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  • Les défis des nouveaux vice-présidents Transports

    Les défis des nouveaux vice-présidents Transports

    … mais on imagine déjà que Christian Estrosi, le nouveau président du conseil régional suivra de près le dossier transports, notamment la question des TER, dont il a fait une de ses priorités. Dans les autres régions (au total sept sont détenues par la droite, cinq par la gauche, et la Corse, qui a un statut à part, est désormais gérée par les nationalistes), les nouveaux vice-présidents chargés des Transports sont pour la plupart des nouveaux venus, sauf en Bourgogne–Franche-Comté et en Bretagne. Au sein de l’exécutif régional, leur rang est très variable, allant du poste de premier vice-président aux rangs plus reculés. Renaud Lagrave, par exemple, est le 13e vice-président chargé des Infrastructures, Transports et Mobilités sur 15 vice-présidents en  Aquitaine–Limousin–Poitou-Charentes. Un signe de l’importance qu’accorde chaque région aux transports ? C’est pourtant l’une des principales compétences régionales dont le champ s’est encore accru avec les réformes législatives qui font des régions les véritables chefs d’orchestre de la  mobilité. Notons enfin qu'il n'y a plus d'élus écologistes chargés de ce portefeuille (alors qu'ils étaient très présents lors de la précédente mandature, c'était le cas en Ile-de-France, en Paca, en Franche-Comté), tandis que les communistes ne conservent cette délégation que dans une seule région, en Languedoc-Roussillon–Midi-Pyrénées. Voici les nouveaux vice-présidents régionaux chargés des Transports.

     

     

    Alsace–Lorraine–Champagne-Ardenne. Réinventer des axes de transport transversaux

    Redéfinir les priorités dans les infrastructures, inventer des axes de transport transversaux : deux objectifs s'imposent à Christine Guillemy, vice-présidente du conseil régional d'Alsace–Lorraine–Champagne-Ardenne en charge des Transports et de la Mobilité. Pour cette nouvelle venue dans la politique régionale, maire (LR) de Chaumont (Haute-Marne) depuis 2013, « la mobilité sera un élément essentiel de la mise en cohérence de la nouvelle région ». Avant la fusion dans le Grand Est, les collectivités territoriales ont négligé les déplacements de proximité entre des métropoles situées dans trois entités administratives distinctes, telles que Châlons-en-Champagne, Nancy et Strasbourg. « La future politique des transports ne devra pas résulter d'une addition des projets en cours dans les contrats de plan Etat-région », prévient Christine Guillemy. Les priorités régionales (électrification de Paris – Troyes, doublement de l'A31 sur l'axe Nancy – Metz, quatrième voie ferrée au nord de Strasbourg) vont faire l'objet d'un nouveau tour de négociations. Certains projets routiers, dont le principe est adopté depuis deux décennies, n'ont jamais abouti faute d'entente budgétaire entre les cofinanceurs. Le conseil régional aura à confirmer sa participation à la mise à quatre voies de la RN4 à Blâmont (Meurthe-et-Moselle) et au chantier de contournement de Châtenois (Bas-Rhin).
    Dans le ferroviaire, le renouvellement des conventions TER avec la SNCF, qui arrivent à échéance en 2016 (Lorraine, Champagne-Ardenne) ou en 2018 (Alsace), impose à l'autorité organisatrice d'harmoniser les politiques divergentes de tarification sociale ou de cadencement héritées des exécutifs sortants. « Il faudra imaginer des dessertes transversales multimodales », prévient Christine Guillemy, bien décidée à mettre en œuvre les nouvelles dispositions législatives pour combiner des transports publics interdépartementaux en autocar avec le TER. La mise en cohérence des aéroports du Grand Est, avec Strasbourg en perte de vitesse face au TGV, Bâle – Mulhouse tout-puissant grâce aux low cost, Metz – Nancy au ralenti et Vatry à la peine dans le bassin parisien, devra aussi être tranchée. « J'ai besoin de six mois pour mieux maîtriser ces dossiers », demande Christine Guillemy. L'élue entend également profiter d'un semestre de réflexion avant d'aborder le délicat projet de gare TGV à Vandières. Avant de quitter son mandat, Jean-Pierre Masseret, président socialiste de la région Lorraine, avait laissé le dossier en sommeil.
    Olivier Mirguet
     

    Aquitaine–Limousin–Poitou-Charentes. Moderniser un réseau vieillissant

    Avec 108 voix, soit une de plus que sa propre majorité, le socialiste Alain Rousset a été élu haut la main, à la tête de la plus grande région de France face au candidat FN, Jacques Colombier (29 voix). Dans la foulée, on découvrait le nom de son vice-président Transport : un fidèle, Renaud Lagrave, 48 ans, qui était sa tête de liste dans les Landes. « Très fier de devenir vice-président @Region_ALPC chargé des infrastructures des transports et des mobilités #Landes », a-t-il immédiatement tweeté.
    Cet ex-vice-président du conseil régional d'Aquitaine chargé du Tourisme, est conseiller municipal d'opposition à Mont-de-Marsan, président du Parc naturel régional des Landes de Gascogne et du Groupement d'intérêt public du littoral. Egalement ancien secrétaire fédéral du PS landais, il est décrit comme infatigable et homme de convictions. Des qualités qui lui seront utiles au poste de 13e VP, chargé des Infrastructures, Transports et Mobilités – une position lointaine sur un total de 15 vice-présidences s'agissant d'un dossier supposé important.
    Les 183 élus de la grande région Aquitaine–Limousin–Poitou-Charentes, provisoirement nommée ALPC, feront donc confiance au président « historique » de l'ancienne Aquitaine après presque deux décennies à sa tête – sa première élection remonte à 1998.
    A l'aube de ce 4e mandat, le Girondin de bientôt 65 ans a rappelé les grandes lignes de sa campagne, notamment sur la nécessaire modernisation des infrastructures. En cause : un réseau TER vieillissant (sur lequel un milliard d’euros de travaux sont lancés) et des problèmes de ponctualité. Ses relations avec la SNCF étaient tendues en 2015, l'étendue du nouveau territoire régional n'a rien pour arranger les choses. Côté route, il y a urgence à moderniser la N147 entre Limoges et Poitiers.
    L'arrivée de la grande vitesse à Bordeaux en 2017 ne résoudra évidemment pas tout dans une région de 84 000 km² et 5,9 millions d'habitants. Malgré le récent rebondissement, l'annonce du feu vert d'Alain Vidalies à la DUP pour Bordeaux – Dax et Bordeaux – Toulouse, en dépit des avis négatifs de la commission d'enquête et de la Cour des comptes, il y a fort à parier que la région devra encore se mobiliser sur le GPSO dont Alain Rousset a toujours été farouche promoteur. Ne serait-ce que pour gérer les oppositions à ce coûteux projet, estimé à 8,3 milliards d'euros… jusque dans les rangs de sa majorité. Les écologistes y ont toujours été opposés, or les listes PS et EELV ont fusionné au second tour. La candidate EELV, Françoise Coutant, a récupéré le dossier de la Transition énergétique en tant que 4e vice-présidente…
    Cécile Nangeroni

     

    Auvergne–Rhône-Alpes. Donner la priorité aux TER

    Le nouveau vice-président (Modem) aux Transports de la région Auvergne–Rhône-Alpes (Aura), âgé de 44 ans dont 23 ans déjà en politique, se définit, comme un « entrepreneur en politique ». Diplômé de l’IEP Paris en 1993, Patrick Mignola intègre dans la foulée le cabinet du ministre de la Défense, François Léotard (UDF), avant de rejoindre au Modem François Bayrou puis Michel Mercier au Sénat. Centriste bon teint hâlé au soleil de sa Savoie natale, il en devient conseiller général en 1998 et est élu maire de La Ravoire en 2001, année où il rejoint l’entreprise de carrelage familiale (190 salariés) avant d’être nommé PDG en 2008.
    « Les transports me passionnent comme chef d’entreprise parce qu’ils répondent aux besoins de mobilité et d’intermodalité indispensables à l’activité économique. Pendant les six mois de campagne, j’ai vu aussi combien la région était identifiée aux transports. Cet enjeu nous impose une obligation de réussir toutes les formes de mobilités synonymes de développement économique et d’aménagement du territoire », plaide le nouveau VP d’Aura qui succède à Eliane Giraud, sénatrice PS de l’Isère (2012-2016), et à Bernadette Laclais (2010-2012), députée PS de Savoie et, comme lui, née à Chambéry.
    VP néophyte, Patrick Mignola pourra compter, si besoin, sur les conseils experts d’une autre chambérienne, Josiane Beaud, « une amie » élue de Chambéry, ex-directrice régionale SNCF, qui connaît tous les arcanes du secteur des transports rhônalpins. Dans l’immédiat, après le constat d’une situation des TER « catastrophique » fait par Laurent Wauquiez, nouveau président de la région, Patrick Mignola s’est fixé un objectif : la ponctualité et la fiabilité des TER, et quitter la 15e place du classement national pour celle plus conforme de 2e région de France. Une exigence qui sera rappelée à Guillaume Pepy et dans la convention régionale 2016. Pour y contribuer, Patrick Mignola donne la priorité aux infrastructures ferroviaires dont le CPER définira le calendrier : « On a mis plus de rames mais les rails n’ont pas suivi, on va investir dans les lignes. » Et aussi dans la vidéoprotection et la police ferroviaire pour assurer la sécurité des TER, grande promesse de campagne. L’élu savoyard est également un fervent partisan du Lyon – Turin, « grand projet environnemental indispensable pour promouvoir le report modal, lutter contrer la pollution et assurer la sécurisation des matières dangereuses ». Avec deux formules : « gagner la bataille de l’opinion » et « innover en créant l’ingénierie financière » pour les voies d’accès au tunnel de base. Enfin, le nouveau vice-président veut relancer le Pocl « grâce à la fusion des deux régions qui est une vraie opportunité pour repenser la liaison Clermont-Ferrand – Saint-Etienne – Lyon ». Un choix stratégique, selon lui, pour la région de 7,8 millions d’habitants qui va faire l’objet d’une Grande Conférence des collectivités d’ici à l’été.
    Claude Ferrero

     

    Bourgogne–Franche-Comté. Mettre la région à l’heure de la « multimobilité »

    Malgré une élection difficile qui avait vu la candidate FN Sophie Montel arriver en tête au premier tour, l’ancienne présidente socialiste du conseil régional de Franche-Comté rempile : Marie-Guite Dufay est désormais aux commandes de la nouvelle région Bourgogne–Franche Comté. Lors de son discours d’investiture le 4 janvier, elle a promis qu’elle chercherait à maintenir « l’équilibre » entre la capitale bourguignonne Dijon et la capitale franc-comtoise Besançon.
    15 vice-présidents, dont neuf élus venant de Bourgogne, ont été désignés parmi les 100 conseillers régionaux de la nouvelle assemblée. C’est ainsi un Bourguignon qui prend en charge la compétence Transports : Michel Neugnot, également premier secrétaire de la Fédération socialiste de Côte-d’Or depuis 1993, devient le premier vice-président chargé des Finances, des Ressources humaines, du Transport et de l’Intermodalité. Autant de domaines qu’il connaît bien puisqu’il a déjà eu ces compétences lorsqu’il était conseiller de Bourgogne.
    « Notre mandat est exceptionnel car il s’inscrit dans une échelle très large grâce à des compétences nouvelles apportées par la loi, commente Michel Neugnot. Nous chercherons à mettre en place les solutions de mobilité les plus efficaces et innovantes en utilisant tous les modes de transport. »
    L’élu compte aussi mettre fin aux doublons entre lignes de train, cars départementaux ou cars scolaires « car il y a parfois un peu de gabegie ». Il souhaite arriver à « une tarification unique dans la région et à un titre de transport unique et multimodal », que ce soit pour prendre le train, le car, ou pourquoi pas le taxi.
    Au chapitre des TER, les élus n’ont pas attendu 2016 pour agir. La convention de la Bourgogne se terminant le 31 décembre prochain et celle de la Franche-Comté un an plus tard, il a été décidé de conserver ces échéances. Mais une réflexion commune a été lancée dès la fin 2014, via des assistances à maîtrise d’ouvrage, pour redéfinir à l’avenir les termes des conventions. Plusieurs analyses ont été lancées, tout particulièrement pour évaluer les besoins des habitants et l’efficacité du réseau existant. « Nous avons particulièrement regardé les flux domicile – travail et domicile – études pour tenter d’apporter les meilleures réponses aux besoins, en termes d’efficacité et de coûts. C’est à partir des analyses que nous allons discuter avec la SNCF », indique Michel Neugnot, qui ne se dit pas particulièrement favorable à une mise en concurrence de l’opérateur historique. Parmi les projets ferroviaires, il est notamment question de faire de Nevers un nœud de correspondances important.
    En revanche ajoute-t-il, « nous n’aurons pas peur de réduire l’offre pour la rendre plus efficace ». Il rappelle que la Bourgogne a déjà réduit d’un tiers l’offre kilométrique ferroviaire sur l’axe du Nord Morvan en direction de Paris. « Nous avons ainsi économisé 1,8 million d’euros annuels et 780 tonnes de CO2 », précise-t-il. Cela sans perdre de voyageurs.
    Selon lui, tout ce programme sera mené dans une approche globale, prenant en compte l’ensemble des moyens de transports. « Le temps de la multimodalité est arrivé ! », affirme le conseiller régional. Un programme qui sera réalisé progressivement d’ici à la fin du mandat.
    Marie-Hélène POINGT
     


    Bretagne. Travailler sur la situation quasi insulaire du territoire

    Gérard Lahellec (PS) a été élu 3e vice-président de la nouvelle assemblée de la région Bretagne, le 17 décembre, à Rennes. C’est son troisième mandat consécutif depuis 2004, comme vice-président chargé des Transports et désormais aussi de la Mobilité. Un élu convaincu que la Bretagne a « la particularité d’être quasi insulaire, et doit maintenir, sinon améliorer ses liaisons avec le reste de la France », a-t-il indiqué.
    C’est ce qui a conduit la région à porter le dossier de la grande vitesse ferroviaire, en participant au financement de la LGV qui mettra Rennes à 1 heure 30 de Paris, au printemps 2017. Et, même si la LGV s’arrêtera à Rennes, la vitesse sera relevée sur les deux axes ferroviaires, nord et sud de la Bretagne, mettant Brest et Quimper à 3 heures 30 de Paris en 2017, qui bénéficieront de quatre liaisons TGV quotidiennes supplémentaires. Pour Gérard Lahellec, il faut que « tous les habitants aient les mêmes accès aux transports où qu’ils habitent en Bretagne ». En privilégiant le train quand il existe encore.
    « La fréquentation des TER a augmenté de près de 50 % depuis que la région s’est vu confier les transports en 2002 », rappelle-t-il. Gérard Lahellec ne se dit toutefois pas opposé par principe au développement de l'autocar, même s’il estime que « la SNCF ne développe pas d'idées novatrices en matière de transports routiers bon marché à toute la Bretagne, mais seulement sur les liaisons rentables ».
    La région, qui se voit transférer la gestion des cars départementaux est train de faire un état des lieux, « sachant qu’il faut prendre en compte la régie des cars départementaux d’Ille-et-Vilaine aussi bien que les 500 marchés publics passés par le Morbihan, pour ses liaisons par autocar », précise l'élu. Sans parler des liaisons avec les îles, du Morbihan comme des autres départements bretons. « Il faut discuter avec chacun pour effectuer au mieux ce transfert. Nous leur demandons d’ailleurs de poursuivre leurs engagements comme si la gestion des transports leur était confiée au-delà de 2017. »
    Dans un souci d'harmonisation, iI souhaiterait que la date du transfert soit la même pour le transport interurbain et scolaire. Et, si possible, que les deux soient alignés sur la rentrée 2017. « En attendant, nous tiendrons compte des engagements des départements dans les transports. »
    Yann Goubin
     

    Centre-Val de Loire. Lancer une billettique interopérable

    Déjà un an que la région Centre a accolé « Val de Loire » à son nom, sans pour autant changer de frontières. Et si François Bonneau est resté président suite aux élections, le Centre-Val de Loire a changé de vice-président chargé des Transports. A Jean-Michel Bodin (PCF), en place depuis 1998, succède Philippe Fournié (PS). Ce dernier a été réélu conseiller régional, alors que la liste PCF-MRC de Jean-Michel Bodin n’a pas atteint les 5 % au premier tour.
    Secrétaire départemental du Cher au PS et adjoint au maire de Vierzon, Philippe Fournié était auparavant 11e vice-président délégué à la Santé au conseil régional. Lors de la première session de la nouvelle assemblée, 18 décembre, il a été élu 9e vice-président délégué aux Transports et à l’Intermodalité. Dans la précédente équipe régionale, Jean-Michel Bodin étant 5e vice-président chargé des Transports.
    La nouvelle mandature s’inscrit dans le cadre du Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT) voté en juin 2011, tout en engageant « dès 2016 les investissements prévus au contrat de plan Etat-région (CPER) signé […] le 6 février 2015 », comme l’a rappelé François Bonneau le 7 janvier, lors des vœux 2016 aux personnalités. « Les infrastructures ferroviaires sont une des trois priorités », précise Philippe Fournié, avec la réouverture aux TER de la ligne entre Chartres et Voves en septembre prochain, trois mois avant la date prévue par la SNCF : « Priorité aux usagers ! » Une réouverture qui précède de quatre ans celle du tronçon entre Voves et Orléans. Outre cet axe transversal, le deuxième grand objectif du CPER est l’ouverture du tram-train Orléans – Châteauneuf-sur-Loire (229 millions d’euros) en 2021, soit la fin du mandat.
    « La deuxième priorité sera le service voyageurs », avec une billettique interopérable à l’échelle régionale, simplification qui accompagnera le transfert à la région des transports interurbains au 1er janvier 2017. En outre, un passe Mobili Jeunes, offrant 50 % de réduction sur les TER, sera créé.
    Troisième priorité, enfin : les transports scolaires, également repris par la région, seront gratuits pour les collégiens et lycéens en septembre 2017.
    Patrick Laval

     

    Collectivité territoriale de Corse. Gérer l’épineux dossier maritime

    La Corse est un cas à part : les nouveaux élus le sont pour deux ans, du fait de la naissance prévue le 1er janvier 2018 de la future « collectivité de Corse » qui verra la fusion de l’actuelle collectivité territoriale de Corse et des deux départements insulaires.
    L’exécutif qui a la particularité de se partager entre les deux figures du nationalisme corse (Jean-Guy Talamoni à la tête de l’Assemblée corse et Gilles Simeoni à celle de la Collectivité territoriale) a donné le ton le 31 décembre dernier lors de leur première conférence de presse à Ajaccio. Pour eux, « le dialogue et l’apaisement face aux différentes crises qui s’annoncent et le refus de “céder” aux lobbies » seront les moteurs de leur action. Le transport maritime est le dossier le plus sensible qui devrait mobiliser un bon moment les élus corses.
    Pour gérer ce dossier épineux, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont confié à Jean-Félix Acquaviva les rênes de l’Office des transports de la Corse, une structure dont la présidence revient de droit à un conseiller exécutif nouvellement élu. Ce nationaliste modéré est réputé pour ses talents de fin négociateur mais aussi pour sa capacité à taper du poing sur la table. L’homme – qui a commencé son parcours politique dans les rangs des jeunesses nationalistes à Corte – n’a pas eu le temps de profiter d’un peu de répit après son élection. Il a rapidement dû faire face au conflit entre compagnies maritimes sur les ruines de la SNCM reprise le 4 janvier dernier par le transporteur Patrick Rocca et la MCM. Depuis le 5 janvier, un navire battant pavillon danois et affrété par le consortium Corsica Maritima (qui regroupe 140 entreprises corses) était bloqué à Marseille par des marins CGT de l’ex-SNCM. Pour déminer ce conflit, Jean-Félix Acquaviva a annoncé la tenue d’une table ronde dès février sous l’égide de la Collectivité territoriale de Corse, rassemblant les représentants des différents acteurs (MCM/Rocca et Corsica Maritima). L’ambition affichée par Jean-Félix Acquaviva est de parvenir à l’automne 2017 à la constitution d’une nouvelle compagnie maritime publique « 100 % corse » tout en respectant la concurrence avec les compagnies existantes (Corsica Ferries, La Méridionale) comme l’exige l’Union européenne. Jean-Félix Acquaviva avait pris la précaution de se rendre à Bruxelles début janvier pour obtenir l’aval de l’institution européenne qui ne devrait pas mettre de veto sur ce projet.
    Marc Ezrati
     

    Ile-de-France. Revoir les contrats avec la RATP et la SNCF

    A peine arrivée à la tête du conseil régional, Valérie Pécresse (LR), s’est emparée d’un des sujets délicats, les 300 millions qu’il faut trouver pour financer le surcoût du passe Navigo unique. Jean-Paul Huchon escomptait bien toucher le produit d’une taxe sur les nuits d’hôtel, projet que Laurent Fabius avait fait capoter au nom des intérêts majeurs du tourisme. Nouvelle piste : un prélèvement sur la CVAE (Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises). Manuel Valls et Valérie Pécresse se sont rencontrés le 7 janvier et ont abordé le sujet. La présidente du Conseil régional a aussi rappelé au Premier ministre sa volonté d’unifier en un seul corps la police ferroviaire et les forces de sûreté de la SNCF en Ile-de-France et de la RATP.  
    La nouvelle présidente va aussi revoir le contrat qui vient d’être signé entre le Stif et la SNCF d’un côté, et la RATP de l’autre, conformément à la clause de revoyure prévue. Valérie Pécresse pourrait revenir sur les clauses liées à la régularité et à la qualité de service, qu’elle ne juge pas assez contraignantes pour les opérateurs. Reste qu’elle ne pourra revoir le contrat qu’« à la marge ».
    Il est un texte que Jean-Paul Huchon a jusqu’au dernier moment espéré signer. La convention de financement du prolongement d’Eole à l’ouest… Mais le montage n’est toujours pas trouvé et Valérie Pécresse n’a pas donné d’indication sur le sujet, même si elle a réaffirmé l’extrême importance accordée aux RER par son programme.
    C’est à Stéphane Beaudet, 43 ans, que va revenir la tâche de mettre en musique la politique de la nouvelle présidente. Elu 3e vice-président du conseil régional, il est chargé des Transports. « Tout est prioritaire » nous dit le nouvel élu, que ce soit le renouvellement des RER, l'achat des bus, ou les investissements routiers pour faire sauter les bouchons. Cela dit, malgré l’urgence, il refuse tout catastrophisme, et rappelle que nous avons un « bon réseau » de transports « trop souvent décrié ». Mais un réseau « trop sollicité quatre heures par jour ». En dehors des solutions lourdes, relevant du transport lui-même, Stéphane Beaudet croit beaucoup à l'apport des nouvelles technologies, qui permettent, par le télétravail entre autres, de lisser dans le temps la demande de transport. L'élection de Stéphane Beaudet, maire LR de Courcouronnes, premier vice-président de la communauté d'agglomération d'Evry Centre Essonne était attendue. Ce bon connaisseur des transports est aussi président de l'Association de maires d'Ile-de-France. Il remplace aux Transports Pierre Serne, EELV qui a été réélu au conseil régional sur la liste de gauche unie au deuxième tour, et qui a été réélu à la commission permanente du conseil régional et au conseil du Stif.
    Une rumeur insistante veut que la directrice générale du Stif quitte son poste. On dit même qu’elle aurait fait part à ses proches avant le vote de son intention de partir, quelle que soit l’issue du scrutin régional. Mais la rumeur donne Sophie Mougard partante depuis des années… Valérie Pécresse avait profondément critiqué le Stif, dans l’entretien qu’elle nous avait donné (voir VR&T n° 582). Mais il s’agissait de la conception du système, et non de la façon dont l’a fait fonctionner Sophie Mougard, reconnue pour ses grandes qualités professionnelles, et qui a réussi depuis près de dix ans à faire vraiment exister le Stif. Une tâche pas facile, face à des opérateurs qui ont mis du temps à jouer le jeu, ou à des politiques dont les décisions ne sont pas toujours éclairées. Valérie Pécresse nous avait précisé qu’elle était tout à fait prête à travailler avec Sophie Mougard. Mais on peut penser que le Stif plus léger, plus décentralisé qu’elle souhaite mettre en place n’est pas tout à fait dans les vues de l’actuelle directrice générale. Pour l’instant, on remarque le rôle éminent que jouent trois femmes dans les transports transiliens ; Valérie Pécresse, Elisabeth Borne et Sophie Mougard. Alain Krakovitch se sent-il seul ?    

    F. D. et C. N.
     

    Midi-Pyrénées–Languedoc-Roussillon. Organiser des états généraux du rail

    La tradition est respectée puisque c’est à un élu communiste que revient la vice-présidence aux Transports (plus précisément à la Mobilité et aux Infrastructures de transports) de la nouvelle région Midi-Pyrénées–Languedoc Roussillon. Jean-Luc Gibelin, chef de file du PCF dans le Gard, rallié à la liste EELV-FDG-RPS-PO, succède à son camarade communiste Charles Marziani, qui a accompli deux mandats (en 2004 et 2010) après avoir remplacé l’ancien cheminot communiste Bernard Marquié.
    Mais à la différence de ses prédécesseurs, Jean-Luc Gibelin n’est pas un spécialiste des transports. Ce directeur d’hôpital de 57 ans, infirmier psychiatrique de formation, s’est plutôt investi dans le secteur de la santé, comme syndicaliste à l’UFMICT-CGT (Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres et techniciens) et en politique comme chargé des questions de santé et de protection sociale au PCF et au Front de gauche.
    C’est peut-être son parcours de militant attaché aux services publics qui a poussé la nouvelle présidente socialiste de la région, Carole Delga, à lui confier cette 6e vice-présidence. L’une de ses premières tâches sera en effet d’organiser dès le premier semestre 2016 des états généraux du rail qui réuniront élus et usagers pour « décider ensemble du futur schéma régional ferroviaire » (qui concernera TER, Intercités et LGV). « Je suis attaché à la facette démocratique du domaine des transports, affirme-t-il. La parole citoyenne, celles des usagers, des ayants droit aux transports, celles des cheminots et des autres salarié(e)s des transports doit être centrale. Chacune et chacun doit pouvoir être actrice et acteur de ses déplacements et donc de la vie de la région. »
    Il appelle enfin à « être imaginatif et créatif pour que le train soit plus efficace, plus agréable et moins cher ». Reste qu’il y aura fort à faire pour harmoniser la politique ferroviaire des deux régions fusionnées dans un ensemble grand comme l'Autriche. Autant Midi-Pyrénées a consenti, avec son Plan Rail, des investissements considérables dans les infrastructures, autant Languedoc-Roussillon a d’abord refusé, renvoyant l’Etat à ses responsabilités, puis n’y est venu qu’avec parcimonie. Le contrat de plan lancé à Montpellier par la dernière mandature ne prévoit qu’une remise à niveau des voies uniques TER Carcassonne – Limoux (mais pas jusqu’à Quillan), Alès – Langogne et du Train jaune. En revanche, la politique a été axée sur une baisse massive des tarifs avec le TER à un euro.
    Au menu parmi bien d’autres dossiers, l’éventuelle réouverture aux voyageurs du sud de la rive droite du Rhône, conditionnée par une coûteuse rénovation des gares, ou la controversée gare TGV de Montpellier-Sud de France (142,7 millions d’euros dont 23,9 % payés par la région), dont les écologistes et la Fnaut dénoncent la situation en zone humide et l’isolement des réseaux TER et tramway. Sur Narbonne – Toulouse (150 km), il faudra choisir entre une hypothétique ligne nouvelle et une amélioration de l’existant.
    Enfin, il faudra améliorer les liaisons entre les deux métropoles Toulouse et Montpellier (et au-delà vers Paca) aujourd’hui limitées à neuf relations directes (Intercités, TGV et un seul TER)… sans oublier les relations interrégionales France-Espagne par un tunnel du Perthus exsangue.
    Catherine Sanson-Stern
    et Michel Gabriel Léon

     

    Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Maintenir les TET et proposer un abonnement unique

    Le 4 janvier, lors de la première session du conseil de la nouvelle région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le Nordiste Gérald Darmanin a été élu 2e vice-président chargé des Transports, des Infrastructures de transport, des Relations internationales, des Transfrontaliers, du Tourisme et de la Communication. Une charge que cet élu Les Républicains avait déclaré souhaiter exercer lors de la campagne du Picard Xavier Bertrand. Avant sa prise de fonction au nouveau conseil régional, où il a été élu en décembre, Gérald Darmanin était député de la 10e circonscription du Nord. Il est également maire de Tourcoing depuis les élections de mars 2014, à la suite desquelles il avait démissionné de son précédent poste de conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais.
    Gérald Darmanin succède aux deux vice-présidents des anciennes régions : Daniel Beurdeley, 5e vice-président Transports (Communistes et progressistes unitaires) de Picardie, et Alain Wacheux, 9e vice-président Transports (PS) du Nord-Pas-de-Calais. Et – pourrait-on ajouter – à Daniel Percheron (PS), tant l’ancien président du Nord-Pas-de-Calais était personnellement impliqué dans les questions de transports !
    Impliqué dans les transports, Gérald Darmanin l’était aussi avant les élections, contribuant à faire de sa ville frontalière l’escale nordiste (avec zone de chalandise belge) des TGV Ouigo depuis le 13 décembre. Tout en regrettant que « sa » gare soit traversée sans arrêt par une quinzaine de trains transfrontaliers reliant Lille et Courtrai. Une injustice à laquelle le nouveau deuxième vice-président, chargé, précisément « des Relations internationales et des Transfrontaliers », pourra s’attaquer directement !
    Plus généralement, la desserte de l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing, ainsi que les relations entre cette dernière et l’ancien bassin minier, seront un dossier prioritaire lors de la nouvelle mandature, en vue de réaliser le futur Réseau Express Grand Lille, attendu d’ici 10 à 15 ans. Mais il n’y a pas que le Nord et le Pas-de-Calais dans la nouvelle région. Côté picard, Xavier Bertrand a annoncé veiller au maintien des autres liaisons ferroviaires, notamment des Trains d’équilibre du territoire (TET). Enfin, pour toute la nouvelle région, Gérald Darmanin met l’accent sur la sécurité et la réalisation d’un abonnement unique dans les transports publics.    

    P. L.

     

    Normandie. Améliorer le service ferroviaire

    Sans surprise, c'est le centriste Hervé Morin, qui était à la tête d'une liste d'union de la droite UDI-LR-MoDem-CPN qui a pris la présidence de la nouvelle région de Normandie. Aux Transports et aux Ports, c'est Jean-Baptiste Gastinne (LR) qui prend les commandes, avec la 10e vice-présidence, sur un total de 15, la région ayant choisi d'en avoir le nombre maximum. Conseiller municipal du Havre, il est aussi 5e vice-président de la communauté d’agglo chargé du Développement touristique, de l’Economie et de l’Enseignement supérieur. Fidèle d’Antoine Rufenacht puis d’Edouard Philippe, à 48 ans, il rempile à la région où il avait été élu en 2010 sur la liste de Bruno Le Maire.
    Le 4 janvier lors de la première réunion plénière des 102 nouveaux conseillers, Hervé Morin a immédiatement donné le ton : « Nous ferons en sorte que l’opposition soit intégrée sans sectarisme, que l’on évoque le port de Dieppe ou le ferroviaire. » Sujet majeur pour la région qui réunit pour la première fois haute et basse Normandie : le projet LNPN. L'opposition a cependant déjà prévenu le président qu'on l'attendait sur tous les fronts : « La priorité de la Ligne nouvelle Paris – Normandie ne doit pas faire oublier les TER et les petites dessertes », a dit Sébastien Jumel (FG).
    Le nouveau président de la Normandie, qui a annoncé qu'il démissionnerait de son mandat de parlementaire, espère faire respecter sa région face à la SNCF et se plaint de trains hors d'âge accumulant les retards. « J’ai rencontré Guillaume Pepy, président de la SNCF, avec lequel j’ai arrêté neuf chantiers. J’ai aussi évoqué cette question des trains avec Manuel Valls, Premier ministre, que j’ai eu au téléphone », annonce-t-il d'emblée. Son plan ? « L'Etat finance un plan de rattrapage dans lequel la région sera partie prenante, puis nous sommes prêts à prendre la main sur les Intercités », a-t-il assuré à la presse locale la veille de son élection.
    « C’est une bataille qui va être difficile car la situation est très préoccupante », a aussi rappelé, à Paris Normandie, Jean-Baptiste Gastinne, qui connaît bien le dossier puisqu'il siégeait déjà à la commission Transports et mobilité lors de la précédente mandature. « Cette bataille, nous avons le devoir de la mener sur deux fronts. D’abord à court terme avec l’absolue nécessité d’améliorer le service aux voyageurs sur les lignes ferroviaires normandes. Et n’oublions pas l’objectif à plus long terme de la Ligne nouvelle Paris – Normandie. Je vais tout mettre en œuvre pour accélérer le calendrier de la LNPN, mais ce ne sera pas facile. »  

    C. N.
     

    Paca. Mieux protéger les voyageurs

    Avec un TER sur cinq en retard et un sur dix annulé, le dossier des transports est l’une des priorités de Christian Estrosi, nouveau président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca). Tout juste élu le 18 décembre 2015, le maire de Nice a rencontré trois jours plus tard Guillaume Pepy, président de la SNCF. Dossier sensible donc, et si les vice-présidents ont été élus lors de la première assemblée du conseil régional, l’attribution des délégations devait être dévoilée lors de la plénière du 15 janvier. Parmi les 14 vice-présidents, Yannick Chenevard est l’un de ceux qui connaît sans doute le mieux ces problématiques. Vice-président de la communauté d’agglomération de Toulon (432 000 habitants), il en préside la commission des Transports.
    Quant à la présidence de la commission Transports, Infrastructures, Aménagement du territoire et Ports du conseil régional Paca, elle a été proposée à Maxime Tommasini. Président du conseil d’administration de la Régie des transports de Marseille (RTM) depuis le 12 mai 2014, il en a été administrateur entre 2001 et 2008. Maxime Tommasini a également été conseiller de la communauté urbaine de Marseille, délégué aux Transports, et a participé aux travaux de création du tramway et d’extension du métro.
    Mais il est évident que Christian Estrosi gardera la main sur ce dossier. Lors de sa première rencontre avec Guillaume Pepy il a notamment demandé au président de la SNCF l’indemnisation des passagers pour les retards ou les annulations dès le mois suivant, une de ses promesses de campagne. Par ailleurs, il a été convenu qu’un avenant à la convention actuelle entre la SNCF et la région Paca sur la sécurité des voyageurs et la lutte contre la fraude serait signé en janvier 2016. Il doit permettre l’installation de portiques de sécurité, de tourniquets pour le contrôle de billets et la prise de fonction des premiers agents de la police régionale des transports sur le terrain.     

    José Soto
     

     

    Pays de la Loire. Lutter contre la thrombose entre Nantes et Angers

    «Impossible de vivre jusqu’en 2020 sans la construction d’une nouvelle ligne entre Nantes et Angers au moins en projet ! » Bruno Retailleau, le nouveau président (LR) des Pays de la Loire a mis le ferroviaire, dès son élection, le 18 décembre dernier, à son menu. La mobilité est pour lui un des sujets de renégociation du contrat Etat-région sous le thème général : « Nous voulons nous rapprocher de la moyenne nationale de 173 euros par habitant alors que nous n’en sommes qu’à 113 euros. » Le vice-président Transports n’a toutefois pas encore été désigné. Quant à la commission Transports, Alain Hunault, maire (LR) de Châteaubriant devait en être nommé président le 24 janvier. Parmi les priorités à venir, plusieurs dossiers ferroviaires. Sur la ligne Nantes – Angers, il défend, à court terme que la ligne soit désaturée en étant dotée d’un système ERTMS. Objectif : y faire passer très vite davantage de trains. Nantes – Angers est trop important dans le réseau ferroviaire des Pays de la Loire. C’est son segment central sur son axe principal vers Paris. A plus long terme, sans troisième voie, Bruno Retailleau évoque le risque d’un déclassement par rapport aux régions voisines dans ses liaisons TGV avec Paris, rappelant que Nantes est à plus de deux heures de Paris, le temps qu’il faudra à l’avenir entre Paris et Bordeaux et alors que Rennes, fin 2017, s’en trouvera seulement à 1 heure 15. « Nous ne devons pas devenir le triangle des Bermudes ferroviaire de la façade atlantique ! » Alain Hunault va devoir aussi veiller, à très court terme, sur le contournement ferroviaire de la raffinerie de Donges dans l’estuaire de la Loire. Un chantier de 150 millions d’euros dont 50 proviennent de l’Etat. Maire de Châteaubriant, Alain Hunault va aussi avoir à cœur de développer le tram-train Nantes – Châteaubriant, encore bien loin des 11 000 voyageurs par jour visés au départ. Pour cela, il va lui falloir mettre en place une vraie harmonisation des tarifs des transports publics, un des grands dossiers régionaux, sur lequel, plus que jamais, il aura à s’entendre avec les métropoles, en particulier celle de Nantes.    

    Hubert Heulot
     


     

  • Transports publics suisses. Un exemple à suivre ?

    Transports publics suisses. Un exemple à suivre ?

    Par Christoph Schaaffkamp et Andreas Wettig, consultants à Trans-Missions (Tours) et à KCW (Berlin) et Christian Desmaris, chercheur au Laboratoire Aménagement Economie Transports et enseignant à Sciences-Po Lyon. Alors que les transports publics en France sont soumis à une contrainte de financement de plus en plus rude et que leur modèle contractuel semble limiter les marges de progression à attendre, la Suisse, pays voisin, réussit à accroître l’attractivité des transports publics, et tout particulièrement des chemins de fer, tout en maintenant le coût pour la collectivité.
    Quels sont les secrets de cette réussite durable helvétique ? Quels sont les enseignements possibles pour les décideurs en France ? Cet article propose quelques pistes fruits de réflexions croisées entre experts allemands, français et suisses.

     

    De la crise au renouveau

    Comme dans le reste de l’Europe, les transports publics en Suisse ont connu une période de contraction jusque dans les années 1970. Après un tournant vers le milieu des années 1980, ils connaissent aujourd'hui un succès singulier.
    Avec 22,3 %(1), la part de marché (en voyageurs-km) des transports publics en Suisse est une fois et demie supérieure aux parts de marché en France ou en Allemagne. La part du mode ferroviaire atteint pratiquement deux fois le niveau français ou allemand.
    La Suisse détient même le record du monde de la distance parcourue en train (kilomètres par habitant et par année). Aujourd'hui, plus d'un Suisse sur deux est abonné aux transports publics (abonnement général ou demi-tarif).
    Le succès auprès des voyageurs a été accompagné d'un progrès significatif dans la productivité : entre 1990 et 2013 le nombre train-km par agent a été multiplié par 2,3. Le nombre de voyageurs-km par agent a même été multiplié de 2,55. Les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF), l’opérateur ferroviaire historique principal, sont devenus une entreprise (société publique) profitable, notamment par le trafic de voyageurs, mais aussi, et pour beaucoup, par ses revenus immobiliers.

     

    Des clés de compréhension multiples

    Un territoire relativement favorable aux transports publics
    Les villes historiques denses, avec une haute qualité urbaine et des centres-villes habités, s’opposent à une croissance non maîtrisée de la voiture individuelle. Dans beaucoup de régions, la densité de population est favorable aux transports publics (moyenne nationale de 199 habitants/km²).
    La Suisse manque d’espace. De ce fait, il n’y a pas d’acceptation pour un réseau autoroutier à 2×3 voies à travers tout le pays. La protection des paysages est revendiquée par tous les courants politiques et l’aménagement du territoire est un enjeu politique important. Les transports publics profitent de l’avantage de leur faible consommation d’espace.

     

    Une gouvernance politique efficace et le soutien des citoyens
    Une organisation décentralisée des transports publics, y compris de son financement
    L’organisation de la Suisse est très décentralisée. Beaucoup de décisions sont prises au niveau des communes et des cantons, qui disposent de leurs propres financements et ressources fiscales. Pour le ferroviaire, les cantons disposent de 48 % des moyens financiers (2010), en forte augmentation. En conséquence, les besoins locaux, en particulier de mobilité, sont mieux pris en compte. Il résulte aussi de ce fédéralisme décentralisé une plus grande proximité entre les entreprises de transports publics et leurs clients. Les citoyens peuvent participer à la définition de l’offre, ce qui renforce leur lien avec les transports publics. Du point de vue des politiciens, les modalités de financement dans les cantons rendent attractif d’investir localement et de façon visible.
    La Suisse dépense beaucoup plus pour ses transports publics que tous les autres pays européens, en particulier en investissement. Ce fait doit être relié à une volonté politique favorable. Ainsi en 2013, le Parlement a doublé les moyens dédiés aux infrastructures ferroviaires (FAIF) à 6,4 milliards CHF (5,8 milliards d’euros), sans que ces moyens fussent discutés. Ce niveau de dépenses est très supérieur même si l’on tient compte du revenu moyen plus élevé. Ce fait traduit une volonté politique explicite et renouvelée, qui fait la différence avec les autres pays.
    Grâce à ces moyens financiers, il est aussi possible de subventionner les transports publics afin de les rendre performants et abordables pour la plus grande partie de la population. Par conséquent, la population soutient le financement des transports publics dans sa globalité et pas seulement des projets isolés. La participation des citoyens aux décisions, leur propension à financer et leur satisfaction se renforcent mutuellement.

    Une participation systématique des citoyens à la politique des transports
    La démocratie directe force le politique et l’administration à démontrer l’utilité de chaque projet et à le présenter avec un financement adapté. Dans la pratique, en matière de politique des transports, les besoins locaux et des petites évolutions ont plutôt prévalu sur les grands concepts technocratiques. Au niveau national, le mode de décision contraint les acteurs à présenter des projets qui profitent à tout le pays, comme l’illustre le développement de l’ambitieux programme « Rail 2000 ». Les référendums ont contribué à légitimer sur le long terme les décisions pro transports publics qui ainsi peuvent s’appuyer sur une acceptation large et stable.
    La démocratie directe a aussi conduit à quelques décisions « abruptes », comme l’acceptation de l’Initiative des Alpes (ayant pour objectif la limitation du transit poids lourds dans les Alpes suisses, favorable au rail) par les électeurs, contre la volonté de la politique et l’administration.
    Vraisemblablement, cette culture de participation renforce l’identification des citoyens avec les transports publics à tous les niveaux.

    Un paysage politique marqué par le consensus dans une société peu segmentée et moins dominée par l’automobile
    Le système politique en Suisse est traditionnellement marqué par le consensus, qui conduit à rechercher des solutions acceptables pour une grande majorité, tant au niveau politique qu’administratif. En conséquence, il y a moins de revirements de stratégie, une plus grande stabilité au niveau des représentants politiques et une administration moins politisée.
    L’écart entre les classes sociales est relativement peu développé. Par conséquence les transports publics ne souffrent pas de l’image de transport du pauvre et sont acceptés dans les classes moyennes et élevées jusqu’aux membres du Conseil fédéral, qui utilisent les transports publics.
    Le paysage politique helvétique n’est pas marqué par l’industrie automobile et ses lobbyistes. Néanmoins la Suisse finance aussi des infrastructures routières, qui sont souvent motivées par la politique régionale.

    Un opérateur historique moins dominant que dans d’autres pays européens et animé par une culture d’entreprise en faveur de la qualité et du service aux clients
    Les CFF n’ont jamais été une entreprise publique aussi dominante que les entreprises ferroviaires des autres Etats européens. Il existe depuis longtemps d’autres entreprises ferroviaires, avec une part de marché suffisante pour soutenir une « concurrence des idées » avec les CFF. Même s’il n'y a pas (ou très peu) de concurrence réelle(2), la possibilité de comparer sa performance aux autres opérateurs amène – au moins dans le contexte suisse – à se trouver moralement obligé de s'améliorer ! De ce fait, l’opérateur historique est très sensible à la satisfaction de sa clientèle et aux injonctions de son actionnaire, le Conseil fédéral. Il en résulte aussi une grande plasticité managériale et opérationnelle, facteur de gains d’efficacité et d’efficience productive.
    En retour, l’attitude positive de la population envers les transports publics fait que les entreprises de transport public sont des employeurs attractifs et que leur place dans les budgets publics n’a jamais été a priori sources d’économies. Ils offrent de bonnes conditions de travail, y compris pour les postes en bas de la hiérarchie, mais demandent une haute productivité et une grande qualité de service rendu. Cela leur permet d’obtenir le concours d’employés qualifiés et motivés. Les employés sont perçus comme de véritables « ambassadeurs » des transports publics.
    Les transports publics en Suisse ont aussi bénéficié du choix heureux de leurs dirigeants à des moments cruciaux. L’identification des directeurs des entreprises de transport à leur société fait que beaucoup de ces dirigeants sont aussi des utilisateurs enthousiastes de leurs services. Ainsi, personne dans la branche n’arrive en réunion en limousine avec chauffeur. Les réunions sont naturellement prévues en fonction de l’horaire des transports. La culture de management est productive et orientée au profit du système dans son entier. La recherche de la qualité et de l’innovation prévaut sur le résultat purement monétaire de l’entreprise.

     

    Le système ferroviaire : une infrastructure optimisée, une offre conséquente associée
    à une tarification attractive et homogène et à une gouvernance publique coopérative

    Un développement stratégique du réseau ferroviaire existant
    Avec le programme « Rail 2000 », lancé en 1987, la Suisse a opté pour une stratégie d’investissement ferroviaire visant à maximiser la performance du réseau existant tant en termes de desserte de tout le pays, que de capacité et de vitesse porte à porte. Une planification très poussée de l’horaire et des correspondances simultanés permettent de cibler les investissements en fonction de l’offre souhaitée. Aujourd’hui, le réseau affiche une productivité élevée des CFF et une bonne robustesse de l’horaire.

    Un haut niveau de service à travers tout le pays
    Afin de garantir l’irrigation de la totalité du territoire, la législation fédérale définit deux niveaux minimaux d’offre, en fonction de la population à desservir et de la fréquentation attendue. Chaque lieu avec au moins 100 habitants permanents doit être desservi. A partir de 32 voyageurs par jour, un minimum de quatre allers-retours quotidiens, du lundi au dimanche(3), est exigé. A partir de 500 voyageurs par jour, la cadence horaire est la norme. L’application de ces standards aux lignes de transport régional (rail et route) est exécutée par une commande conjointe de l’Etat et des cantons. Les cantons et/ou les communes sont responsables du transport local.
    Le cadencement et les correspondances simultanées sont systématiques pour le réseau ferroviaire. Chaque ligne et chaque gare sont desservies par au moins un train par heure, la règle est même plutôt de plusieurs trains par heure. Ce niveau de desserte est également garanti dans les zones peu denses, comme par exemple dans le canton des Grisons (26 habitants au km²). Dans beaucoup de régions une mobilité sans voiture est devenue réelle.

    Une forte tradition suisse des services publics de qualité aussi valable pour les transports publics
    Avec 87,7 % (en 2014), la ponctualité ferroviaire semble comparable à la France, mais pourtant ce chiffre traduit une réalité bien différente. La ponctualité des CFF est mesurée à 2 minutes 59 secondes à l’arrivée finale du client, en comprenant toutes les correspondances. La SNCF mesure la ponctualité à 5 minutes et par train, et la DB la mesure même à 5 minutes 59 secondes. Pour réaliser une telle qualité, les CFF stationnent des trains de remplacement dans les nœuds du réseau.
    Les transports publics, permettant un très haut niveau de mobilité et garantissant une liberté de choix du moyen de transport, bénéficient d’une grande importance dans la société helvétique. La perception de l’Etat en Suisse repose sur une exigence de solidarité et vise à garantir à toutes les régions les mêmes chances de se développer. Par conséquent, les acquis de Zurich doivent aussi être accordés au canton des Grisons. Dans la pratique, cela conduit plutôt à un nivellement par le haut, qui renforce le maillage des transports publics sur l’intégralité du territoire.

    Une tarification attractive et homogène sur l’ensemble du territoire intégrant la totalité des réseaux de transports publics
    Avec la tarification nationale unique « Service direct », l’abonnement demi-tarif et l’abonnement général, les transports publics proposent un prix attractif et sont perçus par l’usager comme un réseau global intégré.
    Contrairement aux idées reçues, les transports publics sont moins chers en Suisse qu’en France ou qu’en Allemagne, si on les rapporte aux prix de la consommation ou au prix du PIB.
    En outre, tous les billets sont des billets ouverts. Ils peuvent être utilisés sur tous les trains, pour tous les opérateurs sur une relation donnée, à chaque heure et sans réservation. Les clients réguliers sont privilégiés par un abonnement demi-tarif attractif (adulte : 185 CHF par an, soit 169 euros) qui offre 50 % de réduction sur tout billet de train, de transport urbain et interurbain. L’abonnement général permet l’utilisation libre de tous les transports publics en Suisse. La politique tarifaire vise explicitement à fidéliser la clientèle, au moyen d’abonnements. La billettique SwissPass, lancée en août dernier, apportera des facilités supplémentaires.
    La grande majorité de la population helvétique utilise les transports publics. Environ 50 % de la population dispose d’un abonnement et, parmi eux, 450 000 ont souscrit un abonnement général (un Suisse sur vingt !). En plus, 25 % des Suisses utilisent les transports publics occasionnellement.

    Une gouvernance publique privilégiant la coopération et la contractualisation à la recherche de la concurrence
    Une différence majeure avec la politique recommandée ailleurs en Europe réside dans la nature du couple coopération-concurrence. En Suisse, les réformes ferroviaires successives conduites depuis 1995 ont associé des exigences accrues, notamment en termes de qualité de service et de respect d’une contrainte financière sévère, à une contractualisation plus exigeante. Pour le transport régional de voyageurs, les CFF ont perdu le monopole légal et la concurrence dans la procédure d’attribution du marché est théoriquement possible, mais elle n’est pas sollicitée. Les cantons, décideurs et financeurs, préfèrent passer des conventions de service et d'objectifs exigeants avec l’opérateur historique. Ces conventions, de très courte durée (deux ans), sont basées sur la coopération, la confiance et la transparence. Les CFF, très intéressés par ces contrats, s’impliquent pour réaliser la qualité demandée par les cantons et les citoyens.
    Quant au propriétaire des CFF, le Conseil fédéral, tout en respectant la liberté opérationnelle de l’entreprise, en encadre précisément l’activité par une contractualisation (dite « Convention sur les prestations »). Cette dernière est basée sur un pilotage stratégique fait d’objectifs clairs, précis et contrôlés et, par comparaison avec les attributions directes en France, financièrement contraignantes.

     

    Quelques conclusions sur les transports publics suisses

    Le regain d’attractivité des transports publics pour le citoyen suisse est un fait indéniable. Les comparaisons avec l’étranger soulignent la singularité du succès de cette politique publique volontariste. Quels en sont les leviers les plus significatifs ? Cette analyse nous aura permis de les identifier, sans pour autant nous permettre d’en établir une hiérarchie totalement convaincante. Les facteurs explicatifs sont en fait interdépendants, parfois très fortement. Certains aspects sont autant une cause du succès constaté que son effet.
    Au final, la question de la compréhension du « modèle suisse » de redressement des transports publics et des CFF, depuis le milieu des années 1980, reste encore à explorer.

     

    Quels enseignements pour l’organisation des transports publics en France ?

    A l’évidence, les conditions géographiques et urbanistiques de la Suisse sont bien différentes de celles de la France et sa culture politique est spécifique. Néanmoins, le « modèle suisse » de transports publics nous autorise à suggérer cinq pistes d’amélioration des transports publics en France.
     

    Poursuivre la décentralisation des financements et des compétences dans le transport public
    La régionalisation des trains régionaux a été un succès reconnu dans une première période, avant que le manque de transparence et de progrès de la productivité de la SNCF en ait arrêté la trajectoire. Mais le plus grand succès se trouve dans le transport public urbain. Le versement transport s’avère un formidable levier pour les agglomérations qui peuvent ainsi réaliser nombre de leurs projets – avec, à la clé, un succès majeur, le renouveau du tramway en France. Sur ces bases, accordons aux régions le choix de l’opérateur ferroviaire et un financement propre pour le transport interurbain !

    Diversifier les entreprises ferroviaires afin de mettre en marche une spirale d’amélioration productive
    La productivité de la SNCF (en train-km par agent) est aujourd’hui la plus faible des grandes entreprises européennes. Elle est deux fois inférieure à celle des CFF. En 1970 ce ratio n’était que 1,5. A l’ombre du succès formidable du TGV, les dirigeants de la SNCF et l’Etat en tant que propriétaire ont négligé la productivité du système dans son entier.
    A l’instar de la Suisse, la France serait bien inspirée de réduire la prédominance de la SNCF dans le système ferroviaire. Un grand pas dans cette direction serait de créer des entreprises ferroviaires locales, auxquelles seraient transférées les infrastructures à vocation régionale et qui exploiteront les services ferroviaires et les gares. Une approche complémentaire serait de mettre en concurrence l’exploitation des lignes régionales (le moyen choisi par l’Allemagne). Au niveau de l’entreprise SNCF, les contrats de travail des dirigeants devraient inclure plus d’incitations à la productivité et à la qualité du service rendu.

    Investir dans le réseau ferroviaire existant, en associant gains de productivité et offre interconnectée
    La politique d’investissement ferroviaire en France a été, depuis les années 1980, centrée sur la création de lignes nouvelles performantes, avec pour conséquence un désinvestissement dans le réseau existant. Il en a résulté des problèmes de qualité dans le réseau, qui est notamment un obstacle au déploiement d’une offre régionale performante et attractive.
    L’exemple suisse montre qu’il est pertinent de développer le réseau classique en fonction de l’offre souhaitée. Bien souvent, de « petites mesures » ont un ratio coût/bénéfice particulièrement favorable – tel un signal reposé, un quai supplémentaire, un tronçon de voie double, ou encore, un tronçon de ligne rectifié.
    Au niveau de l’offre, la politique de la SNCF visant à supprimer des trains en heure creuse, pour faire des économies, mais aussi la politique de certaines régions tendant à rajouter des trains, surtout en heure de pointe, a mis en péril la productivité du système, aujourd’hui très faible malgré le TGV.
    La productivité élevée des CFF est pour partie le fruit du cadencement intégral, qui permet d’optimiser l’usage de ses moyens de production. Faire circuler un train en heure creuse est nettement moins cher qu’en heure de pointe ; le matériel et le personnel roulant étant disponibles et payés. Certaines régions en France, l’Ile-de-France, Alsace ou Rhône-Alpes, l’ont déjà bien compris.
    La France a récemment décidé de réorienter ses investissements ferroviaires au profit du réseau classique, qui a accumulé des retards en matière de maintenance et de modernisation. La France pourrait s’inspirer du programme suisse « Rail 2000 » qui associe une offre performante (fréquence, correspondances) et des gains de productivité.
    Mais l’enjeu majeur des années à venir est d’abord de gagner en productivité. La SNCF doit revoir son organisation productive et, tout particulièrement, son organisation du travail obsolète, voire son management, trop coûteux en charge de structure. Cette amélioration de la productivité permettrait notamment de mieux maîtriser l’évolution de la contribution des régions et rendre financièrement viable la poursuite de l’expansion de l’offre TER.

    Créer une tarification unique et attractive du système
    Le système tarifaire en France est très éparpillé, avec des ruptures tarifaires à chaque changement de transporteur, ou presque. Cela décourage l’utilisation intermodale du système et la perception des transports publics par les citoyens comme un réseau unique. Le niveau tarifaire est très hétérogène, avec des tarifs très bas et d’autres assez élevés. En dehors des réseaux urbains, la tarification apparaît trop peu orientée vers la fidélisation de la clientèle.
    Même si la France est un grand pays, la grande majorité des déplacements sont locaux. S’inspirant de la Suisse, le système tarifaire devrait aller vers plus de simplicité d’usage, plus de flexibilité et plus d’intermodalité. Il devrait aussi évoluer vers une tarification plus homogène, plus abordable et plus à même de fidéliser la clientèle. Une telle réforme aurait le potentiel d’amener de nouveaux clients dans les transports publics.

    Réécrire la gouvernance publique sur la base d’une plus grande coopération entre les acteurs et d’exigences accrues en faveur des clients et des contribuables
    Le fonctionnement du système ferroviaire en France apparaît coûteux pour les finances publiques, avec au final, des résultats peu satisfaisants pour les clients (en dehors du TGV). La dérive constante des contributions régionales en faveur du TER et le manque criant de transparence en constituent une illustration éclairante.
    La Suisse a basé son modèle sur la coopération et la transparence en exigeant des bons résultats de ses opérateurs, en termes de qualité et d’économie. Dans le transport urbain et interurbain, la concurrence est permise là où l’opérateur manque les objectifs convenus.
    Il importerait, à l’instar de la Suisse, que les pouvoirs publics en France puissent réformer en profondeur la gouvernance publique de l’opérateur ferroviaire, pour la rendre plus incitative et plus responsabilisante. La qualité de la coopération entre les acteurs et l’exigence de la contractualisation nous apparaissent être des facteurs déterminants d’amélioration. La perspective de la concurrence en cas de manquement des objectifs devrait faire partie de cette gouvernance.
    Souhaitons, pour conclure, que les acteurs du système de transports publics en France sachent se montrer, chacun, à la hauteur de ces défis. Leur avenir en dépend.

    (1) Eurostat, voyageurs-km en 2012, à comparer à 14,9 % en France, 14,7 % en Allemagne.

    (2) La mise en concurrence est pratiquée (et obligatoire) dans le transport public routier en cas d’offres nouvelles et de modifications substantielles. Le canton de Berne est presque le seul à mettre en concurrence aussi des services existants.

    (3) Exemple du canton de Berne, Ordonnance sur l'offre de transports publics du 10 septembre 1997, source : www.sta.be.ch/belex/f/7/762_412.html

     

    Qui sont les auteurs ?
    Christoph Schaaffkamp et Andreas Wettig sont consultants à Trans-Missions (Tours) et à KCW (Berlin).
    Trans-Missions est une nouvelle société de conseil franco-allemande, crée par KCW et Beauvais Consultants, qui se positionne en tant que partenaire fort des autorités organisatrices de transport.
    KCW est le leader allemand du conseil en stratégie et en management pour les transports publics. L’entreprise est forte d’une soixantaine d’experts : économistes, juristes, ingénieurs et géographes.
    Christian Desmaris est quant à lui chercheur au Laboratoire Aménagement Economie Transports (Laet) qui s'inscrit dans une tradition de recherche en économie des transports et en aménagement du territoire. Le LET est rattaché au CNRS, à l’Université Lyon 2 et à l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat (ENTPE). Ses travaux questionnent les relations entre transports, territoires et société. Pluridisciplinaire, il associe l’économie, l’ingénierie, la géographie, la sociologie et la science politique.

    Sources :
    Bonnafous Alain, 2013. A quel prix, la réforme ?, Ville, Rail & Transports n° 548, 30-33.
    Desmaris Christian, 2014. La régionalisation ferroviaire en Suisse : la performance sans la compétition. Un exemple pour la France ? Revue Politiques et management Public, 31/2, Avril-Juin, p. 169-191.
    KCW : recherches et activités de conseil en Suisse.
    Statistiques : Eurostat, Statistique Suisse (OFS), Insee, Medde (les comptes des transports), Destatis et DIW (Verkehr in Zahlen)
    Litra, service d'information pour les transports publics (www.litra.ch)

     

  • Intercités : la grande peur d’un appel d’offres

    Rendez-vous le 18 février a répondu Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports, au député Les Républicains Frédéric Reiss. Le député du Bas-Rhin s'inquiétait dans une question posée le 20 janvier au gouvernement de futures commandes de nouveaux trains Intercités.

    Le 18 février, donc, le gouvernement devrait présenter une nouvelle feuille de route pour les TET. A cette occasion, Emmanuel Macron et Alain Vidalies devraient trancher entre deux options : l'utilisation des contrats-cadres TER ou un nouvel appel d'offres. Voire combiner les deux. Alain Vidalies a rappelé dans sa réponse à Frédéric Reiss les difficultés juridiques que pourrait poser le recours aux contrats-cadres Régiolis (Alstom) et Regio 2N (Bombardier) pour un matériel nouveau, aux caractéristiques différentes d'un TER, notamment en termes de vitesse. Question en cours d'examen à la DGITM, la Direction générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer, du ministère du Développement durable.

    En fait, selon un article du Figaro paru le 20 janvier au soir, le ministre aurait d'ores et déjà tranché. Et le gouvernement s'apprêterait à lancer un appel d'offres.

    « Si cette information était confirmée, ce ne serait pas une bonne nouvelle », dit à VR&T Jacques Beltran, directeur Commercial France d'Alstom. Qui plus est, il juge « fausse » l'estimation rapportée par Le Figaro, selon laquelle le décalage entre une levée d'options et une nouvelle commande serait de 18 mois seulement. Selon lui, « la conception d'un nouveau train prendra au moins trois ou quatre ans de plus. Il faut en effet, rappelle-t-il, tenir compte d'abord du délai de définition du besoin par SNCF, de rédaction, de lancement et de déroulement de l'appel d'offres, des études de conception des constructeurs afin de répondre à ces besoins, et enfin du temps d'homologation des matériels. » Conclusion : « En cas de levée d'option, les premiers trains pourraient arriver dans trois ans, dans l'autre cas il faudrait attendre six ou sept ans. » Délai qu'on peut même juger optimiste, la SNCF, sur son site, allant jusqu'à estimer à près de huit ans (91 mois) la mise au point d'un nouveau train.

    Des sites d'Alstom ou de Bombardier, dont le plan de charge s'effondre à partir de 2017, seraient en ce cas menacés. On évoque surtout l'usine Alstom de Reichshoffen (Bas-Rhin).

    Laurent Bouyer – qui a pris le 1er janvier ses fonctions de président de Bombardier Transport France – précise avant tout qu'il « n'est pas sûr qu'il y ait un appel d'offres, et que la décision du gouvernement soit vraiment prise ». Mais, en cette hypothèse dit-il diplomatiquement il serait « un peu déçu ». Car, des produits nouveaux – Régiolis et Regio 2N – « ont été mis sur le marché à la suite de beaucoup d'investissements publics de la part de l’Etat comme de la SNCF. Le développement d'un train c'est 300, 400 ou 500 millions. Il serait plus intéressant de poursuivre sur les plateformes ». Laurent Bouyer estime d'autre part qu'un appel d'offres s'annoncerait complexe, et serait « à géométrie variable, car un train pour Paris – Caen – Cherbourg ne sera peut-être pas de même nature que certains trains conçus pour d'autres lignes analysées dans le rapport Duron ».

    Une telle décision, qui irait selon lui « à l'encontre de la dynamique jusqu'à présent observée d'utiliser les plateformes, ferait qu'il n'y aurait pas de TET avant 5 ou 6 ans, alors qu'autrement on s'inscrit dans la continuité de la chaîne industrielle. Toute la supply chain serait affectée. Et, si à l'issue de cet appel d'offres Bombardier était retenu, cela ne résoudrait pas le problème de plan de charge qui se présente entre 2017 et 2019 ».

    Analyse proche de celle d'Eric Tassilly, PDG de Knorr-Bremse France. Lui aussi estime que « si tous les ministères ne sont pas alignés, on peut redouter le lancement d'un appel d'offres. On le regrettera, dit-il, au niveau de la FIF et de Fer de France, qui ont sensibilisé les pouvoirs publics sur le creux de plan de charge à partir de 2017. »

    Et, précise-t-il, si la situation est critique pour les intégrateurs, elle ne peut manquer d'avoir des conséquences très dures pour les équipementiers. Quant à l'invite qu'on fait aux industriels de partir à la conquête des marchés internationaux où le transport est en pleine croissance, elle est un peu courte quand on a des sites à faire tourner en France, puisque « dans le monde entier on est face à l'exigence de localisation de la production ». Lui aussi, « en temps que contribuable », se demande s'il est bien judicieux de dépenser plusieurs dizaines de millions d'euros pour développer une nouvelle plateforme.

    Le malheur des uns fera-t-il le bonheur des autres ? CAF ou Siemens devraient se féliciter du lancement – hypothétique – d'un appel d'offres qui leur donnerait de nouvelles chances sur le marché ferroviaire français. Tous deux ont des trains Intercités déjà développés. Ils n'auront pour autant pas partie gagnée, les particularités nationales, qui sont un des obstacles énormes au développement du ferroviaire, font qu'il n'est jamais question d'acheter un train sur étagère…

    Surtout, pour de mauvais esprits, la vraie raison d'un choix gouvernemental en faveur d'un appel d'offres serait de gagner du temps sur les investissements à consentir, aujourd'hui estimés à 1,5 milliard d'euros. « La SNCF a peu d'appétence, l’Etat procrastine », résume un observateur. C'est aussi la crainte d'un de nos interlocuteurs : « En terme d'aménagement du territoire, on peut se poser des questions sur la volonté de l’Etat de maintenir en vie les TET qui, en l'attente d'un renouvellement une fois de plus différé, risquent d'attirer de moins en moins de monde. »

    F. D.

  • SNCF Gares & Connexions. Antoine Nougarède nommé directeur généralde A2C

    SNCF Gares & Connexions. Antoine Nougarède nommé directeur généralde A2C

    Antoine Nougarède devient directeur général d’A2C et membre du comité de direction de SNCF Gares & Connexions. Il exerçait depuis mars 2014 les fonctions de directeur général adjoint de cette filiale.
    Ingénieur agronome diplômé de l’Ecole supérieure d’agriculture de Toulouse, Antoine Nougarède, spécialiste de l’immobilier commercial en France et à l’étranger, est doté d’une expérience de sept ans au contact des élus locaux. Il a successivement occupé les postes de directeur d’Opérations au sein d’Espace expansion (filiale d’Unibail), directeur des Grands projets et directeur général d’Apsys Varsovie puis directeur de l’Immobilier commercial chez Icade.
    En tant que directeur général d’A2C, Antoine Nougarède va porter directement une ambition forte de valorisation des espaces en gare à travers un doublement des redevances commerciales générées par les magasins, les restaurants et la régie Média transports en gare.

  • Nouveaux aiguillages et nouvelle commande centralisée pour Auvergne-Rhône-Alpes

    Nouveaux aiguillages et nouvelle commande centralisée pour Auvergne-Rhône-Alpes

    En 2016, SNCF Réseau poursuit ses travaux de rénovation d’infrastructures pour un montant de 320 millions d’euros, soit autant qu’en 2015, année de fort investissement (+50 % sur 2014). Le principal chantier concernera le renouvellement de voies et ballast (75 km) en suite rapide sur la ligne Chambéry – Modane. Un prélude aux futurs RVB sur Givors – Peyraud (Nord-Ardèche) et dans le sillon alpin (Saint-André-le-Gaz – Chambéry, Valence – Moirans, Lyon – Grenoble…) qui mobiliseront encore 450 millions d’euros par an jusqu’en 2020. « Une nécessité pour rajeunir un réseau de 33 ans d’âge en moyenne contre 17 ans en Allemagne », souligne Gilles Cheval, directeur régional de SNCF Réseau.
    Le programme sera complété par le changement de 150 aiguillages, principalement « en entrée de gares de zones denses » pour un coût de 80 millions d’euros. Cette importante opération multiplie par quatre ce qui se faisait jusqu’à présent. Enfin, le nœud ferroviaire lyonnais va bénéficier du déploiement de la commande centralisée du réseau (CCR) avec l’intégration des centres de circulation de l’Est lyonnais et du Grand Ouest lyonnais. Cette réalisation, effective d’ici fin 2016, représente un montant de 126 millions d’euros sur un programme total de 500 millions. Selon Gilles Cheval, « cette très importante opération de modernisation permet de passer d’un système mécanique à un fonctionnement informatique de pointe ». Il était temps.
    La CCR contribuera, avec d’autres travaux à venir à la gare de la Part-Dieu, à optimiser les circulations dans le nœud lyonnais, saturé, qui plombe les résultats des TER : 37 % du temps perdu sur la région Rhône-Alpes est dû à la région lyonnaise. Résultat : le taux moyen de ponctualité régionale de 89 % dépasse à peine 80 % à la Part-Dieu.
    Claude Ferrero
     

  • Lyon : le bout des tunnels dans 28 mois

    Après les travaux du tunnel de la Croix-Rousse et la rénovation du tunnel de Fourvière achevée en décembre, la métropole de Lyon lance fin janvier 2016 les travaux des tunnels du boulevard périphérique nord (ouvert en 1997) pour leur mise en sécurité aux normes Mont-Blanc : au total, quatre tunnels sur huit kilomètres fréquentés chaque jour par 53 000 véhicules (91 500 véhicules avec la partie gratuite). Le chantier prévu jusqu’en avril 2018 portera principalement sur le creusement de 13 intertubes, l’accessibilité aux PMR et les systèmes de désenfumage et de sécurité. Les travaux d’un montant de 132 millions d’euros seront réalisés dans le cadre d’un PPP conclu avec le groupement Leonord (Sanef/Fayat/Fideppp 2) à la fois constructeur et exploitant de l’ouvrage. Auparavant, le periph’ nord était en régie intéressée, « un système moins rentable » selon les élus de la métropole qui continuera à percevoir directement les revenus du péage (35 millions d’euros/an environ).

  • SNCF. Marc Benaïm nommé directeur Finances & Régulation de Gares & Connexions

    SNCF. Marc Benaïm nommé directeur Finances & Régulation de Gares & Connexions

    Marc Benaïm a rejoint SNCF Gares & Connexions le 4 janvier 2016 en qualité de directeur Finances & Régulation. Il est membre du comité de direction de SNCF Gares & Connexions.
    Diplômé d’HEC Paris, il a commencé sa carrière en 1994 au sein d’Arthur Andersen Audit & Conseil à Paris. En 1998, il rejoint le Groupe de Transport & logistique Transalliance-Stockalliance en tant que responsable du Plan et du Contrôle de gestion. A compter de 2001, en charge du Contrôle de gestion et des Acquisitions de la société de location de véhicules industriels Via Location, il participe au retournement puis au développement de cette société sous contrainte LBO. Il intègre ensuite en 2005 le Groupe Geodis en qualité de directeur du Contrôle de gestion groupe puis est promu Finance director South Europe & Africa de la division Geodis Wilson (freight forwarding). Depuis 2010 au sein du pôle Transport ferroviaire et multimodal de marchandises de SNCF Logistics, il a structuré la direction financière de filiales du pôle puis au cours des quatre dernières années contribué au redressement de la direction Sol & Rail de FRET SNCF en qualité de directeur Finances & Achats.

    Marc Benaïm aura en charge une direction financière recentrée sur ses missions fondamentales (contrôle de gestion, comptabilité, investissements) avec deux inflexions : un appui financier renforcé sur les filiales de SNCF Gares & Connexions (Arep, A2C et Itiremia) et le pilotage de la régulation vis-à-vis de l’Arafer. Stéphane Mialot, directeur délégué à la Régulation, arrivé le 14 septembre 2015, lui est en effet rattaché.

  • Siemens doublera la longueur des rames et des stations de la ligne A de Toulouse

    On ne peut pas dire que la décision ait traîné ! Un peu plus de six mois après la concertation publique sur l’amélioration de la capacité de la ligne A du métro automatique toulousain, SMTC Tisséo a confié à Siemens France le marché portant sur le doublement de la longueur des rames et des stations de cette ligne. Face à un quasi-doublement de la fréquentation (230 000 voyageurs par jour actuellement, contre 125 000 à l’origine), l’allongement de 26 m à 52 m des rames et des quais est la seule solution envisageable par le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération toulousaine. En effet, l’intervalle de 60 secondes entre rames, déjà pratiqué aux heures de pointe, ne peut pas être réduit davantage sur ce métro automatique de type Val. Le projet implique également des modifications substantielles des automatismes, du poste de commande centralisée, des façades de quai, du réseau d’énergie, du parc de matériel roulant existant ainsi que des garages et ateliers. Jean-Michel Lattes, président du SMTC Tisséo, et Eric Cazeaux, directeur de la division Mobility de Siemens France et directeur général de l’activité Val, ont officialisé la signature de ce contrat de 66 millions d’euros à Toulouse le 15 janvier.

    A l’occasion, le président du syndicat mixte a salué « l’installation du siège mondial des activités Val de Siemens à Toulouse, laquelle traduit une marque de confiance faisant honneur à notre métropole ». Mais les liens entre Toulouse et la technologie Val sont bien plus anciens que cette récente installation dans la ville rose, la ligne A ayant été mise en service par Matra en 1993, puis prolongée par Siemens en 2003, après l’acquisition par ce dernier de Matra Transport.

    Visé avant la concertation publique de mai-juin 2015, l’horizon 2019 a été maintenu pour l’achèvement des travaux, à effectuer durant « près de mille nuits », selon Eric Cazeaux, alors que se poursuivra l’exploitation commerciale de jour.

    P. L.

  • 669

    C’est le nombre de liaisons d’autocars de plus de 100 kilomètres commercialisées à ce jour, qui permettent de desservir 130 villes en France (surtout les plus grandes). Eurolines/Isilines en proposent plus grande partie (40 % des liaisons) suivi par FlixBus (22 %), Starshipper (18 %), Ouibus (13 %) et Megabus (7 %).

    Quant aux liaisons de moins de 100 kilomètres, soumises à déclaration préalable, 79 ont déjà été déclarées à l’Arafer et une seule est commercialisée à ce jour entre Dijon et Lons-le-Saunier par FlixBus. Notons aussi qu’aucune n’a été créée par OuiBus, la filiale de la SNCF, qui avait déclaré ne pas vouloir concurrencer ses TER.

    Et 13 font pour le moment l’objet de recours, quasiment toutes étant proposées par FlixBus. Les premières saisines date du 23 décembre, les premières décisions sont attendues avant le 23 février, l’Arafer ayant deux mois pour se prononcer et dire si les liaisons sont ou non, susceptibles de porter atteinte à l’équilibre économique des services publics conventionnés (TER, trains d’équilibre du territoire, lignes d’autocars interurbaines) comme le pensent les autorités organisatrices des transports à l’origine de la saisine.

    « C’est aux AOT de démontrer le déséquilibre. Ce n’est pas simple, mais elles sont censées avoir les éléments assez rapidement puisque ce sont elles qui signent les conventions », souligne Anne Yvrande-Billon, vice-présidente de l’Arafer, en rappelant que les régions devront pour cela disposer de comptes de ligne. Des comptes que les régions ont toujours déclaré avoir du mal à obtenir de la part de la SNCF.

  • Demain la route à énergie positive

    Demain la route à énergie positive

    Depuis une quinzaine d’années, des surfaces « inutilisées » comme des toitures ou les espaces entre les pistes des aéroports sont mises en valeur par l’installation de panneaux photovoltaïques. Mais il existe un ensemble de surfaces bloquées bien plus étendues et omniprésentes qui, quoique déjà utilisées pour la circulation des véhicules, pourraient être mises à contribution pour la production d’énergie solaire : les routes.
    L’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) a fait le calcul : « si le million de kilomètres linéaires de chaussées que nous avons en France était entièrement équipé de panneaux photovoltaïques ou d’une couche d’enrobé capable de capter et d’exploiter la chaleur du soleil, même avec un rendement de 10 %, la puissance ainsi produite serait potentiellement équivalente à la totalité de l’énergie électrique consommée en France ! » Mais avant d’être ainsi mise en valeur, la route reste avant tout une surface destinée à permettre le passage, en toute sécurité, des voitures et des camions par tous les temps et – de préférence – en réduisant les nuisances sonores.
    Des solutions existent déjà, dans le domaine du photovoltaïque, récupérant l’énergie solaire sous forme d’électricité, tels le procédé Wattway de Colas en France, la piste cyclable Solar Road aux Pays-Bas ou le prototype Solar Roadway aux Etats-Unis. Alors que les recherches en cours à l’Ifsttar visent à optimiser la récupération d’énergie en combinant électricité et calories, le problème de l’électricité restant celui du stockage. Ceci en conservant des caractéristiques équivalentes à celles d’une chaussée classique, à un coût acceptable par rapport à cette dernière. Bref, une surface de roulement présentant à la fois un revêtement translucide – formé de granulats de verre et d’un liant translucide de résine recouvrant un ensemble de cellules photovoltaïques souples – et un excellent contact pneu/chaussée. Ces cellules sont disposées sur une couche d’enrobés poreux dans laquelle circule un fluide caloporteur, qui refroidit les cellules et récupère la partie non utilisée du flux solaire sous forme d’énergie thermique. « Ce système hybride augmente d’autant plus le rendement énergétique de l’opération que la couche de roulement translucide fait serre », ajoute l’institut. Puis le fluide est refroidi par échange avec un réseau de chaleur et revient dans le cycle.
    La faisabilité technique de cette route solaire hybride est désormais prouvée selon l’Ifsttar, qui a exposé un démonstrateur à échelle réelle sur le Pavillon France de la COP21 au Bourget. Tout en envisageant des fonctions supplémentaires, comme l’utilisation de l’énergie électrique et thermique ainsi produite en « circuit court » : maintien hors gel de la surface des chaussées, alimentation des véhicules électriques en circulation, signalisation lumineuse dynamique, éclairage des points sensibles, systèmes de communication en bord de voie…
    Bref, une route intelligente sur laquelle travaillent les équipes de recherche de l'Ifsttar dans le cadre du programme « Route de 5e Génération ». Faisant suite aux quatre générations précédentes (chemin, route pavée, route revêtue, autoroute avec services) cette cinquième génération de routes pourrait en outre être dotée de micro ou nanocapteurs caractérisant son état de service, le trafic, les risques pour l’usager (gel, humidité, adhérence, accident, ralentissement…), tout en gérant les différents modes présents sur la route (deux roues, camions, transports en commun…) « La route de 5e génération ne fait plus sourire », déclare désormais Hélène Jacquot-Guimbal, directrice générale de l’Ifsttar, qui envisage déjà « 1 000 km de routes solaires d’ici cinq ans ».
    P. L.