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  • Valdunes. Les Chinois prennent pied dans l’industrie ferroviaire française

    Deux mois après la mise en redressement judiciaire de Valdunes, le repreneur du spécialiste français des roues et essieux a été choisi parmi les deux candidats encore en lice. Avec une offre imbattable, c’est le Chinois MA Steel qui a été choisi. Cette fois, les Chinois prennent pied dans l’industrie ferroviaire française.

    L’alerte avait été chaude l’an passé, quand le spécialiste des cœurs de voie Outreau Technologies, auparavant filiale de Manoir Industries, avait finalement été repris par le franco-allemand Vossloh Cogifer. Une reprise européenne pour contrer celle du repreneur chinois Tai Hai, qui avait alors dû faire face à l’opposition des deux ministres Frédéric Cuvillier et Arnaud Montebourg.

    Pas de bruit, en revanche, lorsque Valdunes, un autre équipementier français de premier ordre basé dans le Nord-Pas-de-Calais, a été repris le 30 mai dernier par un industriel chinois. En l’occurrence MA Steel, qui a été choisi par le tribunal de commerce de Valenciennes pour reprendre Valdunes, le spécialiste français des roues et essieux. Un domaine sans doute jugé suffisamment peu critique pour s’en émouvoir en haut lieu : la concurrence européenne existe en effet sur ce marché, avec Lucchini (Italie, Grande-Bretagne, Suède et Pologne), Caf (Espagne) ou Bonatrans (République tchèque), repreneur de GHH (Allemagne).

    Objectivement, l’offre du candidat chinois était la meilleure sur le papier du point de vue social et investissements – ou la « moins mauvaise », vu du CCE de Valdunes. En effet, les 487 emplois directement concernés sur les sites de Leffrinckoucke (à l’est de Dunkerque) et de Trith-Saint-Léger (agglomération de Valenciennes) sont préservés par l’offre MA Steel. En outre, cette candidature présentait un atout de taille : l’engagement d’investir 50 millions d’euros sur cinq ans. Une proposition absolument imbattable, sur laquelle le groupe helvético-ukrainien Ullys, le seul autre candidat resté en lice, ne pouvait pas surenchérir (rappelons que six candidats s’étaient manifestés début avril, dont quatre étaient encore dans la course un mois plus tard).

    Les 50 millions d’euros annoncés par le repreneur chinois seront d’autant mieux venus que l’outil de production était vieillissant, la direction de Valdunes rappelant que durant les trois dernières années du mariage en 2008 avec GHH, le spécialiste allemand des roues et essieux, seuls quelque 5 millions d’investissements avaient été consentis.

    Quoique politiquement séduisant, car « 100 % européen », le mariage GHH Valdunes s’avérera peu fructueux dans la partie française du groupe. Une source bien informée parle de « problèmes de management culturels » entre les deux parties du groupe, alors que le marché français se dérobait sous Valdunes, la SNCF ayant diversifié ses achats en signant également des marchés avec Bonatrans et Caf. Concurrencé et de moins en moins rentable, Valdunes « était devenu le maillon faible » du groupe germano-français, d’autant plus que sa modernisation s’avérait indispensable. Au bout de cinq ans, le divorce devenait inévitable : GHH a été racheté par Bonatrans, alors que la partie française est finalement reprise par MA Steel. Quant à Valdunes Belux SA, l’ancienne filiale belge du groupe basée à Seraing (province de Liège), elle reste soumise à une procédure de sauvegarde.

    Désormais, en France, il faudra parler de MG Valdunes, avec MG pour Magang, nom au long du groupe MA Steel. Employant plus de 40 000 personnes pour un chiffre d’affaires de quelque 9 milliards d’euros, ce groupe fournit déjà 80 % des roues ferroviaires en Chine, sans toutefois avoir accès au marché convoité de la grande vitesse, et se situe au premier rang de la production mondiale pour les trains de fret et locomotives. Que lui apporte Valdunes ? Dans l’immédiat, un marché géographiquement plus étendu grâce au réseau commercial mondial de Valdunes, ainsi que la possibilité de produire en France quelque 10 000 roues destinées aux clients européens de MA Steel. Mais plus durablement, ce qui motive le groupe chinois est d’acquérir les techniques d’usinage roues à grande vitesse qui donneraient directement accès aux commandes passées aux constructeurs chinois CSR et CNR. Enfin, Valdunes permet à son nouveau propriétaire de se diversifier, avec des marchés comme le métro ou le tramway. Réciproquement, MA Steel a indiqué vouloir créer un centre de recherche et développement mondial de produits ferroviaires au sein de MG Valdunes. Une délocalisation vers l’Europe qui ne serait pas une première pour un groupe asiatique : en mars, Hitachi annonçait que la Grande-Bretagne allait devenir le centre mondial de son activité ferroviaire.

    Dans le meilleur des cas, Valdunes pourrait devenir un genre de « Toyota ferroviaire », comme l’usine voisine produisant les Yaris depuis une quinzaine d’années. Au pire, une simple base commerciale. Verdict « d’ici trois à cinq ans », selon un spécialiste du secteur.

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  • Plus d’une agglo sur deux a changé de président

    Dans la foulée de l’élection des présidents des communautés urbaines, communautés d’agglomérations et autres EPCI qui s’est achevée le 2 mai, la quasi-totalité des vice-présidents responsables des transports et de la mobilité ont désormais été désignés.

    La vague bleue qui a déferlé à la tête des municipalités, qualifiée d’historique par l’UMP, a des répercussions majeures sur les exécutifs communautaires, a d’ores et déjà constaté Association des communautés de France (AdCF). Sur les 242 EPCI de France, représentant quelque 35 millions d’habitants (53, % de la population) et 5 368 communes (14 % d’entre elles), l’AdCF constate que « plus d’une agglomération sur deux – 51 % – ­ a changé de président, écrit dans sa note de synthèse Nicolas Portier, son secrétaire général. Dans près d’un quart des cas – 23 % – ceci se traduit par un changement de sensibilité politique de la présidence, très majoritairement de la gauche vers la droite, même si les exécutifs demeurent souvent pluralistes à travers des vice-présidences réparties selon une logique plus territoriale que politique. »

    Autres constats : les présidents d’agglomérations d’opposition – UMP, UDI, MoDem ou divers droite – sont désormais majoritaires « dans des rapports de force systématiquement inversés par rapport au mandat précédent ». Toutefois, malgré le rééquilibrage qui s’est fait à Bordeaux où Alain Juppé (UMP) remplace Vincent Feltesse (PS), à Toulouse où l’UMP Jean-Luc Moudenc (qui vient par ailleurs d’être élu à la présidence de l’Association des maires des grandes villes de France) reprend la place au socialiste Pierre Cohen, à Lille avec Damien Castelain (DVD) qui remplace Martine Aubry, ou encore la réélection de Christian Estrosi (UMP) à la tête de la métropole niçoise, les présidents de gauche restent majoritaires, là où il y aura les futures métropoles. Ce sont en effet bien des présidents socialistes qui dirigent les EPCI de Lyon (Gérard Collomb), Strasbourg (Robert Hermann), Nantes (Johanna Rolland), Rennes (Emmanuel Couet), Grenoble (Christophe Ferrari) ou Rouen (Frédéric Sanchez).

    Il est également des agglos où bien que la ville centre ait basculé à droite, l’intercommunalité est restée à gauche (Angoulême, Limoges, Narbonne, Maubeuge par exemple)… ou l’inverse : Avignon est resté à gauche, mais la communauté d'agglomération (CA) est présidée par l’UMP Jean-Marc Roubau. « Il y a par ailleurs souvent une logique de cogestion ou de répartition des vice-présidences entre municipalités de sensibilités différentes, note aussi Olivier Crépin, chargé de mission transports et mobilité à l’AdCF. C’est d’autant plus courant dans les agglos qui ont délégué la compétence transport à un SMTC. Il y a aussi le cas des “tickets“ avec des représentants de deux partis résultant de deals au moment du scrutin. »

    Le portage politique de la thématique transport est aussi à apprécier au cas par cas : rang de la vice-présidence transport, nombre d’élus chargés de la question (pouvant signifier dilution ou segmentation…). Exemple : « Nîmes a ajouté un VP optimisation des transports publics pour régler les problèmes avec son BHNS… », poursuit-il. Il y a aussi la question des contours de la compétence : « strictement TC ou mobilité au sens large ? Quid de l’accessibilité : les agendas d’accessibilité programmée seront-ils bien portés par l’EPCI ? Le fait d’avoir un SMTC empêche-t-il la CA de s’investir dans les questions transverses comme les PDU, l’accessibilité, le management de la mobilité ? », sont autant d’interrogations qui président à la stratégie des élus. Quant à la loi Lebranchu 2, elle ne simplifiera pas forcément la donne. « Si on va vers des CA XXL de 80 communes, la gouvernabilité des EPCI sera à examiner de près… », pronostique Olivier Crépin.
    Cécile NANGERONI

    A lire aussi : Retrouvez les nouveaux élus des agglomérations de plus de 100 000 habitants  dans notre annuaire qui sera publié dans le n° de juin (n°564) de Ville, Rail & Transports.

  • Réforme ferroviaire. Les députés renforcent l’Araf

    Un régulateur ferroviaire plus fort, c’est l’un des principaux acquis de l’examen, les 27 et 28 mai, par les députés de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire du « projet loi portant réforme ferroviaire ». Gilles Savary (PS), rapporteur, a rappelé les objectifs de la réforme : réunifier l’infrastructure, préparer la concurrence. Pour ce faire, on va former, dit-il, « une Deutsche Bahn à la française ». La solution devrait éviter de « déstabiliser le savoir-faire de la SNCF » et permettre de « stabiliser le modèle économique du ferroviaire » (qui en a bien besoin). Le gouvernement espère rendre le groupe français capable de résister à l’allemand qu’il imite. Il pourrait de plus mieux soutenir une filière ferroviaire dont l’avenir était parallèlement en discussion : la commission des affaires économiques entendait le 27 mai, sur le dossier Alstom, Christophe de Maistre (Siemens France) et Clara Gaymard (GE France).

    Former un holding ? L’alliance franco-allemande, lors de la première lecture du quatrième paquet ferroviaire au Parlement européen, a rendu légitime un projet qu’on n’avouait qu’à demi-mot. Mais si holding il y a, pour que l’opérateur historique ne bloque pas le marché et pour que la concurrence soit équitable, il faut un régulateur fort. Le rapporteur a donc infléchi le projet, avec l’aval du secrétaire d’Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier. Sur ce point, les députés UMP ou UDI peuvent rejoindre les socialistes. Certes, l’UMP affirme qu’elle rescindera le système ferroviaire en deux. En attendant, la réforme lui semble plus supportable si le régulateur est puissant. Qu’on soit pour l’opérateur historique ou pour les concurrents, il faut conforter l’Araf. Résultat : la commission présidée par Jean-Paul Chanteguet a rétabli l’avis conforme du régulateur sur la tarification de l’infrastructure que le texte initial avait supprimé, l’a étendu aux infrastructures de services et aux gares, et même à l’utilisation des services de la Suge. Moyennant quoi Gares & Connexions reste dans le giron de SNCF Mobilités, contrairement à ce que demandent, à l’exception du monde cheminot, toutes les parties prenantes du ferroviaire. Mais il ne s’agit sans doute que d’un sursis de deux ans, délai accordé avant la revoyure.

    Le renforcement de l’Araf reste limité. Un commissaire du gouvernement y sera nommé, ce qui nourrit les soupçons : « l’Etat reprend d’une main ce qu’il cède de l’autre », déplore Martial Saddier (UMP). Cependant, ce commissaire ne prendra pas part aux délibérations. Autre limite : à côté du haut comité du ferroviaire (quasi stratosphérique), sera institué un comité des opérateurs du réseau (plus terre à terre), qui tentera de mettre tout le monde d’accord au quotidien, avant de recourir en cas de besoin au régulateur.

    En définitive, l’Araf peut se satisfaire d’avoir retrouvé son pouvoir de sanction et de voir étendre le champ des avis conformes. Ceci ne l’empêche pas, selon un proche, de regretter l’arrivée du commissaire du gouvernement dont la présence va rendre les opérateurs moins causants. On trouve aussi, à l’Araf, que son rôle de régulateur économique est un peu oublié (et pour le rappeler elle organisait la veille un colloque international sur le sujet). On juge que le comité des opérateurs du réseau risque de compliquer le travail de médiation, et on s’interroge sur l’intérêt d’élaborer en plus du document de référence du réseau (DRR), une charte du réseau. A quoi bon des comités Théodule et des documents bidules ?

    Martial Saddier n’apprécie pas que la gauche dise que ses amendements sont guidés par l’Araf. André Chassaigne (PC), lui, se veut le relais des syndicats cheminots. Ils sont au moins d’accord sur un point : ce que prépare le texte. Le premier député l’approuve, le second le dénonce. Pour eux deux, la séparation entre SNCF Réseau et SNCF Mobilités n’est qu’une étape avant la suppression de l’Epic de tête. « Supprimez l’Epic de tête, redonnez à SNCF Réseau le nom de RFF, et on vote la loi », dit Martial Saddier. Autant dire qu’il ne la votera pas. L’attitude du PC, elle, pourrait varier selon le sort réservé à des amendements en séance.

    Centriste, l’UDI devrait s’abstenir. C’est la position de Bertrand Pancher, sensible aux « avancées » du texte. Le député UDI juge positifs : la définition d’une stratégie ferroviaire, le regroupement de l’infrastructure, qu’il pense de nature à s’engager dans un réel plan d’économies et de productivité, et le fait qu’il y a « plutôt » un renforcement des pouvoirs de l’Araf.
    Est-ce à la hauteur des enjeux ? « Pas certain. » Restent en surplomb les « atermoiements sur la taxe poids lourd », souligne Bertrand Pancher. Et la « timidité française » au regard de ce qu’a fait la DB il y a vingt ans : rachat de la dette, ouverture à la concurrence, changement du statut social. Triple débat « dont on ne fera pas l’économie » mais sur lequel « on ne se précipite pas ». Au total un texte « qu’il fallait faire mais qui ne va pas assez loin ». Un texte qui a tout de même pas mal bougé lors de son examen. Gilles Savary, rapporteur, se félicite de ce « travail parlementaire de plein exercice, qui pour autant n’a pas gêné le ministre ». Même si le rapporteur a fait voter des amendements contre l’avis du gouvernement. (voir dans cette Lettre confidentielle : « Savary fait voter une clause pour enrayer l'endettement ferroviaire contre l'avis du gouvernement ». )

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  • Divisions au sein de la commission d’enquête sénatoriale sur Ecomouv’

    La Commission d’enquête sénatoriale sur les modalités du montage juridique et financier mis en place pour collecter l’écotaxe poids lourds a fini par afficher ses divergences lors de la présentation de son rapport le 28 mai. D’un côté, les sénateurs UDI-UC et UMP, réunis autour de la présidente de la commission, Marie-Hélène Des Esgaulx, sénatrice UMP de Gironde, ont accordé leur approbation sans réserve au système retenu et au contrat passé entre l’Etat et le consortium franco-italien Ecomouv’. « C’était la seule solution pour ce contrat hors norme, compte tenu de sa complexité technique, a résumé Marie-Hélène Des Esgaulx. Ecomouv’ n’est pas une société étrangère mais une société de droit français. Son offre était la meilleure. » Rappelons qu’Ecomouv’ associe le groupe italien Autostrade (70 %) aux français Thales, SNCF, SFR et Steria.

    Quant à la rémunération de la société, « elle est certes importante », a poursuivi Marie-Hélène Des Esgaulx, mais elle n’est pas trop élevée car elle est essentiellement fixe : son coût au véhicule par kilomètre de 2,3 centimes d’euros est dans la norme européenne qui s’établit entre 2 et 3 centimes. Le sénateur UMP des Alpes-Maritimes Louis Nègre a rappelé que « la collecte des radars en régie coûte plus cher ».

    Mais de l’autre côté, la sénatrice socialiste Virginie Klès, la rapporteure de la commission, affiche ses désaccords dans la rédaction du rapport. Si elle admet avoir voté le rapport (la conclusion générale est que la commission d’enquête n’a pas relevé d’irrégularités dans la passation du contrat, une conclusion votée à 100 %), l'élue affirme qu'il reste quelques zones d’ombre. Elle s’interroge notamment sur les conditions financières de l'installation d’Ecomouv’ à Metz. Ses demandes de vérification de factures sont restées lettres mortes, indique-t-elle.

    Par ailleurs, toujours selon elle, il y a eu débat sur le champs de compétences d’Ecomouv’. « Le coût de la collecte est trop important », affirme-t-elle. Le rapport rappelle également que « le coût de projet [est] très supérieur à celui qui était estimé ». Pour Marie-Hélène Des Esgaulx, « le fait que le contrat de partenariat soit rémunérateur a fait perdre de vue des objectifs d’économie ».

    Le fait aussi qu’Ecomouv’ soit chargé de la conception, de la collecte et du recouvrement de la taxe a conduit l’Etat à avoir des exigences peut-être excessives, selon les sénateurs. « L’Etat demande un taux de fiabilité de plus de 99 % quand en Allemagne ce taux est fixé à 70 % et des poussières », rappelle Marie-Hélène Des Esgaulx. Les sénateurs jugent aussi qu’Ecomouv’ s’est « engagé sur des délais et des performances dont la société ne pouvait ignorer les difficultés ». Des difficultés qu’elle aurait cachées à l’Etat.

    La présidente de la commission sénatoriale critique enfin surtout la décision gouvernementale de suspension de la taxe. « C’était une décision politique, sans aucun fondement juridique, prise dans l’urgence, mal préparée, qui n’a pas mesuré toutes les conséquences sociales, financières… Le contrat, lui, n’est pas suspendu. Il continue à produire ses effets. Et l’Etat pourrait être amené à payer 950 millions d’euros au bas mot. »

    Reste désormais à connaître la position du gouvernement, alors que le mouvement des Bonnets rouges semble retrouver un nouveau souffle. Les sénateurs ont prévenu : « L’écotaxe a été votée par le Parlement. Le gouvernement ne pourra en sortir sans revenir devant nous. »

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  • Bientôt un registre national des infrastructures

    « Il y a eu un manque de dialogue évident entre la SNCF et RFF dans la période 2009-2011 » a résumé Frédéric Cuvillier, le secrétaire d’Etat aux Transports, en recevant le 26 mai le rapport des deux établissements publics sur les commandes des rames TER Régiolis et de Regio 2N passées en 2009 pour le compte des régions. « Ce manque de dialogue a nui à la bonne préparation des travaux qui devaient être effectués sur les quais », a-t-il ajouté.

    Frédéric Cuvillier, qui rappelle que « les trains étaient totalement adaptés, totalement aux normes », demande toutefois qu’à l’avenir les commandes de trains soient conditionnées par une étude d’impact sur les infrastructures. « Il ne faudra pas attendre la période d’homologation du matériel mais avoir une démarche parallèle. »

    Et il relève une « autre curiosité » : RFF ne dispose pas de registre complet sur l’infrastructure. « Les données ne sont pas actualisées », indique-t-il. D’où une autre exigence : RFF devra tenir un registre national des infrastructures.

    Pour le député UDI de la Meuse Bertrand Pancher, ce registre se fait attendre depuis plusieurs années. Selon lui, la France a jusqu’en 2015 pour se mettre en conformité avec la législation européenne. « Et cela fait maintenant plusieurs années que l’Araf (Autorité de régulation des activités ferroviaires) n’a de cesse de tirer le signal d’alarme et de réclamer ce registre d’infrastructure », écrit-il dans un communiqué du 27 mai.

    Interrogée le 22 mai par Ville, Rail & Transports, qui se demandait pourquoi la SNCF ne dispose pas de connaissances sur l’état réel du réseau grâce aux nouvelles technologies, l’entreprise répondait par une autre question : surveiller 30 000 kilomètres de lignes nécessiterait des sommes astronomiques, qui voudrait les payer ?

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  • Le face-à-face Savary/Bussereau. Réussir la réforme ferroviaire

    Le face-à-face Savary/Bussereau. Réussir la réforme ferroviaire

    Gilles Savary est le rapporteur à l’Assemblée de la loi sur la réforme ferroviaire. Dominique Bussereau, ancien ministre, a fait voter la loi créant l’Araf. Les deux députés sont des experts de la question ferroviaire. En désaccord sur le sujet.  

    Réguler mieux pour mieux administrer !

    Par Gilles Savary 

    Député PS de la Gironde et ancien vice-président de la Commission Transport du Parlement européen

     

    Alors que la réforme ferroviaire sera débattue à l'Assemblée nationale en juin prochain, la question de la place de l'Autorité de régulation des activités ferroviaires (l’Araf) créée par la loi du 8 décembre 2009, en application de la directive européenne 2011/14/CE, apparaît comme un enjeu central du débat.

    Dans le projet de loi, l’Araf consolide ses prérogatives de nomination et de révocation du président du futur gestionnaire d'infrastructure unifié, ainsi que de contrôle de l’indépendance de ses dirigeants.

    Elle gagne considérablement en prérogatives de contrôle de la trajectoire financière du gestionnaire d'infrastructures, et en particulier donnera désormais systématiquement son avis sur la soutenabilité financière des nouveaux projets d'investissement sollicités de SNCF réseau. Cette disposition vise à prévenir les dérapages politiques qui ont conduit RFF à un niveau d’endettement record tout en laissant s’effondrer le réseau historique !

    Enfin, l’Araf est confirmée dans sa mission essentielle de contrôle de l'impartialité des conditions d’accès au réseau, et particulier de la tarification (redevances) qui devrait retrouver un avis conforme, probablement étendu aux gares et aux prestations de sûreté, en débat parlementaire !

    Il est également prévisible que le Parlement maintienne au sein du collège de l'Araf des experts extérieurs à côté des membres permanents à temps plein introduits par la réforme !

    De la sorte, la France disposerait de l’un des régulateurs ferroviaires aux prérogatives, notamment économiques, les plus étendues et les plus impartiales d'Europe.

    Ainsi notre pays qui, depuis 2010, met consciencieusement en place les institutions de la concurrence tout en résistant comme nul autre à son introduction, est en passe de devenir une beauté optique européenne !

    En réalité, ce qui est en question dans la nouvelle gouvernance que la réforme française ambitionne, c'est de trouver la martingale du bon équilibre entre administrer (l'Etat), « lobbyer » (les compagnies ferroviaires, les constructeurs et les élus locaux) et réguler (l’Araf et les corps de contrôle et de résolution des conflits).

    La régulation est évidemment une créature du libéralisme et de la concurrence, quand l'administration est celle de l’Etat. La France est marquée de longue histoire par sa tradition colbertiste centralisée, peu empathique avec un monde profondément décentralisé contrôlé par des régulateurs autonomes du politique. Entre administration centrale et régulateur, ce sont deux biotopes très différents qu'il faut concilier dans la réforme.

    Mais force est de constater, quand on observe aujourd'hui l'état du réseau, l'irréalisme des investissements essaimés comme promesses au vent par l'ex-Snit, le déséquilibre financier vertigineux de RFF et la dégradation de certains services ferroviaires trop longtemps laissés pour compte, que l'Etat n'a pas été le moins défaillant dans la gestion hasardeuse d'un système ferroviaire français à bout de souffle !

    L'Araf, dans la conception qu’en envisage la loi, est là, non pas pour se substituer à l'Etat stratège et souverain, mais pour l'aider à appliquer ses propres lois et orientations, notamment en le protégeant des pressions et des clientélismes de circonstances qui ont miné, ces dernières années, les équilibres financiers de notre système ferroviaire en tenant lieu de processus de décision politique.

    Il ne serait d'ailleurs pas incongru que le régulateur rende formellement des comptes au Parlement au même titre que l’Etat, ses administrations et ses opérateurs.

    C'est donc bien un équilibre que recherche la loi, en renforçant les prérogatives et l'impartialité du régulateur, mais aussi en réaffirmant le rôle imprescriptible d'orientation politique de « l'Etat stratège » et en le protégeant de ses vieux démons !

     

    Une mauvaise réforme ferroviaire

    Par Dominique Bussereau 

    Député UMP de Charente-Maritime, président du conseil général de la Charente-Maritime, vice-président du Gart.

     

    Au moment où j’écris ces lignes le programme de travail gouvernemental et parlementaire est encore flou d’où des incertitudes réelles sur l’avenir de cette réforme.

    Faut-il une réforme ferroviaire ? L’équilibre issu de la loi de 1997 est bon car il donne à l’Etat un rôle de stratège et délimite clairement les fonctions respectives du gestionnaire d’infrastructures (RFF) et des opérateurs ferroviaires dont l’opérateur historique (SNCF).

    La loi de 1997 peut être bien évidemment améliorée en donnant à RFF la gestion complète des infras (avec les personnels de SNCF Infra), des gares de fret et des gares de voyageurs : mais… le projet de réforme du gouvernement ne prévoit rien en la matière.

    De même il est souhaitable de donner aux régions un rôle important dans la gestion des gares (avec les autres autorités organisatrices de transport (AOT) concernées, départements, agglomérations, etc.). Elles devraient pouvoir choisir leurs dessertes, le mode utilisé (train ou car), l’opérateur (SNCF ou autres entreprises ferroviaires) et avoir la propriété du matériel ferroviaire qu’elles financent.

    Rien de tout cela ne figure actuellement dans le projet gouvernemental.

     

    Les mauvais choix de la réforme

    La nouvelle organisation, trois Epic (alors qu’il faudrait passer au statut de SA) :

    – Un gestionnaire d’infrastructures unifié qui escompte, sans preuves de ce qu’il avance, réaliser des économies d’échelle alors que seul le regard extérieur de RFF permet aujourd’hui de diminuer le coût d’entretien des infras.

    – La SNCF

    – Un inutile Epic de tête, anticoncurrentiel, puisque la SNCF va y être en majesté et avoir ainsi un regard sur l’attribution des sillons, contraire aux impératifs de concurrence.

     

    Le rôle de l’Araf : ses pouvoirs sont réduits car elle ne pourra émettre un avis conforme que dans le domaine de la régulation et non plus sur la tarification comme auparavant.

    Cette réforme n’est donc pas compatible avec le vrai marché ferroviaire unique européen qui doit se mettre en place malgré les actions de retardement de certains lobbies français et allemands et des élus socialistes au Parlement européen.

    Antieuropéenne, cette réforme est aussi anticoncurrentielle car outre l’invraisemblable retour en arrière pour l’attribution des sillons, elle vise en fait à retarder une interopérabilité totale sur un grand réseau transeuropéen, lui-même supervisé par des régulateurs indépendants aux pouvoirs accrus.

    La réforme ferroviaire vise en fait à revenir à la SNCF d’antan avec un système unique et intégré : elle n’ouvre aucune perspective à la libéralisation des dessertes intrarégionales et des trains d’aménagement du territoire.

    Bien évidemment le gouvernement se verra refuser sur ce projet le soutien de l’opposition.

    De même, si en 2017 nos concitoyens choisissent l’alternance, comme ils viennent de le faire aux élections municipales, nous accélérerons l’ouverture à la concurrence, supprimerons l’Epic de tête et redonnerons à RFF son nom et sa totale indépendance.

    Il va de soi également que nous ne pourrons accepter une éventuelle convention collective qui ferait passer toutes les entreprises ferroviaires sous les fourches Caudines d’un nouveau pseudo-statut de type SNCF, dont l’adoption mettrait fin définitivement à toute concurrence au détriment des clients et entraînerait inévitablement pour eux (fret et passagers) des hausses tarifaires.

     

  • Bordeaux : hausse des tarifs du transport de 5,8% en août

    Alain Juppé, maire UMP de Bordeaux et président de la CUB, envisage une hausse de 5,8% des tarifs des transports en commun, à partir du 1er août, dont +2,8% liés à l'augmentation de la TVA, pour répondre à la baisse des dotations de l'État aux collectivités, a fait savoir la CUB, le 22 mai.

    « Il faut s'attendre pour 2015, à une diminution des recettes de fonctionnement de la CUB — liées à la baisse des dotations de l'État et à une volonté de stabilisation de la fiscalité — de l'ordre de 15,5 millions d'euros ».

    Les tarifs bordelais, assure la CUB, comptent parmi les plus bas des agglomérations de plus de 400.000 habitants. « Hausse du taux de TVA de 7 à 10%, modération des tarifs en vigueur, augmentation des charges d'exploitation du tramway, soit une hausse de 14% entre 2013 et 2014 en raison de l'extension du réseau, et un ratio recettes/dépenses nettement inférieur à celui des réseaux comparables plaident en faveur d'une révision à la hausse des tarifs », ajoute la collectivité.

    Les nouveaux tarifs doivent encore être soumis à l'approbation des élus communautaires, majoritairement à droite depuis les élections municipales de mars. 

  • « Si le gouvernement change les règles du jeu en cours de route, il faut qu’il le dise et qu’on en discute ! »

    « Si le gouvernement change les règles du jeu en cours de route, il faut qu’il le dise et qu’on en discute ! »

    Laurent Cavrois, qui était jusqu’alors directeur général adjoint de Lisea, a succédé en début d’année à Hervé Tricot au poste de président. Lisea a été retenu comme concessionnaire de la ligne nouvelle à grande vitesse SEA (Sud Europe Atlantique) Tours – Bordeaux, actuellement en construction, qui doit entrer en service en 2017. Lisea réunit Vinci, CDC Infrastructures et des fonds d’investissement.  

    Ville, Rail & Transports. Où en est le chantier ?

    Laurent Cavrois. Il a beaucoup plu ! De ce point de vue-là, 2013 n’a pas été facile, mais on prévoit toujours une mise en service en juillet 2017. Donc nous n’avons pas connu de difficultés particulières sur le terrain.

    Nous terminerons le génie civil en grande masse à la fin de cette année. En février, 84 % du terrassement total était achevé. 300 ouvrages d’art sont déjà réalisés sur 500. Sur les sept viaducs à voussoirs préfabriqués, nous en avons fini trois. Au début de l’été, nous commencerons à installer les équipements ferroviaires à partir de deux fronts, au nord d’Angoulême et au sud de Tours.

    Toutes les réalisations que nous avons menées, nous les avons conduites en partenariat avec toutes les parties prenantes, en particulier avec les élus et les associations de protection de l’environnement. Avec ces dernières, les relations sont formalisées dans le cadre d’un protocole. C’est important car la loi devient de plus en plus exigeante pour tout ce qui touche à l’environnement et prévoit des compensations en cas d’impact.

     

    VR&T. Comment se caractérise cette concession ?

    L. C. L’ensemble du projet, comme pour toute concession ou partenariat public-privé, est piloté par une société de projet, ici c’est la société concessionnaire Lisea. La société a été créée lors de la signature du contrat de concession. Elle lève des capitaux pour payer les constructeurs. Le plan de financement de 7,8 milliards d’euros prévoit 3 milliards de concours publics venant pour moitié de l’Etat et pour l’autre moitié des collectivités (plus d’une cinquantaine de collectivités ont participé). S’y ajoute un milliard de financement de RFF qui s’attend à retirer un bénéfice de la ligne qui devrait générer un accroissement du trafic sur cet axe. Enfin, 3,8 milliards d’euros viennent du privé, dont 800 millions de fonds propres.

    Ce financement a été lancé en pleine crise financière… c’est aussi le seul projet ferroviaire qui a bénéficié du plan de relance gouvernementale de Fillon dans le cadre des grands travaux lancés par Nicolas Sarkozy.

     

    VR&T. Peut-on déjà en tirer des enseignements ?

    L. C. C’est trop tôt. Mais ce que l’on peut dire, c’est que ce modèle a une vertu : il oblige à déterminer très clairement qui supporte les risques. A mon avis, c’est quelque chose que le public ne sait pas bien faire. De plus, nous devons avancer vite pour tenir les délais. Compte tenu des risques, les pressions sont très fortes.

    L’avantage d’un PPP, c’est qu’il donne tous les leviers aux sociétés concessionnaires dans tous les domaines. Lisea qui bénéficie d’une concession de 50 ans a délégué à un groupement (Cosea) la conception et la réalisation et à un autre groupement (Mesea), l’exploitation et la maintenance.

    La société de tête s’endette auprès d’investisseurs privés et de banquiers et sous-traite les deux grands risques que sont la construction et l’exploitation. Certaines concomitances dans les tâches permettent de gagner du temps.

    Sur le chantier lui-même par exemple, il n’y a pas vraiment de différence avec un chantier qui serait mené par la SNCF, que ce soit dans le management, le financement ou les risques à supporter. Mais s’agissant des ouvrages d’art, notamment des principaux viaducs à voussoir, nous avons construit une usine près de Poitiers pour les réaliser, ce qui nous permet d’industrialiser certains process. Nous ne nous lançons pas dans de grands ouvrages d’art distincts les uns des autres, ils seront selon un seul modèle, ce qui est moins coûteux et permet d’avoir une signature de la ligne : il y a un seul architecte, Thomas Lavigne, et un seul paysagiste, Bernard Lassus.

     

    VR&T. Avez-vous mis au point des innovations techniques pour faire avancer plus efficacement le chantier ?

    L. C. On nous demande de démontrer que tout ce qu’on met en œuvre est aussi performant que ce qui a été réalisé sur la LGV Est phase 1. C’est la référence. Parmi nos réalisations, Cosea a reçu le prix du meilleur déploiement de système d’information globale. Ce dispositif de diffusion transversale des informations nous permet d’informer tout le monde en même temps et d’accélérer nos process.

    Pour la maintenance, nous réfléchissons à des innovations pour en améliorer les cycles. Nous avons d’ores et déjà une orientation politique forte qui consiste à privilégier les interventions en camion et non pas en draisine. Ce choix donne plus de souplesse et permet de limiter au maximum l’immobilisation des voies et donc de ne pas être trop gourmand en termes de sillons ferroviaires.

     

    VR&T. Quelles ont été les conséquences de la crise économique sur votre modèle économique. La crise a-t-elle en particulier remis en cause vos prévisions de trafic ?

    L. C. Quand nous avons répondu fin 2009 à l’appel d’offres de RFF, nous savions que nous allions dans une crise, que nous entrions dans une phase sombre. La crise a effectivement pesé sur les besoins de déplacements. Et elle continuera de peser. La bonne nouvelle, c’est que nous observons une résilience de la demande des déplacements. Nous l’avons constaté en 2013 sur les déplacements en avion, en train ou en voiture sur l’axe du Grand Sud-Ouest : la demande est en hausse même si c’est en dessous de ce qu’on pensait. Quand on perd un point de croissance, on perd un peu moins de 1 point en termes de déplacements.

    Dans nos études et nos prévisions, nous étions encore plus prudents que ce qui s’est finalement passé sur la période allant de 2009 à 2011. Ensuite, nos prévisions tablaient sur des chiffres plus optimistes que ce qui s’est produit.

    Ce que l’on observe surtout, c’est que c’est l’aérien low cost qui progresse ces dernières années. Mais nous sommes confiants. Quand nous proposerons un trajet en train en 2 heures entre Tours et Bordeaux, nous reprendrons des parts de marché.

    On entend souvent une critique : les concessionnaires auraient tendance à gonfler les prévisions. Je vous rappelle que ce n’est pas dans notre intérêt : nous sommes obligés de garantir la rentabilité ! RFF vous le dira, nos prévisions de trafic étaient en ligne avec leurs propres prévisions.

     

    VR&T. Les décisions gouvernementales de mettre un frein aux grandes réalisations d’infrastructures de transport et le fait que le prolongement vers l’Espagne ait peu de chances de voir le jour, du moins avant un certain temps, ne risquent-ils pas aussi de mettre à mal votre modèle économique ?

    L. C. Cela ne changera rien. RFF dans sa grande sagesse a déjà prévu et nous a expliqué que, si un jour le prolongement vers Toulouse ou l’Espagne se fait, tout le surplus de trafic lui bénéficierait ! Après avoir soustrait bien sûr les surcoûts dus à la maintenance par exemple.

     

    VR&T. La SNCF a fait savoir par le passé qu’elle estimait que le niveau de péage prévu est trop élevé. Que répondez-vous ?

    L. C. Sur le plan commercial, nous sommes très peu en discussion avec la SNCF. C’est l’Etat qui a décidé de lancer des lignes en PPP. Avec une équation claire : le prix de la ligne est fixé dans le contrat de la concession et le prix du péage aussi. L’hypothèse de départ est que sur Paris – Tours et sur Tours – Bordeaux, le niveau de péage doit être homogène sur l’ensemble de l’axe. Notre péage en 2017 est déjà déterminé : il sera de 15 à 21 euros le kilomètre.

    En juin 2015, Lisea publiera le document de référence de la ligne qui viendra s’intégrer au document de référence du réseau (DDR). RFF sera chargé d’organiser les débats avec les entreprises ferroviaires. En septembre, RFF présentera son projet et les entreprises pourront faire leurs remarques. L’Araf aussi donnera son avis. A partir de cet avis, le gestionnaire d’infrastructure devra éventuellement revoir sa copie pour un nouveau document en mars.

     

    VR&T. Comment comptez-vous développer le trafic ? Peut-on envisager par exemple des TER GV ?

    L. C. Nous commercialiserons les sillons aux entreprises ferroviaires. Nous avons donc intérêt à avoir des clients, la SNCF mais aussi d’autres entreprises en Europe. Les Italiens, les Allemands, les Anglais s’intéressent au marché français. Quant aux Espagnols pour le moment, nous n’avons pas vraiment discuté avec eux.

    Actuellement 12 trains par heure (parfois même 13 trains) circulent sur la ligne Paris – Tours. La ligne est déjà saturée. Nous avons au maximum sept trains par heure sur le tronçon Tours – Bordeaux. D’après les prévisions publiques, il y aurait une quinzaine de millions de passagers annuels à l’horizon 2015 et un peu plus de 18 millions au moment de la mise en service. Ce qui représente une hausse de 20 % du trafic passagers sur Paris – Bordeaux.

    Nous, nous avons intérêt à ce qu’il y ait un maximum de trains. La concurrence a priori est pour 2019. Nous y comptons.

    En revanche, je ne suis pas sûr qu’il y ait des TER GV. Poitou-Charentes est moins densément peuplé que le Nord-Pas-de-Calais ou Rhône-Alpes, il y a donc moins de pertinence pour ce type de trafic. En revanche, il y en a pour la messagerie car c’est un axe intéressant de ce point de vue-là.

     

    VR&T. Etes-vous potentiellement concernés par la réforme ferroviaire ?

    L. C. Nous avons besoin d’un secteur ferroviaire en forme, qui ne traîne pas des milliards d’euros de dettes. Notre intérêt et celui du ferroviaire sont liés. Nous voyons d’un bon œil le rapprochement de RFF avec SNCF Infra. Mais nous avons tout de même une inquiétude car la réforme qui rapproche la SNCF et RFF pourrait prêter à un mélange des genres : que notre concédant soit en même temps notre client. Il faut que les règles du jeu soient claires et que notre concédant soit un gestionnaire d’infrastructures bien distinct du transporteur SNCF. Si le gouvernement change les règles du jeu en cours de route, il faut qu’il le dise et qu’on en discute !

    Propos recueillis par François Dumont 

    et Marie-Hélène Poingt

  • Les Grands Prix des Régions 2014

    Les Grands Prix des Régions 2014

     

    La fin d’une époque ?

    Lancé en 2000, pendant l’expérimentation qui allait faire des régions les autorités organisatrices des TER, notre palmarès des transports régionaux est le témoin de la mise en place d’un modèle évolutif. Mais ce modèle est-il durable, à l’heure des économies et de la remise en cause des régions actuelles ?

     

    L’actualité des régions et de leurs transports est très riche. Avec sans doute des conséquences sur l’équilibre instauré depuis 2002, lorsque ces régions sont devenues autorités organisatrices des TER après quatre ans d’expérimentation. Depuis, un nouveau modèle de transport public a eu le temps de s’instaurer sur le réseau ferré français, ainsi qu’autour des gares, devenues pôles d’échanges multimodaux. Le tout dans le cadre de conventions entre les régions et la SNCF. Et côté infrastructure, gérée par RFF depuis le début de la régionalisation expérimentale, les régions prennent l’initiative de maintenir ou de rouvrir des dessertes voyageurs, quitte à en payer le prix.
    La déclinaison des nouveaux services, plus adaptés aux besoins régionaux, l’amélioration de l’information, le développement de l’intermodalité et de tarifications simplifiant la vie des usagers des transports publics l’emportent sur la « balkanisation » que l’on aurait pu craindre a priori, les régions travaillant ensemble au sein de la commission transports de l’ARF. Y compris pour lancer, fin avril, l’Association d’étude sur le matériel roulant. Au-delà de l’aspiration des régions à être pleinement propriétaires des trains qu’elles paient, on peut voir la remise en cause d’un des rôles jusqu’à présent joués par la SNCF.
    En mars déjà, la publication du Manifeste des régions pour le renouveau du système ferroviaire par l’ARF mettait les pieds dans le plat en demandant à la SNCF plus de transparence sur les conventions TER et une stabilisation des coûts à service constant. Dans le cadre de la réforme ferroviaire, les régions préfèrent voir les gares chez le futur gestionnaire d’infrastructure unifié que revenir à l’exploitant SNCF. Enfin, l’ARF demande la possibilité d’une ouverture à la concurrence d’ici 2019. Et son président Alain Rousset de menacer la SNCF, fin avril, de mettre en concurrence la maintenance des trains si son coût est trop élevé.
    Pour des raisons plus financières qu’idéologiques, les régions doivent désormais limiter leurs charges d’exploitation. Ainsi que leurs investissements, ce qui rend incertaines les levées d’option sur les Régiolis et Regio 2N. Mais des solutions existent pour diminuer les coûts, telle la Régie régionale des transports Paca, qui exploite les Chemins de fer de Provence depuis janvier et pourrait peut-être reconnecter Digne au réseau ferré national sans passer par la SNCF ou RFF. Encore un exemple d’innovation induite par la régionalisation !
    Mais voilà que l’on annonce un redécoupage des régions, alors que les élections sont prévues pour l’an prochain. A peine ont-elles eu le temps de développer des modèles inédits de transports de proximité que l’existence même les régions est remise en cause.
    Alors, quitte ou double ?
    Dossier réalisé par Patrick LAVAL
     
     
     

    Un podium renouvelé et périphérique

     

    Notre classement général récompense non seulement les meilleures performances en matière de transport régional de voyageurs en 2012, mais aussi les évolutions les plus remarquables entre 2011 et 2012. Le podium, entièrement renouvelé cette année par rapport à la précédente édition, récompense trois régions périphériques : deux littorales et une frontalière. Egalement primée dans la catégorie innovation, la Bretagne revient dans le peloton de tête après un an d’absence.

     

    Grand prix d’or Basse-Normandie

    Un parc jeune et des visions d’avenir

    Après la Haute-Normandie, c’est au tour de la Basse-Normandie d’avoir les honneurs de notre podium. Les liens entre cette région et ses trains régionaux présentent une double nature : TER, dont la Basse-Normandie est autorité organisatrice et dont la convention avec la SNCF devra être renégociée en en 2015, mais aussi relations intercités avec Paris. Outre le grand axe électrifié Paris – Caen – Cherbourg, la région s’est battue pour la relation Paris – Granville, dont l’Etat est l’autorité organisatrice depuis le nouvel an 2011 (avec une convention d’exploitation SNCF jusqu’en 2030), mais dont la Basse-Normandie a financé à 100 % les 15 nouvelles rames Régiolis qui y seront mises en service cet été. Soit 148 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 20 millions d’euros pour leur nouveau site de maintenance. Le long de cette ligne, qui bénéficie d’une nouvelle jeunesse (avec, par exemple, mise en accessibilité en gare d’Argentan), il reste beaucoup reste à faire, en dépit d’une précédente modernisation intervenue il y a 15 ans déjà. A l’époque, la région avait été pionnière en mettant en service les autorails X 72500, alias X TER ; appelés à circuler sur des lignes TER, ces derniers sont maintenant remplacés sur Paris – Granville par du matériel plus récent, mieux adapté… et moins bruyant ! Son parc, le plus récent de France, explique en partie le premier rang de la Basse-Normandie au grand prix de cette année, avec un trafic en hausse (+46 % entre 2004 et 2012) et des performances honorables.
    La Basse-Normandie, dont une rame a symbolisé la mise en service du Régiolis, le 29 avril dernier à Paris, a non seulement un TER jeune, mais aussi un plan d’action, dit « Rail 2020 », par lequel elle intervient également dans la modernisation de l’axe Caen – Rennes ou les études de la ligne nouvelle Paris-Normandie. Parallèlement, la région s’intéresse à l’articulation entre la desserte par les transports publics et l’urbanisation à long terme, en particulier autour des gares (contrats de gare, projet d’écoquartier à proximité de la gare d’Audrieu, entre Caen et Bayeux).
     

    Grand prix d’argent Franche-Comté

    Plus près de la Suisse

    Cette région, dont l’axe principal est doublé depuis fin 2011 par la LGV Rhin-Rhône, a redéveloppé ses dessertes TER pendant la période dont nous étudions l’évolution, ce qui s’est traduit par la deuxième meilleure progression de l’offre. En revanche, la Franche-Comté est loin d’avoir le parc le plus récent de France. Un léger rajeunissement est toutefois intervenu avec l’acquisition de 4 autorails X 73500 d’occasion dans le cadre de conventions signées avec l’Alsace et le Nord-Pas-de-Calais. Et pour 2013-2017, une nouvelle convention a été signée avec la SNCF.
    Depuis décembre 2012, l’offre s’est enrichie de deux relations expérimentales vers la Suisse au départ de Pontarlier, vers Travers et Vallorbe, respectivement exploitées par les CFF et la SNCF. Ces deux relations matinales, qui permettent aux frontaliers de gagner des zones d’emploi dynamiques et des correspondances avec le réseau ferré suisse, bénéficient d’un conventionnement spécifique et d’un financement réparti entre la Franche-Comté (22 %) et le Canton de Neuchâtel (78 %) pour la première et entre Franche-Comté (2/3) et le Canton de Vaud (1/3) pour la seconde. Au passage, la desserte Pontarlier – Vallorbe marque un arrêt de plus depuis décembre 2013 dans la gare de Labergement-Sainte-Marie, rouverte après près de 40 ans de fermeture. Pour pérenniser ces services transfrontaliers, fréquentés par près d’une centaine de voyageurs par jour, la région a des échanges avec les associations de travailleurs frontaliers et certains employeurs suisses pour encourager le report modal et offrir une tarification spécifique avec un titre commercialisable via Internet également proposé en version mensuelle et annuelle.

     

    Grand prix de bronze Bretagne

    Innovation et qualité de service

    Année après année, la Bretagne ne cesse de présenter les meilleurs taux de régularité et de réalisation de l’offre. Et son parc, déjà largement renouvelé, est appelé à rajeunir encore avec 17 rames Regio2N. L’arrivée de ces rames aura lieu d’ici celle de la LGV, en 2017, au terme d’une période qui vient de faire l’objet d’un prolongement de quatre ans de la convention TER 2007-2013. 
    Côté innovation, la Bretagne poursuit des projets de longue haleine. Le comptage des voyageurs a été mis en œuvre en 2013, initiative saluée cette année par notre Grand Prix de l’Innovation. Pionnière de la billettique multimodale (KorriGo), elle a mis en place à la rentrée 2013 une formule simple et économique (8 ou 15 euros selon la distance) pour les trajets occasionnels effectués en TER par les moins de 26 ans. Depuis mi-2013, en complément des investissements engagés pour rendre son réseau TER accessible en 2015, la Bretagne expérimente, avec la SNCF et des associations, le service d’assistance Accès TER destiné aux PMR. Enfin, la Bretagne, en partenariat avec le Morbihan et la communauté de communes du Pays de Guer, a inauguré un premier point d’arrêt routier « qualitatif et multimodal » au lieu-dit Val Coric, sur la ligne Rennes – Pontivy, le long d’une deux fois deux voies. Un point comprenant parking, arrêt de car aux normes PMR, taxi, wi-fi et toilettes sèches, voire ultérieurement parc à vélos et borne de recharge pour véhicules électriques.
    Patrick Laval

     

     

    Les Grands Prix thématiques

    Huit catégories font l’objet de prix thématiques cette année. Pour chacunes d'elles, nous avons demandé aux régions de présenter leurs réalisations des années 2012-2013, avant d’inviter les membres de notre panel d’experts (consultants, représentants d’usagers, du Gart et de l’ARF ainsi que la rédaction de Ville, Rail & Transports) à choisir les réalisations les plus dignes d’être mises en valeur. Les résultats ont été très serrés dans les catégories « gare intermodale », « services voyageurs », « mobilité durable » et « communication ».

     

    Innovation Bretagne

    Comptage à bord des trains

    Pour mieux connaître la fréquentation de son réseau et continuer de développer l’offre en répondant aux besoins réels de déplacements, le conseil régional a décidé de se doter d’un système de comptage automatique de voyageurs. En effet, le dispositif existant, qui s’appuie sur trois vagues de comptage manuel par an, est nettement insuffisant pour appréhender la performance et la pertinence du transport régional de voyageurs (vision ponctuelle, données peu fiables et ne permettant pas ou peu de comparaison d’une année sur l’autre).
    L’approche retenue est inédite au niveau national : c’est la région elle-même qui a passé un marché public pour l’acquisition et l’exploitation du système de comptage (septembre 2011), s’assurant ainsi un contact direct avec le prestataire et un accès aux données brutes. Pour autant, l’ensemble du projet a été mené en lien étroit avec la SNCF, qui s’est vu confier la prestation d’assistance à maîtrise d’ouvrage afin de définir les spécifications fonctionnelles du système en lien avec le respect de l’environnement ferroviaire du matériel (17 rames de trois types), ainsi que l’intégration (2012) et la maintenance des capteurs de comptage dans les trains. Les premières données de comptage partielles ont été obtenues en septembre 2012.
     

    Gares intermodales Rhône-Alpes

    Pôle d’échanges d’Annecy

    Avec deux millions de voyages par an, la gare d’Annecy est la sixième de Rhône-Alpes. Un remodelage de ce pôle intermodal a été jugé nécessaire, car depuis la constitution du centre d’échanges des bus en face de la gare, le bâtiment voyageurs et les services étaient mal situés par rapport aux principaux flux. Les galeries souterraines reliant la gare et les quartiers proches étaient également moins fréquentées, les usagers préférant cheminer en surface. L’implantation des services offerts aux voyageurs au niveau -1 ne se justifiait donc plus.
    Au premier semestre 2007, un jury retenait la proposition d’aménagement du pôle d’échanges réalisée par le bureau d’études de la SNCF, Arep, et par son architecte en chef Jean-Marie Duthilleul. Objectifs : une nouvelle halle de 800 m² regroupant l’ensemble des services aux voyageurs (SNCF, autocars et vélostation de 350 places) au niveau de la voirie, le déplacement de la gare routière départementale sur l’ancien site de la Sernam, l’aménagement d’un parvis piéton et d’une traversée apaisée de l’avenue face à la gare, la reconversion de l’ancien bâtiment voyageurs en vue d’accueillir une enseigne de restauration après une remise aux normes et le réaménagement d’un parking au nord des voies ferrées. L’ensemble, qui comprend également une « boutique du quotidien » (journaux, petite restauration…), a été inauguré en décembre 2012 et complété en 2013. 
     

    Accessibilité Alsace

    Objectif accessibilité totale des gares en 2015

    Le Schéma directeur pour les personnes à mobilité réduite (SDPMR), élaboré avec l’ensemble des partenaires concernés, a retenu un scénario de déploiement progressif pour rendre accessible pour tout type de handicap, entre 2009 et 2015, les 19 gares avec personnel du réseau TER Alsace, conformément aux obligations réglementaires, mais aussi 17 haltes fortement fréquentées et deux lignes routières. Le rythme de réalisation des aménagements est conforme au calendrier prévisionnel du SDPMR, en privilégiant à terme et dès que possible l’autonomie des personnes dans leur déplacement,  plutôt que la mise en place de services d’assistance nécessitant une réservation préalable.
    L’Alsace se présente aujourd’hui comme « la plus avancée au plan national en matière de mise en accessibilité des gares inscrites à son schéma directeur ». Au 1er janvier 2014, le taux d’avancement en nombre de gares sur le périmètre RFF (quais, franchissements) atteint 80 %, représentant 12 gares et 18 haltes rendues accessibles. Au 1er février 2015, 100 % du périmètre SNCF (parking, bâtiments voyageurs…) des haltes et gares devrait également être rendus accessibles.
     

    Services voyageurs Pays de la Loire

    Train des plages

    Le Train des plages a circulé du 7 juillet au 25 août 2013 entre Saumur et Les Sables-d’Olonne. Cette première action, visant à redynamiser une ligne dont la fréquentation était très faible et en recul par rapport à la fin des années 1990, a consisté à faire circuler un train les samedis et dimanches matin de Saumur aux Sables-d’Olonne, un train les samedis soirs des Sables-d’Olonne à Saumur et un train les dimanches en fin d’après-midi des Sables-d’Olonne à Saumur. Sur ce trajet, le train met une heure de moins qu’un autocar, permettant de faire l’aller-retour dans la journée. Chacune des circulations offre des correspondances à Saumur avec des trains de ou vers Tours ou Orléans.
    La mise en place du Train des plages, service expérimental ayant bénéficié d’un financement européen dans le cadre du projet Interreg IV B « Citizens Rail », a fait l’objet d’un accord entre les régions Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Le service s’est accompagné d’une démarche tarifaire (forfait Tribu jusqu’à cinq personnes) et d’une communication efficace (affiche à l’ancienne, sacs à pain…) Le succès a été au rendez-vous, avec plus de 5 300 voyages : alors que la SNCF avait estimé qu’il y aurait 20 voyageurs par train, la fréquentation moyenne a été de 171, avec un maximum de 359. Par conséquent, l’opération doit être reconduite en 2014, étendue cette fois de mai à septembre.
     

    Mobilité durable Aquitaine

    Contrats d’axe

    Le 16 décembre 2013, le conseil régional a approuvé les deux premiers Contrats d’axe ferroviaire aquitains, de la Vallée de l’Isle (région plus 19 partenaires pour 43 engagements) et du Béarn (région plus 27 partenaires pour 105 engagements). Ces démarches sont parmi les toutes premières abouties en France en matière d’articulation des politiques de transports ferroviaire et d’urbanisme. Ces Contrats d’axe ferroviaire s’inscrivent dans le Schéma régional des infrastructures, des transports et de l’intermodalité (Srit) de juillet 2009, qui décline de grandes orientations de mobilité durable à l’horizon 2020-2025, répondant ainsi aux objectifs prônés par les lois Grenelle de 2009 et 2010.
    Cette démarche consiste à accompagner l’adaptation et le renforcement de l’offre TER Aquitaine sur un axe ferroviaire donné, par des politiques vertueuses en matière d’intermodalité et d’urbanisme. Sous l’égide de la région, qui s’engage sur une offre de transport renforcée à un horizon « moyen-terme » (5 à 8 ans), les autres AOT et les collectivités compétentes en matière d’aménagement et d’urbanisme s’engagent à leur tour, dans leurs champs de compétences respectifs, à mener un certain nombre d’actions qui visent un développement territorial favorisant l’usage du train.
     

    TER routier Lorraine

    Desserte Sarreguemines – Bitche

    A la suite d’un éboulement survenu en décembre 2011, des ralentissements ont été mis en place par RFF sur plusieurs tronçons de la voie ferrée Sarreguemines – Bitche, ne permettant plus une desserte optimale par le rail. Et vu l’état fortement dégradé de cette infrastructure ferroviaire, de l’importance des coûts annoncés pour sa remise en état et du niveau de fréquentation de l’offre ferroviaire, la Lorraine a fait le choix, après une période de services de substitution SNCF, d’organiser directement la desserte routière par l’attribution d’un marché de prestation en août 2013. Ceci en s’inscrivant dans le maillage régional et en offrant des besoins non couverts jusqu’à présent (desserte du centre de formation militaire de Bitche-Camp et de la base de rattachement du seizième bataillon de chasseurs).
    Dès l’attribution du marché, l’offre a pu être développée de 45 % (de 34 à 49 allers-retours par semaine), tout en maintenant des temps de parcours « attractifs », équivalents à ceux des services ferroviaires avant les ralentissements. Des correspondances sont assurées à Sarreguemines pour les liaisons vers Metz-Strasbourg et Sarrebruck, ainsi qu’avec la ligne Bitche – Niderbronn – Haguenau pour permettre également un accès vers Strasbourg.
     

    TER 2.0 Paca

    Centrale de mobilité « Paca mobilité »

    Guichet unique d’information multimodale sur 37 réseaux de transport (TER, LER et CP, ainsi que les réseaux urbains et interurbains), la centrale de mobilité à l’échelle régionale est accessible sur Internet (pacamobilite.fr), par widgets et via des applications smartphone (iPhone et Android), téléchargeable par QR code sur les supports de communication de la région. Développée en partenariat entre 16 collectivités, dont la région (porteuse du projet), les six départements et l’ensemble des agglomérations du territoire, cette centrale comprend un calculateur d’itinéraire, mais aussi les fiches horaires, les informations tarifaires, l’accessibilité PMR, les perturbations (flux automatisés et saisie manuelle) des lieux touristiques à proximité et des services cartographiques. Le tout en cinq langues (français, anglais, italien, allemand et espagnol).
    La région travaille pour que d’ici la fin de l’année soit également accessible des informations événementielles sur les destinations de la recherche d’itinéraire, en lien avec le site régional « Sortir en Paca ». Des partenariats sont également développés avec les projets européens AlpInfoNet (tourisme alpin) et InfoRailMed (transports transfrontaliers entre Paca et la Ligurie).

     

    Communication Aquitaine

    Présentation du Régiolis

    En tant que première région livrée en rames Régiolis, l’Aquitaine a organisé une présentation en avant-première de ce nouveau matériel le 4 juillet 2013, avant sa mise en circulation effective intervenue en avril 2014. La matinée a été consacrée aux institutionnels (élus, partenaires, presse, associations…) qui, après les discours, ont été conviés à un Run Presse entre Bordeaux et Langon, aller et retour. Puis en soirée, le grand public a été convié en gare de Bordeaux-Saint-Jean « dans un cadre festif et convivial » pour une visite de la rame et des animations en présence d’un orchestre et du personnel Alstom.
    Cette manifestation s’est accompagnée d’une campagne médias (affichage, presse, web, réseaux sociaux, radio…), de street marketing (flyers et ballons gonflables), d’une animation dans le hall de l’hôtel de région (maquette du Régiolis, kakémonos…), du lancement d’un jeu concours pour les abonnés TER (les prix étant de participer au premier run du Régiolis et d’un teasing à Bordeaux-Saint-Jean). Enfin, un livre et un film souvenir ont été réalisés.
    Patrick Laval

     

     

    Les classements

     

    Les données quantitatives, parmi lesquelles certaines performances ont servi de base à notre classement annuel, sont celles de 2012, les données définitives pour 2013 n’étant pas encore validées. Notre classement est basé sur l’évolution des données entre 2011 et 2012. Nous remercions vivement les conseils régionaux d’avoir eu, une fois de plus, l’amabilité de répondre à notre questionnaire, établi pour la quatrième fois avec le concours de l’ARF.

    Offre

    Petite croissance

    A l’échelle nationale, l’offre TER n’a progressé que de 1,15 % entre 2011 et 2012. Et pour une fois, moyenne et médiane sont d’accord : au dixième rang, la Haute-Normandie a proposé 1,12 % de trains-km en plus. Après une année 2011 relativement peu perturbée, 2012 a été une année plutôt « normale », au cours de laquelle les trois quarts des régions ont proposé une offre en hausse. Avec quelques cas hors normes. Côté hausse, Poitou-Charentes se distingue (reprise du trafic hors périodes de travaux entre Saintes et Angoulême), de même que la Franche-Comté (nouvelles dessertes TER après ouverture de la LGV Rhin-Rhône). A l’autre bout du classement, les travaux expliquent les baisses en Auvergne et dans le Centre (Blanc-Argent en 2012). Si dans ces deux régions, les fermetures ont été provisoires, la mesure a été en revanche définitive pour le trafic TER entre Avallon et Autun (décembre 2011), en Bourgogne.
     

    Fréquentation

    Accentuation de la hausse

    La fréquentation des TER a progressé de 5,9 % entre 2011 et 2012 à l’échelle nationale, contre 4,2 % de 2010 à 2011. En Poitou-Charentes, la forte hausse de l’offre se traduit par une hausse encore plus importante en fréquentation, alors que la hausse modeste du TER Limousin n’est pas récompensée, au contraire. Un résultat qui colle avec la théorie du transport sur rail à rendement croissant, ces deux régions étant tout à fait comparables par la faiblesse de leur trafic sur rail (Poitou-Charentes et Limousin sont aux 17e et 18e rangs pour la fréquentation de leurs TER ramenée à leur population respective). La seule autre baisse de fréquentation en 2012 a été constatée en Auvergne, 15e région pour la fréquentation de ses TER et sujette à des interruptions de trafic pour cause de travaux. Côté hausse, la fréquentation des TER Bourgogne ne semble pas avoir souffert de la fermeture entre Avallon et Autun.
     

    Recettes

    Des régions généreuses

    Avec 2,88 %, la hausse des recettes en 2012 marque le pas par rapport à 2011 (plus 6,5 %) et ne représente que la moitié de la hausse de la fréquentation. Ce qui laisse deviner que la moitié de la hausse est sans doute due à des abonnés (la proportion de ces derniers ne figure pas dans le questionnaire de cette année).
    En Paca (qui avait en revanche connu la plus forte hausse de recettes en 2011) et dans le Nord-Pas-de-Calais (70 % d’abonnés en 2011), la baisse est toutefois étonnante, vu la hausse de la fréquentation. Il faut ici sans doute ajouter l’effet de tarifications (100 000 cartes Zou! en Paca en 2012) ou d’abonnements très généreux, en particulier pour les voyageurs « captifs » (étudiants, précaires) ou fréquents. Mais la générosité peut rapporter aussi : Languedoc-Roussillon, qui a introduit les billets à 1 euro en juillet 2011 en commençant par deux lignes, a affiché une hausse des recettes de 5,2 % en 2012.
     

    Régularité

    Bonne, mais pas meilleure

    Une petite moitié des régions dans lesquelles moins de trains sont en retard (en vert) et une grosse moitié (en rouge) où la situation s’est détériorée entre 2011 et 2012. Alors que l’année précédente, l’amélioration avait concerné 17 régions sur 20.
    Quant aux résultats 2012, ils restent honorables dans 18 régions et excellents dans un peloton de tête où l’on retrouve toujours les mêmes ! Et alors que Languedoc-Roussillon s’extrait cette année de la queue de classement, les trois derniers sont également des « habitués », Paca retombant, après une année 2011 très encourageante, au niveau des années précédentes.
     

    Fiabilité du service

    Changement de méthode

    Plutôt que les trains-km supprimés, résultat que nous calculions en comparant le kilométrage annuel contractuel et l’offre réalisée, le nouveau questionnaire envoyé aux régions a demandé à ces dernières de nous communiquer les taux de réalisation de l’offre en 2011 et 2012. Une amélioration entre les deux années est traduite par des chiffres verts et une détérioration par des chiffres rouges. Globalement, les deux couleurs s’équilibrent et les données sont comparables aux résultats obtenus par l’ancienne méthode, mais devraient moins donner lieu à contestation (en partie à cause de la façon de compter les circulations supprimées dans le cadre de travaux planifiés, voire les cars-kilomètres de substitution pendant lesdits travaux…) Dommage que Paca, région qui avait connu de nets progrès en 2011 après de nombreuses années « à problèmes » n’ait pas pu répondre à cette question…
    En tout cas, Lorraine, Bretagne et Alsace se maintiennent en haut du classement quelle que soit la méthode. Et l’Auvergne, qui dans l’ancienne méthode était bien plus pénalisée par les travaux sur ses lignes les plus dégradées, reste quand même en queue de classement.
     

    Matériel roulant

    Rajeunissement : stop ou encore ?

    Quinze ans après la mise en service de la première génération de TER modernes (TER 2N, X TER et A TER), nous avons supprimé la notion de matériel « rénové », vu que l’essentiel du matériel antérieur à 1998, quand il est encore en service, est désormais modernisé. La vitesse de renouvellement s’est accélérée : 25 ans après les derniers matériels d’avant-guerre et 15 ans après ceux des années 1950, ce sont aujourd’hui les millésimes des années 1970 et 1980 qui partent à la casse ! Ceci s’explique par l’arrivée d’une deuxième génération de TER modernes (Z TER, TER 2N NG, AGC) entre 2004 et 2011, puis maintenant de la troisième depuis la régionalisation : le Régiolis, qui vient d’entrer en service (avril 2014), et le Regio 2N, attendu pour bientôt. Deux matériels dont la poursuite des commandes par les régions (mais aussi par l’Etat pour les trains intercités et par le Stif pour la grande banlieue) est très attendue, tant chez Alstom que chez Bombardier.
    Ce que l’âge moyen du matériel roulant ne montre pas, c’est que deux classes d’âge se distinguent très nettement dans la plupart des régions : un parc âgé de 25 à 40 ans (autorails « caravelle », Corail, Z2, VO2N, RIO et RRR) et un autre parc de moins de 14 ans. Rares sont en effet les matériels TER livrés dans la première partie des années 1990, à part les Z2N du Nord-Pas-de-Calais (destinés à rejoindre l’Ile-de-France) et les Z800 en Rhône-Alpes (commande commune franco-suisse pour Saint-Gervais – Vallorcine et Martigny – Châtelard).
    Majoritairement remorqués, les matériels des années1970-1980 encore en service nécessitent le recours à des locomotives dans 15 des 20 régions TER (parcs de 30 à 42 ans de moyenne) et sont appelés à être remplacés par la troisième génération de TER. Ces locos ne figurent pas dans nos statistiques, qui ne concernent que le matériel accueillant des voyageurs. A ce matériel, il convient d’ajouter les trams-trains aux parcs de trois régions (Alsace depuis 2010, Pays de la Loire depuis 2011 et Rhône-Alpes depuis 2012).
     

    Voyageurs par véhicule

    Un car aquitain équivaut presque à un train limousin

    Nous proposons cette année une nouvelle catégorie de données, en plus du nombre moyen (calculé par nos soins) de voyageurs par train : le nombre moyen de voyageurs par car régional (TER, LER ou autres liaisons régionales). Côté rail, le remplissage d’un TER moyen est repassé en 2012 à 78 voyageurs à l’échelle nationale, soit autant qu’en 2010 et plus qu’en 2011 (75).
    La progression a été forte en Alsace (78 en 2011), Bourgogne (68 en 2011), Languedoc-Roussillon (75 en 2011), Midi-Pyrénées (64 en 2011), Picardie (106 en 2011) et Paca (85 en 2011). En revanche, Champagne-Ardenne (56 en 2011) est en baisse sensible. Dans les autres régions, les variations sont faibles, dans un sens ou dans l’autre.
    La barre fatidique des 50 voyageurs, celle qu’un car pourrait prendre en charge, n’est pas atteinte dans 4 régions. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’un car rendrait le même service qu’un train moyen, qui peut connaître localement des charges plus élevées, pour lesquelles un autorail de 80 voyageurs serait le bienvenu.
    En revanche, la barre des 50 voyageurs est très loin d’être atteinte par le remplissage moyen des cars régionaux. Ce qui démontre que dans l’ensemble, le car est adapté aux lignes sur lesquelles il circule actuellement. Mais rien n’interdit de penser qu’un passage au rail pourrait induire un trafic en prenant des usagers, plus que le car, à la voiture particulière.
     

    Part du diesel

    Le TER encourage quand même l’électricité

    La notion a été popularisée par Jacques Chirac, lorsqu’il souhaitait la disparition de la traction diesel à moyen terme. Pourtant, année après année, la part du diesel est une donnée difficile à obtenir auprès des régions (un bon tiers n’a pas répondu à ce point du questionnaire). A titre de comparaison, la traction diesel est employée sur environ 55 % des trains-km TER en France, contre environ 10 % pour toutes les activités de la SNCF. Ce qui fait des TER les trains faisant le plus appel au diesel en France. Toutefois, côté infrastructure, l’électrification progresse, tant sur les lignes TER en service que sur certaines réouvertures (Nantes – Châteaubriant en tram-train). Et c’est le TER plus que le fret qui est le moteur des électrifications en cours (Calais – Dunkerque) ou en projet (Caen – Rennes). Et côté matériel, l’AGC a fait du matériel bimode une réalité, pour les TER avant tous les autres types de trains, et les Régiolis bimodes sont la norme pour les lignes non électrifiées, le nouveau TER n’existant pas en version diesel uniquement !

     

    Infrastructure

    Forte hausse dans les régions à faible densité

    Ramené au kilométrage parcouru par les TER, le péage représente une part non négligeable (18,5 % en région Centre), mais réparant en quelque sorte les inégalités entre les régions à fort trafic, où se trouvent les péages les plus élevés par train-km, et celles à faible densité de trafic, où le péage est le moins élevé en absolu comme en relatif (13,3 % du prix du train-km dans le Limousin). Mais ce sont aussi ces régions où les hausses de péage sont les plus fortes (plus de 10 % en Poitou-Charentes et Franche-Comté) entre 2011 à 2012. Globalement, les péages ont augmenté dans 16 régions et baissé dans trois.

     

    Prix de revient

    Stabilité apparente et disparités

    Trop élevés les prix du TER produits par la SNCF ? En tout cas, ils sont globalement identiques en 2011 et 2012 : 27 centimes d’euro pour transporter un voyageur sur un kilomètre, dont 11 centimes couverts par les recettes directes (l’usager) et 16 par la collectivité (le contribuable), soit autant qu’en 2010. Dans certaines régions, ces résultats varient à la hausse ou à la baisse en fonction du remplissage. Mais ce dernier n’explique pas tout : pour voir la part due aux charges d’exploitation, il faut voir le prix de revient par km-train. Globalement, ce prix n’a pas bougé d’une année sur l’autre : 20,72 euros en 2012 contre 20,68 euros en 2011, alors que la part versée par les régions est passée de 12,43 à 12,83 euros. Mais la stabilité globale du prix de revient du train-km cache des disparités : forte baisse en Alsace (-18 %), hausse globale ailleurs.
    Sans surprise, les voyageurs sont plus subventionnés dans les régions à faible densité de population (Limousin, Franche-Comté, Auvergne, Champagne-Ardenne et Basse-Normandie à plus de 30 centimes par km), mais les moins subventionnés ne sont pas forcément dans les régions les plus denses (Pays de la Loire, Picardie, dont les trains sont les mieux remplis, et Alsace, dont le prix de revient est en baisse, autour de 10 centimes par km). Les disparités entre le prix de revient sont en revanche bien moins fortes d’une région à l’autre – la technique reste la même quel que soit le remplissage ! – mais réapparaissent une fois déduites les recettes. C’est alors Paca, qui n’est pas la région la moins peuplée, qui paye le plus cher le kilométrage parcouru par ses TER, alors que les Pays de la Loire versent la plus petite subvention kilométrique pour ses trains.
    Patrick Laval
  • Au moins cinq morts, 15 blessés dans la collision de deux trains près de Moscou

     Un train de passagers est entré en collision avec un train de marchandises le 20 mai à 80 kilomètres au sud de Moscou, provoquant la mort d'au moins cinq personnes et faisant plusieurs blessés. Ce bilan, provisoire, a été donné par le ministre de l'Intérieur russe.
    Les agences russes, qui citent divers responsables, évoquent pour leur part entre 11 et 45 blessés. Au moins cinq personnes sont dans un état grave, selon un responsable local cité par Ria Novosti.
    "Un des wagons du train de passagers a été écrasé par un conteneur du train de marchandises. Les secours s'efforcent en ce moment de sortir les victimes de ce wagon", a expliqué un coordinateur des services de secours à l'agence Itar-Tass.
    Seize wagons d'un train de marchandises transportant des conteneurs ont déraillé et sont entrés en collision avec un train de passagers Moscou-Chisinau, dont deux wagons ont été touchés, a précisé de son côté la compagnie russe des chemins de fer RZD dans un communiqué.