L’ex-n° 2 de Renault entre au capital de Moviken

C’est de manière neutre, une entrée au capital, que Moviken, la société spécialisée dans l’information voyageurs et le numérique, annonce, le 22 avril,  l’arrivée de Patrick Pélata, l’ex-numéro 2 de Renault, aujourd’hui installé dans la Silicon Valley suite à l’affaire des vrais-faux espions chez le constructeur automobile. Que vient donc faire l’actuel vice-président de Salesforce, entreprise californienne spécialisée dans le cloud-computing, dans le capital de cette PME ? C’est « un signe fort de notre volonté d’aller de l’avant et de continuer à saisir les opportunités comme nous le faisons depuis douze ans, avec des innovations qui ont déjà contribué à transformer le vécu des transports publics », nous assure Jean-Claude Degand, le PDG de Moviken.

Car « Patrick Pélata est aujourd'hui très impliqué dans la transformation de l'expérience automobile, en particulier avec les voitures connectées depuis sa base de San Francisco. Qu’il s’agisse de la voiture ou des transports connectés, c’est bien la même révolution numérique qui bouleverse la façon de se déplacer avec un champ d’innovation qui n’a jamais été aussi large. »

Plus prosaïquement, l’investissement tombe à pic, alors que Moviken-SLE (société anonyme par action simplifiée à associé unique au capital de 1 million d'euros), la filiale des Alpes-Maritimes, rachetée en décembre 2009 et qui réalise un bon tiers de l’activité du groupe Moviken est en cessation de paiement. Le tribunal de commerce a prononcé sa mise en redressement judiciaire le 30 mars dernier. Peu probable qu’il s’agisse d’un hasard du calendrier…

Saine gestion de chef d’entreprise, rétorque Jean-Claude Degand, qui prétend que les deux événements ne sont pas liés. « Vu la manière dont le groupe Moviken s’est constitué, par rachats successifs – SLE puis Chromateam en 2012 – il faut faire vivre l’ensemble avec une logique de groupe. Ça implique des mesures de rationalisation de l’organisation et des coûts »,justifie le PDG, qui reconnaît qu’il y aura quelques licenciements à Sophia-Antipolis, dans le cadre « d’une restructuration interne d’ampleur ». Le groupe compte aujourd'hui une petite cinquantaine de salariés.

Il faut dire que le business n’est pas toujours florissant, malgré un chiffre d'affaires en hausse de 39 % l'an passé. Pour le produit phare d’info-voyageurs embarquée, Navibus, Moviken a eu plusieurs contrats récents pour les BHNS de Lens et de Douai, le tram de Strasbourg, les bus de Pointe-à-Pitre ou encore les liaisons maritimes de Dubaï. Côté centrales de mobilité, les affaires semblent un peu plus compliquées : celle de Haute-Savoie, Mobicime, remportée à l’été 2013 n'est opérationnelle que depuis quelques jours ; quant à Motilib.fr, celle de Franche-Comté lancée en 2010, elle ne fonctionne plus du tout…  Résultats de la recherche d'itinéraire pas toujours pertinents, faible nombre de connexions etc., d'après les élus francomtois, elle n'a pas répondu aux attentes. Ils ont préféré arrêter les frais – près de 500 000 € – à l'échéance du contrat de 4 ans.

Toujours est-il que l’ami de longue date prendra 6 % du capital pour un montant que l’entreprise souhaite garder confidentiel, mais qui est « significatif sachant que la valorisation de Moviken à la bourse de Paris est d’environ 15 millions d’euros. »Entre 2011 et 2014, Moviken avait déjà augmenté son capital en s’ouvrant aux investisseurs individuels. Si bien que son capital se répartit aujourd’hui ainsi : Jean-Claude Degand 65 %, petits porteurs (environ 3,5 millions d’actionnaires) 28 %, Patrick Pélata 6 % et bloc fondateur 1 %.

Il est vrai aussi que le secteur du numérique est toujours gourmand en investissements et autres levées de fonds. Et Patrick Pélata n’est-il pas l’artisan du redressement de Nissan ? Il a en outre lancé le programme véhicule électrique et s’intéresse maintenant chez Salesforce à la voiture connectée. Enfin, son implantation au cœur de la Silicon Valley est un autre argument de poids aux yeux du patron de Moviken, qui espère que son nouvel actionnaire « s’implique dans la réflexion stratégique ».

En utilisant les méthodes industrielles éprouvées, le patron espère réussir à faire baisser les coûts de ses produits – centrale de mobilité, information voyageur avec Navibus, SAEIV et table interactive – jusqu’ici fabriqués en petites séries. Mais Jean-Claude Degand estime enfin, préparer ainsi de nouveaux tours de table. Car dans un monde qui fait sa révolution tous les six mois, il faut aller très vite. Rappelant que Blablacar a levé 70 millions d’euros, Moovit, plus récemment, 50 millions, le PDG commente : « il faut qu’on accélère… »

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