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Encore un retard pour la ligne 15 Sud du Grand Paris Express
La ligne 15 Sud, la première du réseau du Grand Paris Express ne sera finalement pas livrée fin 2025 comme annoncé, mais plutôt à l’été 2026, apprend-on à l’issue du Conseil de surveillance de la Société des Grands Projets du 28 novembre. Un retard qui reporte une fois de plus la mise en service d’une ligne initialement espérée pour 2018.
Longue de 33 km entre Pont de Sèvres et Noisy-Champs, la liaison doit irriguer tout le sud de l’agglomération parisienne avec 15 de ses 16 gares en correspondance avec un mode lourd RER, train, métro ou tram. Le matériel roulant, le Métropolis d’Alstom dont la première rame a été livrée au SMR de Champigny à l’été 2023, a commencé ses essais dynamiques en mode automatique cet automne. C’est précisément cette phase de tests qui « souligne la complexité inédite du Grand Paris Express » a déclaré Jean-François Monteils, président du directoire de la SGP. « Nous avons besoin d’approfondir nos phases d’essais, pour garantir un niveau de performance technique optimale ». Le nouveau calendrier sera officiellement dévoilé au début de l’année 2025 après une nouvelle planification de l’ensemble des opérations.
De son côté la présidente de la Région Ile-de-France et d’IdFM Valérie Pécresse s’est déclarée « très déçue », précisant que la 15 Sud est « extrêmement attendue par les Franciliens, à la fois des villes au sud de Paris, mais aussi pour désaturer les RER A et B d’environ 10 à 20 % ».
L’élue attend désormais « un calendrier fiable et qui soit tenu ». Elle précise que « contrairement aux propositions qui ont circulé pour tenter de contenir en apparence les retards, nous n’exploiterons pas une ligne non finalisée ». En clair, pas question d’une ouverture anticipée comme pour la ligne 14 contrainte par l’échéance olympique. D’autant que, ajoute Valérie Pécresse, la formation des agents d’exploitation de RATP Dev qui a remporté le marché de la ligne, « prend également du retard faute de finalisation dans la conception de la ligne » .
Philippe-Enrico Attal

Le loueur Railpool remporte un premier contrat en France
La société de location de matériels roulants Railpool a annoncé le 27 novembre avoir signé un contrat avec l’opérateur de fret Régiorail. Créé en 2008 à Munich, Railpool avait annoncé la création d’une entité française le 25 octobre 2023.Le contrat prévoit la location “full-service“ de trois locomotives électriques Alstom Traxx Universal pouvant circuler sur les réseaux des autres pays européens sous les quatre tensions caténaires (15/25 kV AC, 1,5/3 kV DC). Autre particularité, ces machines sont équipées d’un moteur diesel afin d’assurer des dessertes dites de “dernier kilomètre“ sur des voies non électrifiées, comme les terminaux de fret, les ports, ou les faisceaux de voies de garage. Le contrat comprend aussi une option pour la location de quatre locomotives supplémentaires.« L’offre de services complets de Railpool, garantira une disponibilité maximale du matériel roulant », a commenté Frédérique Erlichman, directrice de Railpool France, en annonçant la signature du contrat, qui marque le démarrage de ses activités en France. Railpool dispose au total d’une flotte de plus de 600 locomotives électriques et hybrides et 148 véhicules de passagers.Yann Goubin
CRRC avance ses pions
La menace chinoise ? Les dirigeants d’Alstom et Siemens évoquaient la concurrence pressante de CRRC pour justifier leur projet de fusion, il y a six ans. Il fallait s’unir pour résister au rouleau compresseur asiatique. Pourtant, le géant chinois du ferroviaire à la technologie désormais éprouvée et aux prix bas —numéro un mondial avec environ un quart du marché— est jusqu’à présent resté bien discret sur les rails européens. Un train par ici, des tramways par là, quelques locomotives… Avant une déferlante, finalement ?
« Ils avancent leurs pions, doucement, mais ils avancent. Ils ont les moyens de leurs ambitions », juge un fin connaisseur de l’industrie. « Ils prendront le temps nécessaire, ils ne veulent pas faire peur ! »
La Commission européenne n’avait pas retenu l’argument de la menace chinoise quand elle avait bloqué la fusion Alstom-Siemens en 2019. L’Europe a depuis adopté une nouvelle législation, et Bruxelles a ouvert en février dernier une enquête approfondie sur une filiale de CRRC qui proposait des trains peu chers à la Bulgarie, et qu’elle soupçonnait d’avoir reçu des subventions susceptibles fausser le marché européen. CRRC a retiré son offre, amenant la Commission à clore son enquête. Pas de trains chinois en Bulgarie, donc —l’espagnol Talgo, resté seul en lice après le retrait de CRRC, n’était pas en mesure de respecter les délais de livraison requis et le marché a été annulé—, mais des tramways à Porto au Portugal et à Bucarest en Roumanie, quelques trains à l’essai ou annoncés en Autriche, en République tchèque, en Serbie, en Roumanie, des locomotives pour la Deutsche Bahn ou le port de Rotterdam…
Il ne s’agit souvent que d’une poignée de véhicules. Mais CRRC commence à montrer le bout de son nez en Europe, visant surtout les Balkans pour l’instant. Une usine est même annoncée en Hongrie, en partenariat avec la firme locale Acemil (une coquille vide fondée en 2022 et liée au pouvoir hongrois, d’après le site d’investigation VSquare) : après le rachat du constructeur allemand Vossloh Locomotives (devenu Vossloh Rolling Stock) en 2020, le géant chinois aurait ainsi une bonne tête de pont, dans un pays ami.
« Je suis convaincu qu’on va avoir des trains CRRC en Europe dans les prochaines années, c’est une question de temps », prédit Julien Joly, spécialiste des transports chez Wavestone. Le processus est « un peu long et parfois chaotique », d’autant qu’il y a de très longues démarches de certification des produits, mais « ils ont tout pour réussir » selon lui : « Ils ont des produits de bonne facture, ils ont la technologie, ils ont la force de frappe… »
Colosse aux 46 filiales et 155 000 employés, CRRC impressionne. Le groupe chinois est, de loin, le numéro un mondial du ferroviaire, avec en 2023 un chiffre d’affaires de 234 milliards de yuans (29,4 milliards d’euros) réalisé à 88,2% en Chine continentale, et un bénéfice net part du groupe de 11,7 milliards de yuans (1,5 milliard d’euros). Le premier en hausse de 5% par rapport à 2022 (retrouvant et dépassant les niveaux d’avant-Covid), le second de 0,5%.

CRRC a livré 18 rames au métro léger de Porto et est candidat à un appel d’offres pour le métro de Lisbonne © CRRC Les seuls Chemins de fer chinois ont absorbé l’an dernier 38,4 % des ventes de CRRC, l’équivalent de 11,4 milliards d’euros. Par comparaison, le chiffre d’affaires d’Alstom atteignait 17,6 milliards d’euros sur son dernier exercice.
CRRC est l’abréviation de China Railway Rolling Stock Corporation, c’est-à-dire Compagnie chinoise de matériel ferroviaire. Ce mastodonte est né en 2015 de la fusion de CNR et CSR, les compagnies d’Etat de production de locomotives et de matériel roulant du nord et du sud, elles-mêmes issues du démantèlement douze ans plus tôt d’un conglomérat dépendant du ministère chinois des Chemins de fer baptisé LORIC. Si le groupe est coté à Shanghai et Hong Kong, l’Etat chinois contrôle 51,4 % du capital et la direction suit fidèlement la ligne du Parti. Dès la première page de son rapport annuel, CRRC s’engage à « adopter pleinement l’esprit du 20e Congrès national du PCC », le Parti communiste chinois.
« On ne peut pas comparer CRRC à Alstom, Siemens ou CAF », souligne notre fin connaisseur de l’industrie. « CRRC est un outil industriel au service d’une stratégie géo-politique et géo-économique. Ce n’est pas le marché et les clients qui font la stratégie de CRRC; la stratégie de CRRC est la stratégie de l’Etat chinois. Et ça va être très difficile d’arriver à enrayer sa montée en puissance ! »
La direction ne cite plus le grand plan « Made in China 2025 » qui portant concerne directement CRRC en donnant pour objectif la création de champions capables de dominer le monde dans leur secteur, et d’imposer leurs normes. Elle évoque le « 14e Plan quinquennal pour le développement économique et social de la République populaire de Chine et le schéma des objectifs à long terme jusqu’en 2035 », publié en 2021 et révisé l’an dernier.
Le propos n’est guère différent, puisqu’il s’agit de « bâtir des entreprises leaders qui possèdent une compétitivité de base et peuvent dominer dans leurs écosystèmes respectifs ».
La direction veut, entre autres, « consolider et améliorer la compétitivité de l’ensemble de la chaîne industrielle dans le domaine du train à grande vitesse et dans d’autres domaines, et créer des normes et des marques chinoises dans les domaines du transport ferroviaire et d’autres équipements techniques ».

Pourquoi le transport ferroviaire patine dans les ports français ?
La part du ferroviaire dans les pré et post acheminements des trafics portuaires n’arrivent pas à décoller malgré le souhait des opérateurs logistiques. En cause un réseau pas assez maillé ou manquant de fiabilité. Des améliorations sont toutefois à noter.
Malgré les grandes déclarations d’intention, la part du ferroviaire dans les pré et post-acheminements portuaires stagne : elle fluctue depuis dix ans entre 11,5 % et 13 % dans les grands ports maritimes français selon les données de la DGITM (Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités). Cette part, qui a atteint son pic en 2019 avec 13 %, est retombé à 11,5 % en 2023. L’année 2023 a été compliquée à plus d’un titre. En effet, outre les mouvements sociaux, un éboulement dans la vallée de la Maurienne a interrompu les liaisons avec l’Italie. Les travaux sont en cours et la réouverture n’est pas prévue avant l’été 2025. Cet incident a entraîné une perte de volume pour le ferroviaire. Sur le premier semestre 2024 toutefois, «le transport combiné progresse de 16 % en tonnes/kilomètres», indique Aurélien Barbé, délégué général du GNTC. « Mais nous n’avons pas retrouvé les volumes de 2022 », ajoute le représentant du GNTC.
Tensions sur les sillons

Aurélien Barbé, délégué général du GNTC. © gntc Pour Aurélien Barbé, l’augmentation de la part modale du ferroviaire passe par davantage d’offre et donc par la nécessité de disposer de sillons. Or, de ce point de vue, la situation est tendue. Les trains de voyageurs sont généralement prioritaires sur les convois de fret, qui pâtissent de surcroît des travaux sur le réseau réalisés principalement la nuit au moment où ils circulent le plus. Le délégué général du GNTC voit toutefois quelques raisons d’espérer notamment avec le projet Ulysse lancé par la profession et l’Etat, qui prévoit un investissement de 4 milliards d’euros en faveur de la préservation des lignes capillaires et du développement du transport combiné. « La question est de savoir où seront plus précisément investies ces sommes. Les choses avancent mais pas suffisamment rapidement à notre goût », ajoute-t-il.
La place relativement faible du ferroviaire dans les ports est aussi liée à la position des opérateurs logistiques. Pendant des années, les opérateurs expliquaient leur peu d’attrait pour le ferroviaire par un manque d’offre et par une mauvaise qualité de service.
Pour inverser la tendance et travailler davantage en coordination avec les acteurs du secteur, TLF, regroupant les commissionnaires de transport, a mis sur pied une commission intermodalité entre le ferroviaire, le fluvial, les douanes et la route. « Nous avons de plus en plus de demandes pour des offres alternatives. Cette commission doit guider et former les professionnels tout en dressant un panorama des offres existantes pour les orienter vers le mode ferroviaire », explique Louise Drouin, déléguée aux affaires maritimes de TLF Overseas. Entrer dans un cercle vertueux est possible parce que « les ports français sont de mieux en mieux desservis », estime-t-elle. De nouvelles lignes s’ouvrent depuis les ports vers les centres industriels et de consommation à l’image de la desserte d’Orléans et de Tours depuis Le Havre, la région de l’Est pour Dunkerque. Une façon pour les ports d’accroître leur présence sur leur hinterland « naturel ».
Zones blanches
Reste cependant encore des points à améliorer. L’organisation des commissionnaires regrette notamment des « zones blanches » dans la desserte de certaines régions françaises.
Les chargeurs demandent aussi un meilleur maillage du réseau. D’autant que c’est par des volumes plus importants que le transfert modal s’opèrera. « Nous devons disposer d’une vision claire sur la prochaine décennie pour investir dans ce mode », précise Valérie Cornet, déléguée aux transports terrestres de l’AUTF.
De plus, la Bretagne et les Pays de Loire par exemple ne peuvent recourir au ferroviaire pour les flux sous température dirigée du fait de l’absence de moyens techniques adaptés. Enfin, le ferroviaire peut être freiné par la règlementation. Un exemple : le wagon d’un train national charge trois tonnes de moins que sur un trajet international. Un handicap que les commissionnaires souhaitent voir supprimer. Par ailleurs, en France, les poids-lourds sont limités à 44 tonnes de PTAC, soit 28,5 t de charge utile. Les véhicules réalisant la part routière d’opérations de transport combiné sont également habilités à 44 t, mais sont quant à eux limités à une charge utile de 26,5 t du fait d’un matériel plus lourd de 2 t, bien qu’ils présentent les mêmes dimensions qu’un camion routier de 44 tonnes. « Nous souhaiterions que la règlementation soit harmonisée entre le « tout-route » et le transport combiné rail route », souligne Louise Drouin.
Pour Valérie Cornet, « basculer du fret vers le ferroviaire est aussi affaire d’investissements en ressources et en compétences pour les chargeurs. Nous avons besoin d’une stratégie claire à long terme pour nous impliquer. »

La plateforme du LHTE (Le Havre Terminal Exploitation), au Havre, a traité 90 000 UTI (Unités de transport intermodales). Ce site permet de massifier les convois ferroviaires pour former des trains complets. © Vincent Rustuel 
Tisséo voit sa campagne contre les violences sexistes et sexuelles critiquée
Tisséo Voyageurs s’est engagé depuis 2017 dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans les transports en commun. Avec des campagnes multi-supports, la mise en place d’un service de descente à la demande en soirée et des procédures de signalement et d’accompagnement des victimes.
Mais certains messages à destination des victimes et des témoins de son récent « Guide pour agir » ont choqué deux jeunes femmes qui ont créé le collectif « Cassons les Injonctions 31 ». «Nous avons été choquées par le fait que cet affichage dans les bus de Tisséo soit validé et qu’aucun·e utilisateur·rice n’ait pu manifester un désaccord alors que cela fait un an qu’il est affiché. Cela montre la méconnaissance du grand public des mécanismes psychologiques des victimes», expliquent-elles.
Plutôt que de passer par la voie officielle, les jeunes femmes ont préféré réaliser un documentaire de 23 minutes, invitant à réfléchir au côté problématique d’un message comme « Signifiez votre refus de manière claire et forte, éloignez-vous de l’agresseur » qu’elles jugent culpabilisant pour les victimes. Les jeunes femmes proposent des affiches alternatives pour « une bonne campagne ».
En amont de la projection du film organisée par NousToutes31, un échange a eu lieu entre le Collectif, des élus et Tisséo. « Les élus du Conseil de la Métropole ont proposé au Collectif de participer au groupe de travail créé en 2017 par Tisséo Voyageurs sur les actions à mener dans cette lutte », indique Tisséo dans une réponse écrite. Le réseau des transports en commun de l’agglomération toulousain regrette toutefois la méthode du Collectif : « partager ces arguments dans les espaces de discussions dédiés et compétents aurait été plus constructif pour œuvrer ensemble à un message clair et efficace destiné à la fois aux agresseurs et aux victimes potentielles ». En France, 87% des femmes déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement ou de violences sexuelles ou sexistes dans les transports

Rencontre avec Grégoire de Lasteyrie, vice-président de la Région Ile-de-France, chargé des transports
ATTENTION ! Changement de lieu : le Club se déroule désormais à la mairie du 7ème arrondissement
116, rue de Grenelle.Fin septembre, Grégoire de Lasteyrie remplaçait à la vice-présidence de la Région Ile-de-France Stéphane Beaudet qui occupait ce poste depuis neuf ans. Ce diplômé d’HEC et de Sciences-po Paris était déjà premier vice-président d’Ile-de-France Mobilités (IDFM) et délégué spécial chargé des nouvelles mobilités.
Un poste stratégique pour cet élu Horizons de l’Essonne tant les questions transports sont majeures dans la région capitale, qu’elles concernent la lutte contre les embouteillages, le développement du Grand Paris Express ou encore l’ouverture à la concurrence des lignes de bus, des trains et demain des RER. Avec en toile de fond la nécessité d’investir des milliards d’euros et de trouver les financements.
Grégoire de Lasteyrie est également depuis 2014 maire de Palaiseau (Essonne). Et, depuis 2020, président de l’Agglomération Paris-Saclay (CPS), une agglomération qu’il connaît particulièrement bien puisqu’il a commencé sa vie professionnelle sur le Plateau de Saclay en créant et animant un incubateur d’entreprises.


Les syndicats de la SNCF s’expliquent sur les motifs d’une grève qui s’annonce peu suivie
Le mouvement de grève lancé le 21 novembre par les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF ne devrait pas être très suivi si l’on en croit les premières annonces de l’entreprise. Selon la SNCF, le trafic sera quasi-normal sur les TGV et quelques perturbations sont à prévoir sur certaines lignes régionales.
Il est vrai que les motifs de la grève sont larges (démantèlement du fret, concurrence dans les TER, plan de financement pluriannuel pour les infrastructures) et peuvent paraître hors d’atteinte : les mesures prises dans le cadre du plan de discontinuité de Fret SNCF sont déjà tellement avancées que l’on voit mal le gouvernement et la direction de la SNCF reculer. Et la défense du fret est rarement un motif de mobilisation. De même, les nouvelles filiales de la SNCF sont dans les starting-blocks pour exploiter, à partir du 15 décembre des TER suite à des appels d’offres lancés par des régions. Difficile là encore de tout détricoter.
Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, Fabrice Charrière, secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire, et Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots, expliquent pourquoi ils se lancent tout de même dans la bataille*. Sur le mode unitaire. Avec en toile de fond, les nouvelles négociations sur les salaires qui s’ouvrent demain à la SNCF.
Ville, Rail & Transports. Les motifs de votre appel à la grève sont très larges, fret, TER… Vous demandez même une loi de programmation pluriannuelle des investissements pour les infrastructures, ce qui relève du gouvernement. Pensez-vous que les cheminots peuvent se mobiliser sur ces thèmes?
Thierry Nier. Nous sommes face à une situation où il y a une telle étanchéité entre les thèmes que cela peut permettre à tous les cheminots de se mobiliser. Nous pointons le processus large de privatisation en train de se mettre en place, en évoquant la situation du fret, de TER et même demain de SNCF Réseau avec l’arrivée de la Société des Grands Projets (qui pourrait se voir confier des projets de RER métropolitains, ndlr). L’ensemble des cheminots va être confronté à la privatisation et il y aura des évolutions en matière d’organisation du travail. C’est d’ailleurs ce qui va se passer dans le cadre des filiales mises en place par la SNCF pour exploiter des TER gagnés après appels d’offres.
Cela crée de la colère mais la colère ne se traduit pas forcément en mobilisation. Nous organisons des tournées avec des éléments d’explication et nous entendons beaucoup d’interrogations. Même l’encadrement au fret se dit en colère après tout ce qu’il a tenté pour sauver Fret SNCF et face à la brutalité de l’annonce sur son démantèlement. Il y a une volonté, qui date, de liquider Fret SNCF pour se débarrasser d’un poids financier.
L’idée derrière, c’est qu’une entreprise publique, ça coûte cher et qu’il faut se délester des coûts. Nous abordons ces sujets de façon unitaire avec un mouvement à double détente. Une grève le 21 novembre, puis un appel à une grève illimitée et reconductible à partir du 11 décembre.
Fabrice Charrière. La particularité de ce mouvement, c’est qu’il concerne presque plus des questions sociétales que la SNCF : il porte sur des choix politiques. S’il y a moins de trains de fret, il y aura plus de camions sur les routes aux dépens de l’environnement. L’ouverture à la concurrence dans les TER en France n’est pas une bonne décision. Regardez ce qu’il se passe en Angleterre où le système ferroviaire est en train d’être renationalisé 30 ans après. Nous, on fait l’inverse! Il faut se poser la question du coût de ces choix à l’avenir.
Les mobilisations pourraient être plus fortes dans les activités les plus concernées : au fret, dans les régions concernées par l’ouverture à la concurrence, dont l’Ile-de-France…Toute grève a aussi un impact financier important qu’il ne faut pas négliger.
Thomas Cavel.Les trois points de notre préavis traduisent notre volonté de mettre dans le débat public des questions d’intérêt général. Ce sont des questions fondatrices sur ce qu’est le service public.
VRT . Ce mouvement n’arrive-t-il pas trop tard : Fret SNCF a cédé 23 flux et va disparaître dans quelques semaines et les deux sociétés de remplacement sont lancées…
Thierry Nier. Nous cherchons à faire changer le cours des choses depuis des années. Quand Clément Beaune (ancien ministre des Transports, ndlr) a annoncé il y a un an et demi un plan de discontinuité pour Fret SNCF, nous avons immédiatement réagi avec des pétitions, des rassemblements… Nous n’avons pas ménagé nos efforts. Avec le nouveau gouvernement, nous ne nous attendions pas à des miracles. Mais un moratoire aurait laissé la possibilité de rediscuter avec la Commission européenne. J’y ai cru mais tout s’est effondré avec la décision de François Durovray (le ministre actuel des Transports, ndlr). Ce qui explique la grève aujourd’hui.
Par ailleurs, la plateforme des trois demandes portées par les syndicats est un travail unitaire de long terme. Nous sommes tous d’accord sur le fond et sur la temporalité.
Fabrice Charrière. On reproche parfois aux cheminots de faire grève en prévention! Nous espérions ne pas en avoir à passer par ce rapport de force. Nous nous sommes rassemblés devant le ministère des Transports le 26 septembre à propos du fret. La réponse du ministre est arrivée le 28 octobre. C’est ce refus qui a déclenché le préavis de grève. Nous espérions passer par la voie diplomatique d’autant qu’une enquête parlementaire sur l’ouverture à la concurrence dans le fret préconisait un moratoire pour Fret SNCF. Le choix du nouveau gouvernement a été de s’entêter. Les organisations syndicales s’étaient mis d’accord en amont sur la stratégie. D’où nos décisions rapides.
Thomas Cavel. Le calendrier a été posé par les pouvoirs publics. Côté CFDT Cheminots, cela fait longtemps que nous combattons ces sujets. Notre position c’est de ne pas s’assoir sur une chaise en attendant la fin du monde. C’est de notre responsabilité de remettre ces sujets sur la place publique. La question du fret semble aujourd’hui presque redécouverte. Pourtant cela fait des années qu’on en parle. Mais les pouvoirs publics ont fait le choix du pire. Il était impossible de rester sans répondre.
VRT. La concurrence dans les TER relève aussi des régions qui ont décidé de lancer des appels d’offres…
Thierry Nier. La SNCF porte aussi une part de responsabilité car quand SNCF Voyageurs décide de candidater à un appel d’offres, elle crée une filiale, ce qui conduira à des changements pour les droits des cheminots. SNCF Voyageurs pourrait répondre aux appels d’offres et exploiter directement les TER.
Fabrice Charrière et Thomas Cavel. La filialisation des sociétés dédiées à l’exploitation des TER est un choix de la SNCF, il n’y avait pas d’obligation de le faire dans tous les cas.
VRT. Les menaces de grève ne représentent-elles pas aussi une volonté de peser sur les négociations salariales (NAO) prévues demain à la SNCF?
Thierry Nier. La question salariale n’est pas présente dans le préavis. Les trois points identifiés sur l’avenir du système ferroviaire, sur le fret et la concurrence font consensus. Ce n’est pas tous les jours que les organisations syndicales se mettent d’accord sur des points aussi cruciaux.
Nous sommes à quelques jours de la liquidation d’un bel outil, Fret SNCF. Hexafret, qu’on pourrait rebaptiser Mortifret, ne pourra pas candidater pendant dix ans aux flux cédés par Fret SNCF. C’est une façon d’entraver son développement à l’avenir.
On nous explique aujourd’hui que le wagon isolé va beaucoup se développer et qu’il pourra bénéficier d’une aide publique. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent : depuis l’ouverture de la concurrence dans le fret ferroviaire en 2006, aucun opérateur n’est venu sur ce créneau du wagon isolé car il était jugé non rentable. La seule entreprise qui faisait du wagon isolé, c’était Fret SNCF. La quasi-totalité de l’aide de l’Etat à Fret SNCF allait au wagon isolé car cette activité nécessite des moyens. Désormais, l’aide publique est considérée comme étant normale. Ne doit-on pas voir dans ce retournement de discours les velléités de quelques-uns qui veulent la liquidation de Fret SNCF?
Thomas Cavel. Si les NAO faisaient partie de la stratégie, on ne lancerait pas une grève le lendemain, mais le jour même pour éprouver le rapport de force. Nous ne voulions pas d’un mélange des genres. Mais pour nous, le jeu des salaires n’est pas une option. Nous y allons avec la ferme intention de négocier pour les salariés, même si on entend que l’austérité doit s’appliquer à tous les étages.
VRT. Comment jugez-vous le climat social global à la SNCF ?
Fabrice Charrière. Le climat social s’est apaisé à l’occasion des JO. Mais désormais on nous annonce des NAO réduites à peau de chagrin. Nous avons encore le temps de trouver des solutions d’ici Noël. Sinon, le climat social peut devenir compliqué.
Thomas Cavel. Le climat social est marqué par beaucoup d’inquiétudes. Des questions sociales et économiques se posent, ainsi que sur le financement du réseau : c’est quoi le devenir de notre outil de travail?
VRT. Que va-t-il se passer après le 21 novembre?
Thierry Nier. Les portes restent ouvertes si le gouvernement ou la SNCF veulent revoir leurs positions. Dès le 21 novembre au soir, nous nous réunirons pour voir ensemble quelle sera la suite.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt
* Seul Sud Rail ne nous avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

Sytral Mobilités fusionne ses trois réseaux historiques sous la marque TCL
Sytral Mobilités a annoncé mi-novembre la mise en place d’un réseau unifié pour mieux organiser les mobilités à l’échelle de la métropole de Lyon et des 11 autres intercommunalités du Rhône. Soit un territoire de 262 communes et près de 2 millions d’habitants. A partir de septembre 2025, TCL, le réseau des transports en commun lyonnais, les Cars du Rhône, le réseau de transport interurbain du département, et Libellule, le réseau de transport de la Communauté d’agglomération de Villefranche-Beaujolais-Saône, seront ainsi réunis sous un seul et même nom : TCL.
Ce réseau unifié doit favoriser le report modal grâce à une offre forte, cohérente et attractive. Bruno Bernard, président de Sytral mobilités, a évoqué « un choc d’offres qui devrait entraîner un choc de fréquentation ».
Sur le nouveau périmètre TCL, les usagers bénéficieront d’une billettique unifiée, d’une tarification simplifiée et d’une information unique. Le découpage et les tarifs dans les cinq futures zones sont encore à définir, mais Jean-Charles Kohlhass, premier vice-président de Sytral mobilités, a affirmé que « près de 95 % des usagers seront gagnants avec la nouvelle tarification ».
Pour informer les voyageurs de la création de ce réseau unifié, une campagne de communication sera lancée mi-décembre autour des messages « TCL, changez d’ère » et « Demain, tous TCL ». En parallèle, la nouvelle identité avec un logo modernisé sera déployée progressivement sur les nouvelles livrées des bus. La mise en place du nouveau réseau TCL représente un budget de 3 millions d’euros.
Séverine Renard

Le projet de Budget 2025 fait chuter le plan vélo
C’est l’une des victimes des coupes budgétaires envisagées par le gouvernement Barnier : l’ambitieux plan vélo pourrait bien disparaître avec ses deux milliards d’euros d’investissements promis par Elisabeth Borne entre 2023 et 2027. Plus une ligne de dépenses pour les modes de transport doux doux dans le projet de loi de finances pour 2025. Et les fonds qui devaient être alloués cette année n’ont, pour l’instant, pas été versés aux collectivités locales qui ont déjà lancé les travaux de pistes cyclables sur leurs territoires.
Au total, 400 dossiers d’aménagements cyclables seraient bloqués faute de financement. « Une décision incompréhensible » pour la Fédération française de cyclotourisme, « inacceptable » aux yeux des collectivités locales qui ont publié la semaine passée une lettre ouverte appelant à maintenir le financement du plan vélo.
La mort d’un cycliste, mi-octobre à Paris, avait pourtant relancé le débat sur la sécurité routière et la nécessité d’un meilleur partage de la voirie. Selon Vélos & Territoires, les décès à vélo hors agglomération se présentent de la manière suivante : 10 décès sur le territoire des métropoles, 20 sur le territoire des intercommunalités de plus de 100 000 habitants, 105 sur le territoire des celles de moins de 100 000 habitants. C’est-à-dire en milieu rural. « La sécurité des cyclistes est un enjeu prioritaire hors agglomération. La tendance croissante des accidents mortels à vélo, souligne le besoin urgent d’actions ciblées », insiste l’association d’élus. De son côté, la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) recommande de travailler sur le plan de circulation pour sécuriser les trajets à vélo dans les territoires ruraux. En canalisant le trafic motorisé sur des axes dédiés. Avec quel argent ?
N.A

L’Autorité de la concurrence autorise la coentreprise entre la RATP et TotalEnergies
RATP Smart Systems et TotalEnergies avaient notifié à l’Autorité de la concurrence leur projet de création d’entreprise commune, dont l’objet est de développer et commercialiser, auprès des entreprises des secteurs public et privé, un service de gestion de la mobilité domicile-travail pour leurs salariés. La création de cette joint venture a reçu le 9 novembre le feu vert des sages de la rue de l’Echelle.
Ce service inclura en une carte de crédit mobilité, sous la forme sous la forme d’une carte bancaire adossée au réseau Mastercard, que le salarié pourra utiliser pour régler directement les frais de transport domicile-travail : frais de carburant et de recharge électrique, abonnements aux transports en commun, location de vélo. Il s’accompagnera d’une application intégrant le service de géolocalisation et de recherche d’itinéraire Mappy, détenu par la RATP.
« À l’issue de son analyse, l’autorité a écarté tout risque d’éviction des concurrents, aussi bien sur le marché de la fourniture de solutions de paiement et de gestion dédiées aux frais de mobilité domicile-travail que sur les marchés liés à cette activité et sur lesquels sont actives les sociétés-mères« , précise l’Autorité de la concurrence dans un communiqué.
Le marché des titres-mobilité s’est développé depuis 2019 et l’adoption de la loi d’orientation des mobilités (LOM), qui a notamment instauré un forfait mobilité durable pour les déplacements domicile-travail pouvant aller jusqu’à 800 euros par salarié par an. Plusieurs groupes sont déjà présents sur ce marché, notamment les spécialistes des avantages aux salariés Edenred et Pluxee (photos en exemple).