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  • Un rapport pointe le manque de rigueur dans l’organisation des essais après l’accident d’Eckwersheim

     

    Le rapport confidentiel commandé par le CHSCT de Systra sur l’accident le 14 novembre à Eckwersheim du TGV d’essai, qui avait fait 11 morts, est sévère pour l’entreprise d’ingéniérie, filiale de la RATP et de la SNCF, et sa gestion des essais… Dévoilé par Le Parisien du 26 août, il pointe  des essais réglementés par des documents « trop approximatifs » et qui ont « laissé perplexes » les experts du cabinet Technologia, « spécialiste de la prévention des risques psychosociaux ». En particulier, le fait que c’est au chef d’essais d’ordonner de réduire l’allure du train dès que la vitesse-but est atteinte ou dépassée, alors qu’il n’est pas dans la cabine de pilotage mais à l’arrière. Ce qui implique des temps de réaction plus longs. Un élément fondamental dans la chaîne du déclenchement du déraillement du 14 novembre, le ralentissement ayant visiblement été déclenché un kilomètre trop tard, soit avec une dizaine de secondes de trop.

    Autre manque de rigueur : les relations entre les salariés de Systra et les agents SNCF. « Qui fait quoi sous les ordres de qui ? », s’interrogent les experts. Il est vrai que Systra puise partiellement ses origines à la SNCF et que les liens entre les deux sont parfois plus implicites qu’explicites.

    Reste que les mauvaises pratiques sont « le dysfonctionnement le plus inquiétant » pour Technologia. Et sur ce dernier point, tout a déjà été dit, de la présence de sept personnes en cabine ou d’invités dans les remorques du train.

    Pour ce qui est de la cabine, on en sait un peu plus suite à la divulgation par Le Parisien / Aujourd’hui en France de retranscriptions d’enregistrements réalisés par une caméra GoPro embarquée. Il en ressort que le jour de l’accident, aucune panique n’y était perceptible avant le déraillement, qui semble avoir pris tout le monde par surprise. En revanche, toujours selon les enregistrements de la caméra embarquée, une inquiétude palpable régnait en cabine trois jours auparavant, alors que le conducteur, qui roulait à 357 km/h maximum, faisait remarquer la difficulté – voire l’impossibilité – de se conformer aux vitesses indiquées par le protocole lors de la phase de ralentissement. Une inquiétude qui n’a pas empêché l’envoi d’un ordre de pousser jusqu’à 360 km/h pour le tout dernier essai, aux conséquences tragiques.

    Enfin, le rapport soulève la question de l’inactivation des systèmes de contrôle de la vitesse des trains pendant les essais en survitesse, qui de ce fait dépendent entièrement du facteur humain. Mettre en question ce point-clé est évidemment fondamental pour la nature même des essais. En effet, en l’absence de systèmes de sécurité paramétrables, rouler en survitesse nécessite de se passer des sécurités dont le rôle est – précisément – d’empêcher les survitesses (corollairement, cette remise en question en implique une autre : les essais de survitesse en soi). Ajoutons toutefois que la catastrophe d’Eckwersheim devrait avoir comme conséquence de mettre fin à cette situation : des contrôles de vitesse paramétrables pour les essais devraient être mis au point prochainement.

     

  • Rennes passe à la tarification solidaire

    Rennes passe à la tarification solidaire

    La tarification dite solidaire fait de plus en plus d'émules. c'est cette fois la métropole de Rennes qui va l'appliquer à compter du 1er janvier prochain. Avec un ticket unitaire à 1,50 euro et un abonnement mensuel adulte à 49,60 euros (et 2 mois offerts dans sa version annuelle), le réseau Star de l’agglomération rennaise propose les tarifs publics parmi les plus bas des réseaux des 19 agglomérations françaises équipées de lignes de tramway ou de métro, a t-il calculé. Jusqu’à présent, Rennes Métropole accordait la gratuité à l’ensemble des membres d’un foyer selon des critères de ressources et près de 54 000 personnes en ont bénéficié en 2015 (avec une carte KorriGo chargée d’un titre social). L’année dernière, la part des voyages effectuée avec un titre gratuit était de 26,7 %. L’autorité organisatrice a décidé de passer à la tarification solidaire à compter du 1er janvier 2017. désormais, des réductions de 50 et de 85 % – toujours en fonction des ressources du foyer – et la gratuité sera accordée au plus démunis (par exemple pour une personne seule ayant un revenu mensuel inférieur ou égal à 900 € ou pour un coupla avec enfants ayant moins de 1620 € par mois). « Ce sont ainsi quelque 36 000 personnes supplémentaires qui pourront voyager à moindre coût » a calculé Rennes Métropole. Ainsi une personne seul pourra prétendre à 50 % de réduction pour des revenus compris entre 1 051 € et 1 200 € et à 85 % entre 901 € et 1 050 €.

    Dans le même temps, la carte sans contact Korrigo évolue. Les 600 000 exemplaires de ce sésame de la mobilité dans la région Bretagne, vont en effet progressivement laisser place à une carte nouvelle génération qui donnera accès à de nouveaux services. Dès la rentrée, par exemple, les étudiants pourront ainsi accéder à différents services universitaires (restaurants, bibliothèque…). Elle pourra aussi être utilisée pour les piscines, le service d'auto-partage, les horodateurs (uniquement pour les professionnels dans un premier temps). En 2017, la carte fonctionnera aux bornes de recharge pour véhicules électriques. L’objectif étant à terme, qu’elle remplace la carte Sortir et soit utilisable dans les bibliothèques de la Métropole, voire dans les équipements sportifs.

     

  • Thierry Wischnewski, DG de Tisséo, la régie toulousaine

    Thierry Wischnewski, DG de Tisséo, la régie toulousaine

     

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    Sur proposition de Marc Del Borrello, président de Tisséo Epic, la régie qui exploite les transports collectifs de l'aggloméartion toulousaine, sa nomination a été entérinée lors du conseil d’administration du 8 juillet 2016 et Thierry Wischnewski a pris ses fonctions le 22 août 2016. Diplômé de l’université de Rouen et de l’ESSEC, il a exercé toute son activité professionnelle dans le transport de voyageurs, à des postes de direction au sein de plusieurs réseaux successivement en Normandie, en Ile-de-France, à Bordeaux et à Poitiers.

  • Alstom remporte un contrat-cadre pour 150 trains régionaux en Italie

    Alstom fournira à Trenitalia, l'opérateur historique italien, 150 nouveaux trains régionaux, aux termes d'un contrat-cadre d'environ 900 millions d'euros, rendu public début août. Ce contrat comprend une option pour la maintenance. La première commande ferme porte sur 47 trains pour un total de 240 millions d'euros. Alstom devrait commencer à livrer les premiers trains début 2019.
    Les nouveaux trains régionaux Coradia Meridian destinés à Trenitalia sont des trains à un niveau, présentant deux longueurs différentes et offrant jusqu'à 321 sièges. Actuellement, plus de 100 Coradia Meridian sont déjà en service au Piémont, en Lombardie, Toscane, Ombrie, Latium, Marches ainsi qu'aux Abruzzes, et entreront prochainement en service à Trentino et en Sicile. La nouvelle génération de ces matériels est présentée par Alstom comme particulièrement innovante. On relève notamment une baisse significative de la consommation d'énergie par passager, malgré une puissance installée plus importante pour le système de climatisation. « Tous les matériaux consommables sont recyclables jusqu'à 95 % », indique encore le communiqué d'Alstom.
    Les trois sites italiens d'Alstom participeront à la conception et à la fabrication des nouveaux trains : Savigliano, Sesto San Giovanni et Bologne (qui comptent respectivement 1000, 340 et 600 employés).

  • RATP Dev renouvelée à La Roche-sur-Yon

    CTY, filiale de RATP Dev, a remporté l’appel d’offres pour le contrat de délégation de service public pour la gestion et l’exploitation du réseau de transports de La Roche-sur-Yon (Vendée), à partir du 1er janvier 2017 et pour six ans. Ce réseau de transports urbains et à la demande dessert 13 communes de La Roche-sur-Yon Agglomération. « Sur les trois dernières années, le nombre de voyageurs a augmenté de 24 % alors que le nombre de kilomètres produits est resté maîtrisé, avec une évolution de 7 % », rappelle RATP Dev.

  • « La SNCF fait très bien du TGV. Mais  en zone dense… »

    « La SNCF fait très bien du TGV. Mais en zone dense… »

    Entretien avec Yves Ramette, Président du pôle de compétitivité I-Trans Après toute une carrière à la RATP, Yves Ramette a rejoint en 2013 la SNCF et RFF, pour préparer le « gestionnaire d’infrastructure unique dans la région capitale », avant de devenir directeur général de SNCF Réseau, toujours en Ile-de-France. Le 1er avril 2016, il a passé le relais à Didier Bense. Membre de l’Académie des technologies, désormais conseiller du président de SNCF Réseau, il devient président du pôle de compétitivité I-Trans. Pour VR&T, il revient sur les exigences du mass transit dans la région capitale et sur la nécessaire transformation de la SNCF pour y répondre. Le processus est en cours mais le chemin est long.

     

     

    Ville, Rail & Transports. Avant d’entrer à la SNCF, vous avez fait l’essentiel de votre carrière à la RATP. Qu’avez-vous constaté en changeant d’entreprise et en découvrant le réseau ferroviaire francilien ?
    Yves Ramette. Ma première surprise en arrivant à la SNCF (Réseau IDF) a été l’état de vieillissement du réseau. Ce réseau francilien mérite beaucoup d’attention, selon les mêmes critères que j’ai connus à la RATP. Je ne parle pas de sécurité, mais des effets de la sollicitation du réseau et de la densité des circulations : le réseau doit être performant, en toutes circonstances, et assumer sa responsabilité sur la régularité.
    Un deuxième sujet m’a interpellé immédiatement à propos de l’ingénierie de l’exploitation. On a un peu « abandonné » cette discipline. Je précise que je ne parle que de la zone dense. La SNCF fait très bien du TGV, il n’y a aucun doute. Mais la zone dense a manqué d’ingénieurs et d’exploitants en charge de promouvoir les nouvelles technologies de contrôle commande et de supervision de l’exploitation, la gestion des flux, l’information aux voyageurs, la formation des personnels comme la relation à l’innovation. Ces sujets de « mass transit » ont été sous-estimés ces dernières années.

    VR&T. Est-ce dû à l’effort porté sur le TGV ?
    Y. R. Peut-être. L’Ile-de-France peut s’interroger. Pas seulement l’Ile-de-France d’ailleurs, car il y a d’autres zones denses en France. Mais pour cette région qui transporte quotidiennement plus de trois millions de voyageurs, cette région où tout est plus compliqué en exploitation, alors oui, le retard pris lui est préjudiciable.
    En Ile-de-France, il y a beaucoup d’endroits où on ne s’est pas réinterrogé sur les plans de voie qui font référence à des situations historiques figées. Il faudrait pouvoir dire : j’arrête l’exploitation de la gare de Lyon pendant un an et je refais le plan de voies pour le rendre plus performant… Mais ce n’est pas possible !
    C’est vrai aussi de la maintenance du réseau. Quand on dit : la caténaire de la ligne C a cent ans, il faut la changer. On a raison, il faut le faire ! Mais qui accepte que la ligne C avec ses 600 000 voyageurs par jour soit fermée pendant six mois ? Personne ! Il faut donc trouver d’autres méthodes d’interventions pour intensifier et massifier les travaux de remise en état du réseau. Heureusement, le Stif, qui a compris le challenge auquel est confronté SNCF Réseau, nous a beaucoup aidés ces dernières années et continue de le faire. Les élus ont admis qu’il fallait intervenir autrement qu’on ne le faisait : disposer d’interruptions de circulation plus importantes, fermer des lignes les week-ends, les mois d’été, les vacances scolaires intermédiaires, et pendant de plus longues périodes les nuits, industrialiser nos interventions, innover dans nos partenariats industriels…

    VR&T. Etat du réseau, retard de l’ingénierie, quel autre sujet d’étonnement ?
    Y. R. Les systèmes d’exploitation ! C’est un sujet majeur ! Nos systèmes d’exploitation doivent être renouvelés et modernisés. Et doivent disposer pour être efficaces d’un réseau en bon état.
    Sur le renouvellement des systèmes d’exploitation, trois décisions ont été prises : la première c’est de créer, comme à la RATP, des postes de commandement unifiés par ligne. C’est le cas prototype de « Denfert-Rochereau », sur la ligne B. Nous sommes partis d’un poste de commandement de la RATP, où nous avons installé, côte à côte, des responsables de la SNCF et de la RATP qui gèrent ensemble la ligne de bout en bout en partageant les décisions. Le RER E disposera, dans le cadre du projet Eole, d’un centre de commandement unifié pour gérer la totalité de la ligne, avec les agents de circulation, la relation à l’énergie électrique, les régulateurs. A terme, il y aura un PCC par ligne de RER. Après la ligne E, le prochain rendez-vous sera celui de la ligne D.

    VR&T. Qu’en est-il de l’accord récent entre RATP et SNCF concernant le système d’exploitation Next ?
    Y. R. Nous sommes montés d’un cran. C’est dans la continuité de l’accord de coopération avec la RATP sur le dossier Nexteo pour Eole… mais cela concernera maintenant tous les RER…
    Il y a une troisième décision, dont je suis fier avec les équipes compétentes de la SNCF, qui prévoit la prise en charge de la supervision des circulations des RER au-delà des parties centrales gérées par Next. L’appel d’offres est en cours de dépouillement ! L’idée, c’est d’avoir une supervision de l’ensemble de la ligne, qui ira par extension successive. Cela commencera par le tronçon central avec le système Next, qui dispose de son propre outil de supervision. Le régulateur ou l’aiguilleur se concentreront sur la gestion des situations d’exploitation dégradées et ne perdront plus de temps à se focaliser sur ce qui est répétitif.
    « PCC », « Next », « ATS », ces systèmes d’exploitation permettront à l’Ile-de-France de retrouver toute sa place et le meilleur niveau dans le mass transit mondial.

    VR&T. Le déploiement du nouveau matériel, le futur RER 2N NG, va accompagner le renouvellement de l’infrastructure ?
    Y. R. Oui, et il est aussi très important de ne pas manquer le rendez-vous entre le renouvellement du matériel roulant, la modernisation des infrastructures et la mise en œuvre des nouveaux systèmes d’exploitation. Le Stif est en train de revoir le schéma directeur du matériel roulant en IDF et il essaye d’accélérer les renouvellements des matériels roulants. Il faut que les nouveaux systèmes d’exploitation soient collés à ce planning. On ne peut pas implanter les nouveaux systèmes sur du matériel qui ne l’a pas prévu… Même s’il est récent comme le Francilien. A l’inverse, si le matériel est renouvelé trop tôt, le rendez-vous avec les nouveaux systèmes pourrait être manqué… et manqué pour cinquante ans ! C’est bien compris par les opérateurs, c’est bien compris aussi par le Stif.

    VR&T. L’avance technologique de la RATP dans le mass transit est reconnue et vous vous y référez. Est-ce à dire que la SNCF est mauvaise ?
    Y. R. Mais non ! La SNCF a son propre calendrier et ses plates-formes ferroviaires sont beaucoup plus compliquées dans les différentes composantes qu’à la RATP. La RATP, s’appuie sur un système fermé et dédié à un seul type de circulations, un système dédié. La SNCF est nationale ! Quand l’Ile-de-France tousse, Toulouse s’enrhume !
    Sur 10 % du réseau du réseau ferré national, il s’écoule 70 % du trafic. Il faut faire des efforts pour améliorer la performance du réseau francilien ! Beaucoup d’efforts ! De plus, la SNCF a eu une relation historique avec RFF qui n’a pas aidé à la mise en perspective du système ferroviaire. Les deux entités se sont trop opposées et cela a fait perdre du temps et sans doute de l’argent… mais surtout a décroché ses ingénieurs des meilleures solutions à adopter pour disposer d’un système mass transit à la hauteur des ambitions légitimes des voyageurs du quotidien. Cela ne nous a pas mis sur les bonnes priorités au bon moment. C’est derrière nous ! Il faut profiter de la réforme du ferroviaire et de la prise de conscience partagée pour aller de l’avant !

    VR&T. Les cheminots sont-ils formés pour relever ces nouveaux défis ?
    Y. R. A la SNCF il y a beaucoup de professionnels de très haut niveau. Beaucoup de jeunes aussi qui sont prêts à relever les défis qui s’imposent à leur entreprise, en particulier ceux de la modernisation indispensable dans tous les sens du terme. C’est bien… cela booste ! Mais il y a provisoirement encore un manque d’expérience et de constance dans les décisions : la priorité aux voyageurs du quotidien doit être plus qu’un credo !
    En Ile-de-France, peut-être plus qu’ailleurs il faut de la compétence, de l’expérience et de la fidélité au territoire…
    Il ne faut pas se tromper ! Un créneau de perdu, ce sont des années de report… Les dirigeants de la SNCF d’aujourd’hui sont conscients de la responsabilité qui pèsent sur leurs épaules pour les années qui viennent et du degré de conviction qui s’impose sur les priorités.

    VR&T. Mais le métro est tendu aussi.
    Y. R. Dans le métro, il y a toujours une alternative proposée au voyageur : en cas de problème sur une ligne, comme il y a une station de métro dans paris intra-muros tous les 500 mètres, le voyageur peut poursuivre son trajet sans trop de dommages. Cette situation n’est pas possible avec le RER SNCF. Les lignes sont longues de plus d’une centaine de kilomètres, disposent de branches et vont au-delà de la région administrative. Le système est très complexe. C’est très remarquable de le faire fonctionner au plus près des conditions nominales tous les jours ! C’est un système très exposé physiquement et médiatiquement. Les cheminots doivent faire preuve de beaucoup de professionnalisme, de constance, d’initiative.

    VR&T. Que leur manque-t-il ?
    Y. R. Ce qui manque, c’est la relation à l’innovation et à la remise en cause, dans beaucoup de domaines comme la technologie, l’organisation, les méthodes d’intervention sur le réseau, l’utilisation du numérique comme soutien à la performance… C’est remarquable d’avoir des postes d’aiguillage des années 1930, une caténaire de 100 ans, des plates-formes de voies figées depuis de trop nombreuses années ou un système de signalisation qui date des années 1950. Cela veut dire qu’on a réussi à les faire tenir ! Mais il y a un moment où il faut remplacer tous ces équipements et moderniser l’exploitation. On ne peut plus attendre ! Et il faut que les décideurs, les techniciens et les exploitants de la SNCF soient tenaces…
    La SNCF est capable de moderniser le réseau francilien ! On va avoir bientôt un exemple avec le PAI de gare de Lyon (le poste d’aiguillage informatique qui va remplacer un poste de 1930). Cela représente l’aboutissement d’un chantier quotidien qui aura duré cinq ans ! La bascule aura lieu le week-end du 17 mars 2017 !

    VR&T. Et le management ?
    Y. R. La grande maison SNCF a l’obligation se moderniser aussi dans son système managérial. La SNCF est restée sur une relation à caractère national, très pyramidale.
    En Ile-de-France, on peut responsabiliser plus vite et plus intensément les acteurs de terrain compte tenu de la compacité du territoire et de la mise en œuvre récente d’un système managérial très décentralisé et responsabilisant.

    VR&T. A-t-on réussi à enclencher le renouvellement de l’infrastructure ?
    Y. R. Nous sommes sur le chemin du renouvellement des infrastructures en IDF : le bon niveau des investissements nécessaires compte tenu de l’état du réseau est évalué à 800 millions d’euros par an pendant au moins dix ans. Le temps du ferroviaire est un temps long. Les politiques l’ont compris.

    VR&T. Il y a un mouvement amorcé par Jacques Rapoport, le prédécesseur de Patrick Jeantet à la présidence de SNCF Réseau, de confier aux entreprises privées des missions importantes. Traduction en Ile-de-France ?
    Y. R. Nous avons donné la conception-réalisation à Thales pour la reconstruction du poste de Vitry. Ce type d’opération « clés en mains » est une première à la SNCF !
    L’appel d’offres pour le renouvellement de la caténaire de la ligne C est de même nature : un appel d’offres « conception-réalisation ».
    Pour Nexteo, nous avons même confié à Siemens la conception-réalisation et la maintenance sur une longue période.
    Pour la suite rapide Ile-de-France qui sera l’outil industriel du programme de renouvellement « voie-ballast » des prochaines années, nous avons demandé aux industriels d’innover dans les processus de production et dans le matériel de travaux avec un contrat de réalisation sur plusieurs années…

    VR&T. L’intervention si vaste des industriels n’est pas dans les mœurs de la SNCF.
    Y. R. C’est vrai, mais il n’est pas question de transférer la maîtrise d’ouvrage de nos activités ! Le problème, c’est que la SNCF fait mais ne sait pas encore bien faire faire. Or, c’est aussi difficile de faire faire que de faire. Et cela amène à la transformation de certains métiers. Nous avons besoin d’un nouveau tissu industriel à nos côtés et nous accompagnerons le mouvement. C’est une question essentielle pour réaliser le programme de modernisation de notre réseau dans les meilleures conditions.

    VR&T. Non sans résistances ?
    Y. R. Là où c’est difficile, c’est quand on fait réaliser des chantiers par des entreprises qui manquent d’expérience dans le métier. Ces entreprises demandent des interventions plus importantes en soutien de notre part.
    La SNCF doit apprendre à faire faire et les entrepreneurs doivent apprendre à faire dans des conditions qui correspondent à nos exigences. Nous sommes dans une dynamique positive, et nous n’avons pas le choix. Le plan de charge monte terriblement en IDF et c’est une chance !

    VR&T. Comment la gravir sans contrat de performance avec l’Etat ?
    Y. R. SNCF Réseau a une bonne stratégie industrielle. C’est plus facile d’avoir une relation industrielle renouvelée dans ces conditions, et c’est plus clair pour notre personnel aussi.

    VR&T. Vous avez personnellement, à la RATP, contribué à préparer le métro du Grand Paris. A la SNCF, vous avez soutenu Eole et la rénovation du réseau. Pas de contradiction ?
    Y. R. Le programme du Grand Paris a sa propre logique pour irriguer des territoires qui ne l’étaient pas jusqu’à présent. Je suis très fier d’y avoir participé. N’oublions pas que les ressources du Grand Paris sont des ressources en plus.
    Pour Eole, la RATP et la SNCF étaient ensemble sur ce projet. C’est la deuxième liaison est – ouest dont toute la région a besoin ! Je me suis beaucoup investi pour « aller chercher avec les dents » le financement et je ne le regrette pas. Beaucoup m’ont aidé au premier rang desquels le préfet Carenco.
    Suivront d’autres projets comme la TLN (Tangentielle Nord), le T4, le tram-train Massy – Evry, la TGO (Tangentielle Ouest), l’électrification de Paris – Troyes ou les aménagements de la ligne Massy – Valenton ouest. Tous ces projets vont se développer à partir de maintenant.

    VR&T. Un peu trop, peut-être ?
    Y. R. C’est beaucoup, c’est vrai mais ce sont les politiques qui décident. Et il y a un peu de compétition entre les projets. Peut-être faudra-t-il travailler sur le lissage. Mais il ne faut surtout pas interrompre les décisions qui ont été prises. Comme le mass transit a un bel avenir en Ile-de-France, les projets franciliens sont importants pour les conditions de transport offertes par la région capitale et pour la performance durable du réseau dans les 50 ou 100 ans qui viennent.

    Propos recueillis par
    François Dumont

  • Hongkong : un modèle économique en questions

    Hongkong : un modèle économique en questions

    Réputés dans le monde pour son réseau performant, sa carte Octopus, son métro MTR et ses tramways à impériale, les transports de Hongkong font rêver les professionnels du transport. Emmanuel Vivant, PDG de RATP Dev Transdev Asia et directeur général des tramways de Hongkong est venu expliquer devant le Club VR&T le modèle économique de ces transports publics rentables sans bénéficier d’aucune subvention. Grand témoin du Club Ville Rail & Transports consacré à Hongkong, Emmanuel Vivant a d’abord planté le décor. Rappelant que l’ancienne colonie britannique est un territoire de 1 100 km2, peuplé par sept millions d’habitants bénéficiant d’un PIB (à parité de pouvoir d'achat) de 56 500 dollars par tête, soit le double de celui de la France. Rétrocédée à la Chine en 1997, cette région de la République populaire de Chine bénéficie d’un statut particulier. Le territoire a gardé sa monnaie, son système juridique hérité du droit britannique et dispose d’un système économique différent du reste du pays : pas de TVA, pas de taxes à l’import ou à l’export, un bouclier fiscal de 17 %, pas de régulation sur le temps de travail, pas de négociation collective… Pour Emmanuel Vivant, « la création d’un Smic, il y a cinq ans, a été une révolution ! », Mecque du capitalisme, Hongkong est la ville la plus dense du monde avec 35 000 habitants au km2 en moyenne et jusqu’à 55 000 habitants au km2. Mais seul 20 % du territoire est urbanisé. La péninsule est constituée d’îles montagneuses et d’espaces non développés, vierges et préservés.
    A Hongkong, 90 % des déplacements se font en transports publics (taxis compris). Les habitants ont le choix entre un réseau ferré de 230 km, 6 000 bus, un tram, des ferries… Et si la région ne compte que 400 000 voitures, soit le taux de véhicules particuliers le plus faible du monde dans une métropole, cela fait tout de même 100 véhicules par kilomètre de route, car le réseau est limité. Les habitants privilégient donc les transports en commun avec lesquels ils font deux voyages par jour en moyenne, soit 12 millions de déplacements quotidiens, 5 millions en métro, 4 millions en bus, le reste en minibus, tram et ferries. Plus de 95 % des habitants ont au moins une carte Octopus, carte de paiement des transports sans contact, qui a inspiré l’Oyster card de Londres.
    Les transports publics hongkongais sont peu régulés. « On parle de non-interventionnisme positif, précise Emmanuel Vivant. Le gouvernement laisse les acteurs se débrouiller et n’intervient par petites touches que pour corriger les problèmes. » Il y a peu de coordination et beaucoup de concurrence dans le marché. Le tram, par exemple, est en compétition avec 50 lignes de bus, les passagers ont donc le choix. L’économie est ouverte, mais dominée par de grosses sociétés privées qui se sont développées avec l’immobilier. Les deux sociétés de bus appartiennent à des grands groupes immobiliers, idem pour le ferry, et c’était également le cas du tram avant que RATP Dev et Transdev ne le reprennent. Seul le métro fait exception. Historiquement c’était une société gouvernementale qui a été mise en bourse après la crise asiatique. Il y a peu d’appels d’offres. « Le gouvernement donne des franchises d’exploitation de dix ans, mais tant que le travail est bien fait, elles sont renouvelées. En revanche s’il considère que le service s’est dégradé il peut remettre les droits d’exploitation en compétition. Ce qui est déjà arrivé. » C’est un modèle très capitalistique. Les opérateurs possèdent tous leurs moyens de production. MTR possède les tunnels, les trains…
    Les transports publics ne bénéficient d’aucune subvention publique. Ce sont les utilisateurs qui payent le service. « Le métro bénéficie toutefois de subventions pour le “droit à développer”, et récemment le gouvernement a accordé des aides pour certaines lignes de ferries desservant des îles peu habitées que les opérateurs considéraient non viables et menaçaient d’abandonner. Pour assurer la pérennité du service, le gouvernement a accordé de faibles subventions aux opérateurs », précise le PDG de RATP Dev Transdev Asia.
    Autre spécificité bien connue des transports hongkongais : les opérateurs se dotent de revenus annexes, notamment la publicité et l’immobilier. C’est ainsi que beaucoup d’immeubles de la ville de Hongkong ont été développés par MTR, car la société de métro finance le coût de création de nouvelles lignes en ayant recours à l’immobilier. Pour cela elle demande au gouvernement de lui accorder des mètres carrés à développer autour des stations qu’elle achète au prix « green field ». « MTR achète ces terrains à la valeur “5” pour y construire des lignes de chemin de fer, elle en fait des allotissements qu’elle revend à des promoteurs immobiliers. L’entreprise peut les revendre “10” avec le droit à développer, ou “8” et prendre 50 % des plus-values des appartements, ou encore “8” avec obligation de lui rétrocéder une partie des constructions. » C’est ainsi que l’opérateur de métro en est arrivé à gérer 15 centres commerciaux. « Si le modèle hongkongais suscite la curiosité des Européens, vus de Hongkong nos systèmes sont considérés comme socialistes », s'amuse Emmanuel Vivant.
    Après cet état des lieux, le patron du réseau de tramways de Hongkong a évoqué son expérience de transporteur. En 2009, la filiale chinoise de RATP Dev Transdev Asia a repris l’exploitation du tramway hongkongais vieux de 112 ans, en le rachetant à un promoteur immobilier. « Nous avons amélioré le service, notamment en mettant en service des trams plus modernes mais ressemblant aux anciens, car les habitants y sont très attachés. Nous voulions montrer qu’un opérateur peut apporter quelque chose de plus par rapport à un promoteur immobilier. » Ces trams, dits « Signature » très modernes, sont construits dans les ateliers du transporteur. Chaque jour le « Ding Ding », comme on le surnomme, fait voyager 200 000 passagers dans l’une des 164 rames à deux étages circulant sur un réseau 13 km plus une boucle de 2,5 km. Et ce pour la modique somme de 0,25 euro le ticket, sans aucune subvention. Ce qui en fait le mode de transport le moins cher de l’île, mais aussi le plus fréquent et le plus accessible avec 120 arrêts. Un tous les 250 mètres. Mais la concurrence avec le métro et le bus reste rude. « Il nous faut continuer à convaincre et innover. C’est ainsi que nous avons été les premiers à proposer de l’information en temps réel, ou que nous avons mis en place une organisation scientifique du service ayant comme objectif d’attirer plus de passagers avec des ressources limitées. » L’exploitant compte 630 employés. « Nous exploitons sept relations différentes en collectant les données d’Octopus et en utilisant un algorithme qui affecte les moyens pour minimiser les temps d’attente et les surcharges. » L’entreprise exploite à ses risques et périls, « chaque euro qu’on investit doit rapporter et nous sommes propriétaire de tout : les trams, la voie, les dépôts… » Les recettes annexes représentent une part importante du chiffre d’affaires de l’entreprise, qu'Emmanuel Vivant n’a pas souhaité préciser. Des revenus qui viennent de la publicité, à la fois sur les trams et les abris, mais aussi de la privatisation des rames pour des événements privés, de la commercialisation de produits dérivés. Et l’entreprise vient de mettre en place un tram dédié aux touristes avec audioguide.

    Le système hongkongais a des qualités évidentes. Mais il est si éloigné du nôtre qu'il semble difficile de s'en inspirer. « Si on peut, on le fait peu », regrette Daniel Cukierman, président de DC Consultant et lui-même ancien CEO de Veolia Transport RATP Asie. « Le système hongkongais est la preuve que la valeur créée avec les infrastructures peut être récupérée par ceux qui font les investissements. Ce qui n’est pas le cas chez nous où c’est l’immobilier qui récupère cette valeur, et dans une moindre mesure les collectivités. » La société du Grand Paris a raté l’occasion de s’inspirer de cet exemple. « En gardant 800 mètres autour des gares, la SGP aurait pu ainsi financer son métro. » Autre leçon qu’il tire de cet exemple, « c’est que gagner de l’argent n’est pas honteux et n’empêche pas d’être bon ». Regrettant qu’en France cela reste tabou. « C’est comme si les services publics ne devaient pas gagner d’argent. Pour Eole, on va faire des gares cathédrales. C’est bien, mais cela ne permettra pas de profiter du trafic pour obtenir des revenus supplémentaires. » Daniel Cukierman s’étonne aussi que les collectivités préfèrent se priver de revenus plutôt que de faire de la publicité sur leurs trams. « Ce qui se fait à Hongkong nous démontre qu’on peut équilibrer une entreprise avec un service de qualité et des prix du ticket plus bas que chez nous. Il est donc surprenant qu’en construisant le Grand Paris, un métro automatique, qui va permettre d’économiser le coût des conducteurs, on prévoie tout de même d’avoir un service déficitaire à subventionner. »

    On sait d'autre part que les villes chinoises sont tentées par le modèle HK. Mais, pour Jean-François Doulet, maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris, codirecteur du Centre franco-chinois Ville et Territoire et auteur de La ville made in China, ce modèle est difficilement reproductible en raison de la nature du régime foncier. « Le système économique urbain chinois est fondé sur la captation de la plus-value foncière non partagée, au profit exclusif des municipalités. La ville capte la plus-value financière pour se doter d’une manne qui lui permet d’investir et de subventionner les transports publics. Ce mode de fonctionnement chinois est très résistant, même si depuis la fin des années 90 on voit apparaître des innovations en matière de financement, qui se rapprochent de ceux de Hongkong. » Cela a été le cas pour la ligne 13 ou 4 à Pékin ou l’extension de la ligne 2 de Shenzhen. Mais « ces expériences restent un phénomène microscopique à l’échelle chinoise ». Toutefois, depuis dix ans la Chine semble opérer une mutation vers la métropole intégrée, qui devient le nouveau paradigme et pourrait faire évoluer l’articulation urbanisme et transport. « Mais jusqu’à présent le développement des réseaux de transports publics en Chine ne s’est pas fait dans un cadre favorisant la densité ou l’intégration fonctionnelle, relativise-t-il. Le modèle tend à étaler les villes en raison de la captation de la plus-value foncière par les municipalités chinoises qui préfèrent développer des réseaux routiers parce que c’est plus facile et que cela valorise plus rapidement les nouveaux terrains. » Mais c’est de plus en plus critiqué, des mutations s’opèrent. « La Chine, qui est entrée dans une phase de croissance économique ralentie, va chercher à optimiser les territoires et augmenter les niveaux de régulation, ce qui devrait être propice à la densification et à l’articulation des transports, et donc à se rapprocher de ce qui se fait à Hongkong. » Le pays entre dans une nouvelle échelle : celle de la grande région urbaine. Le TGV chinois a fait émerger une vingtaine de clusters urbains qui sont au cœur de l’aménagement du territoire. Se pose alors la question de la valorisation de l’aménagement autour de ces gares. « On expérimente des formes de captation de la plus-value foncière entre municipalité et province. Les projets de TER vont poser la question des gares et des modalités de financement de leur aménagement. Ce tournant du développement urbain et des réseaux de transport et de la mobilité va-t-il apporter des choses inédites et voir émerger un modèle chinois ? L’avenir le dira, mais la Chine hérite d’un système très peu favorable aux transports collectifs et à leur intégration dans la dynamique urbaine, constate M. Doulet. Et pour le moment le modèle chinois reste très résistant à ce qui se fait à Hongkong, où l’on ne considère pas que les transports collectifs sont un service public, alors qu’en Chine ils bénéficient de subventions des titres de transport. » La question des gares et de leur intermodalité reste centrale en Chine. Est-ce que les promoteurs vont s’adapter ? De quelle façon ? « Autour des gares chinoises, on constate un fort dynamisme de services de mobilité avec la mise en place de vélos en libre service, de navettes partagées, de minibus exploités par des associations de propriétaires privés, ou de centres commerciaux… Il y a des singularités en termes de mobilité, de réactivité et d’adaptabilité mais elles ne touchent pas encore le cœur du financement via l’immobilier. »

    Quelles leçons tirer du modèle hongkongais ? Emmanuel Vivant retient d’abord sa culture commerciale. « La demande guide l’offre, parce que seul le client paye et qu’il n’y a pas de subvention. » Il cite également en exemple le développement des revenus annexes, la rigueur de gestion, la culture de l’autosuffisance, et enfin l’efficacité opérationnelle de MTR et des autres opérateurs. Mais le PDG de RATP Dev Transdev Asia considère que les transports de Hongkong pourraient s’améliorer en s’inspirant de ce qui se fait chez nous. Notamment en ce qui concerne la coordination intermodale. A Hongkong l’intermodalité n’est pas un sujet. Comme les opérateurs sont concurrents, ils n’ont pas intérêt à faciliter le passage d’un mode à l’autre. Un inconvénient toutefois limité car il y a tellement d’offres point à point, que les voyageurs ont rarement besoin de changer. Le véritable point faible des transports Hongkongais c’est le manque d’information multimodale pour les voyageurs, toujours pour des raisons de concurrence. Autre piste d’amélioration : la tarification, « car la carte Octopus n’est qu’un porte-monnaie électronique qui n’offre pas de discount ». Le patron des trams a pu vérifier que dans ce domaine les choses n’étaient pas faciles à mettre en place. « Nous avons demandé la possibilité de proposer des transferts gratuits bus/tram, ce qui est difficile à obtenir car cela peut être considéré comme de la compétition déloyale avec d’autres modes. » Si les transports Hongkongais ont de quoi inspirer l’Europe, ils pourraient encore se perfectionner en jouant la carte de l’intégration tarifaire et de l’information, en proposant des pôles d’échanges mieux conçus, en développant des modes doux, (marche à pied ou vélo), des espaces publics de qualité, où encore en améliorant les problèmes de congestion qui pénalisent les bus.

     Nathalie CHRZAVZEZ-FLUNKERT

     

     

    Testez vos connaissances sur le métro hongkongais

     

    Vous pensez tout savoir sur le MTR, pour Mass Transit Railways ? Le PDG de RATP Dev Transdev Asia, vous propose un quiz. Selon vous ces affirmations sont-elles fondées où font-elles partie du mythe ?

    MTR ne touche pas de subventions
    Faux : l’entreprise ne touche pas de subventions d’exploitation (sauf tarifs spéciaux pour les personnes âgées), mais il existe des subventions d’investissement, de deux natures, du cash sur certaines lignes et des droits de développement immobilier sur les autres. MTR mixe le développement immobilier et les subventions cash lorsqu’il n’y a pas de terrain à développer.

    MTR bénéficie de terrains gratuits.
    Faux : mais l’entreprise les achète à des tarifs préférentiels, à la valeur du terrain agricole et n’a pas à payer de droits pour en changer l’usage.

    Grâce à l’immobilier MTR est extrêmement rentable.
    Vrai et Faux : l’entreprise a des marges opérationnelles de 50 % mais elle les utilise pour financer des investissements colossaux. Sa rentabilité est de 6 %.

    MTR finance ses opérations avec l’immobilier.
    Faux : les opérations sont excédentaires, grâce aux revenus des voyageurs et de la publicité. L’immobilier ne finance que la part des investissements non couverte par les excédents d’exploitation.

    MTR est devenu d’abord un développeur immobilier.
    Vrai et Faux : l’entreprise possède 13 millions de m2 à Hongkong, dont 267 000 m2 qu’elle gère. Mais MTR reste culturellement une entreprise ferroviaire. L’immobilier n’est qu’un département.

    MTR a inventé le développement immobilier.
    Faux : l’utilisation de la valorisation des terrains pour financer a été un modèle classique du développement des lignes de chemin de fer au XIXe et début XXe siècle. Cela s’est fait aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil ou au Japon. A Hongkong tous les opérateurs le font d’une façon ou d’une autre. Son institutionnalisation est en revanche unique et liée notamment à l’histoire de Hongkong et de sa rétrocession du Royaume-Uni à la Chine. Comme les gouvernements des deux pays ne voulaient pas investir à Hongkong, cela a incité l’entreprise à avoir recours à un développement autonome sans que le gouvernement ait besoin de s’endetter pour financer des projets.

  • Ces réseaux qui ont fait le choix du gaz

    Ces réseaux qui ont fait le choix du gaz

    Si les bus électriques suscitent l’intérêt des collectivités et les convoitises des constructeurs, les bus roulant au gaz font moins parler d’eux. Pourtant ils progressent au sein des réseaux, ainsi que dans les intentions d’achat des élus convaincus par leurs performances économiques et écologiques.

    Bus électrique ou bus au gaz ? On ne peut pas vraiment encore parler de match, l’un n’existe pas – encore – vraiment, quand l’autre cumule les kilomètres depuis sa première apparition en France à la fin des années 90. Mais les bus au gaz semblent marquer des points auprès des réseaux utilisateurs qui louent leurs performances économiques et écologiques. Ce qui incite d’autres réseaux à leur emboîter le pas.
    Ainsi, le Grand Poitiers, l’un des précurseurs dans le GNV, qui était revenu aux bus diesel après avoir été échaudé par des problèmes techniques rencontrés avec des bus au gaz, a décidé au début de l’année de renouer avec ce carburant. « Ce ne sont pas des choix que l’on fait tout seul dans son coin. C’est l’orientation qui est suivie par d’autres grandes collectivités, la région Ile-de-France, l’agglo de Nantes, etc. », avait alors expliqué en avril, au quotidien Centre Presse, Anne Gérard, l’élue chargée des Transports au Grand Poitiers. « Ça nous conforte dans notre choix parce que c’est celui de la transition énergétique. Et désormais, on a l’assurance que la technologie est de plus en plus fiable. »
    Au 1er janvier 2015, 11 % du parc français circulait ainsi au GNV, ce qui représente 2 381 véhicules (et 30 réseaux), les plus grosses flottes se situant à Lille, Bordeaux, Nantes et Toulouse. Et dans leur enquête réalisée auprès des collectivités locales, le Gart et Agir ont montré que si 60 % des collectivités locales qui se sont manifestées souhaiteraient à l’avenir faire passer leur flotte à l’électricité, 30 % opteraient pour le gaz.
    Il est vrai qu’avec la nouvelle loi sur la transition énergétique, les élus vont avoir de moins en moins le choix. Le législateur impose que 50 % des achats de bus devront être constitués de véhicules à faibles émissions en 2020, puis 100 % en 2025 pour les flottes comptant plus de 20 véhicules de transport public. Un décret reste à écrire pour préciser ce que le législateur entend par « véhicules à faibles émissions ». Si l’on en croit une étude présentée en juin par la CATP, la centrale d’achat de transport public d’Agir, l’utilisation du gaz permet une forte diminution des rejets d’oxyde d’azote et de particules.
    De même si le coût d’achat d’un bus au gaz est plus élevé (il serait de 10 % comparé à un diesel Euro VI), ses coûts d’exploitation sont bien inférieurs (-36 %).
    Dans ce domaine, il bat à plate couture – pour le moment – son concurrent, le bus électrique qui affiche un surcoût d’au moins 105 % sur une durée de vie de 12 ans…
    Marie-Hélène Poingt

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  • Contournement Nîmes – Montpellier Les contraintes d’une ligne mixte

    Contournement Nîmes – Montpellier Les contraintes d’une ligne mixte

    Octobre 2016, c’est l’objectif de fin de la pose des voies sur les 60 km de ligne en construction entre Manduel, à l’est de Nîmes, et Lattes, à l’ouest de Montpellier. Une LGV « mixte » sur laquelle à partir d’octobre 2017 les TGV qui circuleront à 220 km/h côtoieront des trains de fret roulant à 100 km/h.

    Au linéaire proprement dit des 60 km du contournement ferroviaire de Nîmes -Montpellier en construction, communément appelé CNM, s’ajoutent 20 km de raccordements au réseau existant : 10 km de liaisons sur la rive droite du Rhône et 10 km vers Jonquières, Lattes et Manduel. Cette ligne constitue d’un côté le prolongement naturel de la LGV Méditerranée et de l’autre un maillon du futur axe à grande vitesse en projet entre Montpellier et Perpignan. Elle offrira des gains de temps d’une vingtaine de minutes, Montpellier se trouvant alors à 3 heures de Paris. Elle libérera au profit des TER des sillons sur l’axe classique aujourd’hui proche de la saturation avec quelque 230 trains au quotidien. Enfin, un report du fret de la route vers le rail est espéré, avec une estimation de 10 millions de tonnes par an, soit l’équivalent de 3 000 poids lourds en moins chaque jour sur l’autoroute.
    L’infrastructure est désormais bien ancrée dans les paysages du sud de la France. Essentiellement en remblai cumulant plus de 9 millions de m3 de matériaux, elle a d’emblée été étudiée et construite relativement à plat dans la plaine pour limiter les déclivités vis-à-vis des trains de fret.
    Cette future cohabitation TGV/convois de marchandises a aussi dicté un entraxe entre voies atteignant 4,80 m, soit 30 cm de plus que d’ordinaire. Et, fait inhabituel sur une LGV, des signaux de block automatique lumineux (BAL) sont implantés le long de la voie, complétés d’un contrôle de vitesse des trains par balises (KVB).
    A cette signalisation de ligne classique se superpose le système d’interopérabilité European Train Control System (ETCS1) qui consiste à remonter au conducteur en cabine les informations transmises par Eurobalises. La ligne se caractérise par une forte densité d’ouvrages, tous dimensionnés pour supporter les trains lourds de fret. Ils sont au nombre de 176 dits « courants », dont six de franchissements de voies ferrées, soit quasiment un tous les 450 m. Presque le double comparé à ceux de la ligne Sud Europe Atlantique (SEA) en construction entre Tours et Bordeaux et pas loin du triple sur Bretagne – Pays de la Loire (BPL) entre Le Mans et Rennes. Par exemple, les canaux d’irrigation Bas-Rhône -Languedoc amenant l’eau du Rhône vers le sud du département du Gard et l’est de l’Hérault croisent la ligne pas moins de 200 fois ! On compte aussi une tranchée de 1 217 m à Manduel qui sert de raccordement pour que les trains de fret puissent passer de la ligne nouvelle au réseau classique ou inversement. Enfin onze grands viaducs, des ouvrages d’art « non courants », comportent des structures très différentes tel ce pont à poutres latérales sur l’A54, un pont de la famille Warren sur le Vidourle, ou encore ce bowstring biais sur le Lez et la Lironde. Des viaducs principaux encadrés d’ouvrages dits de « décharges » ou de longues estacades dont le dimensionnement a été calculé pour assurer une transparence hydraulique totale dans les plaines inondables. Des précautions prises dès l’origine et indispensables pour les 31 communes traversées de façon à ce que l’infrastructure ferroviaire ne constitue pas une barrière artificielle lors des violentes crues dues aux épisodes cévenols qui se caractérisent par de très fortes pluies sur de courtes périodes.
    Les ouvrages ont été dessinés par l’architecte Alain Spielmann qui a souhaité « donner une ligne à la ligne » pour qu’elle soit reconnaissable d’une extrémité à l’autre, tout en affirmant malgré tout une identité propre aux sites traversés. Ainsi, les parapets des ouvrages du Gard arborent-ils un jaune clair vif pour évoquer la couleur de la terre, ceux de l’Hérault un bleu rappelant les dominantes du ciel et de la mer. Pour sa part, l’agglomération de Montpellier a retenu le blanc pour sa traversée. A signaler qu’aucun ouvrage n’atteint une portée supérieure à 90 m, ce qui a dispensé la pose d’appareils de dilatation en voie dont la tenue et la maintenance s’avèrent toujours délicates.

    Michel Barberon

     

  • Catastrophe des Pouilles : erreurs humaines

    « C’est comme un crash d’avion » a commenté in situ Massimo Mazzilli, maire de Corato, quelques heures après le nez-à-nez survenu le 12 juillet vers 11h40 à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Bari. Et effectivement… style= »margin-bottom: 0cm; line-height: 100% »>
    la violence du choc a été énorme : des deux rames de quatre caisses entrées en collision sur la voie unique entre les gares de Corato et d’Andria, seules deux voitures de chaque train sont clairement identifiables. Une autre caisse est extrêmement endommagée et les trois voitures restantes sont totalement pulvérisées. Après deux jours de recherches très difficiles parmi les débris, les autorités se sont accordées sur 23 morts et 43 blessés. Parmi les morts figurent le conducteurs des deux trains, ainsi que des étudiants et des personnes se rendant à l’aéroport international de Bari. Si l’enregistreur juridique (« la boîte noire ») du train parti de Bari a été rapidement retrouvé sur les lieux, la cause directe de la collision a été assez rapidement connue, moins de deux jours après l’accident : le chef de gare d’Andria a donné la voie libre au train pour Corato, alors que cette voie était toujours occupée. En effet, un troisième train était ce jour-là au départ de Corato, alors qu’habituellement, la voie unique vers Andria ne laissait passer que deux trains en proivenance de Corato.

    Difficile pour autant de faire du chef de gare d’Andria le seul coupable. L’enquête administrative a également interrogé le chef de gare de Corato. De plus,la cause profonde de la collision n’est peut-être pas uniquement à rechrecher dans les deux gares.

    Cet accident, qui restera l’un des pires en Italie ces dernières décennies, n’est pas survenu sur le réseau national RFI, mais sur celui des Ferrovie del Nord Barese (anciennement Ferrovie Bari-Nord), électrifié sous 3 kV continu. Ce réseau d’intérêt local relie Bari et Barletta, sur l’Adriatique, mais via l’arrière-pays (la grande ligne RFI étant établie le long du littoral) et l’aéroport international. Depuis 1937, ce réseau est exploité par la compagnie privée Ferrotramviaria, qui a succédé à la société belge d’origine (Société Anonyme des Chemin de fer économiques de Bari-Barletta et extensions).

    Dans le milieu ferroviaire, Ferrotramviaria jouissait jusqu’au 12 juillet d’une réputation de sérieux, n’ayant jamais connu d’incident majeur et ayant récemment investi dans du matériel roulant moderne : les automotrices détruites dans la catastrophe étaient une Alstom Coradia ELT 200 de 2005 et une Stadler Flirt ETR 342 de 2009. En revanche, la gestion des circulations est tout sauf moderne sur la voie unique de l’accident, autorisée à 100 km/h et recevant plus de 60 trains par jour. En effet, le cantonnement téléphonique y est de rigueur : le train progresse entre les gares de croisement si les agents circulation de ces gares, après échanges consignés dans un registre, lui donnent la voie libre… en l’absence d’un autre train, bien entendu. Et tout aussi évidemment, « un des deux trains n’aurait pas dû être là » comme l’a répété Massimo Nitti, Directeur général de Ferrotramviaria, dans son intervention huit heures après la collision. Le dirigeant a ajouté que l’on avait joué de malchance : « si la collision était survenue en alignement et non en courbe, l’issue aurait sûrement été toute autre : les conducteurs auraient au moins cherché à actionner le frein [d’urgence] et ces deux trains peuvent s’arrêter dans les 250 mètres ». Ironie du sort supplémentaire : le lancement de la mise à double voie de la section entre Corato et Barletta n’était plus qu’une question de mois, « avec fin des travaux d’ici 2017 », toujours selon Massimo Nitti. Ce qui explique sans doute le maintien jusqu’à présent d’une technique primitive pour la gestion des circulations sur voie unique, cette dernière devant être doublée à plus ou moins court terme…

    C’est ainsi que la collision des Pouilles a mis en lumière les retards pris dans la modernisation de la ligne de Bari à Berletta, pour laquelle les financements de l’Union européenne étaient disponibles depuis…  avril 2012, pour une fin des travaux attendue en juin 2015. Même si les terrains en bordure de voie avaient été expropriés depuis 2013, les blocages administratifs se sont accumulés et le délai de remise des offres pour le doublement de la ligne avait été reporté au 19 juillet 2016. Trop tard pour éviter la catastrophe.

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