Grève-test pour Elisabeth Borne

Très suivie même si peu visible, la grève des régulateurs de la RATP a pris fin samedi matin. Ces cadres dont on parle peu, et qui aident par radio les conducteurs de bus à tenir leurs horaires (en déviant les bus par exemple en cas de blocage d’une route) dénonçaient une trop forte hausse de leur charge de travail.

La grève est achevée mais les divergences restent. Les discussions entre direction et organisations syndicales devaient d’ailleurs se poursuivre cette semaine. Faute de quoi, prévient Michael Pontarolo, membre de l’Unsa-RATP, le conflit pourrait être réactivé en septembre.

La réorganisation de la fonction de régulateur n’est pas nouvelle. Elle a été lancée en 2013 afin de regrouper les agents en un seul lieu, dans le Centre de régulation et d’information voyageurs (Criv) à Romainville en Seine-Saint-Denis. Les effectifs sont passés de 500 salariés à 300 aujourd’hui pour réguler 347 lignes empruntées par trois millions de voyageurs par jour.

« Pendant les négociations en 2012-2013, nous avions alerté la direction sur le fait qu’à nos yeux, la charge de travail allait croître et mettre en danger la santé des régulateurs. Nous n’étions pas les seuls à le dire, la médecine du travail avait aussi alerté. Mais la direction a fait passer en force son projet. Aujourd’hui, nous constatons que nos craintes étaient fondées, explique Michael Pontarolo. Avant, les régulateurs avaient en charge deux ou trois lignes. Aujourd’hui, ils en ont sept à huit, poursuit-il. Nous souhaitons qu’ils aient en charge cinq lignes, ce qui correspond à une hausse de la productivité de 35 %. La direction demande 45 % de productivité. »

D’où la demande des organisations syndicales d’obtenir 62 postes en plus. En face, la direction propose 26 postes supplémentaires, dont 23 de façon temporaire. Pour la RATP, qui a en ligne de mire la fin de son monopole en 2025 pour le transport par bus, il s’agit de se « situer dans la moyenne de ce qui se fait dans les réseaux français et européens ». « Nous entendons ce discours. Nous sommes prêts à participer à la baisse des coûts. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de la santé des agents », répond Michael Pontarolo.

Si la direction reconnaît un surcroît de travail, il ne sera que temporaire, assure un porte-parole, « car la création du Criv s’est accompagnée d’un nouvel outil informatique qui permettra une meilleure efficacité mais dont la maîtrise réclame un peu de temps ». Par ailleurs, la RATP affirme avoir constaté un allongement des tournées de bus et des retards, dû notamment à la création des zones 30. « Cela crée aussi plus de travail pour les régulateurs car cela les oblige à trouver des solutions. » Pour y remédier, la RATP discute avec le Stif et l’Hôtel de Ville. Pour Elisabeth Borne, qui arrive avec une réputation de fermeté, c’est aussi un premier test alors que l’un des axes forts de son mandat sera de préparer la fin du monopole.

[email protected]

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *