Tours – Bordeaux : Jean Auroux réveille les tensions

Jean Auroux, qui est en train de boucler une dernière tournée des collectivités concernées par le passage de la future ligne à grande vitesse Tours – Bordeaux savait qu’il n’était pas sur un terrain facile : l’ancien ministre socialiste du Travail, envoyé en médiateur, cherche à démontrer aux élus locaux qu’ils doivent accepter de voir passer moins de trains que ce qu’ils espéraient en contrepartie de leur participation financière à la réalisation de cette ligne. Un compromis nécessaire, leur explique-t-il, pour ne pas aggraver la situation de la SNCF, qui rechigne à faire circuler des trains en raison de la cherté de la future ligne et du déficit d’exploitation qui devrait en résulter. La SNCF a déjà laissé entendre qu’elle reprendrait les préconisations de Jean Auroux, même si celles-ci se traduiront par un déficit pouvant aller jusqu’à 200 millions d’euros annuels.

Mais Jean Auroux a visiblement du mal à convaincre. Même ceux qu’il pensait être les plus favorisés par ses propositions. Ainsi, le 11 juin à Bordeaux, Jean Auroux a présenté ses préconisations pour les dessertes de l’Aquitaine. Les rencontres se sont pourtant déroulées « dans une courtoisie militante », a assuré le médiateur qui a toujours eu « le souci de trouver le juste équilibre » et estimé « les amplitudes horaires avantageuses ».

Il s’appuie sur trois types de parcours : trains sans arrêts, avec arrêts intermédiaires, ou à destination de Libourne, puisque les TGV doivent quitter auparavant la ligne nouvelle. Jean Auroux propose que Bordeaux bénéficie de 22,5 allers-retours par jour soit deux allers-retours supplémentaires par rapport à la situation actuelle et une desserte cadencée à l’heure et à la demi-heure en heure de pointe. Les Bordelais pourraient ainsi arriver à Paris vers 8 h, et les parisiens parvenir à Bordeaux vers 9 h. « Bordeaux, note-t-il, est très bien traité par rapport à une ville comme Lyon. »

Avec un gain de 25 minutes sans rupture de charge, les voyageurs montant à Libourne pourraient eux arriver dans la capitale vers 8 h 30 et repartir de la gare Montparnasse vers 17 h Soit quatre allers-retours quotidiens.

Partant du principe que les trains du sud doivent être connectés sur l’artère Bordeaux – Paris, avec environ un gain de temps d’une heure pour chaque destination, le médiateur suggère qu’Agen soit connecté à Paris à raison de cinq TGV dans chaque sens, que six TGV circulent dans le sens province – Paris et sept dans l’autre sens pour les Dacquois. Côté basque, il propose pour Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz et Hendaye, cinq TGV dans chaque sens, comme actuellement. Il en va de même pour Orthez.

Les parcours TGV pour Bordeaux et Agen seront assurés par les nouvelles rames Euroduplex Atlantique. 26 000 voyageurs par jour sont attendus en 2017, année de la mise en service de la ligne, soit l’équivalent d’une centaine d’Airbus.

« L’Aquitaine est bien dotée par rapport à d’autres régions », insiste Jean Auroux en reconnaissant qu’il y aura forcément des collectivités qui se sentiront lésées. Globalement, le médiateur juge que ses recommandations représentent « un compromis équilibré », appelant à la « raison et responsabilité » des collectivités pour reprendre leur financement.

Mais la région Aquitaine est loin d’être satisfaite. Dans un communiqué, Alain Rousset, le président du conseil régional, juge que « le compte n'y est pas ». Il constate que les « évolutions apportées dans le cadre de cette conciliation ne sont pas à la hauteur des attentes des territoires ».

De son côté, Lisea, société concessionnaire de la LGV, ne cache pas son mécontentement. La filiale de Vinci s'est dite « inquiète pour la réussite du projet » après ces préconisations, qui, selon elle, « ne prennent aucunement en compte les attentes exprimées ». Elle estime dans un communiqué qu'« une desserte ainsi dégradée est incompatible avec les ambitions d'une métropole européenne » comme Bordeaux. Laurent Cavrois, le président de Lisea souhaite relancer « les négociations avec tous les acteurs : SNCF, Etat et collectivités ».

Cela promet pour les prochaines rencontres avec des élus de villes censées être encore moins bien desservies par le TGV.

François-Xavier POINT, à Bordeaux
Avec Marie-Hélène Poingt

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