Keolis et Transdev à fond dans le digital

A 24 heures d'intervalle, les deux grands groupes français présentaient en grande pompe qui leur politique volontariste d'innovation, qui leur dernier produit high-tech. Les opérateurs ne veulent pas rater le virage du numérique et s'emploient à coup de millions d'euros à investir les services de mobilité de demain. 30 millions d'euros investis par Keolis en trois ans dans un nouveau pôle de solutions et de services, fraîchement baptisé Kisio et englobant canal TP, sa filiale numérique devenant ainsi Kisio digital. Environ 70 millions d'euros dans les trois prochaines années pour Transdev qui se rêve en opérateur de « MAS », comprendre “mobility as a service"…

Transdev ayant retrouvé une santé financière, avec +47 % de résultat opérationnel au premier semestre, « nous souhaitons les consacrer avant tout à l'innovation », a expliqué le PDG Jean-Marc Janaillac qui analyse les évolutions du marché en terme de ruptures. « Trois ruptures ont entraîné l’effacement des frontières entre transports collectifs et voiture individuelle, raconte-t-il. La technologie, surtout le smartphone, qui permet de développer de nouveaux services individualisés et qui laisse des traces très utiles pour travailler sur du prédictif ; la rupture sociétale – on passe de la possession à la jouissance –, enfin la croissance des coûts. »

Les deux groupes font bien la même analyse. « Si l'ADN de la marque Keolis, c'est la sécurité », rappelait en effet son président Jean-Pierre Farandou, en avril dernier, le groupe se dote « d'un gène supplémentaire, celui de l'innovation et du digital car c'est ce qui en fera une marque mondiale ». « Au métier historique d’opérateur de transport, vient s'ajouter celui d'intégrateur de services de mobilité », assure de son côté son homologue chez Transdev.

La filiale de la Caisse des dépôts et de Veolia Environnement estime qu'il faut désormais conquérir les sommes jusque-là dépensées par les ménages dans l'automobile. Car si les transports publics représentent quelque 25 milliards d'euros chaque année – dont le tiers est financé par les utilisateurs –, l'ensemble des dépenses de transport des ménages, incluant l'achat et l'entretien des véhicules, représente lui 150 milliards. « C'est à ce monde-là à qu'il faut désormais s'adresser », insiste Jean-Marc Janaillac.

Logiquement, les deux groupes adoptent donc les codes des start-up. On parle d'ouverture des données, d'ouverture des API (interfaces de programmation) ou de partenariats noués avec des jeunes pousses jugées prometteuses…

C'est ainsi que Keolis vient de développer grâce à trois collaborations une application intégrée, utilisable tout au long du parcours client : « Plan Book Ticket ». Elle offre trois fonctions : planification (Plan), achat à distance (Book) et validation via deux technologies complémentaires qui sont le NFC et le code-barres 2D (Ticket).

Concrètement, Kisio rachète la solution NFC strasbourgeoise U'GO à la CTS, et se chargera de son évolution. Le réseau de Strasbourg sera d'ailleurs le premier à bénéficier de l'appli complète en avril ou mai 2016, chacun des trois modules étant indépendant. Voyages-sncf.com est par ailleurs intervenu dans la mise au point de la fonction d'achat, et Masabi, leader du M-ticketing pour le code-barres 2D. Le produit, commercialisé en marque blanche, prend ensuite le nom du réseau concerné. « L'extraordinaire pouvoir du digital, c'est de rendre les transports faciles, de donner de l'information en permanence et de fournir un service personnalisé, tout ce que souhaitent les clients », explique encore Jean-Pierre Farandou.

Moins focalisé exclusivement sur les services numériques, le groupe Transdev a identifié quatre champs d'innovation dans lesquels il a investi. Il y a d'abord les fondamentaux du métier, avec des outils comme Toucango – qui détecte les signes d'endormissement du conducteur – et AlterT pour signaler un incident en un clic. Il y a ensuite, l'expérience client, avec Transdev expérience client – service développé avec Colorado, le cabinet conseil spécialisé, partenaire notamment de Nespresso – qui aide les réseaux à se mettre à la place du client ; les nouveaux services, avec Fleetme – offre de covoiturage dynamique montée avec La Roue Verte – ou encore Split, service moderne de taxi collectif lancé fin mai à Washington, qui fonctionne sur un algorithme d’optimisation des trajets.

Il y a enfin l’intégration de services et le grand calculateur multimodal Triplinx lancé en mai à Toronto, une déclinaison d'Optimod' Lyon. A l'appui de sa stratégie, le groupe s'allie avec des start-up, noue des partenariats avec BPI Le Hub, et dispose de cinq pôles d’expertise digitale dans le monde. Il a aussi créé à Paris un incubateur, la Transdev Digital Factory, qui se focalise sur l’innovation de rupture. « La bataille des nouvelles mobilités sera rude, mais nous entendons bien y participer », insiste Jean-Marc Janaillac.

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