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Ile-de-France : lancement des travaux de prolongation du T4
Les travaux de prolongement du T4 qui doit relier la gare de Gargan aux Pavillons-sous-Bois à Montfermeil en Seine-Saint-Denis ont été lancés officiellement le 18 octobre. Le tronçon, qui doit être mis en service en 2019, permettra d’aller plus facilement à Paris, qui se situe à une quinzaine de kilomètres de là, mais qu’on atteint actuellement en 1 heure 40 en transports en commun.
« Christian Estrosi est dans le vrai quand il dit payer 36 millions d’euros de trop à la SNCF »
Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui reproche à la SNCF des coûts trop élevés souhaite expérimenter la concurrence au plus vite. Claude Steinmetz, directeur ferroviaire France de Transdev que Ville, Rail & Transports a interrogé, analyse la situation et explique sur quels leviers on pourrait jouer pour améliorer, selon lui, les conditions du service ferroviaire.
Ville, Rail & Transports. Quelles réactions vous inspirent les déclarations de Christian Estrosi qui critique le service ferroviaire en Provence-Alpes-Côte d’Azur ?
Claude Steinmetz. Sur les 291 millions d’euros payés par la région à la SNCF, les charges de structures représentent plus de 18 millions d’euros, ce qui est très lourd. La rémunération qui s’élève à plus de 10 millions d’euros ne correspond pas à la qualité de service. Il y a une optimisation à faire pour mettre en relation coûts et qualité de service offert. Je pense que Christian Estrosi est dans le vrai quand il dit payer 36 millions d’euros en trop.
Quand un président de région fait part de son incompréhension sur ce qui représente quelque 12 % de l'activité, il faut savoir se remettre en cause et être innovant.VR&T. Sur quels leviers de coûts pourriez-vous agir si Transdev exploitait le service ferroviaire ?
C. S. Il est légitime de s’interroger quand on a 20 % de trains en retard, 10 % de trains supprimés, 40 trains programmés qui ne circulent pas chaque jour et 18 % de taux de fraude. Une telle situation ne peut que conduire à un système ferroviaire défaillant et à un recul de la fréquentation.Ce bilan désastreux, lié au monopole de la SNCF, le classe au dernier rang des régions, comme le montre d’ailleurs dans le palmarès établi chaque année par votre magazine, Ville, Rail & Transports. On ne peut que comprendre que l’ensemble des acteurs, cheminots, élus, populations, ne soient pas satisfaits.
Chez Transdev, nous avons le savoir-faire technique pour exploiter des TER. Il faut savoir qu’à l’international, nous réalisons 660 millions d’euros de chiffre d’affaires hors péages. Soit l’équivalent de l’activité de plusieurs régions françaises.
Le coût du train-kilomètre en Allemagne est de 14 euros en moyenne, alors qu’il est quasiment du double en France (23 euros). En Provence-Alpes-Côte d’Azur, il est même au-delà (27 euros). Je ne dis pas que ce que nous faisons en Allemagne nous pourrions exactement le faire en France. Mais pensons, comme les élus, que nous pourrions abaisser les coûts. Il faut trouver une nouvelle forme d'organisation, mettre en place un plan d'action réunissant l'ensemble des acteurs. Tout doit être partagé avec les partenaires, il faut travailler dans la transparence.
Nous ne croyons pas à des énormes structures. Mais à des structures légères, agiles, réactives. Nos équipes connaissent parfaitement les lignes sur lesquelles elles interviennent, elles participent à leur exploitation, elles en sont fières. Il faut savoir aller vite et fort. Il faut un plan d'action pour redresser la situation au-delà du simple reconventionnement qui est en cours.
VR&T. Selon vous, quelles lignes devraient être ouvertes à la concurrence ?
C. S. Je vais dire honnêtement et pour couper court à un courant de pensée actuel : il faut oublier les termes lignes rentables et lignes non rentables. Les opérateurs gèrent un service conventionné. Le privé n'est pas là pour exploiter des lignes rentables. La seule chose qui compte pour mettre en place une expérimentation qui fonctionne est de disposer d'un périmètre suffisant pour que l'ensemble des questions puissent être abordées et pour disposer d'éléments probants. Il faut que l'Etat ait le courage de lancer une loi d'expérimentation. Actuellement, nous vivons une situation dans laquelle les régions ont la responsabilité de la gestion du service public mais elles ont les mains liées. Elles font face à un seul opérateur qui ne joue pas la transparence. Je le regrette comme je regrette l'absence de dialogue.Or, nous avons besoin d'avoir une SNCF forte en France. Aujourd'hui, elle est affaiblie. Sortons de cette situation et travaillons ensemble pour construire l'avenir. Je souhaite un plan d'action qui soit partagé par le plus grand nombre.
VR&T. Pensez-vous qu'une expérimentation pourrait être lancée en Provence-Alpes-Côte d'Azur avant 2019, comme le demande Christian Estrosi ?
C. S. Pourquoi pas ? Il faut lancer des expérimentations (et non pas une expérimentation) en parallèle pour voir maintenant comment on peut aller de l'avant. Si on attend que tout soit réglé partout, on n'avancera pas. Car, ce type de discussion, nous l'avons depuis des années. Nous avons déjà assez perdu de temps.Nous allons travailler dans le cadre de groupes de travail au sein de l'UTP, dans la continuité de ce que nous avons fait pour la convention collective. Des réunions sont déjà programmées. Nous allons aborder de nombreux sujets sur le matériel, la distribution et sur le transfert de personnel, qui est une des questions prioritaires. Puis ce sera à l'Etat de fixer les principes de transfert pour éviter l'arbitraire. Il faut exiger de la SNCF des comptes de ligne transparents. Comme cela se passe dans le transport interurbain depuis plus de 20 ans. Nous-mêmes à l'international, nous avons l'habitude de ces transferts. L'expérimentation servira à préparer l'ouverture à la concurrence qui s'imposera à la France. C'est dans l'intérêt de tous, de la SNCF, des cheminots, des élus et des contribuables.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt
Pour la Fnaut, un quatrième appel à projet est « nécessaire et justifié »
Tramway ou BHNS, faut-il choisir ? Les deux mon capitaine ! Historiquement, « même le mot tramway était tabou, il fallait parler de système léger sur rail », se remémore la Fnaut à l’occasion d’un point presse sur les TCSP. On n’en est plus là. Il ne s’agit plus non plus dans le discours ambiant, et c’est tant mieux, « d’innover à tout prix, mais de répondre à des besoins de transport ». Bref, autant le débat entre tram fer et tram sur pneu a été rapidement tranché en faveur du premier et « l’expérience a donné raison à la Fnaut », rappelle-t-on en citant les déboires du TVR et le peu de succès commercial du Translhor comme du guidage magnétique choisi à Douai, autant la fédération d’usagers n’émet pas de préférence entre bus à haut niveau de service et tram, deux choix techniques « fiables ».
Mais pour envisager le lancement de tous les projets encore dans les cartons des collectivités, pas de doute, le gouvernement devrait lancer un quatrième appel à projet. « Justifié par la croissance démographique forte des citadins dans les 15 ans à venir ; le vieillissement de la population ; l’accidentologie et la pollution de l’air »… Entre autres.
Des arguments étayés par les retours d’expériences des choix tramway/BHNS examinés par les cabinets TTK de Marc Perez et Trans-Missions, du consultant Jean-Marie Beauvais. Les conclusions de ces expertises sont sans appel : aux millions investis par kilomètre de ligne, répondent invariablement des millions de nouveaux voyages par kilomètres exploités annuellement. Parmi les précautions à prendre lors du choix entre bus et tram : « prévoir la fréquentation en tenant compte du fait que l’effet tramway est plus fort que l’effet BHNS »…
C. N.
Strasbourg reçoit sa première rame Citadis
La première d'une série de douze rames Citadis destinées à l'exploitation de la ligne D, en cours d'extension vers Kehl en Allemagne, a été livrée…
à Strasbourg le 3 octobre. Homologuées par les services de la TAS (Technische Aufrichtsbehörde für Strassen- und Stadtbahnen) à Stuttgart, ces rames répondent aux exigences réglementaires en vigueur outre-Rhin (troisième phare à l'avant, luminaires sur les côtés) et restent interopérables sur l'ensemble du réseau de la CTS. Commandées à Alstom pour un prix unitaire de 3,4 millions d'euros, elles présentent un "nez" au design inédit, un éclairage LED et offrent une capacité de 288 passagers, contre 270 places dans leur configuration habituelle (45 mètres) à Strasbourg. Les essais en ligne débuteront fin octobre pour le nouveau matériel. Les premiers essais sur la ligne Strasbourg-Kehl (2,7 kilomètres de voies nouvelles) sont prévus en janvier 2017 pour une mise en service promise en avril 2017.
O.M.
RATP Dev va remplacer Transdev à Vannes
La communauté d’agglomération de Vannes a décidé de confier à RATP Dev, à partir du 1er janvier prochain, l’exploitation et la maintenance de son réseau de bus Kicéo. La filiale de la RATP, qui va remplacer Transdev, va créer une filiale, CTGMVA (Compagnie des Transports Golfe du Morbihan – Vannes Agglomération), pour cette délégation de service public qui durera sept ans. Le chiffre d’affaires est de 105 millions d’euros sur toute la durée.
Le réseau Kicéo dessert plus de 141 000 habitants au sein de l’agglomération vannetaise qui compte 23 communes. Dix lignes régulières urbaines de bus sont exploitées ainsi que quatre lignes périurbaines, des circuits et lignes scolaires et un service de transport à la demande (TAD) et de transport des personnes à mobilité réduite (TPMR).
Parmi les changements à venir, le TAD sera restructuré à partir de 2017 « pour mieux assurer le rabattement vers les pôles de vies périphériques et vers les lignes régulières du réseau ». Il est aussi prévu en 2020 de mettre en place trois lignes structurantes conformément à ce que prévoit le schéma directeur des transports collectifs de l’agglomération.La success story du réseau d’Haguenau
Partie de rien il y a dix ans, l’agglomération d’Haguenau a réussi à faire prendre le bus à ses 40 000 habitants. Et dans l’intervalle, à faire croître cette habitude de près de 50 %. C’est notamment grâce aux méthodes de CarPostal qui gère le réseau Ritmo depuis sa création. Des animations étaient organisées le 1er octobre histoire de fêter avec les voyageurs cette success story. Lancé en septembre 2006, avec trois lignes de bus et un service de transport à la demande, le réseau Ritmo enregistrait un peu plus d’un million de voyages dès sa première année pleine. Il en est aujourd’hui à 1,541 million, soit 45 % de croissance. « Le réseau est bien adapté au territoire et à la demande de transport, 70 % de la population est desservie », estime André Erbs, premier adjoint à la mairie de Hagueneau et président du syndicat des Transports, regroupant la commune voisine de Schweighouse-sur-Moder.
C’est lui qui a supervisé le projet dès son origine en 2005, quand le conseil municipal approuvait son plan de déplacements et entérinait la possibilité de faire rouler des bus. « Les élus de la ville vivaient depuis les années 80 avec l’idée que le bus ici ça ne fonctionnerait pas, se remémore-t-il. Parce qu’une tentative de navette bus entre la gare et le nouvel hôpital en périphérie n’avait pas remporté l’adhésion. »
Au moment de la consultation initiale pour ce marché public, le Sivu nouvellement créé à cet effet a l’idée d’anonymiser les offres. « Ainsi le jury a délibéré en toute impartialité », poursuit l’élu. Le choix s’est porté sur CarPostal France, à la surprise générale. « Leur proposition montrait une telle connaissance du site que les élus de la commission étaient persuadés avoir choisi une entreprise locale… » En juillet 2013, un nouveau contrat a été signé jusqu’en 2020, cette fois sous forme de délégation de service public (DSP), l’exploitant prenant le risque commercial à sa charge.
Ritmo, qui portait bien son nom, puisqu’il était cadencé, hiérarchisé, et convergeait vers la gare SNCF et routière transformée en pôle de mobilité, a pris de l’ampleur à cette occasion. La flotte de 19 midibus (10 m) et trois minibus pour le TAD a été renouvelée pour exploiter les désormais quatre lignes du réseau. La DSP inclut aussi les 14 lignes scolaires confiées à des sous-traitants locaux. « Le réseau a constamment évolué, mais plus encore en 2013, raconte Séverine Levannier, directrice de Ritmo. Il y a davantage de services, avec deux lignes cadencées au quart d’heure à la pointe du matin et du soir et aux 30 minutes le reste du temps ; une nouvelle ligne vers un nouveau quartier ; une amplitude horaire plus large grâce au TAD qui démarre à 4h du matin et jusqu’à 22h. Le TAD est plus flexible pour répondre aux besoins de loisirs comme de travail… »
De plus, la priorité aux feux permet aux bus de maintenir une bonne régularité. Enfin, et c’est un peu la marque de fabrique de l’exploitant suisse, toutes les lignes sont organisées pour offrir la correspondance parfaite avec les lignes TER. Ritmo s’est même lancé dans la multimodalité avec 110 vélos en location et un partenariat depuis cet été avec Citiz, communauté d’autopartage. Ritmo fidélise ses clients – 80 % d’abonnés – qui étaient 96 % à se dire satisfaits du service lors de l’enquête de 2015.
Avec une subvention de 2,6 millions d’euros, « presque intégralement payée par le VT à 0,55 % », André Erbs se réjouit d’avoir des résultats au-dessus de la moyenne nationale des villes de taille équivalente. « Plus de 4 000 voyages par jour, 38 voyages par an et par habitants, et un taux d’utilisation de 1,85 voyage par kilomètre », énumère l’élu. Au 1er janvier 2017, le périmètre s’élargira avec la création d’une communauté d’agglomération (issue de la fusion de quatre communautés de communes) qui aura automatiquement la compétence transport. Il faudra alors réfléchir à des TC pour près de 100 000 habitants. « Plus personne n’imaginerait pouvoir se passer des bus, assure-t-il. Même tous les élus qui ont oublié qu’ils n’y étaient pas favorables il y a dix ans ! »
C. N.Ajaccio passe en SPL
Afin d’optimiser ses transports, le Pays Ajaccien a opté pour la gestion directe. Depuis le 1er septembre 2016, la Société publique locale (SPL) Mobilité et Stationnement du Pays Ajaccien (86 personnes) a repris l’exploitation du réseau de transport. « Grâce à la SPL Mobilité et Stationnement du Pays Ajaccien, les élus ajacciens souhaitent renforcer l’implantation locale de l’exploitant : développer les compétences internes et réinternaliser certaines missions, remobiliser les personnels autour d’un véritable projet d’entreprise et redorer l’image du transport public auprès des Ajacciens », explique la Communauté d’agglomération du Pays Ajaccien (Capa) dans son communiqué. A partir de 2017, des ajustements seront apportés sur le réseau afin de l’améliorer et de faire évoluer l’organisation de l’entreprise.

L’industrie ferroviaire française sous pression
Le face-à-face Bussereau/Savary
Dominique Bussereau et Gilles Savary reviennent sur le tumulte créé par les annonces successives d’Alstom d’un contrat de deux milliards d’euros aux Etats-Unis et de la fermeture de l’usine de Belfort. L’industrie ferroviaire française sous pressionPar Dominique Bussereau
Ancien ministre, député Les Républicains et président du conseil départemental de Charente-Maritime, président de l'Assemblée des départements de France, vice-président du Gart.Dans La Vie du Rail du 24 au 31 mai 1964, Pierre Sudreau, président de la Fédération des Industries Ferroviaires écrivait « le chemin de fer dans le monde est bien vivant. Il connaît une extraordinaire expansion à laquelle peuvent participer largement les constructeurs français ».
Phrase prophétique mais que l’actualité vient néanmoins corriger !
1) Le cas Alstom
L’usine de Belfort n’aura plus de travail d’ici deux ans : la commande pour le Kazakhstan est terminée et il reste de maigres commandes pour l’Azerbaïdjan, la Suisse et la fin de la construction des motrices des TGV Euroduplex.
La perte d’un contrat de 44 locomotives qu’une filiale de la SNCF et de la Deutsche Bank a finalement confié à Vossloh ne change hélas rien au triste destin d’un site historique dont les effectifs ont déjà diminué de moitié au fil des ans.
A l’international, la situation est certes meilleure grâce au contrat récent avec Amtrack, ou avec l’italien NTV. Mais naturellement ce sont dans les sites industriels hors de France qu’Alstom réalisera ces commandes.
Au moment où j’écris ces lignes le gouvernement s’émeut (bien tardivement) et évoque la fameuse commande (toujours annoncée et réannoncée) de 30 trains Intercités.
Et se profilent à l’horizon des commandes importantes dont l’appel d’offres de l’Ile-de-France pour la nouvelle génération de RER (lignes D et E), ou celui du TGV du futur pour la SNCF.
Mais chacun sait bien qu’Alstom sera soumis à une rude concurrence (en particulier de CAF) pour les RER franciliens et que le TGV du futur verra le jour tardivement car la SNCF ne manifestera aucun empressement, bien au contraire… J’espère qu’elle s’intéressera véritablement à ce projet, sans qu’il tombe aux oubliettes comme ce fut le cas pour l’AGV.
Tout cela laisse hélas présager d’autres Belfort !2) Quelles sont les causes de cette crise ?
De 1990 à 2010 notre pays a fortement investi dans le ferroviaire et renoué avec le tramway : le Grenelle de l’environnement a constitué le couronnement de cette période faste.
Depuis 2012, le gouvernement a délibérément choisi le mode routier, multipliant les programmes autoroutiers, favorisant le covoiturage et l’autocar, supprimant l’écotaxe, diminuant de ce fait les concours au transport public auxquels s’applique de surcroît une TVA majorée.
La réforme ferroviaire a livré notre pays au seul bon vouloir d’une SNCF réintégrée et trop bunkerisée ; l’absence d’une véritable concurrence prive l’industrie ferroviaire d’un carnet de commandes qui se développe partout à l’étranger (par exemple en Allemagne, les concurrents de la DB représentent 20 % du chiffre d’affaires de l’industrie ferroviaire nationale).
Cette France ferroviaire rabougrie vit par ailleurs dans un contexte de concurrence internationale acharnée.
A côté d’Alstom, de Siemens et Bombardier est né un géant chinois CRRC. Hitachi est devenu un concurrent à l’échelle mondiale et en Europe des concurrents très compétitifs se sont confortés : Stadler, Skoda, Pesa, CAF, etc.3) Quel avenir ?
Le monde entier continue de s’équiper en mode ferroviaire et les besoins de transports collectifs sont immenses dans les grandes agglomérations. De même en France de très grands chantiers sont en vue dont celui du Grand Paris.
Notre industrie ferroviaire a donc des atouts majeurs mais il lui faut :
– Un marché domestique dynamique, comme en Allemagne ou en Asie ;
– Des nouvelles régions prêtes à investir si l’Etat leur en donne véritablement les moyens et permet la concurrence ;
– Un système ferroviaire national désclérosé et lui aussi ouvert à la concurrence.
Enfin l’industrie ferroviaire européenne n’échappera pas à des regroupements pour constituer enfin cet Airbus du ferroviaire, tant vanté mais jamais mis en œuvre, seul capable de résister à la montée en puissance des concurrents asiatiques en particulier.
Sans ces regroupements rapides et essentiels, il y aura hélas encore beaucoup de Belfort, et pas seulement en France.Notre industrie ferroviaire au pied du mur entre rente et marché
Par Gilles Savary
Député PS de la Gironde et ancien vice-président de la commission Transport du Parlement européen.S'il est un domaine où la France dispose encore de solides atouts, c'est dans celui des transports, en particulier ferroviaires où son antériorité lui permet de maîtriser tous les savoir-faire et tous les métiers de la chaîne de transport.
Paradoxalement, ce savoir-faire semble aujourd'hui mieux se porter sur les marchés étrangers que dans l'hexagone où nos chemins de fer sont confrontés à de redoutables défis : émergence fulgurante de concurrences aériennes et routières ; usagers plus attentifs au prix et au respect de leurs droits ; développement d'applications collaboratives, incapacité à endiguer le vieillissement du réseau et à résoudre les goulets d'étranglement, dégradation des équilibres économiques ; relations tumultueuses avec les AOT régionales.
Dans ce contexte, l'amont de la filière s'inquiète sérieusement de la dégradation des débouchés de son pré carré intérieur. L'équipementier Faiveley a été cédé à des Américains, et surtout le carnet de commandes national d'Alstom se tarit. Les Chinois ont créé un géant du matériel ferroviaire ; le japonais Hitachi a jeté des têtes de pont en Europe en absorbant l'italien Ansaldo et en implantant des ateliers en Grande-Bretagne ; et, transgression insupportable, Eurostar attend ses premières rames Siemens.
Face à cette situation, le vieux réflexe colbertiste français, qui consiste à obliger la SNCF à accélérer la rotation de ses commandes de rames TGV en multipliant les dépréciations de son parc, et à préempter les finances régionales par de gigantesques marchés à options de 1 860 rames TER, conclus pour dix ans en 2009 avec Alstom, et en 2010 avec Bombardier, fait office d'assurance tous risques.
Mais cette addiction n'est ni stimulante, ni économiquement durable. Notre marché intérieur est sous-dimensionné pour soutenir à lui seul la prospérité de nos usines, ainsi que leur compétitivité sur le marché mondial. Les régions entrent désormais dans une phase dictée par la maîtrise de leurs finances et par la frugalité tarifaire à laquelle les contraignent des usagers de plus en plus exigeants.
Enfin, le marché des tramways urbains impulsé dans les années 90 atteint la maturité de sa phase de premier équipement.
Si cet « abonnement » à une commande publique accommodante est de bonne guerre, il n'est ni inépuisable, ni dénué de risques.
D'abord, parce que cette rente n'est pas immuable à une époque de tensions sur les finances publiques. Alors que la SNCF est sommée de maîtriser sa dette (qui frôle désormais les 50 milliards d'euros) et d'améliorer sa productivité, il devient de plus en plus délicat de l'obliger à « surcommander » des matériels décalés de ses besoins et du prix de marché.
Et il est douteux que les régions continuent à se lier les mains à des marchés qui ne leur permettent pas d'ajuster leurs achats de matériels à l'évolution de leurs besoins et à des prix concurrentiels.
C'est précisément ce constat qui a poussé Alstom à manifester brutalement son intention de fermer son usine de Belfort, après une commande intempestive d'une quarantaine de locomotives Vossloh (15 % moins cher) par une filiale franco-allemande de la SNCF, et surtout avant le dépouillement de marchés de matériels pour les RER D et E et les TET, sur lesquels il n'est pas le mieux placé.
Il n'est pas anormal de défendre son industrie par la commande publique à condition que ce patriotisme économique ne soit pas à sens unique. Sauf à ce qu'il ne serve à rien de disposer d'un leader mondial de l'industrie ferroviaire qui accumule les succès à l'étranger et en répartit quasi exclusivement la charge de travail en dehors de l'hexagone, la pérennité de notre industrie ferroviaire suppose un vigoureux changement de stratégie d'Alstom, en faveur d'une plus grande flexibilisation de son appareil de production national, d'une insertion de ses usines de production françaises dans son activité internationale, et enfin d'un comportement de marché plutôt que de rente en réponse à la commande publique française.
Par ailleurs, il est douteux qu'Alstom échappe durablement à une consolidation industrielle du secteur, d'ambition européenne, voire mondiale, visant un effet de gamme mieux adapté à la variété des usages, et un regroupement d'acteurs industriels apte à tisser de solides alliances compétitives sur le marché asiatique.
Alors que les Chinois partent avec les Russes à la reconquête d'une nouvelle route de la soie ferroviaire en vue d'établir une avant-garde d'implantation durable en Europe, il est urgent de dépasser nos routines hexagonales, comme le libéralisme éthéré de la Commission européenne, si l'on veut conserver nos positions dans ce domaine d'excellence européen et français !

