« La Normandie demande 650 millions d’euros à l’Etat »

Avec Hervé Morin, le président UDI de Normandie, Jean-Baptiste Gastinne, le vice-président chargé des Transports de la région, a rencontré le 18 février Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports. Ils lui ont proposé de prendre la main sur les Intercités sous réserve de contreparties.

Ville, Rail & Transports. Que proposez-vous précisément à l’Etat ?
Jean-Baptiste Gastinne. Nous demandons à être les autorités organisatrices sur les deux lignes les plus structurantes : Paris – Caen – Cherbourg et Paris – Rouen – Le Havre. Nous prendrons aussi le déficit de ces lignes, au total 12 millions d’euros annuels (dont 7 millions pour Paris – Rouen – Le Havre) d’après les estimations de la SNCF.

Mais en échange, nous voulons que l’Etat finance le renouvellement du matériel roulant car son état est le principal responsable de la dégradation poussée du service ferroviaire. L’Etat avait le projet de renouveler seulement les trains circulant sur la ligne Paris – Caen – Cherbourg. Nous lui demandons de prendre en charge le matériel des deux lignes. Nous évaluons l’investissement entre 600 et 700 millions d’euros (qui se diviserait en moitié entre les deux lignes).

VR&T. Comment voyez-vous votre rôle d’AOT ?
J.-B. G. L’Etat reconnaît qu’il n’a pas les services nécessaires pour remplir son rôle d’autorité organisatrice des Intercités. Nous pensons que nous serons une autorité organisatrice des transports plus efficace. Nous ne nous interdirons pas de réorganiser en profondeur nos transports à partir du moment où nous aurons la main sur quasiment tous les transports à l’exclusion des transports urbains. Avec notre futur schéma régional de l’intermodalité, nous pourrons jouer sur la complémentarité entre les modes.

Je voudrais préciser que prendre la main sur les Intercités, cela ne veut pas dire que nous allons les transformer en TER. Car aujourd’hui les recettes du TER financent seulement 30 % des dépenses. Avec les Intercités, nous voulons aboutir à un équilibre.

V R&T. Comment y parvenir ?
J.-B. G. Nous pensons qu’il sera possible en quelques années de se rapprocher de l’équilibre pour les deux lignes. Le déficit actuel est assez récent. Il pourra être réduit d’abord grâce à l’arrivée de matériels neufs. Les coûts de maintenance reculeront forcément, les roulements seront facilités et nous bénéficierons des effets de mutualisation du parc si nous exploitons du matériel homogène sur les deux lignes. Actuellement, nous disposons essentiellement de Corail datant de la fin des années 70 sur Paris – Caen – Cherbourg et en partie sur Paris – Rouen – Le Havre.

Le ministre a parlé d’un appel d’offres. Mais nous voulons regarder s’il ne serait pas possible de tirer sur un accord-cadre existant entre la SNCF et ses fournisseurs que sont Alstom et Bombardier. Ce qui nous ferait gagner quelques années. Et nous permettrait de répondre à l’urgence propre à la Normandie. Le ministre a évoqué Bombardier car nous devons utiliser des trains à deux niveaux, qui correspondent mieux aux quais un peu courts en gare de Saint-Lazare et en gare de Rouen.

VR& T. Que deviendra la ligne Paris – Granville ?
J.-B. G. Cette ligne fait l’objet d’une convention particulière. Assez curieusement, c’est la région Basse-Normandie qui avait acheté tout le matériel mais n’en était pas propriétaire. Elle représente à elle seule un déficit de 13 millions d’euros. Personne ne prétend que l’équilibre sera un jour possible. Mais c’est une ligne importante pour le sud de la Normandie. Nous allons essayer de l’étoffer en proposant par exemple un nouveau service vers le Mont-Saint-Michel.

Par ailleurs, dans les négociations que nous menons avec l’Etat, nous demandons à devenir propriétaire du matériel, y compris pour cette ligne.

Ainsi, le jour où les premiers tronçons de la Ligne nouvelle Paris – Normandie (LNPN) seront mis en service, dans une petite quinzaine d’années, nous pourrons peut-être vendre des trains pour en acheter d’autres susceptibles de rouler à plus de 200 kilomètres.

VR&T. Et la liaison Caen – Le Mans – Tours ?
J.-B. G. Le rapport Duron la considérait comme une anomalie du point de vue des Intercités. Nous devons en discuter avec les régions voisines.

VR&T. Comment percevez-vous la réaction du gouvernement à vos propositions ?
J.-B. G. Le ministre se montre très ouvert. Nous nous sommes donné un mois et demi pour aboutir. Nous avons conscience que c’est innovant. Et que cela pourra avoir valeur d’exemple pour les autres régions.

La région normande présente des spécificités en raison de ses liens avec Paris mais aussi parce qu’elle a été la grande absente de la modernisation du réseau ferré français.

Actuellement, l’état des voies ne nous permet pas de dépasser 200 km/h.

Nous ne pouvons pas attendre la réalisation de la LNPN pour renouveler le matériel. Pour l’instant, nous sommes la seule région à avoir fait ce type de propositions. Parce qu’il faut changer la donne. Nous avions annoncé que nous le ferions. C’est ce que nous sommes en train de faire.

Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

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