Uber : menace ou opportunité?

Pour Alexandre Molla, le directeur du développement d’Uber, la société de VTC… américaine implantée en France depuis 2011, il y a une "vraie question à se poser : face à l'innovation, faut-il considérer qu'on a une menace ou bien une opportunité de se poser? Car dans ce que nous faisons, il y a sans doute des choses à prendre pour tout le monde…», assure-t-il. Victime de plusieurs recours en France depuis le lancement, en février dernier, de son offre Uber Pop, présentée comme du covoiturage – qualité que le tribunal correctionnel de Paris lui a déniée le 16 octobre en la condamnant à 100 000 euros d’amende, mais la start-up a fait appel  – Uber était cette fois devant le tribunal de commerce. Le 28 novembre, l’audience en référé était motivée par l’assignation pour « concurrence déloyale » de plusieurs syndicats de taxis et des entreprises de VTC dont une filiale de Transdev. Après plus de trois heures de débats, notamment autour de la récente loi Thévenoud qui empêche les VTC d’utiliser la géolocalisation, la décision a été mise en délibéré jusqu’au 12 décembre.

« Ce délai confirme qu’il s’agit d’un sujet de droit très complexe, y compris de droit constitutionnel et de droit européen,en déduit Alexandre Molla. Et les enjeux vont au-delà du fait d’empêcher le leader mondial de se développer à Paris : il y aura un impact réglementaire sur tout le secteur du covoiturage et même de la location de véhicules entre particuliers. » Le géant californien présent dans six villes françaises et 230 dans le monde (45 pays) a un leitmotiv, celui de la solution très innovante, qui s’inscrit dans le mouvement de l’économie collaborative appliquée aux transports, qui n’est pas perçu comme une mode, mais comme une tendance de fond. « Les procédures sont le reflet d’un cadre réglementaire d’un autre âge », argumente encore le directeur du développement. « Je comprends que l’aspect disruptif dérange, mais nous avons confiance en l’avenir en raison d’une adhésion massive de la population à ce service pas cher, pratique, et fiable. »

Elle aime aussi à rappeler que c’est précisément à Paris que le fondateur d’Uber, Travis Kalanick, a eu l’idée de créer son appli. En voyage dans la capitale française en décembre 2008, incapable de trouver un taxi, il a aperçu une file de chauffeurs privés stationnés devant le Ritz et s’est dit, « il faudrait leur permettre d’optimiser leur temps ». Ce qui se traduit par la possibilité pendant qu’ils attendent leur client habituel de réaliser quelques courses pour Uber. Après les USA – elle s’est créée en 2009 à San Francisco –, c’est d’ailleurs Paris que la société a choisi pour ouvrir sa première succursale européenne, en 2011. En 2013, elle s’implante à Lyon, en 2014 à Lille, Bordeaux, Toulouse et Nice. Elle aurait pu se contenter du classique VTC, mais avec sa volonté d’« innovation permanente », elle s’est intéressée à la voiture de Monsieur et Madame Tout-le-monde. « Une voiture particulière est utilisée en moyenne une heure par jour, c’est 5% du temps, on a eu l’idée de mettre en relation ceux qui ont besoin de se déplacer et ceux qui en ont une et veulent un petit complément de revenu », assure Franck Molla.

C’est ainsi qu’est née l’offre UberPop de covoiturage sur courte distance, déclenchant les foudres de la profession des taxis et VTC. « Mais quelle est la différence avec Blablacar ? poursuit-il. C’est malhonnête intellectuellement parlant d’en voir une. Notre idée, c’est la mobilité partagée en ville et que demain, grâce à ce système fiable, les gens laissent puis vendent leur voiture, qu’ils changent de comportement de consommation du transport… ». Uber a calculé que si le succès est au rendez-vous, on peut espérer 800 000 voitures particulières en moins dans les rues franciliennes fin 2016. C’est d’ailleurs sur le même segment et avec un argumentaire pas si éloigné de ça que la SNCF s’apprête à lancer son service iDVroom de co-voiturage courte distance en Ile-de-France…

Uber, qui revendique 160 000 utilisateurs en France pour son service Pop, veut toujours avoir un métro d’avance et a pour sa part lancé mi-novembre UberPool, en se défendant de vouloir ainsi contrer les arguments juridiques qui lui sont opposés. L’idée est la même qu’UberPop, mais avec plusieurs passagers dans le véhicule et donc à la clé une réduction tarifaire importante – et dans tous les cas d’au moins 10 % – pour chacun d’entre eux.  C’est l’algorithme de l’appli qui s’occupe de trouver le « match entre les différentes courses » et de calculer le trajet le plus court et en fonction des demandes des clients. La société assure qu’elle respectera la décision de justice attendue mi-décembre, « mais la vie d’une entreprise ne s’arrête pas à une décision de justice », enchaîne Alexandre Molla. Persuadé que le service « répond à une vraie demande, jusque-là non satisfaite », et ne fait pas concurrence aux taxis car « s’adresse à des gens qui ne le prenaient pas ou alors très sporadiquement », il affirme que les offres Uber « ne prennent de part du gâteau à qui que ce soit mais font plutôt croître le marché du transport de personnes. »

Pourtant, partout où elle s’implante, l’entreprise Uber fait grincer des dents, y compris aux Etats-Unis et au Canada, elle est souvent attaquée en justice. « On a ouvert un marché avec une solution qui casse les codes sur un secteur extrêmement réglementé et protégé, analyse-t-il. Cela oblige tout le secteur à se pencher sur son business model ! ». A New York ou Chicago, la start-up a ouvert son appli aux taxis. Quand elle l’a fait à Paris, les taxis qui s’y sont inscrits se seraient trouvés menacés de radiation par certaines centrales radios. D’où cette réflexion : « sommes nous une menace ou  une opportunité pour tous ? » Bref le transport partagé, chez Uber, on y croit. Reste à savoir comment les juges consulaires interpréteront le droit le 12 décembre… Et il y a fort à parier qu’Uber fera appel. Les plaignants demandent l’interdiction d’UberPop et une astreinte de 250 000 euros par jour en cas de non-exécution. Relativement peu dissuasif pour une entreprise valorisée à 17 milliards de dollars en juin dernier et qui, selon l’agence Bloomberg, serait, après une nouvelle levée de fonds désormais valorisée entre 35 et 40 milliards de dollars…

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