toute impartialité », poursuit l’élu. Le choix s’est porté sur CarPostal France, à la surprise générale. « Leur proposition montrait une telle connaissance du site que les élus de la commission étaient persuadés avoir choisi une entreprise locale… » En juillet 2013, un nouveau contrat a été signé jusqu’en 2020, cette fois sous forme de délégation de service public (DSP), l’exploitant prenant le risque commercial à sa charge.

    Ritmo, qui portait bien son nom, puisqu’il était cadencé, hiérarchisé, et convergeait vers la gare SNCF et routière transformée en pôle de mobilité, a pris de l’ampleur à cette occasion. La flotte de 19 midibus (10 m) et trois minibus pour le TAD a été renouvelée pour exploiter les désormais quatre lignes du réseau. La DSP inclut aussi les 14 lignes scolaires confiées à des sous-traitants locaux. « Le réseau a constamment évolué, mais plus encore en 2013, raconte Séverine Levannier, directrice de Ritmo. Il y a davantage de services, avec deux lignes cadencées au quart d’heure à la pointe du matin et du soir et aux 30 minutes le reste du temps ; une nouvelle ligne vers un nouveau quartier ; une amplitude horaire plus large grâce au TAD qui démarre à 4h du matin et jusqu’à 22h. Le TAD est plus flexible pour répondre aux besoins de loisirs comme de travail… »

    De plus, la priorité aux feux permet aux bus de maintenir une bonne régularité. Enfin, et c’est un peu la marque de fabrique de l’exploitant suisse, toutes les lignes sont organisées pour offrir la correspondance parfaite avec les lignes TER. Ritmo s’est même lancé dans la multimodalité avec 110 vélos en location et un partenariat depuis cet été avec Citiz, communauté d’autopartage. Ritmo fidélise ses clients – 80 % d’abonnés – qui étaient 96 % à se dire satisfaits du service lors de l’enquête de 2015.

    Avec une subvention de 2,6 millions d’euros, « presque intégralement payée par le VT à 0,55 % », André Erbs se réjouit d’avoir des résultats au-dessus de la moyenne nationale des villes de taille équivalente. « Plus de 4 000 voyages par jour, 38 voyages par an et par habitants, et un taux d’utilisation de 1,85 voyage par kilomètre », énumère l’élu. Au 1er janvier 2017, le périmètre s’élargira avec la création d’une communauté d’agglomération (issue de la fusion de quatre communautés de communes) qui aura automatiquement la compétence transport. Il faudra alors réfléchir à des TC pour près de 100 000 habitants. « Plus personne n’imaginerait pouvoir se passer des bus, assure-t-il. Même tous les élus qui ont oublié qu’ils n’y étaient pas favorables il y a dix ans ! »
    C. N.

     

  • Ajaccio passe en SPL

    Afin d’optimiser ses transports, le Pays Ajaccien a opté pour la gestion directe. Depuis le 1er septembre 2016, la Société publique locale (SPL) Mobilité et Stationnement du Pays Ajaccien (86 personnes) a repris l’exploitation du réseau de transport. « Grâce à la SPL Mobilité et Stationnement du Pays Ajaccien, les élus ajacciens souhaitent renforcer l’implantation locale de l’exploitant : développer les compétences internes et réinternaliser certaines missions, remobiliser les personnels autour d’un véritable projet d’entreprise et redorer l’image du transport public auprès des Ajacciens », explique la Communauté d’agglomération du Pays Ajaccien (Capa) dans son communiqué.  A partir de 2017, des ajustements seront apportés sur le réseau afin de l’améliorer et de faire évoluer l’organisation de l’entreprise.

  • L’industrie ferroviaire française sous pression

    L’industrie ferroviaire française sous pression

    Le face-à-face Bussereau/Savary
    Dominique Bussereau et Gilles Savary reviennent sur le tumulte créé par les annonces successives d’Alstom d’un contrat de deux milliards d’euros aux Etats-Unis et de la fermeture de l’usine de Belfort. L’industrie ferroviaire française sous pression

     

    Par Dominique Bussereau
    Ancien ministre, député Les Républicains et président du conseil départemental de Charente-Maritime, président de l'Assemblée des départements de France, vice-président du Gart.

    Dans La Vie du Rail du 24 au 31 mai 1964, Pierre Sudreau, président de la Fédération des Industries Ferroviaires écrivait « le chemin de fer dans le monde est bien vivant. Il connaît une extraordinaire expansion à laquelle peuvent participer largement les constructeurs français ».
    Phrase prophétique mais que l’actualité vient néanmoins corriger !
    1) Le cas Alstom
    L’usine de Belfort n’aura plus de travail d’ici deux ans : la commande pour le Kazakhstan est terminée et il reste de maigres commandes pour l’Azerbaïdjan, la Suisse et la fin de la construction des motrices des TGV Euroduplex.
    La perte d’un contrat de 44 locomotives qu’une filiale de la SNCF et de la Deutsche Bank a finalement confié à Vossloh ne change hélas rien au triste destin d’un site historique dont les effectifs ont déjà diminué de moitié au fil des ans.
    A l’international, la situation est certes meilleure grâce au contrat récent avec Amtrack, ou avec l’italien NTV. Mais naturellement ce sont dans les sites industriels hors de France qu’Alstom réalisera ces commandes.
    Au moment où j’écris ces lignes le gouvernement s’émeut (bien tardivement) et évoque la fameuse commande (toujours annoncée et réannoncée) de 30 trains Intercités.
    Et se profilent à l’horizon des commandes importantes dont l’appel d’offres de l’Ile-de-France pour la nouvelle génération de RER (lignes D et E), ou celui du TGV du futur pour la SNCF.
    Mais chacun sait bien qu’Alstom sera soumis à une rude concurrence (en particulier de CAF) pour les RER franciliens et que le TGV du futur verra le jour tardivement car la SNCF ne manifestera aucun empressement, bien au contraire… J’espère qu’elle s’intéressera véritablement à ce projet, sans qu’il tombe aux oubliettes comme ce fut le cas pour l’AGV.
    Tout cela laisse hélas présager d’autres Belfort !

    2) Quelles sont les causes de cette crise ?
    De 1990 à 2010 notre pays a fortement investi dans le ferroviaire et renoué avec le tramway : le Grenelle de l’environnement a constitué le couronnement de cette période faste.
    Depuis 2012, le gouvernement a délibérément choisi le mode routier, multipliant les programmes autoroutiers, favorisant le covoiturage et l’autocar, supprimant l’écotaxe, diminuant de ce fait les concours au transport public auxquels s’applique de surcroît une TVA majorée.
    La réforme ferroviaire a livré notre pays au seul bon vouloir d’une SNCF réintégrée et trop bunkerisée ; l’absence d’une véritable concurrence prive l’industrie ferroviaire d’un carnet de commandes qui se développe partout à l’étranger (par exemple en Allemagne, les concurrents de la DB représentent 20 % du chiffre d’affaires de l’industrie ferroviaire nationale).
    Cette France ferroviaire rabougrie vit par ailleurs dans un contexte de concurrence internationale acharnée.
    A côté d’Alstom, de Siemens et Bombardier est né un géant chinois CRRC. Hitachi est devenu un concurrent à l’échelle mondiale et en Europe des concurrents très compétitifs se sont confortés : Stadler, Skoda, Pesa, CAF, etc.

    3) Quel avenir ?
    Le monde entier continue de s’équiper en mode ferroviaire et les besoins de transports collectifs sont immenses dans les grandes agglomérations. De même en France de très grands chantiers sont en vue dont celui du Grand Paris.
    Notre industrie ferroviaire a donc des atouts majeurs mais il lui faut :
    – Un marché domestique dynamique, comme en Allemagne ou en Asie ;
    – Des nouvelles régions prêtes à investir si l’Etat leur en donne véritablement les moyens et permet la concurrence ;
    – Un système ferroviaire national désclérosé et lui aussi ouvert à la concurrence.
    Enfin l’industrie ferroviaire européenne n’échappera pas à des regroupements pour constituer enfin cet Airbus du ferroviaire, tant vanté mais jamais mis en œuvre, seul capable de résister à la montée en puissance des concurrents asiatiques en particulier.
    Sans ces regroupements rapides et essentiels, il y aura hélas encore beaucoup de Belfort, et pas seulement en France.

     

    Notre industrie ferroviaire au pied du mur entre rente et marché

     

    Par Gilles Savary
    Député PS de la Gironde et ancien vice-président de la commission Transport du Parlement européen.

    S'il est un domaine où la France dispose encore de solides atouts, c'est dans celui des transports, en particulier ferroviaires où son antériorité lui permet de maîtriser tous les savoir-faire et tous les métiers de la chaîne de transport.
    Paradoxalement, ce savoir-faire semble aujourd'hui mieux se porter sur les marchés étrangers que dans l'hexagone où nos chemins de fer sont confrontés à de redoutables défis : émergence fulgurante de concurrences aériennes et routières ; usagers plus attentifs au prix et au respect de leurs droits ; développement d'applications collaboratives, incapacité à endiguer le vieillissement du réseau et à résoudre les goulets d'étranglement, dégradation des équilibres économiques ; relations tumultueuses avec les AOT régionales.
    Dans ce contexte, l'amont de la filière s'inquiète sérieusement de la dégradation des débouchés de son pré carré intérieur. L'équipementier Faiveley a été cédé à des Américains, et surtout le carnet de commandes national d'Alstom se tarit. Les Chinois ont créé un géant du matériel ferroviaire ; le japonais Hitachi a jeté des têtes de pont en Europe en absorbant l'italien Ansaldo et en implantant des ateliers en Grande-Bretagne ; et, transgression insupportable, Eurostar attend ses premières rames Siemens.
    Face à cette situation, le vieux réflexe colbertiste français, qui consiste à obliger la SNCF à accélérer la rotation de ses commandes de rames TGV en multipliant les dépréciations de son parc, et à préempter les finances régionales par de gigantesques marchés à options de 1 860 rames TER, conclus pour dix ans en 2009 avec Alstom, et en 2010 avec Bombardier, fait office d'assurance tous risques.
    Mais cette addiction n'est ni stimulante, ni économiquement durable. Notre marché intérieur est sous-dimensionné pour soutenir à lui seul la prospérité de nos usines, ainsi que leur compétitivité sur le marché mondial. Les régions entrent désormais dans une phase dictée par la maîtrise de leurs finances et par la frugalité tarifaire à laquelle les contraignent des usagers de plus en plus exigeants.
    Enfin, le marché des tramways urbains impulsé dans les années 90 atteint la maturité de sa phase de premier équipement.
    Si cet « abonnement » à une commande publique accommodante est de bonne guerre, il n'est ni inépuisable, ni dénué de risques.
    D'abord, parce que cette rente n'est pas immuable à une époque de tensions sur les finances publiques. Alors que la SNCF est sommée de maîtriser sa dette (qui frôle désormais les 50 milliards d'euros) et d'améliorer sa productivité, il devient de plus en plus délicat de l'obliger à « surcommander » des matériels décalés de ses besoins et du prix de marché.
    Et il est douteux que les régions continuent à se lier les mains à des marchés qui ne leur permettent pas d'ajuster leurs achats de matériels à l'évolution de leurs besoins et à des prix concurrentiels.
    C'est précisément ce constat qui a poussé Alstom à manifester brutalement son intention de fermer son usine de Belfort, après une commande intempestive d'une quarantaine de locomotives Vossloh (15 % moins cher) par une filiale franco-allemande de la SNCF, et surtout avant le dépouillement de marchés de matériels pour les RER D et E et les TET, sur lesquels il n'est pas le mieux placé.
    Il n'est pas anormal de défendre son industrie par la commande publique à condition que ce patriotisme économique ne soit pas à sens unique. Sauf à ce qu'il ne serve à rien de disposer d'un leader mondial de l'industrie ferroviaire qui accumule les succès à l'étranger et en répartit quasi exclusivement la charge de travail en dehors de l'hexagone, la pérennité de notre industrie ferroviaire suppose un vigoureux changement de stratégie d'Alstom, en faveur d'une plus grande flexibilisation de son appareil de production national, d'une insertion de ses usines de production françaises dans son activité internationale, et enfin d'un comportement de marché plutôt que de rente en réponse à la commande publique française.
    Par ailleurs, il est douteux qu'Alstom échappe durablement à une consolidation industrielle du secteur, d'ambition européenne, voire mondiale, visant un effet de gamme mieux adapté à la variété des usages, et un regroupement d'acteurs industriels apte à tisser de solides alliances compétitives sur le marché asiatique.
    Alors que les Chinois partent avec les Russes à la reconquête d'une nouvelle route de la soie ferroviaire en vue d'établir une avant-garde d'implantation durable en Europe, il est urgent de dépasser nos routines hexagonales, comme le libéralisme éthéré de la Commission européenne, si l'on veut conserver nos positions dans ce domaine d'excellence européen et français !

  • Alstom. Les dessous d’une affaire d’Etat

    Alstom. Les dessous d’une affaire d’Etat

    L’annonce par Alstom de la fin prochaine de la production à Belfort, berceau du groupe, a fait l’effet d’une bombe. Alors qu’approche l’élection présidentielle, François Hollande et le gouvernement veulent à tout prix repousser la perspective de la fermeture. Pour sa part, Alstom espère sans doute, vu l’impact politique et social, que la très grosse commande en cours d’examen pour le RER 2N NG n’échappera pas au consortium qu’il a formé avec Bombardier.

    «Le président de la République nous a fixé un objectif, celui de faire en sorte qu’à Belfort les activités ferroviaires d’Alstom soient maintenues », a déclaré le ministre de l’Economie Michel Sapin sur le perron de l’Elysée le lundi 12 septembre. La réunion interministérielle présidée par François Hollande a été le climax de la nouvelle affaire Alstom. Affaire déclenchée mercredi 7 avec l’annonce de la fin, après 2018, de l’ingénierie et de la production dans l’usine de Belfort, berceau du groupe. Y a-t-il eu politisation du dossier ? Mais le dossier a toujours été politique et, alors que les candidats possibles ou déclarés s’échauffent pour la course à la présidentielle, le retentissement était garanti.
    C’est lors de l’European Works Forum (EWF), instance réunissant les salariés européens du groupe, qui se tenait le 7 septembre à Reichshoffen, que l’information concernant Belfort a été communiquée. Alain Courau, directeur de Belfort, a ensuite réuni les OS du site. Ont suivi sans tarder des lettres de Fabienne Keller (sénatrice du Bas-Rhin) et de 12 autres élus, ou de Louis Nègre (président de la FIF). Et une demande d’explication de Bercy dès le lendemain de l’annonce.
    Mais, tout de suite, on a changé de dimension. Nicolas Sarkozy a accusé Emmanuel Macron de n’avoir « rien fait » pour Alstom, Emmanuel Macron considéré que « la décision qui a été prise et le calendrier ne sont pas acceptables », Arnaud Montebourg dénoncé une mesure « inacceptable », fruit du « laisser-faire ». Manuel Valls, lui aussi, a jugé la « méthode inacceptable » et déclare : « nous avons déjà sauvé Alstom et nous pouvons encore sauver Alstom, à condition que les dirigeants jouent pleinement leur rôle ».
    S’agit-il de sauver Alstom ? Mais Alstom aujourd’hui ne se porte pas mal. Selon les chiffres donnés le 20 septembre par Henri Poupart-Lafarge, PDG d’Alstom : 6,9 milliards de CA (exercice 2015-2016), une marge opérationnelle de 5,3 % jugée raisonnable, 10,6 milliards de commandes décrochées lors de l’exercice. Depuis la cession de l’énergie à General Electric, le groupe est désendetté. Certes, de bons connaisseurs de l’industrie doutent de la viabilité à terme de ce « pure player », et voient dans le démantèlement du conglomérat l’annonce du début de la fin. Mais, pour l’heure, Alstom globalement se porte bien, et les difficultés sont d’abord hexagonales. Le problème, c’est la situation des 12 sites nationaux. En France, Alstom réalise 20 % de son activité par destination, 30 % par origine. Et, en France, comme à peu près partout, l’activité dépend essentiellement des commandes publiques. Or celles-ci déclinent. On connaît l’histoire : fin du « tout-TGV », déclin du fret, fossé considérable entre la commande cadre des Régiolis (comme des Regio 2N de Bombardier) et les commandes réellement passées, remise en question du modèle TET. S’agissant de Belfort, spécialisé dans les motrices de TGV et les locomotives, le peu d’empressement de la SNCF à commander la nouvelle génération de TGV fragilise depuis longtemps le site. Le coup de grâce serait venu de la commande passée cet été par Akiem, filiale de la SNCF et de la Deutsche Bank, à Vossloh (avec le français Socofer), et non à Alstom, de 44 locomotives thermiques pour les besoins de SNCF Réseau. 44 locomotives qui auraient redonné de la visibilité au site pour plus d’un an. Mais Vossloh était moins cher de 15 %.
    Devant la brutalité de l’annonce, l’Etat s’offusque. Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’Industrie, s’étonne de ne pas avoir reçu de coup de téléphone. Selon Le Monde, ce n’est que l’avant-veille qu’un représentant de l’Etat au CA a été informé de la volonté de fermer le site. Alain Vidalies assurait le 13 septembre devant la presse : « On nous dit qu’on nous a alertés. Toutes les questions portaient en réalité sur Reichshoffen. Mais de l’avenir de Belfort, il n’en était pas question. Ou seulement lorsque Alstom a perdu le marché d’Akiem. » Etonnant tout de même. En octobre 2014, Patrick Kron, alors PDG du groupe, avait parlé de menaces pesant sur Belfort et concernant 400 emplois. La Fédération des industries ferroviaires n’a cessé depuis d’alerter sur la situation difficile de plusieurs sites d’Alstom, notamment Belfort, Reichshoffen et Ornans. L’Etat, qui a 20 % des droits de vote et a deux représentants au CA d’Alstom est parfaitement informé de la situation du groupe. « Que font les ministres ? », s’étonne Arnaud Montebourg.
    Que peuvent-ils faire ? L’essentiel du CA est réalisé hors de France. La demande de « contenu local » dans les commandes est devenue quasi générale. C’est le cas aux Etats-Unis, pour la commande qui vient d’être remportée par Alstom de trains à grande vitesse (voir p. 80). Ça l’est aussi pour les locomotives en Inde (commande remportée en 2015) ou les trains de voyageurs en Afrique du Sud (2014), comme pour la commande cadre des tramways d’Algérie. De même, c’est grâce à l’accord avec Transmassholding (TMH) que le groupe est présent sur les marchés russe et de la CEI.
    Il y a un peu de marge. Si les commandes doivent être pour l’essentiel produites localement, ce n’est en général pas le cas des premiers éléments. Et, c’est vrai, Alstom a fait le choix de fabriquer dans son site de Lapa, au Brésil, les 20 premiers trains X’Trapolis sur un total de 600 commandés par Prasa (Afrique du Sud), commande de 4 milliards d’euros de 2014. Il a même décidé de construire intégralement la commande récemment remportée de 79 trains destinés aux NS (800 millions d’euros, Pays-Bas) à Katowice (en Pologne), site où sont aussi construits la part des métros de Riyad commandés à Alstom.
    D’autres choix de fabrication auraient pu réduire l’impact du fléchissement ferroviaire hexagonal. Pas le compenser intégralement. Et la marge est réduite. Les coûts de Katowice ne sont pas ceux de Valenciennes. Pas facile de passer à l’international avec les coûts de production français. Dans un proche avenir, cependant, des commandes françaises peuvent être espérées pour les sites français. Le gouvernement vient de confirmer celle de 30 Coradia 160 pour les TET, annoncée en février par Alain Vidalies. On attend la décision, en 2017, sur les premières rames du métro du Grand Paris : Alstom est candidat. Quant aux premiers trains de la nouvelle génération de TGV, annoncée le 7 septembre aussi, ils arriveront en 2022 (voir pages suivantes). C’est le fleuron de Belfort. Mais 2022, c’est bien tard pour le site historique. Alain Vidalies a fait le décompte de ce que peut apporter la commande publique à Alstom pour franchir le « gap » entre fin 2018 et 2022 (voir encadré). Après, si l’on voulait vraiment maintenir la production ferroviaire à Belfort, il faudrait moderniser l’usine et la restructurer. Elle est aujourd’hui enclavée au sein du site devenu General Electric.
    En fait, la prochaine grande échéance, pour Alstom en France, c’est le RER 2N NG, qui doit être attribué à la fin de l’année. La commande, de 71 rames ferme, soit environ 1,4 milliard d’euros, et pouvant porter jusqu’à 200 rames, soit environ 4 milliards, est en cours de jugement. Elle doit revenir soit à CAF, qu’on dit bien placé, soit au consortium Alstom-Bombardier. L’avenir de Petite Forêt, pour Alstom, et de Crespin, pour Bombardier, dépend en grande partie de la décision. Soit dit en passant, celui de Bagnères-de-Bigorre, pour CAF, aussi. Henri-Poupart Lafarge, devant la presse, à Berlin, en marge d’Innotrans, l’assure : « Il n’y a pas d’arrière-pensée, sur le timing ou sur les annonces », et dit que cela le « chagrine un peu qu’on puisse supposer qu’on joue avec de telles annonces ». Francis Nakache, directeur général de CAF France, se demande pourtant, à propos de prochains marchés dont le RER 2N NG « s’il ne va pas y avoir des pressions sur la RATP ou la SNCF » et demande que les décisions soient prises « dans le respect des procédures publiques ». Car, même s’il n’y a eu aucune intention de la part d’Alstom dans l’annonce concernant Belfort, le sort du berceau du groupe et des autres sites pourrait peser très lourd sur des prochains choix.

    F. D.<

  • Crossrail. Et maintenant, les trains !

    Crossrail. Et maintenant, les trains !

    Presque deux ans et demi après avoir remporté le marché du matériel roulant pour la future ligne est – ouest du RER londonien Crossrail, alias Elizabeth Line, Bombardier présente les toutes premières rames dans son usine anglaise de Derby. Avec un aménagement qui tient plus du « supermétro », que du train de banlieue.

    Le 29 juillet, les dirigeants de Transport for London (TfL) se sont rendus à l’usine Bombardier de Derby, au cœur de l’Angleterre, pour un parcours sur voie d’essais à bord de la première des 66 rames Class 345 destinées à la première ligne Crossrail. Récemment baptisée Elizabeth Line, appellation qui doit entrer en vigueur en décembre 2018 pour l’ouverture au trafic de la traversée souterraine du centre-ville et des Docklands, cette première ligne du « RER londonien » devrait relier l’est et l’ouest de l’agglomération fin 2019.
    Sans attendre cette échéance, 15 des nouvelles rames à intercirculation pour Crossrail devront avoir été mises en service dès mai 2017 sur la desserte TfL Rail entre la gare londonienne de Liverpool Street et Shenfield, dans la grande banlieue nord-est. Une desserte dont l’exploitation a été reprise par MTR dans le cadre du contrat Crossrail, les trains vers Shenfield étant destinés à être intégrés à l’Elizabeth Line en 2019.
    Les 15 rames pour Shenfield ne comprendront que sept caisses (160 m) à cause de la longueur limitée des quais de la gare de Liverpool Street. Elles seront basées au dépôt d’Ilford, à l’est de Londres, jusqu’à l’intégration de la desserte de Shenfield à l’Elizabeth Line. C’est alors qu’elles seront allongées à neuf caisses (200 m) et rejoindront le nouveau dépôt d’Old Oak Common, dans l’ouest de Londres. Ce dépôt, qui doit être livré en 2017, aura de son côté reçu les premières rames de neuf caisses, destinées dans un premier temps (mai 2018) à la desserte Paddington – Heathrow, en remplacement des dessertes actuelles Heathrow Connect.

    Comme un métro, mais conforme aux STI

    Ce nouveau matériel roulant, qui est également le premier de la nouvelle plate-forme Aventra de Bombardier, impressionne par l’impression d’espace qui y règne. C’est ce qu’ont eu tout loisir de voir les invités à la présentation du 29 juillet, une fois à bord de la deuxième rame. Celle-ci était garée sur une des quatre voies du nouveau bâtiment V de Derby, long de 240 m et large de 40 m. Ce bâtiment a été spécialement construit pour le projet Crossrail, qui doit également créer 760 emplois au Royaume-Uni, plus 80 postes d’apprentis.
    Dans ce nouveau bâtiment, la rame Crossrail avait pour voisines des automotrices Electrostar, la précédente génération produite à Derby, depuis bientôt 20 ans. Egalement toutes neuves, ces rames sont destinées à c2c (ligne à l’est de Londres) et GWR (trains au départ de Paddington). La présence simultanée des deux générations sous le même toit a permis de les comparer : non seulement les caisses en aluminium des Class 345 sont plus longues que celles des Electrostar – on passe de 20 à 22 m, voire 23 pour les voitures d’extrémité – mais elles présentent trois paires de portes louvoyantes-coulissantes de chaque côté, au lieu de deux paires de portes coulissantes pour les versions destinées à la proche banlieue. Ces trois ouvertures par caisse, dont l’ouverture est de 1 450 mm, devraient contribuer à réduire les temps d’échanges lors des arrêts et distinguent les Class 345 des futures rames Class 710 destinées à l’Overground, qui même si elles sont aussi des Aventra ne présenteront que deux ouvertures, sur des caisses plus courtes.
    Ces différences entre deux matériels de la même plate-forme montrent à quel point TfL a imprimé sa marque aux rames Crossrail : responsable du design pour l’autorité organisatrice des transports de Londres, Jon Hunter estime d’ailleurs que le train Crossrail est « à 95 % du design TfL ». Pour autant, Bombardier et TfL ont été assistés par l’agence Barber & Osgerby sur les questions de design.
    Résultat : l’aménagement des rames Class 345 est bien plus proche du métro que du train régional ou de banlieue. Symboliquement, le côté « métro » du matériel Crossrail se retrouve dans le design de la face avant, dont le masque noir du pare-brise, sur fond blanc, rappelle le matériel automatique de Copenhague. Ce détail signifie implicitement que les deux extrémités de la rame ne sont pas de couleur jaune : une première pour un matériel roulant ferroviaire britannique depuis un demi-siècle ! En effet, les faces jaunes destinées à augmenter la visibilité du train pour les éventuelles personnes travaillant sur la voie sont ici remplacées par deux feux de grande puissance installés derrière une grille sous le pare-brise. Une transposition de la Spécification technique d’interopérabilité (STI) « Matériel roulant » de l’UE, adoptée ici même si le matériel Class 345 n’est pas destiné à quitter sa ligne londonienne (et a fortiori le réseau britannique !)
    En bas de la structure anticollision de la face avant, un attelage Dellner a été installé entre les tampons à dispositif antichevauchement. Même s’il n’est pas prévu que les rames soient exploitées en unités multiples. Egalement conforme à la STI Matériel roulant, la cabine de conduite est accessible de chaque côté par une porte pivotante s’ouvrant vers l’intérieur. Ces portes sont dotées de poignées extérieures à deux hauteurs différentes, au milieu et en bas, ce qui en permet l’ouverture du niveau de la voie ou du quai. Relativement compacte et assez simple, la cabine est dotée d’un siège central pour le conducteur et d’un strapontin à droite (la conduite des trains est à gauche sur tous les réseaux britanniques). Alors que les emplacements des boutons ont été fixés après consultation des futurs conducteurs.
    Même si le parc est appelé à évoluer dans ses missions et ses compositions au cours des toutes premières années, tous les trains pourront indifféremment assurer toutes les missions à partir de 2019. Dès lors, « pas de parcs dédiés ! », assure Howard Smith, directeur de l’exploitation de la future ligne. C’est pourquoi tous les trains devront pouvoir circuler aussi bien sur les tronçons à l’ouest de Paddington, équipés du système de sécurité européen ERTMS niveau 2, que sur la traversée souterraine de Londres, en conduite automatique gérée par CBTC, tout en restant compatibles avec le système de protection britannique TPWS en vigueur sur la branche de Shenfield. Désignée par l’ancien acronyme ATO (Automatic train operation) sur le pupitre, la conduite automatique CBTC de niveau 2 en vigueur dans la traversée souterraine implique la présence du conducteur, de toute façon indispensable hors du centre de Londres.
    Par chance, tous les tronçons de l’Elizabeth Line sont alimentés en 25 kV 50 Hz. Mais en cas de prolongement au sud de la Tamise, l’option « 750 V courant continu par troisième rail » devra être levée.

    Grande capacité, échanges rapides

    Ouvrons d’un coup de grande poignée la porte blindée installée dans l’ouverture de la cloison derrière la cabine, renforcée au kevlar, et gagnons l’espace dévolu aux voyageurs. L’impression d’espace qui y domine est tout simplement frappante, malgré la proverbiale étroitesse du gabarit britannique. Ceci vaut surtout pour les voitures d’extrémité, dans lesquelles les sièges sont implantés longitudinalement et permettent d’accueillir une bonne centaine de voyageurs debout par caisse. Alors que dans les voitures intermédiaires de la rame, le long alignement des sièges est brisé net par des groupes de 2+2 de front implantés en vis-à-vis et tournant littéralement le dos au reste de la salle ! Et en voiture centrale, au niveau des espaces UFR, des strapontins remplacent les sièges fixes. Petit détail : la moquette des sièges que les visiteurs ont vue fin juillet « n’est pas encore la bonne ».
    Cet aménagement est une traduction du cahier des charges : en heure de pointe, les rames Crossrail devront transporter 1 500 voyageurs, dont 450 assis, sur des trajets de moins d’une demi-heure la plupart du temps, mais pouvant dépasser une heure et demie dans quelques cas extrêmes. Ce dernier point explique l’implantation des groupes de sièges en vis-à-vis censés rendre le voyage plus convivial. Pour les autres voyages, TfL a choisi de s’en tenir à un « supermétro », sans première classe, sans tables ni tablette… et sans toilettes. Soit tout le contraire des rames Class 700 de Siemens, un autre matériel tout récent pour un autre « RER » londonien, Thameslink. Car sur ce dernier, il n’est pas rare de passer plus d’une heure à bord, voire plus de deux heures. D’où un compromis entre les aménagements de type banlieue et les éléments de confort repris aux trains régionaux (toilettes, tables en 1re classe, espaces bagages…) côté Thameslink.
    Pour autant, l’intérieur des rames Crossrail fait l’objet de multiples attentions. Parmi les détails signés TfL, notons que l’éclairage associe une ambiance indirecte en toiture, s’adaptant à celui des gares pour ne pas créer de contraste entre intérieur et extérieur de la rame. Absent sous les emplacements des pantographes à cause du manque de volume disponible, cet éclairage d’ambiance est complété par des spots montés au plafond sur de petits modules, associés à un haut-parleur. Le fonctionnement des blocs assurant la climatisation, la ventilation et le chauffage s’adapte également, en fonction du remplissage du train. Et comme dans tout train moderne qui se respecte, la vidéosurveillance, les écrans d’information en temps réel sur les correspondances ou le trafic sur les autres lignes, ainsi que le Wi-Fi seront présents. Autre « plus » présent depuis une quinzaine d’années dans les rames à grande capacité, les intercirculations permettant le passage d’une voiture à l’autre seront à peine moins larges que la distance entre les sièges longitudinaux.
    Un élément clé du succès de Crossrail sera de permettre un maximum de montées et de descentes en un minimum de temps. Pour y contribuer, le plancher du train sera exactement au niveau des quais dans les futures gares du tronçon central de l’Elizabeth Line. En revanche, dans les gares de banlieue appelées à être desservies par Crossrail, il pourra arriver que les quais soient un peu plus bas que le plancher des rames… L’ouverture des portes sera-t-elle automatique ? Oui, dans la partie centrale de la ligne, en conduite automatique et dont les quais seront dotés de portes palières. Mais pour l’heure, la question reste ouverte en ce qui concerne les gares aériennes en banlieue. C’est pourquoi des boutons standards d’ouverture ont été installés à proximité des portes.
    Après les trois premiers trains, la production en série des rames Crossrail doit être lancée en octobre, avec un rythme pouvant atteindre une rame par semaine. Entre-temps, le premier train est parti en août pour la voie d’essais RIDC (Rail Innovation and Development Centres) d’Old Dalby, à 180 km au nord de Londres. Sur cette voie de 21 km, la rame, préalablement lestée à plus de 100 tonnes, peut ainsi effectuer une montée en vitesse jusqu’aux 90 mph (144 km/h) autorisés sur Crossrail, avant d’entamer une campagne d’essais sur le réseau ferré national britannique avant la fin de l’année.
    Patrick LAVAL

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