Catégorie : Ferroviaire

Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

  • Réforme ferroviaire : ce que les députés ont adopté

    Réforme ferroviaire : ce que les députés ont adopté

    Les députés ont adopté très largement le 17 avril par 454 voix contre 80,  le projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire présenté par le gouvernement. Le texte a été amendé, mais l’essentiel du projet gouvernemental est maintenu : ouverture du ferroviaire à la concurrence, transformation de la SNCF en société anonyme 100 % publique, fin de l’embauche au statut. Prochaine étape, le Sénat, qui doit commencer son examen fin mai. Le gouvernement espère que son « pacte ferroviaire » aura force de loi dès le mois de juillet. Et que les dispositions liées au cadre social pourront être intégrées au plus vite. Les questions d’organisation de l’entreprise et de ses filiales, supposant des partages d’actifs compliqués, devraient prendre plus de temps.

    La SNCF devient une société anonyme

    C’est la fin de l’Epic, établissement public industriel et commercial. Formule utilisée pour la SNCF en 1983, puis pour les trois entités créées par la loi de 2014 : SNCF (Epic de tête), SNCF Réseau, SNCF Mobilités. On crée donc plusieurs sociétés anonymes, à commencer par la holding SNCF. « Le capital de la société nationale SNCF est intégralement détenu par l’Etat », dit le texte adopté. Les capitaux sont incessibles précise l’exposé des motifs. Le terme incessible n’est cependant pas repris dans le texte de loi. Est-ce un recul ? Au ministère des Transports, on assure qu’il n’en est rien, et que le terme « intégralement » figurant dans le texte est plus fort encore qu’incessible et garantit le caractère 100 % public de l’actionnariat dans tous les cas de figure, y compris en cas d’augmentation du capital. SNCF Réseau et SNCF Mobilités sont des filiales de SNCF, détenues à 100 % par cette société nationale.

     

    La SNCF est un groupe public unifié

    Le groupe créé (ou recréé) remplit des missions de service public dans le domaine du transport ferroviaire et de la mobilité. La notion de « groupe public unifié » est apparue dès la présentation du « pacte ferroviaire » par le Premier ministre. Référence claire au modèle de la Deutsche Bahn. Les « libéraux » s’opposaient à la formule, y voyant un obstacle à une concurrence libre et non faussée. Les syndicats, au contraire, pourraient voir d’un bon œil cette réunification. Ils s’étaient élevés contre la loi de 2014, qui constituait en tant qu’Epic un puissant gestionnaire d’infrastructure. Et redoutaient qu’une droite libérale revenue au pouvoir n’ait plus qu’à découper selon le pointillé les deux Epic, Réseau d’un côté, Mobilités de l’autre, en décapitant l’Epic de tête. Ce n’est clairement pas l’option du gouvernement. A-t-il voulu faire une concession aux OS ? On peut plutôt y voir le parachèvement d’une réforme à l’allemande, confortant l’opérateur historique, dans le sens depuis longtemps souhaité par ses dirigeants. Mais, pendant des années, la route menant au « groupe public unifié » était barrée. Bruxelles la bannissait. Ce n’est plus le cas. On remarque au gouvernement que, même si le système ferroviaire de l’Allemagne n’est pas précisément ce que souhaite la commission de Bruxelles, l’Allemagne n’est pas considérée comme en infraction. La SNCF peut en profiter.

     

    Concurrence : open access pour les grandes lignes

    A partir de décembre 2020, les entreprises ferroviaires qui le souhaitent pourront venir proposer leurs services sur les grandes lignes, avec des trains à grande vitesse ou des trains classiques. A leurs risques et périls : il s’agira d’une concurrence purement commerciale, dite en open access. Cependant, pour garantir le maintien des dessertes non rentables par TGV, conformément à ce que proposait Jean-Cyril Spinetta, le gouvernement propose de moduler les péages en baissant les tarifs des liaisons déficitaires et d’augmenter ceux des lignes les plus rentables. Ainsi se fera une péréquation, garantissant selon le gouvernement que l’ouverture à la concurrence ne va pas se traduire par l’abandon de dessertes. Des ordonnances devraient préciser les modalités.

     

    Ouverture à la concurrence progressive pour les TER

    A partir de décembre 2019, les régions qui le souhaitent pourront signer des contrats avec des opérateurs concurrents pour l’exploitation de leurs TER. Les autres pourront continuer de recourir directement à la SNCF jusqu’en 2023. Date à partir de laquelle les appels d’offres deviendront la règle, dans le cadre d’une délégation de service public, analogue à ce que pratique le transport urbain. Quelques exceptions sont toutefois prévues à cette obligation d’appel d’offres : dans le cas de petits réseaux ou de complexité géographique. « Des sujets techniques (par exemple sur le transfert du matériel roulant, la maintenance…) sont renvoyés en habilitation car il n’a pas été possible de trouver un point d’entente, entre les positions de la SNCF et des régions« , explique-t-on au ministère des Transports.
    Quant aux TET, ils sont soumis au même calendrier que les TER.

     

    Un calendrier spécifique pour l’Ile-de-France

    Ile-de-France Mobilités aura le choix dans un premier temps d’ouvrir ou non à la concurrence les nouvelles lignes créées entre 2019 et 2023. Seront concernés les tram-trains T12 et T13, réalisés par SNCF Réseau, dont l’exploitation, selon les anciennes règles serait revenue à SNCF Mobilités. Les autres lignes, hors RER, pourront être progressivement ouvertes entre 2023 et 2033. Les RER seront soumis ensuite à la concurrence, à partir de 2033 (lignes C, D et E) ou 2039 (A et B). Le calendrier voté par les députés a été présenté comme un aménagement par rapport aux dates d’ouverture. D’un point de vue pratique, on sait au gouvernement que l’ouverture à la concurrence, en pleine période de travaux massifs de modernisation et de développement sur le réseau transilien, s’annonce comme très délicate. D’où ce délai vis-à-vis des exigences européennes. Reste que le couperet va tomber beaucoup plus vite à la SNCF qu’à la RATP. Alors que la RATP a vu au nom de l’effet réseau l’ensemble de ses métros et RER protégés jusqu’en 2039, la SNCF n’aura droit à ce sursis que pour les RER A et B, en bénéficiant précisément du fait qu’elle les exploite avec la RATP. Une RATP dont le lobbying a été très efficace.

     

    Les futurs cheminots ne seront plus embauchés au statut

    C’était, aux yeux des cheminots, la mesure la plus provocatrice du pacte ferroviaire. Les députés l’ont adoptée. Les cheminots déjà embauchés restent au statut. A partir du 1er janvier 2020, les nouveaux recrutés dépendront de la convention collective du ferroviaire. Problème : la convention n’est pas encore bouclée. Autre problème : la date de la fin du statut a été décidée unilatéralement par le gouvernement alors qu’il avait toujours indiqué que cette échéance ferait l’objet de négociations avec les syndicats. Il la justifie par la concordance des dates avec le changement de statut de la SNCF. Indignation des quatre organisations syndicales de la SNCF qui ont annoncé le 19 avril qu’elles suspendaient leur participation à la concertation menée par la ministre des Transports et souhaitaient négocier directement avec le Premier ministre.

     

    Le transfert des salariés sera volontaire… mais obligatoire aussi

    Supposons que demain la région Paca mette en concurrence une partie de son TER et que la SNCF perde l’exploitation. Comme c’est le cas dans le transport urbain, l’opérateur gagnant aura recours au personnel précédemment affecté au service. Le projet de loi précise qu’il sera fait appel prioritairement au volontariat. Mais le transfert obligatoire s’imposera au cas où il y aurait trop de refus. Le dosage entre volontariat et transfert obligatoire n’est pas encore précisément arbitré.

     

    Ce qu’il y a dans le sac à dos social

    Dans le cas d’une perte d’un contrat TER ou TET par la SNCF, les salariés de SNCF Mobilités dont le contrat de travail se poursuit auprès d’un nouvel attributaire vont bénéficier de garanties. C’est ce que l’on appelle le sac à dos social. Qu’y trouve-t-on ? Ce qui concerne la rémunération, la garantie d’emploi, et le régime de retraite.

    Le niveau de rémunération, précise le projet de loi, « ne peut être inférieur au montant annuel, pour une durée de travail équivalente, correspondant à l’ensemble des éléments de rémunération, comprenant la rémunération fixe, les primes, indemnités et gratifications, versés lors des douze mois précédant la date de changement effectif ».

    L’Assemblée a aussi approuvé un amendement du rapporteur Jean-Baptiste Djebbari (LREM) : la garantie d’emploi pour l’ensemble du personnel statutaire du groupe public ferroviaire branche ferroviaire, en cas de changement d’employeur.

    Les députés ont également validé un amendement du rapporteur pour la conservation des « avantages » accordés par l’entreprise historique, comme les facilités de circulation ou l’accès aux médecins spécialisés.

    Le régime spécial de retraite est lui aussi maintenu (dont, cela dit, les jours sont comptés).

    Durant les débats à l’Assemblée nationale, Elisabeth Borne a défendu « des garanties de haut niveau », et assuré que ce « sac à dos social » serait complété d’ici l’examen du projet de loi de réforme ferroviaire au Sénat fin mai, en fonction des concertations en cours avec les organisations syndicales.

    Reste un flou en cas de faillite de la nouvelle entreprise ou de refus d’un cheminot d’être transféré, avec le risque d’un « licenciement automatique », qu’ont pointé des députés socialistes et communistes. Sur ce point, « il faut poursuivre la concertation », a répondu la ministre. Des amendements visant à créer un « droit à réintégration » à la SNCF en cas de « défaillance » du nouvel employeur ont été repoussés, en attendant là aussi des arbitrages gouvernementaux.

     

    Pression sur la convention collective

    Toute la vie du secteur ferroviaire va dépendre de la convention collective. Cheminots compris. Du moins pour les nouveaux recrutés par la SNCF. Problème. La convention collective n’est toujours pas conclue. Au cas où la négociation n’aboutirait pas assez vite, l’Etat s’inviterait dans la négociation, afin que tout soit prêt le jour où la concurrence entre en vigueur. Le texte adopté par les députés précise donc que , « dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le gouvernement est autorisé à prendre par ordonnances toute mesure relevant du domaine de la loi permettant de favoriser le développement de la négociation collective au sein de la branche ferroviaire et de tirer les conséquences de l’absence de conclusion d’accords collectifs dans un délai déterminé. » Les syndicats ne seront pas forcément offusqués par cette intrusion de l’Etat, d’ordinaire plus sensibles à leurs arguments que le patronat. Mais est-ce bien le cas de l’Etat-Macron ?

     

    La Suge reste à la SNCF

    Le service de sûreté, la Suge, continuera à assurer sa mission au sein de la SNCF. Mais les autres opérateurs ferroviaires ainsi que les gestionnaires d’infrastructures, ou les autorités organisatrices de transport ferroviaire pourront recourir à ses prestations dans un cadre formalisé et « dans le respect des principes d’équité et de non-discrimination ».

     

    Un avis conforme de l’Arafer pour fixer les péages… à relativiser :

    Après avoir retiré l’avis conforme de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) pour valider la fixation des péages d’infrastructures ferroviaires, le gouvernement l’a finalement rétabli sous la pression.

    Toutefois, l’amendement adopté reste volontairement flou à la fois sur les modalités de fixation de redevance et dans le cas où le gendarme du ferroviaire refuserait son aval à la grille tarifaire adoptée par le gestionnaire d’infrastructures. Ce sera en effet au gouvernement, explique le texte, de prévoir, par ordonnance, « la tarification applicable dans le cas où le gestionnaire de l’infrastructure n’a pas pu obtenir d’avis favorable ».

    Du côté de l’Arafer, on estime que cet amendement n’est pas clair. L’Autorité devrait reprendre son bâton de pèlerin pour faire du lobbying auprès des sénateurs après avoir fait le même travail avec les députés. Objectif : rétablir un avis conforme sur la tarification tel qu’il est exercé actuellement, c’est-à-dire obligeant le gestionnaire du réseau à revoir sa copie en conformité avec les grandes lignes directrices défendues par l’Arafer qui souhaite « des tarifs soutenables pour le marché, porteurs d’efficacité pour SNCF Réseau et adaptés aux différents segments du marché ».

     

    Les tarifs sociaux pour tous les opérateurs

    Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence, les tarifs sociaux (pour les familles nombreuses, les handicapés, etc.) seront maintenus pour l’ensemble des services, quel que soit l’opérateur. Etat ou régions compenseront le coût de la mesure pour les entreprises ferroviaires. Un décret fixera les différents tarifs sociaux.
    Gares & Connexions rattaché à SNCF Réseau

    Actuellement direction indépendante rattachée à SNCF Mobilités, Gares & Connexions va passer dans le giron de SNCF Réseau.

    Le gouvernement a donc entendu ceux qui critiquaient la trop grande proximité entre SNCF Mobilités et G&C et craignaient de ce fait un traitement inéquitable pour les nouveaux entrants.

    Cela lui permet aussi de simplifier l’organisation du groupe ferroviaire en rapprochant la gestion des quais (qui relève de SNCF Réseau) de la gestion des bâtiments (qui relève de G&C).

    Mais il n’a pas encore tranché sur le futur statut du gestionnaire des gares : filiale ou intégration au sein de SNCF Réseau. Une intégration aurait sans doute plus de sens, d’un point de vue du fonctionnement ferroviaire des gares. Mais une filialisation serait plus opportune pour bien s’ouvrir à la ville, qu’il s’agisse de projets d’intermodalité, ou d’urbanisme.

     

    Un rapport sur l’état des petites lignes d’ici un an

    Dans un délai de douze mois à compter de la promulgation de la présente loi, le gouvernement remettra au parlement un rapport présentant et analysant l’état du réseau ferroviaire et des circulations sur les lignes les moins circulées.

     

    Un rapport sur les PPP à la rentrée

    Avant le 1er septembre 2018, le gouvernement doit remettre au Parlement « un rapport sur les conséquences, notamment en termes de coûts pour la collectivité et les usagers, de la mise en œuvre des contrats de partenariat public-privé dans le domaine ferroviaire ». Rapport bien venu. Présentés tout d’abord comme solution miracle, les PPP ont été largement mis en œuvre, pour les lignes nouvelles. Et la solution mérite d’être sérieusement évaluée, qu’il s’agisse des PPP au sens strict, ou des systèmes de concession.

    F. D. et M.-H. P.

  • Les six propositions d’amendements de Régions de France

    Les six propositions d’amendements de Régions de France

    A l’heure où les députés s’apprêtent à voter le pacte ferroviaire, les Régions de France rendent leur verdict sur le texte et expliquent ce qu’elles vont dire aux sénateurs pour tenter de faire évoluer certaines dispositions. Appréciation générale : le texte est « globalement positif ».

    « Le projet de loi reprend en effet deux des principales recommandations que nous avions formulées : d’une part, une ouverture progressive à la concurrence pour les TER à partir de 2019 pour celles qui le souhaitent, d’autre part, des conditions d’ouverture équitables grâce à la transmission des données », a expliqué Michel Neugnot. Toutefois, a ajouté le président de la commission Transports de Régions de France, « le texte doit maintenant préciser les modalités de communication de ces données aux entreprises candidates à l’appel d’offres ».

    D’autres points donnent satisfaction aux régions : la possibilité pour le gestionnaire d’infrastructure de différencier les péages « pour garantir le maintien de la desserte des villes moyennes ». Ou encore la possibilité pour les régions de conventionner directement avec le service de sûreté de la SNCF, la Suge.

    Le travail de lobbying est loin d’être fini. Il va même reprendre de plus belle avec les sénateurs, auprès desquels Régions de France s’apprête à faire passer six propositions d’amendements :

    – Régions de France préconise la filialisation de Gares & Connexions qui doit être rattaché à SNCF Réseau. « Gares & Connexions doit avoir une autonomie de gestion et financière », estime Michel Neugnot.

    – L’association demande aussi que la loi mentionne explicitement la présence de représentants régionaux au conseil d’administration des futures sociétés anonymes du groupe ferroviaire.

    – Elles plaident pour une meilleure organisation du travail permettant d’avoir recours à la polyvalence.

    – Elles souhaitent l’amélioration des dispositions touchant à l’organisation des dessertes sur longue distance. Ainsi, si elles se réjouissent de la possibilité de pouvoir conventionner les services TGV permettant à des abonnés du TER d’utiliser en partie une ligne TGV, elles demandent que le financement soit revu pour éviter qu’il ne pèse trop sur les collectivités. Michel Neugnot rappelle par exemple que sur Dijon – Besançon, ce conventionnement coûte de l’ordre de 300 000 à 400 000 euros par an alors que cela ne concerne qu’une cinquantaine de personnes.

    – Régions de France soutient le rôle de régulateur de l’Arafer et affirme être vigilant sur la tarification de l’infrastructure. « Nous demandons des péages soutenables pour les TER, dont la fixation doit être contrôlée par l’Arafer », commente Michel Neugnot qui s’inquiète que dans le contrat de performance signé entre l’Etat et SNCF Réseau, la hausse des péages est à un niveau bien supérieur à celui de l’inflation à partir de 2022.

    – Les régions souhaitent pouvoir récupérer « dans des conditions équitables » le matériel roulant ainsi que les ateliers de maintenance pour les activités TER. Elles demandent en particulier une répartition équilibrée de la prise en charge des coûts de démantèlement du matériel amianté.

    Enfin, sur la question des petites lignes, Régions de France lance un appel au gouvernement pour qu’il respecte « intégralement les engagements pris au titre des contrats de plan Etat-régions (CPER) ». Michel Neugnot rappelle qu’à la fin 2017, moins du quart des crédits promis par l’Etat sur le volet mobilité étaient engagés.

    M.-H. P.

     

  • A Montréal, le consortium Alstom/SNC-Lavalin signe pour le REM

    A Montréal, le consortium Alstom/SNC-Lavalin signe pour le REM

    Il s’appelle REM – prononcer « rème » – pour Réseau express métropolitain et doit être le projet majeur des prochaines années dans le domaine des transports publics à Montréal. Son premier tronçon devrait entrer en service commercial à l’été 2021 et lorsqu’il sera achevé, le REM constituera l’un des métros automatiques les plus étendus au monde, avec 67 km de lignes et 26 stations, dépassé seulement par le réseau de Dubaï et le SkyTrain de Vancouver. Le centre-ville de Montréal, où des correspondances seront offertes avec le métro et les trains de banlieue, sera alors relié d’un côté avec la Rive-Sud. De l’autre côté, au-delà du Mont-Royal, trois branches partiront vers la Rive-Nord, l’Ouest-de-l’Ile et l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Sur ces trois branches, celle vers Deux-Montagnes reprend le tracé de la ligne de banlieue du même nom, ainsi que son tunnel sous le Mont-Royal, le reste du parcours étant majoritairement aérien.

    Pour réaliser, équiper et exploiter un tel réseau, CDPQ Infra, la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui a financé et défini ce projet, a procédé à deux appels d’offres, l’un pour l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction des infrastructures, l’autre pour le matériel roulant, les systèmes et services d’exploitation et de maintenance. Les noms des entreprises retenues circulaient déjà depuis plusieurs semaines, mais depuis la signature intervenue le 12 avril, en même temps que la première pelletée de terre symbolique (photo), ils sont officiels. SNC-Lavalin grands projets, Dragados Canada, Groupe Aecon Québec, Pomerleau et EBC, ainsi que SNC-Lavalin inc. et Aecom consultants ont été choisis pour le premier contrat, alors que le groupe des Partenaires pour la Mobilité des Montréalais (PMM), un consortium créé avec SNC-Lavalin et dirigé par Alstom, a remporté le second. « C’est la première fois dans l’histoire du transport public qu’un projet d’une telle ampleur est attribué en moins de deux ans », rappelle Jérôme Wallut, vice-président senior d’Alstom pour l’Amérique du Nord.

    Ce deuxième contrat couvre la fourniture d’un système complet de métro léger automatique et sans conducteur (GoA4), qui comprend le matériel roulant et la signalisation ainsi que les services d’exploitation et de maintenance. Le contrat total s’élève à environ 2,8 milliards de dollars canadiens (1,8 milliard d’euros), dont 2,2 milliards de dollars canadiens (1,4 milliard d’euros) pour Alstom, producteur des 212 voitures de métro de type Metropolis (106 rames de deux voitures), du CBTC (contrôle de trains basé sur la communication) Urbalis 400 et du centre de contrôle Iconis à fournir par PMM. Ce groupe fournira aussi les portes palières et le Wi-Fi, ainsi que 30 ans de services d’exploitation et de maintenance. Le groupe PMM est également chargé des essais d’intégration des trains et du système complet, ainsi que de l’équipement des dépôts pour la maintenance des trains.

    « C’est une confirmation de notre compétence de systémier, qui nous permet d’entrer sur un marché québécois et canadien en pleine croissance », souligne Jérôme Wallut, qui précise qu’Alstom « capitalise sur l’expérience des métros de Riyad et Panama », et ajoute que les rames du REM seront « winterisées ». Quant à l’autre membre du groupe, SNC-Lavalin, il est déjà présent sur le SkyTrain de Vancouver depuis les années 1980. Durant la phase de construction et la période d’exploitation et de maintenance de 30 ans, « le Groupe PMM créera de nouveaux emplois permanents de qualité dans le secteur technologique », indique Alstom, « notamment des postes de spécialistes des systèmes automatisés, de mécaniciens de matériel roulant, de régulateurs de centres de contrôle, d’opérateurs de maintenance et de spécialistes des systèmes de contrôle ». Durant toutes ces phases, l’emploi local devrait être favorisé avec « 250 emplois directs à long terme au Québec et 350 emplois locaux pendant la période la plus chargée », selon Jérôme Wallut, d’autant plus que « 67 % des investissements seront effectués au Québec » selon le groupe PMM. « La production locale exigée est de l’ordre de 25 % au Québec », rappelle le vice-président senior d’Alstom pour l’Amérique du Nord. Si l’on est ici largement au-dessus, c’est en grande partie parce que nombre de tâches du contrat ne peuvent pas être effectuées ailleurs ! En revanche, la décision d’attribuer la construction des trains à Alstom a fait grincer des dents au pays d’origine de Bombardier. D’autant plus que les journaux québécois soulignent que les voitures seront produites en Inde, ce qu’a confirmé Henri Poupart-Lafarge lors d’une conférence de presse.

    Mais l’emploi local devrait être gagnant à terme, du moins l’emploi qualifié. En effet, le REM doit amener l’implantation à Montréal d’un Centre d’expertise mondial d’Alstom dans la recherche et le développement des systèmes intégrés de contrôle en mobilité urbaine, regroupant environ 100 professionnels « qui auront pour mission de faire avancer notre expertise en s’appuyant sur le savoir-faire montréalais en technologies numériques avancées et en intelligence artificielle », ajoute l’industriel. « C’est dans ce centre que seront développées les technologies de pointe qui serviront à de nombreux projets d’Alstom à travers le monde. »

    Ceci alors qu’Alstom emploie déjà plus de 400 personnes sur ses sites canadiens de Montréal, Sorel-Tracy, Toronto et Ottawa, avec des projets en cours comme les nouvelles rames de métro Azur pour la Société de transport de Montréal (STM) avec Bombardier ou les tramways Citadis Spirit pour Toronto et Ottawa côté matériel roulant. Alstom fournit également les nouveaux centres de contrôle pour la STM et GO Transit (Toronto), d’une nouvelle signalisation pour l’Union Station de Toronto, d’un CBTC Urbalis pour la ligne 1 de la Commission de transport de Toronto (TTC), ainsi que d’une solution complète de signalisation pour le tramway de Waterloo. De plus, les sites canadiens d’Alstom travaillent également pour l’exportation : spécialisé dans les bogies, le site de Sorel-Tracy produit également pour des projets au Chili et aux Etats-Unis.

    Et si l’on ajoute le projet REM, « Alstom a atteint une taille critique au Canada, avec de nombreux ingénieurs de haute qualité », juge Jérôme Wallut, qui ajoute que « la ville de Montréal a une stratégie de développement digital », où la solution de supervision multimodale Mastria proposée par Alstom trouverait toute sa place. « Alstom est durablement canadien », conclut le vice-président senior d’Alstom pour l’Amérique du Nord, pouvant fournir « toute la gamme » de ce que demandent les transports publics américains, marché où « les projets se réalisent rapidement ».

    Patrick LAVAL

  • Fret SNCF s’engage sur la voie de la filialisation

    Fret SNCF s’engage sur la voie de la filialisation

    Pas de répit sur le front ferroviaire ! Lors d’un déplacement à Bonneuil-sur-Marne le 16 avril, Edouard Philippe a demandé à sa ministre des Transports de préparer un nouveau plan de relance du fret ferroviaire. Celui-ci comprendra une politique de soutien au transport combiné, des investissements spécifiques pour les voies de fret et l’amélioration des sillons ferroviaires, a aussitôt précisé Elisabeth Borne. Le Premier ministre a aussi demandé à la SNCF un plan pour redresser les comptes du fret, lourdement déficitaires depuis des années (encore 120 millions d’euros de pertes l’an dernier, pour un chiffre d’affaires de 903 millions).

    Le groupe ferroviaire a immédiatement fait part de son intention de filialiser sa branche de fret ferroviaire pour permettre sa recapitalisation et sa relance. Cette perspective avait déjà été évoquée à plusieurs reprises depuis la fin de l’année dernière par les organisations syndicales relayant des échos internes. C’était aussi, on s’en souvient, l’une des préconisations du rapport de Jean-Cyril Spinetta sur l’avenir du ferroviaire.

    La SNCF qui veut « bâtir un plan d’affaires rentable », envisage « une croissance des trafics (via une reprise de parts à la route), une réduction des frais généraux, une poursuite des gains d’efficacité industrielle, des innovations dans l’offre aux clients et dans l’exploitation que le fret ferroviaire doit continuer à aller chercher dans le digital », explique un communiqué de la SNCF.

    Mais auparavant, il faudra assainir Fret SNCF, qui génère à lui seul la moitié de la dette de SNCF Mobilités (4,6 milliards d’euros sur un total de 7,9 milliards). D’où la décision de recapitaliser l’entreprise, afin de « pérenniser l’activité de l’opérateur public de référence ». Le montant de cette recapitalisation devrait tourner autour de 4,5 milliards d’euros, ce qui correspondant au montant de la dette, selon un proche du dossier.
    L’idée est de doter cette activité « d’une personnalité juridique propre, société dont le groupe public ferroviaire détiendrait 100 % du capital », indique la direction dans un communiqué. « SNCF Mobilités la conservera, et son activité sera autonomisée, comme ça se passe dans toute l’Europe », a expliqué à l’AFP Guillaume Pepy, le patron du groupe public. La branche de fret ferroviaire de l’opérateur public est rattachée au pôle Transport ferroviaire multimodal de marchandises (TFMM) au sein de l’activité SNCF Logistics, qui elle-même fait partie de SNCF Mobilités.

    Le projet de filialisation doit être soumis aux institutions représentatives du personnel et être approuvé par les autorités européennes. Le but est de faire naître la nouvelle entité au premier semestre 2020, c’est-à-dire à peu près au moment où la SNCF elle-même deviendra une société anonyme à capitaux publics.

    La direction note que « la continuité des contrats de travail, que ce soit pour les salariés statutaires ou les salariés contractuels, sera assurée vers cette nouvelle personne morale ». « Un cadre social sur les métiers, l’organisation du travail et les carrières devra être négocié », ajoute-t-elle.

    Certains syndicats de cheminots ont déjà dénoncé un risque de démantèlement du groupe ferroviaire. Un nouveau motif de colère pour les organisations syndicales engagées dans un mouvement de grèves à répétition : la CFDT Cheminots critique la méthode et la solution par la voix de Thomas Clavel, son secrétaire national, tandis que la fédération CGT appelle à participer « massivement » à la prochaine grève les 18 et 19 avril et à la manifestation interprofessionnelle organisée le 19 avril.

    M.-H. P.

  • Un milliard d’euros de CA pour Egis

    Un milliard d’euros de CA pour Egis

    Egis a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires consolidé en légère augmentation, qui atteint 1,050 milliard d’euros. Soit 799 millions pour l’ingénierie (76 % de l’activité) et 250 millions d’euros pour le montage-exploitation (24 %), selon une répartition stable des deux activités. L’international représente 62 % de l’activité totale du groupe, qui voit notamment son chiffre d’affaires croître au Moyen-Orient. L’activité en France est en croissance de 5,5 %. La France représente 46 % du CA d’Egis en ingénierie.

    Le résultat net distribuable atteint 39,6 millions d’euros, en hausse significative par rapport à 2016 (30 millions). Egis compte 13 600 collaborateurs, dont 8 200 dans l’ingénierie. Le groupe présidé par Nicolas Jachiet est filiale à 75 % de la Caisse des dépôts, les 25 % restants étant détenus par des cadres partenaires et des salariés.

  • Les syndicats de cheminots réclament l’arrêt du processus législatif en cours

    Les syndicats de cheminots réclament l’arrêt du processus législatif en cours

    Pour le troisième épisode de la grève à répétition deux jours sur cinq, le trafic ferroviaire était perturbé le 14 avril et devait encore l’être le lendemain, mais dans une moindre mesure que lors du précédent mouvement. Pour le 15 avril et alors que débutent les vacances scolaires de la zone C, la SNCF s’attendait à un TGV et un TER sur trois, deux Transilien sur cinq et un train Intercités sur cinq. Elle annonçait aussi un Eurostar sur cinq, mais un trafic des Thalys « quasi normal ».

    Selon la SNCF, le taux de grévistes atteignait 22,5 %, en retrait comparé au 9 avril (on comptait alors 24,9 % de grévistes), mais il y avait toujours un taux élevé de conducteurs en grève mais en baisse (66 % contre 75 %), 60 % de contrôleurs (71 % le 9 avril), 29 % d’aiguilleurs (35 % le 9 avril). Malgré ce retrait, l’intersyndicale CGT-Unsa-SUD-CFDT a appelé les cheminots à « amplifier » la mobilisation dans un communiqué, tout en réclamant « l’arrêt du processus législatif en cours » pour réformer la SNCF et « l’ouverture de négociations approfondies ».

    La situation est difficile pour les organisations syndicales qui fustigent la « marche forcée » engagée par le gouvernement, alors que l’Assemblée nationale doit déjà procéder le 17 avril à un premier vote sur le texte législatif. Même si des discussions seront encore possibles en mai au Sénat pour amender le texte ici ou là, toutes les dispositions devraient être adoptées par les députés, et le 12 avril, lors de son intervention au Journal de TF1, Emmanuel Macron a dit vouloir « aller au bout » de la réforme. Aller au bout, mais aussi aller vite.

    Les syndicats ont lancé des caisses de grève pour tenir. Pour soutenir les cheminots, une caisse a aussi été lancée par une trentaine d’intellectuels et a recueilli plus de 730 000 euros.

  • Hyperloop TT prépare le terrain à Toulouse

    Hyperloop TT prépare le terrain à Toulouse

    Quinze mois après la signature avec l’Etat français et Toulouse Métropole d’un accord pour l’implantation du centre de recherche européen d’Hyperloop Transportation Technology (HTT) sur l’ex-aéroport de Francazal à Toulouse, le projet de la société californienne est entré dans une phase concrète : plusieurs tubes de 65 tonnes, 20 mètres de long et quatre mètres de diamètre sont arrivés à Toulouse le 11 avril afin de construire la première piste d’essai de ce transport subsonique du futur. Six autres convois seront nécessaires pour acheminer le reste des tubes qui permettront à HTT de réaliser cette année une première piste d’essai au sol de 320 mètres de long. L’arrivée du prototype de capsule de 30 mètres de long pour le transport de 28 à 40 passagers, construit en Espagne par Carbures, entreprise spécialisée dans les matériaux composites pour l’aéronautique, est annoncée pour l’été. D’ici 2019, c’est une piste d’un kilomètre installée sur 25 pylônes à 5,8 mètres du sol qui verra le jour. « Hyperloop n’est plus un concept, mais est devenu une industrie commerciale », a commenté Bibop Gresta, président d’HTT, dans un communiqué.

    Le 12 avril, le conseil de Toulouse Métropole a aussi approuvé une délibération portant sur un bail à construction signé avec HTT et l’Etat en vue de la reconversion de l’ancien mess des sous-officiers de Francazal en centre de recherche et de développement, ainsi qu’une partie de la voie royale pour accueillir les pylônes de la piste d’essai. La collectivité, qui s’est engagée à devenir propriétaire du site, entamera prochainement les travaux de dépollution chimique et pyrotechnique préalables à l’implantation des pylônes, pour un coût de 300 000 euros.

    Hyperloop TT est une des entreprises qui s’est saisi du concept d’Hyperloop imaginé en 2013 par Elon Musk, qui projette de transporter des passagers ou des marchandises dans des capsules propulsées par un champ magnétique généré par des moteurs à induction, au sein d’un tube sous basse pression, à des vitesses pouvant atteindre 1 100 km/h en pointe. Elle a en face d’elle plusieurs concurrents comme Hyperloop One ou TransPod. Son système Inductrack de sustentation magnétique passive de dernière génération permet une faible consommation d’énergie. HTT annonce aussi le développement d’un matériau pour recouvrir les capsules « huit fois plus résistant que l’aluminium et dix fois plus que les alternatives en acier » appelé Vibranium (un clin d’œil au métal imaginaire utilisé dans les bandes dessinées Marvel).

    HTT a choisi Toulouse pour implanter son centre de recherche européen à cause d’un environnement d’innovation et de recherche favorable. « Toulouse est le centre des technologies aérospatiales en Europe, qui sont parallèles à notre activité, notamment sur les questions d’aérodynamisme mais aussi de transports, avec une concentration de matière grise que l’on ne trouve pas partout », soulignait au moment de la signature de l’accord Dirk Ahlborn, le cofondateur et CEO d’HTT, un ancien de l’entreprise d’Elon Musk Space X. En novembre dernier, dans les locaux du pôle de compétitivité Aerospace Valley, 56 entreprises avaient manifesté leur intérêt pour collaborer sur le projet d’Hyperloop et 33 avaient été sélectionnées par HTT.

    La start-up a noué des partenariats et lancé des études de faisabilité dans neuf pays (dont la Chine, l’Inde et les Emirats arabes unis). Elle a signé un accord dans l’Ohio aux Etats-Unis en février et un autre en vue de l’implantation d’un centre de recherche et de développement dédié au fret à Contagem au Brésil le 9 avril. A Toulouse, elle s’est engagée à investir 40 millions d’euros dans les prochaines années. Huit ingénieurs travaillent déjà à Francazal et l’entreprise espère en compter 15 d’ici fin 2018 et 50 salariés à terme.

    Catherine Stern

  • Le futur patron de la SGP devant le Sénat et l’Assemblée

    Le futur patron de la SGP devant le Sénat et l’Assemblée

    Auditionné les mardi 10 et mercredi 11 avril par les commissions ad hoc du Sénat puis de l’Assemblée nationale, Thierry Dallard (52 ans), qui a eu lundi le feu vert du conseil de surveillance de la Société du Grand Paris devait en être nommé ensuite très rapidement par décret président du directoire. Devant les sénateurs, puis les députés, le président pressenti a insisté sur les raisons qui l’ont fait se porter candidat à la succession de Philippe Yvin. D’abord, le projet s’annonce comme celui d’une génération, et cela ne se refuse pas : deux, le gouvernement vient de confirmer le projet dans son intégralité, même s’il a eu un « recalage » ; et trois c’est, au-delà d’un objet technique, un vrai projet urbain lié à l’impératif de densification de la ville.

    Thierry Dallard compte s’adresser pour relever ce défi à trois types d’interlocuteurs.
    D’abord les salariés de la SGP, qui ont mené à bien les phases de déclaration d’utilité publique et ont passé les premiers marchés. Cela alors qu’ils sont assujettis au plafond de 200 emplois. Thierry Dallard, à son tour, constate que la SGP a été de ce fait empêchée d’assumer ces missions. A la suite de la Cour des comptes, il se réfère à l’exemple londonien à peu près comparable de CrossRail, où la maîtrise d’ouvrage représente 700 personnes. Ou fait part de sa connaissance personnelle de la LGV Tours – Bordeaux, « avec une maîtrise d’ouvrage d’environ 200 personnes, pour un projet de six milliards d’euros ». A comparer aux quelque 35 milliards aujourd’hui estimés du Grand Paris Express… conduits par une équipe de même dimension. Normalement ce n’est plus qu’un mauvais souvenir : le Premier ministre a confirmé la suppression du plafond d’emploi.

    Autre cible prioritaire de son action les populations et territoires concernées par le projet, et particulièrement par les gares, interface entre le métro, la ville et les divers moyens de mobilité. Si jamais il doutait de la difficulté des relations avec les grands élus, le communiqué publié mardi par les sept présidents de département franciliens (hors Paris) et la présidente de la région le lui aurait appris. Ils demandent un audit indépendant, technique et financier, du Grand Paris Express. Et jugent que la confiance est rompue entre le gouvernement et eux. « La confiance, ça se gagne, ça ne se décrète pas », dit Thierry Dallard. Sûr. Il y a du chemin à faire.

    Enfin, le futur patron de la SGP compte nouer des relations étroites avec les entreprises chargées de la réalisation du GPE. Un monde qu’il connaît bien. En retraçant à grands traits, devant les députés comme les sénateurs, 25 ans de carrière, il les a placés sous le signe de la maîtrise d’ouvrage. Maître d’œuvre et maître d’ouvrage, il l’a été pendant douze ans dans le public, soit localement en DDE, soit centralement. Après un intervalle qu’il qualifie de mi-public mi-privé de deux ans dans la Société des autoroutes du sud de la France, maître d’ouvrage il l’a encore été, en démissionnant de l’administration pour devenir directeur du Développement ces onze dernières années du fonds privé Meridiam. Meridiam rappelle-t-il, était à sa fondation à la tête d’un projet de tunnel en Irlande et a aujourd’hui à son actif une cinquantaine de projets représentant une soixantaine de milliards d’euros d’investissement.

    Aussi Thierry Dallard pense-t-il être en mesure de relever le défi du Grand Paris… tout en soulignant son ampleur. Les 200 km du métro parisien ont été faits en quasiment un siècle. Les 14 km de RER A La Défense – Nation en 15 ans. Et c’est en 15 ans, entre les DUP et les mises en services, que les 200 km du Grand Paris Express doivent être réalisés… Singapour le fait, Riyad aussi : pourquoi Paris n’y arriverait-il ? Thierry Dallard veut y croire.

    F. D.

  • Transdev attend son heure dans le ferroviaire

    Transdev attend son heure dans le ferroviaire

    Avec un chiffre d’affaires quasiment stable à 6,6 milliards d’euros et un résultat net en hausse de 15 % (76 millions d’euros), Transdev a amélioré sa performance globale en 2017, a indiqué Thierry Mallet en présentant ce matin les résultats enregistrés l’an dernier par son groupe. La dette baisse régulièrement et atteint désormais 528 millions d’euros. Ces résultats, en ligne avec la feuille de route assure le PDG du groupe, traduisent un accroissement des marges financières. Ce qui doit permettre au groupe contrôlé par la Caisse des Dépôts de poursuivre sa stratégie de développement de ses activités et de ses ambitions dans le domaine de la mobilité électrique et autonome.

    L’an dernier a été marqué par plusieurs acquisitions, en particulier en Suède, où Transdev a acheté une société ferroviaire réalisant un chiffre d’affaires annuel de 16 millions d’euros. Le groupe a aussi mis la main sur une compagnie de ferries dans la région de Stockholm pour pouvoir répondre à plusieurs appels d’offres prévus cette année.

    Parmi les contrats gagnés l’an dernier, citons ceux remportés aux Etats-Unis, où le groupe souhaite renforcer sa présence : Transdev a été retenu à Phoenix pour le Valley Metro (100 millions de dollars sur cinq ans) et dans l’Etat de New York pour un BHNS (125 millions sur 12 ans). En Nouvelle-Zélande, le groupe français a vu allongé de deux ans et demi son contrat d’exploitation des trains de banlieue d’Auckland.

    Aux Pays-Bas, Transdev vient de démarrer le contrat Amstelland-Meerlandern dans la région d’Amsterdam où il exploite 300 bus dont une bonne partie roule à l’électricité (100 % prévus en 2021). Au chapitre des échecs, citons le métro de Doha, remporté notamment par RATP Dev-Keolis alors que Transdev a inscrit l’Asie parmi les zones stratégiques de développement.

    Conséquence, la part de l’activité réalisée en France a augmenté (elle atteint 39 %), malgré les revers subis notamment à Lille et à Besançon, où le groupe n’a pas réussi à décrocher le contrat d’exploitation des transports publics dans la compétition qui l’opposait à son principal concurrent Keolis. Mais il a été renouvelé pour six ans au Havre (pour 340 millions d’euros) et à Niort où il a remporté une DSP de 66 millions d’euros sur six ans, « totalement multimodale ». Après l’acquisition d’Urbis Park fin 2016, Transdev a aussi remporté plusieurs contrats de contrôle du stationnement payant en voirie à Paris (six arrondissements), Bordeaux et Nice, via la société Moovia.

    Parmi les perspectives de développement fortes en France : l’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire que « nous soutenons vivement », souligne Thierry Mallet. « Si on veut une amélioration globale du ferroviaire en France, il est indispensable d’ouvrir vraiment le marché », insiste-t-il.

    L’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire, qui devrait devenir effective pour les TER à partir de la fin 2020-début 2021, devrait concerner dans un premier temps 10 % du marché global des TER, estime Thierry Mallet. « Si Transdev réussit à en conquérir la moitié, soit environ 200 millions d’euros, cela pourrait représenter l’équivalent de la taille de quatre à cinq beaux marchés urbains. Ce n’est pas anodin pour nous », commente-t-il.

    L’appel d’offres en cours pour choisir l’exploitant de la future liaison ferrée CDG Express, qui oppose Transdev au tandem RATP-Keolis, sera un premier test permettant de voir si la compétition est loyale, estiment les dirigeants de Transdev.

    Pour réussir la réforme ferroviaire, il faut toutefois une seconde condition indispensable, ajoutent-ils : « Il ne faut pas rigidifier le modèle social ». Pour le PDG de Transdev, qui est aussi le président de l’UTP (Union des transports publics) en première ligne dans les négociations de branche collective pour le ferroviaire, l’un des éléments clés touche à l’organisation du travail, qui devra être plus souple qu’aujourd’hui. « Le travail sera différent avec plus de responsabilisation et de la polyvalence pour les équipes sur le terrain. L’enjeu, c’est de pouvoir travailler différemment », souligne Thierry Mallet.

    C’est ce qui permettra aussi de faire revivre certaines petites lignes aujourd’hui menacées. « Il faut faire en sorte par exemple que le chef de train puisse être aussi le conducteur. C’est typiquement le cas sur la ligne Carhaix – Paimpol que nous exploitons : une seule personne dans le train s’occupe de tout, y compris de la propreté du train. C’est presque un autocar sur rail, » rappelle-t-il.

    Selon lui, « l’ouverture du marché ferroviaire va également forcément impacter l’activité des cars. Un des moyens de régénérer les lignes passera par la complémentarité entre ces deux mondes. Il faut de la fréquence mais il faut aussi du rabattement par car. Les régions commencent à avoir une vision multimodale de cette question ».

    Marie-Hélène POINGT

     

    Transdev prêt à payer plus les cheminots

    Opération séduction vers les cheminots : interrogé sur la question du transfert d’agents SNCF chez un nouvel opérateur ferroviaire en cas de perte de contrat par l’opérateur historique, Thierry Mallet a expliqué que «chez Transdev, on souhaite accueillir des volontaires. Nous voulons faire en sorte qu’ils aient envie de venir chez nous. Je suis prêt à les payer plus, pour autant qu’ils soient prêts à travailler différemment. Nous allons introduire de l’innovation dans la manière dont ils vont travailler. La SNCF a d’ailleurs aussi déjà commencé à réfléchir en interne à la façon dont elle va réorganiser le travail ».

  • Mulhouse lance le Compte mobilité

    Mulhouse lance le Compte mobilité

    C’est une première en Europe selon Mulhouse Alsace Agglomération qui a présenté le 6 avril le « Compte mobilité ». Un concept innovant qui permet, après avoir créé un compte sur Internet, de commander ses déplacements (bus, tram, vélo, autopartage, parkings du centre-ville) et de payer en fin de mois une seule facture quel que soit le mode utilisé, avec l’assurance d’avoir le meilleur tarif pratiqué. Autre intérêt, il est possible de suivre en temps réel sa consommation et d’être alerté quand on approche du budget déplacement que l’on s’est fixé.

    « Nous avons imaginé ce compte avec l’idée de proposer aux utilisateurs de découvrir de nouveaux services », explique Laura Brun, chef de projet du Compte mobilité. « Nous avons mis au point un dispositif simple, léger : une seule inscription suffit pour accéder à tous les services de déplacement. Nous souhaitons faciliter la mobilité et proposer un service global, sans couture », ajoute-t-elle en évoquant le concept de Mobility as a service (MaaS).

    Le système a été mis au point par l’agglo dans le cadre d’un partenariat avec Soléa, la filiale locale de Transdev, JCDecaux, Citiz, Médiacycles, Citivia, ou encore Indigo. Le compte Mobilité lui-même a été développé en coopération avec Cityway qui a apporté, avec Transdev, 240000 euros sur les 605000 euros (HT) nécessités par le projet.

    Une phase de test a démarré mi-mars avec une cinquantaine d’utilisateurs. Elle devrait se poursuivre jusqu’à juin pour permettre de remédier aux dysfonctionnements constatés et d’améliorer le service. Demain, l’agglomération de Mulhouse souhaiterait inclure les TER, la location de vélos électriques, les cars, les taxis…

    Il faudra aussi régler les questions de répartition de recettes et de prise en charge du coût du dispositif qui n’est pas encore fixé. En septembre, le Compte mobilité doit être lancé à grande échelle. Avec l’objectif de capter 10 000 personnes en 2019.

    M.-H. P.