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  • RATP Dev déloge Keolis du réseau des transports de Caen

    RATP Dev déloge Keolis du réseau des transports de Caen

    La Communauté urbaine de Caen la mer a attribué à RATP Dev la délégation de service public pour l’exploitation et la maintenance du réseau de mobilités, Twisto. Le contrat, remporté contre le délégataire sortant Keolis, débute le 1er janvier 2025 et couvre l’ensemble des services de mobilités de l’agglomération qui compte 48 communes et s’étend au nord-est jusqu’à Ouistreham : tramway, bus, navettes de centre-ville, vélos en libre-service. Le service de voitures électriques et hybrides en autopartage (une dizaine), Twist’Auto, est exploité par Mobilize, filiale de Renault.

    Un projet d’extension des lignes du tramway, sur fer, à l’horizon 2028 est porté par la collectivité locale. RATP Dev sera toujours aux commandes du réseau des transports à cette date puisque le contrat est d’une durée de six ans.

    Depuis juin 2023, l’appli Fairtiq est opérationnelle sur les réseaux de transports en commun de Caen, du Havre, et des lignes de train Nomad entre Caen et Le Havre. Un titre unique qui permet d’emprunter tous ces moyens de transport en commun, sans avoir à prendre plusieurs billets. Elle calcule automatiquement les déplacements et facture au meilleur tarif.

    N.A

  • Les nouveaux trains à batteries et à hydrogène sont sur les rails

    Les nouveaux trains à batteries et à hydrogène sont sur les rails

    Tous les trains seront-ils électriques un jour, sans pour autant dérouler la caténaire sur tous les réseaux ferrés ? Peut-être. Quelques années après les premiers trains à hydrogène, qui sont généralement des automotrices électriques à pile à combustible, l’heure des premiers trains à batteries de nouvelle génération, à alimentation frugale, est maintenant venue.

    Dossier réalisé par Patrick Laval

    Comment sortir du diesel ? La question ne se pose pas seulement à la route, mais aussi de plus en plus pour les voies ferrées lorsqu’elles sont dépourvues de caténaires. Depuis plusieurs années, les constructeurs se penchent sur la question. Et avancent avec de nouvelles technologies bien qu’ils rencontrent toujours des obstacles sur la voie.

    Ainsi, les batteries progressent, mais restent lourdes et d’une autonomie limitée. Pour contourner ces restrictions, les trains à batteries « de nouvelle génération » qui entrent en service ces derniers mois peuvent bénéficier d’une alliée : l’alimentation « par îlots » qui profite des sections de lignes déjà électrifiées rencontrées en chemin pour recharger les batteries, voire, moyennant une électrification « frugale », de brèves sections (quelques centaines de mètres à quelques kilomètres) équipées de caténaires.

    La première application grandeur nature de cette solution (bien connue sur les tramways à batteries tels le Citadis d’Alstom sur la ligne 1 de Nice ou l’Urbos de CAF et en cours de déploiement à grande échelle sur les autobus) a lieu depuis l’automne dernier dans le land allemand du Schleswig­-Holstein, avec des Flirt Akku de Stadler. La mise en service de ce premier train à batteries alimenté par « îlots » est intervenue alors que la SNCF, qui réfléchit également à l’électrification « frugale », présentait son projet AGC Batteries, sur lequel Bombardier avait travaillé dans les années 2010, avant son rachat par Alstom.

    Hybride à batterie

    Dans le même temps, le constructeur français a travaillé sur un autre projet de TER : le Régiolis, hybride à batteries, qui a accueilli ses premiers voyageurs en décembre dernier. Dans ce dernier projet, désormais assuré avec CAF, repreneur de la production du Régiolis à Reichshoffen, un des power packs diesel d’une rame bimode est remplacé par des batteries, alors que dans le projet AGC batteries, l’ensemble de ces power packs disparaissent au profit de batteries.

    Ce projet n’est pas le seul en matière d’hybridation avec batteries. Dans son usine italienne de Pistoia, Hitachi Rail produit pour Trenitalia les trains régionaux hybrides Blues. Ce matériel roulant, le premier tri-mode à entrer en service en Europe, peut circuler sous caténaire 3 kV (courant continu) et, en l’absence de caténaire, en traction diesel-électrique ou sur batteries. Ces dernières peuvent soit contribuer à augmenter la puissance disponible en mode diesel-électrique, soit fournir la totalité de l’alimentation électrique nécessaire à la traction. Deux versions du Blues, de la plateforme Masaccio de Hitachi Rail, sont produites : le HTR 312 tricaisse et HTR 412 quadricaisse (avec H pour « hybride »).

    Et, de l’autre côté de l’Atlantique, la commande de locomotives Charger passée par Amtrak à Siemens comprend une sous-série de 17 machines hybrides diesel et batteries. Ces dernières ne seront pas placées à bord de la locomotive proprement dite, mais dans la première voiture des rames qui ont également été commandées à Siemens.

    Toute l’actualité récente autour des trains à batteries – on citera également la mise en service des Mireo Plus B de Siemens dans le Bade-Wurtemberg, sans oublier les commandes en cours – semble rejeter dans l’ombre le train à hydrogène, qui avait bénéficié d’un certain engouement à la fin de la dernière décennie et au début de l’actuelle, tant en Allemagne qu’en Italie, voire en France, et plus récemment outre-Atlantique. Entretemps, à l’automne 2022, le projet H2goesRail, mené en coopération avec la DB et Siemens par le Bade-Wurtemberg s’est arrêté.

    Ceci alors qu’en Basse-Saxe, où le Coradia iLint a été testé et mis en service, il a été décidé que la décarbonation se poursuivrait avec des trains à batteries. Ces derniers sont sans doute plus adaptés aux assez faibles distances, à parcourir dans des régions où l’on croise souvent des lignes électrifiées, à défaut de rouler dessus.

    Tous les trains à batteries ne sont pas qu’électriques. Dans son usine italienne de Pistoia, Hitachi Rail produit pour Trenitalia les trains régionaux hybrides Blues. IL s’agit du premier matériel roulant tri-mode à entrer en service en Europe, dont les batteries, en l’absence de caténaire, peuvent soit contribuer à augmenter la puissance disponible en mode diesel-électrique, soit fournir la totalité de l’alimentation électrique nécessaire à la traction.

    L’hydrogène, quand l’électrification n’est pas à l’ordre du jour

    La pile à hydrogène est toutefois devenue une solution concrète sur rail avec le Coradia iLint d’Alstom, surtout pour les longues distances, comme le prouvent les records de ce dernier, puis du Flirt H2 de Stadler (2 803 km), mais sans véritable circuit de production et de distribution du combustible pour l’instant. Les trains à hydrogène qui sont des automotrices électriques alimentées par pile à combustible, donc techniquement très proches des trains à batteries, ne sont pas pour autant hors course, surtout sur les longues distances et dans des pays ou régions où l’électrification, même frugale, n’est pas à l’ordre du jour. Mais le train à hydrogène n’est pas la solution universelle pour rouler à l’électricité sans caténaire, surtout tant que des questions se poseront quant à la production du combustible et à son approvisionnement.

    Trains « à batteries » et bus « électriques »

    La mise en service des premiers trains « à batteries de nouvelle génération » suit de quelques années la décision de remplacer massivement les autobus diesel par des autobus « électriques »… qu’il faudrait appeler « à batteries » pour être plus précis. Car, en matière de bus électriques, une autre solution, analogue à l’alimentation par caténaire dans le monde ferroviaire, existe depuis plus de 120 ans : le trolleybus ! Et, comme les trains et les tramways, les trolleybus peuvent franchir les lacunes non électrifiées sur leur parcours grâce à la solution dite IMC (in motion charging), qui met en œuvre des batteries rechargées lorsque le véhicule circule sous les lignes aériennes de contact. Une solution vendue par la communication de certains réseaux de transport comme des « trolleybus 100 % électriques ». Comme s’il y avait des trolleybus qui n’étaient pas 100 % électriques, pourrait-on se demander malicieusement ! Mais il se trouve que parmi les réseaux faisant emploi de ce pléonasme, on pourra excuser Nancy, dont les véhicules PER 180H exploités de 1982 à 1999 étaient en fait bimodes, pouvant également se mouvoir en mode diesel.

  • Equipementiers & services – Les véhicules connectés, mouchards 3.0 pour les gestionnaires de flottes

    Equipementiers & services – Les véhicules connectés, mouchards 3.0 pour les gestionnaires de flottes

    Le leader de l’Internet des objets et des véhicules connectés, Geotab, développe des outils de collecte et d’analyse de données pour les gestionnaires de flottes automobiles, utilitaires ou poids lourds. Et accompagne les entreprises dans leur transition à l’électrique.

    Une fois franchies les portes du parking, il n’est pas toujours facile pour un gestionnaire de flotte de disposer d’informations précises, et en temps réel, sur les véhicules déployés sur les routes. Qui est au volant ? Quel type de conduite ? Où est le véhicule ? Consommation d’énergie, état des pneumatiques, échéances d’entretien ? Quelle que soit leur activité, transport de marchandises ou de personnes, publiques ou privées, de nombreuses entreprises naviguent à vue.

    Le canadien Geotab a développé des outils et services pour tenter de répondre aux besoins des gestionnaires de flottes automobiles. Fondé en 2000, il est aujourd’hui présent dans 156 pays, et sur le marché français depuis cinq ans. Ses clients, en France et à l’international, forment un panel assez varié : entreprises de transport à la demande, de personnes handicapées ou à mobilité réduite, spécialistes de la logistique, mais aussi des mastodontes du fret comme DB Cargo avec ses 10 000 véhicules connectés. Cette diversité de clients, Geotab la doit aussi bien à la simplicité de ses équipements – un simple boîtier connecté – qu’à la palette des services proposés. Ce boîtier, développé en R&D au siège de l’entreprise à Toronto, permet de faire remonter une mine d’informations. Le petit instrument standardisé s’adapte à tous les véhicules, voitures, bus, autocars, camionnettes, poids lourds.

    Virage serré, freinage intempestif, température des frigos

    Pour l’heure, c’est la version 9 qui est déployée, en attendant la 10 en cours de développement à Toronto. À partir de cet équipement, Geotab récupère trois types de données. Tout d’abord la délicate question du comportement du conducteur derrière le volant : conduite souple, nerveuse, manière d’aborder les virages, accélération, freinage. Autant d’informations qui ont un impact sur le véhicule et sa consommation. Le second type d’informations porte sur les données de l’ordinateur de bord. Consommation, kilométrage, codes de panne, pression des pneus, port de la ceinture : toutes ces données sont transmises à distance. La dernière catégorie de données concerne les informations plus spécifiques à chaque professionnel, comme les temps de conduite issus du chronotachygraphe ou encore, la température des frigos pour le transport sous température contrôlée.

    75 milliards de données quotidiennes

    Le tout via une plate-forme, MyGeotab, à laquelle se connecte le client pour lire en temps réel les informations qui l’intéressent. Geotab traite ainsi 75 milliards de données chaque jour. Qu’en faire ? Cela dépend des besoins du client. Dans le cas d’un transporteur de personnes à la demande, l’outil de géolocalisation est pratique pour gérer la flotte de véhicules.

    Des économies peuvent également être réalisées en analysant le comportement des conducteurs, à qui il est proposé d’adopter une conduite moins nerveuse ou d’éviter de laisser tourner les moteurs pendant les temps d’arrêt ou d’attente. Geotab peut ainsi aider à déterminer un bilan carbone et dresser un diagnostic pour déterminer l’intérêt, ou non, de passer à l’électrique. L’une des forces de l’équipementier canadien, c’est de maîtriser toute la chaîne de traitement des données, appuyée par la simplicité du boîtier fourni aux entreprises. Un équipement que certains constructeurs comme Stellantis, Renault ou encore Ford, installent directement depuis les chaînes de montage.

    Philippe-Enrico Attal

  • David Valence : « Je regrette une forme d’immaturité politique sur les sujets transports »

    David Valence : « Je regrette une forme d’immaturité politique sur les sujets transports »

    Député des Vosges jusqu’au 9 juin 2024, David Valence a été président du Conseil d’orientation des infrastructures (COI) à partir de 2021. S’il n’a pas été réélu à l’Assemblée nationale, il reste conseiller de la région Grand Est. Considéré comme l’un des élus qui connaît le mieux le secteur des transports, il était l’invité du Club VRT le 23 mai. Il regrette un manque d’intérêt d’une grande partie des parlementaires pour les transports. Et prône des investissements massifs pour le secteur.

    David Valence se veut optimiste : le transport ferroviaire a le vent en poupe, rappelle l’ex-député des Vosges. La fréquentation des trains, qui s’était effondrée durant la pandémie de Covid 19, est remontée plus vite que prévu, au niveau d’avant crise et même au-delà. Plus de 118 millions de voyages ont été réalisés en TGV l’an dernier et l’appétence pour les transports publics collectifs se vérifie partout en France. « Mais ce sujet ne s’est pas encore imposé en priorité pour réussir la transition écologique », regrette toutefois l’élu du Grand Est.

    Cet agrégé d’histoire, maire de Saint-Dié-des-Vosges de 2014 à 2022 (date de sa démission pour devenir député apparenté Renaissance et membre de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale), a travaillé sur de nombreux dossiers. Notamment sur les projets de transport à lancer dans le cadre du Conseil d’orientation des infrastructures dont il a pris la présidence il y a trois ans. Ce travail a pu servir de socle pour négocier les contrats de plan État-Région. Les recommandations du COI au sujet du fret ferroviaire ont aussi inspiré le gouvernement, souligne David Valence.

    Le COI en attente d’une nouvelle mission

    L’élu est prêt pour un nouveau mandat à la tête du COI, si le nouveau gouvernement a une feuille de route à lui proposer. Car les sujets à traiter ne manquent pas. Et pas seulement ceux qui concernent le ferroviaire. Il verrait bien le COI se pencher sur la transition de la route. Sur l’électrification de ce mode, mais aussi sur la place des carburants hybrides. « Car la stratégie des grands transporteurs avec qui j’échange est d’aller vers un mix énergétique plutôt que vers le 100 % électrique », témoigne-t-il.
    Le COI pourrait aussi expertiser la stratégie nationale en faveur du fret fluvial, la question du financement de l’infrastructure ou encore s’atteler au sujet des concessions autoroutières, suggère-t-il. Compte tenu de la complexité juridico-financière de ces concessions, dont les échéances sont prévues entre 2031 et 2036, l’État aurait intérêt à anticiper, ajoute-t-il.

    D’autant que le niveau des péages autoroutiers aura un impact sur le ferroviaire, une partie de ces recettes abondant le budget de l’Agence de financement des infrastructures de France (Afitf).

    Manque d’intérêt politique

    Pour débattre de ces sujets, Patrice Vergriete, alors ministre des Transports, préconisait la tenue d’une convention citoyenne spécifique sur les questions de mobilité, indique David Valence. « Ce serait intéressant, parce que le transport est un sujet qui appartient à tous. Il faut habituer les citoyens à s’en saisir ». Selon lui, les citoyens ont gagné en maturité. « Même pour ceux qui n’utilisent pas souvent les transports publics, c’est devenu un sujet important », poursuit-il.

    Il regrette en revanche le « sous-investissement » généralisé dans ce domaine de la part des parlementaires qui, à l’exception de quelques-uns, démontrent une certaine forme « d’immaturité ».

    « Je suis toujours surpris du faible nombre de responsables politiques français qui s’intéressent vraiment aux transports et y consacrent de l’énergie, pas seulement pour remporter des batailles et gagner une infrastructure sur leur territoire. »

    Les récentes déclarations d’Éric Ciotti, indiquant qu’il déposerait une proposition de loi pour privatiser la SNCF, sont une illustration de cette ignorance. Pour David Valence, « c’est donner à bon compte l’impression de répondre à des attentes supposées de son électorat ». Les compagnies ferroviaires nationales rendent un service public et assument la partie majoritaire du transport, ce qui est le cas dans presque tous les grands pays européens, estime-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de juger bénéfique la stimulation de la concurrence avec l’arrivée d’autres opérateurs.

    Pour mieux faire connaître la complexité du secteur, il « invite tous les professionnels à être militants, parce qu’il y a encore un gros travail de conviction à réaliser afin que le débat public gagne en maturité ».

    Il faut aussi, ajoute-t-il, mettre en avant les atouts du transport public et « démontrer que le report modal peut contribuer de manière significative à la décarbonation des transports. Et insister sur le fait que pour favoriser ce report, il est indispensable d’investir beaucoup, dès aujourd’hui ». Ce travail, conclut-il, « c’est à nous de le faire ! ».

    L’hypothèse fragile d’une loi de programmation

    La promesse d’engager 100 milliards d’euros en faveur du rail, faite début 2023 par Élisabeth Borne, alors Première ministre, a suscité beaucoup d’espoir. Un an plus tard, c’est la déception, les financements sont toujours attendus. David Valence se montre nuancé. « Cette annonce est l’expression d’une ambition », commente-t-il. SNCF Réseau a vu ses investissements de régénération passer de 1,8 milliard d’euros annuels en 2017 à plus de 3 milliards cette année. Ils se rapprochent des 4,5 milliards d’euros annuels annoncés à l’horizon 2027-2028. Quant aux CPER (contrats de plan État-Région), ils traduisent une priorité accordée au ferroviaire comme le montrent les lettres de mission des préfets et les accords qui ont déjà été passés. Reste que la loi de programmation, qui était attendue (et espérée par les acteurs du transport public) pour définir une trajectoire à dix ans, se fait toujours attendre.

    Transdev choisi pour relancer Nancy-Contrexéville

    Comme VRT l’annonçait dès la fin de l’année dernière, la région Grand Est a choisi, le 24 mai, en commission plénière, le groupement mené par Transdev avec NGE Concessions et la Caisse des dépôts et consignations. Le groupement obtient une concession de 22 ans avec la mission de rénover, maintenir et exploiter cette ligne partiellement fermée depuis 2016. Le montant du contrat atteint 721 millions d’euros. Une première, car cette délégation comprend non seulement l’exploitation des trains, mais aussi la gestion de l’infrastructure.

    Le nouveau concessionnaire va commencer par s’atteler à la rénovation de l’infrastructure d’une longueur de 75 km (voies et gares) jusqu’en décembre 2027 et créera un centre de maintenance qui sera installé à Mirecourt dans les Vosges. Le groupement apportera plus de 200 millions d’euros pour rénover la voie et construire le centre de maintenance. La vitesse commerciale pourra aller jusqu’à 115 km/h, portant à 1 h 10 le temps de parcours entre les deux villes. 14 allers-retours quotidiens seront proposés. L’exploitation nécessitera le transfert d’une quarantaine d’agents de la SNCF. L’objectif est une ouverture en décembre 2027.

    Le frein des péages ferroviaires

    Parmi les autres évolutions à venir, le niveau des péages ferroviaires, souvent critiqué, a fait l’objet d’une mission menée notamment par l’Inspection générale des finances. Mais on attend toujours ses conclusions. Les péages élevés de SNCF Réseau peuvent être un frein au développement du ferroviaire, reconnaît l’élu de la région Grand Est. Il rappelle qu’en France, la maintenance et la modernisation des infrastructures reposent quasi exclusivement sur les péages. « Ils sont donc nécessairement élevés. La seule solution envisageable pour les faire baisser de manière structurante serait de trouver une autre ressource budgétaire. C’est le cas dans la plupart des pays européens où il existe un modèle mixte de financement mélangeant péages et budget vert. En France on finira par avoir ce débat », assure David Valence.

    La moins mauvaise solution pour Fret SNCF

    Pour le fret ferroviaire, la situation est également tendue. Pour David Valence, le scénario de « discontinuité » décidé par le gouvernement pour Fret SNCF est sans doute critiquable, mais sans doute aussi le moins mauvais pour sauvegarder la compagnie. Elle était sous la menace de devoir rembourser les 5,3 milliards d’euros que l’État lui a versés entre 2007 et 2019, après une enquête lancée par Bruxelles pour aides illégales.

    La solution retenue par le gouvernement vise à faire disparaître Fret SNCF d’ici la fin de l’année pour faire renaître le service sous un autre statut en cédant 20 % de son activité à des entreprises concurrentes. Dommage toutefois d’en être arrivé là. Pour David Valence, la responsabilité en revient au gouvernement qui a commis l’erreur de ne pas notifier les aides publiques accordées à Fret SNCF, en espérant que cela ne serait pas vu…

    Ce scénario risque de porter un coup dur au fret ferroviaire dans son ensemble. Un secteur qui a déjà souffert de la hausse des coûts de l’énergie et du retournement économique qui s’est traduit l’an dernier par une baisse des volumes transportés. Dans ces conditions, il est peu probable que le secteur parvienne à rattraper le temps perdu et à tenir l’objectif de porter la part modale du fret ferroviaire à 18 % à l’horizon 2030, souligne l’élu (contre 9 % aujourd’hui). Il plaide pour le maintien du niveau d’aides publiques dont peuvent bénéficier actuellement chargeurs et entreprises ferroviaires.

    Un TER Grand Est.

    Une politique régionale innovante

    Interrogé sur la politique régionale des mobilités, celui qui est aussi président de la commission Transports, mobilités et infrastructures du Grand Est vante les positions souvent pionnières de sa région. Le 24 mai, la collectivité a attribué à un groupement emmené par Transdev la concession de la ligne ferroviaire entre Nancy et Contrexéville qui était partiellement fermée depuis plusieurs années. « C’est le premier lot attribué en intégration verticale. Un projet de réouverture ambitieux, avec une politique d’arrêts simplifiée, de manière à limiter le temps de parcours à un peu plus d’une heure », précise l’élu.

    Pour pouvoir lancer son appel d’offres et déléguer la gestion de l’infrastructure, la Région a obtenu une évolution du référentiel de l’Établissement public de sécurité ferroviaire, en démontrant que réduire la criticité du niveau de risques aux passages à niveau pouvait se faire en réduisant la vitesse. « Nous fermerons une trentaine de passages à niveau en milieu rural, mais pour ceux situés sur les départementales, il est juste prévu une décélération en amont. »

    La Région a aussi lancé un appel d’offres visant à rouvrir un ensemble de tronçons entre Strasbourg et Épinal formant la liaison Bruche-Piémont des Vosges, ainsi que deux liaisons franco-allemandes. L’étoile de Reims sera le quatrième lot ferroviaire ouvert à la concurrence par le Grand Est, avec une part routière importante qui demandera une réponse multimodale robuste.

    Le Grand Est a fait le choix de privilégier la réouverture de lignes fermées depuis la création de la Région. « En tant qu’élu, j’ai vécu trois fermetures de lignes ferroviaires et j’ai l’assurance d’en revivre deux avant la fin de mon mandat de parlementaire », indique David Valence. L’élu considère que les projets d’ouverture sont d’autant plus intéressants qu’ils correspondent à des fermetures récentes ou à des lignes dont le trafic potentiel est important. D’où son énergie à défendre la circulation de lignes classées UIC 7 à 9 qui représentent 33 % du réseau régional, 25 % des fréquentations dans les trains et 32 % des circulations ferroviaires. Des trains proportionnellement à peine moins remplis que ceux circulant sur les autres lignes. Pour leur défense, il explique les conséquences qu’aurait leur fermeture pour des milliers de voyageurs. En revanche, rouvrir des liaisons fermées il y a 30 ans n’est guère intéressant si elles sont situées sur des territoires où il n’y a pas eu d’évolution démographique. Mieux vaut alors privilégier d’autres solutions.

    En zones rurales, la région prévoit de tester le train Draisy sur la ligne Sarreguemines-Niederbronn. Un matériel très léger, destiné à circuler sur de petites lignes, fabriqué par le groupe alsacien Lohr. Si le bilan est concluant, il pourrait ensuite être étendu à d’autres territoires.

    Le premier Serme de Strasbourg

    La Région a aussi montré la voie en lançant dès décembre 2022 un premier Serme (Service express métropolitain européen) à Strasbourg. Elle prévoit d’enchaîner avec les projets de Lorraine-Luxembourg et Mulhouse-Bâle « Avec le Serme de Strasbourg, nous visions 800 trains supplémentaires par semaine. Nous ne sommes pas encore à l’objectif, mais avec 640 trains supplémentaires, nous avons déjà réussi à avoir une augmentation massive de l’offre », souligne l’élu.

    Il faut aussi, poursuit-il, prendre en compte les solutions de transport collectif par voie routière. Ainsi, dans sa région, un service de cars express, circulant sur des voies réservées spécialement aménagées, a été lancé entre Wasselonne et Strasbourg. Cette ligne fonctionne bien, avec un taux de remplissage et de satisfaction élevé, affirme-t-il. Enfin, le vélo a un rôle à jouer, sous réserve de sécuriser les itinéraires sur les liaisons entre le périurbain et l’urbain dense. La situation évolue dans le bon sens grâce aux crédits du gouvernement destinés aux aménagements, qui sont passés de 50 millions d’euros en 2018, à 200 millions dans le PLF 2023.

    Le retour en grâce des lignes classiques longue distance

    Délaissées ces dernières années, les lignes longue distance à vitesse classique pourraient connaître des jours meilleurs. Le fait que l’État les ait négligées pendant des années montre qu’il est une mauvaise autorité organisatrice, affirme David Valence.

    « Ces lignes ont aussi été pénalisées par un sous-investissement de la part de la SNCF qui les considérait comme des objets du passé et donnait la priorité aux TGV. C’est particulièrement vrai pour les trains de nuit qui ont récemment été relancés à moindres frais, mais avec succès, par l’État. Pour assurer la pérennité de ces liaisons nocturnes, il est impératif que dès l’an prochain des commandes de matériel soient passées. Sans quoi le message serait rude pour le ferroviaire », indique l’ancien député Renaissance en assurant faire partie de ceux qui se battront dans ce sens. Il encourage les opérateurs à se positionner sur ces offres.

    Il faudra aussi, poursuit-il, faire en sorte que les liaisons longue distance à vitesse classique de jour retrouvent la place qu’elles méritent dans le paysage ferroviaire. La région Grand Est fait ce pari : elle a relancé une ligne Paris-Strasbourg en TER avec deux allers-retours quotidiens (« qui fonctionnent très bien ») et a décidé de prolonger la ligne Paris-Troyes-Belfort jusqu’à Mulhouse.

    Président de la SNCF ? un des postes de dirigeant « les plus difficiles » en France 

    Un « grand président ». C’est l’hommage rendu par David Valence à Jean-Pierre Farandou qui a appris en mai qu’il ne serait pas reconduit à la tête du groupe SNCF. Selon l’élu, le patron de la SNCF a rempli avec succès la mission que lui avait confiée le gouvernement : alors que le climat social s’était dégradé lorsqu’il est arrivé aux commandes en novembre 2019, il a su remobiliser le personnel autour des objectifs de service public. Et il a redressé les comptes de l’entreprises, engrangeant 2,3 millards d’euros de bénéfices en 2022, puis 1,3 milliard en 2023.

    Selon lui, son successeur devra« savoir parler à tout l’écosystème ferroviaire et pas seulement aux cheminots ». Il devra aussi, poursuit-il, « savoir gagner des arbitrages et démontrer que le ferroviaire est une économie ». Enfin, « idéalement il faudrait aussi qu’il puisse rester en fonction un peu de temps… ». Pour David Valence, la présidence de la SNCF est un des postes de dirigeant « les plus difficiles » à tenir en France.

    Une écoredevance fin 2026

    Pour mieux organiser les transports dans cette terre de transit international, car transfrontalière (voisine de la Belgique, du Luxembourg et de la Suisse), la région Grand Est s’est portée volontaire pour expérimenter la décentralisation d’une partie du réseau routier national, permise par la loi 3DS. L’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie se sont aussi elles aussi portées volontaires.

    Le cas du Grand Est est particulier, avec des routes souvent encombrées par des poids lourds souhaitant éviter la taxe kilométrique belge, la LKW Maut allemande ou la vignette suisse. La Région a mal vécu l’abandon de l’écotaxe, qualifié de « défaut de solidarité nationale » par David Valence. Elle souhaite pouvoir expérimenter l’écoredevance en devenant gestionnaire de 1 100 km de voiries sur l’A30, l’A31, la RN4 et la RN 44.

    Cette taxe, qui pourrait être mise en place à l’horizon 2027, apportera des financements pour réaliser des aménagements, par exemple sur l’A31 bis vers le Luxembourg, où le trafic routier devrait s’envoler à l’avenir. Les investissements réalisés pour booster l’offre ferroviaire ne permettront pas d’absorber les flux transfrontaliers, qui devraient passer de 130 000 passages quotidiens aujourd’hui à 200 000 d’ici 2035, indique l’élu vosgien. Un autre chantier à mener à l’échelle régionale.

    Valérie Chrzavzez

  • ViNCI Railways plaide pour les modèles de concessions

    ViNCI Railways plaide pour les modèles de concessions

    Le modèle concessif, une solution sous-utilisée pour financer les travaux nécessaires au développement des transports publics ? C’est ce que défend Valérie Vesque-Jeancard, présidente de VINCI Railways et directrice déléguée de VINCI Airports. Début juillet, l’experte des concessions était l’invitée du Club Ville, Rail & Transports.

    Spécialisée dans la conception, le financement, la construction, l’opération et la maintenance d’infrastructures de transport, VINCI Concessions, entité du groupe éponyme, a développé une centaine de concessions aéroportuaires, autoroutières et ferroviaires dans 24 pays, à travers ses filiales VINCI Airports, VINCI Highways et VINCI Railways. Et revendique le statut de leader mondial des concessions d’infrastructures de transport. Invitée le 10 juillet du Club VRT, Valérie Vesque-Jeancard est revenue sur la génèse de VINCI Railways, qui existe depuis une vingtaine d’années. La filiale ferroviaire de VINCI Concessions réalise 350 millions d’euros de chiffre d’affaires géré, avec 250 salariés.

    En France, elle gère des infrastructures emblématiques, comme la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique (SEA), dont l’entreprise LISEA est gestionnaire, et MESEA assure la maintenance, dans le cadre d’une concession de 50 ans qui s’achèvera en 2061. VINCI Railways détient 70 % de Synerail, une société qui a financé, conçu et construit le système Global de communication mobile ferroviaire (GSM-Rail) pour remplacer le réseau de télécommunication analogique RST. Le GSM-Rail est déployé sur 16 500 km du réseau ferré français et couvre 80 % des circulations ferroviaires en France, dans le cadre d’un contrat de partenariat signé avec SNCF Réseau pour une durée de 15 ans, qui prend fin en 2025.

    VINCI Railways avait aussi remporté la concession du Rhônexpress, une liaison en tramway express entre la gare de la Part-Dieu et l’aéroport de Lyon – Saint-Exupéry. L’entreprise l’avait financée, construite et exploitée pour le compte du Sytral, l’autorité organisatrice des transports des territoires lyonnais, dans le cadre d’un contrat qui devait durer 30 ans. Le concessionnaire a dû passer la main au Sytral bien avant l’échéance du contrat : en 2021 au lieu de 2037. La collectivité a voulu intégrer Rhônexpress dans son réseau, et « la fin anticipée de la concession a donné lieu à indemnisation, conformément au contrat ». La filiale ferroviaire de VINCI gère aussi des bus à haut niveau de service (BHNS), à la Martinique par exemple avec une liaison par bus de 14 kilomètres entre Fort-de-France et Le Lamentin, dans le cadre d’un marché de partenariat démarré en 2013, jusqu’en 2035. « Tous ces actifs qui nous ont été confiés par des autorités publiques, ont comme point commun d’être des infrastructures de transport. Nous en sommes gestionnaires mais nous ne sommes pas opérateurs de transport », précise Valérie Vesque-Jeancard.

    L’union fait la force

    « Le modèle concessif est pertinent pour développer des infrastructures de transport ferroviaire ou urbain », insiste la présidente de VINCI Railways. Principal atout, il ne pèse pas sur le financement public, puisque c’est le concessionnaire qui finance les infrastructures. Un avantage lorsque le mur d’investissement pour développer et rénover les infrastructures de transport est haut. En mars 2022, le Comité d’orientation des infrastructures l’avait estimé à plus de 200 miliards d’euros. Les engagements à long terme des concessions présentent en outre l’intérêt de pouvoir réaliser des investissements sans être soumis à l’annualité budgétaire ou aux cycles électoraux, relève la dirigeante. Passer par des concessions permet, selon elle, de réaliser des projets au moment où leurs besoins socio-économiques se ressentent. En 2010, par exemple, RFF (ex-SNCF Réseau) devait créer plusieurs lignes de TGV en même temps. Le gestionnaire du réseau ferré avait choisi d’en confier trois à des partenaires privés, et d’en réaliser une. Ces partenaires ont construit 25 % du réseau à grande vitesse français en cinq ans, « alors qu’il avait fallu à l’État 35 ans pour en produire les trois premiers quarts », indique la représentante de VINCI. Confier une infrastructure en concession, c’est déléguer un projet intégré, depuis la conception jusqu’à la maintenance, « et lorsqu’une entreprise est engagée dans un contrat sur une longue durée [plusieurs dizaines d’années en général, ndlr], elle ne construit pas de la même façon, affirme-t-elle. Nous sommes plus vigilants à la robustesse, à l’accessibilité des équipements et des lignes pour la maintenance ». La ligne à grande vitesse SEA, chantier à 7,7 milliards d’euros, a été livrée avec un mois d’avance.

    Autre bénéfice de la concession, poursuit Valérie Vesque-Jeancard, la capacité des acteurs privés d’introduire de la technologie et des innovations pendant la vie des projets. « C’est dans l’ADN de nos entreprises. Parce qu’elles font face à la concurrence, elles doivent évoluer en permanence. Et leur capacité d’innovation sert la performance et l’efficacité opérationnelle ». A titre d’exemple, les draisines Broom, qui balaient les voies ferrées, équipées de capteurs et de caméras laser pour remonter les informations de la ligne à grande vitesse, avant de les envoyer dans le SE@Cloud afin qu’elles soient utilisées pour de la maintenance prédictive. « Ce qui nous permet d’être plus performants opérationnellement et économiquement, et de mieux gérer patrimonialement ce patrimoine ferroviaire », précise la patronne de VINCI Railways. Elle devrait aussi présenter en septembre, au salon Innotrans qui se déroule à Berlin, l’utilisation des drones pour améliorer la maintenance de cette ligne. « Nous explorons beaucoup de champs d’innovation et ces avancées sont partagées au sein de l’Agifi [l’Association des gestionnaires d’infrastructures ferroviaires indépendants, ndlr], car sur les sujets que nous avons en commun, il est plus puissant de réfléchir ensemble que séparé ».

    Restaurer la confiance

    Reste à convaincre les décideurs publics de la pertinence du modèle concessif. Eteindre les critiques, et rassurer. Premier reproche, leur coût, plus élevé que ceux des traditionnelles passations de marchés publics. C’est le propre de ce modèle économique, qui implique que les partenaires privés récupèrent leurs coûts de construction et réalisent un bénéfice. Une réticence que la directrice de VINCI Railways tente d’objectiver en évoquant les résultats d’une étude réalisée par EY Consulting sur le coût global et les externalités positives du partenariat public-privé en matière d’infrastructure ferroviaires. En se basant sur des projets ferroviaires historiques, le cabinet d’audit financier et de conseil a évalué entre 2 et 3 % le surcoût induit par des projets en PPP. Et n’a pas manqué de mettre en évidence l’avantage lié à des travaux réalisés dans les budgets et les délais, chiffré entre 4 et 9 % du montant investi. Malgré leur coût de financement supérieur, ces optimisations permettraient de réduire l’impact du surcoût, voire de générer des gains sur le coût global pour la personne publique, estimés par le cabinet d’audit entre 1 et 6 % du Capex.

    La representante de VINCI Railways en déduit que pour les projets ferroviaires de LGV, en garantissant le respect des délais et des coûts, tout en garantissant des bénéfices socio-économiques, le PPP est un mode de passation de marché « très pertinent ». Objectif, « déconstruire les idées reçues sur ces montages qui au moment où les finances publiques sont insuffisantes au regard des ambitions, donnent la possibilité de se donner les moyens de faire plus, et qu’il ne faut pas négliger, note Valérie Vesque-Jeancard. Dans une période où il y a énormément de projets dont l’utilité socio-économique est avérée et pas assez d’argent pour les réaliser, il est légitime que dans la mosaïque des outils de financement proposés, le PPP soit représenté et que les pouvoirs publics soient amenés à réfléchir au montage le plus adapté, au cas par cas », soutient-elle.

    Nombreuses perspectives

    Les projets qui pourraient être financés en PPP sont légion. Valérie Vesque-Jeancard liste le grand projet ferroviaire Sud-Ouest (GPSO), la ligne nouvelle Montpellier – Perpignan, la partie française du Lyon – Turin, la ligne nouvelle Paris Normandie (LNPN). Ces partenariats pourraient aussi apporter une solution à la regénération des lignes existantes ou aux nouveaux systèmes de signalisation ou de télécommunication nécessaires. Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du rail, ces partenariats pourraient aussi permettre de financer des centres de maintenance partagée, ou les projets de RER métropolitains portés par les collectivités locales, et qui vont demander des investissements importants. D’autres besoins émergeront encore avec le verdissement des flottes de matériel roulant, lorsqu’il faudra construire des stations de recharges électriques ou à hydrogène. VINCI Railways veut aussi se positionner sur le marché international, pour répondre aux projets de transport urbain qui vont voir le jour dans des pays de l’OCDE, accompagner les projets ferroviaires à grande vitesse dans les pays d’Europe de l’Est ou encore contribuer à la densification du réseau ferroviaire dans les Pays Baltes et en Amérique latine.

    L’épineuse question du tarif des péages

    Le coût jugé exorbitant des péages figure parmi les principales critiques visant les PPP. La LGV Tours-Bordeaux ne fait pas exception. SNCF Voyageurs a mis en avant le montant de la redevance facturée par Lisea, pour justifier l’impossibilité de faire rouler davantage de trains entre Bordeaux et la capitale. « Il n’y a pas d’argent magique, répond Valérie Vesque-Jeancard. Pour construire une infrastructure, on peut soit faire appel à des crédits budgétaires, c’est-à-dire au contribuable, soit instaurer des péages pour la financer ». Dans le cas de SEA, le financement est assuré pour moitié par l’État, donc par le contribuable, et pour l’autre via les péages, donc par l’usager. Compte tenu du succès de cette ligne, la deuxième LGV la plus fréquentée de France après Paris – Lyon, la directrice de VINCI Railways considère que le tarif de la redevance n’est pas un obstacle. « Les trains sont remplis à 85 ou 90 %, et deux millions de voyageurs restent à quai chaque année faute de trouver une place à bord. » La SNCF qui a déjà augmenté son offre, a prévu d’ajouter un Ouigo vers le Pays basque en 2026 et de nouveaux entrants, comme Proxima, s’intéressent aussi à cette liaison. Aujourd’hui, sur 145 sillons disponibles, seulement 75 sont occupés, calcule Valérie Vesque-Jeancard. « Il reste un potentiel de progression, à la fois pour l’opérateur historique, mais aussi pour des nouveaux entrants ». Pour leur laisser le temps d’installer de nouvelles lignes, VINCI Railways leur accorde la première année, comme prévu par le document de référence de la ligne, une réduction de 40 % sur le tarif de péage. La ristourne diminue progressivement les quatre années suivantes. Pour autant, les projets des nouveaux aventuriers du rail tardent à se concrétiser, à cause « de nombreuses barrières à l’entrée », déplore la présidente de VINCI Railways. A commencer par le coût d’acquisition du matériel roulant sur un marché où il n’y a pas d’offre de leasing. Pour y entrer, la demande en capitaux est énorme. Et une fois cette première difficulté surmontée, le matériel acquis doit être homologué, ce qui prend du temps. L’Espagnol Renfe en a fait l’expérience avec son train Talgo. L’entretien du matériel pouvant aussi constituer une barrière, Lisea, filiale de VINCI Railways s’est engagée dans la construction d’un site de maintenance et de remisage de trains aptes à la grande vitesse, à Marcheprime, près de Bordeaux. Le but, c’est de faire sauter ce verrou et de contribuer au développement de liaisons ferroviaires additionnelles sur la ligne Paris Bordeaux. Ce centre de maintenance devrait entrer en service d’ici fin 2027.

    Les enseignements du marché du transport aérien

    Le ciel unique européen (interopérabilité des systèmes de contrôle) et la libéralisation du transport aérien en Europe en 1987 ont eu un effet majeur sur l’offre de transport aérien, qui a fortement augmenté, tandis que le prix des billets baissait, pour le plus grand bénéfice des voyageurs. « La mise en place de l’AESA, agence européenne pour la sécurité aérienne, a permis aussi que l’homologation des avions se fasse au niveau européen et non par chaque pays », indique Valérie Vesque-Jeancard. Des réalisations qui pourraient inspirer le secteur ferroviaire pour une interopérabilité accrue du réseau européen, la facilitation de l’arrivée de nouveaux entrants et, in fine, un accroissement de la part modale du train.

    Se préparer au changement climatique

    Les infrastructures de transport sont impactées par le réchauffement climatique. Celles que VINCI Railways exploite ont souvent l’avantage d’être récentes et conçues en prenant en compte ces risques. Elles sont donc plus résilientes. Ce qui n’a pas dispensé l’entreprise de réaliser une étude pour identifier les vulnérabilités de ses lignes face à différents événements climatiques :  inondation, chaleur, sécheresse, vent violent. Il en ressort que les incendies de forêt sont le principal risque auquel la LGV SEA est exposée. Un plan d’action pour s’y préparer a été mis en place. Il implique notamment un débroussaillage mécanique aux abords de la ligne, VINCI Railways ayant fait le choix de ne plus utiliser de produits phytosanitaires. Cela engendre un surcoût, que Valérie Vesque-Jeancard envisage comme un investissement sur l’avenir.

    Mais dès aujourd’hui, le changement climatique a pour conséquence concrète la hausse des primes d’assurance. D’ici à 30 ans, le coût des sinistres climatiques devrait doubler, du fait de la fréquence et de l’intensité des épisodes. Les assureurs l’anticipent en augmentant le montant des primes et en se montrant plus réticents à assurer. « Chez VINCI, nous nous en sortons bien parce que, grâce à nos études de résilience, nous avons mis en place des mesures pour convaincre les compagnies d’assurance de nous accompagner. Jusqu’à présent, nos primes n’ont augmenté que modérément, mais nous sommes conscients que le poste va continuer à aller crescendo », prévoit Valérie Vesque-Jeancard.

    Deux axes majeurs pour changer la donne

    Depuis vingt ans, la part modale du fret ferroviaire peine à dépasser la barre de 10 % et celle du trafic ferroviaire de voyageurs est passée de 8 à 10 %. « Pour parvenir à les doubler, conformément aux objectifs et contribuer à une planète plus verte, il faut passer de l’incantation à l’action », exhorte la présidente de VINCI Railways. Deux requêtes pour le futur exécutif qui, à l’heure où elle s’exprimait, peinait à être composé. La première porte sur la nécessité d’avoir un réseau ferroviaire en bon état. « Ce qui implique qu’on entreprenne des travaux pour le moderniser et le rendre interopérable au niveau européen ». Pour y parvenir dans un délai acceptable, la dirigeante estime que les pouvoirs publics devraient mettre en place un plan d’envergure associant gestionnaires publics et privés. « Pour faire face à l’urgence climatique, il faut mobiliser toute l’intelligence du secteur. On ne peut pas en faire l’économie pour remettre vite le réseau à niveau. »

    Deuxième impératif pour développer la part du fret ferroviaire, diposer de plus d’offres commerciales. Sur ce point, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer pour lever les barrières à l’entrée. « Dans les pays où de nouveaux opérateurs ferroviaires  sont arrivés, les voyageurs ont bénéficié de plus d’offres, de davantage de fréquences et d’une baisse du prix du billet. En France, l’arrivée de Trenitalia sur Paris – Lyon a fait baisser le prix des billets de 10 %. Il faut poursuivre dans ce sens », conclut la dirigeante de VINCI Railways.

    Valérie Chrzavzez

  • Des voltigeurs dans la ville, les métiers du câble urbain

    Des voltigeurs dans la ville, les métiers du câble urbain

    Conduire et entretenir un téléphérique urbain comme à Brest, Toulouse, Saint-Denis de La Réunion, bientôt Ajaccio ou Créteil ne recouvre pas la même réalité que prendre les commandes d’un métro ou d’un tramway. Le métier du câble urbain exige des compétences particulières, beaucoup de travail de nuit, et il ne faut pas avoir le vertige ! Les formations reposent sur le compagnonnage, l’école de la neige, et un récent bac professionnel.

    Peu de cabines, peu de conducteurs, mais beaucoup de voyageurs : de 1000 à 5000 personnes par heure et par direction (73000 à Mexico ! ), de 7 h à 23 h ou minuit, non-stop, tous les jours. A priori, un conducteur de métro ou de tramway, aguerri aux protocoles stricts de sécurité imposés par les services de l’Etat et le décret sur la sécurité des transports publics guidés (STPG), pourrait tout aussi bien assurer la conduite d’un téléphérique en ville. « En réalité, la notion de conducteur ne recouvre pas la même dimension, il est posté sur le quai ou à distance, à côté du PC. L’équivalent, ce serait superviseur du tramway », compare Brigitte Panchout, responsable du tramway, du téléphérique et d’un centre bus chez Tisséo Voyageurs, la régie des transports en commun de l’agglomération toulousaine, qui a inauguré en mai 2022 une ligne de téléphérique. « Il réalise les contrôles réglementaires avant l’ouverture de l’installation, intervient et alerte en cas de dysfonctionnements ou d’incident, est habilité à arrêter et redémarrer l’installation, prendre la décision d’évacuer les voyageurs, c’est lui qui a autorité même si les décisions opérationnelles viennent du PC », reprend-t-elle.

    Le téléphérique urbain, c’est un autre public aussi, « on ne transporte pas des skieurs qui ont du temps, mais des actifs. Le niveau de service attendu est plus exigeant », rappelle Victor Antonio, directeur des mobilités de la métropole de Brest où le premier téléphérique de France a fait ses armes en 2016 (si l’on exclut celui de Grenoble qui date de 1934). Non sans difficultés au démarrage. A Toulouse, des agents de station assurent la surveillance de l’embarquement et le débarquement des usagers, les accueillent, les informent et contrôlent les billets. Ils savent aussi porter les premiers secours aux passagers.

    Le téléphérique de Brest permet de traverser la Penfeld, le fleuve qui sépare la ville en deux.

    Savoir manier le baudrier

    Concernant les métiers de la maintenance, le socle de compétences est commun : un mécanicien, un électromécanicien ou un expert des automates de sécurité pourrait œuvrer tout aussi bien sur un métro, un tram ou un téléphérique. Sauf qu’il n’est pas hydraulicien (la tension du câble est assurée par vérin hydraulique), ne sait pas forcément mesurer la vitesse ou la pression du vent à l’aide d’un anémomètre, ou interpréter un bulletin météo (certains téléphériques supportent le vent fort, mais tous détestent les orages). Et surtout, il ne sait pas monter au pylône et travailler sur une télécabine ou un câble accroché à 70 mètres. Le plus souvent de nuit. « S’il existe de grandes similitudes entre les métiers des transports urbains classiques, le travail en hauteur est un incontournable pour le câble et nécessite une formation particulière, pour les techniciens de maintenance comme pour l’encadrement et le service QHSE [Qualité, hygiène, sécurité, environnement, ndlr] », confirme David Aubonnet, Savoyard pur sucre et référent transport par câble chez RATP Dev. La filiale du transporteur francilien exploite les téléphériques de Brest, du Salève en Haute-Savoie, ainsi que plusieurs funiculaires urbains.

    Pourquoi le câble urbain a le vent en poupe

    Astucieux pour franchir des obstacles topographiques, meilleur marché qu’un métro ou un tramway. Là où les modes de transport conventionnels atteignent leurs limites, les téléphériques urbains les repoussent.

    Ils ont des avantages :

    • Capacitaires : de 1 500 à 5 000 passagers/heure. A Brest, 2 télécabines de 60 places, 945 000 voyageurs en 2023, 11 salariés. A Toulouse, 16 télécabines de 34 places, 6 000 passagers par jour (plus de 3 millions depuis la mise en service en 2022), 30 salariés.

    • Fréquents : en continu, quelques secondes dans le cas de télécabines, quelques minutes pour les téléphériques en va-et-vient.

    • Peu gourmands en espaces au sol.

    • Temps de travaux moins longs qu’un réseau de tram.

    • Moins coûteux. 15 M€ pour 500 mètres de ligne à Brest, 90 M€ pour 3 km à Toulouse, 100 M€ pour 4,5 km entre Créteil et Villeneuve Saint-Georges en Ile-de-France.

    Et des limites :

    • Covisibilité avec des habitations.

    • Survol de la ville et des immeubles.

    • Sensibles aux conditions météo.

    Monter aux pylônes ça s’apprend. Il faut savoir manier le baudrier, le mousqueton et le stop chute. Et ne pas avoir le vertige. La section téléphérique urbain du Syndicat des téléphériques de France, présidée par David Aubonnet, dispense des formations à Val Thorens (Savoie), et délivre des certificats de compétences.
    Cette chambre professionnelle dont dépendent les salariés des remontées mécaniques (et du câble urbain dans certains cas) a participé à la création d’un bac pro en 2022 dans deux lycées : à Saint-Michel de Maurienne, dans les Alpes, et à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées.
    A Brest, Victor Antonio a envoyé ses techniciens se former à la neige, puis chez ArcelorMittal, et enfin, chez MND, constructeur du téléphérique qui survole la rade de la cité bretonne. « En Corse, nous sommes en contact avec l’Afpa [Association pour la formation des adultes, ndlr] et le lycée professionnel », indique Michael Fauché, directeur stratégie et nouveaux marchés chez Poma, constructeur du téléphérique d’Ajaccio attendu pour 2025. Le leader des remontées mécaniques s’intéresse de près aux opportunités du marché urbain et a déjà signé les téléphériques de Medelin en Colombie, New York, Namur et Toulouse.

    Le « téléporté » d’Ajaccio est attendu pour 2025.

    « Il faut dédiaboliser ces métiers, le téléphérique, ce n’est pas la troisième dimension, ça reste de la mécanique. 90 % de la partie technique et sécurité sont similaires au métro ou au tramway, les 10 % qui font la différence, c’est le travail en hauteur et la temporalité : pour réaliser leur mission d’inspection et d’entretien, les agents de maintenance n’ont qu’une fenêtre de tir de quelques heures entre la fin de service vers minuit et le redémarrage au petit matin », décrit Nicolas Chapuis, directeur général délégué de MND, qui outre l’installation de de Brest, signe celle de Huy (Belgique) et du projet de deuxième ligne de téléphérique à Saint-Denis de la Réunion, avec l’ingénieriste Systra.  Monter aux pylônes, ça s’apprend, ça se désire aussi. Ces profils ne courent pas les rues de la ville.

     

    Là-haut

    Diplôme d’ingénieure de l’Institut national de sciences appliquées de Toulouse et BTS maintenance en poche, Amandine Bildan, 27 ans, a vite troqué l’industrie agroalimentaire pour celle des transports publics. Elle cherchait un travail de plein air, mais à la ville et avec un peu d’adrénaline. Altiservices, la société chargée de l’exploitation et de la maintenance du téléhérique urbain de Toulouse, pour le compte de Poma, cherchait un technicien de maintenance. Elle a immédiatement suivi une formation de travail en hauteur, « là-haut, j’observe, je fais du graissage, je prends des côtes d’usure pour envoyer les valeurs à Poma. C’est beau une ville, la nuit ! », s’enthousiasme la jeune femme entrée dans l’entreprise il y a un an, avec un salaire net d’environ 2400 euros, primes de travail de nuit et de week-ends compris. Le rythme de travail est décalé et varie : 05h30-13h45, 13h30-21h45 ou bien 21h-05h. En bas, son travail consiste à faire le tour des gares, à l’affût du moindre bruit inhabituel qui dénoterait un dysfonctionnement, ou d’un défaut sur une structure béton. Elle fait de la maintenance prédictive sur les cabines désossées, des tests magnétiques pour repérer d’éventuelles fissures internes du câble. Polyvalente, elle a aussi appris l’accueil passagers, et suivi une formation de deux semaines aux premiers secours. Plus long que d’apprendre à monter au pylône.

    Les saisonniers des remontées mécaniques de montagne auraient pu faire partie de la solution et répondre aux besoins des opérateurs de transport urbain qui n’avaient jamais pris le téléphérique avant 2013 pour RATP Dev (Le Salève, puis Brest en 2019), 2016 pour Keolis (Brest), 2018 pour Transdev (Colombie). « Mais pour attirer des montagnards dans les villes, il faut se lever tôt ! », souligne Anne Marty, directrice générale adjointe d’Altiservice, qui assure la maintenance et l’exploitation de Téléo. Tôt, au sens propre du terme, car quand à la montagne, les télécabines ne fonctionnent que de 9h à 17h maximum, en ville, elles sont en service dès 5h jusqu’à minuit et plus. « Nous ne disposons que de quatre heures par nuit pour faire la maintenance des installations dont l’usage est intensif », note Brigitte Panchout. Un usage beaucoup plus soutenu qu’à la neige : « 66 000 heures par an en moyenne, contre 12 000 heures sur une remontée mécanique de montagne », calcule Victor Antonio. « Au lancement de Téléo en 2022, nous avons rencontré des difficultés de recrutements et dû faire face à un important turn over, admet Anne Marty. Le travail en hauteur et de nuit a surpris les équipes », relate la dirigeante d’Altiservice, société basée à Toulouse qui gère plusieurs domaines skiables pyrénéens et s’est vu déléguer pour trois ans, l ’exploitation et la maintenance de Téléo.

    A Créteil, les Sarrazins bataillent contre le futur téléphérique C1

    Le tribunal administratif de Melun a confirmé début 2023 la déclaration d’utilité publique du Câble C1. Les premiers mètres du câble ont été placés mi-juillet. Ce sera le premier téléphérique francilien. La juridiction administrative avait justifié sa décision par le fait que l’opération est « de nature à désenclaver » la zone concernée, avec 1 500 voyageurs par heure. Soit 11 000 au quotidien. Conçu avec la société d’ingéniérie Egis, construit par l’Autrichien Dopplemayr, il doit relier la station de métro Créteil Pointe du lac et Villeneuve-Saint-Georges, via Limeil-Brévannes et Valenton, dans le Val-de-Marne. En moins de 20 minutes.

    Deux recours avaient été déposés par des entreprises et un collectif d’habitants des immeubles Les Sarrazins à Créteil. Le projet très attendu, et dans les cartons depuis plusieurs années (ex-projet Téléval), forme un trajet urbain de 4,5 kilomètres. La ligne sera exploitée par Transdev, avec un contrat de délégation de service public de quatre ans, renouvelables deux ans. Le C1 doit commencer son survol en 2025. L’association a fait appel de la décision des juges administratifs.

    Pour le compte de Poma, vainqueur du marché global de conception, construction, réalisation, accompagnement et exploitation du téléphérique. « Nous avons commandé un audit social, ça nous a coûté 40 000 euros et on a retravaillé les horaires, l’organisation du travail », reprend Anne Marty. Les salaires répondent aux contraintes du métier : « Chez nous, les conducteurs et mainteneurs du téléphérique urbain peuvent toucher jusqu’à 4 000 euros bruts avec les primes », décrit celle qui est par ailleurs vice-présidente de la commission sociale de Domaines skiables de France, et est pressentie pour prendre la présidence de la chambre professionnelle qui englobe aussi le câble urbain.

    Contrats globaux

    En moins dix ans, l’approche a radicalement changé. Après les erreurs de jeunesse à Brest qui avait acheté une installation au constructeur savoyard MND sans prestation d’accompagnement (Keolis a essuyé les plâtres, RATP Dev a repris le contrat d’exploitation en 2019), aujourd’hui, lorsqu’une collectivité locale fait le choix du téléphérique, elle signe le plus souvent un contrat de conception, construction, réalisation, maintenance et exploitation. C’est le cas de Tisséo à Toulouse, sur vingt ans !
    De l’intercommunalité de Saint-Denis de la Réunion (le contrat prévoit six ans de maintenance-exploitation), et de la Communauté d’agglomération d’Ajaccio, avec un contrat identique de dix ans. En Ile-de-France, pour le futur C1 de Créteil, Transdev a gagné le contrat d’exploitation du réseau de bus et du téléphérique livré par l’Autrichien Dopplemayr pour quatre ans, renouvelable deux ans. « Transdev qui fait de nouveau équipe avec nous [les deux entreprises ont travaillé ensemble en 2018 pour la télécabine urbaine de Bogota en Colombie, ndlr], aura son personnel et sera autonome sur les niveaux 1 et 2 d’entretien : contrôles quotidiens, interventions simples.

    S’il te plaît, dessine-moi un pylône

    Adulés par les uns pour ses faibles besoins fonciers, ses vertus aériennes, presque touristiques, sa rapidité de réalisation et son coût moins onéreux qu’un transport capacitaire classique. Décriés par les autres, parce qu’ils survolent des habitations, crée de la covisibilité et nécessitent d’immenses pylônes.

    « L’insertion urbaine d’un téléphérique, le design des pylônes et des gares sont de gros sujets. À Toulouse, nous nous sommes inspirés de l’architecture des grands ports et des ouvrages d’art pour les infrastructures de Téléo » explique Julien Lambelet, responsable partenariat public-privé câbles urbains chez Systra. L’ingénieriste spécialiste des transports a aussi travaillé sur des brise-vues, l’acoustique, imaginé des parois opacifiables à l’approche d’habitations. Les pylônes ont reçu l’aval de l’architecte des bâtiments de France, car Téléo survole un château du 18e siècle, le bien nommé Bellevue.

    Nous serons responsables des niveaux 3, 4 et 5 : monter aux pylônes, changer des balanciers, démonter tous les deux ans et demi l’ensemble des éléments de sécurité », détaille Bernard Teiller, président de Dopplemayr France, auteur du téléphérique géant de La Paz en Bolivie et du projet de deuxième ligne à Saint-Denis de la Réunion. Le constructeur qui dispose d’une école interne en Autriche forme les équipes de Transdev. Quid des opérations de maintenance pluriannuelles, les grandes inspections, le contrôle magnétographique pour détecter des fils cassés sur les torons du câble ? « En réalité, aucun constructeur n’est autonome sur ce sujet, il existe des entreprises ultra spécialisées, comme MBTM, Mécamont, Câbles et Montagnes, Veritas : nous leur sous-traitons ce travail. Cela nécessite un savoir-faire très pointu », explique Nicolas Chapuis, chez MND.

    Pas de polyvalence

    Si pointu que la polyvalence, facteur d’attractivité, n’est pas encore de mise . A Brest, 50 techniciens se sont spécialisés, et seuls quelques-uns venaient du réseau de tramway de la ville. RATP Dev mise sur la formation mais aussi le compagnonnage pour faire monter les équipes en compétence. « Nos salariés sont armés sur les fondamentaux du câble, et ont acquis l’expérience pour repérer d’un seul coup d’œil une dérive légère d’un réglage, qui dénoterait une usure de poulies ou de galet, par exemple. Nous organisons des groupes d’échanges transversaux avec les différentes filiales téléphériques et funiculaires, ainsi que du compagnonnage pour capitaliser sur les retours d’expérience », détaille David Aubonnet.

    « Difficile de s’en tenir à la culture de l’oral. Avec le téléphérique, on est dans le monde de la procédure. On a formé au téléphérique énormément de techniciens de maintenance du bus et du tramway mais nous sommes revenus à la spécialisation, pour être plus efficace, plus expert », explique de son côté Victor Antonio, directeur des mobilités de la métropole brestoise.

    L’idée du téléphérique urbain est née en Amérique latine, à Medellín, en 2004. Depuis, de Mexico à La Paz (photo), en passant par le Brésil, cette partie du monde est devenue un terrain de jeu pour les constructeurs européens et américains.

    Le métier est singulier. « Je suis sollicitée par le ministère des Transports qui veut créer un diplôme, un agrément du métier de conducteur et d’agent de station de téléphérique urbain. Pour l’heure, il n’existe pas de fiche métier, il n’est pas dans la convention collective du transport urbain », commente Brigitte Panchout. Sauf si l’autorité organisatrice des transports locaux décide de rattacher les salariés du téléphérique à la branche sociale de l’urbain. Cela reste « Un truc hybride », conclut la responsable de Téléo, à Toulouse. Un « truc » en passe de se normaliser toutefois avec le développement de ce mode de transport dans plusieurs villes françaises. Prochaines inaugurations attendues en 2025 :
    le « téléporté » d’Ajaccio et le Câble 1 à Créteil, si les associations de riverains de cette commune de la banlieue parisienne ne gagnent pas la procédure en appel. Au-delà des compétences techniques nécessaires à l’exploitation d’un téléphérique urbain, il faut aussi bien maîtriser l’art de la négociation et de la concertation. Car un téléphérique urbain, ça survole la ville et ses immeubles d’habitation, avec de gros enjeu d’acceptabilité sociale. C’est aussi le rôle, en amont, des entreprises d’ingénierie comme Egis ou Systra qui doivent imaginer des tracés, des pylônes, des gares, adaptés au troisième espace urbain : le ciel.

    Nathalie Arensonas

  • Rochefort reconduit Transdev pour sept ans

    Rochefort reconduit Transdev pour sept ans

    La société Transdev étant seule en lice, c’est tout naturellement que l’agglomération de Rochefort Océan (Charente-Maritime) lui a réattribué la délégation de service public pour l’exploitation du réseau de transports R’bus. Avec un investissement de 45,5 millions d’euros sur les sept prochaines années, l’opérateur aura notamment pour mission de « favoriser l’adoption des modes durables » et de renouer avec 1,5 million de voyages, niveau qui était atteint en 2019. « Ça représente une hausse d’environ 8 % par rapport à la fréquentation actuelle », rappelle Didier Portron, vice-président chargé des mobilités et des déplacements.

    La somme engagée servira notamment à permettre à la flotte de véhicules (47 au total dont 23 bus) de passer au biocarburant HVO. « Nous allons également remplacer nos minibus de 38 places par quatre midibus de 66 places. En complément, les taxis qui assurent le transport à la demande seront renforcés par des véhicules électriques de neuf places« , complète l’élu.

    Le 2 septembre, une nouvelle offre de transport a été présentée aux voyageurs. Les six lignes du réseau urbain ont été remaniées pour offrir un service comparable toute l’année, y compris pendant les vacances scolaires.

    Autre nouveauté : la location de vélos. L’agglomération propose plus de 80 cycles, dont 45 en location longue durée ainsi que 37 en moyenne et courte durée. Baptisé Cycl’océan, ce service est disponible à La Maison du Vélo, située sur le site de la gare SNCF de Rochefort.

    Jean-Sébastien Thomas

     

  • Acheter son billet TGV dans les gares régionales : mission impossible ?

    Acheter son billet TGV dans les gares régionales : mission impossible ?

    En janvier 2025, Nouvelle-Aquitaine pourrait arrêter de vendre des billets TGV et Intercités dans ses gares non desservies par une ligne spécifique. Pas de quoi inquiéter la SNCF qui dit ne vendre que 10% de ses billets TGV aux guichets. Derrière cette décision, les bisbilles entre la région dirigée par le socialiste Alain Rousset avec le groupe ferroviaire public : « La SNCF refuse d’ouvrir à la vente notre billettique « Modalis », billet unique qui regroupe toute l’offre et tous les opérateurs de transport de la région, TER, autocars, urbains, autopartage, covoiturage, vélos en libre-service », indique Renaud Lagrave, vice-président en charge des transports de Nouvelle-Aquitaine.

    Mesure de rétorsion à l’égard de SNCF Voyageurs? La compagnie est aussi critiquée par Trenitalia et Renfe qui ne sont pas vendus aux guichets ou sur SNCF Connect, par les plateformes privées de distribution, Trainline en tête, qui accuse le transporteur public de position dominante avec son agence de voyages numérique. « Les discussions sont en cours avec la région et elles sont très constructives« , affirme de son côté la SNCF sans plus de commentaire.

    En 2022, 209 millions de billets ont été vendus sur SNCF Connect, dont 93 millions de billets TER. Mais aujourd’hui, certaines autorités régionales de transport qui développent leur propre billettique s’agacent. « Si demain, la SNCF joue la réciprocité et vend nos billets multimodaux Modalis, je peux ajouter TGV et Intercités sur notre appli. Ça se fait partout en Europe, tout le monde vend tout le monde, sauf la SNCF. C’est une mesure de bon sens », reprend Renaud Lagrave.

    Les effets de la régionalisation des TER

    En France, la régionalisation des transports ferroviaires, depuis 2002, a entraîné la disparition de nombreux guichets dans les gares situées hors des agglomérations; seuls des automates permettent d’acheter et d’éditer un titre de transport. Résultat d’un jeu de dupes entre les régions et SNCF. « Depuis plus de cinq ans, la SNCF qui mise sur le tout numérique, s’est retirée du financement des guichets, sauf en gare de Bordeaux et Poitiers. Elle refile la patate chaude à la région. Nous n’avons quasiment pas fermé de guichets mais adapté les horaires d’ouverture, fermé ceux où ne se vendaient quasiment plus de billets », affirme l’élu aquitain.

    Avec l’arrivée de services MaaS, imposés par la loi Mobilités de 2020 et en cours de développement dans plusieurs régions (Normandie, Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, Sud Paca) qui permettent de planifier, réserver et payer de nombreux moyens de transport sur une même plateforme numérique avec une billettique associée, les régions veulent maintenant avoir la main sur les canaux de distribution.

     Une gare sur trois équipée de guichets de vente TGV ou Intercités

    Carte des gares SNCF équipées ou non de guichets de vente de billets TGV et trains Intercités. ©Fnaut

    « Dans une région dont je ne peux pas citer le nom, l’émission d’un billet TER coûte 13 euros, souvent plus que le prix du billet ! », avance François Delétraz, président de la Fédération nationale des associations des usagers des transports (Fnaut) qui milite pour que la SNCF soit le distributeur de tous les opérateurs ferroviaires et que « SNCF Connect ne soit plus une agence de voyages mais un distributeur national, comme la Deutsche Bahn en Allemagne ou le CFF en Suisse », relève le représentant de l’association de défense des voyageurs.

    La Fnaut a d’ailleurs publié juste avant l’été une étude montrant que seulement une gare sur trois dispose d’un guichet avec agents pour acheter des billets TGV ou Intercités. Sur les 3023 gares du réseau ferré, seulement 753 ont un guichet permettant l’achat de ces billets. Et dans certains départements franciliens, les Yvelines, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et la Seine Saint-Denis, il n’y en a tout simplement pas. Pas toujours possible non plus d’acheter un billet TGV dans les gares situées sur les lignes à grande vitesse : la Fnaut en recense 11 dépourvues de guichet de vente, Montpellier Sud-de-France TGV ou Besançon Franche-Comté TGV, par exemple (cliquer pour agrandir la carte ci-dessus).

    Globalement, la SNCF justifie la baisse du nombre de guichets physiques par le report vers l’achat de billets en ligne. La part globale des ventes au guichet des billets TGV a été divisée par deux depuis 2016, et ne dépasse pas les 10%. « 30% des citoyens sont exclus du numérique », rétorque la Fnaut. Certes, la vente de billets peut se faire par téléphone sur le 3635, dans des maisons communales de services ou dans des commerces partenaires, chez les buralistes par exemple. Mais ce que demandent les usagers , c’est plus de présence humaine en gare. Lors d’une récente conférence de presse, Xavier Wattebled, responsable CGT des cheminots Nord-Pas-de-Calais, affirmait que tous les petits guichets vendant moins de 20 billets par jour seraient menacés de fermeture dans les Hauts-de-France.

    Nathalie Arensonas

  • Une nouvelle génération de portillons pour le Grand Paris Express

    Une nouvelle génération de portillons pour le Grand Paris Express

    L’extension des lignes de métro automatique autour de Paris, à commencer par les prolongements de la ligne 14, s’accompagne d’une des plus grandes évolutions en matière de systèmes de paiement depuis un demi-siècle. Si la généralisation du ticket magnétique dans les années 1970 avait entraîné l’installation de plusieurs générations de « tripodes », « hachoirs » et autres types de portillons progressivement équipés de lecteurs pour les passes sans contact depuis deux décennies, la disparition en cours du titre magnétique s’accompagne du déploiement d’un nouveau type de portillon, totalement repensé.
    Les usagers des nouveau terminus Saint-Denis Pleyel et Aéroport d’Orly sont les premiers à découvrir ces nouveaux équipements commandés par Île-de-France Mobilités. Les portillons, fournis par l’entreprise Easier, ont été testés et intégrés par Thales RCS (Revenue Collection Systems, activité filialisée en 2018 et rachetée par Hitachi en 2024) au laboratoire billettique de Brétigny, centre d’excellence en systèmes de paiement et parking.
    Plus légers que les tourniquets installés depuis les années 1970, les nouveaux portillons sont dépourvus de lecteurs de tickets magnétiques. L’ergonomie et la position des lecteurs sans contact ont été revues. Un écran vertical a fait son apparition, comme sur les portillons les plus récents installés dans les gares parisiennes.
    Malgré leur aspect frêle, les battants bidirectionnels devraient être bien plus infranchissables par les fraudeurs que leurs prédécesseurs, pourtant visuellement plus massifs. Car ils ont désormais un allié : une caméra 3D positionnée en surplomb et dont les images traitées en temps réel doivent permettre de distinguer le passage par un individu en règle (y compris avec des bagages) d’une tentative de passage simultané de plusieurs personnes. Auquel cas, une alerte est déclenchée. Les portillons sont aussi présumés plus résistants au vandalisme.
    P. L. 
     

  • Métamorphosée, la nouvelle gare Lyon Part-Dieu a ouvert discrètement avant les JO

    Métamorphosée, la nouvelle gare Lyon Part-Dieu a ouvert discrètement avant les JO

    Sans tambour ni trompette pour cause de dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin, la nouvelle gare de Lyon Part-Dieu, deuxième plus grande gare du pays, hors Ile-de-France, n’a pas été officiellement inaugurée le 25 comme prévu, mais elle a bien ouvert ses portes juste avant le coup d’envoi des JO. La cité des Gones devait accueillir plusieurs rencontres olympiques de football, fin juillet.
    L’achèvement complet des travaux dans et autour de la gare conçue à la fin des années 1970, et dont le trafic a explosé avec 135 000 voyageurs par jour, est planifié pour 2025. Mais après sept années d’un chantier titanesque, dans un trafic ininterrompu, elle dévoile déjà sa nouvelle architecture et quatre accès principaux sur la ville et son quartier de La Part-Dieu.

    Nouveau hall Béraudier, gare Lyon Part-Dieu. © Nicolas Rodet

    Dans un premier temps, c’est le nouveau hall Béraudier, monumental (600m2, il a doublé de taille), surmonté d’un plafond en lames d’acier et doté d’une façade entièrement vitrée, qui s’est ouvert fin juin vers la cité lyonnaise. Et la galerie du même nom, sur trois niveaux. Destinée à fluidifier les circulations dans la gare en forme de quadrilatère, elle accueille les billetteries, les espaces d’attente, le salon grands voyageurs, quelques commerces, et prochainement un restaurant et un centre d’affaires de 1000 m² avec terrasses extérieures surplombant la place Béraudier.

    Deuxième temps, la nouvelle « place basse » Béraudier justement, qui doit se révéler à l’automne 2024 avec un nouvel auvent de 15 mètres de haut, 38 mètres de diamètre. Ce sera la signature architecturale de ce pôle d’échange multimodal XXL qui, une fois achevé, fera enfin le lien avec le quartier La Part-Dieu. Lancé sous le mandat de Gérard Collomb (ancien maire décédé fin 2023), le projet de la place Béraudier a été redessiné par la majorité écologiste menée par Grégory Doucet à son arrivée en 2020, avec plus de végétalisation sur l’esplanade. Elle accueillera une station de vélos de 2000 places, 2500 places de stationnement automobile, une nouvelle station taxis, un accès au métro et au dépose-minute, et des nouveaux commerces.

    2025 sera l’année de la rénovation du hall 1 (salle d’échanges historique) pour le désaturer, libérer des espaces de circulation et « parfaire son rôle de liaison inter-quartiers« , explique Gares & Connexions, maître d’ouvrage.

    Le coût des aménagements de la Part-Dieu nouvelle génération représente 223,7 millions d’euros principalement financés par la Région Auvergne-Rhône-Alpes (32,7%), l’Etat (32,7%), Gares & Connexions (31,9%), l’Union européenne (1,9%), SNCF Réseau (0,3%), en partenariat avec la Métropole (0,4%).

    N.A