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Tours – Bordeaux. Stupeur et financement
Casse-tête. D’un côté, une nouvelle infrastructure (Tours – Bordeaux) réalisée par un concessionnaire privé. De l’autre, un transporteur qui rechigne à faire circuler des TGV sur une ligne qui lui coûtera trop cher en frais de péages. Invitées dans ce face-à-face, des collectivités locales à qui l’Etat a demandé de participer financièrement en échange de dessertes. Sauf que la convention de garantie de dessertes signée en 2010 par l’Etat et les collectivités, s’est faite sur le dos de la SNCF. Ambiance…
Alors que le compte à rebours a commencé
– la grille des dessertes doit être établie pour juin –, les acteurs en présence n’arrivent toujours pas à s’entendre. La SNCF présente ses calculs : selon elle, la hausse du trafic prévue (+12 %) sur la LGV SEA (Sud Europe Atlantique), qui doit mettre Bordeaux à deux heures de Paris en 2017, ne suffira pas à payer la hausse du prix de l’infrastructure (les péages de Lisea seraient au moins deux fois plus élevés que ceux pratiqués habituellement).
Conséquence, l’exploitation de cette ligne pourrait coûter au groupe SNCF jusqu’à 150 millions d’euros annuels. Du jamais vu ! De plus, selon Rachel Picard, la nouvelle patronne de Voyages SNCF, il est prévu dans le contrat du concessionnaire que celui-ci aura la possibilité chaque année d’augmenter fortement ses prix (même si les hausses restent plafonnées). « Nous essayons de proposer la desserte la plus ajustée possible », assure Rachel Picard qui demande de faire confiance à la SNCF la mieux à même d’appréhender le marché.
Une desserte ajustée, qui profiterait de l’atout des TGV (gagner du temps, donc limiter les arrêts), ne va pas dans le sens de l’intérêt des collectivités qui ont mis la main à la poche, en espérant, juste retour des choses, une meilleure desserte de leurs territoires.
Un collectif d’élus de Gironde, Dordogne et Charente dénonce un « diktat » de la SNCF sur les prévisions de dessertes : dans certains cas, elles auraient été divisées par deux. Les élus s’estiment « floués par le non-respect de la parole de l’Etat » et le somment de « devenir acteur » et de proposer « un meilleur équilibre ».
En attendant, les unes après les autres, les collectivités annoncent le gel de leurs financements. Jacques Rapoport, le PDG de SNCF Réseau, estime à environ un milliard d’euros le montant de la créance sur cette LGV. « Celles situées au nord de Bordeaux attendent des dessertes alors que la SNCF en annonce moins que ce qu’elles escomptaient. Celles situées au sud attendent le prolongement avec le projet GPSO », commente-t-il. Or, fin mars, la commission d’enquête publique sur les projets de ligne prolongeant Bordeaux vers Toulouse et vers Dax a rendu un avis négatif, mettant en cause leurs coûts et leurs insuffisantes rentabilités.
Pour trouver une solution, Guillaume Pepy, le président de la SNCF, a demandé une médiation à l’ancien ministre du Travail de François Mitterrand, Jean Auroux qui fait le tour des collectivités concernées. SNCF mène aussi des discussions avec Lisea pour trouver un compromis.
Des mauvaises langues disent que le chantier Tours – Bordeaux avance bien, tellement bien que Lisea pourrait réaliser de bonnes marges sur les travaux. D’autant que le montant des fonds propres apportés par la société privée sont modestes (8 % environ sur les 8,7 milliards d’euros de travaux) et ses emprunts garantis par l’Etat et SNCF Réseau. De là à établir un parallèle avec l’affaire TP Ferro (voir p. 57), la concession franco-espagnole qui peine à attirer du trafic, il n’y a qu’un pas. Dans le cas de Tours – Bordeaux, quelle que soit l’issue, le privé devrait bien s’en tirer. Les contrats signés sous la vigilance des juristes sont blindés. Alors, SNCF Réseau, prié d’apporter les fonds en attendant une solution, emprunte. Le système ferroviaire n’est plus à quelques milliards près…
Marie-Hélène POINGT
Des péages trop élevés ?
Mis en cause pour le niveau trop élevé de ses péages, Lisea, le concessionnaire
de la LGV SEA, espère que la SNCF ne boudera pas la ligne nouvelle et s’interroge sur
la pertinence d’une baisse de ses tarifs.Lisea, société à laquelle RFF a attribué la concession de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique (SEA) Tours – Bordeaux jusqu’en 2061 travaille sur la commercialisation depuis des mois. Long de 302 km, auxquels s’ajoutent 38 km de raccordements au réseau classique pour la desserte des gares existantes, ce tronçon de LGV représente un investissement total de 7,8 milliards d’euros pour les travaux de génie civil et ferroviaires. Dès mi-2017, date prévue de mise en service commercial, la société concessionnaire, maître d’ouvrage et responsable des financements privés afférents, compte bien commencer à engranger des recettes. Comment ? En percevant un droit de passage auprès de toute entreprise qui roulera sur « sa » LGV. Ce péage servira à couvrir peu à peu le remboursement des emprunts contractés pour financer les travaux, à rémunérer les capitaux investis par les actionnaires, mais aussi à assurer la maintenance de la ligne et le renouvellement des voies. L’équation est simple : plus il y aura de trains, meilleures seront les recettes pour Lisea. Actuellement, il existe 37 allers et retours par jour d’un train qui utilise tout ou partie la ligne existante Tours – Bordeaux. Avec l’effet projet, en particulier un Paris – Bordeaux bientôt effectué en 2 h 05 au lieu de 3 heures et la multitude d’appréciables minutes gagnées sur nombre d’autres villes du Sud-Ouest, la déclaration d’utilité publique prévoyait une dizaine de fréquences en plus chaque jour. Le directeur commercial de Lisea nous expliquait en avril 2014 que l’opérateur principal et dominant devrait tout naturellement être la SNCF. Logique. Mais au vu du péage établi dans le contrat d’origine, qui est de l’ordre de 6 000 euros par train sur ce seul tronçon, celle-ci ne risque-t-elle pas de « bouder » la LGV au profit de la ligne classique dont le péage est environ deux fois moins élevé ? « Potentiellement la SNCF pourrait dire : aller à Bordeaux en deux heures ne nous intéresse pas et nous continuerons à utiliser l’ancienne ligne. Si elle ne le veut pas, nous ne pouvons rien faire ! », reconnaît Laurent Cavrois. Le président de Lisea constate que l’ambition commerciale de la société nationale sur cette relation Paris – Bordeaux n’est pas ce qu’elle a été sur d’autres lignes TGV comme Paris – Lille ou Paris – Lyon. Et cela malgré l’attractivité et le dynamisme de la cinquième métropole française. « Après les problèmes actuels un peu compliqués de négociations, je pense que la réalité va s’installer. Il existe des marchés, les opérateurs vont mettre des trains. » Laurent Cavrois estime qu’un optimal, calculé à l’époque du point de vue de la SNCF et des péages envisagés, qui ne serait plus celui prévu dans le contrat est peut-être à rechercher. « Nous avons le droit de baisser nos péages, mais il y a les créanciers, des dettes à rembourser… Peut-être que si nous baissions nos tarifs de 5 %, nous aurions 10 % de trains en plus. Dans ce cas, nous serions incités à le faire. » Lisea a jusque fin 2015 pour décider.
Michel BARBERON
« Nos redevances sont comparables à celles pratiquées sur Paris – Lyon »
Entretien avec Laurent Cavrois, directeur général de Lisea, filiale de Vinci, concessionnaire de la LGV Sud Europe Atlantique.
Ville, Rail & Transports. La SNCF affirme que les péages de Lisea sont au moins deux fois plus élevés que les péages pratiqués actuellement. Est-ce exact ?
Laurent Cavrois. C’est un faux débat. Les péages des lignes à grande vitesse sont plus élevés que ceux d’une ligne à vitesse classique : on comprend aisément qu’une ligne neuve circulée à 320 km/h n’a pas le même prix qu’une ligne centenaire circulée à 200…
Les redevances concernant la ligne à grande vitesse Tours – Bordeaux en 2017, ainsi que leurs évolutions, ont été fixées par SNCF Réseau lors de l’appel d’offres en 2009 et inscrits dans le contrat qui nous lie : c’est donc totalement transparent et prévisible pour l’opérateur.
En réalité, ces redevances sont comparables à celles pratiquées sur Paris – Lyon, ligne très bénéficiaire, qui a eu un fort impact sur le développement économique de la métropole lyonnaise.VR&T. Les discussions entre SNCF et Lisea à ce sujet sont, depuis des mois, plus que difficiles. Comment en sortir alors que la SNCF affirme qu’elle va perdre annuellement jusqu’à 200 millions d’euros du fait du montant des péages ?
L. C. Ce sont des chiffres annoncés par la SNCF. Je ne connais pas leur origine mais je pense que le débat public ne devrait pas reposer sur les données internes d’une entreprise, données par définition non transparentes car non auditables.
Maintenant il faut aussi revenir aux objectifs initiaux qui ont conduit à la réalisation de notre ligne à grande vitesse : si nous sommes ambitieux et créons une offre à la hauteur de cette attente, personne ne perdra de l’argent. Et cette ambition portera aussi ses fruits pour les dessertes intermédiaires qui bénéficieront d’une vraie dynamique, créée par le volume de fréquence proposé.VR&T. Qu’est-ce qui pourrait vous inciter à baisser les péages comme le souhaite la SNCF ?
L. C. Quel que soit le niveau des redevances, il restera par définition trop élevé pour l’opérateur. Le débat actuel ne doit pas se focaliser sur les redevances d’infrastructures qui ont été fixées par SNCF Réseau il y a six ans. Les redevances versées à Lisea représentent 20 % des coûts d’exploitation de l’opérateur ferroviaire sur l’axe Paris – Bordeaux. (Sachant que Paris – Bordeaux, ce sont 550 km de lignes dont 250 km gérés par SNCF Réseau et 300 km par Lisea).
La vraie priorité c’est de concentrer notre énergie sur la façon de faire augmenter les recettes du système : et ce n’est pas en réduisant l’offre (c’est-à-dire le nombre de trains) qu’on attire plus de voyageurs dans les trains. Les options proposées à ce jour par la SNCF sont incompréhensibles et paradoxales. Lisea croit en cette ligne nouvelle, les territoires l’attendent, elles l’ont aussi financée, faisons en sorte d’être tous à la hauteur de l’enjeu. La mise en place de fréquences suffisantes est la condition du succès.VR&T. Quelle part des recettes consacrerez-vous à l’entretien du réseau et à son renouvellement au fur et à mesure de l’avancement de la concession ? Qui décide de ces renouvellements et dans quel état devra être la ligne au moment où SNCF Réseau la récupérera ?
L. C. Lisea assume tous les risques du gestionnaire d’infrastructure jusqu’en 2061 : trafic, maintenance, renouvellement. Au même titre que SNCF Réseau sur ses propres infrastructures. Nous avons un cahier des charges très précis qui garantit au concédant une exploitation au-delà de cette échéance dans des conditions optimales.
Propos recueillis par M.-H. P.
Le précédent TP Ferro. Sur la voie de la faillite ?
Les négociations engagées depuis plusieurs mois entre le concessionnaire privé de la LGV Perpignan – Figueras, ses créanciers, mais aussi l’Espagne et la France, en vue de refinancer sa dette n’ont pas abouti au 31 mars. La justice a donné quatre mois pour trouver une solution.
Le compte à rebours a commencé. Constitué à parité par les sociétés de BTP française Eiffage et ibérique ACS-Dragados, le consortium TP Ferro, qui affiche une dette de plus de 400 millions d'euros, a été incapable fin mars de rembourser cette somme à ses créanciers, une entente de banques. TP Ferro a dû déposer un dossier d'endettement auprès du tribunal de commerce de Gérone. Sous la vigilance de la justice espagnole, la société a désormais quatre mois pour trouver une issue, soit d'ici à la fin du mois de juillet. Faute de quoi, ce sera la faillite.
Constructeur et concessionnaire pour 50 ans du tronçon transpyrénéen de ligne à grande vitesse (44 km de ligne mixte voyageurs/fret, dont le tunnel bitube de 8,3 km du Perthus pour un coût d’un peu plus d’un milliard d’euros), TP Ferro encaisse un péage pour chaque convoi, mais le niveau de trafic est très inférieur aux prévisions initiales. Actuellement, six TGV ou AVE SNCF/Renfe (de Barcelone vers Toulouse, Paris, Lyon ou Marseille) empruntent chaque jour et dans chaque sens la ligne, ainsi qu'entre 20 et 30 trains de marchandises par semaine, du port de Barcelone vers Lyon, l’Allemagne ou le Benelux. Si bien que les redevances perçues sont nettement insuffisantes pour rembourser la dette et les intérêts.
Selon les études prévisionnelles, le trafic devait atteindre une moyenne de 80 trains par jour, une hypothèse sur laquelle s'était engagée il y a onze ans (en février 2004) TP Ferro.
« Les prévisions de départ étaient complètement irréalistes », raconte un haut fonctionnaire français qui a eu accès au dossier à l’époque. « Il y a eu, dès le départ, une surestimation du trafic et l’Etat l’a laissée passer », ajoute-t-il. Les montants des péages sont aussi en cause. « Les opérateurs de fret estiment que les péages sont trop élevés. Ils préfèrent changer d’essieux à Cerbère », affirme de son côté un expert ferroviaire d’un cabinet suisse.
De son côté, TP Ferro rappelle que plusieurs obstacles se sont dressés sur son chemin. Le consortium a achevé son chantier, comme prévu, le 17 février 2009, alors que le prolongement espagnol vers Barcelone était encore en plein travaux. Et le premier train de fret n’a pu circuler dans le tunnel qu'en décembre 2010. De plus, la liaison « n’a été raccordée au réseau espagnol à grande vitesse que fin décembre 2013, avec près de cinq ans de retard ». Ce qui a valu à TP Ferro de recevoir des compensations financières. Toujours selon le consortium, « ce décalage, la faiblesse de l’offre de trains de voyageurs proposée par les opérateurs publics historiques, très inférieure à leurs engagements, l’absence de concurrence, faute de libéralisation du secteur et enfin la crise économique particulièrement sévère en Espagne affectent l’équilibre de la concession tel qu’il était prévu à l’origine ».
Pour l'heure, invoquant des réunions de travail avec son homologue français, la ministre espagnole des Transports ne paraît guère inquiète : « C'est un problème de refinancement et nous espérons que la reprise économique actuelle aidera à résoudre les problèmes financiers », a déclaré Ana Pastor, le 20 mars sur le chantier de la grande vitesse Valladolid – León. TP Ferro ajoute que ses difficultés « n'affecteront en rien » le service ferroviaire entre la France et l'Espagne.
Et en effet, la situation n’est pas forcément catastrophique pour les deux grandes sociétés du BTP impliquées dans cette affaire. « Si le consortium fait finalement faillite, il perdra le capital. Tandis que les dettes bancaires, elles, seront reprises par les Etats. Au final si l’entreprise réalise de bonnes marges sur les travaux (et on peut faire confiance de ce point de vue-là à ses financiers), elle peut même gagner de l’argent, analyse le même haut fonctionnaire cité plus haut. Et si les pénalités ne sont pas trop élevées (ce que l’on peut penser, les juristes des entreprises de BTP ont l’habitude de blinder les contrats en leur faveur), cela peut être un bon calcul », ajoute-t-il.
En cas de faillite, les Etats épongeraient donc les dettes et l’infrastructure reviendrait à SNCF Réseau et à son homologue espagnol, l’Adif. « Il y a un an, l’Etat nous a demandé si nous pourrions reprendre cette liaison, confie un haut responsable de SNCF Réseau. Nous avons répondu que nous sommes prêts ».
Depuis, on attend l’épilogue de cette affaire, qui apporte un nouvel éclairage sur les PPP (partenariats publics-privés), trop souvent présentés comme La solution pour résoudre les questions de financement. Et comme le rappelle un bon connaisseur du secteur : « Finalement, si l’on se reporte au passé, toutes les concessions ferroviaires qui ont permis de constituer le réseau ferré national ont été nationalisées… » Mais à quel prix ?
Marie Hélène Poingt
avec Michel Garicoix
Maîtrise d’ouvrage directe ou PPP, le débat est ouvert
Alors que la SNCF et Lisea mènent des discussions pour trouver une solution au conflit qui les oppose, une guerre de communication semble engagée entre les entreprises.
Au tour de SNCF Réseau d’être piqué au vif après un article paru dans Les Echos du 25 mars dans lequel Lisea indique que ses délais de réalisation de chantier sont bien plus performants que ceux de SNCF Réseau : il va lui falloir seulement sept ans pour réaliser la liaison à grande vitesse Tours – Bordeaux quand 11 ans ont été nécessaires pour achever la LGV Est sous maîtrise d’ouvrage directe de SNCF Réseau.
Faux, réplique SNCF Réseau, qui estime que ces chiffres sont totalement biaisés. « Les PPP présentent certes des avantages. En recourant à d’autres sources de financement, ils nous ont permis de lancer quatre LGV en même temps. Ils permettent un partage des risques différent et ils apportent un autre regard industriel sur la construction, explique Bernard Schaer, directeur Ingénierie et Projets de SNCF Réseau. Mais en termes de délais, si on veut faire des comparaisons, il faut partir du même point de départ, c’est-à-dire au moment où les procédures sont lancées », ajoute-t-il. Soit à partir du lancement des appels d’offres, que ce soit l’appel d’offres pour désigner le futur titulaire du PPP ou l’appel d’offres pour trouver le maître d’œuvre qui réalisera les études de conception détaillées pour lancer les appels d’offres relatifs aux travaux.
Dans ce cas, rappelle Bernard Schaer, le délai entre le lancement de la procédure et la mise en service du TGV Est première phase a pris neuf ans, tandis que celui mis pour construire SEA atteindra 10 ans. Selon SNCF Réseau, si on ne prend en compte que la seule durée des travaux à partir du premier coup de pioche, il a fallu sensiblement le même temps, soit cinq ans pour réaliser chacune des infrastructures (toutes deux comparables, tant en ce qui concerne la longueur que les ouvrages d’art).
Selon lui, les méthodes de chantier sont différentes. « Un groupement intègre à la fois la direction de projet, l’ingénierie et les entreprises, tandis que dans le cas d’une maîtrise d’œuvre directe, il y a d’un côté le maître d’œuvre, de l’autre les entreprises. Mais cela ne signifie pas que les chantiers réalisés en maîtrise d’œuvre directe soient moins innovants. » Bernard Schaer rappelle que plusieurs innovations ont été permises lors du chantier du TGV Est dont les travaux de la seconde phase se sont achevés le 31 mars. « Nous avons innové en matière de pose expérimentale de voie sur dalle par exemple. Ou encore avec les nouvelles traverses dotées de patins réducteurs d’attrition qui doivent permettre de baisser les coûts de maintenance. »
SNCF Réseau reconnaît qu’un groupement intégré recherche « une intégration industrielle forte » pour baisser au maximum ses coûts. Mais le maître d’œuvre peut aussi pousser dans cette direction en lançant des marchés de conception-réalisation qui permettent de coupler ingénierie et entreprise. Ce qui a été notamment fait pour la pose de voies et de caténaire lors de la seconde phase du TGV Est.M.-H. P.
Atlantique 2017 : 3 000 horaires de trains à changer
En 2017, le réseau va être complété par deux nouvelles LGV : Bretagne – Pays de la Loire
et Sud Europe Atlantique. Leur mise en service va modifier profondément toutes les dessertes de la façade ouest et sud-ouest. L’élaboration des nouveaux horaires, qui vont concerner quelque 3 000 TGV, Intercités et TER, fait l’objet d’un projet baptisé « Atlantique 2017 ».Du jamais vu sur le réseau ferroviaire. Jusqu’à présent les ouvertures de lignes nouvelles avaient lieu au coup par coup. La LGV Méditerranée en juin 2001, la LGV Est-européenne phase 1, six ans plus tard, la LGV Rhin-Rhône fin 2011 pour citer les trois dernières. En 2017, outre le contournement de Nîmes – Montpellier, seront mises en service à quelques semaines près, deux lignes prolongeant les deux branches issues du tronc commun Atlantique en service depuis 1989. La LGV Bretagne – Pays de la Loire (BPL), soit 182 km entre Le Mans et Rennes, et la LGV Sud Europe Atlantique (SEA) longue de 302 km entre les abords de Tours et le nord de Bordeaux. Les 37 minutes gagnées entre la capitale et Rennes, grâce à la première, et l’heure de moins pour atteindre Bordeaux, avec la seconde, auront un impact considérable sur l’ensemble des relations ouest et sud-ouest. Toutes les villes desservies bénéficieront de temps de trajets plus ou moins raccourcis, selon les distances à parcourir. Il faut déjà imaginer, avec SNCF Mobilités et les autorités organisatrices, les futurs services voyageurs qui devront être opérationnels dans un plus de deux ans. Parallèlement à la mission de bons offices confiée à Jean Auroux pour régler les différends entre les collectivités et la SNCF, il faut avancer sur l’organisation générale des services. C’est l’objectif d’Atlantique 2017, un projet baptisé ainsi pour des raisons évidentes. Atlantique 2017, explique Serge Michel, responsable de ce projet à SNCF Réseau, « c’est prévoir, une fois ces lignes prêtes à recevoir les trains, quels services monter sur et autour d’elles puisque sur tout le territoire concerné, depuis la Bretagne jusqu’en Midi-Pyrénées, l’ensemble des horaires de trains va devoir être modifié ».
Cette direction de projet a été créée fin 2012 chez le gestionnaire d’infrastructure RFF. Cinq années n’étaient pas de trop pour anticiper la préparation des services concomitants à l’ouverture des deux lignes cumulant près de 500 km, plus les raccordements. Dimension particulière et inédite à rappeler, ces LGV ne comportent aucune gare nouvelle et, de ce fait, se trouveront en relation étroite avec le réseau classique. « Ces lignes nouvelles ne vont pas doubler celles existantes mais compléter le réseau actuel et avoir avec lui énormément de relations du fait que les gares continueront à être celles des centres-villes », insiste Serge Michel. Pour les desservir, les TGV quitteront donc l’infrastructure nouvelle et emprunteront une section de ligne classique, puis en reprendront avant de rejoindre la ligne nouvelle. « Nous sommes pratiquement partis d’une page blanche pour écrire la future offre de sillons et les services qui, sur un tiers du territoire national, vont offrir un nouveau fonctionnement au réseau. Nous devions piloter en amont la construction de ses nouvelles performances et élaborer le service pour offrir aux entreprises ferroviaires, aux transporteurs, aux autorités organisatrices des éléments fiables ». Une tâche complexe. Dès lors que les TGV auront un temps de parcours raccourci pour aller de Paris à Poitiers, Angoulême, Bordeaux, Laval, Rennes ou Nantes, la distribution des trains au départ de Montparnasse est remise en cause. Par ailleurs, les horaires TGV dans les gares de l’Ouest et du Sud-Ouest étant modifiés, leur positionnement par rapport aux trains en correspondance et inversement est à revoir complètement. « Rien ne peut être considéré comme figé, sauf une chose dite d’emblée et qui a vite fait l’objet d’un consensus de toutes les parties prenantes. La refonte de l’ensemble des horaires sur la façade Atlantique n’a pas à se propager sur les secteurs Nord, Est et Sud-Est du réseau », poursuit Serge Michel. Tout ce qui se passe à l’est de Massy TGV ne changera donc pas. Ce qui conduit à positionner les TGV intersecteurs vers BPL et SEA aux minutes de passages actuels dans cette gare, les modifications se faisant au-delà, vers Rennes, Nantes ou Bordeaux.
Premier travail des gestionnaires Lisea et RFF, avec le souci de répondre le mieux possible aux souhaits des activités Intercités, TER, sans oublier le fret : construire l’architecture nouvelle structurante du réseau pour cet ensemble du Grand Ouest, en redéfinissant la distribution des TGV directs, de ceux avec arrêts intermédiaires, des radiaux qui viennent de Paris, des intersecteurs via Massy. Le tronc commun de la LGV Atlantique entre Massy et Courtalain offrant une douzaine de sillons par heure et par sens, ceux-ci sont répartis pour répondre aux besoins TGV, mais aussi à l’articulation avec les TER et les Intercités dans les nœuds de correspondance des gares comme à Rennes, Poitiers, Bordeaux, Saint-Pierre-des-Corps, Limoges, Toulouse… Achevée fin 2014, la première étape a consisté à réfléchir avec l’ensemble des acteurs des activités ferroviaires et autorités organisatrices à leur projection vers l’horizon 2017. Quels services attendent-ils du nouveau réseau ? Souhaite-t-on des TGV directs, des TGV avec un, deux, trois arrêts ? Lors des nombreuses réunions collectives de travail – plus d’une centaine au total – menées dans chaque région, RFF à l’écoute des uns et des autres, a élaboré différents scénarios possibles, étudié les avantages, les inconvénients, les incompatibilités des uns et des autres. La « trame » retenue établit un cadre et, en particulier, cale les principes du fonctionnement de « l’horloge » de Montparnasse qui distribue les TGV entre les trois branches sur les directions de Rennes, Nantes et Bordeaux. Cette étape représente un jalon important de la construction de l’architecture générale. L’objectif consiste maintenant à recueillir les souhaits concrets en sillons, sur 24 heures, des entreprises ferroviaires pour positionner des trains et observer leur articulation. Les entreprises, au pluriel, puisque, outre le fret, même si le transport intérieur de voyageurs n’est pas ouvert à la concurrence, le transport international l’est, avec possibilité de cabotage. La phase actuelle, qui va se prolonger au moins jusqu’à cet été, sera celle de la création d’une grille 24h des activités et sur la base de la trame finale, afin de préparer le catalogue des sillons qui sera proposé aux transporteurs en décembre prochain. La commande effective des sillons est d’ores et déjà prévue en avril 2016.M. B.
Un travail d’équipe
A l’origine, « Atlantique 2017 » est né d’une initiative RFF. Mais son fonctionnement a vite migré vers un mode gestionnaire d’infrastructure unifié, un GIU avant l’heure en quelque sorte. La préparation du nouveau service ne pouvait se faire qu’en étroite collaboration avec SNCF Infra et avec l’exploitant DCF. Mais aussi avec les autorités organisatrices et les activités nationales et régionales du transporteur (Voyages, Intercités, TER). En parallèle, une réflexion a été engagée dès 2013 avec Lisea, l’autre gestionnaire d’infrastructure en responsabilité de la ligne nouvelle concédée jusqu’en 2061 entre Tours et Bordeaux. Là encore la situation est inédite. Lisea est responsable de la gestion de la capacité et de l’attribution des sillons. Les transporteurs qui emprunteront « sa » LGV seront ses clients et lui verseront directement les péages. Obtenir une bonne coordination entre les deux gestionnaires s’avérait donc indispensable pour garantir une parfaite fluidité au passage de la concession au réseau non concédé et inversement. Il n’y aura bien sûr pas de « frontière » visible entre les deux. Les TGV qui emprunteront la concession viendront du réseau non concédé et poursuivront sur celui-ci, qu’ils aient effectué la liaison entre Tours et Bordeaux de bout en bout ou qu’ils soient sortis de la LGV pour desservir Poitiers ou Angoulême.M. B.
Pose de voie : sept kilomètres de plus chaque semaine
Un peu plus de 800 jours… C’est le délai restant pour mettre Bordeaux à seulement 2 h 05 de Paris, soit un gain de presque une heure grâce à l’ouverture de la ligne nouvelle Sud Europe Atlantique Tours – Bordeaux. Les travaux de terrassement et de génie civil ont désormais cédé la place à ceux de superstructure. La plate-forme équipée de ses rails progresse de 7 km chaque semaine.Le compte à rebours pour la mise en service de la LGV Sud Europe Atlantique (SEA) est bel et bien engagé. Fin des travaux d’équipements ferroviaires au cours du deuxième trimestre 2016, démarrage des essais dès l’été, tests dynamiques avec circulations de rames ensuite qui précéderont l’homologation de la ligne. Selon la date contractuelle entre RFF concédant et la société Lisea concessionnaire, la mise en service commerciale est prévue fin juillet 2017. Au plus tard, car pour être en phase avec celle de la ligne Bretagne – Pays de la Loire, la SNCF la souhaiterait un mois plus tôt. Des discussions sont en cours à ce sujet. « La bonne nouvelle c’est que nous sommes à l’heure. Notre organisation permet de réaliser des infrastructures de cette ambition, de cette taille de façon plus efficace que la maîtrise d’ouvrage publique », estime Laurent Cavrois, président de Lisea. Si le génie civil et les terrassements avec leurs lots d’impondérables comme de difficiles conditions météo ralentissant parfois les chantiers sont maintenant derrière, tout est pourtant encore loin d’être achevé et les responsables de Cosea, le constructeur, filiale de Vinci, restent prudents. « Le chantier est passé d’une configuration verticale à une organisation en horizontal liée au linéaire de 300 km. Il reste des challenges devant nous, notamment celui du rythme d’exécution des travaux ferroviaires qui est très élevé », explique Gilles Godard, directeur de projet Cosea.
Sur le terrain, une partie des 13 000 supports caténaire jalonne déjà la plate-forme arrivée à son niveau définitif. Les chemins de caniveaux reçoivent peu à peu leurs câbles signalisation et télécommunication qui friseront les 3 500 km. Début avril, la ligne comportait déjà ses voies sur plus de 90 kilomètres. Au rythme d’avancement moyen de 650 m/jour pour chacune des deux voies, soit 7 km de plate-forme réalisés par semaine, leur pose est menée à partir de deux fronts progressant l’un vers l’autre. Ces fronts, qui après leur jonction repartiront ensuite l’un en direction de Bordeaux, le second vers Tours, ont démarré de deux bases-travaux. Ces sites d’une trentaine d’hectares, employant chacun plus de 200 personnes, sont les véritables cœurs du système ferroviaire. Equipées d’une vingtaine de kilomètres de voies, d’un poste de commandement de contrôle et d’aiguillages, ces bases-travaux servent à la fois de centres de réception, de stockage et préparation des matériaux, de formation des trains-travaux et de leur gestion sécuritaire en ligne. Leur emplacement n’a pas été choisi au hasard. Elles devaient être proches du tracé de la future ligne, d’axes routiers structurants et du réseau ferré existant. « Les bases sont les cordons ombilicaux de la ligne. Elles reçoivent par la route et le rail tous les matériaux et matériels nécessaires à sa construction et les redistribuent », résume l’un de ses directeurs. Appelées à muter en futures bases de maintenance de la ligne en exploitation, qui sera alors assurée par Mesea (futur exploiteur-mainteneur), leurs vastes installations seront réduites à l’issue des chantiers.
Au nord, la base de Nouâtre-Maillé (Indre-et-Loire) doit équiper en superstructure 120 km de linéaire entre Tours et Poitiers. Comme la mise en œuvre développée pour la première fois sur la LGV Est phase 2, la pose des voies s’effectue selon une technique particulière mise au point par la société ETF (groupe Vinci) qui s’est inspirée d’une méthode pratiquée en Australie. Distribuées au préalable par camions à un rythme de 2 000 unités par jour et stockées par « paquets » de 40 tous les 24 m le long de la plate-forme, les traverses monoblocs en béton armé sont déposées par le préhenseur hydraulique d’une grue dans une remorque de pose à haut rendement. La « pondeuse » comme certains la surnomment, dispose d’un système piloté par automate de contrôle qui synchronise les différentes fonctions de cycles de pose et positionne à l’arrière les traverses sur la plate-forme où deux bandes ont déjà été gravillonnées au préalable. En aval, un wagon motorisé « pousseur », disposant d’une cabine de commande-pilotage surélevée, est placé en tête de la rame transportant les longs rails soudés de 432 m. Poussés vers l’avant grâce à des galets, les LRS sont guidés et déposés sur des rouleaux prenant appui sur les traverses par une pelle araignée qui les positionne de façon définitive lors de son retour vers la rame. Temps de l’opération, une trentaine de minutes pour les deux barres avec, surtout des conditions de sécurité accrues puisque le rail, très souple sur une telle longueur, est maintenu en permanence.
Opérationnelle depuis le 25 juillet 2014, la base-travaux de Villognon (Charente), au sud, est chargée des 180 km de superstructure entre Poitiers et Bordeaux. Plus classique et ayant fait largement ses preuves depuis longtemps lors de la construction de nombreuses lignes nouvelles, la méthode de pose des voies est menée par TSO, mandataire du groupement. La première étape consiste à installer sur la plate-forme une voie provisoire longue d’environ 8 km, constituée de panneaux prémontés, dont la fonction vise à décharger les longs rails soudés qui vont créer la voie définitive. Celle-ci constituée, que ce soit par l’une ou l’autre des méthodes, les opérations de ballastage peuvent alors être entreprises. Provenant directement des carrières, les rames de ballast sont chargées de jour sur chaque base et déchargées de nuit en ligne. Cette opération précède l’intervention des engins de bourrage qui vont régler, stabiliser et positionner la voie jusqu’à sa hauteur définitive par une succession de passes de relevage pouvant aller jusqu’à la dizaine ! Avec une circulation commerciale prévue à 320 km/h, le réglage de chaque équipement exige une précision millimétrique.
Michel BARBERON
Superstructure, les chiffres
Effectifs voie et caténaire : 1 250 (400 embauches locales)
Moyens mécaniques : 40 locomotives, 140 wagons à ballast, 12 bourreuses, huit régaleuses, deux rames d’approvisionnement des LRS (70 wagons), deux trains dérouleurs de caténaires
Sous-stations électriques : 4 ; postes en ligne : 27
Signalisation et Télécoms, SEI ou CAI en ligne : 35
Sites GSM-R : 55
Fibre optique : 700 km
Signalisation : TVM300, ERTMS 2SGS, sous-groupement de Cosea pour les bases, la voie et les caténaires
Attributaire de la concession pour une durée de 50 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2061, Lisea a confié l'ensemble des risques et responsabilités relatives à la conception et à la construction de la ligne à Cosea qui a été partie intégrante de l'offre de Lisea. En attribuant la concession, RFF, le concédant, a également choisi l'offre du groupement constructeur Cosea qui comprend aux côtés de Vinci (leader), Systra, Cofely Ineo, NGE et Fayat, Egis Rail et Arcadis. Les entreprises spécialisées en pose de voies ETF et TSO, respectivement filiales de Vinci et de NGE font partie du groupement Cosea au sein de l'entité dénommée Sous-Groupement Superstructures (SGS) qui est chargée de la pose des voies et de la caténaire. Pour sa part, les sous-groupements SGST gèrent la signalisation-télécommunication et SGE les travaux d’alimentation électrique. Durant les 73 mois de la phase chantier, Cosea s’est aussi appuyé sur deux autres sous-groupements : SGC pour la conception de la ligne et SGI pour les terrassements, ouvrages d’art, assainissements et rétablissement de communications.
M. B.
Sécuriser les approvisionnements de rails et ballast
Maintenir au quotidien un tel rythme d’avancement nécessite des méthodes de réalisation fiables. Mais aussi une rigoureuse gestion logistique d’approvisionnement régulier et continu en matériaux, que ce soit les rails, les traverses, le ballast, les poteaux caténaire… Le constructeur a donc très largement anticipé. Pour le rail, avant même que le contrat de concession ne lui soit attribué de façon officielle, dès 2010 le groupement a acquis 91 000 t de métal destiné à se transformer en rails. Une sécurisation double à la fois pour ne pas manquer de matière première, mais aussi pour parer à d’éventuelles fortes hausses compte tenu à l’époque des tensions sur le marché de l’acier, dues notamment à la forte demande de la Chine. Depuis un peu plus d’un an, ces lingots de métal stockés en Grande-Bretagne sous forme de « blooms » arrivent dans les usines de Hayange en Lorraine où ils sont laminés en rails de 108 m. Acheminés ensuite au sein de l’atelier SNCF de Saulon-la-Chapelle (Bourgogne), ils sont soudés électriquement par quatre et les barres ainsi constituées de 432 m sont alors acheminées par rames spéciales sur les deux bases-travaux. Une fois sur la plate-forme, elles seront à leur tour assemblées entre elles par soudure aluminothermique. Mêmes principes de précaution pour le ballast, « sachant que sur de tels grands chantiers, la chaîne d’approvisionnement du ballast est toujours l’un des éléments critiques », reconnaît un technicien de Cosea. Plus d’un tiers des trois millions de tonnes nécessaires au projet a ainsi été stocké le long de la trace. En février, plus de 80 % des 1 100 000 traverses construites par trois fournisseurs, Sateba à La Riche (Indre-et-Loire), Margaritelli en Italie et Stradal, étaient prêtes à l’emploi.
M. B.

Aménagement intérieur. Le confort, à quel coût ?
Depuis la démarche, à l’époque révolutionnaire, qui a consisté à supprimer les compartiments et traiter l’intérieur des trains comme celui des avions, avec l’aménagement de Roger Tallon dans les trains Corail en 1975 puis dans les TGV, plus rien n’est véritablement venu bouleverser le confort du voyage. Et pourtant, il faut avoir le dos solide, ne pas mesurer plus de 1,80 mètre ou ne pas être trop exigeant pour considérer que le confort offert dans les trains est suffisant, en tout cas en seconde classe… « On est les champions de la grande vitesse, tellement démystifiée qu’elle est considérée comme un dû, de la sécurité ferroviaire et de la ponctualité, mais qu’on ait des trains chers, bruyants, aux sièges durs et aux W.-C. sales, on trouve ça normal… », s’agace ainsi Philippe Girou, expert en aménagement intérieur, PDG de Delphitec Consulting. Passé par Alstom puis la direction de l’innovation au centre d’ingénierie du matériel de la SNCF, le directeur de cette PME s’est spécialisé dans le prototypage, le conseil et l’innovation principalement pour l’industrie ferroviaire… Il met en cause le concept britannique du « passager prisonnier, qui veut qu’une fois à bord, le voyageur s’assoie dans un fauteuil pas toujours confortable, n’a rien à toucher ou voir à part le paysage qu’il connaît par cœur et qui défile très vite… »
Depuis 30 ans on note tout de même des améliorations : éclairage à Led, sièges restructurés, réaménagements des toilettes, prises électriques, etc. Mais il est vrai que la banquette arrière d’une voiture récente, même une citadine, ou un fauteuil de classe économique dans un Boeing ou un Airbus seront souvent plus confortable qu’un siège de TGV. La faute à un pas de siège un peu juste – en particulier pour les jeunes générations plus grandes que leurs aînés – et surtout à l’absence d’appui lombaire. « Vous avez vu le nombre de personnes qui roulent leur pull dans leur dos ? s’insurge encore le consultant. A 115 euros la place de TGV, ce n’est pas possible de continuer ainsi. D’autant que la différence de prix entre une mousse creuse chez Compin et une mousse avec réglage lombaire est de l’ordre de quelques pour-cent. » On aurait bien aimé savoir pourquoi la SNCF ne revoit pas son cahier des charges. Barbara Dalibard, directrice générale SNCF Voyageurs, parle avec de plus en plus d’insistance de sièges rotatifs – à la japonaise – pour s’orienter dans le sens de la marche, un standing fort appréciable. Mais quid du maintien de notre colonne vertébrale ? Sollicitée à de multiples reprises, la SNCF, qui se flatte pourtant de travailler avec des ergonomes, n’a pas souhaité nous parler.
Sans parler de la rénovation des TGV signée de Christian Lacroix, qui a fait l’unanimité contre elle : moquette foutue au bout d’un an, sièges dans lesquels on se cogne, poubelle que personne ne trouve, cloisons qui n’ont pas tenu… « C’est simple, le couturier a fait une robe du soir pour tous les jours, c’était beau mais fragile », résume Philippe Girou. Quant aux matériaux employés, ont-ils été choisis pour leur bas prix ? « Quand la SNCF choisit le fournisseur le moins-disant, elle fait un mauvais calcul, poursuit-il. Gagnante sur le coût d’acquisition, elle est perdante sur le coût de possession s’il faut tout refaire au bout de deux ans… » L’exploitant national serait aussi parfois trop arc-bouté sur des dogmes incompréhensibles, à l’exemple du précepte selon lequel, « un siège ne doit pas s’incliner à plus de 6°, alors qu’avec le même vérin on pourrait l’incliner à 9° pour le même prix et un confort accru », juge cet expert en aménagement intérieur, qui goûte également peu aux « accoudoirs allumettes » !
Non décidément, il y a matière à s’améliorer. Ne serait-ce qu’en s’inspirant de l’automobile ou de l’aéronautique, qui bien que faisant aussi pas mal d’erreurs, semblent tenter davantage d’innovations de confort. Sans aller jusqu’au luxe d’un ICE 3 avec sa moquette épaisse, ses larges sièges en cuir et sa cafetière à disposition, proposer un environnement de transport plus agréable, ce n’est pas chose impossible. Comme s’emploie à le démontrer notamment le groupe Siemens, qui livrera les prochains Eurostar, aux finitions plutôt léchées : sièges ergonomiques inclinables et porte-bagages plus nombreux en seconde, sans oublier le wi-fi gratuit. En 1re, c’est le grand jeu côté confort avec plus d’espace, des prises USB et de courant à chaque place, un miroir de courtoisie, un porte-gobelet, une liseuse ergonomique ou encore une poubelle centrale qui n’entrave donc pas les mouvements des jambes. Il faut dire que l’intérieur des Velaro a été conçu par le légendaire bureau de design italien Pininfarina, mondialement connu pour ses réalisations automobiles. Après vingt ans d’existence, le train transmanche voulait monter en gamme. Il doit aussi faire face à la concurrence de l’aérien…
Mais chez le constructeur allemand, il n’y a pas que la grande vitesse qui soit plus confortable. Sous la pression notamment des pays du Golfe, et globalement de la demande de nombreux clients, les RER, métros et trams se font aussi moins rustiques. « Le confort c’est un peu dans nos gênes ! Déjà en créant le Val il y a trente ans – pour Matra à l’époque – nous étions très sensibilisés à la qualité du service aux usagers, relate Marc Zuber, directeur commercial de Siemens Mobility en France. Et côté allemand, avec l’influence de l’Europe du Nord, de la Scandinavie, où l’on considère que le train doit offrir le même niveau de confort qu’une grosse berline, les autorités organisatrices expriment des besoins de confort importants. » Modèle du genre : le métro (gamme Inspiro) de Munich. Exposé au dernier salon Innotrans, il a, paraît-il, fait forte impression aux délégations du Stif et de la SGP… Les sièges sont plus larges de 5 ou 6 cm et plus confortables qu’habituellement dans un transport de masse. « Le soin apporté aux matériaux et aux finitions en fait un objet noble, c’est important car il sera davantage respecté, estime Marc Zuber. Le travail sur la lumière avec de grandes surfaces vitrées et l’éclairage Led renforce le sentiment de confort et de sécurité. »
Les traditions industrielles françaises et nordiques n’ont pas la même philosophie. Alors que la SNCF traite ses voyageurs de la manière la plus égalitaire possible et qu’elle innove davantage dans le low cost que dans le premium, le Railjet, train Intercités austro-allemand propose trois classes dont la plus chic s’apparente à la première dans l’aérien. Mais en Autriche, l’Etat a autorisé la concurrence, les opérateurs se démarquent donc par le service. Ce fut le cas également avec l’Italo de NTV en Italie, qui propose par exemple des écrans à la place dans l’AGV d’Alstom. Ou encore dans le Sapsan de Siemens entre Moscou et Saint-Pétersbourg où les aménagements répondent aux besoins d’une clientèle de luxe.
Et d’ailleurs, la réflexion menée sur l’avenir des TET va bien dans ce sens. En l’absence de nouvelles LGV, les trains grande ligne devraient monter en gamme et s’attacher à répondre aux besoins de chacun des passagers et non de tous les voyageurs de manière indifférenciée… Par ailleurs, mi-mars, la directrice générale de SNCF Voyages, Rachel Picard, expliquait que la politique de reconquête de la clientèle passerait par l’amélioration du confort à bord. De nouveaux aménagements seront présentés en septembre prochain, qui équiperont les rames rénovées, avec notamment de nouveaux sièges. « Depuis trois ans, nous avons investi dans la recherche et l’innovation pour l’ergonomie des sièges notamment, expliquait-elle. Mais il y a aussi un sujet d’ambiance dans les Duplex. »
Les 40 rames Euroduplex, à livrer entre 2016 et 2019, proposeront le même design. Entre la rénovation, qui représente 40 % des investissements sur le matériel, et l’achat de neuf, « la SNCF investira un milliard d’euros sur le confort », précisait-elle, en citant aussi l’arrivée prévue de l’Internet à bord – wi-fi, 3G-4G en parallèle – et d’un portail de divertissement embarqué. A cet égard, Philippe Girou, l’expert en aménagement intérieur, soulève un lièvre : « Un train fera cage de Faraday dans laquelle on enferme des ondes 3G à haute fréquence, dont les médecins disent qu’elles sont néfastes pour la santé des bébés, prévient-il. C’est comme s’enfermer dans un four à micro-ondes ! » Heureusement la 4G utilise, elle, des basses fréquences.
Le plus étonnant, c’est que contrairement à ce qu’on imagine spontanément, confort haut de gamme ne signifie pas forcément dépenses king size. « Il n’y a pas d’impact significatif vis-à-vis du prix global, les coûts sont dans les organes principaux, la traction… certifie le directeur commercial de Siemens Mobility. Ce sont d’abord des choix de méthode et de rigueur qui guident la conception, des directives données à l’industriel, aux designers, aux acheteurs. » Pour le constructeur qui n’a qu’une équipe d’une dizaine de personnes en interne et sous-traite les détails à des bureaux de design, cela ne fait pas de doute, « une rame bien finie, avec de la peinture solide, un éclairage soigné, ça ne coûte pas plus cher ».
Chez Alstom, le design est considéré comme l’une des pièces maîtresses de la conception des matériels. Le constructeur est l’un des rares à pouvoir se prévaloir d’une équipe étoffée de conception en interne, « une manière de se différencier de la concurrence », précise Xavier Allard, le directeur du design. 70 % du travail de l’équipe de 70 personnes concerne les tramways et les métros, mais les trains ou même les locos passent aussi par la patte des designers. A chaque mission, l’objectif est de « développer l’identité de marque du client, d’innover en termes de technologie mais aussi de services aux passagers, explique Xavier Allard. Le design ce n’est pas que des jolis dessins, et l’implication doit se faire très en amont des projets, c’est-à-dire dès l’appel d’offres. » L’industriel peut ainsi tout concevoir de A à Z, comme ce fut le cas pour l’intérieur et l’extérieur des TER de la SNCF, mais ne ferme pas la porte aux partenariats. C’est ce qu’il a fait pour les trains rouges Italo, des AGV au confort particulièrement soigné, commandés par l’Italien NTV il y a quelques années. Dernière possibilité enfin : le design est fourni par le client à l’issue d’un concours et Alstom l’adapte à son produit. C’est le cas par exemple avec le tramway Lacroix de Montpellier.
Le confort, il le conçoit donc à la carte, selon les desiderata des clients. Son concept « passenger experience » est assez bluffant. Philippe Girou, qui est l’un des pères du MooviTER, aimerait décliner l’idée au TGV dont le modèle économique semble à revoir. Ce démonstrateur présenté il y a un peu plus de six ans, a, selon Alstom, fortement inspiré le Régiolis, un matériel TER moderne et bien plus confortable que ses prédécesseurs, qui a été commandé par une douzaine de régions. « L’avantage d’un démonstrateur, c’est de mettre tout le monde d’accord, assure le patron de Delphitec. Les élus, les décideurs testent les équipements en grandeur réelle, les mauvaises idées font souvent l’unanimité contre elles… »
Le projet de « TGV du futur » qui avait été lancé en 2013 par Arnaud Montebourg et qui a fait l’objet d’un point d’étape fin mars par les ministères de l’Economie et des Transports est maintenant attendu pour 2019. Dans le cahier des charges : baisse de la consommation d’énergie, réduction des coûts et augmentation du nombre de places. L’objectif est « de faire évoluer le modèle de la grande vitesse en l’axant moins sur la performance technique et davantage sur l’optimisation des coûts », précise le communiqué. La question du confort n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour, bien dommage…
Cécile NANGERONIGrande-Bretagne. Une voiture dont les sièges s’adaptent à l’usage
La voiture du train du futur sera-t-elle « adaptable » ? C’est ce que propose l’entreprise britannique 42 Technology, basée dans la région de Cambridge. Son concept repose sur une voiture « à usage flexible », dont les sièges peuvent être déplacés et rangés automatiquement. Ces sièges innovants peuvent être orientés dans le sens de la marche ou dans le sens contraire, avec un pas variable ou en position de rangement, par un système de commande « sûr et efficace ». Ce projet a été désigné fin mars comme un des trois finalistes du concours « Tomorrow’s Train Design Today », destiné à améliorer le matériel roulant pour voyageurs en Grande-Bretagne. Ce concours a été organisé dans le cadre du programme « Future Railway », financé par le RSSB (bureau britannique de normalisation et d’innovation ferroviaire) et le gestionnaire d’infrastructure Network Rail, avec le ministère des Transport et le Royal Institute of British Architects.
P. L.
Concept. Le voyage interactif d’Alstom
Confort et connectivité sont les deux mots d’ordre de cet aménagement intérieur futuriste présenté par Alstom Transport à l’occasion du dernier salon Innotrans. Baptisé « Passenger Experience » et conçu par l’industriel et quelques-uns de ses sous-traitants, le concept prévoit qu’après avoir réservé son billet en ligne depuis son smartphone, le voyageur puisse choisir son siège puis recevoir des informations sur la gare en temps réel. Il peut aussi présélectionner la musique et les films qu’il souhaite écouter et visionner pendant son voyage. Une fois à bord, un signal lumineux le guide jusqu’à sa place.
Cette dernière est imaginée comme un cocon avec un fauteuil modulaire incurvé qui permet de s’isoler du bruit environnant, un système audio individuel et un éclairage personnalisable. Le voyageur dispose également d’une tablette connectée interactive sur laquelle il peut, d’un doigt, commander un en-cas au bar, jouer, surfer sur Internet, regarder un film ou les infos ou encore savoir ce qui l’attend dans sa ville d’arrivée : événement, météo, réseau de bus… Une vitre intelligente complète l’équipement, qui diffuse aussi des informations concernant le voyage et la destination du train.
Bien que futuriste, le scénario est tout à fait techniquement réalisable. Mais on ne sait pas moyennant quel surcoût… Le concept a en tout cas tapé dans l’œil de nombre de visiteurs du rendez-vous berlinois de l’industrie ferroviaire qui faisaient la queue sur le stand pour le découvrir. Parmi les notabilités, Alain Vidalies, secrétaire d’Etat aux Transports ou encore Ana Pastor, ministre des Transports espagnol se sont montrés séduits. Et si Alstom n’a pas – encore – de commande ferme, l’entreprise est sûre d’une chose : ce « concept-train » fait réfléchir les professionnels du secteur…C. N.
Confort acoustique. Un plafond sonore primé par i-Trans
Même si les haut-parleurs crachotants et inaudibles font partie de l’histoire ancienne, la sonorisation à bord des trains laisse encore un peu à désirer. Il faut parfois avoir l’ouïe fine pour comprendre les annonces pendant que le train circule. C’est en partant de ce constat, que Delphitec Consultants a travaillé avec les entreprises SMTC et Hopman à l’invention d’un système de sonorisation différent. « Les matériels classiques réalisent une diffusion conique du son, si bien que plus on est éloigné du haut-parleur, plus le son est assourdi, explique Philippe Girou, PDG de Delphitec. Avec Panosono, on utilise une structure en nid-d’abeilles et un transducteur magnétique pour transformer le plafond du train en haut-parleur panoramique. Cela rend les annonces plus audibles quel que soit l’endroit où l’on se situe dans la voiture, et sans avoir besoin de monter le volume… » Le projet a reçu l’un des prix de l’innovation i-Trans lors du dernier Sifer. Une première expérimentation doit être réalisée sur le tramway de Nancy par la société Artérail, afin de valider le bon fonctionnement du système en exploitation commerciale.
C. N.
Les aménagements dictés par la rentabilité
Comme dans l’avion, pour assurer la rentabilité, on veut mettre toujours plus de voyageurs. Pour preuve, les TGV Duplex et récemment la promesse de proposer 25 % d’espace supplémentaire, ce qui permettrait aux trains d’embarquer 556 passagers contre 446 aujourd’hui. Comme l’expliquait dans nos colonnes en 2012, Régine Charvet Pello, la directrice et fondatrice de l’agence RCP Design Global, au moment de la rénovation des rames de TGV PSE : « En vingt ou trente ans, la voiture-bar a rétréci de moitié. Dans les TGV, il faut que l’espace rapporte : on met des sièges. » Et s’interrogeait : « Est-ce que l’on va continuer dans ce sens et voyager de plus en plus vite sans confort ? Est-ce que l’on va avoir un voyage low cost et un autre plus confortable ? » Précision utile, cette prémonition avait été faite un an avant le lancement de Ouigo, au confort plus spartiate… La philosophie de Régine Charvet Pello ? « Il faut faire quelque chose de sympa, d’actuel, qui donne envie de prendre le train. »
Emirats Arabes Unis. A Dubaï, le tram a la « gold class »
Au pays du luxe et de l’extravagance, il fallait bien 70 personnes pour concevoir le design
du tram. Une équipe intégrée à Alstom Transport qui lui permet de se différencier face
à ses concurrents.The place to be en matière de design ? Dubaï bien sûr, le royaume du luxe et de l’extravagance est aussi celui qui laisse les designers exprimer toute leur créativité. « C’est l’endroit où il faut être car c’est là où les attentes sont les plus pointues », estime en tout cas Xavier Allard, directeur du design chez Alstom Transport, qui a managé son équipe de 70 stylistes et designers pour le tram de Dubaï. Chez l’industriel, avoir une équipe interne de conception et de design est aussi un moyen de différenciation par rapport à la concurrence. Avec ses innombrables possibilités de personnalisation, ses graphismes, ses couleurs, son nez, « le Citadis est un formidable terrain de jeu », ajoute-t-il.
Dans cet émirat, « trois designers ont commencé par venir s’imprégner de l’architecture de la ville, raconte Xavier Allard. Si bien que dès les premiers croquis, l’idée d’une tête taillée comme une pièce d’orfèvrerie était là ». Son nez fait effectivement inévitablement songer à un diamant noir. Pour le reste, Dubaï succombe, comme tout le monde, à la tendance à l’accroissement de la lumière naturelle. Le groupe, qui travaille sur des nouveaux verres, lui a proposé de grandes baies pour un « effet balcon » et une vue panoramique.
Quant à l’intérieur, il comprend finalement peu de luxe. Le client, Roads and transport authority (RTA) souhaitait trois zones avec trois catégories de confort – gold, silver et femmes et enfants – et de la fluidité entre ces espaces. « Le confort des sièges est un défi aussi, nous innovons dans les formes et matériaux », confie le directeur du design. La classe silver – sièges coque en tissu bleu – ressemble furieusement à ce qu’ont choisi les autres villes du monde pour leur Citadis. Mais pour un occidental qui n’est plus habitué à la première classe, l’originalité de l’aménagement réside surtout dans la fameuse « gold class » de la caisse de tête, avec ses larges sièges en cuir de couleur sable et ses porte-documents assortis.
« Nous avions présenté des fauteuils club, mais le client a préféré des sièges en cuir plus classiques », raconte encore Xavier Allard. Selon ce spécialiste de l’aménagement intérieur des matériels roulants ferrés, l’avenir réside dans « la prise en compte des exigences de chacun des passagers, car ils sont tous différents… » Et aussi dans « le développement des nouvelles technologies ». En la matière, le tram de Dubaï possède déjà des écrans de télé et le wi-fi… C. N.
Thalys. Le confort avant tout
Thalys va consacrer 150 millions d’euros pour donner une seconde jeunesse à ses rames. L’occasion de remplacer les éléments de confort si nécessaire, cinq ans après le relooking dont l’aménagement intérieur avait bénéficié.« Faut-il passer les frontières pour voyager plus confortablement ? », est-on tenté de se demander. Car en Eurostar comme en Thalys, « l’expérience de voyage », selon la formule consacrée, est plus qualitative que dans un TGV national. « Un client satisfait est un client gagné dans l’optique d’une prochaine ouverture à la concurrence », résume-t-on à la communication de la toute nouvelle entreprise ferroviaire à part entière – depuis le 31 mars – détenue à 60 % par la SNCF et à 40 % par la SNCB. Une douzaine d’années après leur sortie des usines d’Alstom, les rames Thalys ont subi une vraie métamorphose. 50 millions d’euros ont été consacrés au relooking complet des 26 rames entre 2009 et 2010. Cette année, c’est l’ « opération mi-vie » qui, moyennant 150 millions d’euros, doit permettre de redonner quinze ans de vie supplémentaires aux trains. Cette rénovation n’intervient pas sur le design, mais permet de « vérifier tous les éléments de confort et de les remplacer si nécessaire si l’on constate que leur dégradation est importante », confie Raphaël Renuart, directeur adjoint du matériel chez Thalys.
Sièges, panneaux composites ou accoudoirs sont donc susceptibles d’être remplacés. La moquette en revanche le sera systématiquement, « puisqu’elle doit de toute façon être arrachée pour les opérations de maintenance sur les structures ». Et cela tombe bien car bien que 100 % laine naturelle, elle ne convenait pas bien en termes de nettoyage et d’usure. « On travaille actuellement sur une moquette de meilleure qualité et moins chère », se félicite le directeur adjoint matériel. Mais avant le constat en atelier, « le signalement des problèmes remonte des enquêtes de satisfaction effectuées par sondage et par des clients mystères », explique-t-il encore.
Au moment de leur conception, par les cabinets de design Enthoven Associates et Avant-Première, les sièges, dans différents tons de rouge et de bordeaux, ont été pensés pour être plus faciles à entretenir et plus ergonomiques. Raison pour laquelle les voyageurs sont unanimes pour les trouver plus confortables que dans le TGV : ils bénéficient d’appuis lombaires, de repose-tête redessinés, leur forme laisse plus de place pour les jambes et ils s’inclinent généreusement. L’espacement entre rangées de fauteuil a par ailleurs été allongé de 5 cm, ce qui n’est pas rien pour un grand : c’est avoir ou non les genoux qui touchent le dossier devant soi…
Quant aux tablettes, qui avaient la fâcheuse tendance à tomber sur les genoux, elles ont bien sûr été changées. Enfin, une ambiance lumineuse à base d’éclairage à Led et de peintures brillantes – permettant des reflets – complète l’aménagement plutôt cosy et douillet du Thalys. Les sols et plafonds sombres accentuent le côté cocooning qui était dans le cahier des charges. Pour autant, le prix de la rénovation, moins de deux millions d’euros par rame, n’a rien de somptuaire. A noter que le confort chez Thalys, c’est aussi le service et ils sont nombreux : prise de courant à chaque place, liseuse, wi-fi depuis 2008 – et très prochainement un surf de meilleure qualité grâce au nouveau contrat signé avec le suédois Icoméra qui procurera plus de bande-passante – presse à disposition, restauration à la place en première, etc.
Avec cinq années de recul, de l’avis de Raphaël Renuart, il n’y a pas eu de gros ratage. Le look actuel doit de toute façon rester à la page pendant encore « environ six ans », avant la prochaine refonte du design. Bien sûr, on déplore « quelques maladies de jeunesse avec par exemple des éléments à fiabiliser dans le bar », mais « aucun choix n’a été regretté ». Pas même celui de la moquette ou des accoudoirs qui vieillissent pourtant un peu vite. Concernant ces derniers, il paraît que trop de voyageurs indélicats ont tendance à grimper dessus pour accéder aux bagages !
Cécile NANGERONI
Autocar. Man choisit un intérieur polyvalent pour son nouveau Lion’s Intercity
Trajets courts ou plus longs, écoliers ou personnes âgées… le constructeur allemand
a fait des choix d’aménagement intérieur pour son Lion’s Intercity lui permettant une utilisation diversifiée.« Chaque année, les responsables du marketing et ceux des achats se réunissent pour choisir les fournisseurs, confirmer ceux qui sont déjà référencés, en choisir de nouveaux, ou se séparer de ceux qui ne conviennent plus », explique Stephan Schönherr, vice-président Design Bus du constructeur Man. L’aménagement intérieur des bus est donc surtout une affaire de rapport qualité-prix plus que de design pur. Autrement dit, il vaut mieux que les sièges, les revêtements de sol, les accoudoirs résistent à l’usage, avant d’être beaux.
En gros, à chaque modèle de véhicule son utilisation et donc son aménagement intérieur. Plus le temps de trajet sera court, plus les voyageurs frotteront les sièges en s’asseyant et en se levant, et plus ils useront l’allée centrale, le seuil des portes en montant et descendant. A l’opposé, les autocars longue distance seront équipés de plus de sièges, plus confortables avec des soufflets, éventuellement couverts de matières plus nobles, comme du cuir, avec des équipements supplémentaires à la place, comme une tablette, une liseuse, ou un diffuseur d’air conditionné directionnel. Ou encore, des places à quatre avec une table au milieu, des toilettes, un coin-bar (machine à café, bouilloires, micro-ondes).
La difficulté c’est lorsque que les véhicules sont polyvalents et qu’ils sont utilisés à la fois pour le transport scolaire, le matin et en fin d’après-midi, pour le transport de résidents d’un établissement pour personnes âgées, le samedi, ou pour les déplacements de l’équipe de foot, le dimanche. Ils nécessitent alors un confort intermédiaire, pas trop luxueux pour résister aux écoliers turbulents, ni trop spartiates pour supporter des voyages d’une ou deux heures.
C’est précisément sur ce créneau que se place le nouveau Lion’s Intercity qu’a lancé Man le 24 mars dernier dans le lieu même où ils sont produits, l’usine d’Ankara, en Turquie.
Sur ce modèle, destiné à l’interurbain et au transport scolaire, les sièges sont recouverts d’un velours bleu turquoise foncé, sur toutes leurs surfaces, et non en partie comme on le voit désormais sur les sièges de métros, et de certains bus urbains. En revanche, on n’échappe pas aux montants vert fluo, qui servent de main courante, ni aux angles au sol peints en jaune citron. L’objectif est clairement de garantir la sécurité des voyageurs plutôt que d’enseigner l’harmonie des couleurs.
A propos de couleurs justement, les goûts des clients restent assez classiques, sinon convenu. Plus on monte en gamme, plus la demande se porte sur du bleu foncé, ou du noir, qui rappellent les berlines de luxe, comme dans les Tourliner, Skyliner ou Cityliner de la gamme Neoplan. Sans surprise, « les Italiens aiment le rouge, et les Français, le turquoise », poursuit Stephan Schönherr, citant la RATP, à qui Man a récemment vendu des hybrides articulés. Heureusement, il existe quelques exceptions, notamment les bus de Belfort. En relançant le réseau, l’ancien président du syndicat mixte des transports en communs, Christian Proust, avait imposé des bus « dans lesquels, le client se sentirait comme dans une berline allemande ». Ce qui montre qu’on peut toujours sortir des options proposées par les constructeurs à conditions de payer le « sur-mesure ». « Il est possible de poser du vrai parquet en bois sur le plancher d’un car », raconte Stephan Schönherr, de Man, montrant un revêtement en plastique imitant, plutôt bien, le bois. « Nous l’avons déjà fait pour un client. Mais ce n’est pas plus solide. Et moins isolant pour le bruit. » A moins de le recouvrir de moquette et de perdre l’avantage de l’aspect « naturel ».
Yann GOUBIN
Régine Charvet Pello : « Objectiver ce qui est subjectif »
Régine Charvet Pello est designer, fondatrice de l’agence RCP Design. On lui doit notamment
le design du tramway de Tours. Elle travaille aujourd’hui, dans l’équipe Systra, sur le design
du futur métro du Grand Paris.
Ville, Rail & Transports. Votre nom est lié au concept de design sensoriel. Qu’entend-on par là ?
Régine Charvet Pello. Nous avons voulu ajouter une boîte à outils au design classique. Nous objectivons ce qui relève des sciences de la perception de la sensation, de l’émotion. Nous avons beaucoup travaillé sur le sujet avec Jean-François Bassereau, enseignant chercheur à l’Ecole des mines de Saint-Etienne, professeur à l’Ecole nationale des arts décoratifs et directeur de recherche de RCP Design. Il s’agit d’objectiver ce qui est subjectif. Car quand on dit qu’on veut une matière plus agréable, un bruit plus doux, que veut-on précisément ? Si ce n’est pas objectivé, comment peut-on répondre à cette demande ? Nous voulons arriver à une objectivation, une caractérisation de ce qu’on fait. Il ne s’agit pas seulement, loin de là, de marketing ou de communication.VR&T. Comment parvenir à cette objectivation ?
R. C. P. Nous disposons d’une « matériauthèque » sensorielle qui nous permet d’aller chercher le type de matériau ou le type de sensation souhaité. Pour objectiver nos sensations, nous avons recours à la sociologie, à la chimie, à la psychoneurobiologie. Notre discipline est terriblement transversale ! Et nous avons fourni un tel travail sur le sujet que nous avons trouvé naturel de le partager. Du coup, nous avons créé un centre de recherche à l’université de Tours, Certesens [Centre d’études et de recherches sur les techniques du sensoriel]. Le centre est ouvert à nos clients, aux donneurs d’ordre industriels comme aux PME. Nous avons formé l’ensemble des designers d’un groupe automobile, travaillons pour un constructeur ferroviaire.VR&T. Comment se traduisent vos interventions ?
R. C. P. Nous nous posons la question d’innovations qui ne sont pas forcément en rupture. Type de question que nous avons pu nous poser autour de la rénovation de trains, à l’occasion d’un travail de recherche dans le cadre du Predit, le programme Aconit (approche globale du confort dans les trains grandes lignes). Nous travaillons sur le juste perçu, en nous focalisant sur ce qui est perçu par l’utilisateur final. Nous n’avons pas de vision « technocentrée » mais « anthropocentrée ».VR&T. Jacques Ferrier, pour le Grand Paris, propose des « gares sensuelles ». Est-ce la même approche ?
R. C. P. C’est effectivement un travail parallèle, même s’il a une approche plus sensible, et ne travaille pas aussi techniquement.
Propos recueillis par F. DPour en savoir plus : Jean-François Bassereau, Régine Charvet Pello, Dictionnaire des mots du sensoriel, Paris, Tec & Doc – Editions Lavoisier.
Allemagne. Le confort au cœurde la stratégie longue distance de la DB
En généralisant son offre d’accès au wi-fi et en améliorant le confort de ses rames,
la Deutsche Bahn veut élaborer une offre plus attrayante pour faire face à la montée
en puissance des autocars longue distance.Branle-bas de combat à la Deutsche Bahn (DB). En annonçant le 18 mars dernier « la plus grande offensive en direction des clients de l’histoire » du groupe allemand, ce dernier a souligné son intention de prendre à bras-le-corps des résultats décevants et de rattraper son retard face à l’inexorable progression des autocars longue distance. Une concurrence qui, si elle met d’abord la pression sur les tarifs, se joue aussi sur le confort. Et sur ce plan, la DB entend également avancer ses pions, alors que le groupe a annoncé qu’en dépit d’un chiffre d’affaires en hausse de 1,5 % à 39,7 milliards d’euros, son résultat d’exploitation avait reculé de 5,7 % avant impôts.
L’association de défense des intérêts des usagers Pro Bahn a jugé que la nouvelle stratégie présentée par la DB représentait un pas dans la bonne direction. Tout en ajoutant, au sujet de l’amélioration des rames : « Il reste beaucoup de temps d’ici à 2030. Mais il est certain que, seuls, les signes extérieurs de confort ne suffiront pas », a estimé son porte-parole fédéral Gerd Aschoff.
Or, les prochains trains de la DB deviendront plus spacieux : notamment les ICx, produits par Siemens, destinés à remplacer les ICE 1 et 2. D’une capacité de 456 places pour sept voitures, ils sont justement conçus pour permettre l’embarquement de vélos à bord, ce qui n’était pas possible jusqu’ici dans les ICE (Inter-City-Express). En prolongeant la longueur de chaque voiture (28 mètres de long), les espaces de transition ont été réduits. En outre, l’accent a été mis sur l’adaptabilité des trains, puisque leur aménagement intérieur est modulable. Chaque wagon dispose d'espaces fonctionnels agencés de façon à s'imbriquer les uns dans les autres, ce qui, selon Siemens, permet de « créer davantage de place pour une plus grande capacité d'accueil ».
Priorité est donnée à la lumière. Non seulement les fenêtres ont été agrandies (1 924 x 780 mm) pour amener davantage de clarté, mais l’éclairage sera variable en fonction de l’heure de la journée et de la luminosité extérieure. Les 130 premiers trains commandés (pour une facture de 5,3 milliards d’euros) doivent être livrés fin 2017.
Le IC Dosto de Bombardier, qui comporte un étage et dont la DB a commandé 44 exemplaires, est plus simple et plus étroit (il ne prévoit pas de place pour un restaurant de bord, par exemple, seulement un service ambulant). Le magazine Wirtschaftswoche notait récemment qu’ils étaient dans « l’ambiance bleu velouté d’un Intercity ». Coût de l’investissement : 660 millions d’euros. Ceux-ci doivent entrer en service à la fin de l’année.
Autre volet des améliorations prévues par la DB, le réseau mobile en cabine sera mis à niveau. Et la gratuité du wi-fi se généralisera. Un domaine dans lequel le groupe avait pris un retard certain sur ses concurrents autocaristes où celui-ci va depuis longtemps de soi : le groupe a dès décembre dernier mis en place le wi-fi en première classe dans un nombre restreint de lignes. Le système devrait être étendu puisque l’accès à une connexion Internet en deuxième classe se généralisera à l’horizon 2016.
Gilles BOUVAIST
Dubaï. Un tram « rétro » fonctionne avec une pile à combustible
Dans les rues de Dubaï, Emaar l’un des plus grands aménageurs de l’Emirat, vient de lancer son « Street Trolley Tram », sans aucun lien avec le tram de Dubaï ouvert il y a quelques mois, si ce n’est qu’il est également dépourvu de ligne aérienne de contact. La ressemblance s’arrête là, car le tram d’Emaar ne met pas en œuvre l’APS d’Alstom, mais une pile à combustible. Dix ans après les essais sur les bus, les trams exploitent à leur tour cette solution qui tire de l’énergie électrique de la réaction chimique entre l’hydrogène (stocké) et l’oxygène (de l’air). A Dubaï, les médias soulignent que c’est une première mondiale. Au même moment en Chine, CSR Sifang annonce également que son tram pour Qingdao est le premier à avoir une pile à combustible. Toutefois, des essais ont déjà eu lieu en Espagne il y a quatre ans (sur un ancien tram vicinal belge) et depuis, le tram touristique à pile à combustible d’Oranjestad (Aruba, Antilles néerlandaises) est entré en service.
Si l’alimentation du tram d’Emaar est à la pointe de la modernité, son look est volontairement aussi rétro que celui d’une motrice britannique d’il y a un siècle, avec plateformes et impériale ouvertes. Dans un premier temps, son parcours se limite à une boucle d’un kilomètre desservant le Burj Khalifa (la plus haute tour du monde) et le centre commercial de Dubaï (le plus fréquenté du monde), deux réalisations signées… Emaar. Trois stations ont également été établies au pied d’hôtels de prestige. Cette ligne de tram à vocation touristique doit être prolongée ultérieurement pour former un parcours de 7 km desservant l’essentiel du « centre-ville » de Dubaï.
P. L.
Lund ouvre la voie au retour du tramway en Suède
Dans le sud de la Suède, non loin de Malmö, Lund n’a jamais eu de tramway. Mais après des années d’études détaillées et de difficultés de financement cette ville universitaire peut prétendre à un coup de pouce de l’Etat et devrait ainsi être la première agglomération suédoise à créer un réseau de tram depuis l’abandon de ce mode dans la plupart des villes du pays. Actuellement ne subsistent en Suède qu’un grand réseau à Göteborg, un petit à Norrköping et quelques lignes isolées dans l’agglomération de Stockholm, dont une rocade établie récemment. Mais dans le sillage de Lund, six autres villes suédoises qui ont également des projets de tram auront un modèle duquel elles pourront s’inspirer.
La ville universitaire, qui a développé ces dernières années un bus à haut niveau de service en site propre contournant son centre médiéval, souhaite depuis plusieurs années relier par tram sa gare centrale à un centre de recherches en cours d’établissement au nord-est de l’agglomération. Mais l’aide de l’Etat à hauteur de 50 %, bienvenue pour ce projet chiffré à 1,075 milliard de couronnes (115 millions d’euros), avait été refusée l’an passé par l’ancien gouvernement de centre-droit. Et le nouveau gouvernement minoritaire de gauche ne semblait pas mieux disposé, lorsqu’à la mi-avril, Trafikverket, l’administration suédoise des transports, a finalement émis un avis favorable au cofinancement du tram de Lund par l’Etat dans le cadre du nouvel Accord sur l’environnement urbain. Ceci alors que Trafikverket avait annoncé en mars que Lund n’était pas éligible à ce financement. Peut-être la perspective du remboursement à brève échéance du prêt de la BEI en cas de non-réalisation du projet a-t-elle entraîné ce revirement, estime un responsable technique.
Reste au tram de Lund de surmonter plusieurs objections au plan détaillé, une contre-enquête et un vote au conseil municipal. Des épreuves que les partisans du projet, présents des deux côtés de l’échiquier politique, pensent pouvoir passer assez facilement pour lancer les travaux avant la fin de l’année, dans la perspective d’une inauguration de la première ligne vers 2019.
Ce ne sera qu’un petit tronçon de 5,5 km, mais il devrait être le premier des quelque 120 km en projet dans sept villes suédoises, dont l’ouverture est attendue d’ici 2025. Certains de ces projets sont déjà actés et financés aux niveaux local, régional ou national, alors que d’autres sont moins avancés.

JCDecaux. Le vélo électrique bientôt en libre service
JCDecaux vient d'annoncer le lancement du e-VLS, le vélo en libre service à assistance électrique avec batterie portative. Chaque utilisateur disposera de sa propre batterie en location. Les vélos à assistance électrique seront disponibles dans les stations VLS existantes et offriront une autonomie de dix kilomètres, soit quatre fois la distance moyenne parcourue à vélo en libre service.
JCDecaux a installé ses premiers vélos à Vienne (Autriche) en 2003, deux ans avant de les introduire en France, à Lyon. JCDecaux compte 650 000 abonnés et un milliard de kilomètres parcourus. En douze ans d’expérience internationale, 52 000 vélos en libre service de JCDecaux et 4 700 stations ont été implantés dans 70 villes de 13 pays dans le monde.
La date de mise en service des vélos à assistance électrique n'est pas encore connue.
Stéphane Gouaud nommé Directeur de la Sécurité à la RATP
Stéphane Gouaud, Commissaire Divisionnaire de Police, rejoint la RATP comme Directeur du département de la Sécurité en remplacement de Jean-Marc Novaro appelé à de nouvelles fonctions au sein de la Police Nationale dont il était détaché. Il entrera en fonction le 1er mai.
Avant d’être nommé, en 2011, Chef de la Sûreté Territoriale de Paris à la Direction de la Sécurité et de la Proximité de l’Agglomération Parisienne de la Préfecture de Police,
Stéphane Gouaud a servi, entre 2005 et 2008, au sein du Service de Protection des Hautes Personnalités (SPHP) comme adjoint au sous-directeur chargé de la sécurité des hautes personnalités étrangères, puis comme adjoint au sous-directeur chargé des ressources et de l’appui opérationnel. Entre 2000 et 2005, M. Gouaud avait été Chef de section à la Brigade des Stupéfiants de Paris et Chef de la section stupéfiants pour la Police Judiciaire de Seine- Saint-Denis.
Son itinéraire professionnel lui a permis d’acquérir une parfaite connaissance du territoire francilien et de ses enjeux de sécurité.
Agé de 43 ans, Stéphane Gouaud est titulaire d’un DESS en politique et gestion de la sécurité de l’Université de Lyon.
Midi-Pyrénées finance le rail mais pas la route
Le contrat de plan Etat-région (CPER) Midi-Pyrénées 2015-2020 a été cosigné par François Hollande et Martin Malvy, le président de la région le 14 avril à Cahors. Sur 1,7 milliard d’euros, 855,26 millions sont consacrés à la mobilité, dont 41 % de l’Etat, 28,5 % du conseil régional, 7 % de SNCF Réseau et 23 % d’autres partenaires (départements, communes…).
La route semble se tailler la part belle dans le CPER Midi-Pyrénées 2015-2020, avec 476,16 millions d'euros contre 376,1 millions au ferroviaire et 3 millions aux études multimodales. Mais ce n’est qu’une impression, assure Charles Marziani, vice-président du conseil régional en charge des Transports. « Sur le volet routier, le contrat de plan se limite à la reconduction des opérations du PDMI (Programme de modernisation des itinéraires routiers) qui n’ont pas été réalisées dans le contrat de projet précédent, explique-t-il. La seule opération nouvelle concerne la desserte d’Airbus, sur laquelle nous nous sommes engagés pour 4,09 millions sur 19 millions. Pour les autres opérations nouvelles que l’Etat a souhaité inscrire pour 12,63 millions, il n’y a pas contreparties régionales. » Seules les thématiques Enseignement supérieur/Recherche et Transports bénéficient de programmes d’investissements détaillés afin, indique la région, « de doter Midi-Pyrénées des équipements et infrastructures nécessaires à son développement, notamment dans la perspective de l’union avec Languedoc-Roussillon ».
La première priorité, d’un coût de 191,4 millions (dont 63,94 millions de la région, 54,33 millions de l’Etat, 44,95 millions des autres partenaires et 28,18 millions de SNCF Réseau), est la modernisation du nœud ferroviaire toulousain, dont l'aménagement de la gare de Toulouse en prévision de l'arrivée du TGV, malgré les incertitudes qui pèsent sur le projet, suite à l’avis défavorable rendu par la commission d'enquête publique. François Hollande a indiqué que le gouvernement prendrait rapidement sa décision après la réponse du maître d’ouvrage et l’avis du Conseil d'Etat. La participation de la région à cet aménagement sera fixée avec celles de Toulouse Métropole et du département.
76,7 millions sont programmés pour moderniser le réseau structurant, sur les axes de Castelnaudary, Montauban – Agen – Brive et Tarbes. Cette ligne d’intérêt national, qui réalise 25 % du trafic régional, sera par ailleurs entièrement rénovée par SNCF Réseau, sur ses fonds propres (300 millions ne figurant pas dans le CPER). L’accessibilité n’est pas inscrite non plus dans le contrat, l’Etat ayant indiqué qu’il le financerait par ailleurs.
Quatre axes (Latour-de-Carol, Auch, le Nord-Est et Brive-Aurillac) bénéficieront de 53,6 millions d’aménagements pour des « projets de développement à fort potentiel ». Enfin, 51,4 millions sont prévus pour la fluidification de l’axe ferroviaire de l’Ouest toulousain, avec notamment l’achèvement du doublement de la voie Arènes – Colomiers. Mais ce projet (comme celui du repositionnement de la gare de Labège sur la ligne de Castelaudary) pourrait être remis en cause par la troisième ligne de métro. « Nous attendons les conclusions des études de Toulouse Métropole pour l’inscription définitive de ces orientations, note l’élu. Si le métro se fait entre Colomiers, la gare Matabiau et Labège, cela change la donne. »
Catherine SANSON-STERN
La Chine veut passer sous l’Everest
A défaut de déplacer les montagnes, on peut passer dessous. Littéralement. Car il faudra creuser sous les plus hauts sommets himalayens…
pour réaliser le nouveau rêve chinois : ni plus ni moins qu’une ligne nouvelle entre Lhassa, au Tibet, et Katmandou, au Népal. Selon Wang Mengshu, expert ferroviaire à l’Académie chinoise des sciences de l’ingénieur cité le 15 avril par le quotidien officiel en anglais China Daily, la demande vient du Népal et la Chine a commencé des travaux préparatoires. L’idée serait de prolonger vers le sud de l’Everest la ligne ouverte vers le Tibet en 2006. Une ligne qui était déjà un exploit en soi avec des passages à plus de 5 000 m d’altitude. Cette fois, « il se peut que les travailleurs aient à creuser de très longs tunnels » estime l’expert ferroviaire. Mais l’effort serait payant pour développer « les échanges bilatéraux », en particulier « l’agriculture et le tourisme ».
Ce projet est-il à prendre au sérieux ? Dans un contexte où la Chine est de plus en plus présente au Népal (investissements, télécommunications, énergie et tourisme), contrebalançant la traditionnelle influence indienne, on peut penser que oui. Après tout, la Chine a recouvert son territoire de milliers de kilomètres de lignes à grandes vitesses en quelques années seulement. Mais au rayon des annonces, la Chine évoquait il y a un an la possibilité de rejoindre à grande vitesse les Etats-Unis via la Sibérie et le détroit de Behring. Depuis, plus de nouvelles…
Eurostar : chiffre d’affaires en baisse mais fréquentation stable
Le chiffre d’affaires d’Eurostar a baissé de 6% au premier trimestre 2015, atteignant 215 millions de livres (300 millions d'euros), plombé par la forte dépréciation de l'euro par rapport à la livre sterling qui a récemment un niveau jamais atteint depuis 7 ans, ce qui a réduit les recettes transformées en euro par la compagnie, dont les comptes sont établis en livres. Hors effets de changes, le chiffre d'affaires serait ressorti en légère baisse (-1%), a précisé Eurostar.
En revanche, le nombre de voyageurs transportés est resté stable par rapport à un an plus tôt à 2,3 millions, et ce, malgré les attentats en France qui ont pesé sur la fréquentation touristique à Paris et une interruption majeure du service (4 jours) en raison d’un incendie d’un poids-lourd dans un navette d'Eurotunnel.
Cependant, « la progression des réservations de voyages d'affaires qui avait été enregistrée en 2014 s'est confirmée », a souligné Eurostar, avec une hausse de 7% des voyageurs d'affaires au premier trimestre.
Paris prépare un Réseau Express Vélo
Il lui a fallu dix ans, entre 2001 et 2010, pour faire passer la part modale du vélo dans les déplacements quotidiens de 1 à 3 %. Cette fois c’est en cinq ans que la ville de Paris entend de nouveau tripler la pratique de la petite reine qu’elle estime actuellement à 5 % des déplacements. Pour atteindre ces 15 % en 2020, la municipalité lance son plan vélo – il sera discuté le mardi 14 au matin en conseil de Paris – et fournit « un effort financier inédit », selon Christophe Najdovski, maire adjoint chargé des Transports. 150 millions d’euros, soit un peu moins de 10 % du programme d’investissement de la mandature en faveur de la mobilité, chiffré à 1,770 milliard. Sur cette somme 63 millions iront à la création de 61 km de pistes protégées ; 40 millions aux aménagements cyclables accompagnant les projets de transport en commun ou d’urbanisme ; 30 millions à l’instauration systématique de contresens cyclables sécurisés dans les rues à sens uniques des zones 30 ; 10 millions d’aide à l’achat de vélos à assistance électrique (VAE) ou de vélos cargo et enfin 7 millions au stationnement. Au final, la mairie promet de doubler le kilométrage d’itinéraires cyclables, qui passerait de 700 à 1 400 km.
« L’objectif est de lever les obstacles identifiés notamment le fait de ne pas disposer d’itinéraire sécurisé continu et la crainte des vols et dégradations », poursuit l’élu parisien. En conséquence, les ruptures doivent bénéficier d’un meilleur traitement, et notamment les 3P c’est-à-dire les ponts, les places et les portes. Et les aménagements doivent être mieux protégés de la circulation automobile sur les grands axes. En tout, 80 aménagements sont prévus. Présentée comme une panacée pour accélérer les développements d’itinéraires cyclables au début des années 2000, la cohabitation avec les bus dans les couloirs réservés n’a plus autant la cote. « Il ressort de nos enquêtes qu’à part pour certains cyclistes, ceux qu’on appelle les lièvres, ce n’est pas une situation appréciée, relate Christophe Najdovski. Cela restera la règle, mais dès que nous aurons la possibilité de privilégier d’autres aménagements, on le fera. » Ce sera notamment le cas sur le boulevard de Sébastopol ou la rue de Rivoli.
L’idée maîtresse du plan, c’est de proposer un réseau express vélo – « un REVe en clin d’œil à la poésie du vélo » – composé de pistes bidirectionnelles de grande capacité. Sur des axes traversants – sur les quais de Seine des deux rives, entre les deux bois et de la porte d’Orléans à celle d’Aubervilliers et sur trois rocades (celle des bd des Maréchaux, celle des bd fermiers généraux et celle formée par les Grands Boulevards et le bd Saint-Germain). Partout ailleurs, le réseau secondaire s’appuiera principalement sur les zones 30, qui sont appelées à se généraliser, avec leurs doubles-sens cyclables. Toujours dans le but d’améliorer la sécurité des cyclistes, le tourne-à-droite au feu rouge sera généralisé, de même que les sas aux carrefours (7 000 supplémentaires).
Côté stationnement, la ville promet d’ajouter 10 000 places aux 30 000 existantes, avec « des aires plus petites mais plus nombreuses » et en testant de nouvelles formules telles que des boxes de dix vélos posés dans des recoins urbains. Pour favoriser l’intermodalité, sachant qu’actuellement environ 10 % des trajets sont intermodaux, les « Véligo » doivent se développer dans les gares RER, et une grande vélostation est à l’étude pour les gares de Lyon et de Montparnasse. Enfin, la municipalité travaille déjà au renouvellement du contrat Vélib’ (JCDecaux) qui arrive à échéance en 2017. Les VAE représentent environ 35 % des trajets à bicyclette et les élus ont une idée en tête : les prochains modèles devront aussi pouvoir disposer d’une assistance électrique, afin de mieux desservir « les quartiers en hauteur »…