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Valérie Pécresse relance l’écotaxe pour les poids lourds en transit
Elle l’avait inscrite à son programme électoral, et rappelle que son adversaire socialiste Claude Bartolone l'avait fait aussi. Valérie Pécresse relance l’idée d’une écotaxe poids lourds pour tous les camions qui traversent l’Ile-de-France La présidente (LR) de la région Ile-de-France souhaite inscrire la mesure dans son plan d’action pour la qualité de l’air qu’elle souhaite rendre opérationnel d’ici l’été. C’est ce qu’elle a indiqué le 11 avril lors d’une conférence de presse en marge de la conférence régionale sur l’air organisée rue de Babylone. « C’est une question de bon sens et d’application du principe pollueur-payeur, a-t-elle justifié. Le camion en transit ne paye rien et ne nous profite en rien. Il faut la voir comme une redevance pour service rendu puisque c’est la région qui entretient les routes. » Pour mémoire, la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, avait il y a un an et demi évoqué une écotaxe sur le périphérique. Ce n’est pas la bonne échelle, a rétorqué Valérie Pécresse : « Il y aurait un effet de report immédiat sur l’A86 et la Francilienne. »
Estimant qu’il y avait désormais « un consensus sur le principe pollueur-payeur en Ile-de-France », Valérie Pécresse a également rappelé qu’un vœu pour l’écotaxe avait été tout récemment voté à la quasi-unanimité par les élus EELV, que son homologue président de la région Grand Est Philippe Richert (LR) y était lui aussi favorable, et qu’enfin Manuel Valls lui avait fait des promesses quant à des ressources pérennes pour financer le passe Navigo à tarif unique. C’est pourtant de Matignon qu’était venu le dernier veto sur l’écotaxe régionale… « C'est un sujet complexe qui nécessitera une bonne dose de dialogue avec l'Etat », a-t-elle convenu. Valérie Pécresse entend utiliser les portiques qui a sa connaissance n’ont pas été démontés et estime que l'écotaxe en Ile-de-France rapporterait au moins 100 millions d’euros.
La déclaration a immédiatement déclenché une levée de bouclier de la Fédération nationale des transporteurs routiers. Estimant que seuls 14 700 des 242 000 poids lourds qui circulent chaque jour en Ile-de-France sont en transit, soit à peine 6 %, la FNTR a calculé qu’« à raison d'une centaine de kilomètres pour transiter en Ile-de-France, il faudrait que la taxe soit d'environ 4,50 euros par km pour atteindre les 100 millions d'euros de recettes attendues » !
Au-delà de cette mesure, Chantal Jouanno (UDI), vice-présidente chargée de l'Environnement, a listé les autres propositions jugées nécessaires pour que le million et demi de Franciliens qui chaque jour sont exposés à des niveaux de pollution supérieurs aux valeurs limites européennes, respirent un peu mieux. Parmi lesquelles, tester des solutions expérimentales de dépollution de l’air ambiant dans le métro, « un sujet majeur alors que tous les ans les études d’Airparif montrent que c’est là où l’air est le plus pollué ». Ou encore favoriser la dépollution des mobilités franciliennes : « dédieselisation » du parc des véhicules du Stif, financements de « tiers-lieux » pour le télétravail à hauteur de 2,5 millions d’euros, etc. Elle réclame aussi pour tous les grands projets et les grandes décisions – la piétonnisation de la voie Georges-Pompidou rive droite est dans le viseur – une évaluation fine des effets de report de circulation et de leurs impacts sur la qualité de l‘air.
La nouvelle présidente souhaite une région à la pointe de la mobilité durable, et des nouvelles technologies digitales. « Ce n’est pas normal que Paris n’ait pas son Optimod’ comme Lyon », a-t-elle lancé, rappelant que « si 10 % des Franciliens se décalent le matin, on n’a plus de problème de congestion et de saturation des rames ! » Elle affirme aussi vouloir travailler en partenariat : « Nous ne ferons pas cavalier seul sur des choses aussi cruciales, le nuage de pollution ne s’arrête pas au périphérique, on est tous dans la même barque et on doit décider ensemble ».
20000
C’est le nombre d'accidents de bus et de cars qui se produisent annuellement en Europe, selon European bus forum, une organisation professionnelle britannique du secteur. Ces collisions blessent 30 000 personnes et font 150 morts.
C’est l’un des modes qui affiche le moins d’accidents mortels, rappellent les professionnels. D’après l’agence ferroviaire européenne, entre 2008 et 2010, dans les 27 pays de l’Union, le nombre de morts par milliard de voyageurs-kilomètres est de 48,94 pour les deux-roues, 3,14 pour la voiture individuelle, 0,20 pour les passagers de cars, 0,13 pour le train et 0,06 pour l’avion.
Une coalition de taxis pour réduire les émissions de CO2
Une coalition de compagnies de taxis de 11 pays s’étant fixé des objectifs de renouvellement de leurs flottes pour réduire leurs émissions de CO2 réunit désormais 14 entreprises représentant 80.000 véhicules.
Annoncée début octobre 2015 avec 20.000 véhicules avant la conférence de Paris sur le climat COP 21, cette opération a quadruplé sa portée depuis et s’est baptisée « Taxis4SmartCities », a indiqué le directeur général des Taxis Bleus, à l’origine de l’initiative. Les adhérents s’engagent à ce qu’entre un tiers et 50% minimum des nouveaux véhicules qui entreront dans leurs flottes d’ici à 2020 émettent moins de 60g de CO2 par kilomètre. Et à l’horizon 2030, 30% des nouveaux véhicules émettront moins de 20 grammes.Alstom pose un deuxième pied en Afrique du Sud…
Le 6 avril, Alstom a annoncé avoir finalisé l'acquisition d'une participation de 51 % dans l’entreprise sud-africaine CTLE (Commuter Transport & Locomotive Engineering) spécialisée dans la rénovation du matériel ferroviaire. La part acquise par Alstom a été vendue par l’entreprise sud-africaine CTE (Commuter Transport Engineering, spécialisée dans la rénovation de trains de banlieue) et l’institut de financement IDC (Industrial Development Corporation), qui restent actionnaires. Connue sous le nom Union Carriage & Wagon (UCW) avant son rachat par CTE en 2013, CTLE fournissait du matériel roulant aux South African Railways et exécutait des commandes pour plusieurs pays d'Asie et d'Afrique australe. Au cours des dernières années où elle s’appelait encore UCW, l’entreprise a également participé avec Bombardier au montage des rames du train rapide Gautrain, qui relie Pretoria, Johannesburg et son aéroport.
Avec la prise de participation d’Alstom, l’entreprise a à nouveau changé de raison sociale pour Alstom Ubunye (« unité » en langue zouloue). Son nouveau PDG est Yvan Eriau, qui est également directeur général d'Alstom Afrique du Sud. Alstom, qui travaille également sur la fourniture de 600 trains de banlieue X'Trapolis Mega pour Prasa (Passenger rail agency of South Africa), va ainsi renforcer sa présence dans le pays.
Le constructeur a mis sur pied la coentreprise Gibela, qu’il détient à hauteur de 61 %, avec New Africa Rail (9 %) et Ubumbano Rail (30 %). « Les activités de Gibela, dédiées à 100 % au marché des trains pour Prasa, sont parallèles avec celles d’Alstom Ubunye » précise Gian Luca Erbacci, vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique. Qui plus est, le site de Dunottar, où se construit l’usine Gibela, n’est qu’à quelques kilomètres de l’ancienne usine UCW à Nigel, c'est-à-dire à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Johannesburg, dans la province du Gauteng. « De quoi constituer un véritable pôle ferroviaire en Afrique du Sud », envisage Gian Luca Erbacci.
A Nigel, sur son unique site de production de 80 000 m2, Alstom Ubunye compte de l’ordre de 450 salariés. « Nous avons acquis des compétences, une longue tradition ferroviaire », insiste Gian Luca Erbacci. Et avec l’apport de la technologie et du savoir-faire du nouvel actionnaire majoritaire, le site Alstom Ubunye pourra étendre ses activités à l'infrastructure, à la signalisation, aux trains et aux composants, ainsi qu’aux services. « Notre but est de répondre aux besoins des pays limitrophes et de l’Afrique subsaharienne en matière de transports ferroviaires », déclare le vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique, qui rappelle que « plusieurs projets de transports urbains sont à l’étude en Afrique australe ». En particulier, « un appel d’offres pour l’extension du Gautrain », mais aussi « de nouveaux trams à moyen terme en Afrique du sud, au Cap, à Johannesburg et à Pretoria », voire « à Maputo et Luanda », les capitales du Mozambique et de l’Angola voisins. Et parallèlement, l’usine de Dunottar a un plan de charge garanti pour au moins une décennie.
Patrick LavalGrenoble veut expérimenter de nouvelles formes de mobilité
Son petit nom : Lemon. Ce n'est pas un fruit, mais le Laboratoire d'expérimentation des mobilités de l'agglomération grenobloise. Parce qu'en matière d'innovation, rien ne vaut l'expérimentation. « Si structurant soit-il, le réseau doit imaginer un nouveau modèle, encourager les nouvelles habitudes et favoriser les initiatives pour accroître son attractivité et sa fréquentation », explique-t-on au SMTC de l'agglomération grenobloise, qui dévoilait la teneur de ce projet le 11 avril au matin. Sous l'impulsion politique de l'AO en 2013, la Semitag et Transdev se sont joints à l'initiative. Avec l'ambition de coproduire chaque projet, dans le cadre d'une démarche transversale (pour chaque projet, un groupe de travail opérationnel) et d'exporter ailleurs les innovations qui auront fait leurs preuves.
Les dix premiers projets – à différents stades de maturité – de Lemon s'inscrivent autour de cinq axes : intermodalité, accessibilité, développement durable, citoyen voyageur et ère collaborative. Trois initiatives ont déjà été lancées. « Bien qu'étant dans une démarche structurée et réfléchie, Lemon permet aussi d'être audacieux et spontané », assure Olivier Niles, responsable Etudes et projets de la Semitag. C'est dans le cadre de ce laboratoire que le paiement par carte bancaire Paybill (avec Actoll, Caisse d'Epargne Rhône-Alpes et Visa) dans le bus Chrono + est en test depuis la rentrée dernière.
De même Timodev (transport intermodal et déficience visuelle), financé par le Predit, a-t-il été lancé en février 2015 à Grenoble (mais aussi à Paris et Lyon) dans le but d'améliorer l'accessibilité et les cheminements des personnes mal voyantes dans les pôles d'échanges multimodaux. Enfin, l'expérimentation « Chrono en marche », qui s'intéresse à un quartier d'affaires construit sur une ancienne friche industrielle (Bouchayer-Viallet) à Grenoble, dans le but d'augmenter l'attractivité de l'offre de transport (deux lignes de tram, une de bus). L'utilisation d'un outil numérique créatif qui réalise des projections a permis de recueillir 1 054 propositions des usagers du quartier. Les premiers tests des nouveaux équipements (signalétique, éclairage, etc.) débutent en mai et juin prochains.
La dernière particularité du labo, c'est en effet d'impliquer au maximum les citoyens pour penser autrement les mobilités. « C'est une première en France, précise encore le SMTC. Une agglomération et ses habitants deviennent le matériau principal et bien vivant pour imaginer et expérimenter concrètement les mobilités de demain ».
Alstom renforce sa présence en Afrique australe en acquérant 51 % de CTLE
Alstom renforce sa présence en Afrique australe en acquérant 51 % de CTLE
Le 6 avril, Alstom a annoncé avoir finalisé l'acquisition d'une participation de 51 % dans l’entreprise sud-africaine CTLE (Commuter Transport & Locomotive Engineering), spécialisée dans la rénovation du matériel ferroviaire. La part acquise par Alstom a été vendue par l’entreprise sud-africaine CTE (Commuter Transport Engineering, spécialisée dans la rénovation de trains de banlieue) et l’institut de financement IDC (Industrial Development Corporation), qui restent actionnaires. Connue sous le nom Union Carriage & Wagon (UCW) avant son rachat par CTE en 2013, CTLE fournissait du matériel roulant aux South African Railways et exécutait des commandes pour plusieurs pays d'Asie et d'Afrique australe. Au cours des dernières années où elle s’appelait encore UCW, l’entreprise a également participé avec Bombardier au montage des rames du train rapide Gautrain, qui relie Pretoria, Johannesburg et son aéroport.Avec la prise de participation d’Alstom, l’entreprise a à nouveau changé de raison sociale pour Alstom Ubunye (« unité » en langue zouloue). Son nouveau PDG est Yvan Eriau, qui est également directeur général d'Alstom Afrique du Sud. Ce qui permettra de renforcer la présence dans ce pays d’Alstom, qui travaille également sur la fourniture de 600 trains de banlieue X'Trapolis Mega pour Prasa (Passenger rail agency of South Africa). A cette fin, le constructeur a mis sur pied la coentreprise Gibela, qu’il détient à hauteur de 61 %, avec New Africa Rail (9 %) et Ubumbano Rail (30 %). « Les activités de Gibela, dédiées à 100 % au marché des trains pour Prasa, sont parallèles avec celles d’Alstom Ubunye » précise Gian Luca Erbacci, vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique. Qui plus est, le site de Dunottar, où se construit l’usine Gibela, n’est qu’à quelques kilomètres de l’ancienne usine UCW à Nigel, c'est-à-dire à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Johannesburg, dans la province du Gauteng. « De quoi constituer un véritable pôle ferroviaire en Afrique du Sud », envisage Gian Luca Erbacci.
A Nigel, sur son unique site de production de 80 000 m2, Alstom Ubunye compte de l’ordre de 450 salariés. Plus que ce site, « nous avons acquis des compétences, une longue tradition ferroviaire », insiste Gian Luca Erbacci. Et avec l’apport de la technologie et du savoir-faire du nouvel actionnaire majoritaire, le site Alstom Ubunye pourra étendre ses activités à l'infrastructure, à la signalisation, aux trains et aux composants, ainsi qu’aux services. « Notre but est de répondre aux besoins des pays limitrophes et de l’Afrique subsaharienne en matière de transports ferroviaires », déclare le vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique, qui rappelle que « plusieurs projets de transports urbains sont à l’étude en Afrique australe ». En particulier, « un appel d’offres pour l’extension du Gautrain », mais aussi « de nouveaux trams à moyen terme en Afrique du sud, au Cap, à Johannesburg et à Pretoria », voire « à Maputo et Luanda », les capitales du Mozambique et de l’Angola voisins. Et parallèlement, l’usine de Dunottar a un plan de charge garanti pour au moins une décennie.
Patrick Laval
Mise en service de la ligne de tramway sur pneus de Medellín
La première ligne de tramways sur pneus du continent latino-américain a été intégralement mise en service commercial le 31 mars 2016 à Medellín, en Colombie Longue de 4,3 km, la ligne d’Ayacucho devrait transporter près de 85 000 passagers par jour. Commandés à NTL en avril 2012 par la société Metro de Medellín, les 12 tramways sur pneus Translohr qui y circulent sont particulièrement adaptés à la topographie de la ville dont les pentes jalonnant le parcours de la ligne peuvent atteindre 12 % et dont certaines courbes ont un rayon de 20 m.
Cette ligne, qui avait été inaugurée en octobre dernier avec une mise en service partielle, devrait proposer une interconnexion avec les deux lignes de télécabines desservant les quartiers très difficiles d’accès, en juillet 2016 pour l’une et début 2017 pour l’autre.

Grand Paris : les belles promesses de la ligne 18
La ligne 18 du Grand Paris Express – dont les maîtrises d’œuvre ont été attribuées le 15 février et pour laquelle l’enquête publique se tient jusqu’au 26 avril – est attendue impatiemment par les villes de grande couronne qu’elle doit desservir dans le sud-ouest de l’Ile-de-France…
… Sa mise en service est prévue en 2024 entre l’aéroport d’Orly et CEA-Saint-Aubin et en 2030 pour Versailles-Chantiers. Beaucoup d’élus et de responsables des grands pôles économiques et de recherche espèrent néanmoins une ouverture commune en 2024, si Paris accueillait les JO. Des voix dissidentes – des riverains, écologistes et associations – se font néanmoins entendre depuis le début de ce projet qu’ils jugent beaucoup trop coûteux et disproportionné.
«La ligne 18 tient un peu une place particulière dans le réseau du Grand Paris Express dans la mesure où elle dessert les territoires les plus éloignés du cœur de l’agglomération », dit Philippe Yvin, président du directoire de la SGP, la Société du Grand Paris, maître d’ouvrage de ce vaste projet consistant à créer d’ici 2030 un réseau de métro automatique cumulant 200 km. Mais précise-t-il, « c’est aussi celle qui doit soutenir un développement à la fois économique et urbain autour de très grands projets régionaux, métropolitains, et aussi d’intérêt national comme le cluster de Paris-Saclay ». Au service de quatre départements, le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine, l’Essonne, les Yvelines, cette ligne de 35 km, dont 14 en aérien, est destinée à relier l’aéroport d’Orly à Versailles-chantiers, en passant par Paris-Saclay, l’un des premiers pôles de recherche et développement au monde. Elle desservira 14 communes, concernera 335 000 habitants, 190 000 emplois, et quelque 100 000 voyageurs devraient l’emprunter chaque jour. Elle compte dix gares, dont trois en correspondance avec RER, métro, Transilien, tramway, et trois gares aériennes à Palaiseau, Orsay-Gif et CEA Saint-Aubin sur le plateau de Saclay. A la demande de la municipalité de Palaiseau qui souhaite mieux desservir son territoire très étendu, une quatrième, d’un surcoût relativement peu élevé, pourrait voir le jour juste à la transition entre la sortie du tunnel et le début du viaduc.
Suite à l’attribution le 13 novembre 2015 par son conseil de surveillance de l’opération d’investissement pour un montant de 2,7 milliards d’euros, la SGP a dévoilé le 15 février les lauréats des trois marchés de maîtrise d’œuvre. Le groupement Icare emmené par Ingérop Conseil et Ingénierie (avec Artelia Ville & Transport et Arcadis), associant ingénieurs et architectes, pour le génie civil, les gares souterraines et le centre d’exploitation. D’une surface de 6,6 hectares ce dernier, dont la conception et la réalisation architecturales sont confiées au cabinet Jean-François Schmit Architectes, est situé sur le site de l’Ecole polytechnique à Palaiseau. Il assurera la commande centralisée de la ligne, la maintenance du matériel roulant et des infrastructures. La conception et la réalisation architecturale du viaduc et des gares aériennes ont été attribuées au cabinet néerlandais Benthem Crouwel. Pour sa part, Egis Rail traitera les systèmes et le matériel roulant.
Le lendemain de cette annonce, une visite en bus dédiée à la presse, encadrée par les responsables de ce projet, a permis d’emprunter le tracé futur de cette ligne. Visite marquée par des arrêts aux points stratégiques, notamment les emplacements retenus pour les gares. Même si, pour certaines, un réel effort d’imagination s’imposait pour les « visionner » sur un champ en culture aujourd’hui… De cette visite, au cours de laquelle se sont largement exprimés les acteurs du territoire, maires, députés et maires des villes bientôt desservies par ce nouveau mode de transport, présidents de Chambres de commerce, responsables de pôles de recherches ou d’entreprises de pointe, il ressortait un consensus : la ligne 18 est attendue avec la plus grande impatience (voir cependant page 44). Et les futures gares vont représenter le vecteur décisif de grands projets d’aménagement et de développement.
La gare Aéroport-Orly, tête de la ligne 18, sera implantée juste devant un nouveau terminal de 80 000 m² en construction qui reliera dès l’été 2019 les aérogares sud et ouest d’Orly pour constituer une seule et même entité. « La gare va vraiment devenir un centre multimodal créé sur l’aéroport », résume Pierre Bourgin, d’Aéroports de Paris. En liaison avec une station routière et avec le T7, cette gare, dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par ADP au nom de la SGP, devrait être fréquentée au quotidien par 60 000 voyageurs. Elle mettra en correspondance de quai à quai le terminus – origine de la ligne 18 et de la 14 prolongée qui reliera le cœur de Paris.
Localisée au sud de la commune d’Antony, la gare Antonypôle desservira un pôle économique près duquel gravitent 1 600 entreprises dont des leaders de filières biotech et high-tech.
Massy disposera de deux gares qui desserviront un pôle de 21 600 emplois, 400 établissements, et accompagneront le développement de trois grands projets d’aménagement. La première, Massy-Opéra pour la desserte de quartiers peuplés et d’équipements de loisirs et de santé tels l’hôpital Jacques-Cartier, l’Opéra, un cinéma, ou encore un centre omnisports. Implantée au cœur de la commune, Massy-Palaiseau, la seconde gare, s’insérera dans un grand pôle multimodal. « Notre atout n° 1 ce sont les gares. Nous avons déjà celles de Massy-TGV, des RER B et C, d’importantes gares routières, vers 2020 et 2022 le tramway Massy – Evry – Versailles. La ligne 18 va renforcer ce maillage », constate Vincent Delahaye, sénateur et maire de la ville.
Très forte attente aussi un peu plus à l’ouest, au niveau du plateau de Saclay, considéré comme l’un des huit premiers clusters mondiaux de l’innovation, et appelé à devenir vitrine de l’excellence française en matière d’innovation scientifique et technologique. Dès 2006, l’Etat s’était saisi de l’importance et de la densification de l’activité en déclarant la zone « Opération d’intérêt national », reprenant ainsi la main sur la planification urbaine à la place des collectivités locales et facilitant les procédures réglementaires et juridiques. Ce vaste territoire est aujourd’hui une pépinière de laboratoires de pointe, de centres de recherche, de grands groupes, d’écoles de prestige, de plusieurs centaines de PME totalisant quelque 350 000 emplois dans l’aérospatiale, la défense, la sécurité… « L’ensemble du plateau de Saclay concentre 15 % de la recherche publique française et du même ordre de grandeur pour celle privée. Ce site est propice à toute création d’entreprises, de start-up », explique Philippe Van de Maele, qui a succédé fin 2015 à Pierre Veltz au poste de PDG de l’Etablissement public d’aménagement Paris-Saclay.
Avec l’autoroute A10 et la RN118, si l’on excepte les problèmes d’embouteillages, la desserte routière du plateau est relativement efficace. En revanche, elle est défaillante en ce qui concerne les transports en commun puisque les RER B et C desservent seulement des vallées proches du plateau. « La ligne 18 est donc structurante, majeure, essentielle, pour la réussite du cluster : sans elle, il y a échec », affirme Michel Bournat, président de la Communauté Paris-Saclay. « Il y a un véritable développement, mais il n’y a pas de développement sans transports. C’est la raison pour laquelle dès 2011 nous nous sommes tous mobilisés pour cette ligne, rappelle pour sa part Philippe Lavialle, président de la CCI Essonne. Construire une ligne, ce n’est pas simplement un transport de personnes, mais aussi un transport d’information… » Et de l’information, il devrait y en avoir. A l’ouverture de la ligne, le plateau accueillera 30 000 étudiants au sein de l’université Paris-Saclay, de Polytechnique, Centrale, les Mines, HEC, ENS Cachan, Agro ParisTech/Inra, l’Ensea… Mais aussi 20 000 enseignants-chercheurs, 21 000 salariés et 15 000 habitants !
L’engouement pour l’arrivée de la ligne 18 est fort dans les milieux économiques et parmi les élus. Mais – et si tout se passe bien – il faudra patienter jusqu’en 2024 pour la première phase. Cette année-là, Paris pourrait accueillir les jeux Olympiques. Et la ligne 18 doit desservir Saint-Quentin-en-Yvelines où sont prévues les épreuves de golf et de cyclisme sur piste. Mais le tronçon allant de CEA Saint-Aubin à Versailles-Chantiers, desservant Saint-Quentin-Est et Satory n’est prévu qu’en 2030. Raté… A moins que les JO ne soient un argument pour accélérer le calendrier. C’est ce que souhaite Michel Laugier, le président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, deuxième pôle économique après La Défense, qui comptabilise 145 000 emplois et 230 000 habitants : « Nous aimerions que le projet se déroule dans les meilleurs délais : 2024, parce que c’est un site Olympique éventuel et parce que nous en avons vraiment besoin ». Et de préciser : « Nous avons créé beaucoup de logements, fait venir de nombreuses entreprises. Nous aurions aimé deux gares pour irriguer notre territoire. Nous avons maintenant la certitude qu’il y en aura une, avec engagement de mener des études pour faire de cette gare un vrai pôle multimodal. »
2030, c’est aussi une échéance trop lointaine pour François de Mazières, le maire de Versailles. « Il est essentiel que ce métro arrive plutôt dans le délai 2024 que 2030. L’intérêt d’un métro, c’est qu’il boucle. Il est moindre s’il arrive dans un champ. Et le principe même de la ligne 18, c’est Orly – Versailles-Chantiers, gare essentielle dans l’Ouest parisien où existe un projet de pôle multimodal important avec un quartier totalement repensé. » De vastes projets d’urbanisme autour de Satory, la future gare précédant celle de Versailles-Chantiers, sont aussi dans les cartons. « Mais on ne peut pas les imaginer sans qu’il y ait d’abord le désenclavement du plateau. Et tant que la gare de Satory ne sera pas créée, la valorisation des anciens terrains militaires très pollués sera extrêmement difficile à faire. » Mi-février, le député et maire a d’ailleurs fait déposer à l’Assemblée nationale une question à Alain Vidalies, secrétaire d’Etat chargé des Transports, rappelant au passage, en particulier pour le plateau de Saclay, les engagements successifs des Premiers ministres. Jean-Marc Ayrault, en octobre 2013, évoquant la date de 2021. Plus récemment Manuel Valls qui a confirmé, d’une part, la réalisation dans un délai rapide du premier tronçon entre Orly et le plateau de Saclay, et d’autre part son prolongement jusqu’à Guyancourt. François de Mazières demande donc de « confirmer la réalisation de la totalité de la ligne 18 et d’en préciser le calendrier ». Philippe Yvin reste prudent : « Nous connaissons ces souhaits des élus locaux d’arriver le plus vite possible. Nous allons demander à nos maîtres d’œuvre de travailler sur un schéma de travaux d’un seul tenant. C’est à l’issue des études d’avant-projet, qui dureront à peu près un an, que nous aurons une idée du calendrier qu’ils pensent réaliste. »
Michel BARBERON

L’exploitation et l’information voyageurs en mode 2.0
L’info-voyageurs et l’aide à l’exploitation pour tous les réseaux, même les plus petits, est désormais une réalité. Grâce à des systèmes légers et financièrement accessibles à tous. Leur secret ? Une architecture basée sur le cloud et un « simple » smartphone dont le GPS servira à la géolocalisation.
Tablettes, smartphones et Internet mobile ont ouvert aux opérateurs des horizons insoupçonnés il y a encore quelques années. Alors qu’un SAEIV classique comporte un matériel lourd embarqué, un calculateur capable d’interfacer girouette, billettique, vidéosurveillance, comptage des voyageurs, les nouveaux systèmes 2.0 qui débarquent sur le marché sont financièrement accessibles à tous. Même une flotte de cinq véhicules dédiée à un événement, comme ce fut le cas pour les délégations de la COP21 avec Joul, peut être équipée et son opérateur pourra localiser ses véhicules en temps réel, les réguler, et bien sûr informer ses voyageurs, également en temps réel. « Les lignes éphémères ne sont plus les parents pauvres du système », se réjouit Olivier Deschaseaux, cofondateur de Joul, qui a équipé le réseau local d’issy-les-Moulineaux ainsi que 30 lignes de bus à Nantes.
Il s’agit de produits tout-en-un qui procurent à la fois une aide à la conduite, une gestion de l’exploitation, et de l’info-voyageurs. Maîtres mots du SAEIV léger qui vise en premier lieu le marché de l’interurbain, les petits réseaux urbains, ou encore le transport de salariés : légèreté, agilité, simplicité et ergonomie. Le secret ? Une architecture basée sur le cloud et un « simple » smartphone – dont le GPS servira à la géolocalisation – confié à chaque conducteur, équipé de l’application ad hoc lui permettant de gérer son service (alerte avance/retard, etc.) et de faire remonter des informations vers son exploitation (panne, perturbation). Les informations stockées dans le cloud viennent ensuite nourrir le service d’information aux voyageurs.
C’est Zenbus, la solution de Joul, qui a ouvert le bal en 2013 avec un test sur une ligne à Issy-les-Moulineaux. Comme souvent, ce précurseur totalement en rupture avec les habitudes du marché n’a pas été pris au sérieux immédiatement. « Je me souviens qu’au Salon européen de la Mobilité, on était perçus comme des rigolos ou des Martiens avec cette innovation en rupture…, se remémore le jeune chef d’entreprise. Mais aujourd’hui, s’affranchir de systèmes lourds avec un budget réduit, ça parle à tout le monde ! » D’ailleurs, plusieurs villes des Hauts-de-Seine et de l’Essonne ont testé Zenbus, mais aussi des entreprises comme Alcatel, Sanofi ou EDF, qui l’ont implanté sur leurs services spéciaux de transport des salariés. Avec une vingtaine d’implantations en France, la start-up vise maintenant un déploiement prochain au Canada et au Brésil. « Techniquement on a prouvé que Zenbus marche parfaitement, poursuit-il. Utilisé avec une tablette Android 8 pouces dernière génération, il procure une puissance permettant de superviser des flottes de plusieurs dizaines de bus. »
Ainsi la Semitan à Nantes, gère-t-elle depuis peu plusieurs centaines de véhicules et de conducteurs. « Il n’y a plus de limitation depuis la dernière mise à jour de l’appli », assure Olivier Deschaseaux. C’est l’un des avantages des systèmes légers. En dehors d’une dépense réduite – à titre d’exemple, Joul propose d’équiper une ligne pour 2 000 euros, incluant le paramétrage et la formation, plus 1 000 euros d’abonnement pour 10 véhicules – ils offrent des évolutions logicielles constantes à tous les clients. Les conducteurs ont en permanence la position de leurs collègues, sans passer par la radio et les clients accèdent aussi en ligne à l’interface graphique de visualisation du trafic.
Mais les données étant interopérables, elles peuvent aussi être intégrées à d’autres médias (écrans et bornes d’information). De plus, « les données d’exploitation sont remontées dans le cloud sur des plateformes sécurisées, explique Philippe Medioni d’Ubi Transports. Les exploitants et les collectivités ont ainsi accès à de nombreuses interfaces en se connectant par mot de passe sécurisé depuis tout navigateur internet. » Même philosophie chez Pysae, autre start-up créée il y a deux ans par des anciens ingénieurs de Systra, qui vise avant tout le marché de l’interurbain. « Avec neuf cars sur dix dépourvus de solution de supervision, il y a un marché de plus de 50 000 véhicules pour nos produits “fleet“ dédié la gestion de flotte et l’info-voyageurs et “display” pour le pilotage des afficheurs », estime François-Xavier Kouedy, chef de projet. Alpbus en Haute-Savoie (RATP Dev) ou le Limousin pour une ligne de TER par autocar s’en sont récemment équipés. De même qu’une ligne du réseau Lila en Loire-Atlantique (voir page 52) et bientôt Dole, Salon-de-Provence et Sète (CarPostal France), de même que les quelque 200 cars UCPA dans le cadre d’un partenariat avec Kisio Services.
« Avec deux milliards d’objets connectés dans le monde et une croissance de 12 % par an, l’évolution est inéluctable, analyse Pascal Auzannet, président d’Ixxi, la filiale innovation de la RATP. Qu’il s’agisse des systèmes d’aide à l’exploitation ou de l’information aux voyageurs, le processus relève de la même démarche de simplification et d’économies. » Dans les deux cas, le modèle économique repose en grande partie sur le smartphone ou la tablette connectée, ainsi que le cloud. La puissance de la 4G et l’arrivée prévue de la 5G permettent d’envisager ces technologies émergentes comme les outils d’avenir.
Cet expert rappelle en effet que « dans le domaine des ITS, toutes les réflexions prospectives vont vers de plus en plus de dématérialisation, qui est une source d’économie très importante pour la collectivité ». Utiliser un smartphone plutôt qu’une borne ou un écran fixe pour s’informer ? C’est tout bénéfice pour les acteurs du transport public puisque c’est le voyageur qui assume la plus grande part du coût. Mieux encore, la collectivité obtient en retour des données à forte valeur ajoutée. « Les clients produisent des datas, notamment sur leurs habitudes de déplacements, qui une fois anonymisées peuvent se vendre, relève encore Pascal Auzannet. Les agglos deviennent donc des bénéficiaires indirects de la dématérialisation. »
Les économies, c’est un avantage que met aussi en avant la start-up Ubi Transports, qui mise sur les modules à superposer. Evidence, le réseau urbain du Grand Cahors a installé son SAE 2Place depuis le début de l’année 2016. Couplé avec le module optionnel 2Clock pour la partie information voyageurs, avec ou sans appli, les réseaux de taille modeste peuvent s’équiper d’un SAEIV performant. « Ce système est capable d’envoyer de l’information voyageurs à une application comme aux bornes au sol qui sont installées aux arrêts stratégiques, comme nous le faisons à Cahors avec le mobilier Lumiplan, assure Philippe Medioni, directeur du Développement. L’information est aussi accessible en flashant un QR code ». Avec ses 75 véhicules, le réseau Péribus de Périgueux est actuellement le plus important à s’être équipé, au 1er mars, de la solution d’Ubi Transports.
D’après Philippe Medioni, on est toutefois loin de la limite du système. « La seule limitation pour une grosse agglomération, c’est qu’elle préférera disposer de régulateurs qui interviennent pour réagencer les courses en temps réel. Mais nous avons réalisé sur nos serveurs des études de charges pour certaines AO qui ont un trafic de 12 à 15 millions d’usagers par an. » La start-up qui enrichit son catalogue a vitesse grand V a récemment testé avec Transdev au Creusot-Monceau-les-Mines son « Ubibox » qui permet de se connecter au smartphone du conducteur en bluetooth afin de gérer la girouette du bus. Avantage : « Eviter au chauffeur d’avoir à manipuler le pupitre de la girouette pour inscrire le nom de la course, qui s’affiche automatiquement par le biais du SAE. »
Chez Pysae, on rappelle que la connexion Internet mobile est un plus, notamment pour la précision de la géolocalisation, mais non indispensable, le système étant capable de s’affranchir de la 3G durant plusieurs minutes si nécessaire, de stocker les données puis de les transmettre au PC, sans dégrader la qualité de service. Comme chez les concurrents, François-Xavier Kouedy, chef de projet chez Pysae, met en avant « un système évolutif rapidement, capable de faire face à la demande et de répondre aux exigences du marché comme des clients ».
On le voit, en très peu de temps, les SAEIV légers se sont imposés sur le marché. Et les start-up ne sont pas les seules à s’y intéresser. Ainsi, Engie Ineo a flairé l’air du temps et détecté un tournant il y a deux ans. « Une motivation est apparue de la part des plus petits réseaux urbains, des transports scolaires et interurbains de proposer des services comme font les grandes agglos, mais sans en avoir nécessairement les moyens, analyse Marie Véron, responsable du segment urbain et interurbain. Dans le même temps, de gros réseaux ont besoin d’une offre de complément pour gérer les véhicules en doublage, l’événementiel ou encore les véhicules en sous-traitance. »
C’est ainsi que l’offre traditionnelle en SAEIV Navineo a été déclinée en version « Nomade » sur tablette avec carte SIM ou smartphone Android. L’algorithme qui a fait ses preuves sur Navineo est utilisé dans la déclinaison légère du système. Et si aujourd’hui, l’objet nomade doit encore être physiquement connecté, aux autres systèmes du bus pour les réseaux de grande taille qui les utilisent (billettique ou surveillance vidéo par exemple), demain, on imagine déjà que tout passera par les ondes du bluetooth. Le module Information voyageurs fournit le temps d’attente aux arrêts et les messages d’information qui peuvent être envoyés aux panneaux existants comme sur un site Internet. « Le service Aérolis des cars Air France vers Roissy et Orly est en cours de déploiement, décrit Marie Véron. Et nous avons répondu à cinq appels d’offres pour des installations en 2016 ».
Le produit s’installe en deux à quatre mois après un paramétrage de base des horaires théoriques. A comparer aux 8 à 12 mois habituellement nécessaires pour déployer un système lourd. La flexibilité d’usage – la flotte peut grossir, il suffit alors d’ajouter des abonnements mensuels ou annuels – est un autre atout. De plus, « étant multiapplicatif, le système permet d’ajouter un service comme Waze [une appli de trafic et de navigation, NDLR], complète la responsable de chez Engie Ineo. Demain, il pourra supporter la billettique, calculer les heures de présence et les transférer automatiquement au service paye, etc. »
Et voilà comment un marché de niche pourrait bientôt devenir l’essentiel du marché…
Cécile NANGERONI

Pile à combustible. Les autobus de Hambourg auront le vent pour carburant
En 2026, Hambourg alignera 260 autobus à « zéro émission » mus par pile à combustible. Ce projet extrêmement ambitieux va permettre à la ville hanséatique de stocker les excédents d’électricité des éoliennes sous forme d’hydrogène utilisé ensuite comme carburant. Déjà, quatre autobus Mercedes Citaro Fuel-Cell de dernière génération y circulent en service commercial.
Le principal opérateur des transports urbains de Hambourg reste traditionnellement connu sous le nom de « Hochbahn », vocable qui pourrait être traduit par « métro aérien ». De fait, ce mode ferroviaire, qui incorpore de pittoresques sections en viaduc, fait partie intégrante du paysage local. Hambourg a été la première agglomération du monde à se doter, dès 1965, d’une communauté tarifaire, véritable autorité organisatrice. La raison sociale de son principal opérateur est devenue la société par actions « Hamburger Hochbahn AG » (HHA), mais en réalité cette dernière demeure toujours la propriété de la ville hanséatique. Aux quatre lignes du métro s’ajoutent encore 110 lignes d’autobus, dont 24 exploitées sous la marque « Metrobus », qui correspondent aux axes structurants et représentent 60 % des voyages. Il existe aussi des lignes dites « rapides », qui ne desservent pas tous les arrêts, des lignes régionales, qui assurent un rabattement vers les gares et stations du métro et, enfin, des lignes de nuit. Les véhicules articulés sont favorisés, et la ligne 5 est même exploitée avec des « double-articulés » de 24 m de long.
Sur les 110 lignes d’autobus qui irriguent Hambourg, l’une d’elle jouit d’un statut tout particulier : c’est la 109, ou « ligne de l’innovation ». Longue de dix kilomètres, elle relie la gare centrale à Alsterdorf, plus au nord. On y rencontre tous les véhicules à propulsion alternative que la Hochbahn s’est fait une spécialité de tester dans des conditions normales d’exploitation. Cette ligne a été choisie pour trois raisons : sa longueur était compatible avec l’autonomie de véhicules électriques « plug-in » ; son terminus technique d’Adenauerallee (où stationnent plusieurs minutes tous les véhicules à l’arrivée, en attendant leur prochain départ de la gare centrale), tout comme son terminus de renvoi, disposait d’un espace suffisant, aisément raccordable au réseau d’alimentation électrique adéquat, afin de pouvoir installer une station de charge rapide par le haut ; enfin, cette ligne passe par le centre-ville, et offre donc une visibilité maximale des véhicules pour le public.
La ligne 109 est actuellement le terrain de jeu de trois autobus Volvo hybrides « plug-in » avec charge rapide des batteries de 20 kWh en terminus, quatre Mercedes mus par pile à combustible, et deux articulés électriques de 18 m Solaris avec batteries de 150 kWh pour charge lente en dépôt, avec petite pile à combustible d’appoint leur conférant 200 km d’autonomie par jour. La Hochbahn peut, par ailleurs, engager l’un ou l’autre d’une cinquantaine d’autobus hybrides diesel-électrique des types « série » et « parallèle ». Ces véhicules sont des Volvo, Mercedes et Hess, en standard de 12 m et articulés de 18 et 24 m.
Le carburant des autobus à pile à combustible est l’hydrogène, qu’ils doivent embarquer dans des réservoirs montés sur leur toiture. Le remplissage de ces réservoirs s’effectue sous une pression de 350 bars. Un autobus standard de 12 m emporte 35 kg d’hydrogène, qui sont chargés en sept minutes. Pour un articulé de 18 m, on compte 44 kg, en un temps de 10 minutes. A Hambourg, il existe aujourd’hui quatre stations de remplissage en hydrogène, dont deux pour les voitures de tourisme de la marque Toyota, et les deux autres à l’usage des autobus de la Hochbahn. Parmi ces deux dernières, la plus petite, située dans les emprises du dépôt, ne sert aujourd’hui qu’en « back-up », tandis que la plus grande, localisée dans le quartier de Hafencity, est utilisée quotidiennement. La consommation en hydrogène oscille entre 8 et 9 kg aux cent kilomètres pour les standards de 12 m, et s’établit à 13 kg pour les articulés de 18 m.
Les quatre autobus à pile à combustible Fuel-Cell au format standard de 12 m, qui appartiennent au type Citaro du constructeur allemand Mercedes, affichent une autonomie de 350 à 400 km. En théorie, un passage tous les deux jours à la station de remplissage en hydrogène suffirait donc amplement, mais ici l’exploitant préfère pourtant refaire, chaque jour, le plein des véhicules, quel que soit le degré de remplissage de leurs réservoirs. D’autant que cette opération ne prend, pour lui, que sept minutes, à la différence de la charge lente des autobus électriques dont la durée se compte plutôt en heures…
C’est dès 2003 que la Hochbahn a mis en service sa première génération d’autobus à pile à combustible (programme Cute), dont elle a exploité jusqu’à neuf unités. Ces véhicules étaient déjà fournis par Mercedes, leader incontesté depuis l’origine sur ce mode de propulsion. La Hochbahn a toujours aimé travailler en partenariat avec la marque à l’étoile, et l’on se souvient que les tout premiers Citaro diesel de présérie avaient déjà été livrés sur son réseau, dans l’idée de parfaire la mise au point de ce modèle alors révolutionnaire grâce à l’établissement d’un système d’échange de données entre exploitant et constructeur alors tout à fait inédit… En 2011 est arrivée à Hambourg la génération Mercedes Fuel-Cell actuelle, qui apporte une véritable dimension d’hybridation à la pile à combustible en introduisant la récupération au freinage et le stockage d’énergie sous forme électrique. Et c’est fin 2014, que la Hochbahn a reçu, cette fois en provenance du constructeur polonais Solaris, ses deux autobus articulés « tout électriques », dont la particularité est d’incorporer une pile à combustible qui n’a pour rôle que d’accroître encore le rayon d’action du véhicule, au-delà de l’autonomie que lui confèrent normalement ses batteries.
Si la Hochbahn a décidé aujourd’hui de miser à fond sur la pile à combustible, il ne faudrait pas y voir, pour autant, le seul résultat d’un partenariat historique avec Mercedes. Le moteur de ce projet est, en réalité, le cabinet d’ingénierie Hy-Solutions, fondé en 2005 sous forme d’un PPP (partenariat public-privé), avec pour actionnaires les Chambres de commerce et d’artisanat de Hambourg, DNV-GL (expert mondial en transport maritime et énergie), Vattenfall (entreprise suédoise de production et distribution d’électricité), la Hochbahn et l’actuelle autorité organisatrice de Hambourg-Holstein. Ce cabinet a mené jusqu’ici quelque 80 projets de R&D (Recherche et Développement), tant en Allemagne qu’à l’étranger. Et il s’est fait une spécialité dans les domaines en rapport avec l’utilisation de l’hydrogène, la technologie des piles à combustible et l’électromobilité. Hy-Solutions est justement mandaté par le sénat de Hambourg pour choisir les meilleures pistes à suivre, dans la perspective de l’obligation très contraignante, pour la Hochbahn, de ne plus acheter, dès 2020, que des autobus « à zéro émission ». Pour Heinrich Klingenberg, le directeur de Hy-Solutions, le choix est déjà fait : « Si, l’an prochain, nous comptons encore essayer de nouveaux autobus tout électriques, nous nous intéressons surtout à l’hydrogène, car ses avantages sont manifestes. Pour le conducteur, il n’y a pas de changement par rapport au diesel, alors qu’avec un autobus tout électrique, il lui faut en permanence s’assurer d’avoir toujours suffisamment de charge pour pouvoir rouler. De plus, dans les roulements des véhicules à Hambourg, nous avons coutume d’avoir souvent, sur le déroulé d’une même journée, des missions successives sur des lignes différentes, afin d’optimiser la rentabilité du matériel. Avec un autobus tout électrique, cela ne serait possible qu’en équipant avec des infrastructures de charge rapide toutes les lignes parcourues dans une même journée de roulement. Alors qu’avec l’hydrogène, on dispose exactement de la même flexibilité qu’avec un diesel ! » Le cabinet d’ingénierie Hy-Solutions dit avoir étudié avec beaucoup de soin quel serait l’impact d’un recours systématique aux seuls autobus tout électriques dans l’exploitation du réseau de la Hochbahn. Les conclusions ne militent pas en faveur de cette solution. « Nous avons calculé que le ratio entre le nombre des stations de charge rapide nécessaires et celui des autobus en roulement serait de 1 à 4, poursuit Heinrich Klingenberg. Pour 800 autobus tout électriques, il nous faudrait donc implanter 200 stations ! Si, en raison de difficultés de circulation, un véhicule se trouve “désheuré” par rapport à sa marche théorique, il ne peut plus espérer résorber tout ou partie de son retard en jouant sur les temps de battement aux terminus – comme cela se fait partout dans l’exercice de la régulation en ligne – car il lui faudra encore stationner pendant toute la durée nécessaire à sa charge ! Le seul moyen, dans ces conditions, de s’en sortir, c’est d’augmenter le nombre de véhicules en ligne, et donc celui des conducteurs, alors que le personnel représente déjà la moitié des charges pour l’opérateur ! Nous avons calculé que si la Hochbahn n’utilisait plus, demain, que des autobus tout électriques, ses coûts d’exploitation grimperaient de 20 %. Nous n’avons évidemment pas ce problème avec l’hydrogène, dont le temps de chargement est pratiquement le même que le diesel. Il suffit alors d’une seule station pour remplir tous les véhicules, le soir, à leur rentrée au dépôt, ce temps étant, comme toujours, mis à profit pour effectuer le nettoyage intérieur. Il n’y a ainsi plus de différence avec l’exploitation d’autobus diesel, et l’on retrouve la même flexibilité et la même rentabilité. C’est donc bien l’hydrogène qu’il nous faut… »
La Hochbahn dispose aujourd’hui de six dépôts, dont l’un est équipé d’une station de remplissage en hydrogène. Hy-Solutions étudie actuellement la possibilité d’avoir, à terme, une station par établissement. Surtout, le cabinet d’ingénierie participe à l’élaboration du projet actuellement – et de fort loin ! – le plus ambitieux d’Europe en matière d’hydrogène : la construction d’un nouveau dépôt qui va pouvoir accueillir jusqu’à 260 autobus à pile à combustible ! Il se situera à City Nord, un quartier distant de 12 km du centre-ville, et sera implanté à l’intérieur d’un triangle ferroviaire. « Juste derrière les trois branches du triangle, se trouvent respectivement des habitations, un hôpital et une école, note Heinrich Klingenberg, et pourtant nous avons eu l’autorisation de stocker 20 tonnes d’hydrogène au beau milieu ! C’est dire si la technique est désormais sûre et maîtrisée… » Pour un parc de 260 véhicules, la consommation totale journalière s’élèvera à 4 t. C’est pourquoi une capacité totale de 20 t s’avère nécessaire afin de disposer d’un stock suffisant, tant par rapport aux jours fériés qu’aux impondérables. Deux concepts différents vont être testés à l’occasion. Le premier consiste à acheter de l’hydrogène produit industriellement, qui sera livré par voie routière, avec quatre semi-remorques qui viendront se positionner, dans l’enceinte du dépôt, sur quatre branchements parallèles aboutissant à la station de remplissage. Le second concept vise à produire directement l’hydrogène par électrolyse dans les emprises-mêmes du dépôt. Cette dernière solution est plus onéreuse – 7 euros par kilo au lieu de 5 –, mais elle est aussi plus respectueuse de l’environnement puisqu’elle élimine tout transport par camions.
A Hambourg, l’idée est maintenant de mettre à profit la production d’hydrogène comme moyen de stocker dans des réservoirs, sous forme gazeuse, tous les excédents d’électricité « propre » qui, autrement, seraient irrémédiablement perdus. « Dans notre région, 40 % de l’énergie électrique provient des éoliennes, et l’enjeu politique est très important, constate Heinrich Klingenberg. Quand les vents marins soufflent très fort, et que la demande industrielle en électricité est faible, l’hydrogène peut devenir le moyen de réguler ce différentiel. » Du coup, plutôt que le pétrole ou le gaz en provenance du Moyen-Orient et de Russie, les autobus de Hambourg auront désormais le vent pour carburant, et il n’y aura plus ni pollution ni gaspillage d’énergie. « Chez nous, la longévité d’un autobus est de 13 à 14 ans, poursuit le directeur de Hy-Solutions, et la question qui se pose aujourd’hui à nous est donc de savoir quelle énergie, à l’horizon d’une quinzaine d’années, sera à la fois disponible et encore autorisée en Europe. Aussi avons-nous choisi d’avancer pas à pas, en capitalisant sur l’énergie produite dans notre propre pays, afin d’être prêts à affronter tous les changements à venir, qu’ils soient politiques, économiques ou autres… »
Pour les quatre Citaro Fuel-Cell en service actuellement à la Hochbahn, la disponibilité oscille autour de 80 %, alors que celle de leurs homologues en diesel atteint les 98 %. C’est déjà un excellent chiffre si l’on songe que des véhicules ont parfois été arrêtés pendant une semaine dans l’attente d’un organe ou d’une pièce détachée, car il ne s’agit pas encore, bien sûr, de fabrications en série. Ils parcourent 3 700 km par mois, contre 5 000 pour les Citaro diesel.
A la mi-janvier, l’Union européenne a annoncé qu’elle subventionnerait, à hauteur de 200 000 euros pour un standard de 12 m, 250 000 euros pour un articulé de 18 m, et 700 000 à 1 200 000 euros pour une station de remplissage, les prochains investissements requis pour se lancer dans cette voie de la pile à combustible. Un programme existe déjà, qui prévoit l’achat en Europe de 500 véhicules d’ici 2020, et le groupement des villes intéressées est justement en cours de constitution. A l’évidence, Hambourg s’inscrit totalement dans cette mouvance. Le tout nouveau dépôt de City Nord sera prêt dès 2018 avec les dix premiers véhicules Fuel-Cell puis, chaque année, entre 80 et 100 autres les y rejoindront. Au plus tard en 2026, ce dépôt tournera à plein régime, avec ses 260 autobus roulant à l’hydrogène. C’est alors que devrait commencer l’adaptation des autres dépôts à ce carburant. La Hochbahn pourrait aussi exploiter des véhicules tout électriques en complément mais, pour Heinrich Klingenberg, il ne fait aucun doute que l’essentiel du parc, à cet horizon, sera constitué d’autobus à pile à combustible. Et il considère que le développement chez Daimler du Mercedes Citaro Fuel-Cell présente l’avantage de ne pas être la reconfiguration d’un véhicule existant, et apporte, au contraire, un vrai changement
La maintenance des autobus à pile à combustible partage avec celle des tramways la particularité de comporter beaucoup d’interventions sur les toitures des véhicules, où se trouvent les principaux organes qui participent à la propulsion. C’est au dépôt-atelier de Hummelsbüttel qu’a été construite une nouvelle halle fermée de 25 m de long, dédiée aux autobus à pile à combustible. L’hydrogène étant plus léger que l’air, le toit de cette halle est en forme de chapeau pour que le gaz qui s’échapperait en cas de fuite sur un véhicule puisse venir s’y réfugier. A 0,4 % de concentration dans l’air, l’hydrogène activerait alors des capteurs provoquant l’ouverture automatique de trappes puis, dès 0,8 %, la coupure de l’alimentation électrique. Un tel incident n’est jamais encore arrivé… Pour l’accès aux toitures, des passerelles avec comble-lacunes mobiles venant s’appliquer à 200 mm maximum des véhicules ont été spécialement développés et fabriqués par FFG, filiale de la Hochbahn depuis 1968, et dont les 270 collaborateurs ont en charge la maintenance de tout le parc d’autobus ainsi que des ascenseurs et escaliers mécaniques du métro. FFG n’est autre que l’ancien constructeur ferroviaire Falkenried, qui construisit en 1880 ses premiers tramways (alors à chevaux !), avant de produire bien plus tard le célèbre matériel pour Hambourg ainsi que pour d’autres autres réseaux jusqu’en Australie.
Philippe Hérissé
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C’est le nombre de bus à hydrogène qui devraient circuler à Hambourg à horizon 2026. Le tout nouveau dépôt de City Nord qui les accueillera sera prêt dès 2018.