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Auteur/autrice : admin_lvdr

Transports publics suisses. Un exemple à suivre ?
Par Christoph Schaaffkamp et Andreas Wettig, consultants à Trans-Missions (Tours) et à KCW (Berlin) et Christian Desmaris, chercheur au Laboratoire Aménagement Economie Transports et enseignant à Sciences-Po Lyon. Alors que les transports publics en France sont soumis à une contrainte de financement de plus en plus rude et que leur modèle contractuel semble limiter les marges de progression à attendre, la Suisse, pays voisin, réussit à accroître l’attractivité des transports publics, et tout particulièrement des chemins de fer, tout en maintenant le coût pour la collectivité.
Quels sont les secrets de cette réussite durable helvétique ? Quels sont les enseignements possibles pour les décideurs en France ? Cet article propose quelques pistes fruits de réflexions croisées entre experts allemands, français et suisses.De la crise au renouveau
Comme dans le reste de l’Europe, les transports publics en Suisse ont connu une période de contraction jusque dans les années 1970. Après un tournant vers le milieu des années 1980, ils connaissent aujourd'hui un succès singulier.
Avec 22,3 %(1), la part de marché (en voyageurs-km) des transports publics en Suisse est une fois et demie supérieure aux parts de marché en France ou en Allemagne. La part du mode ferroviaire atteint pratiquement deux fois le niveau français ou allemand.
La Suisse détient même le record du monde de la distance parcourue en train (kilomètres par habitant et par année). Aujourd'hui, plus d'un Suisse sur deux est abonné aux transports publics (abonnement général ou demi-tarif).
Le succès auprès des voyageurs a été accompagné d'un progrès significatif dans la productivité : entre 1990 et 2013 le nombre train-km par agent a été multiplié par 2,3. Le nombre de voyageurs-km par agent a même été multiplié de 2,55. Les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF), l’opérateur ferroviaire historique principal, sont devenus une entreprise (société publique) profitable, notamment par le trafic de voyageurs, mais aussi, et pour beaucoup, par ses revenus immobiliers.Des clés de compréhension multiples
Un territoire relativement favorable aux transports publics
Les villes historiques denses, avec une haute qualité urbaine et des centres-villes habités, s’opposent à une croissance non maîtrisée de la voiture individuelle. Dans beaucoup de régions, la densité de population est favorable aux transports publics (moyenne nationale de 199 habitants/km²).
La Suisse manque d’espace. De ce fait, il n’y a pas d’acceptation pour un réseau autoroutier à 2×3 voies à travers tout le pays. La protection des paysages est revendiquée par tous les courants politiques et l’aménagement du territoire est un enjeu politique important. Les transports publics profitent de l’avantage de leur faible consommation d’espace.Une gouvernance politique efficace et le soutien des citoyens
Une organisation décentralisée des transports publics, y compris de son financement
L’organisation de la Suisse est très décentralisée. Beaucoup de décisions sont prises au niveau des communes et des cantons, qui disposent de leurs propres financements et ressources fiscales. Pour le ferroviaire, les cantons disposent de 48 % des moyens financiers (2010), en forte augmentation. En conséquence, les besoins locaux, en particulier de mobilité, sont mieux pris en compte. Il résulte aussi de ce fédéralisme décentralisé une plus grande proximité entre les entreprises de transports publics et leurs clients. Les citoyens peuvent participer à la définition de l’offre, ce qui renforce leur lien avec les transports publics. Du point de vue des politiciens, les modalités de financement dans les cantons rendent attractif d’investir localement et de façon visible.
La Suisse dépense beaucoup plus pour ses transports publics que tous les autres pays européens, en particulier en investissement. Ce fait doit être relié à une volonté politique favorable. Ainsi en 2013, le Parlement a doublé les moyens dédiés aux infrastructures ferroviaires (FAIF) à 6,4 milliards CHF (5,8 milliards d’euros), sans que ces moyens fussent discutés. Ce niveau de dépenses est très supérieur même si l’on tient compte du revenu moyen plus élevé. Ce fait traduit une volonté politique explicite et renouvelée, qui fait la différence avec les autres pays.
Grâce à ces moyens financiers, il est aussi possible de subventionner les transports publics afin de les rendre performants et abordables pour la plus grande partie de la population. Par conséquent, la population soutient le financement des transports publics dans sa globalité et pas seulement des projets isolés. La participation des citoyens aux décisions, leur propension à financer et leur satisfaction se renforcent mutuellement.Une participation systématique des citoyens à la politique des transports
La démocratie directe force le politique et l’administration à démontrer l’utilité de chaque projet et à le présenter avec un financement adapté. Dans la pratique, en matière de politique des transports, les besoins locaux et des petites évolutions ont plutôt prévalu sur les grands concepts technocratiques. Au niveau national, le mode de décision contraint les acteurs à présenter des projets qui profitent à tout le pays, comme l’illustre le développement de l’ambitieux programme « Rail 2000 ». Les référendums ont contribué à légitimer sur le long terme les décisions pro transports publics qui ainsi peuvent s’appuyer sur une acceptation large et stable.
La démocratie directe a aussi conduit à quelques décisions « abruptes », comme l’acceptation de l’Initiative des Alpes (ayant pour objectif la limitation du transit poids lourds dans les Alpes suisses, favorable au rail) par les électeurs, contre la volonté de la politique et l’administration.
Vraisemblablement, cette culture de participation renforce l’identification des citoyens avec les transports publics à tous les niveaux.Un paysage politique marqué par le consensus dans une société peu segmentée et moins dominée par l’automobile
Le système politique en Suisse est traditionnellement marqué par le consensus, qui conduit à rechercher des solutions acceptables pour une grande majorité, tant au niveau politique qu’administratif. En conséquence, il y a moins de revirements de stratégie, une plus grande stabilité au niveau des représentants politiques et une administration moins politisée.
L’écart entre les classes sociales est relativement peu développé. Par conséquence les transports publics ne souffrent pas de l’image de transport du pauvre et sont acceptés dans les classes moyennes et élevées jusqu’aux membres du Conseil fédéral, qui utilisent les transports publics.
Le paysage politique helvétique n’est pas marqué par l’industrie automobile et ses lobbyistes. Néanmoins la Suisse finance aussi des infrastructures routières, qui sont souvent motivées par la politique régionale.Un opérateur historique moins dominant que dans d’autres pays européens et animé par une culture d’entreprise en faveur de la qualité et du service aux clients
Les CFF n’ont jamais été une entreprise publique aussi dominante que les entreprises ferroviaires des autres Etats européens. Il existe depuis longtemps d’autres entreprises ferroviaires, avec une part de marché suffisante pour soutenir une « concurrence des idées » avec les CFF. Même s’il n'y a pas (ou très peu) de concurrence réelle(2), la possibilité de comparer sa performance aux autres opérateurs amène – au moins dans le contexte suisse – à se trouver moralement obligé de s'améliorer ! De ce fait, l’opérateur historique est très sensible à la satisfaction de sa clientèle et aux injonctions de son actionnaire, le Conseil fédéral. Il en résulte aussi une grande plasticité managériale et opérationnelle, facteur de gains d’efficacité et d’efficience productive.
En retour, l’attitude positive de la population envers les transports publics fait que les entreprises de transport public sont des employeurs attractifs et que leur place dans les budgets publics n’a jamais été a priori sources d’économies. Ils offrent de bonnes conditions de travail, y compris pour les postes en bas de la hiérarchie, mais demandent une haute productivité et une grande qualité de service rendu. Cela leur permet d’obtenir le concours d’employés qualifiés et motivés. Les employés sont perçus comme de véritables « ambassadeurs » des transports publics.
Les transports publics en Suisse ont aussi bénéficié du choix heureux de leurs dirigeants à des moments cruciaux. L’identification des directeurs des entreprises de transport à leur société fait que beaucoup de ces dirigeants sont aussi des utilisateurs enthousiastes de leurs services. Ainsi, personne dans la branche n’arrive en réunion en limousine avec chauffeur. Les réunions sont naturellement prévues en fonction de l’horaire des transports. La culture de management est productive et orientée au profit du système dans son entier. La recherche de la qualité et de l’innovation prévaut sur le résultat purement monétaire de l’entreprise.Le système ferroviaire : une infrastructure optimisée, une offre conséquente associée
à une tarification attractive et homogène et à une gouvernance publique coopérativeUn développement stratégique du réseau ferroviaire existant
Avec le programme « Rail 2000 », lancé en 1987, la Suisse a opté pour une stratégie d’investissement ferroviaire visant à maximiser la performance du réseau existant tant en termes de desserte de tout le pays, que de capacité et de vitesse porte à porte. Une planification très poussée de l’horaire et des correspondances simultanés permettent de cibler les investissements en fonction de l’offre souhaitée. Aujourd’hui, le réseau affiche une productivité élevée des CFF et une bonne robustesse de l’horaire.Un haut niveau de service à travers tout le pays
Afin de garantir l’irrigation de la totalité du territoire, la législation fédérale définit deux niveaux minimaux d’offre, en fonction de la population à desservir et de la fréquentation attendue. Chaque lieu avec au moins 100 habitants permanents doit être desservi. A partir de 32 voyageurs par jour, un minimum de quatre allers-retours quotidiens, du lundi au dimanche(3), est exigé. A partir de 500 voyageurs par jour, la cadence horaire est la norme. L’application de ces standards aux lignes de transport régional (rail et route) est exécutée par une commande conjointe de l’Etat et des cantons. Les cantons et/ou les communes sont responsables du transport local.
Le cadencement et les correspondances simultanées sont systématiques pour le réseau ferroviaire. Chaque ligne et chaque gare sont desservies par au moins un train par heure, la règle est même plutôt de plusieurs trains par heure. Ce niveau de desserte est également garanti dans les zones peu denses, comme par exemple dans le canton des Grisons (26 habitants au km²). Dans beaucoup de régions une mobilité sans voiture est devenue réelle.Une forte tradition suisse des services publics de qualité aussi valable pour les transports publics
Avec 87,7 % (en 2014), la ponctualité ferroviaire semble comparable à la France, mais pourtant ce chiffre traduit une réalité bien différente. La ponctualité des CFF est mesurée à 2 minutes 59 secondes à l’arrivée finale du client, en comprenant toutes les correspondances. La SNCF mesure la ponctualité à 5 minutes et par train, et la DB la mesure même à 5 minutes 59 secondes. Pour réaliser une telle qualité, les CFF stationnent des trains de remplacement dans les nœuds du réseau.
Les transports publics, permettant un très haut niveau de mobilité et garantissant une liberté de choix du moyen de transport, bénéficient d’une grande importance dans la société helvétique. La perception de l’Etat en Suisse repose sur une exigence de solidarité et vise à garantir à toutes les régions les mêmes chances de se développer. Par conséquent, les acquis de Zurich doivent aussi être accordés au canton des Grisons. Dans la pratique, cela conduit plutôt à un nivellement par le haut, qui renforce le maillage des transports publics sur l’intégralité du territoire.Une tarification attractive et homogène sur l’ensemble du territoire intégrant la totalité des réseaux de transports publics
Avec la tarification nationale unique « Service direct », l’abonnement demi-tarif et l’abonnement général, les transports publics proposent un prix attractif et sont perçus par l’usager comme un réseau global intégré.
Contrairement aux idées reçues, les transports publics sont moins chers en Suisse qu’en France ou qu’en Allemagne, si on les rapporte aux prix de la consommation ou au prix du PIB.
En outre, tous les billets sont des billets ouverts. Ils peuvent être utilisés sur tous les trains, pour tous les opérateurs sur une relation donnée, à chaque heure et sans réservation. Les clients réguliers sont privilégiés par un abonnement demi-tarif attractif (adulte : 185 CHF par an, soit 169 euros) qui offre 50 % de réduction sur tout billet de train, de transport urbain et interurbain. L’abonnement général permet l’utilisation libre de tous les transports publics en Suisse. La politique tarifaire vise explicitement à fidéliser la clientèle, au moyen d’abonnements. La billettique SwissPass, lancée en août dernier, apportera des facilités supplémentaires.
La grande majorité de la population helvétique utilise les transports publics. Environ 50 % de la population dispose d’un abonnement et, parmi eux, 450 000 ont souscrit un abonnement général (un Suisse sur vingt !). En plus, 25 % des Suisses utilisent les transports publics occasionnellement.Une gouvernance publique privilégiant la coopération et la contractualisation à la recherche de la concurrence
Une différence majeure avec la politique recommandée ailleurs en Europe réside dans la nature du couple coopération-concurrence. En Suisse, les réformes ferroviaires successives conduites depuis 1995 ont associé des exigences accrues, notamment en termes de qualité de service et de respect d’une contrainte financière sévère, à une contractualisation plus exigeante. Pour le transport régional de voyageurs, les CFF ont perdu le monopole légal et la concurrence dans la procédure d’attribution du marché est théoriquement possible, mais elle n’est pas sollicitée. Les cantons, décideurs et financeurs, préfèrent passer des conventions de service et d'objectifs exigeants avec l’opérateur historique. Ces conventions, de très courte durée (deux ans), sont basées sur la coopération, la confiance et la transparence. Les CFF, très intéressés par ces contrats, s’impliquent pour réaliser la qualité demandée par les cantons et les citoyens.
Quant au propriétaire des CFF, le Conseil fédéral, tout en respectant la liberté opérationnelle de l’entreprise, en encadre précisément l’activité par une contractualisation (dite « Convention sur les prestations »). Cette dernière est basée sur un pilotage stratégique fait d’objectifs clairs, précis et contrôlés et, par comparaison avec les attributions directes en France, financièrement contraignantes.Quelques conclusions sur les transports publics suisses
Le regain d’attractivité des transports publics pour le citoyen suisse est un fait indéniable. Les comparaisons avec l’étranger soulignent la singularité du succès de cette politique publique volontariste. Quels en sont les leviers les plus significatifs ? Cette analyse nous aura permis de les identifier, sans pour autant nous permettre d’en établir une hiérarchie totalement convaincante. Les facteurs explicatifs sont en fait interdépendants, parfois très fortement. Certains aspects sont autant une cause du succès constaté que son effet.
Au final, la question de la compréhension du « modèle suisse » de redressement des transports publics et des CFF, depuis le milieu des années 1980, reste encore à explorer.Quels enseignements pour l’organisation des transports publics en France ?
A l’évidence, les conditions géographiques et urbanistiques de la Suisse sont bien différentes de celles de la France et sa culture politique est spécifique. Néanmoins, le « modèle suisse » de transports publics nous autorise à suggérer cinq pistes d’amélioration des transports publics en France.
Poursuivre la décentralisation des financements et des compétences dans le transport public
La régionalisation des trains régionaux a été un succès reconnu dans une première période, avant que le manque de transparence et de progrès de la productivité de la SNCF en ait arrêté la trajectoire. Mais le plus grand succès se trouve dans le transport public urbain. Le versement transport s’avère un formidable levier pour les agglomérations qui peuvent ainsi réaliser nombre de leurs projets – avec, à la clé, un succès majeur, le renouveau du tramway en France. Sur ces bases, accordons aux régions le choix de l’opérateur ferroviaire et un financement propre pour le transport interurbain !Diversifier les entreprises ferroviaires afin de mettre en marche une spirale d’amélioration productive
La productivité de la SNCF (en train-km par agent) est aujourd’hui la plus faible des grandes entreprises européennes. Elle est deux fois inférieure à celle des CFF. En 1970 ce ratio n’était que 1,5. A l’ombre du succès formidable du TGV, les dirigeants de la SNCF et l’Etat en tant que propriétaire ont négligé la productivité du système dans son entier.
A l’instar de la Suisse, la France serait bien inspirée de réduire la prédominance de la SNCF dans le système ferroviaire. Un grand pas dans cette direction serait de créer des entreprises ferroviaires locales, auxquelles seraient transférées les infrastructures à vocation régionale et qui exploiteront les services ferroviaires et les gares. Une approche complémentaire serait de mettre en concurrence l’exploitation des lignes régionales (le moyen choisi par l’Allemagne). Au niveau de l’entreprise SNCF, les contrats de travail des dirigeants devraient inclure plus d’incitations à la productivité et à la qualité du service rendu.Investir dans le réseau ferroviaire existant, en associant gains de productivité et offre interconnectée
La politique d’investissement ferroviaire en France a été, depuis les années 1980, centrée sur la création de lignes nouvelles performantes, avec pour conséquence un désinvestissement dans le réseau existant. Il en a résulté des problèmes de qualité dans le réseau, qui est notamment un obstacle au déploiement d’une offre régionale performante et attractive.
L’exemple suisse montre qu’il est pertinent de développer le réseau classique en fonction de l’offre souhaitée. Bien souvent, de « petites mesures » ont un ratio coût/bénéfice particulièrement favorable – tel un signal reposé, un quai supplémentaire, un tronçon de voie double, ou encore, un tronçon de ligne rectifié.
Au niveau de l’offre, la politique de la SNCF visant à supprimer des trains en heure creuse, pour faire des économies, mais aussi la politique de certaines régions tendant à rajouter des trains, surtout en heure de pointe, a mis en péril la productivité du système, aujourd’hui très faible malgré le TGV.
La productivité élevée des CFF est pour partie le fruit du cadencement intégral, qui permet d’optimiser l’usage de ses moyens de production. Faire circuler un train en heure creuse est nettement moins cher qu’en heure de pointe ; le matériel et le personnel roulant étant disponibles et payés. Certaines régions en France, l’Ile-de-France, Alsace ou Rhône-Alpes, l’ont déjà bien compris.
La France a récemment décidé de réorienter ses investissements ferroviaires au profit du réseau classique, qui a accumulé des retards en matière de maintenance et de modernisation. La France pourrait s’inspirer du programme suisse « Rail 2000 » qui associe une offre performante (fréquence, correspondances) et des gains de productivité.
Mais l’enjeu majeur des années à venir est d’abord de gagner en productivité. La SNCF doit revoir son organisation productive et, tout particulièrement, son organisation du travail obsolète, voire son management, trop coûteux en charge de structure. Cette amélioration de la productivité permettrait notamment de mieux maîtriser l’évolution de la contribution des régions et rendre financièrement viable la poursuite de l’expansion de l’offre TER.Créer une tarification unique et attractive du système
Le système tarifaire en France est très éparpillé, avec des ruptures tarifaires à chaque changement de transporteur, ou presque. Cela décourage l’utilisation intermodale du système et la perception des transports publics par les citoyens comme un réseau unique. Le niveau tarifaire est très hétérogène, avec des tarifs très bas et d’autres assez élevés. En dehors des réseaux urbains, la tarification apparaît trop peu orientée vers la fidélisation de la clientèle.
Même si la France est un grand pays, la grande majorité des déplacements sont locaux. S’inspirant de la Suisse, le système tarifaire devrait aller vers plus de simplicité d’usage, plus de flexibilité et plus d’intermodalité. Il devrait aussi évoluer vers une tarification plus homogène, plus abordable et plus à même de fidéliser la clientèle. Une telle réforme aurait le potentiel d’amener de nouveaux clients dans les transports publics.Réécrire la gouvernance publique sur la base d’une plus grande coopération entre les acteurs et d’exigences accrues en faveur des clients et des contribuables
Le fonctionnement du système ferroviaire en France apparaît coûteux pour les finances publiques, avec au final, des résultats peu satisfaisants pour les clients (en dehors du TGV). La dérive constante des contributions régionales en faveur du TER et le manque criant de transparence en constituent une illustration éclairante.
La Suisse a basé son modèle sur la coopération et la transparence en exigeant des bons résultats de ses opérateurs, en termes de qualité et d’économie. Dans le transport urbain et interurbain, la concurrence est permise là où l’opérateur manque les objectifs convenus.
Il importerait, à l’instar de la Suisse, que les pouvoirs publics en France puissent réformer en profondeur la gouvernance publique de l’opérateur ferroviaire, pour la rendre plus incitative et plus responsabilisante. La qualité de la coopération entre les acteurs et l’exigence de la contractualisation nous apparaissent être des facteurs déterminants d’amélioration. La perspective de la concurrence en cas de manquement des objectifs devrait faire partie de cette gouvernance.
Souhaitons, pour conclure, que les acteurs du système de transports publics en France sachent se montrer, chacun, à la hauteur de ces défis. Leur avenir en dépend.(1) Eurostat, voyageurs-km en 2012, à comparer à 14,9 % en France, 14,7 % en Allemagne.
(2) La mise en concurrence est pratiquée (et obligatoire) dans le transport public routier en cas d’offres nouvelles et de modifications substantielles. Le canton de Berne est presque le seul à mettre en concurrence aussi des services existants.
(3) Exemple du canton de Berne, Ordonnance sur l'offre de transports publics du 10 septembre 1997, source : www.sta.be.ch/belex/f/7/762_412.html
Qui sont les auteurs ?
Christoph Schaaffkamp et Andreas Wettig sont consultants à Trans-Missions (Tours) et à KCW (Berlin).
Trans-Missions est une nouvelle société de conseil franco-allemande, crée par KCW et Beauvais Consultants, qui se positionne en tant que partenaire fort des autorités organisatrices de transport.
KCW est le leader allemand du conseil en stratégie et en management pour les transports publics. L’entreprise est forte d’une soixantaine d’experts : économistes, juristes, ingénieurs et géographes.
Christian Desmaris est quant à lui chercheur au Laboratoire Aménagement Economie Transports (Laet) qui s'inscrit dans une tradition de recherche en économie des transports et en aménagement du territoire. Le LET est rattaché au CNRS, à l’Université Lyon 2 et à l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat (ENTPE). Ses travaux questionnent les relations entre transports, territoires et société. Pluridisciplinaire, il associe l’économie, l’ingénierie, la géographie, la sociologie et la science politique.Sources :
Bonnafous Alain, 2013. A quel prix, la réforme ?, Ville, Rail & Transports n° 548, 30-33.
Desmaris Christian, 2014. La régionalisation ferroviaire en Suisse : la performance sans la compétition. Un exemple pour la France ? Revue Politiques et management Public, 31/2, Avril-Juin, p. 169-191.
KCW : recherches et activités de conseil en Suisse.
Statistiques : Eurostat, Statistique Suisse (OFS), Insee, Medde (les comptes des transports), Destatis et DIW (Verkehr in Zahlen)
Litra, service d'information pour les transports publics (www.litra.ch)Intercités : la grande peur d’un appel d’offres
Rendez-vous le 18 février a répondu Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports, au député Les Républicains Frédéric Reiss. Le député du Bas-Rhin s'inquiétait dans une question posée le 20 janvier au gouvernement de futures commandes de nouveaux trains Intercités.
Le 18 février, donc, le gouvernement devrait présenter une nouvelle feuille de route pour les TET. A cette occasion, Emmanuel Macron et Alain Vidalies devraient trancher entre deux options : l'utilisation des contrats-cadres TER ou un nouvel appel d'offres. Voire combiner les deux. Alain Vidalies a rappelé dans sa réponse à Frédéric Reiss les difficultés juridiques que pourrait poser le recours aux contrats-cadres Régiolis (Alstom) et Regio 2N (Bombardier) pour un matériel nouveau, aux caractéristiques différentes d'un TER, notamment en termes de vitesse. Question en cours d'examen à la DGITM, la Direction générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer, du ministère du Développement durable.
En fait, selon un article du Figaro paru le 20 janvier au soir, le ministre aurait d'ores et déjà tranché. Et le gouvernement s'apprêterait à lancer un appel d'offres.
« Si cette information était confirmée, ce ne serait pas une bonne nouvelle », dit à VR&T Jacques Beltran, directeur Commercial France d'Alstom. Qui plus est, il juge « fausse » l'estimation rapportée par Le Figaro, selon laquelle le décalage entre une levée d'options et une nouvelle commande serait de 18 mois seulement. Selon lui, « la conception d'un nouveau train prendra au moins trois ou quatre ans de plus. Il faut en effet, rappelle-t-il, tenir compte d'abord du délai de définition du besoin par SNCF, de rédaction, de lancement et de déroulement de l'appel d'offres, des études de conception des constructeurs afin de répondre à ces besoins, et enfin du temps d'homologation des matériels. » Conclusion : « En cas de levée d'option, les premiers trains pourraient arriver dans trois ans, dans l'autre cas il faudrait attendre six ou sept ans. » Délai qu'on peut même juger optimiste, la SNCF, sur son site, allant jusqu'à estimer à près de huit ans (91 mois) la mise au point d'un nouveau train.
Des sites d'Alstom ou de Bombardier, dont le plan de charge s'effondre à partir de 2017, seraient en ce cas menacés. On évoque surtout l'usine Alstom de Reichshoffen (Bas-Rhin).
Laurent Bouyer – qui a pris le 1er janvier ses fonctions de président de Bombardier Transport France – précise avant tout qu'il « n'est pas sûr qu'il y ait un appel d'offres, et que la décision du gouvernement soit vraiment prise ». Mais, en cette hypothèse dit-il diplomatiquement il serait « un peu déçu ». Car, des produits nouveaux – Régiolis et Regio 2N – « ont été mis sur le marché à la suite de beaucoup d'investissements publics de la part de l’Etat comme de la SNCF. Le développement d'un train c'est 300, 400 ou 500 millions. Il serait plus intéressant de poursuivre sur les plateformes ». Laurent Bouyer estime d'autre part qu'un appel d'offres s'annoncerait complexe, et serait « à géométrie variable, car un train pour Paris – Caen – Cherbourg ne sera peut-être pas de même nature que certains trains conçus pour d'autres lignes analysées dans le rapport Duron ».
Une telle décision, qui irait selon lui « à l'encontre de la dynamique jusqu'à présent observée d'utiliser les plateformes, ferait qu'il n'y aurait pas de TET avant 5 ou 6 ans, alors qu'autrement on s'inscrit dans la continuité de la chaîne industrielle. Toute la supply chain serait affectée. Et, si à l'issue de cet appel d'offres Bombardier était retenu, cela ne résoudrait pas le problème de plan de charge qui se présente entre 2017 et 2019 ».
Analyse proche de celle d'Eric Tassilly, PDG de Knorr-Bremse France. Lui aussi estime que « si tous les ministères ne sont pas alignés, on peut redouter le lancement d'un appel d'offres. On le regrettera, dit-il, au niveau de la FIF et de Fer de France, qui ont sensibilisé les pouvoirs publics sur le creux de plan de charge à partir de 2017. »
Et, précise-t-il, si la situation est critique pour les intégrateurs, elle ne peut manquer d'avoir des conséquences très dures pour les équipementiers. Quant à l'invite qu'on fait aux industriels de partir à la conquête des marchés internationaux où le transport est en pleine croissance, elle est un peu courte quand on a des sites à faire tourner en France, puisque « dans le monde entier on est face à l'exigence de localisation de la production ». Lui aussi, « en temps que contribuable », se demande s'il est bien judicieux de dépenser plusieurs dizaines de millions d'euros pour développer une nouvelle plateforme.
Le malheur des uns fera-t-il le bonheur des autres ? CAF ou Siemens devraient se féliciter du lancement – hypothétique – d'un appel d'offres qui leur donnerait de nouvelles chances sur le marché ferroviaire français. Tous deux ont des trains Intercités déjà développés. Ils n'auront pour autant pas partie gagnée, les particularités nationales, qui sont un des obstacles énormes au développement du ferroviaire, font qu'il n'est jamais question d'acheter un train sur étagère…
Surtout, pour de mauvais esprits, la vraie raison d'un choix gouvernemental en faveur d'un appel d'offres serait de gagner du temps sur les investissements à consentir, aujourd'hui estimés à 1,5 milliard d'euros. « La SNCF a peu d'appétence, l’Etat procrastine », résume un observateur. C'est aussi la crainte d'un de nos interlocuteurs : « En terme d'aménagement du territoire, on peut se poser des questions sur la volonté de l’Etat de maintenir en vie les TET qui, en l'attente d'un renouvellement une fois de plus différé, risquent d'attirer de moins en moins de monde. »
F. D.
Des fournisseurs de la SGP victimes d’un bug de paiement
Sociétés d'ingénierie, cabinets d'architectes, tout le monde est content de l'avancée du Grand Paris. C'est ici qu'on investit, c'est ici qu'on travaille. Mais c'est bien joli de travailler, encore faut-il être payé. Et c'est un vrai problème. Sous couvert d'anonymat, de grandes sociétés d'ingénierie ou des cabinets d'architectes se plaignent de ne pas être payés par la SGP. Ce sont en tout des dizaines de millions qui seraient en attente de paiement. L'un d'entre eux nous dit cependant que l'affaire est pour son groupe en voie de règlement. De tels retards étonnent tout de même. Car si une entreprise publique a aujourd'hui de l'argent, c'est bien la SGP. Que se passe-t-il ? A notre connaissance, la SGP a voulu se doter d'un logiciel de comptabilité « top de chez top »… qui nécessite tout de même quelques développements selon les besoins de chaque société qui en fait l'acquisition. Manque de chance pour tout le monde : en 2015, la SGP a surtout connu les bugs du logiciel customisé. Et a dû s'atteler au célèbre déverminage qui fait la joie du monde informatisé.
Contactée, la SGP nous a fait parvenir la mise au point suivante : « La Société du Grand Paris a conscience de la situation difficile de certains de ses prestataires. Ses équipes sont pleinement mobilisées en vue de résoudre les problèmes administratifs de gestion qui ont affecté ses paiements en 2015, dans un contexte de montée en charge très importante de son activité.
En effet depuis 2012, le nombre de factures payées par la SGP double chaque année et s’établit à plus de 7 100 en 2015, nécessitant une adaptation significative de ses effectifs. Ainsi, sur les trois derniers mois de l’année, la SGP a réglé 3 000 factures montrant ainsi sa détermination à solder les arriérés. Forte d’une trésorerie robuste, la SGP a accéléré ses paiements depuis le début 2016, après la clôture comptable de l’exercice, avec l’objectif de solder intégralement tous les arriérés au début du mois de mars.
Avec déjà 800 millions d’euros de marchés engagés, la Société du Grand Paris entend soutenir le développement économique et la création d’emplois. C’est pourquoi elle s’attache à mettre en place des process et des méthodes de travail pour nouer une relation de qualité avec l’ensemble de ses prestataires. »F. D.
La SNCF en panne de signature
Les membres du service Communication de la SNCF sont restés deux fois sur leur faim en ce début d'année. On devait leur présenter la nouvelle signature de l'entreprise mais la présentation a été par deux fois ajournée. Manque de chance ou amateurisme, des vérifications in extremis ont montré que la signature proposée par l'agence TBWA était déjà prise par deux entreprises dans le monde. On dit Guillaume Pepy furieux. Le président de la SNCF, interrogé par VR&T, minimise sa déconvenue. L'essentiel selon lui, c'est que « la SNCF n'avait pas de signature depuis plusieurs années et va en avoir dans les jours ou les semaines qui viennent ». La SNCF, après son célèbre « SNCF, c'est possible », avait eu pour signature « Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous », puis « A nous de vous faire préférer le train ». Bernard Emsallem étant directeur de la Communication, elle avait choisi « Des idées d'avance », que Patrick Ropert avait cessé d'utiliser sans souhaiter la remplacer. C'est avec l'arrivée de Christophe Fanichet à la tête de la Communication que la SNCF a chargé son agence favorite de lui trouver un nouveau slogan. Suspense…
F. D.
Valls veut présenter le financement d’Eole le 6 février
Les travaux du prolongement d’Eole à l’ouest doivent commencer cette année. Jacques Rapoport les cite en bonne place dans la liste de travaux prévus par SNCF Réseau pour 2016. Il est temps. Il est même tard car, si dans les discours on s’en tient aux dates annoncées – tunnel entre Saint-Lazare et La Défense en 2020, aménagement de la ligne classique jusqu’à Mantes en 2022 – ce calendrier est intenable. Mais le projet avance. La signature du contrat entre la SNCF et Siemens, fournisseur retenu pour le nouveau système d’exploitation Nexteo, aura lieu le 10 février. Pour les nouveaux trains – le RER 2N NG – le dossier d’instruction du matériel progresse aussi. Il faut dire qu’on en est au troisième appel d’offres… Guillaume Pepy a parlé le 20 janvier devant la presse d’une « mégabataille entre CAF et le consortium Alstom/Bombardier ». Tiens ! On croyait qu’il y avait trois candidats… Mais Siemens, qui était de la partie, a jeté l’éponge.
Reste le gros de l’affaire. L’infrastructure. Et la convention de financement de l’ensemble du projet, tant attendue depuis tant de mois… Manuel Valls a, dit-on, demandé au préfet d’Ile-de-France, en charge du dossier, de le boucler pour le 6 février. Jean-François Carenco doit donc trouver, grosso modo, 500 millions qui manquent sur un total de 3,5 milliards d’euros. L’histoire ne dit pas pourquoi ni comment Paris, qui depuis des mois rechigne à verser la forte contribution attendue, va se décider à le faire dans les jours qui viennent. Cela dit, le 6 février apparaît comme une date idéale : ce sera le jour d’inauguration de la nouvelle gare Rosa-Parks (dont la mise en service a eu lieu le 13 décembre), au nord-est de Paris, sur le RER E précisément. En présence de Valérie Pécresse, la nouvelle présidente de région, Anne Hidalgo, la maire de Paris, Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports. Et de Manuel Valls. Occasion rêvée pour le Premier ministre de faire une annonce décisive sur le projet prioritaire de la SNCF et du conseil régional d’Ile-de-France.
F. D.
2016, année du doublement du low cost pour la SNCF
2015 marque le retour à la croissance pour le TGV en France, de façon certes très modeste (0,4 % d’augmentation du trafic) mais cette progression fait suite à trois années de recul. Pour la SNCF, c’est le signe que la politique des petits prix mise en place en 2015 porte ses fruits. « C’est ce que nous voulions, retrouver du trafic en acceptant une baisse du panier moyen. Nous avons été très activistes en termes d’actions commerciales », résume Rachel Picard, la directrice générale de Voyages SNCF.
Ainsi, le TGV 100 % Prem’s a gagné 8 % de clients, en transportant 9,7 millions de voyageurs l’année dernière. L’extension de Ouigo, le TGV à bas coûts, a été bien reçue avec 60 000 voyageurs acheminés sur le seul mois de décembre, malgré les attentats, sur les nouvelles destinations ouvertes à la fin de l’année vers Tourcoing, Rennes et Nantes. Ou encore Ouibus, qui a accueilli 267 000 passagers l’année dernière, avec « une forte montée en puissance entre octobre et décembre ». Notons encore du côté innovations « communautaires », les TGVpop, lancés après vote des internautes, ont permis de faire rouler 180 TGV sur les 200 proposés. Avec un taux de satisfaction de 90 %.
2016 marquera donc une accélération vers le low cost pour conquérir encore plus de nouveaux clients. Concrètement, la SNCF va doubler son offre de billets à petits prix. Pour cela, elle va utiliser deux armes : le car longue distance qu’elle exploite via la compagnie Ouibus et le TGV à bas coûts Ouigo, pour lequel elle vise 6 millions de voyageurs en 2016 après les 3,5 millions acheminés en 2015.
« Le marché global de la mobilité est en croissance. Nous devons conquérir l’entrée de marché, et coincer le covoiturage entre le bus et le TGV », indique Rachel Picard. Selon elle, le covoiturage ne va pas changer structurellement le marché demain. Il se fera distancer par les bus (moins chers mais plus lents), prédit-elle. Elle estime aussi que le covoiturage devrait surtout se développer sur les petites distances, précisément là où la SNCF s’est positionnée avec iDVroom.
Ces baisses de prix tous azimuts (même si le prix plafond augmente) concernent aussi le TGV classique. Dans ce but, la SNCF va changer sa pratique du yield management, qui consiste à faire monter les tarifs à fur et à mesure que la date de départ approche et en fonction de l’offre et la demande. Désormais, la SNCF va davantage se focaliser sur le taux d’occupation, qui est actuellement de 65 % sur TGV classique (contre 95 % sur Ouigo). Autrement dit, elle proposera plus de petits prix plus longtemps, même si la date du voyage approche. « Mais ce sera toujours moins cher pour ceux qui anticipent longtemps à l’avance », précise Rachel Picard. Cela devrait permettre de mieux remplir les trains.
Autre changement, qui est aussi la contrepartie de la multiplication des petits prix, la SNCF va rendre payants les échanges de billets, actuellement dans la plupart des cas gratuits. A partir d’avril, elle appliquera des frais de 5 euros, qui grimperont à 15 euros si le changement est fait la veille du départ. Cela devrait permettre d’éviter que trop de places restent finalement vides quand le train est censé être complet (et cela concernerait 17 % clients qui procèdent à des échanges de dernière minute). Cette mesure ne touchera pas en revanche les tarifs pro, plus élevés, qui ont droit à plus de souplesse.
Mais la conséquence de cette politique du petit prix, c’est que le TGV qui n’était déjà plus rentable depuis quelques années, risque de l’être encore moins. Cela malgré le plan d’économies mis en place. « L’objectif était d’économiser 80 millions d’euros en 2015, après une centaine de millions économisées l’année précédente. Nous serons au-dessus de nos objectifs », affirme Rachel Picard.
Reste donc à la SNCF à déterminer dans quelle mesure elle veut développer Ouigo et les bus et dans quelle mesure cela se fera au détriment de ses TGV Classiques. Car la progression de Ouigo (+15 % entre Paris et Marseille l’année dernière) se fait pour moitié par l’arrivée de nouveaux clients et pour l’autre moitié par cannibalisation du TGV classique.
Cette question n’est pas nouvelle, même si elle a été encore une fois posée lors d’un conseil d’administration le 22 janvier dernier. Mais elle permet d’envoyer des signaux et de gagner un peu de temps alors que l’année qui s’ouvre est cruciale du point de vue social.
Des signaux vis-à-vis de l’Etat actionnaire avec lequel elle doit signer un contrat de performance qui se fait attendre. Des signaux aussi pour rappeler que le TGV n’arrive pas à générer un cash flow suffisant pour compenser les investissements très élevés qu’il nécessite et le coût des péages qui augmentent.
En conséquence, la SNCF prévient qu’elle va encore une fois déprécier ses actifs, à une hauteur supérieure à celle décidée il y a deux ans et qui s'était élevée à 1,4 milliard d'euros.
Valérie Pécresse réaffirme ses priorités transports…
En présentant ses vœux en tant que nouvelle présidente du Stif, Valérie Pécresse a tenu un discours assez offensif, conforme à son programme. On va faire ce qu'on a promis. Premier écueil qui se présente, le financement du passe Navigo unique à 70 euros. Valérie Pécresse a tout de suite supprimé, comme elle l'annonçait dans son programme, la réduction de 75 % consentie aux sans-papiers, ce qui permet selon ses calculs d'économiser 42 millions d'euros. Mais on est loin du compte. Selon la présidente du conseil régional d'Ile-de-France, il y a un trou de 300 millions, « ardoise laissée par nos prédécesseurs ». Comme le gouvernement, dit-elle, en était parfaitement conscient, elle lui demande « d'assumer ses responsabilités » (voir article dans cette même Lettre). La présidente fait aussi une priorité de la renégociation des contrats signés entre le Stif et les opérateurs.
Conformément à son programme, Valérie Pécresse va « remplacer tous les trains anciens par des trains neufs ou rénovés ». Valérie Pécresse pense que « grâce à notre plan la moyenne d'âge des trains circulant en Ile-de-France passerait de 26 ans aujourd'hui à 10 ans en 2021 et 40 % des rames auraient moins de cinq ans ». Elle va commencer par « mobiliser des options qui existent sur certains marchés en cours : 159 rames de Francilien (trains à un niveau), plus d'une trentaine de MI 09 et 42 Regio 2N (trains à deux niveaux) ». Mais, pour aller au-delà, notamment pour le pilotage automatique des RER sur les tronçons centraux, le volontarisme de Valérie Pécresse rencontre un certain scepticisme. Pas sur la légitimité, mais sur le calendrier. Car l'automatisation, passera par le recours à Nexteo. Or, le système d'exploitation ne fonctionnera pas sur les trains existants, mais sur les nouveaux trains RER 2N NG dont la commande n'est pas encore passée. Les premières rames équipées du nouveau système sont attendues pour 2022. On ne fera pas l'économie d'un an de déverminage. Les trains automatiques ne pourront sans doute équiper les RER qu'à la fin du mandat de la présidente qui, si elle n'est pas réélue, aura fait preuve d'une belle abnégation.F. D.
Ségolène Royal envisage de nouvelles ressources pour l’Afitf…
A l’occasion des vœux du Gart (Groupement des autorités responsables des transports) le 20 janvier, Ségolène Royal est venue apporter quelques espoirs à ceux qui se demandent comment ils feront pour financer leurs infrastructures de transport à l’avenir. La ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie a proposé d'augmenter la taxation du gazole afin de dégager des ressources pour l’Afitf (Agence de financement des infrastructures de France).
« Compte tenu de la baisse du prix du pétrole, il est tout à fait normal que le gazole participe avec une taxe supplémentaire à l'abondement de l'Afitf », a-t-elle expliqué, évoquant 200 à 300 millions d'euros par an, qui pourraient provenir d'une augmentation de la contribution climat énergie (ou taxe carbone) prélevée sur le gazole. « On pourrait anticiper cette hausse dès cette année, sans attendre 2017. Je l’ai demandé au gouvernement et j’ai bon espoir que cela soit accepté », a-t-elle ajouté.
Seul problème : elle n’est pas la seule à formuler une telle demande. Devant la baisse du prix des carburants (le prix du baril est passé de 38 dollars en décembre à environ 32 dollars actuellement), tous les secteurs se pressent pour plaider leur cause et demander à Bercy de percevoir une partie du bénéfice via une hausse de la fiscalité devenue indolore.
M.-H. P.
Paris : panne inédite sur une ligne automatique
En plus de quatre ans, depuis le démarrage de l’exploitation en mode automatique sur la ligne 1 du métro parisien, on n’avait jamais assisté à un tel incident que la RATP qualifie de « tout à fait unique et exceptionnel sur une ligne automatique ». Du moins à Paris. Toujours est-il que le vendredi 22 janvier, de 17h jusqu’à la fin de service, l’ensemble du trafic de la ligne 1 du métro a été interrompu. « Une panne des systèmes d’échange avec les trains est à l’origine de l’incident », indique la RATP. Or la liaison entre les navettes et la voie étant par définition à la base du système CBTC de contrôle de la marche des trains, cette marche s’arrête automatiquement quand il n’y a plus de commande. En pratique, le courant de traction s’est coupé, immobilisant les 41 rames alors en service, en station pour la plupart, mais aussi sous tunnel pour 16 d'entre elles. Malgré la coupure du courant de traction, les voyageurs des rames en tunnel ne se sont pas retrouvés « dans le noir », l’éclairage de secours prenant le relais. Quant à la communication entre les voyageurs et les agents de la RATP au PCC gérant la ligne 1, elle restait assurée par le système sonore embarqué.
Après une première heure consacrée à résoudre le problème, la priorité a été donnée à l’évacuation des voyageurs restés bloqués dans les rames, opération menée par une centaine d’agents RATP mobilisés à cette fin. Sous l’encadrement de ces agents, les voyageurs (un petit millier par rame) ont pu cheminer jusqu’à la station la plus proche. « A 19h38, toutes les navettes avaient pu être évacuées », indique la RATP, en précisant que l’opération s’était passée « dans le calme ».
En coopération avec Siemens, fournisseur des automatismes de la ligne 1, les équipes de maintenance de la RATP ont procédé toute la nuit du 22 au 23 janvier aux vérifications de l’ensemble des systèmes et aux interventions nécessaires pour permettre au trafic de reprendre dès le lendemain. Une fois les rames acheminées manuellement, deux heures ont été consacrées aux essais le samedi matin, permettant au trafic de reprendre rapidement dans des conditions nominales à 8h30. Reste à déterminer ce qui a causé le problème de liaison voie-trains vendredi soir : « une analyse est en cours », indique la RATP.
P. L.
Savary espère que la concurrence dans le ferroviaire va arriver par les régions
Pour Gilles Savary qui s'exprimait lors des vœux d'Avenir Transport, le 19 janvier, association qu'il préside avec Alain Gest (député LR de la Somme), la concurrence dans le ferroviaire est décidément « un sujet évanescent ». Et le député PS de la Gironde ne compte plus sur la Commission européenne pour le faire avancer. En, revanche, il se demande si les nouvelles et vastes régions françaises ne vont pas sauter le pas. Il a rappelé que, selon lui, il n'était nullement nécessaire de transposer le règlement européen autorisant la concurrence dans une loi française. Et qu'un président de région peut franchir le pas dès maintenant. Gilles Savary, qui considère cette ouverture comme une « nécessité absolue », pense qu'elle aura le mérite « de se mettre au clair avec tous les fantasmes » d'un transport TER qui ne serait pas cher. Et permettra à la SNCF de ne plus servir de bouc émissaire.
F. D.