7500 km du réseau ferroviaire menacés selon le CCE de la SNCF

Selon un rapport du cabinet Degest, commandé par le CCE de la SNCF, c’est un minimum de 7 500 km de lignes du réseau…  

qui pourraient être rayés de la carte ferroviaire d’ici à 2020. Soit près du quart du réseau national. Commandé au cabinet Degest par le conseil économique du CCE de l’entreprise qui doit rendre son avis sur l’organisation de la nouvelle SNCF, le rapport évoque une « cure radicale » qui « pourrait être administrée au rail français ». Un dégraissage du réseau secondaire pour « concentrer l’offre sur les axes les plus denses et la grande vitesse ». Bref couper les petits vaisseaux pour sauver les grandes artères.

Comment Degest en arrive-t-il à ce chiffre impressionnant ? Il s’agit d’estimations, de « déductions logiques », concède Arnaud Emery, présentant les conclusions de son cabinet. Mais qui s’appuient, explique-t-il, sur un scénario classique : sur une ligne qu’on a laissée en mauvais état (le réseau secondaire accuserait une moyenne d’âge de 73,5 ans), par mesure de sécurité on doit multiplier les ralentissements. Face à l’allongement des temps de parcours, les clients préfèrent la voiture. Et face à une baisse importante de la fréquentation et à la non-rentabilité de la ligne, on conclut à la nécessité de sa mise sur route. Céline Simon, la secrétaire du CCE, d’évoquer par exemple le sort de lignes comme Bréauté – Fécamp en Normandie ou Sarreguemines – Bitche dans l’Est. Ou celui qui se profile pour la liaison Quimper – Nantes – Bordeaux – Toulouse, où 75 % du parcours est déjà soumis à des limitations de vitesse. Ce qui porte à cinq heures le temps du voyage contre trois heures et demie en voiture.

Sont menacées, selon le cabinet Degest, les petites lignes de ce réseau (dit « 7 à 9 » par l’UIC) qui est le moins circulé et représente en France la moitié du réseau national. On peut remarquer, que sur le total de 7500 km, il  y en a dès maintenant 5000 qui ne sont quasiment plus circulés : plus aucun train de voyageurs n’y passe, et les trains de fret y sont rares, voire inexistants. Ces lignes sont cependant un enjeu important pour les opérateurs de fret, de toute taille, qui, Europorte en tête, se mobilisent pour la survie du réseau capillaire.

Mais, selon le cabinet Degest, ce sont aussi les lignes des TET qui seraient menacées. Des relations pour lesquelles la seconde commission Duron devrait rendre prochainement ses préconisations. À terme (et avec la redistribution des cartes due à la nouvelle géographie administrative) leur entretien reviendrait aux régions. Qui avec ce nouveau fardeau sur les bras, alors qu’elles sont confrontées à des baisses de plus en plus importantes des dotations de l’État, risquent fort de se retrouver devant des choix douloureux.

Entretenant pour un certain nombre d’entre elles des rapports tendus avec l’opérateur public, qu’elles accusent notamment de manquer à la transparence des comptes ou encore de fermer des gares et des guichets sans les consulter, voire poussées par la SNCF elle-même, certaines peuvent être tentées de profiter des opportunités offertes par la loi Macron, qui ouvre le marché du transport collectif aux autocaristes privés. Et ceci alors même qu’elles avaient parfois, comme Midi-Pyrénées, Auvergne ou Aquitaine, fait le choix du ferroviaire en investissant dans de coûteux Plans Rail pour la modernisation de leur réseau régional.

Plus largement, c’est donc sur la cohérence des orientations des pouvoirs publics que s’interrogent les analystes. Les experts le relèvent en effet : si la fermeture de la partie la moins fréquentée du réseau contribuerait pour 229 millions d’euros aux 500 millions d’économie attendus par Bercy du seul gestionnaire d’infrastructure, ces liquidations ne permettraient pourtant de régler – via aussi, notamment, la réduction de 3 454 emplois – que 15 % du déficit structurel. Autrement dit, on peut se demander si le jeu de massacre ferroviaire en vaut la chandelle. En tout cas en termes d’aménagement du territoire, de service public et de qualité de l’environnement.

[email protected]

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *