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  • Florence Sautejeau va devenir la déléguée générale de l’UTP

    Florence Sautejeau va devenir la déléguée générale de l’UTP

    L’Union des Transports Publics et ferroviaires (UTP) a choisi Florence Sautejeau pour succéder à Claude Faucher au poste de déléguée générale. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ayant donné un avis favorable, Florence Sautejeau prendra ses fonctions le 7 février.

    Diplômée d’un DEA de droit social de l’université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), cette ancienne journaliste est une experte des questions sociales, dont la carrière a alterné entre organismes professionnels et cabinets ministériels. Elle a ainsi travaillé pour l’Association française des entreprises privées (AFEP) en tant que directrice des Affaires sociales, puis est devenue, en 2006, conseillère sociale de Gérard Larcher, ministre du Travail, puis président du Sénat.

    Elle a ensuite rejoint la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) au poste de directrice des Affaires sociales avant d’en être la directrice générale déléguée. De 2018 à 2020, elle a également présidé la commission des accidents du travail et des maladies professionnelles de l’Assurance Maladie. Juste avant de rejoindre l’UTP, elle était conseillère « Travail et Emploi » au cabinet du Premier ministre.

    Parmi ses missions, cette spécialiste des négociations avec les syndicats devra poursuivre le travail de Claude Faucher de mise en œuvre d’une nouvelle convention collective pour la branche ferroviaire.

  • « Je m’oppose à l’idée d’une hausse des coûts du ferroviaire »

    « Je m’oppose à l’idée d’une hausse des coûts du ferroviaire »

    Dans un rapport publié il y a quelques jours par le site Fipeco, un magistrat de la Cour des comptes en disponibilité, François Ecalle, estime que la SNCF a coûté à la collectivité 16,7 milliards d’euros en 2020, soit une facture de 249 euros par contribuable. En 2018, dans un précédent rapport, ce fondateur de l’association Fipeco, également professeur à l’université de Paris 1, estimait le coût de la SNCF pour les contribuables à 14,4 milliards d’euros.

    Malgré son CV impressionnant (il a enseigné à l’Ecole centrale de Paris, à l’Ecole nationale des ponts et chaussées, à l’ESSEC, à Sciences Po Paris et à l’ENA) et son expertise sur les comptes publics, cet énarque additionne des éléments de nature très différente, mêlant coûts d’exploitation, investissements sur les voies, financement du régime des retraites.

    François Ecalle soulève de bonnes questions : la SNCF n’est-elle pas trop chère ? Plus que ses concurrents européens ? Que peut apporter la concurrence ? Mais il en oublie aussi : les investissements dédiés au ferroviaire sont-ils à la hauteur des besoins ? Une comparaison avec les autres modes de transport, et incluant tous les coûts y compris les externalités, ne s’impose-t-elle pas ?

    L’objectif est louable et nécessaire, mais l’orientation de l’auteur, que l’on peut placer dans le camp des défenseurs de l’orthodoxie budgétaire, peut légitimement soulever des questions quant à la pertinence de ses conclusions. Nous avons demandé à la SNCF de réagir en donnant la parole à Laurent Trevisani, directeur général délégué Stratégie Finances du groupe SNCF.

     

    Ville, Rail & Transports. Ce rapport additionne-t-il des choux et des carottes comme on peut le penser à la première lecture ?

    Laurent Trevisani. Je ne sais pas si on peut parler de choux et de carottes. Mais ce que je peux dire, c’est qu’il additionne trois catégories de dépenses de nature très différente.

    Sur les 16,7 milliards d’euros, 9 milliards correspondent aux subventions d’exploitation versées par les collectivités publiques dans le cadre de contrats de délégation de service public signés avec l’exploitant SNCF pour le transport ferroviaire dans les régions et en Ile-de-France. Historiquement, c’est la SNCF qui assure ces services. Mais ce sont les collectivités locales qui décident des moyens à mettre en œuvre, flotte, fréquence, tarification… Le prix des billets de train payés par les voyageurs ne représente que 25 % du coût réel, le reste est financé par une subvention versée à la SNCF. Ce modèle ne peut être assuré qu’avec de l’argent public.

    Ces mêmes délégations de service public sont d’ailleurs pratiquées dans le transport public (pour les bus, le métro, le tramway…) et s’appliquent à Keolis, Transdev, RATP Dev… Comme c’est le cas dans d’autres pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre.

    Le rapport additionne ce coût de 9 milliards aux sommes investies dans le réseau ferroviaire (c’est-à-dire dans les infrastructures, les gares et le matériel) qui atteignent 10 milliards d’euros annuels tout confondu.

    Quant au déséquilibre du régime des retraites des cheminots, il est mécanique. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, il y avait près de 500 000 cheminots. Aujourd’hui, il y en a moins de 140 000. Les cotisations payées par les cheminots actifs ne permettent pas de couvrir toutes les pensions des cheminots à la retraite. Ce déséquilibre démographique est financé par la collectivité, comme c’est le cas pour d’autres systèmes de retraites, celui des Mines par exemple. Pour la SNCF, cela représente un peu plus de 3 milliards d’euros.

    VRT. N’y a-t-il pas confusion entre SNCF et système ferroviaire ?

    L. T. Effectivement, une grande partie de l’investissement va au système ferroviaire. Elle profite donc à tous les acteurs du rail, les transporteurs du groupe SNCF mais aussi les opérateurs de fret ferroviaire (Fret SNCF représente 50 % des parts) et de voyageurs. Citons notamment Trenitalia ou demain Transdev dans la Région Sud-PACA.

    2,8 milliards sont consacrés chaque année à la régénération du réseau. Cette somme a été quasiment multipliée par 3 pour rattraper le retard pris dans le passé quand la collectivité favorisait le développement de lignes à grande vitesse, en y consacrant des moyens considérables au détriment du réseau existant qui a vieilli. Conséquence, aujourd’hui, l’âge moyen du réseau ferré en France est de 30 ans, alors qu’il est de 17 ans en Allemagne.

    Chaque année, un milliard est aussi consacré aux 3000 gares pour mieux accueillir les clients. Les investissements liés aux achats ou à la rénovation de matériel roulant sont pris en charge pour moitié par les collectivités lorsqu’il s’agit de transport régional, et pour moitié par la SNCF lorsqu’il s’agit de trains commerciaux, en particulier les TGV. Ces dépenses nous permettent de mieux accueillir nos clients et d’améliorer nos services. Et montrent que nous préparons le futur.

    VRT. Reste que la SNCF est considérée comme un groupe dont les coûts de production sont élevés. Et même en hausse. C’est ce que dit le rapport mais c’est aussi une critique entendue par ailleurs.

    L. T. Je m’oppose à cette idée suggérée par le rapport. Des efforts de productivité et de performance significatifs sont mis en place depuis plusieurs années. Nous avons des objectifs de baisse des coûts de production et de frais de structure. Sur 4 ou 5 ans, nous avons réalisé 850 millions d’euros d’économies. Cela, tout en améliorant la qualité de service. Ces efforts de performance vont être poursuivis, de l’ordre de 300 à 400 millions d’euros par an jusqu’en 2024 au moins.

    Dans le cadre de la réforme de 2018, nous avons pris des engagements financiers : être en cash flow libre positif en 2022. Autrement dit, au niveau du groupe, nous ne brûlerons plus de cash.

    VRT. François Ecalle a estimé récemment sur BFM que le coût par voyageur-km est moins élevé dans d’autres pays européens.

    L. T. Il faut être très prudent quand on fait des comparaisons avec les pays étrangers. Le réseau ferroviaire français dans toutes ses composantes (y compris les 3000 gares) est différent des autres. Prenons l’exemple de l’Allemagne, souvent citée en référence : si le nombre de kilomètres de lignes est assez comparable, le réseau allemand n’a pas un réseau à grande vitesse aussi développé que la France. Par ailleurs, on compte 40 villes de plus de 100 000 habitants en France, contre plus de 80 en Allemagne où la densification est bien plus importante. La réalité géographique est très différente.

    Dans notre pays, il y a une vraie volonté des collectivités de desservir l’ensemble des territoires (dans laquelle d’ailleurs la SNCF se retrouve). Cela a un coût. La contribution financière des voyageurs n’est pas la même qu’en Allemagne et nécessite un apport d’argent public plus important.

    VRT. Trouvez-vous de l’intérêt à cette étude ?

    L. T. Je ne veux pas juger ce travail. C’est factuellement juste. Mais ce qui me frappe, c’est l’exploitation qu’on en fait.

    On additionne des éléments qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Et quand on divise cette somme par contribuable et qu’on arrive à 249 euros, cela n’a aucun sens car on voit bien que ce système sert avant tout les politiques de transport mises au service du public. Ce service au public couvre l’ensemble du territoire national. Nous avons un territoire très vaste avec 30 000 km de ligne et 3000 gares desservies. Le maillage est très fin. Il permet de servir les politiques de territorialité voulues par les élus, avec une couverture très large pour ne pas laisser les territoires sans capacité de transport.

    Du côté de la SNCF, nous cherchons à mieux servir ces politiques de service public et à utiliser cet argent public d’une façon optimale. Nous avons conscience que nous manions de l’argent public et que ce sont des sommes très importantes.

    Nous ne sommes pas naïfs. Dans un contexte pré-électoral, que certains s’emparent de cette étude pour faire tel ou tel commentaire ne nous étonne pas. En revanche, ce qui me paraît important, c’est que les salariés en interne et le grand public soient correctement informés.

    VRT. En défendant l’orthodoxie budgétaire, François Ecalle se fait le porte-voix de Bercy…

    L. T. Je ne le pense pas. Je fréquente souvent les services de Bercy, qui ont une analyse assez fouillée comprenant bien l’ensemble des objectifs. Et, en tant que contribuable, je les comprends, ce sont les gardiens de l’utilisation des finances publiques et des grands équilibres pour la nation.

    VRT. … ou peut-être de l’opinion publique ?

    L. T. Une partie de l’opinion publique sans doute. C’est pourquoi il faut faire preuve de pédagogie. Je crois aux vertus de la répétition. Il faut expliquer à quoi sert cet argent public. Et continuer à rappeler que le transport ferroviaire est le mode le plus écologique, et sert les politiques publiques et la transition énergétique. Enfin, n’oublions pas le coût des autres modes et leurs externalités indirectes liées à l’insécurité, à la santé publique, aux catastrophes écologiques… Ce sont les meilleurs arguments pour dépasser les constats simplistes.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt 

  • Présidentielle 2022. « Instaurer les 110 km/h  sur les autoroutes »

    Présidentielle 2022. « Instaurer les 110 km/h sur les autoroutes »

    Interview d’Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports.

    VRT. La lutte contre le dérèglement climatique est une priorité absolue. Que faut-il attendre, dans le domaine de la mobilité, du prochain mandat présidentiel ? Quelles sont les trois (ou quatre, ou cinq) principales mesures à prendre ?

    Aurélien Bigo. Les politiques publiques font actuellement la promotion de modes de transport ou de technologies bas-carbone. Mais dans le même temps, les mobilités intenses en énergie et en carbone ne sont pas découragées, voire même sont encouragées. La somme de ces tendances positives et négatives nous mène au total à des émissions relativement stables ces dernières années, loin des fortes baisses d’émissions nécessaires. Les mesures proposées ici visent à assumer la baisse des usages les plus carbonés actuellement en vigueur.

    1. Abaisser les vitesses sur les routes, en particulier en instaurant les 110 km/h sur les autoroutes et 100 km/h sur les nationales, mesure permettant les plus fortes baisses d’émissions à très court terme, avec de faibles coûts de mise en œuvre et même des économies pour les automobilistes. Dans le même temps, instaurer les 30 km/h dans les zones urbaines dès qu’il n’y a qu’une seule voie par sens de circulation (comme cela a été fait en Espagne), aussi bien dans les villes que les villages, afin d’améliorer la sécurisation de la marche et du vélo.

    2. Renforcer la fiscalité carbone sur les modes les plus difficiles à décarboner et aujourd’hui au moins partiellement exonérés de fiscalité énergétique, à savoir l’aérien, le maritime et les poids lourds. Cela viserait simultanément à encourager la réduction de leur usage (en modérant la demande, en favorisant d’autres modes) et leur passage à des énergies décarbonées. Cela dégagerait des financements pour accompagner la transition des plus fragiles vers des transports bas-carbone.

    3. Réorienter le marché des voitures vers les véhicules légers et sobres, en sollicitant les normes (sur la vitesse maximale, le poids ou encore les émissions à ne pas dépasser) et en renforçant la fiscalité (sur le poids, les émissions…) afin de réinvestir le montant des malus sur les véhicules légers, allant du vélo au quadricycle en passant par le vélo à assistance électrique, le vélomobile ou encore les vélos cargos (les véhicules intermédiaires entre le vélo et la voiture), pour lesquels un grand plan de développement industriel et de relocalisation de ces véhicules serait lancé.

    4. Instaurer un moratoire sur la construction et l’agrandissement des aéroports et de voies routières rapides. Sur l’aménagement du territoire et en lien avec les déplacements quotidiens, stopper la construction de routes communales liées à l’étalement du logement, de même que l’artificialisation liée à la construction de centres commerciaux et d’entrepôts logistiques en périphérie.

    VRT. De ce point de vue, comment évaluez-vous la politique menée lors du quinquennat qui s’achève ?

    A. B. Je juge ce mandat comme positif sur trois points : sur la mise en place de l’objectif de neutralité carbone et la dynamique que cela a pu instaurer à l’international ; sur la volonté d’accélérer certaines technologies pour la décarbonation, telles que l’électrification des voitures ; enfin, la mise en place de la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC), qui a pu montrer que des citoyens formés aux enjeux vont généralement bien plus loin que les politiques sur les évolutions de sobriété, ainsi la majorité des mesures citées dans la 1re question ont été proposées par la CCC, et des enquêtes montrent aussi une faveur importante des citoyens pour nombre de ces mesures.

    En revanche, le constat est bien plus sévère sur le manque de sollicitation des leviers de sobriété de la transition, pourtant indispensables au respect de nos objectifs de décarbonation des transports. Cela s’est notamment reflété par une forte baisse d’ambition par rapport aux propositions de la CCC, par exemple sur l’aérien, le poids des véhicules ou les 110 km/h. Enfin, l’écart est toujours grandissant entre les objectifs et les trajectoires, sans vraiment chercher à corriger ce décalage et accepter que la technologie seule ne suffira pas.

    VRT. Indépendamment du climat, y a-t-il, dans ce domaine, une mesure à inscrire à l’agenda présidentiel ?

    A. B. De nombreuses nuisances sont liées à la voiture (consommation d’espace, sédentarité, bruit, pollution, etc.). Les traiter nécessite notamment un fort rééquilibrage de l’espace public en faveur des mobilités sobres en énergie, en ressources et en espace. Il faut assumer une hiérarchie entre les modes de transport afin de systématiquement favoriser la marche, devant le vélo, les transports en commun ferroviaires, routiers, puis la voiture (ainsi que l’avion pour la longue distance). Cela devrait aussi s’accompagner d’un vaste plan pour permettre à tous les élèves de primaire, collège et lycée d’aller à pied ou à vélo jusqu’à leur établissement en toute sécurité, véritable question de santé publique et de comportement des plus jeunes à habituer aux mobilités durables.

    VRT. Question subsidiaire : De quelle fausse bonne idée faut-il se méfier ?

    A. B. Se méfier de la solution magique de manière générale, notamment technologique, car elle n’existe pas. Elle est souvent invoquée comme un alibi pour ne rien changer, alors qu’il faudra combiner des changements importants sur les 5 leviers de transition (modération de la demande, report modal, amélioration du remplissage des véhicules, efficacité énergétique décarbonation de l’énergie) pour espérer rattraper le retard accumulé sur nos trajectoires d’émissions.

    Lire tous les articles de notre dossier spécial Présidentielle 2022 du mois de Janvier.

  • Les mobilités au rang des priorités

    Les mobilités au rang des priorités

    Désolés de nous répéter, mais l’urgence climatique est grande, et devrait être en tête de liste des préoccupations de la prochaine élection présidentielle. Pas la peine de se leurrer, ce n’est jusqu’à présent pas le cas, et ce n’est pas franchement parti pour le devenir. Pas une raison pour baisser les bras. Que la campagne s’en empare ou pas, l’urgence
    est là et le ou la future locataire de l’Elysée n’y échappera pas.

    Nous avons demandé à certains des spécialistes — universitaires, responsables, ONG, think tanks — les plus reconnus du monde des transports de nous dire quels sujets devraient être en tête des préoccupations de nos futurs dirigeants. Une première salve de contributions paraît dans ce numéro. Celles d’Aurélien Bigo, de Diane Strauss, de Jean-Pierre Orfeuil, de Jean Coldefy, de Christophe Gay et Sylvie Landriève et, dans le domaine des transports de marchandises qui mérite un chapitre à part, de Lætitia Dablanc. Un second ensemble paraîtra dans celui de février. Argumentées, charpentées, ces contributions n’ont rien d’un tract électoral… Mais elles nous permettront d’interpeller en connaissance de cause les candidats. De leur poser les questions les plus pertinentes. Et de voir si, derrière les mots d’ordre d’une campagne électorale, ils ont pris le temps de bien penser une question devenue vitale.

    « Instaurer les 110 km/h sur les autoroutes »

    Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports

    VRT. La lutte contre le dérèglement climatique est une priorité absolue. Que faut-il attendre, dans le domaine de la mobilité, du prochain mandat présidentiel ? Quelles sont les trois (ou quatre, ou cinq) principales mesures à prendre ?

    Aurélien Bigo. Les politiques publiques font actuellement la promotion de modes de transport ou de technologies bas-carbone. Mais dans le même temps, les mobilités intenses en énergie et en carbone ne sont pas découragées, voire même sont encouragées. La somme de ces tendances positives et négatives nous mène au total à des émissions relativement stables ces dernières années, loin des fortes baisses d’émissions nécessaires. Les mesures proposées ici visent à assumer la baisse des usages les plus carbonés actuellement en vigueur.

    1. Abaisser les vitesses sur les routes, en particulier en instaurant les 110 km/h sur les autoroutes et 100 km/h sur les nationales, mesure permettant les plus fortes baisses d’émissions à très court terme, avec de faibles coûts de mise en œuvre et même des économies pour les automobilistes. Dans le même temps, instaurer les 30 km/h dans les zones urbaines dès qu’il n’y a qu’une seule voie par sens de circulation (comme cela a été fait en Espagne), aussi bien dans les villes que les villages, afin d’améliorer la sécurisation de la marche et du vélo.

    2. Renforcer la fiscalité sur les modes les plus difficiles à décarboner et aujourd’hui au moins partiellement exonérés de fiscalité énergétique, à savoir l’aérien, le maritime et les poids lourds. Cela viserait simultanément à encourager la réduction de leur usage (en modérant la demande, en favorisant d’autres modes) et leur passage à des énergies décarbonées.

    3. Réorienter le marché des voitures vers les véhicules légers et sobres, en sollicitant les normes (sur la vitesse maximale, le poids ou encore les émissions à ne pas dépasser) et en renforçant la fiscalité (sur le poids, les émissions…) afin de réinvestir le montant des malus sur les véhicules légers, allant du vélo au quadricycle en passant par le vélo à assistance électrique, le vélomobile ou encore les vélos cargos (les véhicules intermédiaires entre le vélo et la voiture), pour lesquels un grand plan de développement industriel et de relocalisation de ces véhicules serait lancé.

    4. Instaurer un moratoire sur la construction et l’agrandissement des aéroports et de voies routières rapides. Sur l’aménagement du territoire et en lien avec les déplacements quotidiens, stopper la construction de routes communales liées à l’étalement du logement, de même que l’artificialisation liée à la construction de centres commerciaux et d’entrepôts logistiques en périphérie.

    VRT. De ce point de vue, comment évaluez-vous la politique menée lors du quinquennat qui s’achève ?

    A. B. Je juge ce mandat comme positif sur trois points : sur la mise en place de l’objectif de neutralité carbone et la dynamique que cela a pu instaurer à l’international ; sur la volonté d’accélérer certaines technologies pour la décarbonation, tels que l’électrification des voitures ; enfin, la mise en place de la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC), qui a pu montrer que des citoyens formés aux enjeux vont généralement bien plus loin que les politiques sur les évolutions de sobriété, ainsi la majorité des mesures citées dans la 1re question ont été proposées par la CCC, et des enquêtes montrent aussi une faveur importante des citoyens pour nombre de ces mesures.

    En revanche, le constat est bien plus sévère sur le manque de sollicitation des leviers de sobriété de la transition, pourtant indispensables au respect de nos objectifs de décarbonation des transports. Cela s’est notamment reflété par une forte baisse d’ambition par rapport aux propositions de la CCC, par exemple sur l’aérien, le poids des véhicules ou les 110 km/h. Enfin, l’écart est toujours grandissant entre les objectifs et les trajectoires, sans vraiment chercher à corriger ce décalage et accepter que la technologie seule ne suffira pas.

    VRT. Indépendamment du climat, y a-t-il, dans ce domaine, une mesure à inscrire à l’agenda présidentiel ?

    A. B. De nombreuses nuisances sont liées à la voiture (consommation d’espace, sédentarité, bruit, pollution, etc.). Les traiter nécessite notamment un fort rééquilibrage de l’espace public en faveur des mobilités sobres en énergie, en ressources et en espace. Il faut assumer une hiérarchie entre les modes de transport afin de systématiquement favoriser la marche, devant le vélo, les transports en commun ferroviaires, routiers, puis la voiture (ainsi que l’avion pour la longue distance). Cela devrait aussi s’accompagner d’un vaste plan pour permettre à tous les élèves de primaire, collège et lycée d’aller à pied ou à vélo jusqu’à leur établissement en toute sécurité, véritable question de santé publique et de comportement des plus jeunes à habituer aux mobilités durables.

    VRT. Question subsidiaire : De quelle fausse bonne idée faut-il se méfier ?

    A. B. Se méfier de la solution magique de manière générale, notamment technologique, car elle n’existe pas. Elle est souvent invoquée comme un alibi pour ne rien changer, alors qu’il faudra combiner des changements importants sur les 5 leviers de transition (modération de la demande, report modal, amélioration du remplissage des véhicules, efficacité énergétique décarbonation de l’énergie) pour espérer rattraper le retard accumulé sur nos trajectoires d’émissions.


    « Fin de vente des véhicules thermiques particuliers en 2035 »

    Diane Strauss, directrice France de Transport & Environnement, organisation européenne regroupant une cinquantaine d’ONG

    VRT. La lutte contre le dérèglement climatique est une priorité absolue. Que faut-il attendre, dans le domaine de la mobilité, du prochain mandat présidentiel ? Quelles sont les trois (ou quatre, ou cinq) principales mesures à prendre ?

    Diane Strauss.

    • Fin de vente des véhicules thermiques particuliers en 2035*
    • Fin de vente des camions thermiques d’ici 2035/2040
    • Une trajectoire d’électrification ambitieuse entre 2022 et 2030, avec notamment l’électrification prioritaire des flottes d’entreprises (50 % des ventes de véhicules neufs) et la réduction des ventes d’hybrides rechargeables.
    • Un effort de réduction des kilomètres parcourus avec des voies cyclables et de l’autopartage (VTC, covoiturage) en milieu urbain.
    * Mesure proposée le 14 juillet 2021 par la Commission européenne [ndlr].

    VRT. De ce point de vue, comment évaluez-vous la politique menée lors du quinquennat qui s’achève ?

    D. S. Timide effort mis sur les bornes de recharges. La France doit être plus ambitieuse au niveau européen (voir sa position sur la fin de vente des hybrides rechargeables en 2040) et au niveau français (loi Climat très décevante).

    VRT. Indépendamment du climat, y a-t-il, dans ce domaine, une mesure à inscrire à l’agenda présidentiel ?

    D. S. D’après le GIEC, l’avenir des enfants nés en 2021 est en jeu. Il n’existe pas de priorité plus grande que le climat.

    Il faut donc anticiper l’effet de cette transition sur l’emploi en France, notamment dans la filière automobile et aviation et non retarder la transition même. Quels emplois pourraient être perdus, comment offrir une alternative viable à ces populations dans leur bassin d’emploi ? Ces discussions doivent avoir lieu avec l’Etat, les régions et les filières.

    VRT. De quelle fausse bonne idée faut-il se méfier ?

    D. S. Les biocarburants issus de cultures alimentaires ne sont pas une option viable, ni pour le climat, ni pour la biodiversité.


    « On ne régulera pas la mobilité si persistent des sentiments d’injustice »

    Jean-Pierre Orfeuil, professeur émérite, Université Gustave Eiffel, Conseil de l’Institut pour la ville en mouvement

    La loi énergie climat de 2019 renforce les ambitions de la loi de transition énergétique de 2015 dont les objectifs intermédiaires n’ont pas été tenus. Elle vise la neutralité carbone en 2050, et une baisse de 40 % de l’usage des énergies fossiles en 2030. Le dossier technique qui l’accompagne prévoit une forte baisse des consommations des véhicules thermiques (-30 % en 2030), une forte pénétration de la voiture électrique (46 % des ventes en 2030), et un usage accru des transports publics et de la voiture en commun. Elle est peu connue des citoyens, malgré ses implications sur leurs modes de vie.

    Les ébauches de programme sont silencieuses sur cette loi, et montrent une attention différenciée au sujet : la baisse des émissions n’apparaît pas dans les objectifs phare des Républicains, elle figure dans les 10 axes prioritaires de la primaire populaire. A droite, on est contre l’écologie punitive, pour le véhicule électrique, sans ambition pour le transport public, réservé sur les éoliennes, enthousiaste sur le nucléaire. A gauche, on veut des véhicules propres, plus de transport public, l’interdiction des SUV, des soutiens aux ménages modestes et aux énergies renouvelables, mais on ne dit rien sur ce qui pourrait fâcher : taxe carbone, péages, et même normes sur les véhicules.

    Il y a donc tout à parier qu’on sortira de la prochaine mandature en 2027 avec un écart béant entre l’objectif affiché et la réalité des consommations. Pour éviter cette décrédibilisation récurrente de l’action publique, il faudrait renforcer les mécanismes pour que les gouvernants respectent les trajectoires fixées par la loi, et faire partager l’idée que ce qu’on qualifie d’écologie punitive peut être une politique vertueuse si on en redistribue les ressources efficacement.

    Parce qu’on ne régulera pas la mobilité si persistent des sentiments d’injustice, la priorité pour le quinquennat devrait être d’amener l’offre de véhicules à plus de sobriété (40 % de SUV dans les ventes en France, 46 % à Paris !), ce qui a été récemment amorcé avec un timide malus lié au poids. Dans ce registre, on peut envisager :

    • Une plus forte taxation des véhicules de société, et notamment de l’avantage archaïque des véhicules de fonction. Ce n’est pas anecdotique, car un véhicule neuf sur deux n’est pas acheté par des particuliers, et que les véhicules de société, plus gros en moyenne, se retrouvent chez les particuliers au bout de trois ou quatre ans.
    • Une annualisation du système de malus, qui reviendrait à restaurer la vignette pour les véhicules « hors des clous ».

    Ces mesures stimuleraient en outre la demande de véhicules électriques tout en réduisant les aides à l’achat dont bénéficient surtout les ménages aisés. Les ressources induites pourraient être affectées à l’aide à la transition, notamment pour les actifs modestes dépendant de leur voiture.

    Le locataire de l’Elysée s’honorera enfin de préparer le terrain pour son successeur, car moins de la moitié du chemin vers la neutralité carbone aura été parcourue. En 2027, l’essentiel du parc (voitures et poids lourds) sera composé de véhicules connectés, ce qui facilitera les transactions de tous types. Il mettra donc à l’étude, et versera au débat public, toutes les possibilités d’orientation de la demande (voyageurs et fret) vers le bien commun rendues plus nécessaires par l’affaissement du rendement des taxes sur les carburants lié à l’électrification du parc et plus aisées par cette avancée majeure.


    « L’offre de transports en commun n’a pas suivi la dynamique métropolitaine »

    Jean Coldefy, directeur du programme mobilité 3.0 d’ATEC-ITS France

    La voiture avec 16 % des émissions du pays est l’un des tout premiers postes d’émissions de GES. Le diagnostic établi en 2017 lors des assises de la mobilité est toujours d’actualité : nous avons un déficit considérable d’alternatives à la voiture pour accéder aux agglomérations qui concentrent le potentiel économique du pays. L’offre de transports en commun n’a pas suivi la dynamique métropolitaine. Conjugué avec un urbanisme d’éparpillement, du fait d’une gestion trop locale de l’urbanisme dans le périurbain, ceci a grandement favorisé l’usage de la voiture pour accéder aux emplois des agglomérations.

    Les flux centres – périphéries représentent ainsi la moitié des émissions de la mobilité des aires urbaines, tandis que les déplacements dans les villes centres ne pèsent que 2 %, la part restante se situant au sein des 1re couronnes et du périurbain. 25 % des actifs des grandes métropoles n’y résident pas, les villes centres des métropoles ne représentent que 8 % de la population française et disposent des alternatives à l’inverse des couronnes qui pèsent près de la moitié de la population. Voilà pourquoi des centaines de milliers de voitures engorgent les grandes villes. C’est un manque d’offres et non un problème de demande. Les partisans de la gratuité font une erreur fondamentale de diagnostic pour les grandes aires urbaines. Ces distances domicile – travail sont par ailleurs hors de portée du vélo et pèsent 60 % des kilomètres de la mobilité quotidienne des Français.

    Ce n’est pas la ville du quart d’heure qu’il faut inventer (elle existe déjà) mais la métropole de la demi-heure. Dans les grandes agglomérations, il faudrait ainsi tripler l’offre de transports en commun sur les liens centres-périphéries et au sein de la première couronne, permettant un report modal massif. La difficulté réside dans la nécessaire vitesse de déploiement compte tenu des engagements climatiques : comment réaliser en cinq ans ce que d’habitude nous mettons 30 ans à réaliser ? Le financement devra passer par une plus grande efficience de notre système de transport en commun et une participation accrue de l’usager, des transports en commun comme de la route.

    Il faudra par ailleurs déployer un urbanisme de la proximité pour les déplacements résidentiels et donc implanter l’habitat à proximité des pôles de commerces afin de favoriser les modes actifs, et un urbanisme de la vitesse pour les trajets domicile – travail avec des zones économiques implantées à proximité des pôles de transports en commun. La mobilité se gère à l’échelle des bassins de vie, c’est-à-dire là où les Français vivent ET travaillent : les aires urbaines. La répartition des rôles Régions / EPCI / Métropoles doit être adaptée en conséquence.

    Décarboner les mobilités et retrouver une cohésion territoriale et sociale à l’échelle des aires urbaines est possible, les solutions sont connues et décrites. Le prochain quinquennat devra s’attaquer au financement et à la nécessaire adaptation de la gouvernance territoriale des mobilités et de l’aménagement. On ne réussira pas la lutte contre le réchauffement climatique sans réussir la cohésion sociale et territoriale.

    Ce défi peut ainsi être un facteur fort de cohésion sociale vers un futur désirable qui doit nous permettre de tourner la page des excès du « Vivre sans temps morts et jouir sans entrave » de mai 1968 afin de privilégier à nouveau l’investissement sur la consommation, le futur sur le bien-être immédiat, à l’image de l’effort collectif entrepris après 1945 pour redresser le pays.

    Comme le disait François Perroux, économiste lyonnais cofondateur d’Economie et humanisme (1903 – 1987) : « On ne saurait augmenter l’investissement sans diminuer la consommation. Chaque économie ne peut élever le niveau de vie des générations ultérieures sinon en imposant un sacrifice aux consommations présentes ».


    « Il faut poser dès maintenant les bases d’un système alternatif à la voiture individuelle »

    Christophe Gay et Sylvie Landriève, codirecteurs du Forum Vies Mobiles

    VRT. La lutte contre le dérèglement climatique est une priorité absolue. Que faut-il attendre, dans le domaine de la mobilité, du prochain mandat présidentiel ? Quelles sont les trois (ou quatre, ou cinq) principales mesures à prendre ?

    Christophe Gay et Sylvie Landriève. On ne peut pas sortir du système de déplacement actuel basé sur la vitesse en un mandat : l’accès à toutes nos activités (travail, achats, loisirs, etc.) est déterminé par le fait que nous utilisons des modes de transport rapides, au premier chef la voiture qui émet à elle seule la moitié des émissions de CO2 du secteur des transports. Mais le prochain gouvernement a la responsabilité de mettre en urgence la France sur la trajectoire définie par la Stratégie Nationale Bas Carbone. Il doit donc poser dès maintenant les bases d’un système alternatif à la voiture individuelle qui soit efficace, réaliste et adapté aux territoires.

    Il faut arrêter d’additionner et de mettre en concurrence les offres (voiture, train, bus, vélo, …) et lancer les bases d’un système où chaque mode serait vraiment connecté aux autres, tout en ayant sa zone de pertinence, pour permettre des déplacements porte à porte sur tous les territoires (ville, périurbain, campagne). On pourrait commencer par les 30 % des Français qui pratiquent l’ensemble de leurs activités à moins de neuf kilomètres de chez eux mais recourent encore trop largement à la voiture individuelle.

    Pour ceux qui ne peuvent pas se passer facilement d’un véhicule (distances, santé, transports de charge, accompagnement, etc.), l’État doit encourager le développement d’une nouvelle filière industrielle low-tech de petits véhicules légers, réparables, électriques (dont du rétrofit), mécaniques, ou très peu consommateurs de carburant.

    Enfin, le cœur du problème reste l’aménagement du territoire pour réduire les distances à parcourir au quotidien et limiter le recours aux modes motorisés. Le prochain gouvernement devra remettre en cause l’hyper concentration des services, des emplois et de la population dans la mégalopole de l’Ile-de-France mais également dans les centres des métropoles pour concevoir de nouveaux territoires de vie, grâce au redéploiement local de l’activité, des services et des équipements du quotidien autour des habitations : alimentation, santé, loisirs et bien sûr emplois, avec entre autres le télétravail.

    VRT. De ce point de vue, comment évaluez-vous la politique menée lors du quinquennat qui s’achève ?

    C. G. et S. L. Le quinquennat a incontestablement été marqué par le mouvement social des Gilets jaunes que nous interprétons au Forum Vies mobiles comme une nouvelle crise de mobilité. La taxe carbone, dénoncée alors comme inéquitable dans la mesure où elle pèse plus fortement sur le budget des ménages les plus modestes, est également inefficace parce qu’elle a peu d’effets sur les modes de vie des plus riches, pourtant les plus émetteurs de CO2. Nous avons étudié une alternative radicale : le rationnement des déplacements carbonés en France. Cela paraît possible, d’autant que la moitié des Français n’y serait pas opposée. Face à l’ampleur des changements à opérer, pourquoi ne pas lancer des expérimentations territoriales dès 2022 ?

    VRT. Indépendamment du climat, y a-t-il dans ce domaine une mesure
    à inscrire à l’agenda présidentiel ?

    C. G. et S. L. La crise sanitaire a fait exploser la pratique du télétravail. Pour le meilleur et pour le pire. Pour éviter que les transporteurs ne courent désespérément derrières les nouvelles pratiques et pour éviter les effets rebonds potentiels (parcourir plus de kilomètres qu’avant pour aller au travail, même si on s’y rend moins souvent) ou réinvestir le temps gagné dans plus de déplacements autour de son domicile), il faut mettre en place une politique nationale d’organisation du télétravail en partenariat avec les collectivités locales et les entreprises. L’objectif ? répondre aux aspirations des citoyens à limiter le stress et la fatigue des déplacements domicile-travail, réguler les flux dans les villes, permettre à ceux qui le souhaitent de déménager sans pour autant aggraver la dépendance à la voiture.

    VRT. De quelle fausse bonne idée faut-il se méfier ?

    C. G. et S. L. Alors que le développement du véhicule autonome et le déploiement des infrastructures nécessaires à sa mise en circulation exigent des investissements considérables non seulement privés mais aussi, à l’avenir, publics (développement, adaptation des infrastructures, etc.) nous avons montré que sa contribution à la décarbonation de la mobilité ne peut être au mieux que marginale. Pire, selon les scénarios, sa diffusion risque, à l’inverse, d’augmenter fortement les émissions de CO2 liées au transport, celles découlant de la circulation de la nouvelle flotte (accentuation des distances parcourues, concurrence des transports en commun, voire des mobilités douces), mais aussi de la production massive de véhicules, de matériel électronique et d’infrastructures, ainsi que d’une génération de données colossale. Cette situation est symptomatique d’une forme de schizophrénie des pouvoirs publics qui articulent difficilement enjeux économiques, sociaux et écologiques.


    Transport de marchandises : la France risque de se retrouver en retard

    Laetitia Dablanc, urbaniste, est directrice de recherche à l’université Gustave Eiffel, où elle dirige la Chaire Logistics City

    Rarement au centre des attentions, le transport de marchandises est responsable d’un tiers des émissions de CO2 du transport, et sa part est amenée à croître fortement. Nombre de mesures sont déjà prises pour assurer sa décarbonation, mais elles pêchent souvent par un côté franco-français dommageable pour un secteur d’activité largement mondialisé.

    VRT. La lutte contre le dérèglement climatique est une priorité absolue. Que faut-il attendre, dans le domaine de la mobilité, du prochain mandat présidentiel ? Quelles sont les trois (ou quatre, ou cinq) principales mesures à prendre ?

    Lætitia Dablanc. Le transport des marchandises est responsable d’un tiers des émissions de CO2 du transport, part qui est amenée à s’accroître fortement si l’on en croit les projections de l’OCDE/ITF1. Comment une politique sur le transport des marchandises peut-elle contribuer à la lutte contre le changement climatique ? D’abord, avant de lancer de nouvelles mesures, on peut faire aboutir de façon effective plusieurs réformes adoptées pendant les mandats précédents. Le transport intermodal rail-route doit être fortement privilégié dans la mise en place de la stratégie nationale de développement du fret ferroviaire (octobre 2021) car il combine l’ubiquité de la route et la massification des transports permise par le ferroviaire, qui présente des facteurs d’émissions de carbone très réduits. Parmi les actions prioritaires : amélioration de la gestion des sillons et circulations de nuit des trains de marchandises, autorisation des 46 tonnes (et pourquoi pas au-delà) pour les camions faisant du pré et post-acheminement, investissements dans la modernisation des terminaux, notamment portuaires. Autre dossier à pousser en priorité : les zones à faibles émissions, qui représentent un outil puissant de dépollution des flottes urbaines et de modernisation du transport routier de marchandises. La France est aujourd’hui l’un des pays les moins avancés en Europe en ce qui concerne le nombre et l’efficacité des ZFE2. La loi d’orientation des mobilités 2019 et la loi climat et résilience de 2021 accélèrent leur déploiement dans les agglomérations françaises. Il faut maintenant s’assurer que ces zones soient effectives c’est-à-dire contrôlées et respectées ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Elles devront aussi prendre en compte de façon spécifique l’enjeu des poids lourds, dont les versions zéro émission ne seront pas disponibles à court terme, pour ne pas perdre les importants bénéfices qu’ils permettent dans la massification des marchandises. Rien ne serait pire qu’une ville logistique propre mais congestionnée par des dizaines de milliers de petits véhicules utilitaires. Sur l’écotaxe poids lourds, la loi climat et résilience ouvre la possibilité aux régions volontaires de mettre en place à partir de 2024 des « contributions spécifiques » mais la réforme risque de se heurter à l’absence de volontarisme des régions (l’Ile-de-France a récemment renoncé par exemple). Il faudra promouvoir vigoureusement l’outil, tout en s’assurant de l’interopérabilité des systèmes.

     » LA FRANCE EST AUJOURD’HUI L’UN DES PAYS LES MOINS AVANCÉS EN EUROPE EN CE QUI CONCERNE LE NOMBRE ET L’EFFICACITÉ DES ZFE « 

    De nouvelles mesures sont aussi à prendre afin d’aller bien plus loin dans la décarbonation du transport des marchandises. Elles sont bien sûr pour l’essentiel de niveau européen/international et le mandat présidentiel qui arrive devra d’abord s’ancrer dans le Règlement européen pour le climat, le Green Deal, la COP26, le paquet Climat… Ce n’est pas un simple rappel de routine, il s’agit d’un positionnement ayant des conséquences concrètes comme la mise en œuvre rapide et sincère des engagements3. En France, un dossier concret mais complexe concerne les poids lourds propres. La vente des poids lourds neufs sera interdite à partir de 2040 s’ils sont à énergies « majoritairement fossiles » (loi climat et résilience). Les poids lourds électriques à batterie font l’objet de développements technologiques rapides dans des régions en pointe comme la Californie. La France risque de se retrouver en retard si elle concentre l’innovation de long terme sur l’hydrogène propre (qui représente bien évidemment une voie prometteuse pour tous les véhicules lourds) et ses efforts de court terme surtout sur les véhicules GNV et bio GNV. Faudra-t-il que l’Etat donne une impulsion forte aux constructeurs pour aller plus vite sur les poids lourds à batterie (avec tout l’écosystème des stations de recharge rapide qui leur est associé) ? De l’autre côté du spectre des véhicules, les deux-roues électriques doivent être adoptés massivement alors que peu de villes ont compris que les scooters et motos, polluants et bruyants, sont de plus en plus utilisés par les livreurs. Les données, le big data et leur exploitation automatique par intelligence artificielle doivent soutenir les territoires, pour modéliser les flux et élaborer les bilans carbone de la logistique. Or on se heurte aujourd’hui à une extrême timidité du cadre réglementaire français. Par exemple, les données des futures caméras LAPI4 de contrôle des ZFE ne pourront pas être utilisées alors qu’elles le sont dans les pays européens voisins.

     » RIEN NE SERAIT PIRE QU’UNE VILLE LOGISTIQUE PROPRE MAIS CONGESTIONNÉE PAR DES DIZAINES DE MILLIERS DE PETITS VÉHICULES UTILITAIRES « 

    VRT. De ce point de vue, comment évaluez-vous la politique menée lors du quinquennat qui s’achève ?

    L. D. Du point de vue du changement climatique, la politique menée en termes de transport et mobilité des marchandises est au mieux très contrastée. D’abord, il faut regarder au niveau européen, où se prennent les décisions les plus importantes. Est-ce que l’action européenne de la France depuis cinq ans a été favorable à la décarbonation du transport de marchandises ? Le bilan sera surtout fait à l’issue de la Présidence française de l’UE qui vient de débuter. Au niveau franco-français, certaines initiatives sont très positives, notamment sur la cyclo-logistique (plan national pour la promotion de la cyclo-logistique) ou les aides à l’acquisition de véhicules utilitaires légers électriques (mais les aides en faveur des poids lourds propres ne sont pas à la hauteur des enjeux). Parallèlement, la dynamique de France Logistique est bien engagée et se consolide. Les comités interministériels de la logistique commencent à se succéder. Ceci fait partie d’un ensemble de démarches partenariales qui visent à développer les échanges d’expériences et d’outils pour des stratégies de réduction des impacts carbone dans le secteur (dispositif EVE).

     » LES POIDS LOURDS ÉLECTRIQUES À BATTERIE FONT L’OBJET DE DÉVELOPPEMENTS TECHNOLOGIQUES RAPIDES DANS DES RÉGIONS EN POINTE COMME LA CALIFORNIE « 

    Beaucoup d’initiatives sont en revanche insuffisantes. Je pense notamment à la stratégie nationale pour le fret ferroviaire qui insiste sur les autoroutes ferroviaires (merveilleuses mais trop franco-françaises) au risque de ne pas miser suffisamment sur le transport combiné rail-route traditionnel. La stratégie représente un gros effort financier de l’Etat et de SNCF Réseau mais sans contrepartie réelle au niveau des opérateurs sur l’amélioration de leur productivité5. J’ai par ailleurs du mal à comprendre pourquoi on se donne un objectif de 80 % de la part du fret conteneurisé manutentionné dans les ports français à destination et en provenance de la France d’ici 2050 (stratégie nationale portuaire). Ce type de « nationalisme du conteneur », notamment pour Le Havre, me paraît superflu alors que plusieurs ports européens sont proches de la France et adaptés à l’approvisionnement du pays, surtout s’il est ferroviaire ou fluvial (par exemple dans la perspective du canal Seine-Nord Europe). Il vaudrait mieux se poser la question de l’efficacité des ports français, qui doivent eux aussi servir le reste de l’Europe et qui doivent pour cela être beaucoup mieux connectés au ferroviaire et au fluvial. Il faudrait aussi s’assurer qu’une vraie tarification d’usage par les poids lourds des infrastructures routières en France fasse évoluer l’attractivité relative des ports européens approvisionnant la France.

     » LES AUTOROUTES FERROVIAIRES, MERVEILLEUSES MAIS TROP FRANCO-FRANÇAISES « 

    VRT. Indépendamment du climat, y a-t-il, dans ce domaine, une mesure à inscrire à l’agenda présidentiel ?

    L. D. Le social est un point majeur à traiter pour le secteur logistique. L’action de la France au niveau européen a été plutôt favorable aux conditions de travail des chauffeurs-livreurs (un seul exemple, la proposition d’interdire aux employeurs de faire dormir les conducteurs de VUL dans leur véhicule pendant les jours de repos) mais il reste beaucoup à faire. L’attractivité du transport routier de marchandises sur longue distance se dégrade et les difficultés de recrutement s’accroissent. On manque de contrôleurs de transport terrestre, il est trop facile de ne pas respecter les lois sociales françaises. Dans le secteur des livraisons instantanées par plateformes numériques, la situation sociale est marquée par de graves et multiples dysfonctionnements (emploi croissant de précaires, non-respect des règles sur les véhicules, insécurité routière ; la problématique des partages de comptes n’est pas sérieusement abordée). Les élections professionnelles prévues par la LOM pour 2022 devront être activement préparées avec des moyens importants donnés à la mobilisation des acteurs (livreurs, syndicats, collectifs, plateformes). La formation professionnelle dans le transport et la logistique est sans doute mieux abordée que par le passé et là encore, les initiatives partenariales sont à souligner mais ces actions doivent être considérablement accélérées. Il faut aller chercher les futurs salariés du transport et de la logistique là où ils sont (peut-être sur un scooter Deliveroo aujourd’hui et ignorants des possibilités de qualification et de carrière dans la logistique). Enfin, les pollutions locales et le bruit des deux-roues sont minorés en France (la suspension du contrôle technique des deux-roues motorisés est très regrettable).

    VRT. De quelles fausses bonnes idées faut-il se méfier ?

    L. D. Un mot sur la ville du quart d’heure qui me paraît s’opposer par nature à ce qui fait une métropole vivante où la mobilité -pour trouver un travail ou se rendre dans un lieu de culture à l’autre bout du territoire- me paraît une valeur importante. Par ailleurs, l’intendance logistique de la ville du quart d’heure continuera pour grande partie à se baser sur des chaînes logistiques venant de loin.

    1 https://www.itf-oecd.org/projections-and-scenarios-transport-sector
    2 https://www.lvmt.fr/wp-content/uploads/2019/10/2021-Brief-Lucas-Belliard.pdf
    3 Evitant à l’avenir au pays d’être renvoyé devant la Cour de Justice de l’UE comme récemment sur les émissions de NOx (https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_20_1880).
    4 LAPI : lecture automatique des plaques d’immatriculation.
    5 Résultat net de -230 millions d’euros en 2019 pour seulement 1 247 millions d’euros de chiffre d’affaires pour le fret ferroviaire français. Les coûts d’exploitation restent encore supérieurs à ceux de la moyenne européenne.
  • Le défi de la neutralité carbone

    Le défi de la neutralité carbone

    Pour atteindre leurs objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, les acteurs du transport verdissent leur flotte, en passant notamment par l’électrique, et expérimentent de nouvelles technologies. Ils devront aussi anticiper les conséquences que le changement climatique pourrait avoir sur les infrastructures.

    Aurelien Bigo« Pour parvenir à la neutralité carbone, la France doit diviser par six ses émissions de GES et augmenter les puits de carbone, afin de pouvoir capter les émissions restantes via les forêts, les sols ou du stockage », résume Aurélien Bigo, chercheur associé à la Chaire énergie et prospérité. Pour prendre sa part, le transport terrestre doit réussir à se passer du pétrole. Un défi, puisqu’il en dépend encore à plus de 90 %. « L’objectif fixé par le gouvernement est ambitieux, mais sur le papier, c’est possible », assure le chercheur.

     » IL FAUT MODÉRER LA DEMANDE DE TRANSPORT ET MISER SUR LE REPORT MODAL QUI POURRAIT RÉDUIRE DE 20% LES ÉMISSIONS DE GES  » Aurélien Bigo

    A condition de combiner cinq leviers : la modération de la demande de transport, le report modal, l’amélioration du taux de remplissage des véhicules, l’efficacité énergétique des véhicules, et le facteur de l’intensité carbone de l’énergie, également appelé décarbonation. Autrement dit, il faut se passer du pétrole qui représente 90 % de l’énergie utilisée par les transports. « Il faut remplacer le pétrole par des énergies moins carbonées, comme l’électrique ou le biogaz, en veillant à ce qu’ils soient produits de manière durable et décarboné si on veut que cela se traduise par des réductions d’émissions », souligne Aurélien Bigo. Le scientifique souligne qu’on ne peut pas tout attendre de la technologie. « Cela ne suffira pas pour atteindre la neutralité carbone. Il faut modérer la demande de transport et miser sur le report modal qui pourrait réduire de 20 % les émissions de GES », assure-t-il.

    Tanguy BoutonTanguy Bouton, directeur Flotte du groupe Transdev estime lui aussi que pour parvenir aux objectifs fixés, le report modal a un rôle important à jouer. Transdev qui émet 80 g de GES aux 100 km, s’est fixé l’objectif de les réduire d’un tiers d’ici 30 ans. Tanguy Bouton pense que pour y arriver, il ne faut pas miser sur une technologie mais sur mix énergétique en fonction des usages. C’est pourquoi Transdev s’intéresse à toutes les offres disponibles sur le marché. « Chez Transdev, nous savons exploiter notre parc de véhicules avec l’ensemble des technologies existantes, nous n’avons pas de préférence. Même si certaines peuvent être plus compliquées que d’autres. Tout dépend des situations locales et des souhaits des collectivités », commente le directeur.

    L’opérateur bénéficie d’un retour d’expérience conséquent pour le gaz et les biocarburants. La technologie électrique a également déjà beaucoup évolué. Ainsi, la densité des batteries, devenue moins lourde, permet désormais, pour un même poids, de transporter autant de personnes qu’en thermique. L’hydrogène reste expérimental, mais Transdev y voit un candidat sérieux pour des amplitudes très étalées ou du grand roulage.

    Emmanuel MrozPour apporter sa contribution à l’effort environnemental, la SNCF travaille à la décarbonation de son parc de 3 000 automobiles et prévoit de supprimer d’ici 2035 les 2 000 engins thermiques qu’elle possède encore. Emmanuel Mroz, directeur délégué à la Transition énergétique à la SNCF rappelle toutefois que si les transports publics sont à l’origine de 30 % des émissions totales de GES, le ferroviaire n’en produit que 0,3 %.

    La société explore toutes les technologies : trains hybrides, biocarburant, hydrogène. Selon Emmanuel Mroz, les avantages de l’hydrogène semblent séduisants. « Mais il faut regarder l’usage et tout l’écosystème. Comment l’hydrogène est produit, acheminé, son coût de production, qui reste exorbitant. Nous devons aider les Régions à faire le bon choix. »

    En attendant, la SNCF teste 14 trains prototypes à hydrogène, sans avoir encore le recul nécessaire pour juger de la pertinence de l’investissement. Emmanuel Mroz estime qu’il faudra une décennie pour se faire une opinion.

    Le principal inconvénient de l’hydrogène est d’être produit à base d’énergie fossile, rappelle Aurélien Bigo. Il explique qu’il faut de l’électricité pour produire de l’hydrogène décarboné, via électrolyse de l’eau, qu’il en faut à nouveau pour transformer l’hydrogène des piles à combustibles, ce qui engendre des pertes au fur et à mesure des transformations.

     » IL FAUT REGARDER L’USAGE ET TOUT L’ÉCOSYSTÈME DE L’HYDROGÈNE, COMMENT IL EST PRODUIT, ACHEMINÉ ET SON COÛT DE PRODUCTION  » Emmanuel Mroz

    Il en déduit : « C’est un moyen de stockage qui peut être pertinent pour les énergies intermittentes non consommées, mais utiliser directement l’électrique me semble plus efficace, d’autant que c’est la seule énergie majoritairement décarbonée en France. » Pour lui, l’hydrogène doit être réservé aux usages pour lesquels l’électrique n’est pas adapté, pour les véhicules lourds, ou qui parcourent de longues distances, ce qui nécessiterait trop d’emports de batteries.

    Tanguy Bouton confirme que le bus électrique répond déjà à 80 % des besoins urbains et que c’est la solution à privilégier. Comme il n’y a pas d’offre d’autocar en hydrogène, Transdev développe, avec la région Normandie, un kit de rétrofit pour viser la longue distance à zéro émission. Il considère, lui aussi, que le bus à hydrogène doit se positionner sur des applications particulières, comme en aéroportuaire où les véhicules font peu de kilomètres, mais ont des amplitudes allant jusqu’à 24 heures et dont la climatisation ou le chauffage sont énergivores.

     » TRANSDEV EXPLOITE SES PARCS DE VÉHICULES AVEC L’ENSEMBLE DES TECHNOLOGIES EXISTANTES, NOUS N’AVONS PAS DE PRÉFÉRENCE  » Tanguy Bouton

    Le changement de matériel pour verdir la flotte n’est pas la seule dépense que les transporteurs doivent anticiper. Il leur faut aussi se préparer au changement climatique, qui nécessitera de sérieux investissements. On en mesure déjà les conséquences, avec des incendies et des inondations qui se multiplient depuis quelques années et impactent les infrastructures, qu’il faut rendre plus résilientes. La SNCF planche sur le sujet. « On sait où sont nos zones de vulnérabilité », assure Emmanuel Mroz qui fait confiance à son entreprise pour savoir réagir. « Nous avons déjà des plans neiges, canicule, feuilles mortes, nous sommes bons en gestion de crise », affirme-t-il.

    La société ferroviaire cherche à comprendre quels pourraient être les impacts des événements météorologiques plus fréquents ou plus longs dans les années à venir. Elle étudie aussi les évolutions à prévoir pour le matériel. « Faudra-t-il faire du rétrofit ou acheter du matériel neuf ? Dans tous les cas il y aura du capex à mettre sur la table », anticipe Emmanuel Mroz, conscient d’avoir à préparer à un marathon à la fois financier et humain pour ne pas se laisser dépasser.

    Valérie Chrzavzez

  • La première recyclerie ferroviaire de SNCF Réseau se trouve à Beaune

    La première recyclerie ferroviaire de SNCF Réseau se trouve à Beaune

    Depuis 2018, le gestionnaire du réseau déploie une stratégie d’économie circulaire avec l’objectif, d’ici 2025, de réemployer, réutiliser ou valoriser 100 % des produits et matériaux issus de l’exploitation du réseau, contre 44 % en 2020. Voici quelques exemples qui illustrent son implication dans le recyclage de matériaux récupérés à la faveur des travaux sur les voies du réseau.

    La première recyclerie ferroviaire à Beaune

    2 000 palettes de différentes pièces issues de travaux de voie. C’est ce qu’a permis de récupérer, depuis un an, la première recyclerie ferroviaire de SNCF Réseau pour une valeur équivalente à 2,2 millions d’euros. Installée à Beaune depuis le 23 septembre 2020, cette recyclerie permet de collecter, contrôler, reconditionner du petit matériel ou des pièces issus des chantiers ou bien entreposés depuis des années sur les emprises ferroviaires : attaches, butées en plastique garantissant l’écartement et l’isolation entre le rail et la traverse béton, matériels de signalisation, caténaire et télécommunication… Dans le cadre de la semaine européenne de réduction des déchets, SNCF Réseau a organisé une visite le 22 novembre 2021, y conviant notamment Michel Neugnot, premier vice-président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, et Jérôme Grand, directeur territorial SNCF Réseau Bourgogne-Franche-Comté.

    Tous les produits déclassés, non repris ou non identifiés sont vérifiés conformes dans la recyclerie et réutilisés sur les lignes de desserte fine du territoire ou sur les lignes dédiées au fret pour des activités industrielles.

    Recyclerie Recyclage
    Toutes les pièces sont triées, classées, mises en caisses, avant d’être expédiées.

    La recyclerie de Beaune valorise ainsi des produits déclassés et évite qu’ils ne deviennent des déchets. Les agents orientent les pièces vers des usages adaptés à leur classe technique ou testent des solutions de réparation répondant aux normes des produits neufs. Évidemment, ceux qui ne garantiraient pas une sécurité suffisante pour l’exploitation ferroviaire sont éliminés lors du tri. Les éléments retenus sont enregistrés dans une base de données. Le tri et le reconditionnement sont effectués principalement par du personnel en insertion. Le site de Beaune emploie au total sept personnes. Parmi elles, on compte cinq manutentionnaires et caristes, dont deux actuellement en insertion professionnelle, qui ont été recrutés par l’agence d’intérim d’insertion Eureka en partenariat avec SNCF Réseau Emploi. Côté encadrement, un gestionnaire de site coordonne la production, aidé d’un assistant administratif. Un exploitant et des experts de SNCF Réseau apportent leur appui technique sur la gestion de la recyclerie.

    Le site de Beaune a lui-même été en quelque sorte recyclé. Auparavant dédié aux équipes de maintenance de la voie, il ne connaissait plus d’activité et était sur le point d’être vendu. Afin d’équiper le bâtiment, le matériel et les installations nécessaires à son exploitation, comme des armoires ou des transpalettes, ont été récupérés dans différents établissements SNCF pour leur donner une seconde vie, dans une logique d’économie circulaire.

    Y. G.

    Un nouveau centre de valorisation à La Délivrance

    Valoriser 95 % des matériaux issus des travaux de voie, c’est à terme l’objectif du centre de recyclage qui doit s’installer à Lomme à côté de Lille. Le projet Lille La Délivrance, officiellement lancé le 26 octobre dernier lors du Sifer 2021, réunit cinq entreprises de tailles différentes installées dans les Hauts-de-France (Cantaur, Cimes, Equiom, Ikomobi, Rabot Dutilleul), l’université de Lille (le Laboratoire de Génie Civil et géo-Environnement) et SNCF Réseau, initiateur du projet qui met à disposition un terrain de 4 à 6 ha à Lomme.

    Ce projet de centre d’écologie industrielle vise à développer une chaîne logistique durable et résiliente d’approvisionnement en produits de réemploi de qualité, sélectionnés à partir de ceux de dépose ferroviaire, à l’occasion de renouvellement partiel ou total de voie. Dont du ballast, des traverses béton monobloc ou bi-bloc. Des matériaux issus de la déconstruction de bâtiments pourront aussi s’y ajouter.

    Si le centre de valorisation et de recyclage des granulats représente le socle du projet, il comporte également un volet commercial, avec la création d’un marché commun qui permettra aux entreprises locales du ferroviaire et du bâtiment de s’approvisionner en matériaux de réemploi.

    Recyclage Lille
    Le site fournira du ballast de réemploi pour la LGV ­Paris –­ Lille.

    Pour compléter le dispositif, des actions de sensibilisation seront menées auprès des professionnels du secteur du BTP et du grand public à propos des bénéfices de l’économie circulaire. Les partenaires se donnent trois ans pour développer ce projet, mais le site fournira dès janvier 2022 du ballast de réemploi pour le renouvellement de voie de la LGV ­Paris -­ Lille.

    Sélectionné par l’État dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir « Projets structurants pour la compétitivité – volet régions », Lille La Délivrance, d’un montant de 3,7 millions, est soutenu financièrement par l’ensemble des partenaires économiques, la BPI et la région Hauts-de-France.

    Y. G.


    L’Infrapôle Indre-Limousin réalise de belles économies grâce au tri

    Le spectacle ne devait pas très beau à voir de l’autre côté des quais de la gare de Limoges-Montjovis, où s’entassaient pêle-mêle des caniveaux hors service, des ribardières, de vieilles traverses, des éclisses, des coupons de rails mais aussi de vieux bidons d’essence, des frigidaires et même des canapés… La SNCF a réagi. Dans un souci d’écologie mais aussi d’économie, l’Infrapôle Indre-Limousin a décidé de nettoyer les lieux et de trier ces déchets susceptibles d’être revalorisés ou réutilisés.

    À la gare de Montjovis, les agents de l’Infrapôle ont donc classé les différents éléments, selon les matières qui les composaient, avec l’objectif de les valoriser, soit en recourant à des entreprises externes, pour les bétons armés par exemple, soit en interne pour des pièces réutilisables sur certains chantiers. C’est le cas notamment de vieilles attaches de rail récupérées à la gare de Bellac, située à quelques kilomètres au nord de Limoges, et qui fait partie de l’Infrapôle.

    Si beaucoup de ces attaches étaient rouillées, d’autres étaient en suffisamment bon état pour être réutilisées sur des chantiers de lignes moins fréquentées où ce type d’attaches est encore présent. Depuis plusieurs mois, l’Infrapôle Indre-Limousin a mis en place une logistique pour reconditionner toutes ces matières et les réutiliser dans certains cas sur les chantiers. En effet, à défaut de connaître exactement le stock, il arrivait que les agents commandent des pièces qui existaient déjà. À Bellac, par exemple, la valeur des matériaux récupérés est estimée à 50 000 euros.

    Y. G.

  • Alstom assurera la maintenance des rames du métro de Bucarest pendant 15 ans de plus

    Alstom assurera la maintenance des rames du métro de Bucarest pendant 15 ans de plus

    Alstom et Metrorex, l’opérateur du réseau de métro de Bucarest, ont signé un contrat portant sur la maintenance du parc de ce dernier pendant 15 ans. Estimé à 500 millions d’euros, ce contrat a fait l’objet d’un appel d’offres basées sur le kilométrage estimé des trains en circulation (moyenne annuelle de 8,5 millions de km). Les services couvrent la maintenance préventive et corrective, ainsi que les révisions sur le parc du métro de Bucarest, qui comprenait 82 trains de 6 voitures au moment de la signature du contrat.

    En tant que fournisseur des services de maintenance pour le matériel roulant de Metrorex, Alstom se succède à lui-même, après avoir assuré depuis 2004 la révision des différents types de matériel roulant en service, fournis par Astra, Bombardier (Movia 346) et CAF. Alstom précise avoir réalisé plus de 60 types de rénovation différentes pendant la durée de vie des trains, qui portent aussi bien sur les performances techniques que le confort des voyageurs. Plus de 350 personnes sont employées par ces activités de maintenance.

    Alstom précise qu’après la fourniture des nouveaux trains de la ligne 5 du métro de Bucarest suite à un appel d’offres remporté en décembre 2020, le parc sera enrichi d’au moins 13 nouveaux trains Metropolis (plus 17 en option), dont la mise en service est prévue en 2023. Le contrat de maintenance sera prorogé pour ces rames supplémentaires, avec création de nouveaux emplois en conséquence.

  • Jean-Claude Larrieu remplace Pierre Messulam à la direction des Risques du groupe SNCF

    Jean-Claude Larrieu remplace Pierre Messulam à la direction des Risques du groupe SNCF

    Jean-Claude Larrieu a pris au début de l’année ses nouvelles fonctions de directeur des Risques, de l’Audit, de la Sécurité et de la Sûreté du groupe SNCF. Il  remplace à ce poste Pierre Messulam, parti à la retraite.
    Agé de 61 ans, ce polytechnicien également diplômé des Mines de Paris a débuté sa carrière à la SNCF qu’il a rejoint en 1984. Il était, depuis mars 2020, directeur général adjoint Sécurité et Sûreté de SNCF Réseau. 
  • Le tunnel de la ligne 15 du Grand Paris Express désormais entièrement creusé

    Le tunnel de la ligne 15 du Grand Paris Express désormais entièrement creusé

    Et d’une ! La première ligne du Grand Paris Express est désormais entièrement creusée. Marina, le dernier tunnelier de la ligne 15 sud, a percé la paroi sud de la « boîte » gare de Créteil-l’Echat, le 20 décembre vers 15 heures. Il a ainsi achevé le creusement des 37 kilomètres de tunnel de la ligne, dont 4 km de tunnel de service : voies de retournement, accès au centre de maintenance de Champigny-sur-Marne, au centre d’exploitation de Vitry-sur-Seine.

    Les premiers kilomètres avaient été creusés à partir d’avril 2018 et jusqu’en juin 2019, par Steffie-Orbival entre le puits de Champigny et l’ouvrage Sentier des marins soit 2,2 km. Les derniers, à partir de mars 2020 l’ont été par Marina entre le puits Arrighi (à l’est de la gare des Ardoines sur la commune de Vitry) et Créteil-l’Echat, soit 2,6 km.

    Au total, pas moins de 10 tunneliers ont travaillé sur la ligne pendant trois ans et demi. Le tunnel est constitué de 18 500 anneaux formés par 128 000 voussoirs.

    Si le tunnel est creusé, il reste encore beaucoup de travail. Des entreprises de génie civil vont maintenant pouvoir installer tous les éléments permettant de faire fonctionner le futur métro, à commencer par la voie et tous les éléments de sécurité. Il faudra aussi aménager les espaces voyageurs et les locaux techniques : construire des murs intérieurs, des portes, des fenêtres, et des plafonds, des garde-corps et des façades. Il faudra aussi aménager les réseaux chargés d’alimenter les sites en électricité, en eau et d’assurer le renouvellement de l’air. Cette phase comprendra également l’installation des ascenseurs, des escaliers mécaniques et des portes palières dans les espaces souterrains. Tandis qu’en surface, les parties visibles des futures gares vont progressivement émerger.

    Les premiers essais de rames sur la ligne 15 sont prévus pour 2023 pour une mise en service en 2025.

    Yann Goubin

  • Le financement de la LGV Sud-Ouest en bonne voie

    Le financement de la LGV Sud-Ouest en bonne voie

    Alors que les collectivités de la région Occitanie ont approuvé unanimement fin septembre leur participation au financement du Grand projet ferroviaire Sud-Ouest (GPSO), prévoyant les lignes à grande vitesse Bordeaux – Toulouse et Bordeaux – Dax, l’assemblée régionale de Nouvelle-Aquitaine s’est prononcée favorablement le 13 décembre. En revanche, le Grand Dax a dit non le lendemain. Quelques autres petites collectivités d’Aquitaine doivent encore se prononcer.

    Les débats en assemblée plénière auront duré toute la journée, lundi 13 décembre, avant l’approbation du financement de la participation de la Région Aquitaine au GPSO à hauteur de 710 millions sur 40 ans. « Le projet GPSO est adopté à une très large majorité », a finalement annoncé à 18 h 30 le président socialiste Alain Rousset, dont la majorité a été soutenue par LR et les Centristes, tandis que le RN et EELV ont voté contre. A l’extérieur, des manifestations avaient fait entendre la voix de l’opposition jugeant ces dépenses extravagantes et refusant « l’impôt LGV ».

    La totalité du projet GPSO, qui comprend les lignes Bordeaux – Toulouse et Bordeaux – Dax, est estimée à 14,3 milliards d’euros, dont 40 % pris en charge par l’Etat, comme l’a annoncé le Premier Ministre Jean Castex fin avril, relançant un projet enlisé. Ces 4,1 milliards promis par l’exécutif sont fléchés sur la ligne Bordeaux – Toulouse, estimée à 10,3 milliards d’euros au total, dont 8,5 milliards pour la ligne elle-même et 900 M€ pour chacun des aménagements au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux, tandis que 20 % sont espérés de la part de l’Union européenne, laissant donc la charge de 40 % du total aux collectivités locales.

    Avant le vote, Alain Rousset avait solennellement mis en garde contre le risque d’impasse, tout en reconnaissant que « on aurait pu espérer que l’Etat mette 60 % au lieu de 40 % ». « C’est un dossier magnifique et essentiel », a-t-il insisté dans son plaidoyer, se réjouissant « que le Premier Ministre Jean Castex l’ait ressorti des limbes ». Geneviève Darrieussecq, tête du groupe Centre et indépendants et par ailleurs secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, a affirmé que « il ne serait pas raisonnable de laisser passer cette opportunité », tant en reconnaissant « des imperfections » et en évoquant même « un financement fait à l’arrache ».

    « Personne ne nous fera croire que le financement qui est proposé est juste » a dénoncé quant à lui Frédéric Mellier, élu du groupe communiste, écologique et citoyen, avertissant que « la bataille sur le financement ne fait que s’ouvrir et nous la mènerons, afin que l’Etat joue tout son rôle ».

    GPSO

    Même si les seize collectivités d’Occitanie1 ont montré un front uni autour de la Région, Jean-Luc Gibelin, vice-président aux transports d’Occitanie, dénonce comme « anormal et inacceptable que l’Etat ait choisi de participer avec participation la plus faible en imposant la participation la plus forte aux collectivités, rappelant pour la ligne Paris – Marseille, 100 % du financement provenait de l’Etat, et que pour les autres lignes la participation des collectivités avait été au maximum de 30 %. Il nous a dit : 40 % ou rien ». Alors que 60 % de la population à plus de quatre heures de la capitale sont concentrés en Occitanie, il n’y avait donc pas le choix, selon l’élu occitan.

    Cette urgence semble moins ressentie en Aquitaine et l’unanimité n’est pas faite au sein des onze collectivités2 sollicitées pour réunir 2,47 milliards. Le Lot-et-Garonne ne veut pas payer, pas plus que la Gironde qui préfère financer un projet de RER autour de Bordeaux. Le 15 décembre, le conseil communautaire du grand Dax a également dit non, à 34 voix contre 21. Sont encore attendues les délibérations sur la participation financière du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques et de la communauté d’agglomération d’Agen (le 15 décembre) et la communauté d’agglomération Pays basque (le 18 décembre).

    Prochaine étape : la création d’ici avril 2022 de l’établissement public local qui portera la maîtrise d’ouvrage du GPSO, « permettant aux collectivités partenaires de maîtriser davantage les coûts et le calendrier des travaux », espère-t-on du côté occitan.

    Catherine Stern

    1Région Occitanie (1,275 milliard d’euros), Toulouse Métropole (624 M€), conseil départemental de Haute-Garonne (763 M€), du Lot, des Hautes-Pyrénées, du Gers, du Tarn, du Tarn-et-Garonne, Grand Auch, Grand Montauban, Grand Tarbes, communauté d’agglomération d’Albi, de Castres-Mazamet, du Muretain, du Sicoval, communauté de communes de Cahors.
    2Région Nouvelle Aquitaine, Bordeaux Métropole (345 M€), conseils départementaux des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et du Lot-et-Garonne, communautés d’agglomération de Mont-de-Marsan, Pau, du Pays basque, d’Agen, Grand Dax.