Résultats de recherche pour « LOM »

  • Mise en service du premier métro Alstom en Inde

    Mise en service du premier métro Alstom en Inde

    Le premier métro d’Alstom en Inde a été mis en service le 29 juin, à Chennai (anciennement Madras), dans le cadre de la première phase de la ligne 2 (dix kilomètres, huit stations). Plus de 80 000 voyageurs devraient emprunter chaque jour la nouvelle ligne de métro C’est en 2011, qu’Alstom a remporté un contrat d’une valeur de 243 millions d’euros pour la fourniture de 42 rames de métro (soit 168 voitures) à Chennai Metro Rail Limited (CMRL). Alstom a implanté une usine de production à Sri-City, en 2012. Les neuf premières rames (36 voitures) ont été produites dans l’usine de Lapa, au Brésil, près de 80 % des rames de métro Metropolis commandées par CMRL ont été fabriquées dans l’usine indienne. Alstom a livré 25 rames sur 42 pour ce projet. Le constructeur français a également conçu les aménagements de la voie pour le projet de métro de Chennai.

    Le train Metropolis comporte quatre voitures, et peut transporter plus de 1 200 voyageurs. Il est climatisé et équipé d’un système d’informations passagers avec éclairage LED (itinéraires dynamiques en tamoul et en anglais), de caméras de surveillance CCTV, de porte-bagages et d’emplacements spéciaux pour les femmes et les personnes à mobilité réduite. La rame en acier inoxydable est dotée d’un dispositif de freinage à récupération d’énergie. Alimenté par un système de caténaire aérien, ce métro fonctionne sous une tension de 25 kVA et pourra atteindre une vitesse pouvant aller jusqu’à 80 km/h.

  • Taxe sur le gazole et vignette : un nouveau modèle ?

    A l’occasion des dix ans de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf), Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports, a dressé un bilan

      tout en chiffres, rappelant notamment que l’Afitf est devenu « un opérateur financier incontournable » en ayant engagé plus de 33 milliards d’euros pour les infrastructures sur cette décennie, soit 3,4 milliards d’euros par an. Le transport ferroviaire représente la plus grosse part, avec des pics d’engagement pour réaliser les LGV, tandis que les transports collectifs d’agglomération nécessitent des engagements proches de 350 millions d’euros par an en moyenne.

    Mais Alain Vidalies est resté encore vague sur l’avenir de l’Afitf alors qu’elle doit encore apporter « 13 milliards d’euros dans les prochaines années compte tenu des engagements souscrits », rappelle Philippe Duron, son président. Qui ajoute : « Depuis sa création, l’Afitf souffre d’un manque de ressources affectées. »

    Il faut désormais trancher pour savoir par quoi sera définitivement remplacée l’écotaxe qui était censé être cette ressource affectée. « La perspective d’un plafonnement des ressources pose un problème sur l’avenir. Encore plus si on lance le canal Seine – Nord et le Lyon – Turin », poursuit Philippe Duron.

    Jusqu’à présent, la hausse de quatre centimes du gazole payée par les transporteurs et de deux centimes par les automobilistes, au titre de la taxe intérieure de consommation sur le produit énergétique (TICPE) a permis à l’Afitf « de surmonter sans trop de difficultés » cette période transitoire, affirme Philippe Duron. Depuis plusieurs mois, les transporteurs planchent pour voir quelles modalités mettre en place en 2015 pour remplacer l’écotaxe. Le 24 juin, la profession a remis ses conclusions au gouvernement. Celui-ci devrait rendre son arbitrage fin juillet, après avoir notamment soumis le rapport aux députés et sénateurs.

    Deux solutions sont évoquées : une redevance d’usage via une vignette (qui aurait l’avantage d’être payée à la fois par les camions nationaux et étrangers) ou bien le maintien de la solution actuelle qui semble avoir les faveurs d’Alain Vidalies. A l’entendre, le bilan est satisfaisant et le phénomène des transporteurs étrangers qui feraient le plein en dehors des frontières limité.

    Une vignette acquittée par les poids lourds (à l'image de ce que font les Suisses) pourrait cependant aussi voir le jour dans les Alpes pour financer le projet ferroviaire Lyon – Turin : c'est en effet la solution étudiée par les députés de Savoie Michel Bouvard et de l'Isère Michel Destot dans le cadre d'un rapport commandé par le gouvernement. Alain Vidalies devait en présenter les conclusions aujourd'hui mais l'attentat en Isère a conduit à reporter cette présentation.

    M.-H. P.

  • Grenoble développe le Métrovélo

    Avec l’objectif de tripler la part de la bicyclette d’ici à 2020 (en la mettant à 12 % comparée aux autres modes, soit 216 000 déplacements par jour, l’équivalent au réseau tramway), la métropole…  

    de Grenoble a présenté le 24 juin son programme d’action. Rappelant que la pratique cyclable sur l’agglomération a déjà fait un bond de 31 % entre 2009 et 2015, elle veut « faciliter le partage des espaces publics au profit des modes actifs et offrir des conditions de stationnement des vélos attractives » au cœur de l’agglomération. En périphérie, elle compte notamment développer son usage « en complémentarité et en rabattement de l’offre de transports en commun existante ». Un guide est en cours d’élaboration pour permettre cette prise en compte systématique. « Le schéma structurant d’itinéraires vélos sera ainsi approfondi, autour principalement du concept d’autoroutes à vélo qui bénéficieront d’investissements prioritaires, qu’il s’agisse de rénovation, de création, de signalétique spécifique ou encore d’ouvrages d’art », indique la métropole.


    Des actions ont déjà été lancées. « La réalisation du pôle d’échange multimodale de la gare de Grenoble va ainsi faire passer le nombre de places de stationnement disponibles de 600 à plus de 1 800 places, notamment grâce à un système innovant de silos à vélos », poursuit-elle. « La complémentarité de l’usage du cycle avec celui des transports en commun étant un enjeu majeur, les Métrovélo- box seront redéployées en consignes sur l’ensemble du réseau. Par ailleurs, dans les prochaines semaines, 5 500 Métrovélo sillonneront la Métropole grenobloise, ce qui en fait le premier parc locatif de province, affirme Grenoble. L’objectif est de privilégier l’utilisation longue durée. 9 000 vélos sont prévus à l’horizon 2020 nécessitant un investissement de plus de 2 millions d’euros chaque année pour l’exploitation et l’achat de nouveaux vélos.

  • Métropole Aix-Marseille. Plaidoyer pour un plan d’investissement structurant

    Les problèmes de transports font partie des points de blocage à lever pour permettre la croissance économique dans la future métropole Aix-Marseille-Provence qui doit naître le 1er janvier prochain, estime un rapport publié fin juin. « Dans une métropole polycentrique ne disposant pas d'un système intégré de transports en commun, 96 % des déplacements se font en voiture, entraînant stress, pollution et inefficacité économique », indique ce rapport, commandé par la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Marseille Provence et piloté par l'économiste Christian Saint-Etienne. Selon l'économiste, le budget consacré au développement des transports semble insuffisant : « le budget annuel moyen sur la période 2009-2013 atteint 1,25 milliard d'euros pour le Grand Lyon (GL) et 1,1 milliard d'euros pour Aix-Marseille-Provence (AMP), soit par habitant, 900 euros pour GL et 600 euros pour AMP. Pour les seuls transports en commun : 680 euros pour GL et 380 euros pour Aix-Marseille-Provence », constate-t-il.
    Il préconise de donner la « priorité aux transports collectifs en maximisant l'usage des infrastructures actuelles et en développant l'habitat et les zones d'activité sur les axes de transport en commun ». La gare Saint-Charles devrait être restructurée pour en faire le grand nœud de communication permettant « de relier de façon intensive Lyon, Marseille, Toulon et Nice », estime l’économiste qui appelle de ses vœux un « plan d'investissements structurants sur 10 ans » financé grâce une « capacité d'autofinancement nette de 700 millions d'euros à l'horizon 2020, contre 150 millions aujourd'hui pour les six communautés de commune et agglomération qui formeront la future métropole ».

  • « Nous voulons réaliser un chantier exemplaire en Ile-de-France »

    « Nous voulons réaliser un chantier exemplaire en Ile-de-France »

    Entretien avec Philippe Yvin, président du directoire de la SGP

    Travaux de génie civil pour les prolongements au nord de la ligne 14, travaux préparatoires pour la ligne 15 Sud Le métro du Grand Paris Express est entré en phase de réalisation. Malgré le report de l'ouverture de la ligne 15 Sud à la fin 2022, Philppe Yvin, le président du directoire de la SGP s'engage à tenir les délais aujourd'hui fixés pour l'ensemble du projet. Et veut conduire un chantier modèle, pour la traçabilité des déblais, leur tri, leur recyclage, leur transport. Ville Rail & Transports. La ligne 15 Sud du métro du Grand Paris sera réalisée avec au moins deux ans de retard par rapport à ce qui était annoncé : fin 2022 au lieu de 2020. Que s’est-il passé ?
    Philippe Yvin. Les sept ans annoncés en 2013 pour la réalisation de la ligne 15 Sud étaient fondés sur des études préalables. Grâce aux études d’avant-projet et compte tenu de la complexité du projet, nous avons la confirmation qu’il faut à peu près neuf ans pour réaliser une ligne de métro souterrain de cette envergure en zone urbaine dense. En comptant neuf ans à partir du début des études d’avant-projet, fin 2022 paraît une date raisonnable.
    J’accompagnais la délégation de Paris Ile-de-France Capitale Economique lors de sa présentation à Singapour. Les autorités locales me disaient que, pour elles aussi, une prolongation de ligne de métro prend environ neuf ans. Elles ont les mêmes contraintes que nous : des normes environnementales très fortes, une législation très exigeante et des travaux complexes dans une agglomération dense.
    Je rappelle que ces 15 dernières années, 15 km de prolongement de métro ont été réalisés en Ile-de-France. Nous allons réaliser 200 km en 15 ans. Et nous commençons par en faire 33 km d’un coup. Cela n’a jamais été fait en Ile-de-France. Il y a de plus 16 gares sur ce premier tronçon et chacune des gares est en soi un projet considérable

    VR&T. Il n’y a pas de moyen de gagner du temps ?
    P. Y. 2022 est raisonnable, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rechercher avec les professionnels des occasions de gain de temps. Le projet est aussi une vitrine pour l’exportation et ce sera l’occasion d’innovations techniques. Elles nous permettront de gagner du temps par rapport aux plannings traditionnels, dans le génie civil comme pour les systèmes, la pose des rails ou des équipements. Pour la pose des rails, par exemple, certains progrès techniques considérables ont été apportés par des spécialistes des travaux routiers, qui ont permis une plus grande rapidité dans la réalisation des dernières LGV.

    VR&T. Les sols vous ont-ils réservé de mauvaises surprises ?
    P. Y. Nous avons fait deux constats de sol difficile pour la ligne 15 Sud. Des zones de carrière, à l’ouest, plus importantes que prévu, nécessitant plus de travail d’injection. Et une couche d’argile verte à l’est. Notre comité d’experts des travaux souterrains nous a conseillé de passer en dessous de cette couche. Saint-Maur sera donc la gare la plus profonde, à 50 mètres.

    VR&T. Peut-on vraiment, comme l’a demandé le Premier ministre, accélérer la réalisation des lignes 17, 14 Sud et 18 quand on voit le report de la ligne 15 Sud ?
    P. Y. Nous nous inscrivons pleinement dans les décisions et les objectifs fixés par le Premier ministre, Manuel Valls. 2024 est une date que nous pourrons respecter puisque nous disposerons bien de neuf ans entre le début des études et la mise en service des lignes.

    VR&T. Vous disposez des délais suffisants pour tenir le nouveau calendrier, mais les finances le permettront-elles ? Vous allez concourir à hauteur de deux milliards au plan de mobilisation de la région, ce qui n’était pas prévu…
    P. Y. La participation au plan de mobilisation a été intégrée dans le modèle financier depuis 2013. Nous avons engagé 169 millions l’an dernier, pour Eole, les RER, la ligne 11, et nous passerons de nouvelles conventions cette année.
    Nous avons consolidé les premières phases financières. La trésorerie est importante, puisque nous ne dépensons pas la totalité des 500 millions de recettes annuelles. Mais cela va vite monter en puissance. En génie civil, les lignes 15 Sud et 16 vont coûter plus de 8 milliards d’euros. Nous allons contracter deux prêts. Nous avons un protocole pour quatre milliards, dont un premier prêt de un milliard, avec la Caisse des dépôts et consignations. Et nous avons l’accord pour un premier milliard avec la BEI, qui a indiqué qu’elle s’engagerait à la même hauteur que la Caisse des dépôts.
    La dynamique est bonne. Pour les prochaines années, les financements sont là. Et je vois, grâce aux présentations du Grand Paris que nous assurons au niveau international avec Paris Ile-de-France Capitale Economique, la bonne disponibilité des capitaux pour ce type d’infrastructure. Nous n’aurions pas de mal à lever dès aujourd’hui des obligations sur les marchés internationaux.

    VR&T. Les études avancent bien… mais Pierre Mongin, au moment de quitter la présidence de la RATP, n’en a pas jugé de même à propos de la future gare Pleyel…
    P. Y. Nous sommes très satisfaits du travail de notre maître d’œuvre, Egis, qui nous accompagne sur les lignes 14 Nord, 16, 17 Sud. Nous avons en France des entreprises d’ingénierie qui sont toutes de très grande qualité et de nombreuses travaillent déjà pour la SGP. Cela représente 1 250 personnes et 800 millions de travaux d’ingénierie sont engagés. Tout le monde est sur le pont ! Pleyel sera la plus grande gare du réseau, forcément complexe, puisque quatre lignes vont s’y rencontrer. Nous avons un remarquable directeur de projet au sein de la SGP et je n’ai aucune inquiétude sur la capacité de l’ingénierie.

    VR&T. La SGP a souvent été perçue comme une émanation de la RATP. Les deux nouveaux directeurs qui ont été nommés à vos côtés, Catherine Perenet (ex-Caisse des dépôts) et Bernard Cathelain (ex-ADP), à la différence de leurs prédécesseurs, Pierre-Alain Jeanneney et Didier Bense, ne viennent pas de la RATP. Vous coupez le cordon ombilical ?
    P. Y. Cela aurait pu être des professionnels de la RATP. Il n’y a pas de décision spécifique en ce sens. Je reconnais au président Mongin le courage d’avoir soutenu le démarrage de la SGP en mettant beaucoup de personnel en détachement. C’était une décision très positive. Aujourd’hui, la société a grandi. Sur 160 personnes de la SGP, 15 viennent de la RATP. Nous avons accueilli des gens de RFF, de SNCF, d’ADP, de grands cabinets d’ingénierie privés ou du génie civil. Nous travaillons au quotidien très étroitement avec la RATP. La loi confère à la RATP la gestion de l’infrastructure, et c’est elle qui donne ses spécifications sur les sites de maintenance et de remisage ou sur les sites de maintenance industrielle : SMR de Champigny, SMI de Vitry et, demain, SMR/SMI d’Aulnay et de Rosny. Pour la ligne 15 Sud, nous avons fait un très bon travail sur les interconnexions avec la RATP.

    VR&T. Yves Albarello et Alexis Bachelay, rapporteurs de la mission de contrôle chargée du suivi de la loi Grand Paris, ont attiré l’attention sur le problème des déblais, notamment pour leur dépollution. Qu’avez-vous prévu ?
    P. Y. Nous prenons ce sujet à bras-le-corps. D’une contrainte il faut faire un facteur de progrès. Notre ambition, c’est de réaliser un chantier exemplaire en France. La loi sur la transition énergétique fixe une très haute ambition : recycler 70 % des déchets du BTP en 2020. Aujourd’hui, le tri et la valorisation de ces déblais sont marginaux. Le chantier va représenter plus de 40 millions de tonnes. Soit, chaque année, 10 à 20 % de plus de déblais en Ile-de-France. Ce sera l’occasion de mettre en place le développement d’une économie circulaire.
    Nous devrons être exemplaires pour la traçabilité des déblais. Qu’on sache parfaitement d’où viennent les déblais et où ils vont. Nous développons également toutes les alternatives possibles à la route dans le transport des déblais. Nous avons travaillé avec Port de Paris pour des plates-formes de transbordement, sur la Seine et sur les deux canaux. Pour la ligne 15 Sud, nous aurons deux plates-formes sur la Seine, une à Vitry, et une à Sèvres — à l’Ile Monsieur. Plus tard, une sur le canal de Saint-Denis, au niveau de Saint-Denis et, une autre pour la ligne 15 Est, au pont de Bondy, sur le canal de l’Ourcq. Pour les voies ferrées nous avons des accords avec RFF pour deux plates-formes, une à Clamart, une autre à Bry-Villiers-Champigny, sur la ligne 15 Sud. Nous réfléchissons d’autre part à la création de plates-formes de transit, de façon à trier le plus en amont possible, opération qui ne sera pas toujours possible sur le lieu de l’extraction. Ce pourrait être sur des plates-formes de port de Paris, comme envisagé par exemple à Bonneuil ou Saint-Ouen-l’Aumône.

    VR&T. Comment va se traduire cette économie circulaire dans la gestion des déblais ?
    P. Y. Nous estimons que 10 % des déblais sont pollués et doivent aller dans des décharges agréées pour la dépollution des sols. Les 90 % restants se répartissent grosso modo entre 45 % de terres propres, réutilisables, et 45 % de déchets gypsifères. Aujourd’hui, l’enfouissement des déblais gypsifères dans les carrières de gypse n’est pas autorisé, ce qui est assez curieux. La réglementation pourrait évoluer ce qui permettra de combler de grandes carrières de gypse en Ile-de-France. Nous allons travailler avec l’industrie du plâtre pour voir s’il n’y a pas une partie des déchets à réinjecter dans le processus de fabrication du plâtre. Une partie des terres propres pourrait être triée pour en extraire des granulats qui pourraient être utilisés par le BTP.
    Et puis, il y a de grands projets, comme la création de la forêt de Pierrelaye ou des projets de créations de digues. Certains maires souhaitent qu’on leur donne des terres pour des aménagements paysagers et une enquête de l’Association des maires d’Ile-de-France (Amif) a été lancée pour repérer les grands projets d’aménagement. Nous travaillons avec la fédération du bâtiment, celle des travaux publics et la fédération des industries françaises du recyclage afin de créer un cycle vertueux. Ce sont des pistes, que nous allons transformer en plans opérationnels.
    Nous le faisons dans le cadre d’une politique d’innovation. Ces différentes dimensions de l’innovation sont très importantes pour l’industrie. Nous avons signé une convention avec Efficacity pour examiner si nous pouvons récupérer de l’énergie par des installations de géothermie au moment des travaux. Cinq gares de la ligne 15 Sud offrent du potentiel. Nous voulons être exemplaires dans la gestion des déblais, et nous voulons l’être aussi dans la gestion des chantiers eux-mêmes.
    L’innovation a aussi une dimension technique, comme le montrent les systèmes qui permettent de généraliser des fréquences de rames jusqu’à 90 secondes.
    Et il y a aussi une dimension numérique. La SGP a été très en pointe et nous voulons continuer. Nous allons lancer d’ici la fin de l’année notre programme d’innovation numérique ouverte. C’est une façon d’accrocher les jeunes générations au projet. Il est très important que la SGP soutienne les jeunes créateurs d’entreprise, notamment ceux qui veulent innover en matière de mobilité numérique.

    VR&T. On peut découvrir, depuis le 13 juin, au MacVal, les maquettes des 16 gares du tronçon sud. Mais comment la gare va-t-elle s’insérer dans la ville ? Et comment va s’organiser l’intermodalité ?
    P. Y. Nous allons publier un guide de recommandations pour le traitement des espaces publics autour des gares. Il sera intitulé Les places du Grand Paris. Car nos 68 gares vont donner naissance aux premières places du Grand Paris. L’intermodalité n’a pas toujours été bien traitée par le passé. On ne savait jamais très bien qui en était responsable… C’est un sujet avec lequel la SGP veut être en pointe pour que les 68 gares soient exemplaires.
    Il faut être totalement ouvert, et sur un spectre vraiment large. Bien sûr, il faut traiter les sujets traditionnels, accueillir les bus et les transports publics. Mais ces places doivent être aussi des lieux de la mobilité électrique, conçues à cet effet, pour le vélo électrique, l’autopartage voire, demain, pour la voiture sans conducteur.
    Nous consacrons donc jusqu’à 100 000 euros pour l’étude d’un pôle intermodalité par gare. De plus, nous avons prévu 1,5 milliard d’euros pour les interconnexions. Nous sommes prêts à financer aussi des travaux d’aménagement pour l’intermodalité sur cette enveloppe.

    VR&T. Une étude du Cercle des Transports a demandé qu’on renverse totalement les priorités et qu’on modernise les réseaux existants en Ile-de-France avant de réaliser le métro du Grand Paris Express. Qu’en pensez-vous ?
    P. Y. Les auteurs de ce rapport ont raison de dire qu’il faut beaucoup investir sur la rénovation et la modernisation du réseau existant. C’est d’ailleurs le choix qui a été fait en 2013 en combinant la réalisation du Grand Paris Express avec le plan de mobilisation, ce qui représente un effort tout à fait considérable.
    Mais, ce qui manque à leur vision, c’est un aspect économique. J’ai toujours défendu la vision de Christian Blanc, même si elle méritait d’être complétée, comme elle l’a été, par l’amélioration de la vie quotidienne, d’où le plus grand nombre de gares et le renforcement du système de rocades par rapport au projet initial. Mais ce réseau de transport doit servir à renforcer la compétitivité et l’attractivité de la région Ile-de-France en reliant entre eux les grands pôles économiques.
    Les études du conseil scientifique international de la SGP confirment cette vision, en montrant que c’est seulement en réalisant l’ensemble du réseau tel qu’il est aujourd’hui défini, et en réussissant les interconnexions avec le réseau existant, que nous aurons un effet majeur. Les économistes l’estiment à 10 % de PIB de plus, soit 60 milliards sur 600 milliards, à l’horizon de l’achèvement du réseau. C’est ce qui manque dans l’étude que vous mentionnez, très focalisée sur le transport pur. Ce qu’elle dit sur la rénovation du réseau est exact, mais il faut élargir le spectre pour avoir une vision juste.
    De plus, les auteurs de ce rapport disent que le réseau est aujourd’hui complet. Cela, c’est faux. Beaucoup de quartiers populaires sont très mal desservis et je considère, avec mon expérience de trente ans dans la politique de la ville, que dans une métropole moderne la mobilité est un facteur essentiel d’intégration et de cohésion sociale. On insiste à juste titre sur l’éducation, la santé, sur l’emploi, sur la formation. Mais une métropole est un vaste territoire qui recèle toutes les aménités du monde moderne. Il n’est pas nécessaire de les avoir au pied de son immeuble. Mais il faut y accéder facilement. Un étudiant de Clichy-Montfermeil qui met aujourd’hui une heure et demie pour aller à l’université mettra demain une demi-heure. Il sera alors un citoyen de la métropole. C’est une dimension qui manque dans leur analyse, ce phénomène de désenclavement et donc d’intégration.
    Enfin, les 68 gares Grand Paris Express vont donner lieu à des transformations urbaines, à la naissance de nouveaux quartiers, ce qui est essentiel pour l’équilibre de la métropole. Et c’est cela qui fera d’elle une métropole plus intégrée.    
        Propos recueillis
        par François Dumont

     

    L'agenda de la SGP

    VR&T. Comment le projet va-t-il maintenant avancer ?
    P. Y. Notre objectif, c’est que, dans un an, l’ensemble du projet soit engagé, que l’ensemble des décisions d’investissement soient votées par le conseil de surveillance, et l’ensemble des enquêtes publiques en cours ou réalisées. Le projet avance bien. Les tronçons, qui se trouvent à des stades différents, progressent en parallèle, dans une dynamique constante.
    Pour la ligne 16, l’enquête publique est terminée et a reçu une décision favorable des commissaires enquêteurs. Nous préparons le décret d’utilité publique et attendons la DUP à la fin de l’année. Les études d’avant-projet avancent à grand pas et je suis très satisfait de la dynamique de cette ligne.
    Pour la ligne 14 Sud, l’enquête publique a lieu en juin, le dossier d’investissement sera soumis au conseil de surveillance en juillet, pour respecter le souhait du Premier ministre d’arriver en 2024 à Orly.
    Pour la 15 Ouest, nous allons soumettre le dossier au conseil de surveillance de juillet, et l’enquête publique aura lieu en septembre et octobre.
    Pour les trois autres lignes, la 18, la 17 et la 15 Est, les enquêtes publiques auront lieu après les élections régionales, au premier trimestre 2016. Pour la ligne 18, nous sommes en phase de concertation approfondie.
    L’ensemble des appels d’offres pour la désignation de maîtres d’œuvre de ces lignes ont été lancés. De plus, comme la ligne 18 sera en viaduc entre Palaiseau et Saint-Quentin, et la 17 en viaduc entre Gonesse et Roissy, nous allons lancer des concours particuliers afin de choisir un architecte pour le design de chaque viaduc.

     

  • Quand le numérique bouscule les transports

    Quand le numérique bouscule les transports

    « Nouvelles technos, nouvelles pratiques, nouveaux acteurs – spécial transports numériques. » Le 20 mai, le Club VR&T a rompu avec le traditionnel débat pour assister à une rafale de présentations de huit entrepreneurs, « intrapreneurs » ou « startupers ». De l’application Vélib’ prédictive au péage positif, les idées ne manquent pas Venues du monde numérique, elles secouent le monde des transports. Mais qui va les mettre en œuvre, comment assurer leur viabilité économique, et comment les acteurs historiques et les nouveaux venus vont-ils cohabiter ? C’est là où l’affaire se complique…

     

     

    A VR&T, dans le cadre du Club, cela faisait un moment que l’on réfléchissait à faire évoluer la formule de la traditionnelle conférence. Elle permet de débattre de nombreux sujets sur le Grand Paris, mais elle peine parfois à mettre l’accent sur l’innovation, la nouveauté, bref à rendre compte d’un monde qui bouge. Parce que le transport est avant tout un univers de passionnés, une communauté qui réunit des hommes et femmes de 7 à 77 ans, nous avons voulu donner la parole à huit entrepreneurs, startupers, intrapreneurs qui font évoluer le transport de voyageurs grâce au numérique. Dans l’esprit des conférences TED, ces stand-up qui ont émergé aux USA dans les années 90 en donnant la parole à ceux dont les idées font bouger le monde, nous avons demandé à nos invités de « pitcher » en cinq minutes sur leur projet en partant de leur expérience personnelle. Et de montrer en quoi ils sont en train de changer notre monde des transports.
    La programmation a été réalisée avec la complicité de Stéphane Shultz, spécialiste de la transformation numérique des entreprises et fondateur de la société de conseil 15marches, qui a introduit le débat (présentation que vous pouvez retrouver sur son site www.15marches.fr) en partant lui aussi de sa propre expérience : « Il y a quelques années j’étais encore cadre dans un grand groupe de transport […]. Nous aurions sûrement échangé sur l’intermodalité, la planification urbaine et les nouvelles sources de financement du transport de demain. Mais, comme dit la publicité : "ça, c’était avant"». Avant que 90 % de la population ait un mobile […]. Avant la géolocalisation, le "one-click" et le big data. C’était avant que des start-up totalement extérieures à votre secteur changent la manière dont on conçoit, produit et consomme les services de mobilité. Avant Google Maps, Waze et Moovit. Avant Uber, Blablacar et Didi Dache. Etc. » En bref, « avant que le logiciel ne dévore le monde ».
    Bien, mais comment le numérique bouleverse-t-il le monde des transports ? Que permet-il de faire mieux, autrement, en plus ? Chacun des projets présentés (voir pages suivantes) illustre à sa manière l’un des apports du numérique aux transports. Ce peut être en optimisant l’offre et de la demande de mobilité (voir les exemples de Egis, Padam, Cycl’ou, Koolicar), en changeant la manière d’innover (Canal TP, Plume Labs) ou en créant « des innovations de rupture, celles qui changent le modèle d’affaires et la manière même dont le problème est résolu » (Zen Bus, Flux Vision). Et Stéphane Shultz de conclure son introduction par une citation de Bill Gates : « Je n’ai pas peur de mes concurrents, j’ai peur du type dans son garage en train de créer un produit qui va changer le monde », qu’il illustre sur son blog par les fameuses « Rules of the garage » inventées en 1939 aux Etats-Unis par deux ingénieurs inconnus à l’époque : Bill Hewlett et Dave Packard, ça vous dit quelque chose ?
    A la suite de ces huit présentations, Jérôme Coutant, le Monsieur Numérique de la Société du Grand Paris a été invité à réagir. Avec le Grand Paris Express, la SGP est porteuse de l’un des projets les plus ambitieux (et les mieux financés) de l’Hexagone dans les années à venir. Pour autant le contexte a changé depuis sa création en 2010. « La France a toujours été un grand pays d’infrastructures. Le Grand Paris Express s’inscrit dans cette tradition. Son but est de rééquilibrer les territoires. Mais c’est un projet qui date d’avant l’économie de partage. Notre rôle va donc être d’insuffler du numérique dans le métro, de faire de ce projet une opportunité d’ouvrir l’infrastructure à l’innovation, et en particulier à l’innovation ouverte », dit Jérôme Coutant. L’innovation ouverte ou collaborative ou encore open innovation n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vue, un Retour vers le futur version Woodstock. C’est une nouvelle manière de bâtir des partenariats entre des acteurs complémentaires, qui peuvent être d’ailleurs de taille ou d’environnements différents, susceptibles de s’associer dans le développement d’un projet. Un changement de paradigme dans les relations entre grands groupes ou collectivités et sous-traitants qui devront trouver de nouvelles manières de travailler ensemble. Et dans un contexte d’uberisation globale de l’économie il ne s’agit plus d’un idéal ou d’une déclaration politiquement correcte mais d’une nécessité dont les dirigeants de grands groupes privés sont de plus en plus conscients.
    Dans un même esprit, on a pu constater que la majorité des innovations présentées ont été imaginées par les fondateurs des start-up eux-mêmes, en partant de leur propre expérience utilisateur. Loin de la notion d’usager du transport public qui illustre une approche très top down, les services proposés par les start-up sont, dès leur conception, testés directement par la communauté des utilisateurs, les développeurs étant désormais en prise directe avec les comportements adoptés par les clients grâce aux smartphones. On entre dans une logique de perfectionnement continu en préférant mettre à disposition des solutions imparfaites (quick and dirty) tout en restant en contact permanent avec la communauté. Une méthode héritée du monde informatique, bien loin des habitudes des métiers des transports. C’est vrai, ceux-ci ne peuvent pas se permettre de tels tâtonnements quand il s’agit de construire des infrastructures ou de faire fonctionner des services en toute sécurité. Peu à peu pourtant, la méthode s’impose afin d’optimiser l’offre de déplacement, et cela menace de rebattre les cartes dans le secteur.
    Dans ce nouveau contexte d’expérience utilisateur, par exemple, l’information en temps réel n’est même plus considérée comme un nouveau service. Elle devient presque un droit que celui qu’on appelait usager souhaite exercer en échange de la mise à disposition tout à fait consciente de ses données. Les fondateurs de start-up, en développant toutes sortes d’application tournées vers les utilisateurs de transports publics qu’ils sont, et qui connaissent le prix d’un ticket de métro, l’ont bien compris et peuvent apporter des solutions utiles au secteur. De ce point de vue, ils peuvent « débugger » le transport et apporter leur pierre à l’édifice de l’excellence du savoir-faire français, qui – ne nous flagellons pas – est toujours une vitrine mondiale.
    Pour autant, il reste à résoudre un problème, sur lequel le débat qui a suivi les présentations a apporté plus de questions que de réponses. Le business model des innovations. Ce que l’usager paye, comment il le paye, et ce qui revient à chacun, qui en tire des bénéfices si bénéfice il y a, et comment l’innovation trouve ses financements. Le ou les modèles se cherchent. Les start-up prennent un maximum de risques financiers sans pour autant parvenir à s’insérer, pour la majeure partie d’entre elles, sur un marché des transports qui reste avant tout public. De leur côté, en France, les groupes historiques font naturellement tout pour que l’innovation ne leur échappe pas. L’affaire ne se résume pas à une confrontation hexagonale entre, d’un côté, deux ou trois Goliath plus ou moins étatiques et lourdaud et, de l’autre, plein de petits David extrêmement agiles. Il y a des petits agiles qui sont devenus très gros. Bill Gates a peur des types dans leur garage. Mais les types dans leur garage et les bons gros vieux groupes peuvent aussi avoir peur des Gafa, ces Bill Gates de l’ère numérique.
    Dossier réalisé par
    Delphine ROSEAU

    Les huit projets présentés

    Egis Projects
    Le péage positif pour automobilistes vertueux

    «C’est drôle comme lorsque l’on est bloqué dans un embouteillage, on se pose tous la même question : mais comment se fait-il que TOUS ces gens aient décidé d’être là, ici, au même moment que MOI ? », se demande Elena Umanets, directrice du développement d’Egis Projects en guise d’introduction à sa présentation. Y aurait-il donc une variante automobile à la loi de Murphy ? « En fait, pendant les heures de pointe, 60 % des trajets sont pendulaires. » Le fameux auto-boulot-dodo. La solution la plus classiquement admise consiste à surtaxer ces tranches horaires. Sauf qu’au Pays-Bas, les autorités ont pris le problème à l’envers. Pourquoi ne pas récompenser les comportements ecoresponsables plutôt que de punir ? C’est tout l’esprit de l’expérience de lissage de trafic menée au Pays-Bas sous le nom de « Wild ! van de Spits ». Ce service, déployé dans la région de Rotterdam depuis 2009, offre aux participants une prime de 3 euros s’ils évitent de circuler aux heures de pointe. Un concept de péage positif mis en place en 2009 grâce à des solutions développées par Egis Projects via sa filiale BNV Mobility et qui porte déjà ses fruits. Sur les 21 000 participants au programme, 40 % des inscrits ont ainsi changé leurs habitudes. La collectivité ayant mis les entreprises dans la boucle, des salariés ont pu ainsi aménager leur emploi du temps et réduire ainsi de manière substantielle leur budget mobilité. Le trafic aux heures de pointes quant à lui a été réduit de 5 %. Pour Egis, l’enjeu est maintenant d’exporter ce concept hors des Pays-Bas et pourquoi à Paris. A suivre.   
     

    Padam
    Le transport nocturne sur mesure

    «Tout commence un soir après une fête entre potes de l’école », raconte Ziad Khoury, cofondateur de Padam avec Grégoire Bonnat, à ses côtés sur l’estrade. « Je prends le Noctilien pour rentrer chez moi, enfin pas vraiment chez moi car le bus me “droppe” à 25 minutes à pied de mon lit. Je marche donc seul, dans la nuit noire, il fait froid et je pense à tous les gens qui sont dans mon cas. Et si on regroupait tous ceux qui vont au même endroit dans un même bus ? Et ensuite on déposerait chacun tranquillement en bas de chez lui. » Ziad décrit le rêve de tout noctambule parisien. Et ne se contente pas d’en rêver. Il décide alors de tester la formule à la soirée de l’école. Loue des minibus, organise les trajets à la main d’abord, en s’aidant de google map. Le concept est validé. Il développe deux applications smartphone, loue des minibus, embauche des chauffeurs professionnels et lance sa start-up, le tout avec des potes de l’école, tous fraîchement sortis de l’X comme lui. « Vous saupoudrez le transport en commun classique d’un peu de numérique et cela donne Padam », résume-t-il. Aujourd’hui, le service est opérationnel à Paris, tous les week-ends et propose un trajet personnalisé au prix du transport en commun. Mais la start-up ne compte pas s’arrêter là. « La nuit dans la capitale est un cas particulier d’un problème plus général », poursuit-il avant de souligner le fait que le transport en commun organisé autour d’axes structurants est parfaitement adapté quand la demande est massive. Mais en territoire moins dense, la notion de ligne ne fonctionne pas. « Notre idée est de répondre à ce type de demande en temps réel en nous adaptant dynamiquement. Le rôle de Padam ? Développer la technologie qui permettra de donner au transport en commun un maximum de flexibilité. »   

     

    Systra
    L’application Vélib’ prédictive

    «Comme je vais vous parler de vélo, mobilité dite active, on va faire du sport. Commençons par un peu de stretching pour nous échauffer. Bien, levez le bras », demande Arnaud Renwick, chargé d’études en économie des Transports chez Systra, aux quelque 70 membres du Club et journalistes présents dans la salle. Disciplinés, nous nous exécutons. Il poursuit : « Que ceux qui n’ont pas utilisé de vélo en libre service durant l’année écoulée baissent le bras. » A peine un tiers de la salle repose son bras, preuve s’il en faut de la popularité des Vélib' auprès des Parisiens. Arnaud poursuit sa démonstration, visiblement bien huilée (après tout, on parle de vélo) : « Mais qui dans le même temps, n’a pas rencontré de problème soit de places libres soit à l’inverse de vélo non disponible à une station ? » Seule une personne lève la main. CQFD. En bref donc Systra et Pysae (une start-up montée par deux anciens du groupe) ont développé Cycl’ou, « application Vélib’ prédictive ». En se connectant sur le site responsive de Cycl’ou (car ce n’est pas encore une application proprement dite), il est possible de savoir à l’avance quels seront les vélos et les places disponibles aux stations Vélib’. Ce service prédictif se connecte en open data sur les API de JCDecaux et de la région Ile-de-France. Arnaud Renwick poursuit « demain on pourrait aller chercher d’autres données pour améliorer nos prévisions, comme la météo par exemple ». Commentaire d’un des membres de l’assistance : « Oui, ou comme les données des transports publics en cas de trafic perturbé dans le métro par exemple, cela favoriserait le report modal ! »    
     

    Koolicar
    L’autopartage sans contraintes entre particuliers

    «Tout a commencé en 2005. C’est à Lyon où j’étais en voyage d’affaires pour Alstom mon employeur de l’époque que j’ai découvert le vélo en libre service qui venait d’être installé. J’ai trouvé ça extraordinaire, se souvient Stéphane Savouré, fondateur et PDG de Koolicar. Et ça m’a donné une idée : pourquoi ne pas faire la même chose avec les voitures mais en utilisant toutes ces automobiles qui dorment 95 % du temps au pied de chez leur propriétaire ? » Koolicar était né. Enfin, pas tout à fait, car Stéphane Savouré se donne cinq ans pour valider le marché et concevoir une technologie capable de faciliter ce genre d’usages. A partir de 2010, tout s’enchaîne, le développement de la Kool box, boîtier électronique qui élimine toutes les contraintes de locations entre particuliers (pas d’échange de clés, de contrat à signer, d’état des lieux à faire physiquement entre les parties), les phases de test qui permettent d’affiner encore le service. Puis, en 2014 Stéphane Savouré réalise une levée de fond de 2,8 millions d’euros et son partenaire historique, la Maif, entre au capital. « Cela nous permet d’installer 6 000 voitures avec la solution et de devenir de facto le plus gros partageur en France devant Autolib’ (3 000 voitures), et Citiz (700 voitures). »
    Et le modèle d’affaire de Koolicar ? « Nous sommes une start-up collaborative, le locataire ne paie qu’à l’usage en fonction des kilomètres et du temps parcouru. Le propriétaire perçoit 70 % du montant, Koolicar prend 30 % de commission pour financer l’assurance, l’assistance, nos opérations et l’amortissement de la techno. » La prochaine étape ? « Le lancement d’OpenFleet, c’est Koolicar pour les professionnels ». Et là aussi ça marche, puisque l’entreprise vient de remporter un appel d’offres avec La Poste, pour la mise en place d’un service de location en interne des voitures de La Poste aux postiers.
    On vous l’aura dit, avec le numérique dans les transports, tout se transforme !   

     

    Canal TP
    L’ouverture des données aux développeurs externes

    «Il y a des projets fous comme l’hyperloop, [TGV subsonique imaginé par Elon Musk, figure emblématique de la Silicon Valley, NDLR] et il y a des innovations qui se créent dans le silence des logiciels. Elles sont peut-être moins visibles mais elles peuvent changer la vie des gens au quotidien de manière aussi profonde », entame Guillaume Crouigneau. Dans le petit monde du transport numérique, on ne présente plus cet entrepreneur autodidacte, qui a monté sa start-up dans les années 2000 et dirige aujourd’hui Canal TP la filiale numérique du groupe Keolis. « Chaque grande innovation cache une série de petites ruptures, des petits hacks du quotidien, ce sont eux qui créent la dynamique nécessaire à l’atteinte des objectifs. »
    Pour Canal TP, l’ambition est claire et définie, il s’agit de la responsive locomotion, un terme inspiré du webdesign qui consiste à « renverser la relation entre le mass transit et le voyageur pour aller vers une mobilité choisie et parfaitement adaptée aux besoins de chacun. » Et pour parvenir à ce but, l’esprit d’innovation, véritable actif de l’entreprise, est stimulé et encouragé dans toutes les dimensions du management et de la gestion de Canal TP. Ainsi, depuis trois ans, l’entreprise a mis en place Canal Hacké, 48 heures de code intensif pour les équipes pour « leur permettre de libérer leur créativité et de leur faire prendre conscience qu’ils peuvent innover ». Un autre programme d’intrapreneuriat, nommé Swat, sorte d’incubateur intégré a aussi été mis en place récemment.
    Enfin, fait unique à ce jour dans les transports, Canal TP a fait le choix de l’ouverture de ses données avec navitia.io, une interface de programmation qui permet à des développeurs externes à l’entreprise d’améliorer sa solution d’information voyageurs. « Nous avons fait le choix de l’open source parce que la responsive locomotion est un projet un peu fou. Et nous avons conscience que pour changer le monde, il faut être une multitude. C’est cet esprit d’innovation ouverte et collaborative que nous cultivons. »

     

    Plume Labs
    La méteo de la pollution

    «Savez-vous que l’été pendant les pics de pollution à l’ozone, les espaces verts sont parfois plus pollués que les rues autour ? Car contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, on ne vit pas dans une grande marée, la pollution n’est pas une situation uniforme dans la ville. Qui dit grande variabilité dit possibilité de se protéger et de protéger ses proches. » David Lissmyr, cofondateur de Plume Labs a donc développé Plume Air Reports, « une météo urbaine » qui se base sur des algorithmes prédictifs pour prévoir l’évolution de la pollution sur les prochaines 24 heures. Un moyen pour les personnes sensibles ou les sportifs par exemple d’éviter de se surexposer.
    Cette application, mise en ligne mi-mai vise à « démocratiser l’information » sur la pollution et utilise les données publiques mises à disposition par les organismes de surveillance de la qualité de l’air. Elle fonctionne déjà dans 65 agglomérations du monde. Mais ça n’est qu’une première étape. « L’important, c’est d’accéder à un niveau d’information le plus personnel possible. De pouvoir consulter l’état de la pollution à l’endroit où je me trouve, en temps réel. Je pourrai ainsi éviter de me surexposer, changer mes comportements, mieux vivre dans ma ville. » Pour répondre à cette exigence, Plume Labs développe depuis un an un objet connecté portable autonome actuellement en cours d’expérimentation.
    Et pour faire prendre conscience au grand public de la variabilité du phénomène un premier test du prototype a été réalisé les 13 et 14 juin 2015 à l’échelle d’un quartier à Paris dans le cadre du festival Futur en Scène.   

     

    Orange Business Services
    La densité des flux en direct

    La data dans les transports ça peut être simple comme un dessin animé. Celui qu’a projeté pour les membres du Club VR&T, Dominique Servier-Crouzat d’Orange Business Services illustre l’une des exploitations que fait l’opérateur des données que nous produisons au quotidien en utilisant notre téléphone mobile. A l’écran, s’enchaînent des scènes de la vie ordinaire tandis qu’une voix off au ton faussement naïf décrit comment le département Smart Cities les utilise, et ça s’appelle Flux Vision. Il s’agit d’une solution qui permet de convertir en temps réel des informations techniques provenant du réseau mobile en indicateurs statistiques pour analyser la fréquentation des zones géographiques et les déplacements de populations. « On ne va pas remplacer les enquêtes déplacements », commente Dominique Servier-Crouzat à l’issue de la projection, « mais cela fournit des informations parfois inédites. Les équipes d’Orange ont particulièrement travaillé sur le temps réel ces deux dernières années en concentrant leurs recherches sur l’analyse des congestions de l’infrastructure de transport », poursuit-il. Flux Vision permet surtout de personnaliser les indicateurs pour les acteurs des transports, comme pour la RATP qui l’utilise pour mieux connaître en temps réel la densité des flux sur telle ou telle ligne. Des informations précieuses dans un contexte de saturation de l’Ile-de-France.    
     

    Joul avec l’application ZenBus
    La localisation de son bus en temps réel

    «En quoi consiste l’Uberisation ? C’est un bouleversement rapide mondial dû à un service nativement numérique avec pour que cela fonctionne, un smartphone dans les mains du chauffeur et un smartphone dans les mains de l’usager. En bref, une expérience utilisateur focalisée sur une cartographie en temps réel. Mais cette révolution n’a pas encore eu lieu dans les transports en commun, et en particulier dans les bus. » C’est de ce constat qu’Olivier Deschaseaux et ses associés, cofondateurs de la start-up Joul, sont partis pour développer ZenBus. Il s’agit en effet d’une application qui permet à tout voyageur de voir en temps réel sur son smartphone, où se trouve son bus dans la ville. « Avec deux bénéfices perçus par le voyageur, précise Olivier Deschaseaux, tout d’abord le confort d’une information géographique immédiate qui est une réassurance pour l’usager, mettant une dimension spatiale – car on peut visualiser où se trouve exactement le bus sur la ligne – sur une information temporelle. Et par ailleurs, on constate que le fait de libérer cette donnée brute mais fiable donne au voyageur la possibilité d’exercer sa propre intelligence considérant qu’il est souvent mieux placé pour faire lui-même sa propre prédiction sur un trajet emprunté au quotidien. » Les informations de géolocalisation utilisées sont générées par le smartphone du chauffeur du bus, permettant ainsi la transmission en temps réel de sa position aux utilisateurs. Un premier pilote a été mis en place à Issy-les-Moulineaux au premier semestre 2014, un second en fin d’année dernière à Nantes. ZenBus est entré tout récemment dans Paris intra-muros et sera bientôt présent à l’international. Un avenir prometteur pour la start-up qui s’intéresse désormais à l’aide à l’exploitation : « On considère qu’on a aujourd’hui de nombreuses données d’exploitation temps réel et archivées susceptibles d’aider l’opérateur et l’AOT », conclut Olivier Deschaseaux.   

  • Réforme territoriale. Comment Lyon met en place sa nouvelle métropole

    Réforme territoriale. Comment Lyon met en place sa nouvelle métropole

    Améliorer les services locaux en rapprochant ou en fusionnant les collectivités existantes. C’est une des idées fortes de la réforme territoriale à l’origine des nouvelles métropoles mises en place depuis le 1er janvier dernier. L’une d’elle, Nice avait même pris les devants en devenant la première métropole de France dès décembre 2011 après la fusion de la communauté urbaine de Nice Côte d’Azur et de trois autres communautés de communes des Alpes-Maritimes.
    Désormais, 11 métropoles ont vu le jour, rassemblant de vastes bassins de population selon les critères fixés par le législateur : plus de 400 000 habitants situés dans des aires urbaines de plus de 650 000 habitants.
    La loi, qui les a créées, réserve un sort particulier au Grand Paris et à Aix-Marseille : ces deux métropoles auront un statut particulier et devraient voir le jour en janvier 2016, toujours dans le but de renforcer la cohérence des politiques territoriales.
    Quant à la métropole de Lyon, elle est également traitée à part, devenant une collectivité territoriale à statut particulier qui, sur son territoire, dispose à la fois de compétences métropolitaines et départementales. Alors que pour de nombreuses métropoles, les changements en cours ne sont pas toujours forcément mesurables, Lyon semble avoir déjà pris une longueur d’avance dans ce domaine
    .

     

    «Un big bang territorial » : telle était pour ses promoteurs, Gérard Collomb et Michel Mercier – respectivement présidents du Grand Lyon et du conseil général du Rhône, tous les deux sénateurs –, l’opération de création de la Métropole de Lyon dans le cadre de la loi Maptam. Pour la première fois, un département s’est défait d’une partie de son territoire, passant de 1,7 million à 430 000 habitants, au profit d’une agglomération qui a récupéré au passage toutes les compétences du conseil général du Rhône sur son périmètre du Grand Lyon. Parmi elles, les transports avec la particularité de largement déborder l’agglomération lyonnaise. Ils sont désormais gérés par le Sytral, AOT du Grand Lyon, qui a vu son champ d’intervention élargi à l’ensemble du Rhône, intégrant les réseaux de Villefranche, de l’Est lyonnais, les transports interurbains et scolaires, etc., tous ces services étant gérés par l’AOT Syndicat mixte des transports du Rhône (SMTR).
    Pour le coup, avec une strate en moins sur le périmètre de la métropole, le millefeuille institutionnel a perdu en épaisseur et rationalisé la compétence transports. En intégrant au 1er janvier 2015 le SMTR, récente structure imposée en 2013 par l’Etat, le Sytral a, de facto, mis fin à une structure qui a sûrement battu un record de brièveté d’existence (deux ans). Avec deux conséquences à la clé sur les plans financier et de la gouvernance : d’une part, le département « maintenu » doit s’acquitter d’une contribution de 58 millions d’euros en 2015 (contre moins de 20 millions précédemment) pour financer les nouvelles activités assumées par le Sytral ; d’autre part, la représentation des conseillers départementaux dans le Sytral a été réduite à quatre élus (contre dix auparavant) tandis que la métropole a vu ses conseillers passer à 21 (contre 16 élus du Grand Lyon). Au passage, le département met aujourd’hui la pression sur le Sytral pour renégocier les contrats des prestataires de services d’ici l’automne en escomptant une économie de 12 millions d’euros.
    Un texte chassant l’autre, la loi Maptam à peine entrée en vigueur, c’est le projet de loi NOTRe qui a pris le relais et évoqué la possibilité d’une modification de gouvernance avec une présence régionale renforcée dans le Sytral, notamment via le remplacement des représentants départementaux par des élus régionaux. Mais le président de la métropole a bataillé pour ne pas voir détricoter « sa » loi Maptam sur Lyon et le Rhône. « Tous nos amendements sont passés », se félicitait Gérard Collomb lors du dixième anniversaire de Vélo'V fin mai, dans l’attente de la promulgation de la loi NOTRe. A son actif, une mouture prévoyant qu’un syndicat mixte de transports ayant la qualité d’AOT de transports urbains et de transports non urbains et préexistant à la loi conserve cette qualité. « Rien ne change » dit-il, si ce n’est le nouvel exécutif du Sytral désigné le 11 juin pour succéder à l’omniprés(id)ent Bernard Rivalta, à la tête du Sytral de 2002 à février 2015.
    Quoi qu’il en soit, avec sa représentation accrue au sein du Sytral (21 conseillers métropolitains sur 28), la métropole devrait sortir renforcée dans son rôle d’organisation et d’impulsion de la mobilité sur son territoire. Au-delà, elle pourra miser sur la coopération avec le Syndicat métropolitain des transports (SMT, regroupant les quatre agglomérations de Bourgoin, Lyon, Saint-Etienne, et Vienne), présidé par la région et travaillant notamment à un titre de transport unique.
    Pour Gilles Vesco, chargé des Nouvelles mobilités urbaines à la métropole, l’autopartage et l’électromobilité constituent des enjeux majeurs à la fois pour fluidifier les circulations et répondre aux objectifs du plan climat, dont celui – ambitieux – de parvenir dès 2020 à 1,5 personne par véhicule aux heures de pointes (contre 1,02 aujourd’hui). Idem pour l’effort mis sur les Bluecar comme sur les bus hybrides (dont les tests s’achèvent fin juin) et les bus « full électrique » Bolloré qui ont été expérimentés mi-mai à la Croix-Rousse et à Confluence. Objectif : remplacer 800 bus diesel à terme. L’open data, pivot de l’info-mobilité, sera largement encouragé pour favoriser la création d’applications auxquelles la première mondiale Optimod a ouvert la voie. L’élu métropolitain imagine ainsi une politique de prévention de la voiture où l’on passerait « d’un excès d’usage à un excès de propriété », autrement dit on n’utiliserait pas moins son véhicule seulement, mais on rendrait la – ou une – voiture du foyer. « On met en place les moyens pour réussir ».
    Claude FERRERO

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    Gilles Vesco, conseiller aux Nouvelles mobilités urbaines de la métropole de Lyon
    « Une coopération renforcée pour les relations intercités, l’info-mobilité et le covoiturage »

    VR&T. La création de la métropole de Lyon est un vrai changement de périmètre et de compétences en s’affranchissant du territoire du Rhône. Qu’en est-il pour la compétence mobilité ?
    Gilles Vesco.
    En ce qui concerne la mobilité sur le territoire de l’ex-Grand Lyon devenu métropole, c’est le changement dans la continuité. On avait déjà une politique publique de transports dynamique, et pionnière dans plusieurs domaines, on va bien entendu la développer pour favoriser des transports plus propres et mieux partagés. On va aussi rééquilibrer les modes de déplacements avec nos services alternatifs à la voiture individuelle, synonyme de motorisation thermique et de pratique « autosoliste ».
    Le changement le plus notable initié depuis la loi Maptam créant la métropole au 1er janvier 2015 porte sur l’extension du périmètre du Sytral, AOT du Grand Lyon, à l’ensemble du département du Rhône.

    VR&T. Des décisions ont été prises par le Sytral pour les transports sur le Nouveau Rhône. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
    G. V.
    De facto, le Sytral a intégré de nouveaux services, dont les Cars du Rhône interurbains, les transports scolaires, le réseau urbain de Villefranche/Beaujolais, la liaison Rhônexpress, etc., dont certains font l’objet d’audits et de négociations pour un repositionnement d’ici la rentrée. Par ailleurs, la gouvernance a été revue au profit d’une représentation renforcée des élus métropolitains, au nombre de 21 sur 28 élus, et quatre élus du néodépartement. Pour l’heure, la loi NOTRe en cours d’examen nous incite à un certain attentisme, particulièrement sur l’évolution des transferts de compétences et des représentations régionales. On est dans une situation transitoire, attendons la loi NOTRe pour savoir qui fait quoi…

    VR&T. On a l’impression d’un mécano institutionnel compliqué pour un intérêt minimal in fine, sans compter le rôle du Syndicat métropolitain des transports, présidé par la région…
    G. V.
    L’intérêt, c’est d’avoir une même politique sur un territoire et un bassin d’emplois élargis, et l’affirmation de la métropole comme autorité organisatrice de la mobilité (AOM) à part entière. La coopération entre la métropole, la région et les AOTU du SMT sera renforcée pour les relations intercités, l’info-mobilité et le covoiturage.
    Pour l’AOM métropole sur l’agglomération lyonnaise, c’est un challenge qui s’appuie sur la maîtrise et le développement de l’interface entre le transport en commun, avec tous ses modes, et les nouvelles mobilités urbaines alternatives : marche à pied, vélo, vélo'V serviciel, voiture partagée, info mobilité, taxis qui sont passés de la ville de Lyon à la métropole, etc.. Aujourd’hui, l’enjeu c’est de tirer ensemble dans la même direction en faveur de la déprise automobile dans les déplacements urbains. Songez par exemple que jusqu’à présent le Grand Lyon ne pouvait pas faire la promotion du covoiturage sur les bus des TCL car il était perçu comme un concurrent ! Or, le covoiturage et l’autopartage, comme le vélo, sont engagés dans une logique de développement inéluctable, et devront représenter 30 % de la part modale de la mobilité en 2020.
    Propos recueillis par C. F.
     

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    Réforme territoriale Où en est-on ?

     

    Lois Maptam, NOTRe… Malgré leurs acronymes compliqués et les longs débats techniques qu’elles ont suscités, elles sont censées simplifier le fonctionnement de nos institutions et clarifier les compétences des uns et des autres.
     

    Premier volet : 11 nouvelles métropoles depuis janvier…
    C’est la loi de réforme des collectivités territoriales en 2010, puis la loi Maptam (pour loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles), adoptée le 19 décembre 2013, qui ont créé une nouvelle catégorie d'établissement public de coopération intercommunale (Epci) à fiscalité propre : les métropoles. « Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, les métropoles ne constituent pas une strate supplémentaire dans notre organisation territoriale. En effet, les métropoles remplacent, depuis le 1er janvier dernier, les communautés urbaines ou les communautés d'agglomération dans les aires urbaines concernées », expliquait en début d’année dans une tribune des acteurs de l’économie sur le web, Olivier Dussopt, le député PS de l’Ardèche, rapporteur du projet de loi. « Elles sont dotées de compétences renforcées pour répondre à leurs fonctions métropolitaines. »
    La métropole ne concerne que les territoires de plus de 400 000 habitants situés dans une aire urbaine de plus de 650 000 habitants.
    La métropole Nice Côte d’Azur s’est voulue précurseur dans ce domaine puisqu’elle a été créée fin 2011 dans le cadre de la loi 2010. Mais elle doit maintenant s’adapter à la nouvelle législation. Les autres métropoles de Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Montpellier, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse ont été créées le 1er janvier 2015 en remplacement des intercommunalités existantes.

    … et 3 collectivités à statut particulier
    La loi Maptam a également décidé que deux métropoles à statut particulier seraient créées en janvier 2016 pour les agglomérations d’Aix-Marseille et du Grand Paris, « fruits d'une fusion entre plusieurs intercommunalités » dans le but de « renforcer la cohérence des politiques territoriales », précise Olivier Dussopt. Quant à la métropole de Lyon, elle est également traitée à part, devenant une collectivité territoriale à statut particulier qui, sur son territoire, dispose à la fois de compétences métropolitaines et départementales (en lieu et place du département du Rhône).
    La loi Maptam correspond ainsi au premier volet de la réforme territoriale engagée par François Hollande.

    Second volet : 13 grandes régions l’année prochaine
    La création de grandes régions voulue par la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral représente le second volet de la réforme territoriale. Il s’agit de doter les régions d'une taille critique que ce soit sur le plan géographique, économique ou démographique, pour qu’elles puissent tenir la comparaison avec leurs voisines européennes. Au 1er janvier prochain, la France comptera 13 régions métropolitaines contre 22 aujourd'hui.

    Troisième volet : Les régions, chefs de file de la mobilité
    Le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe), qui est donc le troisième volet de la réforme territoriale en cours, était encore en cours de discussion à l’heure où nous bouclions ces lignes. Il donne de nouveaux leviers d'action aux régions, qui voient leurs compétences s’accroître. De leurs côtés, les intercommunalités vont devenir plus intégrées.
    Parmi les principales dispositions du texte de loi, la clause de compétence générale est supprimée pour les départements et les régions. « Ces deux échelons n’auront donc plus le droit d’intervenir sur tous les sujets, de dépenser dans tous les domaines d’action publique. Cela permettra de clarifier “qui fait quoi”, d’harmoniser les politiques publiques entre les différents échelons, et d’éviter des dépenses inutiles lorsque plusieurs niveaux de collectivités se concurrencent sur un même domaine d’action », explique le gouvernement sur son site.
    Dans le domaine des transports (sauf pour l’urbain), les régions doivent devenir les chefs d’orchestre de la mobilité. Toutefois, le transfert des routes départementales a finalement été remis en cause puisque ces infrastructures devraient rester dans le giron des départements.
    En revanche, les régions vont prendre les rênes de l’intermodalité. Elles étaient déjà autorités organisatrices des transports ferroviaires (TER), elles prendront aussi la main sur les transports interurbains, qu’ils soient réguliers ou à la demande, ainsi que sur la voirie. Elles seront également responsables du transport scolaire, même si elles pourront déléguer cette compétence. Elles se voient enfin confier la gestion des ports et des aéroports, « infrastructures nécessaires au développement et à l’emploi », rappelle le gouvernement qui attend de cette réorganisation une efficacité accrue.    

    M.-H. P.
     

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    Strasbourg L’Eurométropole veut s’ancrer à l’Est

    Strasbourg a bataillé pour que le préfixe « Euro » fasse partie du nom de sa métropole.
    Une façon d’affirmer son ancrage frontalier et de rappeler sa singularité en tant qu’hôte d’institutions européennes.

    Les élus strasbourgeois tenaient à cette appellation : Eurométropole. Ils ont remporté à l'Assemblée nationale la bataille pour que le préfixe « Euro », qui qualifie le caractère singulier de la ville siège des institutions européennes, soit retenu dans le texte de loi. Cette astuce linguistique permet à l'agglomération d'affirmer son ancrage frontalier, sur le Rhin. L'Eurométropole balise la voie pour une meilleure collaboration avec Kehl, sa voisine allemande (34 000 habitants), qui accueillera en avril 2017 une extension du réseau du tramway strasbourgeois. Les travaux, lancés par la défunte communauté urbaine de Strasbourg, se poursuivent cet été : la première moitié du nouveau pont sur le Rhin est en place au bord du fleuve.
    Dans sa politique transports, l'Eurométropole reprend les mêmes compétences que la communauté urbaine mais renforce son organigramme. La gouvernance de la collectivité sera complétée par un conseil de développement international, issu de la société civile et à vocation consultative. Ce conseil de développement, en cours de recrutement, comprendra une centaine de membres strasbourgeois, allemands et représentants des institutions européennes. Il élaborera des recommandations sur l'évolution des infrastructures de l'agglomération, et pourra s'autosaisir sur des grands chantiers. Le projet d'aménagement routier du Grand contournement Ouest (GCO), autoroute de 24 kilomètres déclarée d'utilité publique depuis 2008, doit délester l'A35 dans la traversée nord – sud l'agglomération. Le conseil de développement transfrontalier pourrait lui apporter une réflexion franco-allemande qui a fait défaut, jusqu'à présent, dans les études d'impact et de préfiguration.
    Le décret de décembre 2014 portant création de l'Eurométropole garantit la pérennité des contrats triennaux Strasbourg Ville Européenne. Depuis 35 ans, la ville négocie ce soutien de l'Etat pour financer les missions qui découlent de la présence du Conseil de l'Europe (47 Etats membres, 2 000 fonctionnaires et plusieurs centaines de diplomates) et du siège du Parlement européen, qui se réunit en session douze fois par an. L'accessibilité médiocre de la ville est décriée en permanence par les députés : ils viennent de voter à une majorité écrasante pour un déménagement à Bruxelles. Pour Strasbourg, la défense tient à un maigre fil : le siège est fixé par les traités et il faudrait l'unanimité des 28 Etats membres de l'Union, France incluse, pour changer la situation. L'Eurométropole s'affiche donc comme chef de file dans l'élaboration d'une offre de transports vers ses institutions européennes. Mais la collectivité ne possède pas toutes les clés : l'accessibilité aérienne relève des compagnies aériennes, frileuses sur le petit marché d'une agglomération de 475 000 habitants. Le cofinancement public des trois lignes sous obligation de service public (24 millions d'euros) permettra de maintenir une offre aérienne vers Madrid, Amsterdam et Prague. Un financement triennal (16 millions d'euros) est également promis à l'Eurométropole pour l'extension de la ligne E du tramway sur 1,4 kilomètre à la Robertsau, au-delà du quartier qui accueille les institutions européennes.    
    Olivier MIRGUET
     

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    Marseille Une métropole pas comme les autres

    A l’instar du Grand Paris, la future métropole d’Aix-Marseille-Provence a un statut particulier. Si les débats sur sa création appartiennent désormais au passé, la discorde continue maintenant sur les moyens de la financer. Le gouvernement, qui « veut aider Marseille »,
    a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 50 millions d’euros destinée à la création
    de la métropole. Mais la déception est grande du côté des élus locaux qui la jugent dérisoire.

     

    L’union fait la force et les deux rivales, Aix et Marseille, ont fini par s’en convaincre. Malgré les réticences politiques locales, à compter du 1er janvier 2016, 92 communes, représentant quelque 1,8 million d’habitants, seront regroupées dans la métropole d’Aix-Marseille-Provence. Avec ses 3 200 km2, ce sera la plus vaste métropole de France. Et pour faciliter les choses, l’Etat mettra même la main à la poche. Sollicité par les élus locaux qui réclamaient davantage de moyens pour la création de la nouvelle collectivité, Manuel Valls a confirmé le 29 mai la promesse faite en février dernier de moyens supplémentaires. « L'Etat veut aider Marseille », a-t-il assuré, évoquant une enveloppe exceptionnelle de 50 millions d’euros.
    Des moyens qui ne sont pas jugés à la hauteur des enjeux par les six présidents des intercommunalités qui doivent fusionner. Les élus « ne peuvent pas être uniquement en train de demander plus d'argent, a sermonné le Premier ministre. Il y en a toujours qui diront ce n'est pas assez ». Tout en ajoutant qu’il restait « ouvert à l’examen avec les élus de l’ensemble des moyens nécessaires en 2016 à la création de la métropole ». Venu présider un comité interministériel en présence de neuf membres du gouvernement – dont le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies – Manuel Valls a dans la foulée signé le contrat de plan Etat-région (CPER) 2015-2020.
    1,6 milliard d’euros de crédits sont inscrits au CPER, dont une part échoira naturellement aux transports, jugés maillon faible de la deuxième ville de France. « Le système de transport ne répond pas aux besoins de la population, il faut y remédier », a estimé le chef du gouvernement. Ainsi, d’ici à 2020, l’Etat engagera quelque 290 millions d'euros issus du CPER dans des projets ferrés et routiers. Il s’agit notamment des déviations routières de Martigues–Port-de-Bouc et de Miramas, de la modernisation de la ligne ferroviaire Marseille – Gardanne – Aix, ou de l’amélioration de la voie ferrée de la Côte bleue. Concernant la collectivité à créer, Manuel Valls a dévoilé au total une cinquantaine de mesures, nouvelles ou confirmées, destinées à favoriser l'essor de la future métropole de Aix-Marseille-Provence.
    Mais rien n’est assez beau pour Marseille, à en croire ses élus. « 50 millions d'euros par an, tout ça pour ça ? a immédiatement réagi le président (UMP) de l'agglomération marseillaise, Guy Teissier. Pour financer l'ambition, pour faire rêver nos concitoyens d'un territoire revu, embelli, qui suscite l'attractivité, il faut beaucoup plus que ça ! » C’est une « goutte d’eau », pour Nicolas Isnard, maire (UMP) de Salon-de-Provence, président de la CA Agglopole Provence, qui se dit pas du tout hostile à la création de la métropole. « Ceux qui ont combattu férocement la métropole ne peuvent pas aujourd'hui expliquer qu'il faut des centaines de millions d'euros supplémentaires de l'Etat pour la faire vivre », a encore moralisé Manuel Valls. Tout en évoquant la possibilité que 30 millions supplémentaires soient débloqués « grâce à la péréquation ». Sans atténuer la déception générale. Le président (sans étiquette) de l'union des maires des Bouches-du-Rhône, qui avait mené la fronde antimétropole, a persiflé : « C'est une déception maintenant courante. On essaie de dissoudre les communes. » Le Premier ministre lui a recommandé « d'éviter la démagogie ». Les édiles disent craindre d'avoir à augmenter les impôts locaux. Mais surtout, ils refusent de perdre certaines prérogatives, comme en matière d'urbanisme…
    Cécile NANGERONI
     

  • Spécial Journées Agir. Comment maintenir l’offre de transport à son niveau

    Spécial Journées Agir. Comment maintenir l’offre de transport à son niveau

    Puisque j’ai moins d’argent, je vais mettre moins de bus dans les rues. Ce raisonnement basique, de plus en plus de collectivités, en particulier celles de taille moyenne, sont tentées de le tenir. A en croire la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut), il y aurait bientôt une vingtaine d’agglomérations dans lesquelles le service de transport se serait réduit récemment où serait sur le point de… Et de citer Reims, qui met en œuvre des services réduits de 8 % dès cet été, Valenciennes, Belfort – et ce, peu après avoir augmenté ses tarifs de 25 %, en passant le ticket de 0,80 à 1 euro –, Nancy, Metz, Chambéry, Aix-les-Bains et même Grenoble. « Les villes essaient de faire en sorte que ce soit invisible pour le voyageur, en agissant notamment sur les lignes les moins rentables, mais c’est bien le signe de l’abandon de certaines politiques qui se voulaient très ambitieuses pour le développement des transports publics urbains », estime ainsi Jean Macheras, responsable du réseau déplacements urbains de la Fnaut.
    « Certaines collectivités locales n’ont maintenant pas d’autre choix, à défaut d’une évolution des tarifs, que de réduire l’offre, soit en quantité, soit en qualité », s’était déjà inquiété en début d’année le président de l’UTP, Jean-Marc Janaillac, également président de Transdev. Chez Keolis, on a un peu les mêmes inquiétudes, surtout au vu des récents appels d’offres pour renouvellements de DSP, qui stipulent à peu près tous de faire des économies… Une forme de marche arrière qui ne peut qu’inquiéter la profession jusqu’alors habituée à des demandes d’extension de services. « Pour la première fois, nous entendons les mots réduction de l’offre, diminution de l’amplitude de service… », s’alarmait ainsi le président de l’UTP.
    De son côté, Jean Macheras préfère rappeler les fondamentaux : « Réduire le coût d’exploitation, cela peut se faire en rendant les transports collectifs prioritaires tout au long du parcours, avec des couloirs réservés et des priorités aux carrefours. Et cela augmente leur attractivité. » Il n’a pas tort, car améliorer la vitesse commerciale des bus permet des gains de productivité de 2 à 3 %. Le hic : les collectivités qui veulent rogner sur leur budget transport ne sont pas enclines à dépenser dans des aménagements de voirie. Du côté des adhérents à l’Association pour la gestion indépendante des réseaux (Agir), on a décidé de mettre cette question brûlante au centre des débats des Journées annuelles, à Périgueux les 24 et 25 juin. Une étude sera présentée, qui devrait ouvrir quelques pistes (voir encadré).
    En avant-première, le patron du cabinet de conseil Amplitude TC, Jean-Marie Dagnas, a bien voulu nous donner quelques conseils, pour faire en sorte que les coupes dans l’offre soient utilisées en dernier recours. « Qu’il s’agisse de missions d’audit de réseau ou de conseil au moment du renouvellement d’une DSP, la question “dites-moi où je peux gagner de l’argent” est systématique, reconnaît ce consultant. Mais avant de diminuer l’offre – une tentation d’autant plus grande que la technicité de la collectivité est faible et donc plus souvent dans les petites villes –, il faut se poser toutes les questions sur l’optimisation du budget. » Et la première devrait sans doute être : quel est le risque d’impact sur la fréquentation du réseau, donc sur les recettes ? « Le seuil à partir duquel on risque de se tirer une balle dans le pied est difficile à trouver, avoue Jean-Marie Dagnas. Il ne faut jamais raisonner uniquement en quantitatif car il y a toujours des dégâts collatéraux. »
    En effet, que se passe-t-il quand on veut produire moins de kilomètres ? Il est logique de supprimer ceux qui sont objectivement les moins rentables. Typiquement, les horaires tardifs, de week-end ou d’heures creuses. Ce sera rarement durant les heures de pointe et de prime abord, l’on jugera que les trajets domicile – travail sont donc épargnés. Pourtant l’abonné – supposé captif – qui se retrouvera sur le carreau un vendredi soir parce qu’il est allé boire un verre après le travail, ne le verra pas de cet œil. Il peut très bien en déduire que le réseau ne répond plus à ses besoins, se mettre à calculer ses trajets à l’euro près et peut-être même se désabonner. « Le nombre de clients impactés sera toujours supérieur au nombre apparent de ceux qui sont dans le bus supprimé, résume le consultant. Et ne parlons pas des suppressions qui retirent une possibilité de correspondance avec un train. »
    Les calculs sont de toutes les manières empiriques, même si les données sont particulièrement détaillées grâce à la billettique. « On connaît l’élasticité à l’offre de 0,8, signifiant qu’une baisse de 5 % engendrera 3 à 4 % de perte de fréquentation, mais ça, c’est si tout se passe bien. » De même, une baisse de trafic de 10 à 15 % à la pointe peut tuer le réseau. Bref, quand on veut réduire la voilure, il est bon d’avoir au préalable envisagé plusieurs possibilités : revoir sa gamme tarifaire – l’UTP plaide depuis longtemps pour une révision des tarifs à la hausse, les élus commencent à lui emboîter le pas – ; diligenter un audit sur la gestion du réseau ou envisager un changement de mode de gestion ; améliorer la vitesse commerciale ; faire de l’optimisation fiscale. « Avec un montage contractuel intelligent, le délégataire peut être dispensé de payer la taxe sur les salaires, révèle en effet le consultant. Or c’est une taxe que les collectivités remboursent. »
    Dans ce contexte, les opérateurs sont désormais plutôt choisis en fonction de leur capacité à optimiser, plus que sur leurs prévisions de croissance du trafic. Utilisé jusqu’au début des années 2010 comme outil de desserte dans les PTU étendus, le TAD devient outils d’optimisation. Il est désormais regardé comme moyen de restructurer un réseau. « Même en zone dense, on peut simplifier une ligne en supprimant des arrêts très peu utilisés, qu’on dessert avec un TAD, raconte Jean-Marie Dagnas. C’est plus efficace, mais il y a des lésés. Cela demande du courage politique ! »
    Toutes les mesures seront ensuite enrobées grâce au marketing, histoire de rendre la pilulle moins amère pour le client. Il s’agit alors de communiquer sur le fait qu’il n’y a plus de périodes différentes (notamment vacances scolaires, période scolaire) ou encore que l’offre est désormais cadencée, avec des horaires facilement mémorisables. Cela peut tout à fait maquiller une baisse de l’offre de 10 %. De quoi tomber d’accord avec les préconisations de la Fnaut. « Ce n'est pas une question d'argent que d'inciter à la marche et à l'utilisation de la bicyclette pour des déplacements courts, rappelle Jean Macheras. Puisqu’un quart des déplacements en voiture font moins d’un kilomètre et la moitié moins de trois kilomètres ! »  

    Cécile NANGERONI

     

    Agir enquête sur les intentions des collectivités

    Comment les collectivités envisagent-elle de faire évoluer leur offre de transport ? Une centaine d’entre elles, adhérentes à Agir, ont été interrogées. Les réponses n’avaient pas été analysées au jour où nous bouclons ce magazine, mais avec un taux de réponse supérieur à 40 %, l’enquête est perçue comme représentative. Agir a déjà constaté que les trois quarts des AO avouaient « un problème » avec leur budget transport. Une dizaine de questions ont été posées autour des contraintes financières et des leviers sur lesquels agir. Les AO auront donc donné la température sur leurs intentions. Un bon indicateur de tendance même s’il s’agit d’AO pratiquant la gestion directe – Sem, SPL ou régies. 

  • UITP 2015. Les bus électriques en vedette

    UITP 2015. Les bus électriques en vedette

    … même s'il n’en est qu’à ses premiers pas, souvent à l’état de prototype. Le visiteur devrait garder en mémoire l’impressionnante rangée de bus exposés, principalement électriques, quelques-uns hybrides ou au gaz. L’occasion pour la RATP d’en dire un peu plus sur son plan « bus 2025 » qui repose sur une recharge lente la nuit tandis qu’Alstom opte pour le biberonnage avec un système de recharge statique issu de son expérience dans l’alimentation des tramways par le sol.

     

     

    La RATP engage des partenariats sur les bus électriques

    La RATP prépare de grands appels d’offres sur le bus électrique pour la fin 2017. Mais comme la plupart des constructeurs ont encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir livrer des véhicules suffisamment autonomes et de grande capacité, la régie parisienne a décidé de se faire elle-même son idée sur ce qui existe sur le marché.
    « Nous voulons tester toutes les technologies d’ici à 2017. La RATP lance donc un appel aux constructeurs pour qu’ils nous prêtent leurs bus », a annoncé le 9 juin Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus, lors du Salon de l’UITP à Milan.
    Rappelons que la RATP, qui gère actuellement 4 500 bus, souhaite qu’à l’avenir 80 % de sa flotte roule à l’électricité et 20 % au biogaz. Avec une étape intermédiaire en 2020 : tous les bus diesel seront aux normes Euro 5 et Euro 6.
    Sur la partie gaz naturel, pas de souci, le marché industriel est, selon la RATP, « mature ». En revanche, les enjeux sont considérables sur le marché du bus électrique, en particulier sur les batteries. Partant du constat qu’il n’est pas envisageable de recourir à une alimentation électrique par biberonnage (en raison de l’importance des infrastructures qui seraient alors nécessaires) et suite à des discussions avec EDF, la RATP a décidé de recourir à une recharge lente la nuit.
    La RATP a signé plusieurs accords de partenariats, les premiers avec le groupe hollandais Ebusco, le constructeur chinois Yutong qui s’est associé avec l’entreprise alsacienne Dietrich Carebus Group, et le polonais Solaris. L’expérimentation devrait commencer dès septembre avec Ebusco. La phase d’expérimentation va se dérouler entre 2015 et 2017. Les bus prêtés seront testés sur deux lignes : la ligne 21 en plein Paris et la ligne 147 qui dessert la banlieue.
    « L’annonce en 2014 de notre plan bus a fait réagir tous les constructeurs. Nous avons des discussions avec beaucoup d’entre eux mais nous ne signerons qu’avec ceux qui acceptent nos conditions : ils doivent partager leurs données avec nous », poursuit Marie-Claude Dupuis. Autres impératifs : les bus doivent pouvoir transporter au moins 90 passagers et avoir une autonomie suffisante. La RATP demande au moins 250 km d’autonomie. Et cela à un prix raisonnable, alors qu’aujourd’hui un bus électrique coûte le double d’un diesel (soit 500 000 euros environ).
    Par ailleurs, PVI a proposé, avec l’accord de la RATP, de voir s’il est possible de transformer un bus hybride en un bus électrique.
    La RATP a aussi signé un contrat avec Bolloré pour l’acquisition de 20 bus électriques Bluebus qui desserviront en 2016 une ligne de Paris ou de banlieue. Affichant une autonomie de 180 km, ils remplaceront 20 bus diesel. « Ils vont nous permettre de montrer que ce modèle marche et de consolider notre plan. Si l’expérience se passe bien, on ne peut exclure d’acheter d’autres bus, avec l’accord du Stif », précise Marie Claude Dupuis. Le Bluebus sera rattaché au dépôt de Belliard.
    La RATP veut évidemment évaluer les coûts d’exploitation, de maintenance, qu’il faudra faire évoluer. « On nous dit qu’on devrait pouvoir abaisser de 20 % nos coûts de maintenance. Les constructeurs nous assurent aussi qu’avec le lancement de la production en série, les prix devraient vite diminuer, indique Marie-Claude Dupuis. Le plan bus 2025 ne sera en effet acceptable que si son coût est raisonnable. »
    Les réglementations, notamment celles sur la sécurité des dépôts, sont appelées à évoluer. Enfin, la RATP appelle aussi de ses vœux une standardisation européenne. Elle vient de se greffer en mars dernier au programme européen ZeEUS (Zero emission urban bus system) lancé il y a deux ans pour faire du benchmark jusqu’en 2017. Ce qui correspond au calendrier de la RATP et devrait pousser à la standardisation.  

    M.-H. P.


    SRS : la révolution de l’autonomie pour bus et trams

    Il suffisait d’arpenter les allées du salon UITP de Milan, cette année, pour achever de s’en convaincre : les véhicules des transports urbains de demain, tous modes confondus, seront 100 % électriques, récupéreront l’énergie, et la stockeront à bord pour disposer aussi d’autonomie. Le biberonnage, consistant à recharger ponctuellement les véhicules lors d’un court temps de stationnement aux terminus ou à des arrêts du parcours, leur permettra de pouvoir rouler ensuite sans nouvelle prise de courant pendant un certain temps.
    En dévoilant, à Milan, son SRS (Système de recharge statique), Alstom arrive donc à point nommé sur le marché. Ce système de biberonnage particulièrement innovant dispose déjà d’un sérieux avantage. De fait, pour ses aspects fonctionnels et sécuritaires, il capitalise sur l’alimentation par le sol (APS), initiée par Alstom voici une quinzaine d’années. L’APS est une technique d’alimentation continue par frotteur à partir d’un rail de contact central dont seuls deux tronçons adjacents de 11 m chacun, entièrement recouverts par la rame, se trouvent être sous tension. Si Bordeaux dût essuyer les plâtres au tout début, la technique est maintenant parfaitement maîtrisée et ses promoteurs peuvent désormais se targuer de 12 ans de retour d’expérience en service commercial.
    Depuis 2003, ont été parcourus, en alimentation par le sol, pas moins de 18 millions de kilomètres ! Car aujourd’hui, l’APS est également opérationnel sur les réseaux de Reims, Angers, Orléans, Tours et Dubaï (où la ligne, pour la première fois, est en totalité alimentée par le sol). La toute dernière mise en service est intervenue à Bordeaux, en janvier dernier, à la faveur de l’extension du réseau vers l’aéroport de Mérignac. Demain, l’APS sera également utilisée sur les futurs réseaux de Rio de Janeiro, Cuenca, Lusail (avec 40 km à équiper !) et Sydney. Alstom se retrouve ainsi leader pour la longueur de voies sans alimentation aérienne, avec 144 km, ainsi que pour le nombre de rames de tramway équipées de l’APS, avec plus de 350 unités déjà vendues.
    Quant à la problématique de l’autonomie embarquée, le constructeur s’y intéresse sérieusement depuis la mise au point de son matériel roulant pour Rotterdam, livré en 2005. « Nous voulions disposer d’un portefeuille complet de solutions adaptées à la mobilité urbaine de demain, depuis le “tout APS” jusqu’au “tout autonomie embarquée” », explique Philippe Veyrunes, responsable Stratégie des activités Infrastructures chez Alstom. « Et au travers du SRS, nous souhaitions concevoir un système qui n’ait pas d’impact esthétique défavorable sur le paysage urbain, d’où le choix d’une prise de courant par le sol et non à partir de contacts aériens, poursuit Philippe Bertrand, directeur des Solutions d’électrification. De plus, nous souhaitions que ce système soit particulièrement performant, tant sur le plan énergétique que celui du confort des voyageurs. C’est pour cela que nous avons choisi le système par conduction, qui ne limite pas la puissance échangée, ne nécessite pas de refroidissement des équipements pour la conversion de puissance, et facilite un bon fonctionnement de la climatisation. »
    Le constructeur avoue avoir exploré, dans un premier temps, la voie concurrente de l’induction (sans contact), mais l’a finalement abandonnée. Elle n’aurait notamment pas permis de « passer », en statique, des intensités de 1 500 A sous la tension de 750 V (dont est capable le système SRS par contact), et qui sont requises pour des puissances supérieures à 1 MW en tramway. En revanche, pour un autobus, 350 kW devraient suffire…
    En station, le SRS se caractérise par la présence au sol de plots assimilables, dans leur principe, à de très courts tronçons de rail de contact APS. Ces plots devraient être plus courts encore en bus qu’en tram où le glissement (lié à la moindre adhérence) est toujours plus important. En théorie, un seul plot va suffire avec un tramway, pour lequel le retour de courant s’effectue classiquement par les rails de roulement, mais il en faudra deux, bien sûr, avec un autobus. Dans la pratique, les plots seront doublés afin de ménager une redondance supplémentaire, mais dimensionnés pour se suffire individuellement.
    La gestion de la charge rapide utilise la même logique sécuritaire que l’APS. En particulier, on retrouve, autour du frotteur comme autour du plot, une antenne sous forme de boucle qui émet et reçoit. Quand il arrive en station, le véhicule commence à capter le signal radio émis en permanence depuis le plot. Une fois qu’il est arrêté, son frotteur, s’il continue toujours à recevoir ledit signal, s’abaisse au contact de ce plot, et émet à son tour un signal vers lui. L’armoire de commande en station sait alors qu’un véhicule stationne au-dessus du plot, et peut l’alimenter en toute sécurité. Certifié par six organismes différents, le SRS est reconnu Game (Globalement au moins équivalent en termes de sécurité) à la ligne aérienne de contact (Lac).
    Une charge rapide en station s’effectue en moins de vingt secondes. Le stockage de l’énergie à bord s’effectue dans des supercapacités montées en toiture. Selon le profil en long et le régime d’utilisation de la climatisation, la rame peut alors parcourir, en autonomie, entre 300 et 800 m, soit la distance d’une interstation. Bien sûr, l’APS devra être préféré au SRS sur une section en rampe de 80 pour mille et en site partagé, où la circulation automobile peut obliger la rame à s’arrêter et redémarrer plusieurs fois ! L’armoire de commande du SRS en station, qui n’excède pas 1,50 m de haut pour 1 m de large, se loge aisément dans le mobilier urbain, par exemple en l’intégrant à l’abri voyageurs. Les plots pénètrent de 20 cm seulement dans la chaussée. A la différence de la Lac ou de l’APS, les sous-stations SRS doivent cependant être dimensionnées pour les puissances importantes appelées dans le cadre de la charge rapide.
    Pour les autobus électriques, le SRS présente l’avantage d’êtres peu intrusif, puisque la partie « contact » se limite aux frotteurs. Il évite le recours à des pantographes en toiture, et s’accommode de n’importe quelle hauteur de véhicule. « C’est un système non propriétaire, qui est ouvert à tous les constructeurs de bus », souligne Philippe Veyrunes.
    Depuis 2012, Alstom est, par ailleurs, engagé dans un programme de R&D financé par la FFI (agence suédoise pour la recherche et l’innovation stratégiques dans le domaine automobile), qui consiste à alimenter des camions hybrides circulant sur des corridors autoroutiers à partir de deux rails de contact de technologie APS intégrés à la chaussée. Les essais se déroulent actuellement sur le site Volvo de Göteborg.
    Philippe HÉRISSÉ

  • Alstom peut-il rester seul ?

    Alstom peut-il rester seul ?

    Pékin, le 1er juin. CRRC Corp tient son premier conseil d’administration. CRRC, c’est CNR + CSR. La réunion est présidée par Cui Dianguo, ancien président de CNR, le géant du Nord. Le nouveau constructeur ferroviaire compte 175 000 employés, pèse plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cinq fois plus que les Alstom Transport, Bombardier Transport ou Siemens Mobility qui les suivent. Un siège à Pékin, un président venu de CNR… Ces signes confortent l’analyse entendue dès l’annonce de la fusion : quinze ans après la séparation, la réunification voulue par le président chinois, Xi Jinping, homme du Nord, est le signe d’une reprise en main de CSR, le frère ennemi du Sud, dont le siège était à Shanghai. Le nouveau groupe n’est pas un groupe industriel comme un autre. C’est plutôt une émanation de l’Etat chinois. Il en est d’autant plus menaçant pour les industriels européens. Le groupe veut se doter de technologies qu’il ne maîtrise pas parfaitement. Le moyen retenu pour ce faire, ce ne sont plus les joint-ventures, mais les acquisitions. Justement, les groupes européens ont les technologies convoitées et un énorme marché. Et les acquisitions chinoises ne sont pas un fantasme. En 2004 le stock des investissements chinois directs à l’étranger dans l’Union européenne s’élevait à 45 milliards de dollars. En 2013, il atteignait 615 milliards (voir Les Echos du 3 juin). CRRC aura des moyens sans commune mesure avec ses concurrents sur les marchés mondiaux. Du fait de l’appui de l’Etat. Du fait de la prochaine naissance aussi d’un énorme outil financier constitué pour les pays d’Asie, et perçu par Washington comme une Banque mondiale bis : la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Les Allemands, les Britanniques, les Français et les Italiens sont membres fondateurs. Les Chinois, principaux bailleurs de fonds, auront sur les activités de la Banque un droit de veto.
    Le monde industriel européen ne peut qu’être impacté par la naissance de CRRC. Signe avant-coureur de leur intérêt pour l’Europe, les industriels chinois ont voulu faire l’acquisition des deux Ansaldo, le faible constructeur et le brillant « signaliseur ». Hitachi leur a été préféré, ce qui soit dit en passant représente un autre danger.
    En Europe, on a longtemps entendu un petit refrain : des trois grands constructeurs, Alstom, Bombardier et Siemens, il y en a un de trop. Et puis, cela s’est calmé. On a même vu s’affirmer des constructeurs plus modestes qui ont su profiter de niches ou de la souplesse d’une relative petite taille : les Stadler, Pesa, Skoda, Caf ou Talgo. On s’était trompé ? Non seulement il y avait place pour les trois grands, mais pour d’autres plus petits à côté ? Pas sûr. Les « petits », en s’imposant, ont rogné les marges et les volumes des « gros » qui ne sont pas si gros que cela. Au bout du compte, la vieille idée revient : il y en a un de trop. Et on la retrouve dans un contexte très difficile. Et paradoxal. L’urbanisation croissante du monde crée les conditions d’un marché soutenu pour le ferroviaire, avant tout pour le mass transit. Le savoir-faire en Europe, et notamment en France, est très fort dans le domaine… Mais les entreprises qui le détiennent pourraient être des proies.
    C’est dans ce contexte que plusieurs élus PS et EELV, bons connaisseurs du sujet (Philippe Duron, Olivier Faure, Rémi Pauvros, Jean-Yves Petit, Gilles Savary, Pierre Serne) ont publié en mai dans Les Echos un appel à la naissance d’un « Airbus du transport ferroviaire », demandant nommément un rapprochement Alstom-Siemens. Le retour d’une vieille idée, dira-t-on. Elle a changé tout de même. Naguère on rêvait de TGV commun, aujourd’hui on imagine des trains régionaux, des RER ou des métros européens.
    Dans le monde industriel, on ne commente la proposition qu’avec une prudence de Sioux. Certes, Siemens est a priori favorable à l’idée. Mais les groupes dont il est question sont cotés. Et ils sont à la manœuvre. On est à la veille d’un nouvel épisode de consolidation industrielle. Après les années de consolidation européenne, entre 1995 et 2005, le temps est venu de la consolidation mondiale. A l’idée d’un rapprochement Siemens-Alstom, des réticences se font entendre. Peut-on faire vraiment confiance à Siemens, dont le ferroviaire, qui représente 7 % du groupe, n’est pas une activité stratégique ? L’acteur tout désigné de la consolidation n’est-il pas Alstom, qui va se retrouver avec un groupe 100 % ferroviaire, et qui devra croître pour survivre ? Des Français considèrent souvent que ce qui aurait un sens, ce serait un rapprochement Alstom-Bombardier, sous la houlette d’Alstom. Et des connaisseurs du secteur, proches des industriels, parlent parfois avec commisération des élus qui se mêlent, avec leur Airbus du Rail, d’un dossier auquel ils ne comprennent rien. C’est vrai, le ferroviaire d’aujourd’hui n’est pas l’aéronautique des années 70. Mais les élus ont raison de dire : si on ne bouge pas, on est mort. C’est tout de même beaucoup plus juste que la position d’Alstom Transport, qui ne sort du silence que pour expliquer que tout est under control. Et c’est mieux que la suicidaire absence de vision industrielle de l’UE. Car, même si un rapprochement doit venir des industriels, il ne pourra réussir qu’avec une forte implication des Etats et de l’Union. Pas seulement pour accompagner le mouvement. Mais pour en créer les conditions de possibilité. Faire naître un marché unique là où les normes nationales, sur lesquelles se sont longtemps arc-boutées les entreprises historiques comme la DB ou la SNCF, continuent de s’imposer.


    Alstom. Qui peut croire au splendide isolement ?

    Tout est suspendu à l’examen que fait la Commission européenne de l’accord entre GE et Alstom. L’opération prévue doit se traduire par la cession des activités énergétiques à GE et la constitution d’un Alstom Transport « pure player » comme on dit chez Alstom. Mais l’affaire n’est pas du tout jouée. La Commission européenne, qui a ouvert une enquête approfondie le 23 février 2015 sur ce rapprochement, devait rendre son verdict le 8 juillet, date repoussée au 21 août, la commission ayant « demandé aux parties des informations qui n’ont pas été fournies dans les temps ». Motif de l’enquête, expliqué dans un communiqué par Margrethe Vestager, la commissaire à la Concurrence : « Nous craignons que le projet d'acquisition conduise non seulement à une hausse des prix mais également à un choix réduit pour les consommateurs et à une moindre innovation dans le secteur. » Il s’agit du marché des turbines à gaz de grande puissance. Et, le 12 juin, la Commission a adressé une « communication des griefs » au tandem franco-américain.
    L’opération va-t-elle se faire ? Et dans quelles conditions ? Ce qui est prévu, sur une cession à 12,35 milliards d’euros, c’est qu’Alstom en cède entre 3,5 et 4 milliards aux actionnaires (premier d’entre eux, Bouygues, 29 %) et, avec les 2/3 restants, désendette partiellement le groupe (3,9 milliards d’endettement), investisse dans les activités cédées à GE, achète la signalisation ferroviaire de GE pour environ 600 millions et profite du solde pour assurer la pérennité d’Alstom transport et participer éventuellement à la consolidation du secteur. Selon le montant, qui restera, comme dit un observateur, « ce ne sera pas du tout le même scénario ». Alstom Transport explique qu’il pourra sans difficulté « stand alone ». En même temps, à ceux qui s’inquiètent de sa petite taille, il répond qu’il va regarder les dossiers. Discours à nouveau tenu à Milan en marge du salon de l’UITP par Henri Poupart-Lafarge, le président d’Alstom Transport, appelé à succéder à Patrick Kron. Consolider, avec qui ? Le Russe TMH, dont Alstom a déjà 25 % des parts. Beaucoup d’observateurs doutent de la viabilité de l’alliance russe. L’Ukraine est passée par là, et les actions de TMH aujourd’hui valent peanuts, dit un observateur. Mais Alstom persévère dans le pari russe et veut renforcer sa participation dans TMH dont les RZD veulent se dégager. La Russie a un énorme besoin d’équipement. Le pari russe sera gagnant mais suppose de la constance, ajoutent ses partisans.
    L’autre rapprochement, pas exclusif du premier, c’est Bombardier Transport. Un gros morceau à avaler, qui renvoie à l’opération en cours avec GE et à ce qu’Alstom va en retirer. Silence dans les rangs. Mais on l’assure, de diverses sources : Alstom veut Bombardier.


    Bombardier. A vendre, pas à vendre ?

    Plombé par l’aéronautique, Bombardier a été tenté de se dessaisir du ferroviaire pour se renflouer. L’annonce a été faite un peu vite, et tout le monde s’est affolé à l’idée que le nouveau géant chinois CRRC n’allait faire qu’une bouchée du constructeur occidental. Marche arrière ! Il ne s’agit que de mettre en bourse une partie de Bombardier Transport, filiale de Bombardier Inc. dit-on maintenant. Combien ? Que vaut Bombardier Transport ? On parle de 5 milliards de dollars. Un Premier appel public à l’épargne (Pape) visant une participation minoritaire, doit être émis au quatrième trimestre de cette année, à Francfort, le siège de Bombardier transport étant en Allemagne. Quelle part ? Motus ! On parle de 30 %. Le groupe devrait en retirer des centaines de millions de dollars, de quoi renflouer l’aéronautique. Le ferroviaire n’est donc pas à vendre. Mais on entend dire que les conversations avec CNR-CSR sont toujours en cours. On ne peut pas exclure que Siemens se mette de la partie : les deux groupes ont leur siège à Berlin, et une forte proximité culturelle. Et il se dit donc qu’Alstom est intéressé. Un accord de Bombardier avec Alstom a apparemment beaucoup de sens industriellement. En France en tout cas, où Bombardier a son plus gros site industriel, on a pris l’habitude, de la « coopétition ». Les deux groupes sont souvent en concurrence, mais ils répondent aussi souvent à des appels d’offres en commun, ce qui remonte au temps où les industriels qu’a rachetés Bombardier étaient, comme ANF, des fournisseurs de la SNCF ou de la RATP aux côtés d’Alstom. Et, pour le RER 2 NG, les deux groupes ont répondu en commun.


    Siemens. La politique de la main tendue

    Entre Alstom et Siemens, la coopération est très faible. Pas nulle tout de même. Il y a bien eu les locomotives fret diesels assemblées par Alstom à Belfort mais motorisées par Siemens. Il y a bien le métro automatique, à Paris, où les matériels sont Siemens et les automatismes Siemens, pour lesquels il faut bien coopérer bon gré mal gré sous la houlette de la RATP. Mais, en guise de grande coopération, volontaire et prestigieuse, on n’a en tête qu’un train qui a foiré : l’Eurotrain projet de réponse commune d’Alstom et de Siemens à la grande vitesse à Taïwan. L’Eurotrain a remporté l’appel d’offres, qui a été invalidé, et le train promis n’est jamais né. L’idée n’a enclenché aucune dynamique. Cela dit Siemens, au début des années 2000, a bien fait une proposition à Alstom : à nous les locomotives, à vous la grande vitesse. Faute d’avoir été entendu, Siemens a développé seul le Velaro.
    Dernièrement, dans les négociations Alstom-General Electric, le groupe allemand s’est senti le cocu de l’histoire… Sa candidature a été suscitée par Arnaud Montebourg, avant que l’Etat français n’en revienne à la proposition d’un GE. D’où le sentiment d’avoir été manipulé, puisque la présence d’un rival a sans doute permis aux Français de mieux vendre l’activité Energie d’Alstom à GE. Qui plus est, les Allemands, qui avaient chargé du dossier un francophile en la personne de Gerhardt Cromme, ont parfois l’impression d’avoir affaire en France à une collusion, à un « tout sauf Siemens ». Pas entièrement à tort selon un observateur. Il faut dire que l’offre de Siemens en ce qui concerne le ferroviaire n’était pas des plus adroites. L’idée, c’était de constituer deux champions, un de la construction qui serait Alstom, un de la signalisation qui serait Siemens. Traduction, selon un proche de ces dossiers : « Ils voulaient se débarrasser de la construction ferroviaire. » Ou, complète un autre : « Avec la signalisation, Siemens gardait la machine à cash. » Les Allemands ont sans doute fait l’erreur de ne pas tout mettre dans la corbeille. Si jamais, la proposition d’alliance réitérée par Joe Kaeser, le grand patron du groupe, dans Le Figaro en mars dernier devait prendre corps, cette fois, il faudrait sans doute une offre plus équilibrée.    

    F. D.
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    « On est à la veille de gros mouvements tectoniques »
    Entretien avec Bertrand Mouly-Aigrot, Archery Strategy Consulting

    Ville, Rail & Transports. Face à la constitution d’un constructeur ferroviaire chinois colossal, des élus réactivent un thème assez ancien, celui d’un Airbus du rail. Qu’en pensez-vous ?
    Bertrand Mouly-Aigrot.
    Le climat est à la consolidation. Elle est tirée par le saut quantique de taille fait par les Chinois. Et par les questions qui se posent sur la stratégie de Siemens dans le ferroviaire, ou sur ce que va faire Bombardier. On est à la veille de gros mouvements tectoniques.
    Les Chinois exercent une pression concurrentielle considérable. Ils se situent à des niveaux de prix très agressifs. Ils ont une force de frappe en R&D monumentale. 10 000 ingénieurs, ont-ils dit récemment, ont travaillé sur la dernière génération de trains.
    Et ils ont des effets d’échelle énormes. Le fait d’être sur un marché d’une telle taille permet d’aller plus vite, de concevoir la modularité des produits, d’avoir des séries plus grandes et de gammes plus larges. Cela leur donne une avance en coûts et en innovation. De plus ils ont une assise financière telle qu’en Amérique du sud, au Moyen-Orient, en Afrique, ils viennent avec des solutions clé en main, comportant le financement.
    De leur côté, les marchés européens domestiques ne sont pas en très grande forme, et les industriels ont des difficultés à maintenir leur plan de charge. Ce climat est aussi un facteur de consolidation.

    VR&T. Cela crée-t-il des conditions favorables à cet « Airbus » ?
    B. M.-A.
    La consolidation et l’Airbus du rail sont deux choses différentes. Airbus, cela a été la mise en commun de ressources pour créer de nouveaux produits, internationaux par conception, interopérables et positionnés sur un marché mondial.
    On voit donc bien les différences avec le ferroviaire en Europe :
    Un, les spécifications ne sont pas compatibles entre pays et ont parfois même été conçues pour ne pas l’être. Le système ERTMS, qui doit permettre l'interopérabilité à l'échelle européenne, avance très lentement et rencontre de nombreux obstacles. De plus, commencent à apparaître des incompatibilités entre les versions nationales ! L'interopérabilité n'est donc pas encore pour demain. Pour rouler dans plusieurs pays, un train doit être homologué dans chaque pays, ce qui coûte plusieurs millions d'euros à chaque fois – là où un Airbus doit obtenir une seule certification européenne et américaine pour le monde entier.
    Deux, la consolidation, si elle se fait entre Européens comme dans le cas d'Airbus, consisterait davantage à rationaliser des portefeuilles de produits redondants qu'à inventer des nouveaux trains, chaque acteur ayant déjà une gamme assez complète.
    Trois, Airbus est l’architecte intégral de ses avions. Les compagnies aériennes demandent de répondre à des spécifications fonctionnelles de besoins. Le ferroviaire en est encore à des spécifications techniques et à une implication forte des entreprises ferroviaires dans la conception – ce qui conduit à du sur-mesure et des petites séries.
    De plus, la création d’Airbus a abouti à un redécoupage industriel de la filière. Cela a commencé par le GIE et la coopération, puis les difficultés de lancement de l’A 380 ont accéléré l’intégration et ont amené à repenser le schéma industriel. Les filières nationales ont été spécialisées au service de la filière européenne. Ce serait probablement dans l’intérêt de l’Europe qu’il en aille de même dans le ferroviaire. Mais il est difficile d’imaginer un acteur renoncer à des technologies qui ont déjà été bâties.

    VR&T Il n’y a rien à faire ?
    B. M.-A.
    Le défi va être l’investissement dans la R&D. Les constructeurs européens peuvent coopérer pour commencer sur des briques technologiques, pas forcément sur un train. Ils peuvent ensuite aller un cran plus loin, parvenir à des modules communs, comme on le fait dans l’automobile. Là, les plates-formes, selon un Meccano assez simple, permettent de sortir des produits ayant des éléments communs – motorisation, châssis, essieux ou tableaux de bord – mais qui sont des produits différents dans l’œil du client. Un autre axe de coopération, ce seraient des solutions intégrées, incluant des financements.
    Ces trois domaines de coopération pourraient être les prémisses de cet Airbus du rail. Mais on achoppe sur le fait qu’un produit correspond en Europe à un marché. Ce n’est pas tout à fait l’Airbus qu’on invoque… Il ne faut pas oublier qu’il est né aussi d’une volonté européenne. Il y avait alors une aspiration vers un marché en croissance. Ce qui se prépare ressemble plus à une rationalisation de portefeuilles de produits pour éviter qu’il y ait des doublons.
    Propos recueillis par F. D.

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    « Le choix d’un partenaire industriel s’impose à Alstom »
    Entretien avec Olivier Faure, député PS de Seine-et-Marne, rapporteur du budget des transports

    Ville, Rail & Transports. Vous faites partie des signataires de la tribune pour un Airbus du transport ferroviaire, appelant au rapprochement des deux leaders européens Alstom et Siemens. Pourquoi cet appel maintenant ?
    Olivier Faure.
    Les deux chinois qui viennent de fusionner, CNR et CSR, ont un marché intérieur qui leur permet de vendre sur étagère pour le reste du monde. En Europe, nous avons des entreprises qui se font face, et des pays qui opposent leurs propres normes. La signalisation est kafkaïenne ! Quand on veut attaquer le marché international, il faut des économies d’échelle. Le faible dimensionnement des marchés domestiques d’Alstom et de Siemens les condamne à avoir un boulet aux pieds. Il faut un regard neuf. Le maintien de ses propres normes confine à l’absurde et a un coût. Elle neutralise les concurrents européens entre eux. Cela ne peut pas durer plus longtemps. Il ne faut pas perdre de vue l’emploi. Il ne faut pas sacrifier l’avenir au présent.

    VR&T. Personne ne s’exprime ouvertement, en cette période de veillée d’armes, mais un tel rapprochement n’a pas l’air facile.
    O. F.
    Cela représenterait une rupture culturelle. Alstom et Siemens sont deux concurrents historiques qui se font face et qui ont souvent des technologies alternatives. La fusion serait délicate. Les redondances de compétences communes présentent un risque pour les sites en activité. Mais, quand on pèse le pour et le contre, il ne faut pas fermer cette hypothèse. Pour Alstom, le choix d’un partenaire s’impose de toute façon. Aucun industriel seul n’a la capacité de résister sur le marché mondial.

    VR&T. Pourquoi pensez-vous à un rapprochement avec Siemens ? On pourrait penser à un autre partenaire pour Alstom.
    O. F.
    Nous disons Alstom et Siemens, parce que c’est franco-allemand et que nous souhaitons consolider l’édifice européen.

    VR&T. Mais l’Europe n’a pas l’air de se soucier de stratégie industrielle !
    O. F.
    Si la Commission se penchait sur le sujet, je verrais cela d’un bon œil. L’Union européenne pourrait jouer un rôle, sans se substituer aux industriels mais en accompagnant le mouvement, en amortissant. L’ajustement peut être douloureux, mais une dynamique peut se créer. La question, c’est de faire en sorte que 1+1 fasse au moins 2 et pas 1,8.
    Propos recueillis par F. D.