Résultats de recherche pour « LOM »

  • Transport urbain. La Cour des Comptes critique une productivité en baisse

     

    Le transport public urbain doit abaisser ses coûts et augmenter le prix des billets, estime la Cour des Comptes  

    qui a analysé, dans le cadre de son rapport public annuel présenté le 11 février,  les données du transport public urbain dans 17 agglomérations représentant 11,1 millions d’habitants (hors Ile-de-France). Elle pointe aussi les conditions de travail qui ont été accordées aux salariés du secteur au détriment de la productivité.

    La Cour reprend les constats établis ces dernières années par le secteur : les périmètres de transport urbain ont crû de 40 % entre 2008 et 2013, avec pour résultat « une explosion du coût du kilomètre marginal ». Dans le même temps, les collectivités se sont montrées plus que réticentes à augmenter les tarifs, rappellent les auteurs du rapport qui donnent plusieurs exemples. Ils citent notamment Toulon « où les tarifs n’ont pas augmenté depuis 2007 et où la non répercussion de la hausse de la TVA a engendré un coût supplémentaire pour la collectivité de 0,5 millions d’euros pour l’année 2014 » .

    Selon la Cour, il faut augmenter sensiblement la contribution des usagers au financement du service. « Un alignement de la contribution des usagers au financement du service sur celle des entreprises nécessiterait d’augmenter d’environ 10 points le taux de couverture moyen des dépenses par les recettes commerciales », estime-t-elle. Rappelons que ce taux de couverture est en moyenne de 28,6 % seulement, allant même de 18 % pour les réseaux de moins de 100 000 habitants à 36 % pour ceux de plus de 400 000 habitants et dotés de TCSP.

    L’autre remède proposé par la Cour passe par la restructuration des réseaux et le développement de modes alternatifs. En clair, il faut densifier et simplifier le réseau en centre-ville « en évitant les doublons de lignes et en adaptant les horaires de passage à la fréquentation », mais aussi supprimer, en périphérie, « les lignes trop peu fréquentées en les remplaçant par une offre de services moins onéreux ». La Cour cite le transport à la demande, la promotion du covoiturage, la création de parcs relais ou de pistes cyclables, qui pourraient s’y substituer. La gardienne des finances publiques appelle également à des choix clairs en faveur de transports publics attractifs, ce qui passe par l’arrêt des politiques accommodantes vis-à-vis des automobilistes.

    Les entreprises de transport public ont aussi leur part de responsabilité dans les difficultés de ce secteur qui offre « les caractéristiques d’un marché oligolistique » avec deux opérateurs principaux, Keolis et Transdev, rappellent les Sages. D’où, estiment-ils, « un déséquilibre des relations entre délégants et délégataires ». Et des entreprises délégataires qui « sont peu incitées à améliorer leurs performances ». Les pénalités de retard sont rarement appliquées et les informations transmises par l’opérateur « ne permettent pas toujours à l’autorité délégante d’exercer un contrôle efficient ».

    La Cour critique enfin le poids des charges de personnel. « L’évolution des dépenses d’exploitation est fortement corrélée à celle de la masse salariale ». La durée moyenne hebdomadaire du travail est inférieure à 35 heures dans un tiers des entreprises représentant plus de 40 % des salariés de la branche, calcule-t-elle. Le secteur se caractérise de plus par un taux d’absentéisme important : il s’élève à plus de 25 jours par an et par salarié depuis 2010.

    Enfin, le rapport note que la productivité du personnel a eu tendance à régresser. « D’après l’UTP, cela s’expliquerait principalement par l’allongement et la dispersion des lignes desservies pour les réseaux de moins de 100 000 habitants et par la détérioration de la vitesse commerciale dans les autres réseaux ». La Cour estime de son côté que « les politiques accommodantes suivies en matière de temps de travail et de rémunérations n’ont pas permis de lesabsorber ».

    [email protected]

  • Carcassonne achète le système d’aide à l’exploitation d’Ineo Systrans

    Carcassonne achète le système d’aide à l’exploitation d’Ineo Systrans

    Pour gérer son réseau de bus, l'agglomération Carcassonne a retenu le Système d'aide à l'exploitation et d'information des voyageurs (SAEIV) Navineo d’Ineo Systrans, une filiale de Cofely Ineo (groupe GDF Suez)…. …Le SAEIV Navineo va permettre de suivre les déplacements en temps réels des bus grâce à leur géolocalisation. Navineo contribuera notamment à améliorer la ponctualité aux arrêts et à produire des indicateurs de qualité de service, explique l'agglo. A bord des bus, le système permettra également de diffuser, des informations sonores et visuelles, notamment les arrêts. Des bornes installées aux principaux arrêts afficheront le temps d’attente. 

    L’agglomération, qui exploite le réseau en régie, a fait l’acquisition du SAEIV, à travers la Centrale d'achat des transports publics (CATP), développée par Agir, le groupement des réseaux indépendants, mais dont les produits mais aussi les services sont ouverts à toutes les collectivités. 

  • Pour ses trois ans, Autolib’ crée son club

    Pour ses trois ans, Autolib’ crée son club

    Il y a tout juste trois ans que les premières Bluecars de Bolloré branchées à leurs stations Autolib’ partaient à la conquête… des rues parisiennes. Le PDG du groupe, Vincent Bolloré, en a profité pour se féliciter devant la presse d’« un service qui fait l'unanimité en terme commercial »et d’« un succès technologique ». Avec ses 70 000 abonnés à l’année – et 200 000 en tout depuis le lancement – le service frôle l’équilibre. Il lui en faudrait 80 à 82 000.

    C’est le moment que le groupe a choisi pour lancer un club à destination de ces utilisateurs les plus fidèles. « Hébergé par un réseau social privé, le club Autolib’ a pour but de nous signaler les anomalies sur les véhicules et de participer à l’équilibrage des stations »,a précisé Vincent Bolloré. Les utilisateurs réaliseront un état des lieux du véhicule, en particulier sur la propreté qui pose vraiment problème. « Une fois qu’un utilisateur aura reçu 50 signalements », il sera rappelé à l'ordre, a-t-il expliqué-t-il pour que « le service soit exemplaire ».Ceux qui accepteront de rendre les voitures dans les stations vides entre 18 et 22 heures se verront également gratifiés de points échangeables en cadeaux ou argent (200 points = 10 €).

    Présent sur 71 communes,  le service de véhicules partagés francilien enregistre en moyenne 14 000 locations chaque jour. Plus de 73 millions de kilomètres ont été parcourus depuis 2011. D’après une enquête CSA, en deux ans, ce sont 17 000 voitures individuelles qui ont été revendues ou non achetées grâce à Autolib. Une extrapolation porte ce chiffre à 28 000 au bout de cinq ans. L’heure est maintenant de passer à la couleur pour les petites voitures en alu. C’est en tout ce que souhaite le syndicat mixte Autolib’ (SMA) qui apprécie le rouge des Utilib’, les utilitaires lancés en décembre dernier. Au lancement, « ça faisait écolo de ne pas les peindre et ça coûtait moins cher car personne n’était sûr que ça allait marcher », a avoué Vincent Bolloré.

    Si Autolib’ doit encore se développer en Ile-de-France, avec 1100 stations, 6600 bornes de recharge et 3500 Bluecar, contre respectivement 900, 4700 et 2900 aujourd’hui, si les Bluecars ont aussi conquis Lyon et Bordeaux, c’est maintenant à l’international que sont les plus belles perspectives pour ce véhicule électrique en libre-service. « En 2015 on fait Londres et Indianapolis et on se réserve en 2016 pour Singapour et Los Angeles », a rappelé le PDG du groupe exploitant Autolib'.

    Il estime en effet avoir « la capacité humaine de faire deux villes par an ». Sans préciser si le modèle économique sera le même que dans la capitale française. Pour développer ces véhicules dont la force réside surtout dans leur batterie lithium métal polymère (LMP), le groupe familial a investi 3 milliards d'euros. Une batterie dont les capacités de stockage ne s’amenuisent pas au fil des mois, qui lui a permis de décliner ce qu’il appelle des Blue solutions, avec le Bluebus, le Bluetram, le Blueboat ou la bluezone, du stockage d’électricité dans les batteries LMP installées en Afrique. Les Blue solutions étant « cotées à 1 milliard d’euros, on est au tiers du remboursement de la valeur investie. Pour vraiment réussir, il faut 8 à 10 ans,a encore dit le PDG adepte des bons mots. Nous ne sommes pas ruinés, mais on fait tout pour ! »

    Cécile NANGERONI

  • Electromobilité : Volvo Bus et Siemens signent un accord de coopération

    Electromobilité : Volvo Bus et Siemens signent un accord de coopération

    Volvo Bus et Siemens ont signé un accord de coopération pour la fourniture d'un système d'autobus électriques pour les agglomérations…. L'accord prévoit que Volvo Bus fournisse une flotte d'autobus hybrides électriques et d'autobus tout électriques et que Siemens installe des stations de recharge à haute performance (capacité de charge pouvant atteindre 300 kW).

    Volvo Bus et Siemens travaillent depuis 2012 dans le domaine de la mobilité électrique. A Hambourg, sur la ligne Innovation, 3 bus hybrides électriques Volvo  circulent et utilisent les quatre stations de recharge Siemens.

    En 2015, les deux entreprises livreront leur système d'électromobilité aux villes suédoises de Göteborg et Stockholm.

  • Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler

    Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler

     

    522 km doivent être régénérés, marque la fin du marché 2013-2015. Mais celui-ci comporte cependant une tranche optionnelle pour 2016 et 2017 qui devrait permettre aux sociétés spécialisées de poursuivre leurs missions. 
     
    ––––––––––––––––––––
    Suites rapides en 2015 
    522 km de voies à renouveler
    Une suite rapide « Ile-de-France » attribuée en mars
    Entretien avec Arnaud Manoury, directeur d’Asset Management Ile-de-France
    « Nous avons établi une cartographie des zones prioritaires »
    Quatre sociétés se partagent le marché 
    ––––––––––––––––––––
     
    Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler
    «Pour la première fois, sur les dix premiers chantiers programmés au cours de l’année 2014, nous en sommes à dix terminés ». Didier Dubus, directeur des suites rapides à SNCF Infra, peut se réjouir. Sous réserve qu’il n’y ait pas eu d’intempéries, notamment de la neige ou du gel fort en décembre, le programme de régénération des voies principales classiques a été tenu à 100 %. Au total, 540 km de voies ont été renouvelés par les moyens lourds mécanisés dits « de suites rapides ». En 2015, il devrait y en avoir 522 km.
    « Jusqu’en 2012, entre 92 et 94 % du programme prévu était réalisé. En 2013, on a fait 501 km de linéaire, soit 95,6 % du programme. Cela faisait plus de vingt ans que la barre des 500 km n’avait pas été franchie ». Il existe une explication simple à cela. Les trains de suites rapides n’étaient que deux. Ils sont trois depuis 2013, année de démarrage du marché 2013-2015.
    Théoriquement ce marché s’achève donc à la fin de cette année, mais il comporte une tranche optionnelle pour un prolongement du contrat sur 2016 et 2017. La décision devait être prise en décembre par RFF conjointement avec la SNCF. Les deux entités s’accordent à vouloir confirmer cette option et souhaitent de façon unanime continuer avec les trois suites. Mais tout dépend maintenant des budgets que l’Etat, en l’occurrence le ministère des Finances à Bercy, va débloquer… « Le problème est purement budgétaire. Le réseau en a besoin. Les entreprises donnent entière satisfaction, les suites n’ont même jamais aussi bien fonctionné. Il faut que la trajectoire de régénération continue à augmenter dans les prochaines années », insiste Didier Dubus. Les suites rapides représentent un sujet sur lequel l’ensemble des intervenants, RFF, SNCF et entreprises, ont intérêt à la réussite. On travaille tous dans le même sens, tout le monde a bien joué le jeu. Ce sont des travaux stratégiques, et il est impossible de remplacer une entreprise par une autre du jour au lendemain ».
    Les pourcentages de linéaires réalisés le prouvent, les démarches d’amélioration menées depuis 2008 et amplifiées à partir de 2011 avec les entreprises portent leurs fruits. Dans le marché en cours celles-ci sont quatre, Colas Rail et TSO (avec TSO Caténaires) étant toutefois en groupement sur le lot n° 1 pour exploiter leur TSV21 Framafer. Après un arrêt volontaire de six mois en 2013 au cours duquel de grosses modifications ont été menées, en particulier le changement des automates de dépose et de pose, ce train, de nouveau opérationnel depuis décembre 2013, offre de meilleurs rendements. Pendant cette immobilisation forcée, le groupement a assuré malgré tout son programme de régénération avec le train P95 loué à la société ETF qui n’avait pas été retenue dans le marché actuel. A partir de juin 2015, le groupement Colas Rail-TSO va s’engager pour sept mois sur un chantier complexe, sans doute « phare » de l’année : un peu plus de 85 km à renouveler sur la ligne Narbonne – Sète – Montpellier, de nuit, avec la voie contiguë circulée. Les 8h30 d’interception devraient lui permettre un avancement de 780 m par amplitude de travail.
    Meccoli qui assure le lot n° 3 (VFLI à la traction) avec son train TCM60 construit par la société suisse Matisa, travaille différemment. Sur chacun de ses chantiers, elle bénéficie systématiquement de la simultanée, c’est-à-dire de l’interruption totale des deux voies, celle à renouveler et celle contiguë pour amener un train chargé d’évacuer les rails, les traverses et le ballast déposé. Un avantage qui lui permet de travailler avec du matériel plus simple que les autres. Le TCM60 est un train de pose, mais pas de substitution. Le marché 2013-2015 et ses deux années optionnelles ont été bâtis ainsi. Mais comme il s’avère de plus en plus difficile d’obtenir des simultanées, la question se pose pour l’appel d’offres du futur marché qui démarrera en 2018. Faudra-t-il ou non garder ce principe ?
    Le lot n° 2 est assuré par Transalp Renouvellement, association de l’italien Rossi, spécialiste des grands renouvellements dans ce pays, de DFC (Delcourt Ferroviaire), de ESAF qui intervient pour des opérations hors suite sur le réseau français et ETMF pour la traction. En 2013, année du démarrage de leur train P95 flambant neuf (construit par Matisa) et en fait de la toute nouvelle société peut-on ajouter, le nouveau venu dans le paysage ferroviaire français n’avait pas renouvelé une douzaine de kilomètres de voie sur son premier grand chantier entre Pau et Dax. Ce retard, dû à certains péchés de jeunesse sur le plan organisation et à quelques mises au point sur le train, a été vite rattrapé début 2014. La société a aussi apporté une nouvelle méthodologie issue de l’expérience italienne. Le train de substitution des rails et des traverses est placé devant la dégarnisseuse chargée, elle, d’extraire le ballast sur la plateforme. Un tel positionnement des deux principaux trains-travaux ne se faisait jusqu’alors qu’exceptionnellement sur le réseau français. La raison ? La voie est systématiquement remontée puisqu’il n’y a pas retrait de ballast avant substitution et qu’il y a même un ajout nécessaire pour les opérations de bourrage. Le problème n’a plus lieu d’être avec le P95 de Transalp. Il est en effet équipé d’une charrue qui écarte le ballast et permet ainsi à l’arrière de rendre la voie pratiquement à son niveau d’origine. Avantage de substituer avant de dégarnir, principe désormais appliqué sur plus de la moitié des chantiers menés par les trois entreprises, le matin, après la première journée de travail principal, la voie est neuve. Un critère indispensable pour améliorer les limitations temporaires de vitesse au droit des travaux. 
    Autre nouveauté, alors qu’en général deux journées séparent le passage du train de substitution et celui de la dégarnisseuse, Transalp a proposé de « coller » les deux engins. La méthode a bien fonctionné sur le premier chantier d’essai en 2013 en Lorraine mais nécessite cependant la voie contiguë pendant quelques heures pour qu’un train puisse récupérer et évacuer le ballast usagé. La méthode, qui a été améliorée en laissant quelques centaines de mètres entre substitution et dégarnissage, permet de diminuer la longueur des zones de ralentissement d’un bon kilomètre. Pas négligeable, sachant qu’en général 6 km de limitation temporaire de vitesse (LTV) à 40 km/h sont nécessaires sur la voie qui vient tout juste d’être renouvelée, auxquels s’ajoutent 7 km avec une LTV à 100 km/h. « Notre objectif vise à rendre les travaux le plus transparent possible vis-à-vis de l’exploitation commerciale et au final réduire l’irrégularité. Cela conduit à produire plus pour demander moins d’interceptions, à diminuer les longueurs de LTV et à augmenter leur taux de ralentissement qui peut désormais passer de 40 à 60 km/h », conclut Didier Dubus.
    Michel BARBERON
    ––––––––––––––––––––
    136 millions d’euros en 2015 pour régénérer les LGV
    Renouvellement de ballast, remplacement de rails, d’appareils de voie et de dilatation… Les lignes à grande vitesse font désormais l’objet de vastes opérations. Les marchés viennent d’être renouvelés. 136 millions d’euros vont leur être consacrés en 2015.
    Maintenir les lignes à grande vitesse à leur top-niveau, ce sont les objectifs des schémas directeurs de grands travaux. Un premier a déjà été mené sur les années 2009-2014. Les prochains marchés de régénération LGV viennent tout juste d’être validés par RFF. Comme au cours de l’exercice précédent, ETF groupée avec Colas Rail, est chargée du renouvellement de ballast pour la période 2016-2021 (quatre ans fermes + deux optionnels), au cours de laquelle 344 km de linéaire vont être concernés. La société Meccoli adjudicatrice, groupée avec TSO, hérite sur la période 2015-2021 (sept années fermes) du marché de remplacement de 65 appareils de dilatation sur la LGV Méditerranée et de 28 appareils de voie sur la LGV Atlantique. TSO adjudicatrice d’un marché pour les années 2015 à 2021 (six ans fermes + un optionnel) va, pour sa part, poursuivre ses missions de remplacements de rails avec son train BOA développé avec le suisse Scheuchzer. 64 km de voies dès 2015 et au total 423 km sont prévus sur les LGV Sud-Est, Atlantique, Nord et Méditerranée. Mais la charge LGV ne s’étalant que sur cinq mois de l’année, dans le cadre d’un deuxième lot confié au même attributaire, le train sera utilisé six autres mois pour effectuer des missions semblables en Ile-de-France, à un rythme annuel de 35 à 100 km de voies. « Cela prouve la volonté forte de régénérer les voies sur le réseau Ile-de-France. Il y a plus de trafic, les composants davantage sollicités s’usent plus vite. Il faut donc les remplacer plus vite. Mais l’objectif consiste maintenant à régénérer en fonction de ces sollicitations et pas forcément en fonction de règles empiriques », explique Philippe Achour qui fait partie de l’entité GIU IDF (Gestionnaire d’infrastructure unifié Ile-de-France). Là où la durée de vie d’une voie atteint en général 40 ans, en Ile-de-France il est envisagé de la remplacer à 25 ans et même, sur des zones très circulées, de substituer les rails au bout de 10 à 15 ans. A titre de comparaison, sur certains secteurs très spécifiques du RER A, en courbe et là où une usure maximale est constatée, à titre préventif la RATP remplace les rails au bout de cinq ans ! M. B.
    ––––––––––––––––––––
    Prévision des investissements en 2015
    LGV : 136 millions d’euros
    UIC 2 à 4 : 558 millions d’euros
    UIC 5 à 6 : 474 millions d’euros
    UIC 7 à 9 : 117 millions d’euros
    Appareils de voie : 193 millions d’euros
    Total renouvellement voie : 1 478 millions d’euros

    ––––––––––––––––––––
     
    Une suite rapide « Ile-de-France » attribuée en mars
    En Ile-de-France, mener de grosses opérations de régénération des voies avec les suites rapides existantes s’avère délicat, voire quasiment impossible à cause de leur taille et des périodes d’interceptions nocturnes réduites. Un nouveau matériel plus compact, spécifique aux zones denses, est en gestation.
     
    Vieillissant, de plus en plus sollicité, caractérisé par sa densité avec ses nœuds d’une extrême complexité, ses obstacles répétés, quais de gares, appareils de voie… le réseau d’Ile-de-France mérite toutes les attentions et doit être régénéré. Si possible à bonne cadence. Pourtant cela ne peut être réalisé raisonnablement avec n’importe quels moyens. « Amener l’une des suites rapides actuelles en proche banlieue, nous l’avons fait dans les années 2009-2010 sur Paris-Lyon et en 2012 sur Paris- Saint-Lazare. Cela n’a pas été concluant du tout. Ce sont des moyens conçus pour traiter d’importants linéaires de pleine voie, mais trop imposants et disproportionnés pour ces zones denses. Il y a aussi trop de trains-travaux, ça cassait la grille de circulation », constate un spécialiste de l’Infra SNCF. Or, justement, là où les impératifs de régularité sont très forts, peut-être plus encore qu’ailleurs, les entreprises n’ont pas droit aux redditions tardives. Pas question, dans la mesure du possible, de perturber la circulation des premiers trains matinaux de banlieue avec de lourdes et longues répercussions sur les suivants.
    Une réflexion, visant à définir le type de matériel le mieux adapté pour répondre à ces situations, a abouti au lancement d’un appel d’offres avec des critères d’attribution notablement différents de ceux des classiques marchés de suite rapide. Il a ainsi été demandé aux entreprises, auxquelles a été laissée une certaine latitude, de trouver des méthodes de production adaptées aux contraintes de l’Ile-de-France, de limiter le nombre de trains-travaux principaux à trois et de les raccourcir : moins de 600 m là où habituellement ils atteignent 750 m. Et de prendre en compte aussi le fait que pour impacter au minimum la régularité en journée, la vitesse de ralentissement des trains commerciaux serait portée à 80 km/h au lieu de 60 km/h. « Ce sont de nouvelles exigences techniques de réalisation des travaux qui entraînent des sujétions supplémentaires. C’est comme une certaine marque de boisson. Cela a la couleur d’une suite rapide, cela a le goût d’une suite rapide, mais ça n’est pas vraiment une suite rapide », compare Corinne Bonati, acheteuse experte en charge des suites rapides et travaux sur LGV. Les offres des entreprises ont été ouvertes le 17 octobre dernier. « Il y a une véritable concurrence. Techniquement, elles répondent dans l’ensemble à nos attentes avec des moyens de production innovants ». L’attributaire devrait être connu officiellement en mars et le niveau de prix permettra de statuer sur la durée du marché qui sera comprise entre quatre et sept ans. Prévue pour être opérationnelle le 1er janvier 2017, avec un rythme d’avancement d’environ 500 m par nuit, limité par le temps d’interception inférieur à 6h, la future suite « zones denses » devrait renouveler environ 80 km de voies franciliennes chaque année. M. B.
    ––––––––––––––––––––
    Une suite rapide « caténaire » à l’étude
    Sur le plan national, la régénération de la caténaire, élément très sollicité qui s’avère sans doute le plus fragile de la chaîne ferroviaire, est un sujet qui émerge peu à peu. A l’image de ce qui existe depuis longtemps pour remplacer les composants de la voie, une suite rapide spécifique destinée à assurer le remplacement de ces éléments de la traction électrique est ainsi à l’étude pour un démarrage des travaux en 2018. Dans un délai plus proche, un appel d’offres actuellement en préparation devrait bientôt être lancé pour un marché de régénération de la caténaire du RER C entre Paris-Austerlitz et Brétigny. Soit une plateforme à quatre voies s’étendant sur une trentaine de kilomètres, donc quelque 120 km de caténaire à substituer. Particularité, ce ne sera pas un appel d’offres classique travaux, mais un appel d’offres d’un nouveau type en conception-réalisation pour lequel les entreprises intéressées vont devoir « inventer » en quelque sorte les structures métalliques, en particulier les poteaux et les poutres. M. B.
    ––––––––––––––––––––
     
    Arnaud Manoury, directeur d’Asset Management Ile-de-France
    « Nous avons établi une cartographie des zones prioritaires »
     
    Dans le cadre du programme « Infra haute performance » engagé il y a deux ans et demi, l’Asset Management Ile-de-France a été créé fin 2013. Cette création s’inscrit dans la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France qui a pour objet de répondre aux spécificités de la zone dense francilienne. Dès janvier 2015, cette direction reprend le pilotage des programmes de régénération sur la région pour améliorer les performances des installations franciliennes où, rien que pour Transilien, 3,2 millions de voyageurs se déplacent quotidiennement. Début 2017, une suite rapide adaptée aux zones denses, soit un linéaire cumulé de 1 250 km, traitera chaque nuit des tronçons de voie afin d’accélérer la régénération du réseau.
     
    Ville, Rail & Transports. Pourquoi créer cette entité spécifique chargée du réseau Ile-de-France ?
    Arnaud Manoury. Pour illustrer les spécificités, en Ile-de-France quand un train s’arrête en pleine ligne, il existe une bonne probabilité que les voyageurs descendent sur les voies au bout d’un quart d’heure. Cela s’est déjà produit et tout est très vite bloqué. « Un train qui s’arrête, c’est une grenade dégoupillée », selon l’expression de Transilien. En province, au bout de quatre heures, cette probabilité est faible. Rien que cette différence change le contexte. Les règles appliquées pour décider les programmes de régénération sont différentes en Ile-de-France et sur le reste du réseau, d’où le fait que l’Asset Management prenne en main son propre processus d’instruction et de décision des programmes.
     
    VR&T. La mise en place progressive du GIU, le gestionnaire d’infrastructure unifié, a-t-elle contribué à cette création ?
    A. M. L’arrivée en avril 2013 d’Yves Ramette à la tête du gestionnaire d’infrastructure unifié en Ile-de-France et la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France nous ont permis de structurer l’Asset Management. Cela a permis de lancer des actions fortes, claires et précises, notamment le programme de fiabilité IDF 2014-2020, dont les premières opérations ont débuté dès janvier de l’année 2014. C’est la première pierre d’un programme qui va aller croissant sur l’Ile-de-France avec une amplification des travaux.
     
    VR&T. Quels sont les grands objectifs de l’Asset Management ?
    A. M. Optimiser les infrastructures ferroviaires dans leur nature, dans leur utilisation, dans leur régénération tout en combinant un aspect économique et la prise en compte du client. La rénovation du réseau a pris du retard et il n’a pas la qualité attendue pour répondre aux exigences des autorités organisatrices et de nos clients. La première urgence consiste donc à le remettre à niveau. 
    Exemple, ce récent gros incident caténaire sur le RER C cumulé à un problème de géométrie dans le tunnel. Avec ses 500 trains et 540 000 voyageurs/jour sur cette ligne, tout incident a des conséquences insupportables pour nos clients.
     
    VR&T. Quelles ont été les premières actions menées ?
    A. M. Nous avons traité des zones très impactantes comme le remplacement des rails à la sortie du tunnel du RER C, côté Paris-Austerlitz, où trois ruptures s’étaient produites sur cette zone en fin d’été 2013. Toujours sur cette ligne, des travaux supplémentaires ont été menés dans le cadre de l’opération annuelle Castor pour obtenir un saut de performances. En 2015, il n’y aura pas de Castor classique avec jet grouting (Ndlr : procédé de construction utilisant un jet de fluide à haute énergie cinétique pour déstructurer un terrain et le mélanger avec un coulis liquide visant à former in situ un « béton de sol »). A la place, 5 000 m de voie et ballast vont être renouvelés, ainsi que des d’appareils remplacés. D’autres actions spécifiques ont été menées sur Paris-Saint-Lazare, Paris- Nord et Paris-Sud-Est. 
     
    VR&T. Outre le RER C, il existe beaucoup d’autres installations problématiques ?
    A. M. Si on veut répondre aux besoins de l’Ile-de-France, il faut pouvoir intervenir là où c’est le plus difficile. C’est l’un des principes mis dans le cadre de l’Asset Management. Le RER C en intra-muros n’est pas le plus complexe par l’existence des moyens de contournement, le métro, les bus. D’autres zones sensibles ne les ont pas et sont très difficiles à traiter en termes de plages-travaux avec d’importantes conséquences client. Pourtant c’est bien là où le réseau est le plus en difficulté que les travaux sont indispensables. D’où l’intérêt d’outils nouveaux comme la future suite rapide IDF. 
     
    VR&T. L’arrivée de cette suite rapide va-t-elle représenter le fer de lance de votre politique de régénération ?
    A. M. Cette suite rapide sera conçue pour les zones denses, qui représentent 1 250 km ! La définition de l’appel d’offres a été prévue pour obtenir une réponse totalement adaptée aux contraintes évoquées. Des plages d’intervention assez courtes, des installations fréquentes, une signalisation avec des cantons de 500 m, beaucoup de joints isolants très dimensionnant pour ce type d’engin… De plus, les entreprises vont devoir créer un matériel totalement fiabilisé.
     
    VR&T. Parmi les multiples chantiers à entreprendre en Ile-de-France, comment les priorités sont-elles gérées ?
    A. M. Toutes techniques confondues, il y a des zones à traiter à peu près partout sur les cinq régions parisiennes. Des réflexions menées avec l’ingénierie de conception et de maintenance pour définir et identifier les zones les plus impactées, ont donné une cartographie de celles prioritaires. Dans un premier temps, les zones assez incidentogènes sont ciblées. Mais c’est un exercice d’équilibre sachant qu’il faut prendre en compte d’autres projets comme, par exemple, le prolongement d’Eole. On ne peut pas programmer n’importe comment face à un tel projet qui a déjà un impact capacitaire colossal.
     
    VR&T. Comme pour le réseau principal, de tels travaux doivent être programmés plusieurs années à l’avance…
    A. M. Au niveau des règles adaptées, pour obtenir une bonne prévisibilité vis-à-vis du client, nous travaillons à la mise en place de cycles de remplacements, notamment de renouvellements, qui permettrait d’avoir une prévisibilité forte en termes d’empreinte capacitaire et de tenir le rythme. Tout le passif doit déjà être assumé avant de rentrer dans ces cycles. L’Asset Management mène une politique de prévision pluriannuelle. Plus ce sera anticipé et fiabilisé, plus les travaux seront de qualité, fiables et sans surprise pour le client.
     
    VR&T. Quels moyens vous donnez-vous pour atteindre vos objectifs ?
    A. M. Nous devons nous donner toutes les conditions de réussite. En 2015, quelque 800 recrutements sont prévus dans les métiers de la maintenance et des travaux en Ile-de-France, un rythme que nous tenons depuis trois ans, à rapprocher à un périmètre de 7 000 personnes affectées aux établissements de production Ile-de-France. L’idée c’est avoir les capacités par rapport à la croissance des travaux. Cette trajectoire bien stabilisée, bien travaillée en amont permet de prévenir le client, permet l’adaptation au plan de transport, de dimensionner les études, d’avoir des achats optimisés, des produits innovants.
     
    VR&T. Quelle est votre vision à long terme ?
    A. M. Nous construisons des schémas directeurs de régénération à échéance d’au moins huit ans pour avoir la visibilité sur le réseau Ile-de-France. Les élus l’ont bien compris et nous accompagnent si besoin, et ils souhaitent un résultat tangible. Ils ont compris que ce résultat s’obtiendra dans la durée et que tout ne pourra pas changer du jour au lendemain, sachant qu’une augmentation de 30 % du trafic voyageur est prévue d’ici 2020.
    Propos recueillis par Michel BARBERON
     
    Quatre sociétés se partagent le marché 
    Actuellement, quatre sociétés spécialisées en grands travaux de maintenance et de régénération de voie se partagent le marché des suites rapides. Colas Rail-TSO en groupement sur le lot 1. Transalp Renouvellement sur le lot 2, Meccoli sur le lot 3. Bilan de l’année écoulée et perspectives 2015. 
     
    Colas Rail va mettre en œuvre des ballastières radiocommandées sur le RVB de la ligne Narbonne – Montpellier
     
    Colas Rail, en groupement avec TSO depuis plusieurs années pour mener une suite rapide, ne regrette pas l’investissement lourd consacré aux modifications (automate, groupe de dépose des traverses béton fragilisées…) du train de coupe TSV21. « Cela a fiabilisé ses performances et nous permet d’aborder 2015 avec sérénité. »
    Trois chantiers composent le programme de l’année : Redon – Rennes, Bayonne – Hendaye et Narbonne – Montpellier. Ce dernier est de loin le plus important par son linéaire à traiter, proche des 90 km, par sa configuration difficile, liée aux travaux réalisés uniquement de nuit pendant sept mois, enfin, parce que la voie contiguë restera circulée. C’est sur ce RVB que vont être déployées les nouvelles ballastières radiocommandées pour le déchargement automatique du ballast. Un investissement dans cette nouvelle génération de wagons qui « va dans le sens de la sécurité et de la réduction de la pénibilité au travail ». En 2014, quatre chantiers étaient au programme. Angers – Nantes, Dole – Dijon, Rennes – Redon, Busigny – Somain. Ce dernier présentait la particularité d’être en partie exécuté en fermeture de ligne pendant un mois et demi en été. Une situation confortable qui a permis d’approcher un rendement moyen de renouvellement de voie de 1 400 m au quotidien. Cette cadence élevée, outre la sollicitation importante des machines et des hommes en production, engendrait une implication accrue dans la logistique et la gestion des approvisionnements des bases-travaux de Lourches et Pont-à-Vendin. Hormis cette période, tous les RVB ont été réalisés de nuit. Le plus difficile a été celui de Dole – Dijon. La voie contiguë restait circulée une partie de la nuit et les nombreux obstacles, tels que quais de gare et ouvrages d’art, compliquaient le dégarnissage.
     
    La pose des voies sur la plateforme de la LGV SEA sera le programme phare de TSO
     
    Même constat sur le chantier dijonnais pour TSO, le partenaire de Colas Rail sur le lot n° 1 de suite rapide. « A cause d’une anticipation et préparation trop superficielles compte tenu des contraintes sur cette ligne, qui avait fait l’objet de traitements en étanchéité de nombreux ouvrages d’art. Beaucoup de zones à traiter en gabarit réduit ont imposé des intervalles simultanés dont l’obtention a été difficile compte tenu du trafic fret la nuit ». Mais la totalité du linéaire programmé a été réalisée dans les délais et, en complément, quelques tronçons hors suite au passage de la ligne de production ont même été exécutés sur un peu plus de 2 km. TSO poursuit son ambitieuse politique d’investissement. Deux locomotives G 1206 par an depuis 2012 et jusqu’en 2016 pour renouveler et renforcer son parc actuel. En 2014, une bourreuse mixte voie et appareils de voie, 21 wagons trémies à ballast équipés télécommandés… Dans le cadre du projet Cross Rail à Londres, la société a acquis un train béton complet avec wagons spéciaux d’approvisionnement des agrégats et un camion rail-route de confection de soudures électriques. Elle envisage un dispositif innovant de renouvellement mécanisé d’appareils de voie. Mais surtout, hormis les suites rapides sur le réseau classique, le chantier phare en 2015 pour l’entreprise concerne le démarrage de la pose des voies sur la plate-forme de la LGV Sud-Europe-Atlantique dont les bases-travaux de Villognon et Nouâtre viennent d’être mises en service. Le groupement sur SEA est composé de TSO (mandataire) et de ETF pour l’ensemble des travaux de superstructures ferroviaires.
     
    Transalp Renouvellement conduira les travaux sur Belfort et Saint-Etienne – Lyon 
     
    La campagne de régénération 2014 a permis à Transalp Renouvellement d’achever les mises au point de l’ensemble de ses matériels nouveaux, d’améliorer les process et de réaliser des chantiers plus complexes, comme la ceinture de Metz au cours de l’été. « Il a été le plus difficile avec des changements permanents de zones, des plateformes multiples, des changements de sens de travail, des zones sans la voie contiguë en simultanée ». Mais avec le sentiment « d’avoir fait un sans-faute à la reprise après chaque période de révision ». La société a réalisé tout le linéaire de renouvellement programmé et même un peu plus puisqu’une grande partie du chantier de Pau qu’elle n’avait pas pu achever en 2013 a été rattrapée. Les rendements atteints par son train P95 se sont élevés, selon les chantiers, en moyenne entre 220 m/h et près de 300 m/h. En 2014, elle a achevé la mise au point de sa rame de ramassage des rails, complété son parc de convoyeurs WAC constitués de bandes transporteuses du ballast usagé, acquis des pelles pour le conditionnement des traverses et divers autres outillages. Transalp Renouvellement, qui, comme ses homologues, a quelques craintes sur les risques potentiels d’intempéries à la rentrée et l’augmentation demandée des rendements journaliers, va traiter deux grands chantiers en 2015 : Belfort pendant cinq mois et Saint-Etienne – Lyon durant sept mois.
     
    Activité forte sur la LGV nord pour Meccoli 
     
    Comme l’année précédente, 2014 a été une réussite pour Meccoli. L’ensemble des chantiers de suite rapide a été réalisé dans les délais et « nous avons respecté les objectifs que nous nous étions fixés. En régularité, un respect total des engagements pris avec la SNCF en ce qui concerne les restitutions chantiers, mais aussi sur la fiabilité du matériel. En qualité sur l’ensemble des chantiers. En sécurité, il n’y a pas eu de problème majeur ». Sur ce dernier plan, l’entreprise a d’ailleurs été certifiée ISO OHSAS 18001 (sécurité) en 2014. Tous les chantiers auront eu leurs particularités. En début d’année, celui de Toulon – Le Luc (27 km) a été marqué par les très fortes perturbations météorologiques. La base de formation des trains travaux de Carnoules a notamment été inondée et de fortes précipitations ont eu lieu ensuite. Sur la région de Paris Saint-Lazare, les 17 km renouvelés entre Argenteuil et Mantes-la-Jolie ont eu, comme cela avait été le cas l’année précédente, une consonance « zones denses ». « Ces deux chantiers 2013 et 2014 ont permis à l’entreprise d’appréhender toutes les difficultés qui vont être rencontrées sur les futurs travaux en zones denses ». Entre Lyon et Ambérieu, le chantier de 77 km effectué pendant quatre mois de nuit, a précédé celui de 38 km entre Laon et Tergnier, « le premier chantier de jour depuis le début de l’année : cela a fait du bien aux hommes ! ». Depuis mi-novembre Meccoli a démarré la suite entre Laon et Reims, réalisée là aussi en journée pendant ce mois de janvier. Outre des remplacements d’appareils de voies en zones denses à Paris Nord et Paris Sud-Est, elle va aussi mener une activité semblable sur la LGV Nord.
    Dossier réalisé par Michel BARBERON

     

  • Le face-à-face Bussereau/Savary. Le réseau après la réforme

    Le face-à-face Bussereau/Savary. Le réseau après la réforme

    La réforme ferroviaire est votée. Reste à affronter de sérieuses difficultés. Le modèle TGV est contesté.  Quelle consistance, demain, doivent avoir les dessertes ? Quelle répartition entre les TGV, les TER, les TET et les cars ?   

    Le ferroviaire en difficulté

    Par Dominique Bussereau 

    Député UMP de Charente-Maritime, président du conseil général de Charente-Maritime, vice-président du Gart

    Depuis l’alternance politique de 2012, notre système ferroviaire et son environnement économique sont mis en danger par des décisions contestables qui seront pour certaines abrogées si une alternance nouvelle survient en 2017.

    – Le rapport Mobilité 21 ou rapport Duron : il a proposé de renoncer au Schéma national des infrastructures de transport (Snit) pourtant adopté à la quasi-unanimité par le Parlement. Il condamne ainsi la Normandie, Toulouse, remet en cause nos accords diplomatiques avec l’Espagne et nuit gravement à l’aménagement du territoire.

    Il est d’ailleurs de bon ton aujourd’hui, dans la majorité, de condamner les quatre grands chantiers de LGV : Tours – Bordeaux, Le Mans – Rennes, Lorraine – Strasbourg, Nîmes – Montpellier. Mais quelle serait la situation de l’emploi sans ces chantiers ? Que vont devenir les 60 000 futures victimes de licenciements que la Fédération nationale des travaux publics prévoit dans les années proches ?

    – La réforme ferroviaire : étatiste, « de gauche » comme l’a qualifiée le Premier ministre Manuel Valls, anticoncurrentielle, antieuropéenne avec des décrets d’application déjà remis en cause par l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf), elle devra être abrogée pour partie dès 2017.

    – L’abandon de l’écotaxe, mettant en œuvre le principe pollueur payeur, permettant le financement des infrastructures autres que la route et le développement des transports de proximité est une faute politique très grave et la victoire d’une démagogie irresponsable et insupportable.

    De plus les responsables publics qui ont pris cette décision coupable sont aujourd’hui en situation d’être accusés du grave délit de concussion, pour ne pas percevoir une ressource pourtant votée par le Parlement.

    60 000 emplois en moins dans les travaux publics, 10 000 menacés dans l’industrie ferroviaire du fait du quasi-arrêt de commandes de matériel : le bilan est lourd, les perspectives catastrophiques.

    Parallèlement, d’autres grands dossiers sont en déshérence :

    – Le fret ferroviaire de la SNCF se consume chaque jour comme une bougie chancelante, seuls quelques opérateurs privés émergeant dans la déroute et la politique de report modal étant quasiment abandonnée.

    – Les TGV : après les avoir adorés, la SNCF a tendance à les brûler. Pis, elle renâcle à devoir exploiter demain de nouvelles lignes à grande vitesse, préférant il est vrai payer des péages maigrelets sur des voies ferrées construites au XIXe siècle et électrifiées au XXe, que de transporter vite et confortablement les clients du XXIe !

    Relayée par la Cour des comptes qui, avec une approche purement comptable dans un rapport marqué par la méconnaissance du système ferroviaire et des nécessités d’aménagement du territoire – à juste titre dénoncé dans ces colonnes en décembre dernier par Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des usagers du transport (Fnaut) –, la SNCF prend peur : devant la concurrence du low cost aérien, du covoiturage, bientôt de l’autocar ! Pourquoi ? Parce qu’à part la réussite de Ouigo, elle n’a pas amélioré suffisamment depuis 1981 la qualité de son service à bord et, à quelques rares et remarquables exceptions, transformé ses gares en véritables centres commerciaux attractifs et dégageant des profits.

    – Les TER : l’heure de vérité approche. Les Régions renâclent à payer, ne respectent pas leurs engagements d’achat de matériels neufs tandis que les clients sont souvent insatisfaits du service. Dès 2016, aussitôt après les élections régionales, nombreuses seront les nouvelles équipes (quelle que soit leur sensibilité) à décider d’ouvrir leur réseau à la concurrence, de manière expérimentale ou plus globale, et à faire baisser le coût parfois jusqu’à 40 %.

    – Les TET : la situation est catastrophique. Les trains de nuit sont à bout de souffle, les lignes transversales comme radiales toutes déficitaires. Sur ce dossier, le Gouvernement a pris le taureau par les cornes et nous travaillons au sein d’une Commission présidée par Philippe Duron, à essayer de proposer des solutions concrètes en termes de financement, de dessertes ou de matériels. J’espère que nous y parviendrons.

    Le ferroviaire est-il en difficulté ? Hélas oui, à cause de mauvaises décisions politiques et malgré la qualité des hommes qui s’efforcent malgré tout de le faire fonctionner et de continuer à développer le rail, vaille que vaille.

     

    L’insoutenable vulnérabilité du chemin de fer

    Par Gilles Savary 

    Député PS de la Gironde et ancien vice-président de la commission Transport du Parlement européen

    Enfant de la révolution industrielle du XVIIIe siècle pour acheminer du fret lourd, le chemin de fer s’est reconverti avec bonheur au XXe pour accompagner les congés payés et le développement fulgurant de la mobilité des personnes.

    Depuis lors, les ménages s’étant largement motorisés, le chemin de fer a une nouvelle fois démenti les augures de son déclin, grâce à la grande vitesse sur longue distance et aux développements des trains express régionaux sous l’impulsion, particulièrement dynamique, d’une décentralisation confortée par la loi du 4 août 2014 portant réforme ferroviaire.

    Pour autant, son environnement socio-économique s’est spectaculairement modifié depuis les débuts de la crise financière de 2008 :

    − adoption par les usagers de stratégies adaptatives à la baisse de leur pouvoir d’achat visant à préserver leur mobilité par le recours à des solutions « low cost » difficilement soutenables pour un mode de transport lourd à coûts fixes considérables ;

    − simultanément, la corne d’abondance de l’Etat et des subventions sans limite qui servaient d’ajustements automatiques et insouciants aux investissements malencontreux ou aux déficits d’exploitation, s’est durablement tarie ;

    − enfin l’adaptation technologique spectaculaire de l’automobile et de ses motorisations aux défis environnementaux, et plus encore les perspectives ouvertes par les motorisations électriques, souffrent désormais la comparaison avec le chemin de fer sur le plan de l’empreinte écologique.

    La conjonction de ces évolutions débouche sur un constat bouleversant : Le train ne dispose plus d’avantage indiscutable que dans l’accès aux centres d’agglomération denses.

    Son avenir le plus assuré, mais aussi le plus stimulant, est probablement celui du mass transit, dans une perspective résolument intermodale qui mêlera tout à la fois des considérations de mobilité et d’urbanisme.

    Dans tous les autres registres de la mobilité – longue distance grande vitesse, Intercités moyenne distance, TER de rase campagne et fret – il est confronté à de redoutables challenges.

    L’exemple de l’Europe du Nord suggère que l’avenir du fret ferroviaire, dans des pays où l’industrie lourde se fait rare, ne peut s’envisager que comme une prestation de service intégrée à des transports multimodaux, routiers et surtout maritimes.

    Il est coutumier d’objecter que l’avenir du rail dépend de choix politiques. Autrement dit, de plus de subventions d’investissement et d’exploitation, nonobstant les 13 milliards dont il bénéficie bon an mal an. Et conjointement de toujours plus de taxation de la route qui en acquitte déjà plus de 30 milliards par an.

    Mais l’état de nos finances publiques, comme la résistance à l’impôt qui s’est notamment manifestée par le fiasco de l’écotaxe, montrent suffisamment les limites de l’incantation politique.

    Comme tout organisme vivant, dans un monde en évolution permanente, c’est par son adaptation aux réalités qui l’entourent (marché, attentes des usagers, nouvelles concurrences…) que le système ferroviaire trouvera son salut.

    A cette condition, il restera un grand atout de la France, en matière de mobilité de service public, mais aussi de capacité à exporter son inestimable savoir-faire, auprès des milliards d’êtres humains qui accèdent tout juste à la liberté de mouvement, de par le vaste monde.

     

  • « Une révolution  est en cours dans  les transports »

    « Une révolution est en cours dans les transports »

    Pour Guillaume Pepy, désormais président du directoire de SNCF, les nouveaux usages de l’automobile, le développement du low cost aérien et celui du bus forcent à repenser les modèles. Le train doit absolument baisser ses coûts pour rester dans le marché. Et le groupe SNCF, reconfiguré à la suite de la réforme ferroviaire, officiellement créé
    le 1er janvier 2015, a l’ambition de devenir la référence mondiale des mobilités.

    Ville, Rail & Transports. La nouvelle SNCF naît officiellement le 1er janvier 2015. Elle sera totalement opérationnelle en juillet. Que reste-t-il à faire d’ici là ?

    Guillaume Pepy. La bonne nouvelle, c’est la naissance du nouveau groupe le 1er janvier 2015. Je crois que l’on peut en tirer un sentiment de fierté collective. Et affirmer que, au-delà de la loi du 4 août 2014, cela a été possible grâce aux efforts et à l’engagement de tous les cheminots.

    Cela fait deux ans que la réforme est en marche. Les débats en interne ont été et sont nombreux car nous vivons un moment historique.

    Je relève aussi que la loi nous appelle maintenant SNCF et non plus Société nationale des chemins de fer. C’est un beau nom, qui claque bien, pour un grand champion industriel français, à l’image des EDF, Areva, Thales…

    SNCF, c’est un groupe ferroviaire, mais pas seulement car il couvre toutes les mobilités. Et c’est un groupe français qui a l’ambition d’être la référence mondiale des mobilités. Le ferroviaire et la France sont nos racines et nous ne l’oublions pas. Mais l’arbre et le feuillage montent au-delà.

    Depuis le vote de la loi, nous étions dans une phase de préfiguration de la nouvelle SNCF. Début janvier, nous entrerons dans une phase de mise en œuvre et après le 1er juillet 2015 nous serons en vitesse de croisière. Que reste-t-il à faire d’ici au 1er juillet ? Il faut mettre en place les nouveaux systèmes de gestion du personnel et de comptabilité, puisque 160 000 cheminots seront affectés aux trois Epic au 1er juillet 2015.

    Surtout, nous créons un opérateur de réseau qui va compter 50 000 personnes, et un opérateur de mobilité qui en comptera 200 000. C’est une énorme opération. Peu d’entreprises connaissent une telle transformation en si peu de temps. Qu’il y ait actuellement une période d’ajustement, des débats, c’est normal.

     

    VR&T. 10 000 personnes environ pour l’Etablissement public de tête. Certes, il y a les effectifs de la Surveillance générale, mais n’est-ce pas énorme ?

    G. P. Il y aura 480 personnes pour les fonctions de pilotage économique, financier et social au sein de l’Epic SNCF. C’est le format normal d’une holding. Des centres de compétences auront une mission d’appui au pilotage. Cela représente 1 000 agents. Les centres de services, comme la paie, la comptabilité, les achats, les systèmes d’information compteront 2 600 personnes. La Suge quant à elle, regroupe 3 000 personnes, et il y a 2 000 agents médico-sociaux (médecins, infirmières, agents familles…).

     

    VR&T. La SNCF a adressé aux cheminots un shéma de la nouvelle organisation industrielle du groupe en cinq branches, où Réseau n’a l’air d’être qu’une composante parmi d’autres du groupe. Ne tordez-vous pas la loi ?

    G. P. Il s’agit d’une décision d’organisation interne qui ne contrevient à aucune des dispositions de la loi et ne remet absolument pas en cause l’indépendance du gestionnaire d’infrastructure. Cette indépendance est d’ailleurs garantie par les règles européennes, la loi, les institutions, le CA de SNCF Réseau et par le régulateur.

    L’organisation en cinq activités industrielles et commerciales correspond parfaitement à la diversité des métiers du groupe.

    Jacques Rapoport est à la fois président de SNCF réseau et président délégué du directoire de SNCF, Epic de tête. Il exerce l’ensemble des responsabilités prévues par la loi sans aucune ambiguïté notamment la responsabilité de la communication de cet Epic.

     

    VR&T. On parlait d’un élu pour présider le comité de surveillance de l’Epic de tête SNCF. Ce sera finalement un industriel avec la nomination de Frédéric Saint-Geours, alors que les présidents de région réclamaient plus de pouvoirs dans la gouvernance. Est-ce conforme à ce que vous souhaitiez ?

    G. P. Le gouvernement a choisi le profil d’un homme d’entreprise, très expérimenté, un industriel. Lorsqu’en décembre dernier, Jacques Rapoport et moi avons pour la première fois rencontré Frédéric Saint-Geours, nous avons « calé » nos rôles respectifs. Frédéric Saint-Geours a passé 20 ans chez Peugeot. Il a été membre du directoire et cohabitait avec un président du conseil de surveillance. Il est au conseil de surveillance et aura à ses côtés un président et un président délégué du directoire. C’est donc un fonctionnement qu’il connaît bien.

     

    VR&T. Pensez-vous qu’il comprendra mieux les grands choix de SNCF qui s’affirme de plus en plus comme groupe multimodal, modifie son « mix » modal en s’ouvrant de plus en plus au bus, au car, au covoiturage. N’est-ce pas au détriment de son ancien cœur de métier ?

    G. P. Les attentes de mobilités en France et dans le monde sont très fortes. Les clients sont tout aussi exigeants à notre égard. Plus que jamais SNCF doit être proche des Français, et le service public rendu doit atteindre un haut niveau de qualité, au moindre coût. Chaque jour nous transportons 10 millions de voyageurs dans le monde. En 2020, ils seront 15 millions. Et pour 90 % de ces voyageurs, ce sont des déplacements du quotidien. Il s’agit donc de rendre le service public moins cher à la fois pour les clients et les collectivités.

    En même temps, nous développons des offres porte-à-porte. Le digital est un atout indispensable pour créer de nouveaux services personnalisés. C’est ce qu’attendent les clients : mon voyage à moi et des conseils en temps réel. C’est l’une des missions de Barbara Dalibard à la tête des activités voyageurs et d’Yves Tyrode, récemment nommé CDO (chief digital officer). Par exemple, le lancement de l’application unifiée en début d’année permettra au client d’avoir tous les trains dans une même application.

    Autre priorité, notre groupe doit être un champion à l’international, aux côtés de la Deutsche Bahn. La France des transports est déjà l’un des trois pays qui comptent sur les marchés internationaux. Nous avons aussi la chance d’être acteur d’un marché en pleine croissance. Et cette croissance, les Français et les Allemands peuvent la préempter. C’est la clé de l’emploi et de la technologie.

    La SNCF aujourd’hui s’exporte à 25 % de son activité. L’objectif est de passer au tiers en 2017, puis à 50 % sur le long terme, dont 25 % en Europe et 25 % dans le reste du monde. Nous représentons l’un des trois pays qui comptent dans l’exportation des transports.

     

    VR&T. Comment ferez-vous pour baisser les prix ? Dans quelle mesure allez-vous vous inspirer de Ouigo pour baisser vos coûts de production et répondre ainsi à la demande des voyageurs ?

    G. P. Une révolution est en cours dans les transports. C’est à la fois une révolution du haut-débit et une révolution des usages. Il faut trouver des solutions pour faire passer plus de trains et transporter plus de voyageurs. Ouigo, c’est près 30 % de coûts de production en moins. Ce qui permet des offres à partir de 5 euros pour les enfants. Et c’est 91 % de clients satisfaits ! Nous allons d’ailleurs étendre Ouigo à partir de 2016 sur Nantes et plus tard sur Bordeaux et Strasbourg.

    Nous allons développer également le service Intercités 100 % Eco sur Paris – Bordeaux et Paris – Strasbourg avec des tarifs très attractifs.

    Pour réduire nos coûts, il y a plusieurs leviers dont la productivité du matériel et l’organisation du travail. Avec Rachel Picard, la patronne de SNCF Voyages, nous avons défini un objectif : diminuer nos coûts de 13 % sur les trois prochaines années. Ce qui passera notamment par de nouveaux roulements des rames. C’est ce qu’on est en train de faire dans le cadre de nos plans de performance.

     

    VR&T. Où en sont ces plans de performance ?

    G. P. Nous en avons lancé trois, sur les frais de structure, la performance industrielle et la performance commerciale. En 2015, sur les frais de structure, nous aurons réalisé 465 millions d’économies. Il nous restera 235 millions d’euros à réaliser en 2016 pour arriver à l’objectif de 700 millions. Notre plan industriel prévoit 1 300 millions d’euros d’économies d’ici 2020. Et le plan de performances commerciales, 300 millions d’euros. Tout cela pour parvenir à réaliser un meilleur service moins cher.

    J’ai l’obsession de la compétitivité. Si l’on veut que le train reste dans le marché, il faut réduire les coûts pour abaisser les prix. Sans cette révolution des prix, le train pourrait perdre des parts de marché.

     

    VR&T. Le monde industriel du ferroviaire est inquiet. Il dépend en grande partie, pour le maintien des sites nationaux, des commandes de la SNCF. Or les industriels et leur fédération regrettent un changement de cap dans la stratégie de la SNCF : la commande du siècle annoncée il y a des années pour le renouvellement des TGV s’est réduite comme peau de chagrin, les options de TER ne sont pas prêtes à être levées. Quelle visibilité la SNCF peut-elle donner aux industriels et à toute la filière ?

    G. P. Il y a eu un renouvellement historique du matériel ferroviaire en France depuis environ dix ans. Les régions ont dépensé 8 milliards d’euros. Fin 2016, presque 90 % du matériel sera neuf ou rénové. De son côté, la SNCF a fait un gros effort pour le fret puisque toutes les locomotives sont neuves. Restent, en Ile-de-France, le marché du RER E, évalué à 1 milliard d’euros et pour le territoire national les trains Intercités qui doivent être renouvelés à un coût estimé entre 1 et 2 milliards d’euros. Sans parler du TGV pour lequel nous avons et continuerons à avoir 11 livraisons par an.

    On sait aussi qu’en faisant des efforts de productivité, nous utiliserons mieux le matériel. Et c’est tant mieux pour les clients et les régions.

    Il reste l’exportation : est-ce que les industriels n’auraient pas intérêt à avoir des matériels moins haut de gamme et moins sophistiqués ? C’est une question qu’il faut poser aux constructeurs.

     

    VR&T. Quel message souhaitez-vous faire passer à la commission sur l’avenir des TET, présidée par Philippe Duron, qui a été lancée par le gouvernement ?

    G. P. Nous croyons aux trains d’équilibre des territoires. Cependant, il faut clarifier les missions d’Intercités, trains rapides desservant les principales agglomérations sur les lignes classiques par rapport aux missions des TER.

    Et quand il n’y a pas suffisamment de trafics, il faut envisager d’utiliser un bus. C’est le cas sur Bordeaux – Lyon par exemple : il y a tellement de travaux sur cette liaison ferroviaire qu’à certaines heures, l’hypothèse d’un recours au bus doit être envisagée.

    Il y a dix ans, on disait que le train l’emporterait car on pensait que la voiture, c’était fini, et que l’avion était trop cher. Aujourd’hui, le train est confronté à de nouvelles formes de concurrence. La voiture s’est transformée non seulement technologiquement mais aussi et surtout dans ses usages : covoiturage, autopartage, libre service… Il faut aussi compter avec les bus et enfin avec les low cost aériens qui ont accaparé 50 % du marché aérien en France. Cette révolution n’était pas prévisible il y a seulement trois ans. Elle va faire baisser les prix.

    Nous disposons de trois atouts : les Français aiment le train, la SNCF a la capacité d’adaptation et elle a anticipé tous ces mouvements. Nous sommes dans toutes les mobilités.

     

    VR&T. Plusieurs scénarios sur l’avenir du TGV sont étudiés par la SNCF. Le récent rapport de la Cour des comptes met en cause la pertinence du modèle actuel. Où en êtes-vous sur cette réflexion ?

    G. P. Deux idées sont désormais acquises. Première idée : c’est la fin du tout TGV. Le développement du TGV ne peut plus se faire au détriment de la modernisation du réseau existant.

    Deuxième idée, c’est la fin du TGV à tout faire. Nous avons élaboré des scénarios pour démontrer l’absurdité de certaines situations : il est absurde d’utiliser un TGV pour faire du transport régional. Une rame TGV coûte 30 millions d’euros alors qu’un TER coûte entre 6 et 11 millions d’euros.

    Il faut trouver la meilleure articulation possible entre les différents modes de transport. La nouvelle commission Duron s’intéresse à ces questions puisque son champ d’intervention ne couvre pas seulement les TET mais l’ensemble des dessertes, des TGV et des TER… avec entre autres, l’objectif de clarifier les missions.

     

    VR&T. Où en est Fret SNCF ?

    G. P. Il y a cinq ans, c’était une activité moribonde, avec une très mauvaise image. Fret SNCF perdait près de 400 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 1,3 milliard d’euros.

    Le travail réalisé par Sylvie Charles, sans faire de bruit, est remarquable. Le taux de satisfaction des chargeurs a augmenté de plus de 20 points, passant de 60 à 81 points et les pertes opérationnelles ont été divisées par trois. Nous devrions enregistrer une perte inférieure à 120 millions d’euros cette année et nous tablons sur moins de 100 millions dans nos perspectives 2015.

    Parallèlement, la chute de l’activité est stoppée. Dès 2015, les volumes devraient augmenter de plus de 2,5 %. Fret SNCF regagne des marchés, notamment face à EuroCargoRail.

    Cela s’est fait au prix d’une remise à plat total de l’organisation du travail. Les effectifs ont été réduits de 35 % et le matériel utilisé de 40 % et nous nous sommes recentrés sur les zones de pertinence du fret ferroviaire, c’est-à-dire l’offre européenne sur les longs parcours et les autoroutes ferroviaires. Tout cela avec une forte adhésion du personnel. Les résultats sont là.

     

    VR&T. Quelle est la position de SNCF dans le cadre des négociations sur un cadre social harmonisé ? Quelles sont vos marges de manœuvre ?

    G. P. La loi a fixé un objectif : un nouveau cadre social doit être élaboré en juillet 2016. Si nous n’y parvenons pas, le Parlement pourrait légiférer. D’ici cette date, trois textes seront élaborés : un décret ; une convention collective – il y en a plus de 600 en France – et enfin un accord d’entreprise marquant les spécificités de la SNCF. Nous avons décidé que nous discuterions parallèlement la convention collective et l’accord d’entreprise, et non pas des textes les uns à la suite des autres.

    A SNCF, nous avons lancé une démarche d’écoute et de dialogue avec les salariés sur cette question : elle démarre début 2015. C’est une démarche à l’intérieur de l’entreprise pour que les attentes, les craintes et les propositions des salariés puissent être débattues. Je vais faire un tour de France des régions pour lancer cette démarche.

    Propos recueillis par François DUMONT et Marie-Hélène POINGT

  • Le face-à-face Bussereau/Savary. Autocars : le retour du modèle routier ?

    Le face-à-face Bussereau/Savary. Autocars : le retour du modèle routier ?

    Le gouvernement a annoncé cet automne qu’il allait libéraliser les liaisons longue distance par autocar, mais sans toutefois en préciser les modalités. Les régions craignent une concurrence redoutable pour les TER qu’elles financent. Nos deux députés experts nous livrent leur analyse sur cette nouvelle donne et ses implications sur le secteur des transports.   

    Une nouvelle donne pour l’autocar ?

    Par Dominique Bussereau 

    Député UMP de Charente-Maritime, président du conseil général de Charente-Maritime, vice-président du Gart.

     

    Dans un avis publié le 27 février, l’Autorité de la concurrence a plaidé la cause du transport interrégional par autocar proposant une simplification de la procédure d’accès au marché à travers l’abandon des contraintes du cabotage sur les lignes internationales, des autorisations de plein droit pour les liaisons de plus de 200 km et une clarification pour les liaisons intra-régionales. 

    Enfin, et ce n’est pas la moindre de ses préconisations, l’Autorité de la concurrence suggère une autorité commune indépendante pour la régulation du secteur ferroviaire et routier qui pourrait naturellement être l’actuelle Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf).

    Je me suis réjoui de cet avis, car en 2010, j’avais agi au sein du Gouvernement pour commencer à libéraliser le cabotage. Je partage aussi les objectifs d’une étape supplémentaire de libéralisation annoncée récemment par le Gouvernement afin d’améliorer la place de l’autocar dans les liaisons grande distance. 

    En 2013 en effet, seuls 110 000 voyageurs ont utilisé ces services soit 0,0005 % du nombre total de voyages à longue distance contre 4 % en Grande-Bretagne ou 5 % en Suède. En Allemagne, depuis sa libéralisation en 2013, le marché de l’autocar a connu une croissance exponentielle : 9 millions de passagers y ont emprunté une des 255 lignes (contre 62 seulement avant l’ouverture), les offres tarifaires étant parfois 80 % moins cher que le train. Mais il n’est pas sûr, selon la Fédération allemande des autocaristes, que beaucoup d’entreprises gagnent déjà de l’argent ! 

    Les estimations faites en France laissent à penser qu’un trajet par autocar pourrait coûter au minimum deux à trois fois moins cher que par le TGV (mais à quelle tarification du TGV se réfère-t-on ?) et créer rapidement 10 000 emplois. 

    La cause est-elle entendue et l’autocar va-t-il enfin prendre toute sa part dans le transport ?

    Il faut rester raisonnable. Michel Seyt, le président de la Fédération nationale des transports de voyageurs l’exprime avec sagesse « le transport par autocar peut aisément compléter l’offre de transport ferroviaire et faciliter la mobilité de tous… redynamiser l’ensemble des territoires et notamment ceux qui ne bénéficiaient pas d’une desserte convenable en transports collectifs… Mais… remplacer le train par le car n’est pas notre credo. Il faut un moyen de transport approprié à chaque liaison et nous sommes prêts à aller partout où l’autocar a une pertinence ». 

    Ce point de vue mesuré est d’ailleurs partagé par la SNCF, si l’on en croit une intéressante interview parue en mars 2014 dans Les Echos de Maria Harti, directrice générale de sa filiale bus iDBUS après la publication de l’avis de l’Autorité de la concurrence. 

    Par ailleurs, une étude du Certu et du Sétra, parue en septembre 2013 dans les colonnes de Ville Rail & Transports, présentait objectivement les avantages et défauts de l’autocar et du train. 

    C’est là d’ailleurs où se situe le débat !

    Beaucoup de régions réfléchissent à des transferts de compétences du train vers le car (aujourd’hui 260 lignes TER sont ferroviaires, 240 routières).

    Cette réflexion est fondée sur des critères avant tout financiers, néanmoins dès la volonté du Gouvernement connue d’ouvrir des liaisons par autocars avec des opérateurs privés, l’Association des régions de France a tonné : « Les régions seront vigilantes à ce que les choix du Gouvernement en faveur de la libéralisation des liaisons par autocars ne puissent se faire au détriment de l’action menée en faveur des TER depuis de longues années ». Etonnante langue de bois, quand beaucoup de régions préparent en catimini des transferts de TER sur les routes et refusent par pure idéologie d’ouvrir leurs réseaux à des opérateurs ferroviaires concurrents de la SNCF y compris sa propre filiale Keolis. 

    L’hypocrisie est la même concernant les trains d’équilibre du territoire (TET) que la SNCF a trop tendance à négliger. Si l’Etat veut empêcher les autocars d’y absorber bientôt l’intégralité du trafic, il faut au plus vite ouvrir ces liaisons, dont la carte doit être modernisée, à de nouveaux opérateurs. 

    Une SNCF moins monopolistique, des liaisons régionales et interrégionales ouvertes à la concurrence ferroviaire, un accès à l’autocar libéralisé, voici les éléments d’une nouvelle mobilité sur nos territoires où chaque mode , chaque opérateur pourra trouver sa juste place. 

    En tout état de cause, autocars et covoiturage seront à l’avenir des modes de déplacements à part entière de nos concitoyens.

    ––––––––––––––––––––

    Autocars : le loup dans la bergerie du rail

    Par Gilles Savary 

    Député PS de la Gironde et ancien vice-président de la commission Transport du Parlement européen.

     

    La France, comme tous les pays de la vieille Europe, est soumise à la nécessité de réduire un train de vie d’après-guerre, devenu insoutenable face à la mondialisation. 

    Augmentation des prélèvements et baisse des subventions en sont les manifestations palpables pour les ménages. Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Economie, a promis de leur « redonner du pouvoir d’achat » par la baisse des prix et des tarifs grâce aux vertus… de l’émulation concurrentielle. 

    A la suite d’un avis de l’Autorité de la concurrence en date du 27 février 2014, son successeur Emmanuel Macron en a trouvé la martingale dans le domaine des transports terrestres en annonçant une libéralisation du transport de voyageurs longue distance par autocar. 

    Ne nous y trompons pas, c’est une révolution qui se prépare, en cela qu’elle rejoint un fort plébiscite adaptatif des Français aux mobilités low cost. 

    Avec un coût de revient par siège inférieur à 2 euros au siège-kilomètre (contre 15 euros pour les TER par exemple) l’autocar longue distance va rapidement enregistrer le même succès populaire que le covoiturage ou les compagnies aériennes low cost. C’est d’ailleurs l’intention délibérée du Gouvernement qui se fixe un objectif de 5 millions de passagers annuels (contre 110 000 aujourd’hui soit 0,0005 % de part de marché), la création de 10 000 emplois et 700 millions de gains de pouvoir d’achat. 

    Si ces prévisions sont réalistes, elles emportent quelques enseignements forts : 

    • D’abord, il s’agit du grand retour politique du modèle routier après des années de bannissement environnementaliste, de tabou politique, de politiques infructueuses de transfert modal.

    • En second lieu, l’arrivée de l’autocar et de sa polyvalence inégalable dans le paysage des transports collectifs terrestres va bousculer sans ménagement et plus sûrement que la loi de réforme du système ferroviaire adoptée cet été, les résistances corporatistes qui freinent l’adaptation de la SNCF et de l’offre ferroviaire française aux attentes tarifaires et aux moyens financiers des usagers. 

    • Enfin, il valide la stratégie de Guillaume Pepy de transformer urgemment la SNCF en groupe de services de mobilité, susceptible de répondre à des attentes et à des enjeux multimodaux, à l’exemple de la création récente d’une filiale SNCF de cars longue distance, iDbus. 

    Cependant, il serait raisonnable, dans ce domaine comme dans d’autres, d’encadrer et de maîtriser les vertus attendues de la concurrence. La libéralisation des services d’autocars longue distance ne saurait se réduire à introduire le loup dans la bergerie du rail, même si c’est pour la bonne cause d’une mobilité démocratisée et accessible aux ménages les plus modestes.

    Elle invite le Gouvernement, comme les futures grandes Régions attributaires d’une double compétence rail-route, à « intermodaliser » leurs stratégies et leurs politiques de transport. 

    Ce saut décisif implique l’affirmation d’une gouvernance intermodale, si peu familière à la France, que ce soit dans la définition des dessertes, des cadencements, des obligations de service public et de droits des usagers, ou encore en matière sociale afin d’éviter que le dumping social effréné qui affecte le transport routier de marchandises ne devienne aussi l’étalon du transport de voyageurs. 

    Dès lors, la question de l’extension des missions et des compétences de l’Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires, à l’ensemble des transports terrestres, afin notamment d’en réguler les conditions de concurrence, se pose sérieusement. Il est simplement dommage que l’on expose brutalement notre chemin de fer à cette nouvelle concurrence routière, sans stimuler sa propre compétitivité par des expérimentations prudentes et maîtrisées de l’ouverture à la concurrence sur le réseau ferré national. 

    Il y aurait assurément trouvé de fortes raisons de reprendre confiance en son avenir.

     

     

  • Light Rail nord-américain : Alstom veut rattraper son retard

     

    C’est bien plus qu’une maquette grandeur nature de son nouveau Citadis Spirit qu’Alstom a présenté à Ottawa le 30 janvier…

     

    Avec ce véhicule dont 34 unités ont été commandées, le constructeur propose enfin un matériel roulant spécifique au marché du Light Railnord-américain, qui connaît une pleine renaissance depuis une trentaine d’années.

    Si Alstom a depuis longtemps pris pied sur le marché ferroviaire « lourd » nord-américain (train à grande vitesse Acela, contrats de modernisation et de maintenance) avec dix sites employant plus de 1 500 personnes, le Citadis Spirit pour Ottawa, déclinaison du tram-train Citadis Dualis, représente son premier marché de matériel roulant « léger » outre-Atlantique. « Notre expérience en Russie nous a permis de faire cette winterisation » précise Jérôme Wallut, Senior vice-président d’Alstom Transport en Amérique du Nord, qui souligne que le Citadis Spirit est à plancher bas intégral. Tout comme les Citadis produits pour les autres continents, il est « conçu pour être spécifique à chacune des villes et des communautés qu’il dessert ». Ainsi, le Citadis Spirit pour l’O-Train d’Ottawa, destiné à la Ligne de la Confédération, a été doté de vitres panoramiques et d’une climatisation adaptée aux conditions hivernales.

    Si le Rideau Transit Group a été choisi pour concevoir, construire, financer et assurer la maintenance de la première phase de cette ligne (13 arrêts sur 12,5 km, dont 2,5 km souterrains), qui doit ouvrir au printemps 2018, Alstom en assurera pendant 30 ans la maintenance du matériel roulant, après avoir assuré l’assemblage final de ce matériel au nouveau centre de maintenance d’Ottawa. Auparavant, le pré-assemblage du Citadis Spirit aura eu lieu aux Etats-Unis à l’usine Alstom de Hornell (Etat de New York), avec des composants également en provenance de France (Saint-Ouen, Valenciennes, Ornans, Le Creusot, Tarbes et Villeurbanne), d’Italie (Sesto) et de Pologne (Katowice).

    Destiné aux réseaux de Light Rail(courant continu 750 V ou 1,5 kV, vitesse maximale supérieure à 100 km/h), dont le marché compte actuellement une demi-douzaine de projets, le Citadis Spirit pourrait être rejoint dans la gamme Alstom nord-américaine par une déclinaison du X05 pour les réseaux de Streetcar. Un marché sur lequel le « tram à la française » pourrait être une carte à jouer, dans le cadre de la revitalisation des centres-villes.

    En effet, après l’abandon de tous les tramways d’Amérique du Nord dans les années 1950-60, sauf six réseaux urbains (Streetcar) et un interurbain (Interurban), une trentaine d’agglomérations ont renoué avec le tram aux Etats-Unis et au Canada depuis les années 1980. Pour 26 de ces réseaux, il s’agit de métros légers (Light Rail) connectant par des voies « lourdes » en site propre les centres-villes aux banlieues, alors que six réseaux de Streetcar, plus intégrés aux centres-villes, sont également réapparus. Sans oublier la demi-douzaine de réseaux survivants, qui ont été rénovés.

    Pays des légendaires PCC et du Buy American Act, les Etats-Unis n’ont pourtant plus vraiment de grand constructeur national de tramways depuis que les derniers Boeing-Vertol ont été mis en service. En revanche, l’allemand Siemens, le japonais Kirin Sharyo et l’italien AnsaldoBreda occupent le terrain depuis le début de la renaissance du Light Railaméricain, avec des véhicules qui brillent plus par leur aspect robuste que par leur élégance, évidemment assemblés outre-Atlantique. Breda, auquel a succédé AnsaldoBreda, a ainsi équipé quatre réseaux, dont le Muni de San Francisco dans sa totalité (151 unités). Kirin Sharyo est le fournisseur de sept agglomérations du Pacifique à l’Atlantique. Héritier de Duewag, Siemens a fourni une gamme diversifiée de matériels à 17 réseaux des Etats-Unis ou du Canada, passant d’un type standard d’inspiration Stadtbahnà l’allemande à des modèles plus lourds (déclinaisons du tram-train Avanto) ou légers (Streetcard’Atlanta). De son côté, Kawasaki s’est placé à Philadelphie. A ces précurseurs se sont ajoutés Caf au début de la décennie précédente (cinq clients dont le Streetcarde Houston), ainsi que les Tchèques Inkeon et Škoda, alors qu’un petit constructeur américain a vu le jour : United Streetcar. Dernièrement, Bombardier a décliné sa gamme de trams pour le marché nord-américain avec son Flexity Freedom, mais ne présente que Toronto et Minneapolis comme références ; ce qui montre que si le groupe est canadien, sa filiale Transport est surtout européenne !

    [email protected]

  • Entretien avec Daniel Cukierman : « Pour les Chinois, le tramway, c’est un peu la France »

    Entretien avec Daniel Cukierman : « Pour les Chinois, le tramway, c’est un peu la France »

    Le marché des transports urbains chinois est devenu incontournable pour les groupes de transport. L’ancien CEO de Veolia Transport RATP Asia, Daniel Cukierman nous en souligne les caractéristiques. Lire aussi notre dossier Chine

    Ville, Rail & Transports. Faut-il s’intéresser à la Chine quand on est un grand transporteur ?

    Daniel Cukierman. La Chine est aujourd’hui le plus grand marché mondial de transport. En volume. Pas en valeur, mais elle le sera un jour. Le premier marché en valeur est le Japon, mais il est fermé. Les Japonais disent le contraire. En tout cas, les groupes français n’y sont pas. 

    La Chine construit aujourd’hui autant de lignes de métro que l’Europe dans la première moitié du XXe siècle. Avec 550 km, Shanghai a le plus long réseau de métro au monde (et prévoit de construire 800 km de tramway, soit presque autant que l’ensemble des lignes existant en France).

    Des groupes de transport qui se veulent internationaux doivent se poser la question du marché chinois. Les groupes français ont plusieurs atouts. Ils sont internationalisés, et ils ont un savoir-faire dont la Chine a besoin. 

     

    VR&T. Quelles sont les caractéristiques de ce marché ?

    D. C. Travailler en Chine, cela prend du temps. Il faut être connu. La conception du business n’est pas la même qu’en France. Il faut prendre des risques ensemble, et cela veut dire investir ensemble. La relation de confiance met du temps à s’établir. Et il y a un côté méditerranéen. Il faut être copain. Il faut se connaître. Et puis, tant qu’on n’a pas eu de crise, on n’est pas implanté. La crise permet de remettre à plat les relations. Il faut donc oublier les habitudes de l’expatriation : on vient pour trois ans, et on change de poste…

    Jean-Pascal Tricoire, président de Schneider Electric et président du Comité France Chine, est le seul président d’une entreprise du Cac 40 qui vive en Chine, à Hong Kong. Lui aussi le dit : il faut du temps. Il a commencé à gagner de l’argent au bout de quinze ans. 

    C’est un vrai sujet. Il n’est pas si simple d’être présent quelques années et de dépenser quelques millions avant d’être vraiment dans le business.

    De plus, le cadre contractuel n’est pas clair. Un exemple. Le marché des bus est aux risques et périls. Il faut vivre des recettes… sans être maître du prix du billet, qui est déterminé par les autorités locales.

    En 1998, le prix du billet a été fixé à 1 RMB [la monnaie chinoise appelée yuan RenMinBi, ndlr]. À l’époque, c’était un bon prix. Les entreprises de bus de Hong Kong sont alors entrées dans ce marché, mais les prix ont ensuite été bloqués pendant quinze ans. 

    Vers 2005-2006, les entreprises de transport ont commencé à avoir du mal à équilibrer leurs comptes. On est alors entré dans un système de subventions : une subvention nationale, liée au prix du fuel, et d’autres, locales, qui compensent les tarifs sociaux, et parfois aussi l’achat de véhicules neufs, ou d’autres postes, selon la qualité de la relation. Rien de tout cela n’est contractuel. Le transporteur sait que le billet augmentera un jour, mais il ne sait pas quand. La subvention nationale sur le prix du fuel est en fait une subvention au transport public mais son montant n’est pas connu d’avance. Cela dit, le gouvernement l’a plutôt bien versée. 

    Il est difficile dans ces conditions de faire un business plan et de convaincre ses actionnaires.

    De plus, le transport est considéré comme stratégique, ce qui interdit d’avoir une participation supérieure à 49 % dans une JV [joint-venture, coentreprise, ndlr]. Or, selon les normes IFRS [normes comptables internationales, ndlr], une participation à 49 % ne peut pas être consolidée.

    De ce fait, la décision d’aller ou pas sur ce marché va dépendre dans chaque entreprise de la confiance qu’on a dans les managers locaux.

    Finalement, en décembre 2014, le prix du billet a augmenté. À Pékin, le bus vient de passer de 1 à 2 RMB, et le ticket de métro de 2 à 3 RMB, à quoi s’ajoute un prix au kilomètre au-delà de 6 km. Depuis, les villes chinoises adoptent ce système.

    Le gouvernement a pris le risque de cette forte augmentation. Mais, comme le prix était vraiment bas, on n’entend pas parler de mouvements de protestation. Pendant quelques années les entreprises vont gagner de l’argent.

     

    VR&T. Comment les entreprises étrangères sont-elles arrivées en Chine ?

    D. C. Veolia Transport est arrivé début 2006, profitant du fait que Veolia Eau était connu, avait investi et bien géré son secteur. En Chine, big is beautiful. Et nous avions de bonnes références. 

    À l’époque, dans le transport, le sujet, c’était le métro. La Chine cherchait un opérateur international de référence pour faire du benchmark [de l’évaluation d’entreprises, ndlr]. MTR (Mass Transit Railway), le métro de Hong Kong, est arrivé avant nous. Le modèle économique était compliqué, les villes finançant l’infrastructure, l’opérateur finançant le matériel roulant et les systèmes. Sur une ligne moyenne, à Pékin, la part de l’opérateur revenait à environ 700 millions d’euros sur un total d’un peu plus de 2 milliards. En joint-venture il fallait donc investir 350 millions d’euros, somme que les Français n’avaient pas. 

    MTR a ainsi remporté la ligne 4 du métro de Pékin. Cela a été une opération très bénéfique. En effet, l’investissement a coûté moins cher que les 700 millions prévus. De plus, les prix du billet avaient été fixés sur la base de 500 000 voyages par jour. L’opérateur avait dit : le prix du billet devra être de 5 RMB pour amortir l’investissement, couvrir les coûts d’exploitation et assurer une marge. C’était un tarif virtuel, le tarif public du métro était de 2 RMB, et les autorités payaient à MTR la différence. Il y a eu en fait beaucoup plus de voyages que prévu, plus d’un million par jour !

    Le gouvernement a trouvé que ce modèle était intéressant et ce type de partenariat public-privé a intéressé les municipalités. Il a donc été décliné dans d’autres villes. Veolia a travaillé pour se présenter sur la ligne 1 du métro de Hangzhou, mais là aussi il fallait investir, alors que Veolia s’était positionné comme opérateur… à côté de la plaque. MTR l’a emporté. Peut-être aurions-nous dû bluffer, dire qu’on était investisseur, et trouver après coup un financeur !

    Une ligne à Shenzhen a été faite aussi sur ce modèle et MTR a encore gagné.

    Maintenant, MTR gère trois lignes de métro à Pékin, va en gérer probablement une deuxième à Hangzhou et en a déjà gagné une deuxième à Shenzhen. Je pense que les Chinois ne cherchent pas aujourd’hui d’autre opérateur étranger.

    Mais le marché n’est peut-être pas définitivement fermé. Comme les salaires augmentent vite, les municipalités vont peut-être rouvrir le dossier en s’intéressant aux coûts d’exploitation. Mais, pour quelques années encore, je pense que le marché des métros ne sera pas ouvert. Si jamais les villes veulent l’ouvrir, il sera alors plus simple de faire appel au métro de Shanghai qu’à des étrangers. 

     

    VR&T. Quel marché, si le métro reste pour quelque temps fermé ?

    D. C. La niche potentielle, c’est le tramway. Les Français en font la promotion. VTRC [ancienne dénomination de la JV RATP Dev Transdev Asia, ndlr] et Alstom pour commencer. Et la joint-venture Ratp Dev Transdev Asia exploite celui de Shenyang.

    Les Chinois aiment bien venir en France. Alors, on leur montre le tramway de Paris, Keolis montre le tramway de Bordeaux, Veolia-Transdev montrait le tramway de Nice et maintenant celui de Reims. À Nice, le vice-maire de Shenyang, découvrant le tramway, a téléphoné chez lui de la place Masséna et a dit : « je veux ça chez moi ! » C’était en décembre 2011. Il voulait son tramway pour les Jeux nationaux, qui se tenaient à Shenyang, en septembre 2013. Et il l’a eu (4 lignes, 50 km). C’est vrai, il l’a fait construire dans des zones peu peuplées, avant l’urbanisation… Mais tout de même ! Soit dit en passant, le maire de Nice, Christian Estrosi, n’a pas rendu service aux entreprises françaises en mettant son réseau en régie. 

    Aujourd’hui, une vague de tramways se développe en Chine, soit dans des quartiers périphériques soit dans des zones urbaines où il n’y a pas assez de monde pour faire un métro. Et une ville qui a un réflexe d’urbanisme, comme Shanghai, va faire un tramway en centre-ville.

    Le programme de construction de tramways est énorme. En effet, les villes doivent être au-dessus de certains seuils pour avoir le droit de faire un métro. Il faut avoir plus de 3 millions d’habitants, et tant de millions de recettes fiscales. Près de 40 villes ont ce droit et bien sûr aussi celui de faire un tramway. Pour faire quand même partie des grandes qui ont « du transport par rail », les autres vont faire un tramway. Plusieurs milliers de kilomètres sont prévus et une bonne partie est déjà en construction. C’est une niche pour les Français. Pour les Chinois, le tramway, c’est un peu la France. Pour l’instant, les Chinois ne savent pas exploiter un tram. Ce n’est ni du bus ni du métro. Mais ils apprendront vite.

    Mais c’est aussi un marché plus ouvert car, comme il est apparemment moins stratégique qu’un métro, c’est moins grave de le donner à un étranger. 

    Chacun des trois grands groupes français est un expert en tramway. C’est un créneau qui devrait permettre à ces entreprises de se développer. La JV RATP Dev Transdev Asia a un avantage : elle exploite déjà un tramway avec Shenyang. Keolis en a un autre : son partenariat avec Shentong. 

    Et puis, la hausse dernièrement intervenue du prix du billet va améliorer pour quelques années l’économie de l’exploitation du transport public en général et donc du tramway.

    Propos recueillis par François DUMONT