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  • Grève SNCF : la guerre de positions de la CGT Cheminots et de Sud-Rail se poursuit

    Grève SNCF : la guerre de positions de la CGT Cheminots et de Sud-Rail se poursuit

    La semaine dernière a donc été « aussi normale que possible » pour la SNCF. Comme elle le prévoyait au vu des déclarations d’intention des grévistes durant le pont du 8 mai et comme elle l’assumait face aux prévisions alarmistes des médias faisant monter la mayonnaise.

    Comment l’expliquer? Les raisons du conflit étaient confuses, non seulement pour les voyageurs mais aussi pour les cheminots. Les deux syndicats appelant à la grève, Sud-Rail et la CGT Cheminots, ont lancé des mots d’ordre différents qui ont fini par se rejoindre (plus d’argent et des calendriers de travail plus stables).

    La fermeté affichée par la direction (et la discrétion du gouvernement) a payé. Avec des arguments largement relayés par les médias sur les négociations menées en amont et sur les efforts salariaux consentis sans discontinuité depuis quatre ans : + 19,2 % de hausse salariale (mais ce n’est bien sûr qu’une moyenne et personne n’a vu son salaire grimper ainsi).

    Un questionnement sur les justifications du mouvement

    Finalement qui croyait vraiment aux justifications de cette grève à part Sud-Rail? s’interrogent plusieurs syndicalistes que nous avons contactés. La CGT Cheminots semble y avoir été à contrecoeur pour ne pas se laisser distancer sur le terrain des revendications et a lancé une autre date de démarrage du conflit devançant Sud-Rail. Avec davantage de succès puisque son appel à la mobilisation les 5 et 6 mai concernant notamment les conducteurs a été plus suivi que la grève durant le pont du 8 mai. Tout particulièrement en Ile-de-France et dans quelques régions.

    D’où un discours très offensif de la part de représentants de Sud-Rail pour défendre les demandes des contrôleurs du CNA (Collectif national ASCT), obligé de recourir à un syndicat pour porter ses revendications. Les critiques ont d’abord porté sur l’absence de dialogue avec la direction : plus de 35 réunions ont été organisées a répondu l’entreprise. Puis sur son recours à des agents volontaires « surpayés » pour « casser la grève« . Le dispositif est connu de longue date. ll a notamment été utilisé lors d’une grève lancée durant les vacances de février 2024, permettant de faire circuler un maximum de trains.

    La SNCF n’est pas la seule à recourir à ce procédé : comme d’autres transporteurs, elle dispose de réservistes, notamment des cadres, dans de nombreux corps de métiers. Ils permettent de suppléer les contrôleurs mais aussi les aiguilleurs, les conducteurs de TGV, TER, fret… Ils sont mobilisables à tout moment (et pas seulement en cas de grève, s’il faut par exemple dépanner une machine en pleine nuit ou s’il faut renforcer les équipes en cas de pics de trafic) et sont donc payés en conséquence (30 euros l’heure en semaine, 50 euros l’heure le week-end selon Sud-Rail).

    Une mobilisation relative…

    C’est ce qui explique, selon Sud-Rail, le nombre élevé de circulations de TGV alors que 60 % des contrôleurs étaient en grève. D’autres syndicats avancent des chiffres plus bas, autour d’une quarantaine de pourcents. La SNCF refuse de donner le taux de grévistes. Et se borne à rappeler le niveau des circulations assurées pendant la grève : plus 90 % de TGV ont roulé le dimanche 11 mai et le trafic était quasi normal les jours précédents.

    L’utilisation de rames simples au lieu de rames doubles aurait aussi permis de réduire l’impact de la grève, souligne Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud-Rail. SNCF Voyageurs dément cette affirmation. La compagnie n’y avait d’ailleurs aucun intérêt puisque son but était de transporter tous les voyageurs ayant réservé un billet. Les plans de transport sont anticipés et calés en fonction du trafic attendu et des moyens à disposition. Et il suffit, pour respecter les règles, d’avoir un seul contrôleur à bord par rame (même si pour répondre à une demande des ASCT, elle en prévoit systématiquement deux par rame Inoui puis décembre 2024). Durant le pont du 8 mai, la compagnie a transporté 1,8 million de voyageurs.

    … et pourtant de nouvelles mobilisations à venir

    Malgré une grève finalement peu suivie, les deux syndicats contestataires ne comptent pas s’arrêter là. Sud-Rail doit déterminer en ce début de semaine s’il poursuit le mouvement. Le CNA a déjà menacé d’un mouvement « beaucoup plus méchant« . Le pont de l’Ascension pourrait être visé. Mais une fois encore, la CGT Cheminots leur a coupé l’herbe sous le pied en annonçant une grève le 4 juin (jour d’une réunion au sujet des primes pour la traction), puis le 5 juin (journée de mobilisation interprofessionnelle, notamment pour l’abrogation des retraites), puis le 11 juin (jour d’une réunion sur le travail des contrôleurs). « Nous appelons les cheminots à mettre la direction sous pression pour avoir un haut niveau de discussion« , justifie Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT Cheminots.

    La guerre de positions se poursuit donc. Avec en toile de fond un risque de divisions entre différents corps de métiers alors que la SNCF a besoin de toutes ses forces pour affronter une concurrence appelée à s’accroître.

  • « Le collectif des contrôleurs renvoie aux gilets jaunes », selon le sociologue Laurent Willemez

    « Le collectif des contrôleurs renvoie aux gilets jaunes », selon le sociologue Laurent Willemez

    Laurent Willemez, professeur de sociologie à l’université Versailles Saint-Quentin en Yvelines et spécialiste des organisations syndicales, analyse le fonctionnement du collectif de contrôleurs, né sur les réseaux sociaux. Et s’interroge sur sa capacité à évoluer dans le temps.

    Ville, Rail & Transports. Les syndicats ont-ils pris la mesure du phénomène « réseaux sociaux » ?

    Laurent Willemez. Avec ma collègue Marie Benedetto Meyer, nous avons analysé le rapport entre les grandes confédérations et les principaux réseaux sociaux. Nous avons noté leurs difficultés à les gérer faute d’habitude et d’expertise. Chaque organisation a, au niveau confédéral, un community manager, un webmaitre, une personne qui poste sur X… Mais c’est là toutes leurs ressources. Et cela correspond à un mode de communication très centralisé où l’information, en entreprise, descend des sièges vers les sections qui les répercutent aux militants. Au niveau local, on peut voir des militants très actifs, mais ce sont souvent des initiatives très individuelles et cela signifie qu’ils passent leurs soirées à ça.

    VRT. Qu’est-ce qui est nouveau avec le collectif ?

    L. W. Jusqu’à présent, les réseaux permettaient de créer de la discussion, des échanges mais ne servaient pas à la mobilisation ou en tous cas, pas des formes de mobilisation durables. Avec le collectif de contrôleurs, on assiste à une forme d’institutionnalisation. Il revendique 4000 personnes, ce qui est considérable sur une population totale de 8000 personnes. C’est assez exceptionnel ce qu’ils arrivent à faire. Il faut maintenant voir quelle va être sa logique dans la durée. Et comment il peut établir une limite entre le formel et l’informel. Qu’est-ce ce que cela signifie être membre d’un groupe en termes d’engagement ?

    VRT. Est-ce un mouvement inédit ?

    L. W. Non. Il renvoie clairement aux Gilets Jaunes, qui ont été créés sur le même mode. On retrouve beaucoup de points communs : un mouvement partant de la base et ne nécessitant pas de ressources trop élevées si ce n’est du temps. Les réseaux ne coûtent rien et n’ont pas besoin de structures. Il faut juste des personnes pour les alimenter et des modérateurs, ce qui peut se régler assez vite.

    Pour les gilets jaunes, certains passaient leur nuit sur des pages Facebook. Mais cela s’est vite arrêté. Dans le cas des contrôleurs, ça a l’air de durer. C’est surprenant car sans appui « institutionnel », le phénomène aurait pu avoir tendance à s’essouffler. Il va falloir suivre comment les rapports entre le collectif et les organisations syndicales s’organisent. Pour ces dernières, ce n’est encore qu’un machin, un ectoplasme, qui existe sans exister. On va voir la place qu’il va trouver dans la logique de démocratie sociale et si un réseau social peut véritablement s’institutionnaliser.

  • Collectif des contrôleurs : radiographie d’une organisation hors des schémas classiques

    Collectif des contrôleurs : radiographie d’une organisation hors des schémas classiques

    Avec 90 % des circulations des TGV assurés durant ce pont du 8 mai par la SNCF,  la grève des contrôleurs ne produit pas les effets escomptés par le Collectif national des ASCT (CNA) qui espérait un mouvement massif comme il en a organisé dans un passé récent. Retour sur l’évolution de ce Collectif des contrôleurs qui met la pression sur la SNCF en se méfiant des syndicats traditionnels pourtant indispensables pour mener les négociations avec la direction de l’entreprise. 

    Les 140 contrôleurs de TGV basés à Marseille se connaissent tous. Ils passent leurs journées ensemble et une dizaine de nuits par mois, loin de chez eux, à partager leurs repas et à se raconter leur vie. Des amitiés sont nées entre collègues et l’envie d’avoir un groupe de discussions a germé. « C’est une adhérente de la CGT qui était dans un groupe Whatsapp qui a eu l’idée. Elle ne savait pas trop comment faire et m’a demandé de m’en occuper », raconte Olivier. A l’époque, le contrôleur marseillais n’est présent sur aucun réseau social. Il est très loin du profil de geek, juste un employé « toujours bien noté par ses chefs », assure-t-il. Il va devenir un porte-parole d’un mouvement social inédit au sein de la SNCF.

    Sur la boucle WhatsApp, les agents de service contrôleurs trains, les ASCT, commencent à commenter les difficultés de leur métier et ses spécificités par rapport aux autres cheminots. « Notre vie n’a rien à voir avec celle des conducteurs par exemple. On vit des choses que l’on ne peut partager qu’entre nous », justifie Olivier en évoquant les relations parfois tendues avec les passagers, la gestion des retards, les suicides sur les voies, …

    Très vite, le groupe marseillais va élargir son club à de nouveaux membres, toujours contrôleurs, mais de toute la France, rencontrés aux hasards des « découchés ». Le nombre maximal de 450 invités sur le même fil de discussion est vite atteint. Il faut créer de nouvelles boucles. Les débats y sont libres, ouverts. Quelques membres se chargent de la modération quand le ton devient trop agressif ou même insultant.

    L’audit social qui enflamme le réseau

    En 2022, une consultation lancée par la direction sur les irritants du métier de contrôleurs va enflammer le réseau. L’échantillon de cheminots invités à partager leur expérience dans des groupes de travail, déballe difficultés et frustrations. Et partage sur WhatsApp la nature des échanges avec les « auditeurs » de la direction. « On a bien vu que personne n’était au courant de ce que l’on vivait au quotidien ». « Atout Bord », le nom de ce qui devait être un programme de veille sociale, tourne au fiasco. La naïveté de leurs interlocuteurs alimente la certitude des contrôleurs : leur mal-être au travail n’est pas reconnu par la direction.  « Aucun cheminot n’a les mêmes contraintes que nous et nous n’avons pas le même déroulement de carrière que les autres », tranche Olivier.

    A partir de ce printemps 2022, l’initiative marseillaise se transforme en collectif national ASCT, rebaptisé CNA, autour d’un constat partagé : les dirigeants du groupe ne mesurent pas leur malaise. La responsabilité des organisations syndicales est elle aussi mise en cause. Le collectif estime avoir un raisonnement très pragmatique : si les dirigeants ne mesurent pas les attentes des contrôleurs, c’est que le dialogue social mené par les syndicats ne fonctionne pas.

    8000 contrôleurs concernés

    La série de boucles WhatsApp va être complétée par un site Facebook. « Il va nous permettre de gagner en visibilité, de devenir plus global, massif et finalement d’exploser », souligne le porte-parole du CNA. Le groupe de Marseillais, qui ne compte aucun militant syndical, mais des « employés lambda » propose une rencontre à toutes les organisations syndicales du groupe : CGT, CFDT, FO, Sud. « Certaines nous ont pris de haut, d’autres avec méfiance…. Une représentante nous a même dit, ça fait des années que l’on vous attendait », raconte Olivier. Le nombre de demandes d’inscription sur le réseau grimpe à 150, voire 300 par jour. La colère monte. L’appel à la mobilisation devient plus appuyé. Il faut un syndicat officiel pour porter un mouvement. « Théoriquement, nous étions pieds et poings liés pour lancer une grève… Mais on a dit aux syndicats, avec ou sans vous, on va se rebeller ». Le CNA contacte directement chaque organisation et en parallèle, propose la création d’une intersyndicale. Sa stratégie va s’avérer payante.

    Avec les élections qui arrivent, aucune organisation ne peut se permettre de passer à côté du mouvement qui enfle au sein d’une population de près de 8000 salariés. Toutes les voix vont compter lors du prochain scrutin. Alors rallier les contrôleurs est plus pertinent que risquer de les décevoir. Les ACST savent qu’ils sont indispensables à toute grève. Ce sont les seuls, avec les mécanos, qui peuvent empêcher les trains de rouler. Leur taux de mobilisation est aussi généralement supérieur à ceux d’autres métiers de l’entreprise au point de susciter dans la corporation le sentiment d’être « de la chair à canon ». Lors de la dernière grève, pour les retraites des cheminots, beaucoup ont cessé le travail au-delà de dix jours, soit bien plus que la majorité de leurs collègues …

    En décembre 2022, le tout premier appel à la grève de la CNA est soutenu par tous les syndicats à l’exception de la CGT qui explique ne jamais s’engager dans un mouvement « catégoriel ». « Elle l’a quand même fait pour le fret », remarque, amer, Olivier. La grève est un succès pour le CNA avec des taux de grévistes qui frôlent ou atteignent 100% chez Eurostar, Ouigo, InOui. Les contrôleurs en concluent qu’ils avaient raison, que leur mécontentement n’était pas surjoué. « Il n’y a aucun sujet d’égo là-dessous. On a juste fait le boulot des OS ».

    Le malaise est loin de s’être dissipé avec la première grève. En position de force, les contrôleurs veulent profiter de la dynamique pour obtenir une liste de revendications qui mêle à la fois salaires, parcours de carrière, organisation du travail, … et reconnaissance. Ils reprochent à la direction de les flatter d’un côté, en les présentant comme la vitrine de la compagnie, mais de ne jamais manquer une occasion de leur taper sur les doigts pour l’absence d’un badge ou d’une casquette, de les « fliquer comme des enfants » par des clients mystère Un irritant est aussi toujours là : l’accès à la fameuse position 22 dans la hiérarchie du groupe, à laquelle aucun contrôleur ne pourraient selon eux accéder.

    Pour la mobilisation nationale contre la réforme des retraites mi 2023, les syndicats comprennent qu’ils ne peuvent pas se passer des contrôleurs. Ces derniers attendent les instructions du CNA sur les réseaux sociaux. La grève de Noël 2022 n’est plus le « one shot » que les Marseillais avaient imaginé. Un canal direct de discussions est désormais ouvert avec la direction. Les contrôleurs comprennent qu’une brèche est ouverte sur les accords sur la fin de carrière. Jean-Pierre Farandou promet une amélioration du dispositif existant, qu’il va finalement accorder. Mais pourquoi s’arrêter là alors que la base continue de pousser ? Les contrôleurs ont pris la mesure d’un rapport de force qui penche en leur faveur. Le mouvement s’estime plus efficace que les syndicats, « ces entreprises tenues par des permanents salariés » qui comptent bien dans leurs rangs des représentants des contrôleurs, « mais dont la plupart ne sont pas montés dans un train depuis dix ans », soupire Olivier.

    L’appel à la grève de mai est un nouveau test pour le CNA, mais le collectif se projette déjà après les 9,10, 11 mai. Rien ne filtre des réseaux sociaux dont l’accès est réservé aux seuls contrôleurs mais depuis Marseille, on promet déjà un prochain mouvement  « bien plus méchant » .

  • Contrôler le billet et l’identité des voyageurs du TGV sur la même appli

    Contrôler le billet et l’identité des voyageurs du TGV sur la même appli

    Bientôt plus besoin de présenter son billet de train et sa pièce d’identité aux contrôleurs. Après la carte d’identité, le permis de conduire et la carte Vitale, l’application France Identité gagne une nouvelle fonction : les titres de transport dans les TGV. Depuis le 20 janvier, SNCF Voyageurs teste la présentation par des bêta-testeurs de l’application France Identité qui permet aux contrôleurs de vérifier à la fois le billet et l’identité du voyageur. La fonctionnalité sera testée plusieurs semaines avant d’être disponible pour l’ensemble des passagers qui auront téléchargé l’application France Identité sur leur smartphone.

     

     

     

  • Un an après, ce que les contrôleurs de la SNCF ont obtenu

    Un an après, ce que les contrôleurs de la SNCF ont obtenu

    La SNCF a entamé un travail d’explication auprès des contrôleurs sur les avancées qu’ils ont déjà obtenues depuis décembre 2022, afin d’éviter un nouveau conflit qui pourrait peser lourd pendant les vacances de février.

    « Contrairement à ce que certains disent, l’accord des chefs de bord est largement respecté », a martelé le PDG Jean-Pierre Farandou en présentant le 8 février un nouvel agenda social pour le goupe. Selon l’entreprise, tous les engagements ont bien « été pris en main » et sont, soit déjà en place (pour la majorité d’entre eux), soit en cours de déploiement.

    Ainsi, la direction pour le métier de chef de bord, qui avait été supprimée, a été remise en place. « Nous avons aussi cherché à être plus transparent pour le parcours professionnel et pour faciliter l’évolution de Transilien et TER vers Intercités et TGV« , indique Lucile Quessart, la directrice des Ressources humaines de SNCF Voyageurs, en précisant que 200 contrôleurs ont quitté l’activité TER pour rejoindre TGV en 2023. Et un accompagnement financier a été instauré pour aider à leur reconversion s’ils le souhaitent.

    850 embauches prévues cette année

    De nouvelles recrues ont renforcé les équipes : 653 contrôleurs ont été embauchés l’année dernière, soit une hausse de 60 % par rapport à 2022. Vont s’ajouter 200 recrutements en plus, vient d’annoncer la SNCF. Ce qui porte le nombre total à 850 nouveaux contrôleurs et permettra d’avoir deux chefs de bord par rame de TGV. Actuellement, c’est le cas sur 87 % des TGV Inoui. « Ce sera 92 % fin 2024 et 100 % en 2025, conformément au calendrier de l’accord« , souligne Jean-Pierre Farandou.

    Enfin, s’agissant des rémunérations, « 100 % des mesures ont été mises en oeuvre de manière progressive, que ce soit pour les contractuels comme pour les statutaires ». Par exemple, « En janvier, une majoration brute de 60 euros bruts a été apportée à la prime de travail« , indique la SNCF. Enfin, parmi d’autres dispositions, la sécurisation d’une partie de la prime de travail est prévue pour permettre de limiter l’impact d’un arrêt maladie sur la rémunération. Prime de travail qui compte entièrement pour le calcul de la retraite, précise le groupe.

    « Ce ne sont pas quelques accords mineurs dans l’application de l’accord qui pourraient empêcher les Français de partir en vacances. Cela serait grave, » estime le patron du groupe ferroviaire. Le ton est donné même si la porte n’est pas tout à fait fermée : « Il peut toutefois y avoir des spécificités liées aux conditions d’exercice des métiers. Nous sommes bien sûr prêts à les prendre en compte comme nous l’avons toujours fait« .

    MH P

  • Une nouvelle « plateforme » sociale proposée à tous les cheminots

    Une nouvelle « plateforme » sociale proposée à tous les cheminots

    Pour la SNCF confrontée à une menace de grève des contrôleurs en pleines vacances de février, le compte à rebours a commencé. Si les préavis déposés par les fédérations cheminotes Sud, CGT et CFDT ne sont pas levés d’ici lundi, il faudra commencer à préparer les plans de transport. Avec, à la clé, des suppressions de trains si les contrôleurs décident d’entrer en masse dans le conflit. Et une image qui risque encore une fois d’être bien écornée.

    D’où la prise en main, en direct, par Jean-Pierre Farandou des négociations avec les organisations syndicales.  Avec l’idée  -habile- du PDG du groupe SNCF de ne pas répondre à des revendications catégorielles mais d’élargir les propositions de l’entreprise à tous les cheminots. « Je suis garant de l’équité sociale« , souligne-t-il.

    Une réunion de trois heures a donc été organisée ce matin avec les quatre organisations syndicales représentatives de l’entreprise pour « jeter les bases d’une nouvelle plateforme de progrès social avec des mesures à court terme et à moyen terme« . Le dirigeant indique que cette réunion aurait dû se tenir en mars. Mais vu l’actualité, il a décidé de l’avancer pour tenter d’enrayer le mouvement qui s’annonce.

    Selon lui, l’entreprise a tenu tous les engagements qui avaient été pris à l’égard des contrôleurs en décembre 2022 après un précédent conflit. De nouvelles mesures vont être adoptées qui doivent profiter à l’ensemble des salariés, annonce-t-il, refusant une « SNCF à deux vitesses« .

    Au chapitre des rémunérations, à compter du 1er mars, une prime de 400 euros sera versée à tous les cheminots en raison des bons résultats qui doivent être annoncés fin février. Elle s’ajoute à une prime de 400 euros déjà décidée en décembre dernier. Et, à partir du 1er avril, l’indemnité de résidence va être revalorisée entre 30 et 50 % selon les zones. Cette prime aura un plancher minimum de 100 euros en Ile-de-France. Au total, 77 000 cheminots vont en bénéficier.

    Enfin, 3000 cheminots vont bénéficier d’une promotion additionnelle, ce qui signifie qu’ils toucheront entre 2 et 4 % de plus. Selon la SNCF, les efforts réalisés ces trois dernières années en faveur de la rémunération représentent une hausse de la masse salariale de 1,5 milliard d’euros.

    Côté emplois, 1000 personnes de plus que prévu vont être recrutées en CDI, dont 200 pour les contrôleurs. Ce qui aboutira à l’embauche de 8300 personnes cette année à la SNCF. « En deux ans, la SNCF aura recruté en CDI 17000 personnes« , souligne le patron du groupe.

    A plus long terme, la SNCF va chercher à définir une enveloppe qui pourrait être consacrée à l’évolution de la rémunération moyenne des agents sur trois ans. Des négociations vont également s’ouvrir sur les conditions d’exercice des métiers.

    Enfin à propos du CPA (une des demandes fortes des chefs de bord), des négociations vont s’ouvrir sur les aménagements possibles en fin de carrière pour mieux prendre en compte la pénibilité.

    Le PDG du groupe a aussi cherché à responsabiliser les syndicats. « L‘économique doit tenir compte du social :cela s’adresse aux dirigeants, aux patrons d’activités et à moi-même. Mais le social doit aussi tenir compte de l’économique : cela ‘adresse aux organisations représentatives responsables qui ont le souci de la pérennité de l’entreprise, de l’avenir des salariés mais aussi des attentes des Français, qui ont besoin de nos services et qu’il ne faut pas décevoir« , a-t-il martelé.

    Les managers sont désormais priés de répercuter le message auprès de leurs équipes, en espérant les convaincre ne pas faire grève.

    Marie Hélène Poingt

     

  • Fronde des contrôleurs : « Nous sommes prêts à aller jusqu’aux JO »

    Fronde des contrôleurs : « Nous sommes prêts à aller jusqu’aux JO »

    Une fronde des contrôleurs menace les départs des prochaines vacances scolaires. Sud Rail, puis la CGT Cheminots, viennent en effet de déposer un préavis de grève qui pourrait aboutir à un arrêt de travail des contrôleurs du 15 au 19 février. Olivier*, un des fondateurs du collectif national ASCT (CNA), créé sur Facebook et à l’origine d’un conflit dur des chefs de bord en décembre 2022, a expliqué à VRT pourquoi le  mouvement risque de reprendre.

     

    Ville, Rail & Transports. Vous relancez le mouvement qui avait abouti à une grève des contrôleurs en décembre 2022. Pourquoi ?

    Olivier. Nous réactivons le collectif national ASCT qui était en pause depuis Noël 2022. A la suite de notre grève, un accord avait été trouvé entre la direction et les organisations syndicales. Cet accord stipulait que la direction s’engageait à nous recevoir dans les six mois pour parler de la fin de carrière des contrôleurs. Or, elle ne l’a pas fait.

    En revanche, Jean-Pierre Farandou a convoqué les organisations syndicales en leur demandant de ne pas nous contacter. Certaines ont accepté, d’autres pas comme Sud Rail qui a décidé de nous accompagner. La CGT a également déposé un préavis de grève, avec quelques différences sur les motivations. FO a aussi déposé un préavis. Manquent à l’appel la CFDT et l’Unsa mais nous espérons qu’elles nous rejoindront.

    Cela démontre que, plutôt que de traiter les problèmes, la SNCF préfère les mettre sous le tapis.

     

    VRT. Vous n’avez eu aucun contact avec la direction ?

    Olivier. Nous sommes un collectif, donc nous n’avons pas d’élus. Nous avons été chercher les organisations syndicales, une par une, pour avoir leur soutien. Nous sommes dans une situation un peu paradoxale : nous avons la force de mobilisation que les syndicats n’ont plus.

    Sud Rail nous a donné sa délégation, ce qui nous a permis de rencontrer notamment Alain Krakovitch (le directeur de TGV-Intercités, ndlr). Il nous a écoutés et a reconnu des erreurs commises vis-à-vis des contrôleurs. Mais depuis, rien ne s’est passé.

    Cela fait des mois que nous disons : « Attention, nous sommes devant un mur ! Nous allons relancer la machine, vous allez encore avoir à faire à nous…». Mais la direction n’écoute pas. Tant qu’il n’y a pas un préavis de grève, tant qu’il n’y a pas des milliers d’agents en grève, elle ne fait rien. C’est pathétique.

    Nous nous sommes pourtant montrés responsables : alors que certains nous y poussaient, notre collectif a refusé de faire grève pendant la Coupe du monde de rugby. Nous n’avons pas non plus relancé la machine pendant la période de Noël 2023. Mais à un moment, il faut repasser à l’action et ce moment est venu : le mouvement est prévu du 15 au 19 février, englobant un week-end de départs en vacances. Sauf si l’entreprise se réveille.

     

    VRT. Que demandez-vous précisément ?

    Olivier. La réglementation du travail nous considère comme des roulants mais nous n’en avons pas les avantages. Nous passons le tiers de notre vie en déplacements, nous travaillons le week-end, les jours fériés, nos congés sont imposés… Notre vie est contraignante mais nous n’avons aucune contrepartie au niveau de nos carrières. Quand nous partons à la retraite, nous avons droit à la même retraite que si nous avions travaillé derrière un guichet. C’est inconcevable !

    Les pensions de retraite des mécanos sont de 600 à 700 euros plus élevées. Leur formation est plus longue et leurs responsabilités spécifiques mais les contrôleurs assument aussi des missions particulières : à chaque fois qu’ils donnent le départ d’un train, ils engagent leur responsabilité pénale; ils sont primo-intervenants quand il y a un accident. Ainsi, des copains sont déjà allés sous des machines pour voir si un cadavre s’y trouvait… Nous nous faisons cracher dessus, insulter, agresser… C’est ça la réalité de notre travail, ce n’est pas de boire des cafés dans un train en discutant avec les clients. Notre métier est mal connu. Il n’y a aucune prise en compte de la pénibilité.

    La fin de carrière des contrôleurs est au cœur de nos revendications : nous demandons que la cessation progressive d’activité (CPA) soit élargie.

    Nous demandons aussi une hausse de la prime de travail. Car de nombreuses primes, qui représentent 40 % de notre salaire, ne sont pas prises en compte dans le calcul de notre pension de retraite.

    Il est temps de réparer ces erreurs. D’autant que la SNCF n’a jamais gagné autant d’argent et s’apprête à annoncer des milliards de bénéfices.

     

    VRT. Pensez-vous que vous pourrez mobiliser autant qu’en décembre 2022 ?

    Olivier. Nous pensons que cela va repartir aussi fort car notre structure est déjà en place, nos réseaux de communication aussi, avec des relais à travers toute la France. Nous passons également par Facebook. Depuis notre victoire fin 2022 -même si c’est toujours malheureux de parler de victoire quand on fait grève-, les agents nous font confiance. Nous avons tout de même obtenu des avancées. Mais ces avancées, réelles, ne rattrapent pas 30 ans de maltraitance.

    Nous n’avons pas changé notre ligne de conduite, nous voulons juste faire avancer notre cause qui est juste. Et nous voulons de la considération de la part de notre employeur.

    A Marseille, à 13 jours de la grève, plus de 50% d’agents se sont déclarés grévistes. D’ici quelques jours, nous serons à 70 ou 80 %. Nous ferons tout pour monter à 90%. Nous sommes sur les mêmes tendances qu’en 2022 lorsque le mouvement avait pris une très forte ampleur.

     

    VRT. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller ?

    Olivier.  Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout. Nous commençons avec les vacances de février. C’est un coup de semonce. Après, nous regarderons les week-ends de pont en mars et avril. Et s’il le faut, nous irons jusqu’aux JO cet été. Nous n’avons rien à perdre.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

    * Le nom n’est pas précisé à la demande de l’intéressé.


    Un agenda social pour organiser les échanges selon la SNCF

    Contactée par VRT, la SNCF affirmait le 5 février que des échanges étaient en cours avec les organisations syndicales. « Plus globalement, un agenda social à l’échelle du groupe a été adressé aux organisations syndicales et permettra d’avancer dans le dialogue sur les différents sujets évoqués, dont celui de la prise en compte de la pénibilité », indique-t-elle.