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Catégorie : Toute l’actualité transports & mobilités
Retrouvez les dernières informations liées aux grands enjeux des transports, (ferroviaires, urbains, réseaux…).
L’Europe se penche sur la compétitivité de son industrie ferroviaire
Cela fait longtemps que l’industrie ferroviaire européenne se plaint d’un marché trop ouvert aux concurrents des pays tiers sans que la réciproque soit vraie. En toile de fond notamment : les craintes suscitées par la récente mégafusion des deux principaux constructeurs ferroviaires chinois CNR et CSR, et la naissance d'un géant qui ne cache pas sa volonté de cannibaliser les marchés de l'Union. Le Parlement européen se penche sur la question et devrait interpeller la Commission lors d’une prochaine session plénière. Il prépare également une résolution dans laquelle la rapporteure – la socialiste Martina Werner – veut aussi mettre en évidence la nécessité de faciliter l’accès aux aides pour les PME du secteur. D’après Martina Werner, un premier projet sera prêt d’ici janvier et la version finale du texte sera adoptée en commission de l’Industrie le 7 avril prochain.
Isabelle SMETS
Un Monsieur Sécurité pour toute la SNCF
Ebranlée par le déraillement du TGV d’essais du 14 novembre, venu s’ajouter à l’accident de Brétigny (2013) et à celui de Denguin (2014), et à de trop nombreux incidents engageant la sécurité, la SNCF réagit. La nomination d’un « Monsieur Sécurité » ayant autorité sur les trois Epic (Epic de Tête, SNCF Réseau et SNCF Mobilités) est imminente et devrait être annoncée une fois que le ministre des Transports, Alain Vidalies, aura reçu, à leur demande, l’ensemble des syndicats sur la sécurité. Les premières rencontres ont eu lieu vendredi et la dernière, avec SUD, devait avoir lieu cette semaine dans la foulée.
Guillaume Pepy avait évoqué jeudi devant les syndicats la mise en place d’un pilotage de la sécurité qui aurait une triple mission dans chacun des trois Epic et serait sous l’autorité directe du directoire de l’entreprise. Une architecture dont il faut d’abord s’assurer qu’elle est compatible avec les exigences de Bruxelles en matière d’indépendance des Epic.
Une première salve de trois mesures avait été parallèlement annoncée jeudi. Le directoire de la SNCF avait alors décidé de recentrer les dirigeants de proximité sur le travail de terrain, de demander aux cadres opérationnels un rapport remontant immédiatement à une autorité nationale sur chaque incident de sécurité, et de faire de la sécurité le seul objectif de performance des dirigeants.
Gilbert Garrel, le secrétaire général de la CGT Cheminots n'a pas directement commenté ces mesures, mais, en sortant de sa réunion avec le ministre, il a rappelé, pour Ville, Rail & Transports : « Après Brétigny, Guillaume Pepy avait déjà assuré qu'il allait "abaisser le centre de gravité", en donnant plus de moyens au niveau de la production. Dans les faits, c'est le contraire qui se met en place. Avec les seuls effectifs disponibles, on pourrait très bien redisposer l'encadrement dans l'entreprise. Or, c'est reparti à l'envers. » Selon le dirigeant syndical, la réunion avec Alain Vidalies a permis d'apprendre au ministre des « choses qu'il ne savait pas : entre mars 2014 et novembre 2015, 7 000 emplois ont disparu au niveau ouvriers/techniciens/employés mais il y a 1 000 cadres en plus. Or, quand on décline le nombre des cadres dans les établissements, on constate que le nombre de cadres a diminué sur le terrain. Au profit donc des directions centrales. »
F. D. et Ch. B.

Valérie Pécresse : « Le Stif tel qu’il est conçu ne fonctionne pas »
Ville, Rail & Transports. Achats massifs de nouveaux RER, important renforts de l'offre bus, création d’une écotaxe régionale poids lourd, utilisation du passe Navigo unique comme support de nouveaux services… On a le sentiment, en ce qui concerne les transports, qu’il n’y a pas énormément de différences entre votre programme et celui de Claude Bartolone. Qu'est-ce qui vous sépare vraiment ?
Valérie Pécresse. Il y a quand même deux énormes différences : la première, c’est le bilan de la gauche qui a géré la région pendant 17 ans. C’est aussi celui de Claude Bartolone, il se dit fier de l’assumer. Qui peut dire aujourd’hui que les transports fonctionnent mieux qu’il y a cinq ans par exemple ? Moi, je suis cohérente. Je dis qu'il faut tout changer et j'estime que le bilan n’est pas bon…« Moi, je suis cohérente. Je dis qu'il faut tout changer et j'estime que le bilan n’est pas bon… »
Il faut en tirer les enseignements pour la suite. La deuxième différence, c’est la question du financement : mon projet est intégralement financé, sans augmentation d’impôts grâce à un grand plan antigaspillage et de meilleure gestion, que je suis la seule à proposer.
VR&T. En quoi le bilan n’est-il pas bon selon vous ?
V. P. Peut-être parce que le Stif tel qu’il est conçu ne fonctionne pas. Le Stif doit devenir une autorité responsable de toutes les mobilités, ce qu'il n'est pas. Il faut qu’il gère le vélo, les taxis et le stationnement. Le stationnement, c’est un sujet majeur. Les gens ne « lâcheront » pas leur voiture en grande couronne s'ils n'ont pas de parkings, soit aux entrées de Paris, soit dans les gares. A celui-ci s'en ajoute un autre : nous avons un vrai problème de suivi des marchés publics. Voilà pourquoi, pendant 17 ans, cela n’est pas allé assez vite et nous avons eu beaucoup de mal à dépenser nos crédits.« Les gens ne "lâcheront" pas leur voiture en grande couronne s'ils n'ont pas de parkings, soit aux entrées de Paris, soit dans les gares »
De même, je trouve que les bonus-malus des opérateurs doivent être correctement calculés : il faut instaurer beaucoup plus de malus pour non-respect de la ponctualité et des engagements. Les usagers sont au bord de la crise de nerf. La SNCF et la RATP les appellent des clients mais, si ce sont vraiment des clients, il faut faire des gestes commerciaux. Ce qui m’a le plus choquée c’est le RER A : on ne peut pas avoir une ligne qui dysfonctionne toute l’année et qui est coupée l’été sans faire un geste commercial. Si les lignes sont coupées l’été, et je pense qu’il va falloir malheureusement le faire souvent pour réorganiser les RER, il faut des baisses tarifaires.
« On ne peut pas avoir une ligne qui dysfonctionne toute l’année et qui est coupée l’été sans faire un geste commercial »
Donc globalement, il y a un bilan à tirer du fonctionnement du Stif. Il est trop administratif, ne délègue pas assez, n’est pas assez proche des usagers, de leur ressenti, de leurs besoins.
VR&T. La réforme du Stif serait donc prioritaire ?
V. P. Oui. Je suis pour un Stif qui délègue aux intercommunalités tous les assouplissements du plan bus, à budget constant. C'est toute la question des autorités organisatrices de rang 2. L'idée consiste à dire aux collectivités : « Vous avez une ligne de bus, vous avez besoin de changer un arrêt, vous êtes tous d'accord, vous n'avez pas besoin de demander au Stif. » Ensuite, j'estime que le Stif manque de réflexion intermodale. Cela m'inquiète pour la jonction entre les réseaux existants et le Grand Paris Express, puisque la région est responsable des interconnexions. Cela n'a pas du tout été pensé et je pense que c'est sous-budgeté.VR&T. C'est votre seule grosse divergence ?
V. P. Non, comme je le disais, il y a un deuxième gros sujet, c'est le financement. Je n'ai toujours pas compris comment le candidat socialiste finance son programme. Quel est l'échéancier ? Où sont les recettes. Quand il dit récupérer 400 millions d'euros de la taxe poids lourds, c'est impossible, sauf à taxer même les trottinettes !VR&T. Il nous dit 100 millions !
V. P. Il a donc corrigé ses chiffres ! Le bon chiffre c'est effectivement 100 millions. L'écotaxe poids lourds, j'ai signé le contrat pour la mettre en œuvre quand j'étais ministre du Budget, alors que les socialistes et leurs alliés l'ont abrogée. Si Claude Bartolone et Emmanuelle Cosse veulent la taxe pourquoi n'écrivent-ils pas à M. Valls pour lui demander de stopper l'appel d'offres en cours pour le démontage des portiques en Ile-de-France ? Combien va coûter ce démontage ? Il faut être cohérent.« Si Claude Bartolone et Emmanuelle Cosse veulent la taxe pourquoi n'écrivent-ils pas à M. Valls pour lui demander de stopper l'appel d'offres en cours pour le démontage des portiques en Ile-de-France ? »
Sur le financement, je relève plusieurs problèmes : comment financent-ils le passe Navigo à tarif unique qui coûte 300 millions d’euros en année pleine ? Moi, je dis comment je le finance sans augmentation d’impôts. D'abord je supprime la réduction de 75 % sur la tarification pour les étrangers en situation irrégulière. Il y a 115 000 bénéficiaires de la réduction (sur 165 000 bénéficiaires de l’AME) en Ile-de-France. Cela fait 70 millions d'euros d'économies.
VR&T. Mais le FN vous attaque sur ce point en disant que vous avez voté cette mesure !
V. P. Cela fait deux ans que je vote contre à la région et que je réclame sa suppression. Je me suis rendu compte de l'existence de ce tarif particulier parce que Gilles Carrez m'en a parlé un jour, en sortant du conseil d'administration de la RATP. La disposition date de 2004. Effectivement, elle a été votée sans coup férir depuis 2004, y compris par l'opposition, parce qu’on ne se repérait pas dans pas le labyrinthe des tarifications sociales pour la bonne raison qu'il y a des dizaines de tarifs sociaux.
Je souhaite par ailleurs qu'il y ait une aide harmonisée pour tous les bénéficiaires du passe Améthyste. Mme Hidalgo a pris des mesures de hausse des tarifs qui sont sources d’injustice. Elles ont conduit à multiplier par trois, voire jusqu’à neuf, le prix du passe pour des petits retraités. Il faut harmoniser ces tarifs et faire entrer le passe Améthyste dans la logique du passe unique.VR&T. Un axe fort de votre programme repose sur la lutte contre la fraude, qui est par ailleurs un sujet d'actualité pour les opérateurs de transport et notamment la RATP et la SNCF. Et le député Gilles Savary doit déposer une proposition de loi. Qu'apportez-vous de neuf ?
V. P. Je veux un vrai plan efficace de lutte contre la fraude. Il y a en réalité une différence majeure entre ma position et la proposition Savary qui, soit dit en passant, vient d’être retirée de l’ordre du jour, sans doute parce que le gouvernement ne voulait pas débattre de mes amendements à huit jours des élections ! Savary veut multiplier par trois les amendes mais ce n’est pas une solution efficace. A quoi cela sert-il quand il n’y en a à peine 10 % qui sont payées ? Les opérateurs demandent le port obligatoire d’une pièce d’identité, avec la possibilité pour les contrôleurs de faire des contrôles en cas de titres de transport non valides. Et une sanction, qui est la seule efficace : pouvoir retenir les fraudeurs sans pièce d’identité au poste de police, pendant plusieurs heures si nécessaire, pour qu’ils justifient de leur identité. C’est une demande de la SNCF pour plus d’efficacité. J’ai été sur les lignes du RER, parler avec les contrôleurs, avec les policiers, j’ai été au SRPJ de la porte de la Chapelle. Ils m’ont dit ce qui leur manquait. Le Gart aussi prend fait et cause pour le port de la carte nationale d’identité. Cela montre bien que c’est la seule possibilité. Evidemment le sujet n’est pas de contrôler la pièce d’identité de tout le monde. De plus, en cette période de Vigipirate renforcé [L'entretien a eu lieu avant les attentats et l'état d'urgence, NDLR], cela faciliterait énormément le travail des forces de police. La fraude coûte chaque année 200 millions d'euros, il faut un plan de tolérance zéro pour récupérer des sommes grâce auxquelles je finance le passe Navigo unique.« Pouvoir retenir les fraudeurs sans pièce d’identité au poste de police, pendant plusieurs heures si nécessaire, pour qu’ils justifient de leur identité »
J’ajoute que je créerai une véritable « police » des transports, en unifiant les forces de la Suge et du GPSR et de l’actuelle police des transports, en les dotant de pouvoirs étendus aux bus de grande couronne qui sont moins surveillés et avec des effectifs renforcés de 10 %, soit 250 agents de plus.
Voilà pour les financements. J’aimerais de plus savoir si Monsieur Bartolone soutient la proposition du PS sur la gratuité des transports scolaires… Ca coûterait 320 millions d’euros ! Dans quelle poche de contribuables compte-t-il trouver les 320 millions ? Pour ma part, mon programme coûtera 200 millions par an. Avec 20 millions en crédits européens au minimum qu’on ira chercher en fonds structurels et 100 millions de la taxe poids lourds, il nous reste au maximum 80 millions financer. Je les trouve par des économies sur le budget de la région. Car au total, je réalise 400 millions d'euros d’économies de fonctionnement dans le budget régional, en passant de 31 organismes associés à cinq, en ne remplaçant pas un départ à la retraite sur deux, en divisant par deux l’absentéisme (30 jours par an aujourd’hui), en rémunérant au mérite les fonctionnaires, en supprimant les voitures de fonction, en déménageant le siège en banlieue, etc.VR&T. Vous évoquez au départ 802 millions d'euros de dépense pour vos mesures et retranchez 602 millions de recettes nouvelles. Où sont exactement ces dernières ?
V. P. Nous avons effectivement 602 millions de recettes nouvelles : 90 millions liés à l’augmentation du nombre d’abonnés du passe Navigo grâce à la nouvelle offre (5 % d’abonnés en plus, c’est une estimation très prudente), 340 millions qui viendront d’économies réalisées dans l’exploitation d’une nouvelle offre qui sera optimisée et qui aura moins de pannes, 72 millions liés à la suppression de la réduction de 75 % des tarifs de transport pour les étrangers en situation irrégulière et enfin 100 millions provenant de la lutte contre la fraude dans les transports. Le fait que nous financions nos mesures change tout de même beaucoup de choses concernant la crédibilité de notre projet.VR&T. Pourquoi souhaitez-vous par ailleurs réinvestir dans les infrastructures routières ?
V. P. Pour nous, pollution égale embouteillage, et embouteillage égale pollution. La gauche refuse d’investir dans la route parce qu’elle amènerait la pollution. Nous disons au contraire que c’est l’absence d’investissement routier et les plans de circulation ubuesques organisés par Mme Hidalgo, sans offre de transports en commun ni parking aux entrées de Paris qui sont à la source de la pollution. Nous brisons le tabou de la route en reprenant les investissements routiers, avec 125 millions d’euros dédiés, c’est-à-dire que nous multiplions par cinq les investissements actuels (25 millions).« Nous brisons le tabou de la route en reprenant les investissements routiers, avec 125 millions d’euros dédiés »
Nous ne voulons pas laisser Paris s'asphyxier. Je renvoie au bilan des socialistes et des Verts, qui donnent des leçons sur l’air pur. Ils ont été 17 ans au pouvoir et l’Ile-de-France n’a jamais été aussi polluée. Mme Hidalgo veut fermer les berges, donc elle embouteille Paris, mais elle ne tient pas ses engagements sur Eole, sur le financement de la ligne 11 et elle refuse de financer les parkings. Je voudrais qu’elle accepte de financer les transports et que nous allions ensemble chercher des fonds structurels européens pour financer les parkings. Paris touche 20 euros de moins par habitant et par an de fonds structurels que Londres, qui est quand même plus riche que nous. Il nous manque donc au moins 25 millions d’euros de fonds structurels pour les transports. Et par rapport à Munich, Bruxelles ou Amsterdam, c’est pire. Ces villes touchent trois à dix fois plus que nous. Michel Barnier m’avait alertée sur le sujet : les fonds structurels peuvent financer l’offre de transport dans le périurbain.
« La route en 2030 redeviendra un chemin entre deux villes et non plus un aspirateur à bruit et à pollution »
Il n'est pas question de contrecarrer par principe le projet pour Paris de Mme Hidalgo. Elle a été élue au suffrage universel, elle est légitime. Mon souci, c’est que ce projet ne se transforme pas en acte égoïste qui priverait toute l’Ile-de-France de dynamique économique et conduirait les Parisiens à perdre six mois d’espérance de vie à cause de la pollution. Je suis contre l’idée du péage sur le périphérique. Je plaide pour l’écotaxe en périphérie de l’Ile-de-France, sinon c’est une solution très égoïste. Ainsi que pour des parkings aux portes de Paris et dans les gares de petite et grande couronnes. Certains d'eux seront desservis par des « RER autoroutiers » : des bus à haute qualité de service, sur des bandes d’arrêt d’urgence ou des voies nouvelles. Voilà pourquoi je reprends les investissements sur la route. Il faut qu’on désengorge. En étant visionnaire, avec un vrai plan de véhicules décarbonés et silencieux qui permettra de relancer notre industrie automobile, la route en 2030 redeviendra un chemin entre deux villes et non plus un aspirateur à bruit et à pollution.
VR&T. Vous avez récemment fait état d'une proposition pour la sécurité que vous avez vous-même qualifiée d'« iconoclaste » qui consiste à interdire d'accès les délinquants multirécidivistes, c'est-à-dire ?
V. P. Depuis quatre ans, la gauche se moque de moi car je demande la vidéoprotection dans le premier wagon de chaque rame, en appelant cette mesure « la vidéopécresse des femmes en détresse ». Et maintenant elle reprend mon idée !« La gauche se moque de moi car je demande la vidéoprotection dans le premier wagon de chaque rame, en appelant cette mesure "la vidéopécresse des femmes en détresse". Et maintenant elle reprend mon idée ! »
Je pense qu'il faut mettre en œuvre la vidéoprotection dès l’an prochain dans chaque rame. Ensuite, je veux des peines vraiment efficaces pour tous ceux qui agressent, qui vandalisent et qui volent dans le métro, le RER et les trains. Paris ne peut plus avoir la réputation d’être la ville la moins sécurisée pour les femmes seules. Je suis allée à Argenteuil avec la ligne J, le train était neuf… et déjà tagué ! Regardons ce que font les autres capitales. Pour moi une bonne peine, pour ces délinquants, c’est l’interdiction d’utiliser le réseau.
« Paris ne peut plus avoir la réputation d’être la ville la moins sécurisée pour les femmes seules »
En moyenne, selon les policiers du SRPJ que j’ai rencontré, un pickpocket fait 1 000 vols par an. Qu'est-ce qui va embêter un pickpocket ? C’est qu’on l’empêche de revenir dans le métro.
VR&T. En pratique c’est impossible à appliquer, comment faites-vous ?
V. P. Vous est-il déjà arrivé d’entendre cette annonce surréaliste « un pickpocket a été repéré dans la gare, faîtes attention à vos affaires » ? Ce sont des gangs organisés, des multirécidivistes. Ils sont connus. Bien sûr, il ne peut pas y avoir un policier à chaque entrée, mais on peut coincer les délinquants au moment des contrôles ou lorsqu’ils sont repérés par la vidéoprotection. Car si tous les fraudeurs ne sont pas des délinquants, les délinquants payent rarement leur ticket. Le double dispositif de lutte contre la fraude et d’interdiction dans les transports permet une réelle amélioration de la sécurité. C’est en luttant contre la fraude que New York a restauré la sécurité dans le métro.VR&T. Est-il vraiment nécessaire de commander 700 RER, et comment les payez-vous ?
V. P. Avec le crédit ou crédit-bail sur 30 ans, on paye un trentième de rame chaque année. Le Stif, qui aujourd'hui paye cash, pourra donc acheter 30 fois plus de trains à mensualité égale. Les taux d’intérêts très bas et les constructeurs cherchent du chiffre d’affaires. J’ai rencontré tous les industriels, Alstom, Bombardier, Siemens et CAF.« Avec le crédit-bail sur 30 ans, le Stif pourra acheter 30 fois plus de trains »
Les Allemands sont prêts à tout pour venir, même je crois à produire en France, et les Espagnols sont déjà dans les Hautes-Pyrénées. J’ajoute, qu'avant toute nouvelle commande, il y a des options sur des commandes en cours qui n’ont pas été appelées. En exerçant les options sur les marchés Alstom et Bombardier, nous pouvons faire la jonction avec les futurs RER.
VR&T. Les contrats de service entre le Stif et les opérateurs qui viennent d'être signés prévoient une clause de revoyure. Sur quoi interviendriez-vous en priorité ?
V. P. J’en ai déjà parlé au Stif. Il y a plusieurs sujets. D’abord le bonus-malus. Il doit mieux intégrer les questions de ponctualité. Etre en rapport avec le ressenti des usagers. A cet égard, je souhaite aussi que les usagers aient une voix délibérante au Stif et que les milieux économiques aient deux voix au lieu d’une.« Je souhaite aussi que les usagers aient une voix délibérante au Stif et que les milieux économiques aient deux voix au lieu d’une »
Deuxièmement, l’accessibilité : je veux que l'on propose aux Franciliens en situation de handicap ou à mobilité réduite des itinéraires 100 % accessibles, quitte à utiliser exclusivement le réseau de surface, sur certains trajets car on sait que certaines stations de métro dans Paris ne seront pas accessibles à moyen terme à un coût acceptable. Il faut être pragmatiques. Les gens pourront avoir sur une appli smartphone leur itinéraire. Je confierai le dossier à Pierre Deniziot, président d’une association de personnes handicapées et adjoint à Boulogne, qui est sur ma liste.
Troisièmement, la police régionale des transports doit figurer dans les contrats des opérateurs. Ensuite, l’accélération de la régénération des réseaux avec 100 millions de plus par an. Enfin, l’ouverture des lignes de métro automatiques la nuit, le vendredi et le samedi.Propos recueillis par
Cécile NANGERONI et François DUMONT
Ce qui sépare vraiment Pécresse de Bartolone
Dans les transports, les deux principaux candidats au conseil régional d'Ile-de-France ne se distinguent pas trop. Renouvellement massif des RER, généralisation de l'automatisation, rénovation du réseau ferroviaire, développement de l'offre de nuit création d'un vrai Stif multimodal, utilisation du passe Navigo unique comme support de nouveaux services, achat de mille bus chez l'une ou embauche de mille conducteurs chez l'autre, création d'une écotaxe régionale sur les poids lourds… (voir nos entretiens avec les deux candidats dans cette Lettre.)
Les deux se marquent à la culotte, à tel point que dans chaque camp on soupçonne l'autre d'avoir copié. La vidéosurveillance, c'est mon idée à moi que la gauche me pique, proteste Valérie Pécresse tandis que dans le camp de Bartolone on murmure que telle automatisation de ligne de métro a été ajoutée in extremis par la concurrente pour faire aussi bien que « Barto ». C'est un peu risible… A l'inverse on peut être rassuré à l'idée que les deux camps ont pris le soin d'écouter des spécialistes et d'en tirer une vision cohérente de l'action politique qu'ils proposent. Les deux ont plutôt bien travaillé, même si, campagne électorale oblige, ils avancent des calendriers optimistes.
Ce constat d'optimisme, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) le fait elle aussi. Elle a dressé pour commencer un bilan de la dernière mandature. Si Marc Pélissier, président de l'AUT Fnaut-Ile-de-France, relève « des efforts d'investissements indéniables », il constate « peu de réalisations concrètes sur le banlieue – banlieue ». Ou encore des lignes de tram, qui ont mis 15 ans pour aboutir, « délais déraisonnables », et qui sont très rapidement saturées. La Fnaut reproche à l’Etat la mauvaise maintenance du réseau. « Il a fallu attendre Brétigny pour avoir un effort de maintenance en 2014 ! » Et garde une dent contre le Navigo à tarif unique, pour lequel il reste « à trouver 250 millions d'euros par an alors qu'il n'engendre pas de hausse de fréquentation significative, ni de report modal », continue-t-il.
Tirant les leçons du passé, la Fnaut analyse sans indulgence les promesses faites par les candidats PS et LR pendant la campagne en Ile-de-France. « Nous sommes très heureux que les candidats s'intéressent de très près aux transports, qui sont un sujet majeur dans la campagne – mais également une des compétences majeures de la région –, commente Michel Babut, vice-président et représentant de la Fnaut auprès de la RATP. Mais nous sommes un peu sceptiques sur la rapidité promise de création d'infra et d'offre ou d'achat de matériel… Nous ne sommes plus assez naïfs probablement ! »
Au final, la crainte, « c'est que la grande couronne soit pénalisée puisque le Grand Paris Express a son propre budget », poursuit-il. Plutôt que de l'entériner en totalité, comme le font les candidats PS et LR, ou de le rejeter en bloc avec Debout La France et le FN, la Fnaut est favorable à un « rééquilibrage des financements. […] Il serait logique de financer ce qui est le plus urgent, insiste Marc Pélissier. Dans le contexte actuel, il faut se réinterroger sur les lignes 17 et 18 ».
La Fnaut a raison d'insister sur le chapitre Grand Paris. De fait, Valérie Pécresse et Claude Bartolone considèrent le futur métro comme un acquis. A vrai dire, il ne dépend pas trop d'eux… sauf à en siphonner un peu plus le financement fléché. Ce métro, le candidat de la droite souverainiste, Nicolas Dupont-Aignan, ou celui de l'extrême droite, Wallerand de Saint-Just, le récusent, l'un et l'autre au nom de la lutte contre la gabegie ou les projets pharaoniques. Les deux candidats en passe de l'emporter à l'issue du deuxième tour selon les sondages sont donc encore plus proches quand on les compare aux deux concurrents situés à la droite de la droite. Deux concurrents dont le poids est considérable puisque, selon des derniers sondages le candidat du FN fait quasiment jeu égal avec Claude Bartolone au premier tour. Un Claude Bartolone qui remonte nettement au second tour, sans parvenir à rattraper Valérie Pécresse, maintenant donnée nettement vainqueur. Mais tout dépendra bien sûr des reports de voix (voir notre entretien avec Pierre Serne ci-dessous).
Est-ce à dire que rien ne distingue celle qui apparaît favorite dans la course à la présidence d'un Bartolone en position de challenger ? Pas sûr. Avec intelligence, le camp de Valérie Pécresse tente de concilier développement de la route et des transports publics. Elle retrouve le tropisme habituel de la droite, en voulant « en finir avec le tabou » qui serait censé condamner les investissements sur la route. Et veut voir en celle-ci le support d'une véritable réinvention des transports publics.
F. D. et C. N.
Pierre Serne : « les programmes d'EELV et du PS peuvent converger »
Valérie Pécresse, dans l'entretien qu'elle nous a accordé (voir dans cette lettre) estime que les programmes de Claude Bartolone (PS) et d'Emmanuelle Cosse (EELV) ne sont pas compatibles et qu'une fusion de listes au second tour n'a de ce fait aucun sens. Les socialistes veulent en effet réaliser les lignes 17 et 18 du Grand Paris telles qu'elles sont prévues, les écologistes n'en veulent pas. Pierre Serne, actuel vice-président Transports et Mobilités du conseil régional et tête de liste EELV pour le Val-de-Marne, réagit pour VR&T :
« En 2015, nous avons moins de sujets d'accrochages qu'en 2010 ! Nous étions alors en désaccord avec le PS sur l'ensemble du sujet Grand Paris Express, ainsi que sur le tarif unique du passe Navigo dont les socialistes ne voulaient pas ». Ce qui n'a pas empêché le rapprochement. Selon Pierre Serne, « on commence pour cette élection à faire converger les programmes ». En ce qui concerne la ligne 18 du GPE, EELV juge que le mode métro ne s'impose pas sur toute la partie au-delà du plateau de Saclay. Pas plus qu'il ne s'impose pour la ligne 17, puisque l'accumulation de dessertes lourdes pour Roissy, avec le RER B et le futur CDG Express, « ça fait beaucoup ». Les écologistes sont de plus hostiles à l'aménagement prévu du triangle de Gonesse, avec l'urbanisation des terres agricoles, et la création du parc d'attraction, centre commercial, de loisirs et d'affaires EuropaCity.
Mais, dans l'exercice classique des compromis entre les deux tours, Pierre Serne ne voit pas pourquoi EELV et PS ne parviendraient pas à s'accorder. « A partir du moment où on peut écrire que le débat sur le mode de transport est ouvert », il pense que la difficulté sur ces lignes peut être résolue. Elle lui semble en tout cas moins rude que celle qui va se poser à Valérie Pécresse si elle souhaitait fusionner avec les listes de Nicolas Dupont-Aignan qui, lui, « veut abandonner tout le Grand Paris Express » !
En attendant la convergence, pour le premier tour, EELV met en avant ses priorités : gagner la bataille du temps de transport, en intervenant sur l'ensemble de la chaîne de déplacement, créer 150 lignes de bus cadencées au quart d'heure en moyenne et grande couronne, créer un passe Mobilités Ile-de-France étendant les services du passe Navigo, intégrer dans ce passe le PAM, services de transports à la demande pour les personnes en situation de handicap, réaliser de nouvelles avancées de tarification solidaire.
F. D.
COP21. Transports : méthode incertaine mais résultats obtenus
Le but semble être atteint. Lundi 30 novembre, aucune surcharge n’était constatée dans les transports en communs, gratuits ce jour-là comme la veille, afin d’offrir une alternative aux véhicules particuliers et professionnels empêchés de circuler sur une petite partie du périphérique parisien et sur le débit de l’autoroute A1, jusqu’au Bourget où les chefs d’états et leurs délégations convergeaient pour l’ouverture de la conférence sur le climat.
A 9h du matin, la RATP annonçait un trafic normal sur les lignes A et B du RER. Toutefois, une heure plus tard, Transilien SNCF annonçait, lui, un trafic interrompu sur le RER B et D en raison d’un colis suspect découvert en gare du Nord. Côté métro, la RATP ne relevait que la fermeture de la station Concorde, en accès comme en correspondance.
Mais sur la route, Sytadin relevait 18 km cumulés de bouchons, à 9h en Ile-de-France, 14 fois moins qu’en moyenne. Puis seulement 3 km à 10 h…
Est-ce la crainte d’une immense pagaille sur les routes, annoncée par la préfecture de police de Paris, puis renforcée, dans un deuxième temps, tardivement, par la menace de transports en communs saturés, qui ont conduit les Franciliens a finalement rester chez eux, poser une RTT ou télétravailler ?
A moins que cette situation particulièrement calme dans les transports lundi matin, ne soit, justement, la conséquence d’un renforcement de l’offre.
La SNCF avait mis en place une offre spécifique appelée Welcome COP21, capable d’absorber « chaque jour, environ 70 000 voyageurs à destination ou en provenance de la gare du Bourget, dans chaque sens ». Qui s’ajoutent aux 350 000 usagers quotidiens en semaine, sur la branche Nord du RER B.
Pour cela, la desserte est renforcée et portée à un train toutes les trois minutes dans les deux sens, aux heures de pointe en semaine, et un train toutes les cinq minutes dans les deux sens, en heure creuse en semaine et toute la journée le samedi et dimanche.
L’information aux voyageurs est également renforcée et proposée en multilingue, pour des annonces sonores à bord et sur les quais ainsi que sur les écrans. Les médias digitaux de Transilien sont également adaptés.
Dans les gares, durant la COP21, SNCF déploie une dizaine d’agents supplémentaires, multilingues, pour accueillir les participants français et étrangers. Ces agents, habitués à renseigner et diriger les touristes dans les gares de Roissy, portent un gilet vert orné du logo de la COP21.
Ils sont épaulés par 86 jeunes issus des lycées hôteliers de Seine-Saint-Denis, stagiaires en bac Pro Arcu (Accueil relation clients et usagers) durant les deux semaines de l’événement.
Comme la SNCF, la RATP est partenaire de la COP21, et comme elle, la Régie a mis sur pied un plan de transports spécial, à la demande du Stif. Des navettes en bus hybrides ont été mises en place, à partir de la station Fort-d’Aubervilliers sur la ligne 7, pour rallier le site du Bourget.
La RATP annonce un service renforcé sur toutes les lignes le 30 novembre. Et particulièrement sur les lignes automatiques 1 et 14, dont la fréquence est « adaptée en temps réel en fonction de l'affluence et augmentée d'environ 20 % sur la journée de lundi ». Les lignes 2 à 13 fonctionnent « en plein trafic et pourront être renforcées ».
Côté bus, 27 lignes intra-muros et 14 vers la périphérie, ont vu leurs trajets déviés. Cela fait partie des mesures prises par la RATP pour « adapter l'offre de transport sur les lignes de bus, en appliquant des mesures de régulation, de déviations, de coupures ou d'exploitations partielles ». en s’adaptant « en temps réel en fonction des décisions prises par la préfecture de Police ».
De façon générale, « la RATP a mobilisé tous les conducteurs disponibles pour permettre un renforcement de son offre de transport : annulation des formations et rappel des conducteurs de réserves ».
COP21. La Seine-et-Marne et les Yvelines quittent Airparif
Ça n'est pas du plus bel effet à la veille de la COP21 : deux départements franciliens viennent de se désengager d'Airparif. La Seine-et-Marne et les Yvelines ont fait part de leur décision à l'association de surveillance de la qualité de l'air quelques jours avant son assemblée générale du 19 novembre. Ces deux départs s'ajoutent à celui, brutal, des Hauts-de-Seine en 2013 ainsi qu'à la baisse de 15 % des subventions de l’Etat, décidée par Ségolène Royal en début d'année. Cette dernière mesure a fait passer la contribution de l’Etat à 25 % du total des financements d'Airparif et constitue à n'en pas douter un mauvais signal.
« Le cumul des difficultés financières de certaines collectivités locales [qui ont moins subventionné cette année, NDLR] et du retrait des deux départements correspond à un trou de 180 000 euros dans notre budget de 6,1 millions d'euros », explique Karine Léger, adjointe au directeur d'Airparif. Mais au-delà des implications financières et du déficit de fonctionnement, ces départs posent d'importantes questions en terme de gouvernance, tient-elle à souligner, tout en rappelant que d'autres organismes de surveillance de la qualité de l'air en France sont dans la même situation.
«Deux départements, le Calvados et la Manche, viennent de nous annoncer leur retrait de l'association. On passe de 90.000 euros (de leur part) à 0. C'est brutal. A la veille de la Cop21, quel signal on envoie aux habitants ! C'est une vraie question ! se scandalise ainsi Clara Osadtchy, conseillère régionale EELV, qui était présidente jusqu'à jeudi d'Air Com, l'association de surveillance de la qualité de l'air de Basse-Normandie, interrogée par l'AFP. Le risque existe en effet de ne plus avoir de gouvernance équilibrée, « avec les représentants du tiers des voix qui deviennent contributeurs majoritaires », dit Karine Léger.
Ainsi, il est à noter que les territoires des départements 77 et 78 représentent tout de même 4 millions de Franciliens et près des trois quarts de la superficie d’une région largement concernée par la pollution de l’air. « En Seine-et-Marne, il y a des enjeux de transport avec l'agglomération de Fontainebleau, des industries polluantes, de l'agriculture, etc. », rappelle encore la directrice adjointe d'Airparif. Certes les difficultés financières des collectivités locales sont prégnantes, et la redéfinition de leurs compétences perturbe les choses. Les départements n'ont en effet pas de compétence directe sur la pollution atmosphérique.
Néanmoins, la loi sur l'Air leur impose de « concourir à une politique dont l’objectif est le droit reconnu à chacun de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé, et prévoit un financement mutualisé de la surveillance et de l’information », rappelle Airparif. De plus, ils disposent de compétences sur les transports, les collèges – lieux d'éducation et de sensibilisation à l'environnement – et doivent élaborer des Plans climat énergie territoriaux. Autant d'arguments qui devraient leur interdire de songer à un retrait… « Dans le 78, on parle de 45 000 euros, ce ne sont pas des sommes énormes », poursuit l'adjointe au directeur, qui espère que la décision problématique ne soit pas définitive.
En attendant, cinq nouveaux membres font leur entrée chez Airparif, deux dans le collège des associations, le seul qui soit dispensé de soutien pécuniaire (Respire et Valérie Gros, chargée de recherches au CNRS) ; et trois acteurs économiques – SNCF Logistics, SNCF direction déléguée des gare Transilien et Port de Paris – sans pour autant compenser suffisamment le manque à gagner.
Avec un budget stable depuis plusieurs années, des missions de plus en plus pointues et nombreuses au vu des pics de pollution, l'organisme est presque à court de moyens pour effectuer sa mission dans de bonnes conditions. « Il faut qu'on puisse maintenir l'outil de production, renouveler certains matériels… », relève Karine Léger. Certains outils coûteux, comme les cartes de la pollution à très haute résolution produites par Airparif, pourraient demain ne plus être dispensés gracieusement, du moins aux membres qui ne sont pas membres du CA.
En mai dernier, Jean-Félix Bernard, président d'Airparif, qui vient tout juste d'être reconduit dans ces fonctions, évoquait déjà ses craintes suite au désengagement partiel de l'Etat. « Ce sont de vraies incertitudes, voire des inquiétudes…, disait-il. Par le passé, le retrait brutal des Hauts-de-Seine avait posé problème. Il ne faut cependant pas dramatiser car la métropole devrait prendre le relais… » Mais la métropole, pour l'heure, elle ne peut pas contribuer, elle n'existe pas.
COP21. Heuliez Bus, prêt pour la mobilité zéro émission
La course au bus électrique de 12 mètres labellisé français est bel et bien lancée. Et s'il n'était pas prêt pour les RNTP de Bordeaux, Heuliez Bus a désormais un premier véhicule de présérie 100 % électrique capable de rouler une journée ou 180 km et qui répond donc aux exigences de la RATP. Plus d'une semaine avant la présentation officielle des bus écologiques dans le cadre de la COP21*, le 24 novembre, le constructeur a présenté en avant-première son GX 337 Elec au Motor Village des Champs-Elysées.
« Nous nous sommes appuyés sur notre expérience dans les bus hybrides ainsi que dans les véhicules au GNV, dont les plus anciens ont 15 ans, pour mettre au point ce bus qui bénéficie d'un allégement de ses structures en acier inoxydable qui n'obère pas sa durée de vie », explique Rémy Foyer, directeur général délégué d'Heuliez Bus. En matière d'hybride électrique – diesel, la marque est en effet leader en Europe, « avec plus de 400 véhicules en circulation ou vendus – dont 200 à la RATP – et 24 millions de km parcourus en France et en Espagne, à Madrid et Barcelone », assure-t-il.
Entièrement conçu et produit à Rorthais dans les Deux Sèvres, ce bus standard zéro émission représente une véritable alternative aux carburants fossiles, affirme l'industriel. Les batteries choisies, des lithium-ion fabriquées par ForSee, sont installées dans le compartiment arrière du véhicule (trois fois 2 packs) ainsi qu'en toiture, tout en préservant un module de toit panoramique. Elles se rechargent la nuit, et si nécessaire, en journée grâce au système de charge rapide, qui d'après l'industriel, permet de récupérer 100 % d'énergie en 5 minutes. Leur durée de vie est estimée à 7 ou 8 ans, soit la moitié de celle de l'autobus.
Si le véhicule présenté, dans lequel les journalistes ont pu faire quelques kilomètres dans Paris est appelé « présérie » et non « prototype », en raison de sa version techniquement très aboutie, il n'en reste pas moins qu'il doit encore passer la batterie des tests d'homologation, y compris pour ses batteries. Ce qui devrait prendre plusieurs mois, suppute le constructeur. C'est donc prudemment pour le milieu de l'année prochaine qu'il promet de le prêter à la RATP pour ses expérimentations de bus électriques.
Heuliez Bus affirme en tout cas haut et fort « être prêt à relever le défi de la loi sur la transition énergétique qui vise à renouveler le parc de bus français par davantage de véhicules à faibles émissions ». Dans son usine des Deux-Sèvres, une ligne de montage comprenant un secteur de plus de 1 000 m2 est dédiée à l’installation des équipements électriques. Entre autres atouts, la marque met en avant une architecture connue de ses clients, car dérivée du modèle hybride, ce qui facilite la prise en main par les conducteurs et les équipes techniques ainsi qu'une sécurité optimale grâce au contrôleur d’isolement permanent des équipements électriques.
Standardisé avec l'ensemble de la gamme Heuliez, le GX Elec doit pouvoir s'intégrer facilement à un parc existant. Il est conçu pour transporter 90 personnes. Même si la maison mère, CNH Industrial, est une holding italo-américaine, la gamme GX, produite par Heuliez Bus dans son usine de Rorthais a reçu le label « Origine France Garantie ». Un argument qui ne devrait pas laisser de marbre la nouvelle présidente de la RATP, Elisabeth Borne, qui a récemment avoué qu'elle n'aimerait pas être obligée d'acheter des bus Chinois…
* Les 12 modèles de bus (11 constructeurs) à faible ou zéro émission présentés le 2 décembre par Jean-Paul Huchon et Elisabeth Borne, en présence d'Alain Vidalies et d’Anne Hidalgo, place Jacques-Rueff à Paris sont :
Bluebus de Bolloré (12 m),
GX Elec d'Heuliez (12 m),
Tosa d'ABB-Hess (13 m),
Crossway Classic d'Iveco (13 m)
Daily Electric mini (7,5 m) d'Iveco,
Switch FE 12 de DCG-Yutong (12 m),
Lion's City BioGNV de MAN (12 m),
H2 d'Evobus (12 m),
Urbino 12 electric de Solaris (12 m),
Bus electrique i2e d'Irizar (12 m),
Oreos 4X midi de PVI (9 m),
bus au gaz de Scania (13 m).
COP21. Les Français prêts à changer leurs comportements
« Nous avons été surpris – agréablement – par les réponses des Français à notre étude : nos concitoyens se sentent concernés par les questions environnementales et les transports publics leur paraissent être une solution très forte. Ils sont prêts à les prendre davantage », souligne Jean-Pierre Farandou, le président de l’Union des transports publics (UTP), également président de Keolis, en présentant les enseignements de l’Observatoire de la mobilité 2015.
Selon l’enquête réalisée en juin par l’Ifop auprès de 1 009 utilisateurs de transports en commun et 492 non-utilisateurs, vivant dans des agglomérations de plus de 50 000 habitants, 67 % d’entre eux utilisent les transports publics régulièrement. Ce qui représente une hausse de 4 points par rapport à l’année précédente. Et, si une personne interrogée sur quatre indique les emprunter par l’impossibilité de faire autrement, une sur dix affirme faire ce choix pour des questions environnementales, ce qui est « assez nouveau, estime l’Ifop. Les transports sont le seul secteur pour lequel les Français affirment vouloir changer leurs comportements pour des questions d’environnement », précise l’institut de sondage. Ainsi les trois quarts des Français se disent prêts à le faire.
Parmi les autres enseignements de cette étude, citons encore la fréquentation en hausse dans les transports publics urbains : elle a progressé de près de 40 % en dix ans. Cette tendance est désormais constatée dans les réseaux des agglomérations de moins de 100 000 habitants. « Entre 2013 et 2014, ces réseaux ont vu leur fréquentation croître de 1,9 % alors que la hausse moyenne de la fréquentation toutes agglomérations confondues s’élevait à 1,3 % », rappelle Laurence Broseta, vice-présidente de l’UTP, également directrice générale France de Transdev.
Reste le côté sombre du tableau que l’UTP ne manque jamais de rappeler : les besoins du transport public urbain sont évalués à plus de 16 milliards d’euros par an. Or, ses ressources fondent, tout particulièrement les dotations de l’Etat qui ont été abaissées de 800 millions d’euros en 2014, puis plus de 2 milliards en 2015, selon l’UTP. Déjà, on en voit déjà les conséquences et ici ou là l’offre de transport se contracte.
L’organisation professionnelle réclame « la fin des mauvaises nouvelles » comme l’ont été l’abandon de l’écotaxe, la baisse des dotations ou le relèvement du seuil du versement transport. Cela alors que les questions de sûreté prennent de plus en plus d’importance. Et qu’il faudra aussi les financer.Marie-Hélène Poingt
Bientôt le « criblage » des salariés ?
Impossible pour un employeur de savoir si un de ses salariés est fiché S (pour atteinte à la sûreté de l’Etat), rappellent en chœur les entreprises. « On part de loin. Aujourd’hui, l’entreprise n’a même pas les moyens de savoir si ses conducteurs sont toujours détenteurs de leur permis de conduire ! », s’exclame Jean-Pierre Farandou, le président de Keolis. L’entreprise n’a en effet pas la possibilité juridique de vérifier que tous les points d’un permis ont été perdus par exemple. Or, des cas de conducteurs sans permis sont relevés deux fois par mois en moyenne.
Cette vérification devrait être possible à l’avenir, si cette disposition prévue dans le projet de loi sur la sûreté dans les transports est votée.
L’Union des transports publics (UTP) discute aussi depuis plusieurs mois avec les pouvoirs publics sur l’établissement d’une liste de métiers soumis à une habilitation administrative préalable. « Jusqu’où faut-il aller dans nos vérifications ? Jusqu’aux personnels de ménage d’une entreprise sous-traitante qui interviendrait dans l’enceinte du métro, ou encore aux sous-traitants qui interviennent sur les infrastructures ? », s’interroge-t-on côté UTP.
La réflexion a été lancée depuis plusieurs mois, notamment dans le cadre de la réunion préparatoire sur la sécurité dans les transports. Mais comme elle touche aux libertés individuelles, elle n’est pas simple à mettre en œuvre. « Il ne faut pas mettre en place de telles mesures dans la précipitation », prévient l’UTP. Surtout que le transport public concerne de nombreux emplois : il représente 260 000 salariés. Si on prend en compte la sous-traitance, il faut ajouter plusieurs dizaines de milliers de personnes.
En attendant cet éventuel « criblage » des salariés (pour reprendre le jargon policier), les réactions se font au cas par cas. Ainsi, à la SNCF, « quand les services de lutte contre le terrorisme nous informent que telle ou telle personne doit faire l’objet d’une mesure particulière, nous ne la licencions pas, mais en fonction de son poste, nous pouvons la déplacer », a expliqué Guillaume Pepy, le président du directoire, qui était interrogé sur ce thème par BFM le 20 novembre. Pas possible selon lui de laisser ces personnes occuper des « postes d’aiguillage, de conducteur, de fonction armée dans un service de sûreté… », a-t-il énuméré. Avant de lancer cette demande : « Mais ce serait mieux si un petit article de loi édictait des règles pour que ce soit blindé. » M.-H. P.
Nomination. Bruno Marguet chargé de la transformation digitale d’Alstom
Le vice-président Stratégie d’Alstom vient d’être nommé à la direction de la Transformation digitale, avec pour objectif affiché d’imposer le constructeur comme l’un des leaders de l’« internet industriel ». « L’Internet des objets offre une chance considérable d’optimiser l’exploitation des trains au sein de l’industrie ferroviaire. La digitalisation offre également la possibilité d’accroître la rapidité et l’efficacité de la société, et d’inventer de nouvelles méthodes de travail avec les clients et les partenaires », explique Alstom dans un communiqué. Bruno Marguet travaille chez Alstom Transport depuis 1985.