Catégorie : Ferroviaire

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  • La Fnaut préfère les franchises… et propose un découpage

    La Fnaut préfère les franchises… et propose un découpage

    Constatant que « le gouvernement n’envisage que la formule de l’open access pour ouvrir à la concurrence les services ferroviaires grandes lignes », c’est-à-dire le « modèle italien » plutôt que les franchises en vigueur en Grande-Bretagne, la Fnaut s’estime « en désaccord » et demande de ne pas exclure le recours aux franchises. L’association des usagers propose même un redécoupage de la carte des dessertes grandes lignes en France en 11 franchises.

    « Le modèle du gouvernement, c’est Milan – Rome », précise Jean Sivardière, vice-président de la Fnaut, où la concurrence en open access a eu un « résultat assez positif car le gouvernement a imposé une forte baisse – presque de moitié – des péages ». Ailleurs en Europe, ce modèle reste toutefois marginal et la Fnaut craint même qu’il induise des effets pervers s’il est appliqué en France. Soit les conditions de la concurrence ne sont pas réunies et « aucun opérateur privé ne va challenger la SNCF : celle-ci décidera seule l’offre TGV et nous craignons qu’elle continue de supprimer des services « déficitaires » ou peu rentables, comme c’est le cas à chaque service, au détriment de l’aménagement du territoire ». Soit la concurrence a bien lieu, mais « l’opérateur concurrent se placera sur les quelques lignes où il peut faire de l’argent, entre Paris et Lyon, Lille, Marseille ou Bordeaux ». On aura alors un « écrémage du service, qui entraînera des suppressions de services SNCF », la rentabilité de cette dernière étant alors diminuée sur ses lignes les plus rentables. D’autant plus que l’open access peut ne pas être autorisé s’il compromet l’équilibre économique d’un contrat de service public existant.

    Pour l’ensemble des trains grandes lignes (TGV, intercités et anciens intercités), la Fnaut préconise donc un recours aux franchises sur un modèle proche du modèle britannique, tout en se démarquant dans les détails de ce dernier (cahiers des charges trop lourds, non-encadrement des tarifs, disparition programmée de l’opérateur historique BR) et en instaurant une péréquation entre dessertes réputées rentables (TGV essentiellement) ou non. Sur le modèle de la convention TET, la DGITM définirait les services de base en s’appuyant sur des consultants de compétence reconnue, laissant ainsi à l’opérateur titulaire du contrat de larges marges d’initiative.

    Concrètement, la Fnaut propose de découper le réseau de LGV et de dessertes intercités en huit secteurs géographiques (régions ou groupes de régions), dont sept rayonnant autour de Paris, et une huitième autour du Massif central, qui ne comprendrait que des intercités « à bien coordonner ». S’y ajouteraient trois franchises commerciales : deux pour les TGV intersecteurs (via Lyon et via l’Ile-de-France), avec une clientèle surtout familiale et de cabotage, et une pour les trains de nuit… ou ce qu’il en reste.

    P. L.

  • SGP : feu vert à Thierry Dallard malgré la bronca des élus

    SGP : feu vert à Thierry Dallard malgré la bronca des élus

    Le conseil de surveillance de la Société du Grand Paris a donné lundi 9 avril un avis favorable aux propositions du gouvernement de mettre fin aux fonctions de Philippe Yvin, président du directoire, et de le remplacer par Thierry Dallard. Celui-ci a été auditionné ce mardi matin par la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable du Sénat, et le sera demain par la commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire de l’Assemblée nationale. Sa nomination fera ensuite l’objet d’un décret du président de la République.

    Les sept présidents des départements franciliens (Seine-et-Marne, Yvelines, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d’Oise, Essonne), ont voté contre le remplacement de Philippe Yvin et contre la nomination de Thierry Dallard. Sans effet sur les décisions, les représentants de l’Etat étant plus nombreux au conseil de surveillance. Ce n’est pas la personne de Thierry Dallard qui est en cause, et François Durovray, président du conseil départemental de l’Essonne, nous dit au contraire apprécier son profil. Mais les élus ne décolèrent pas contre l’attitude de l’Etat. Dans un communiqué publié ce matin et signé aussi par Valérie Pécresse, présidente du conseil régionale, ils font part de leur « désapprobation quant au fait qu’ils n’aient pas été associés au choix de ce nouveau président ».

    Les élus demandent une fois de plus « un débat sur les nouvelles orientations du Grand Paris Express, en termes de calendrier, de programme, de budget et de mesures de substitution ». Mais, disent-ils, « en complète contradiction avec un engagement écrit pris par la ministre des Transports, le droit réglementaire des élus à un tel débat leur a en effet été refusé lors de deux séances successives du dernier conseil de surveillance. Lors de la séance du 9 avril, c’est même le directeur de l’administration de l’Etat en charge des Transports [François Poupard, directeur général des Infrastructures, des Transports et de la Mer, NDLR], pourtant responsable de l’application des décisions de la ministre, qui a refusé de fournir aux élus les informations qui auraient permis d’éclairer les choix du gouvernement ». En guise d’information s’indigne François Durovray, « on nous a donné le dossier de presse remis aux journalistes le 22 février… »

    Considérant qu’ils n’ont pas été en mesure « de jouer le rôle de contrôle et de codécision qui leur est pourtant reconnu par les statuts de la Société du Grand Paris », ils demandent qu’une séance exceptionnelle du conseil de surveillance confie à un expert indépendant « un audit technique et financier du Grand Paris Express et de l’Etablissement public d’Etat qui en assure le pilotage ». Afin de faire « toute la lumière sur les raisons qui ont poussé l’Etat à revoir le calendrier du Grand Paris Express ».

    Car le principal motif de colère des élus est le nouveau calendrier présenté le 22 février par Edouard Philippe et Elisabeth Borne, que le nouveau président du directoire va devoir appliquer. De même qu’il devra réaliser des économies de l’ordre de 10 % sur un projet aujourd’hui estimé à 35 milliards d’euros.

    Quant au conseil de surveillance de la SGP, il va lui aussi changer de président : Jean-Yves Le Bouillonnec, désireux de passer la main, vient de quitter ses fonctions de maire de Cachan. Or, c’est en tant qu’élu qu’il présidait le conseil. Et les élus comptent bien être associés au choix de son remplaçant…

    F. D.

     

     

    L’arrivée attendue d’un ingénieur

    Thierry Dallard n’a pas du tout le même profil que ses prédécesseurs. Philippe Yvin avait notamment dirigé les services des départements de la Seine-Saint-Denis et de l’Oise et été conseiller chargé des collectivités locales auprès de Jean-Marc Ayrault Premier ministre. Avant lui, Etienne Guyot, préfet, avait dirigé le cabinet de Michel Mercier, ministre de l’Aménagement du territoire en charge du Grand Paris. L’arrivée d’un ingénieur, grand connaisseur de la maîtrise d’ouvrage, répond aux besoins d’une SGP chargée de réaliser le projet qu’elle a longtemps porté auprès des élus.

    Né en 1966, Thierry Dallard est normalien (1987) et diplômé de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées (1994). Il commence sa carrière (1992-1993) comme consultant sur les projets de lignes ferroviaires à grande vitesse en Italie avant d’intégrer en 1994 le ministère des Transports en tant que directeur du département Infrastructures et Transports du Centre d’études techniques de l’équipement d’Aix-en-Provence. En 1999, il devient chef du service Déplacements et Infrastructures de transport au sein de la direction départementale de l’équipement des Bouches-du-Rhône. En 2003, il est nommé directeur du Développement au sein des Autoroutes du sud de la France (ASF), puis est chargé de la mise en œuvre de la décentralisation et de la réforme des DDE, puis de la création des nouveaux services de maîtrise d’ouvrage, au sein de la direction générale des Routes. En 2007, il rejoint Meridiam, un fonds d’investissement français spécialisé dans le développement et le financement privé d’infrastructures publiques. Depuis 2012, il est président de la société Oc’Via en charge du projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Nîmes et Montpellier, depuis 2013 de la Société de la Rocade L2 à Marseille, et depuis 2016 de Vélopolis, la société qui porte le Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines, infrastructure des JO 2024. Il est également président de l’Union des ingénieurs du corps des ponts des eaux et des forêts depuis 2012.

  • La RATP choisit Ansaldo STS pour la ligne 6 du métro parisien

    La RATP choisit Ansaldo STS pour la ligne 6 du métro parisien

    La RATP a confié à Ansaldo STS (groupe Hitachi) le contrat de déploiement d’un CBTC de type Octys pour la ligne 6 du métro parisien. Une ligne longue de 14 km, et desservant 28 stations. Le contrat se chiffre à 17,6 millions d’euros selon le communiqué d’Ansaldo du 6  avril. Le standard Octys, développé par la RATP avec les industriels, permet d’assurer des intervalles de 90s sur les lignes à roulement fer.

    Ansaldo STS a déjà équipé de son CBTC la ligne 3 du métro parisien, dans le cadre du contrat attribué en 2004 à Siemens Transportation Systems, Ansaldo STS et Technicatome, pour le déploiement d’Octys sur les lignes 3, 5, 9, 10 et 12. Les lignes 3, 5 et 9 sont aujourd’hui équipées.

  • Comment Trainline surfe sur le marché ferroviaire européen

    Comment Trainline surfe sur le marché ferroviaire européen

    Après son rachat par Trainline il y a tout juste deux ans, la start-up française Captain Train s’est fondue dans la nouvelle entité qui affiche aujourd’hui un bilan très positif si l’on en croit Audrey Détrie, la directrice France de Trainline : « Les deux entreprises ont profité de leur complémentarité : Captain Train a apporté son expertise technologique et Trainline, qui était présent sur le marché britannique depuis 1997, son expertise marketing. Cette alliance nous a fait grandir très vite », souligne-t-elle.

    En 2015, la jeune pousse Captain Train lancée six ans auparavant vendait chaque jour sur son site plus de 5 000 billets de train de la SNCF (avec 1,5 million d’utilisateurs attirés par la simplicité et la rapidité du site), affichant un chiffre d’affaires de 72 millions d’euros. Aujourd’hui, l’entité Trainline vend en ligne les billets de train et de bus de 159 transporteurs dans 35 pays européens, réalise 2,7 milliards d’euros de ventes par an et est rentable, affirme la directrice France.

    « Nous vendons plus de 150 billets par minute. Nous avons développé un moteur de recherche très performant et proposons un guichet unique permettant de combiner les offres et de trouver les meilleurs prix. Nous proposons 80 % de l’offre ferroviaire en Europe. Nous sommes les seuls à offrir un tel service, affirme Audrey Détrie. Les utilisateurs peuvent réserver leurs billets sur le site et les applications mobiles de Trainline, et obtenir des informations en temps réel, comme la voie de départ ou la géolocalisation du train pendant le voyage, les éventuels retards, depuis les applications. »

    Les perspectives de croissance seraient considérables. Le marché mondial de la distribution de voyages en train et en bus est estimé par Trainline à 250 milliards d’euros annuels. Le distributeur en ligne table sur une croissance à deux chiffres du volume de ses ventes sur les trois à cinq prochaines années. Tant sur le secteur touristique que pour le BtoB qui représente aujourd’hui 30 % de l’activité. « Nous avons récemment gagné l’appel d’offres pour gérer les déplacements en train du ministère des Finances. Nous avions gagné celui de l’Environnement en 2015 », rappelle Audrey Détrie.

    L’Europe reste pour le moment le cœur de l’activité. « Cela ne nous empêche pas de développer des partenariats ailleurs dans le monde », ajoute Audrey Détrie. Trainline a ainsi conclu en février un partenariat avec Japan Rail Pass, qui permet de voyager partout au Japon, où le train est très présent (20 millions de touristes par an).

    Fin mars, Trainline a également annoncé un partenariat avec le transporteur autrichien ÖBB, lui permettant de proposer à ses utilisateurs des billets de train et de bus en Autriche. « Les utilisateurs de Trainline peuvent également combiner, sur un seul voyage, les billets de transporteurs de pays voisins comme l’Italie, l’Allemagne, et la République tchèque », précise l’entreprise.

    Trainline parie aussi sur le développement des ventes sur le web et sur mobile. « Aujourd’hui seulement 30 % des billets sont achetés en ligne en Europe (mais c’est plutôt 45 % en France, où le marché est plus mature). On a des concurrents sur certains segments mais pas sur une offre aussi exhaustive et européenne que la nôtre », souligne encore Audrey Détrie qui voit Trainline comme une « force de frappe touristique ! »

    Trainline cherche à travailler avec les régions qui souhaitent attirer des touristes en leur faisant prendre le train. Et affirme avoir finalement noué une relation positive avec la SNCF puisqu’elle contribue à apporter de la clientèle ferroviaire. Il semble donc loin le temps où Captain Train devait se battre pour obtenir des informations de la part de la SNCF… Trainline est toujours en concurrence directe avec OUI.sncf, le distributeur en ligne de la SNCF mais les regards auraient changé. « Nous travaillons main dans la main avec la SNCF qui partage avec nous ses objectifs. Nous les aidons à les réaliser en leur apportant des voyageurs », affirme Audrey Détrie. Avant d’ajouter : « Nous avons d’ailleurs été la seule agence en ligne, avec OUI.sncf, à vendre l’abonnement TGV Max. » Tout un symbole.

    Marie-Hélène POINGT

  • Réforme ferroviaire : les syndicats critiquent une « marche forcée »

    Réforme ferroviaire : les syndicats critiquent une « marche forcée »

    La grève des cheminots a été de nouveau très suivie les 8 et 9 avril, même si le taux de grévistes de 24,9 % le 9 avril est un peu en retrait comparé à la fois précédente ce qui est classique, a estimé la SNCF .  A l’issue des nouvelles réunions de concertation avec le gouvernement les 5 et 6 avril, les syndicats de la SNCF avaient en effet dénoncé « une mascarade ». Selon Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, le gouvernement « brode », « n’a pas de propositions » et ne « règle pas les problèmes », donc « la grève se poursuit » car « les revendications des cheminots n’ont pas été entendues ».

    « Le gouvernement avance à marche forcée pour tenter de nous asphyxier. On est dans une situation où le mouvement social risque bien de se durcir », a aussi estimé Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire.

    Du côté du ministère des Transports, on maintient que les négociations avec les organisations syndicales avancent. De nombreuses dispositions liées aux conditions sociales doivent être discutées dans le cadre de la convention de branche. Les discussions pourront s’étaler pendant plusieurs mois. D’où les protestations des syndicalistes fustigeant la méthode et le calendrier décidés par le gouvernement qui brandit la fin du statut pour les futurs embauchés et renvoie à plus tard la définition de leurs droits dans la convention de branche. Parmi les points de blocage, l’un est particulièrement sensible : le transfert obligatoire de cheminots à une autre compagnie ferroviaire que la SNCF si celle-ci perd un contrat. Même si le gouvernement a indiqué que l’on ferait appel principalement au volontariat, on ne sait toujours pas ce qui se passera en cas de refus d’un cheminot de quitter la SNCF.

    Parallèlement, le Parlement est entré dans le vif du sujet la semaine dernière avec l’examen en commission du projet de réforme. Hier, dans l’hémicycle, les députés ont adopté le principe de la transformation du groupe public ferroviaire en société anonyme à capitaux publics à compter du 1er janvier 2020. Le gouvernement, qui a déposé des amendements sur l’ouverture à la concurrence et devait en déposer de nouveaux sur l’organisation de la SNCF, a aussi proposé aux organisations syndicales de faire des propositions d’amendements, ce qu’a fait la CFDT Cheminots ainsi que l’Unsa-Ferroviaire. Au total quelque 300 amendements ont été déposés. Les députés de gauche ont mené l’offensive contre le projet de réforme ferroviaire, en multipliant les interventions, tandis que devant l’Assemblée nationale des cheminots manifestaient leur opposition. Toutefois, les débats devraient être menés sur un rythme soutenu puisqu’un premier vote solennel est prévu le 17 avril. Avec au bout quelques portes de sortie de grève ?

    Le gouvernement a toutefois prévenu plusieurs fois qu’il resterait ferme sur deux principes : la fin de l’embauche au statut à la SNCF dans le futur (à une date qui reste à préciser et qui peut faire l’objet de négociations) et la transformation des trois Epic SNCF en sociétés anonymes à capitaux publics incessibles dans le but de créer une société plus intégrée. Gares & Connexions devrait être rattaché à SNCF Réseau sous une forme (dilution ou filiale ?) qui reste à préciser.

    Quant à la dette, la réforme ne la laissera pas de côté, promet-on du côté du gouvernement, mais elle n’a pas vocation à être traitée par la loi. Comment sera-t-elle reprise et pour quel montant ? Le Président de la République pourrait s’exprimer sur la question jeudi. « Ce dont on peut être sûr, c’est que ce qui sera créé sera viable », assure-t-on au ministère des Transports.

    M.-H. P.

  • Eurostar relie Londres et Amsterdam en 3 heures 41… aller simple

    Eurostar relie Londres et Amsterdam en 3 heures 41… aller simple

    Comme prévu, Eurostar a officiellement lancé sa nouvelle desserte Londres – Amsterdam le 4 avril, avec un premier départ de la gare de Saint-Pancras à 8h31 (heure locale). Mais si deux relations sans changement et en un temps record sont maintenant proposées chaque jour de Londres à la Belgique (Bruxelles en 1 heure 48) et aux Pays-Bas (Rotterdam en 3 heures 01 et Amsterdam en 3 heures 41), il n’en est pas encore de même pour les sept relations proposées dans l’autre sens. D’Amsterdam et Rotterdam, les voyageurs continuent donc de voyager sur Thalys jusqu’à Bruxelles-Midi, où les contrôles de passeports et de sûreté ont lieu avant une correspondance par Eurostar. Mais selon ce dernier, un accord devrait être mis en place par les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas concernant le contrôle des passeports « d’ici la fin de l’année 2019 afin de permettre de profiter d’un service direct dans les deux directions ».
    « A moyen terme », Eurostar devrait « capter un peu plus d’un quart de part de marché à l’aérien soit plus d’un million de passagers » selon Eurotunnel, qui « salue la naissance d’une nouvelle liaison ferroviaire entre le Royaume-Uni et le continent ». En attendant, l’aller simple Londres – Amsterdam est proposé à partir de 35 livres (40 euros).

    P. L.

  • Réforme ferroviaire. L’avis de la classe politique

    Réforme ferroviaire. L’avis de la classe politique

    Le 3 avril était le premier jour du conflit à la SNCF. C’était aussi le début du débat parlementaire sur le « pacte ferroviaire » du gouvernement. Jusqu’à présent, on avait surtout entendu le gouvernement d’un côté, les syndicalistes de l’autre. Les politiques entrent en scène. À l’Assemblée nationale, le groupe LREM, son allié Modem, et les centristes de l’UDI sont favorables à la réforme. Les Républicains, assez d’accord sur le fond, ont plus de mal à en convenir. Du PS au PC via La France insoumise, la gauche est opposée au texte gouvernemental. Deux points font tiquer la plupart des députés. La méthode expéditive du gouvernement. Et, sur le fond, la question de la dette qui n’est pas réglée.

     

    Christian Jacob
    (Les Républicains) : « Une réforme mal préparée »
    Sur LCP, Christian Jacob, président du groupe, a demandé le 3 avril le retrait des ordonnances accompagnant la réforme de la SNCF afin que le Parlement puisse juger « en transparence » du contenu du texte. Pour lui, « ce sont les usagers qui payent la note d’une réforme mal préparée ».
    Rappelons aussi que Maël de Calan, proche d’Alain Juppé et candidat malheureux à la présidence du groupe, juge que le « statut des cheminots est complètement anachronique et doit être réformé ».
    Un porte-parole, devant la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale, se veut critique sur « le service fourni par la SNCF ». Le groupe sera particulièrement attentif sur les pouvoirs attribués aux régions et sur les questions de transfert de matériel. Il regrette que le texte législatif actuel occulte la question de l’aménagement du territoire.
    Pour sa part, Dominique Bussereau ancien ministre, démissionnaire des Républicains, se dit naturellement favorable à la réforme et nous rappelle qu’il a « toujours été pour un changement de statut de la SNCF, favorable à un mode de recrutement nouveau, et favorable aux textes européens ». Soutenant l’ouverture à la concurrence dans les TER, il pense qu’on peut en attendre des avantages « non seulement en termes de coûts mais aussi de qualité de service et d’offre ». Un accord de principe qui ne l’empêche pas de regretter un climat de SNCF bashing, qui amène à mélanger des questions distinctes, de statut et la dette.

     

    Jean-Baptiste Djebbari
    (La République en marche) : « Un besoin politique de dire ce qu’on va faire sur la dette ».
    Présentant le 3 avril devant la commission du Développement durable le projet de loi sur un nouveau pacte ferroviaire, dont il est le rapporteur, et qu’il soutient par définition, Jean-Baptiste Djebbari a indiqué qu’il déposerait un amendement pour maintenir l’avis conforme de l’Arafer sur la fixation des péages ferroviaires. Le député LREM de la Haute-Vienne compte aussi demander au gouvernement d’éclairer le débat sur les petites lignes et de déterminer quels sont les moyens nécessaires pour les maintenir. Particulièrement les lignes qui voient passer moins de 20 trains par jour. Il reconnaît par ailleurs, selon Les Echos, qu’« il y a un besoin politique de dire ce qu’on va faire sur la dette, quand et comment ».

     

     

    Didier Le Reste

    (Parti communiste) : « Contre l’ubérisation de la société »
    Pour le conseiller de Paris, ancien secrétaire général de la Fédération CGT Cheminots, « on dit qu’il s’agit de rendre le chemin de fer plus efficace, mais c’était déjà ce qu’on disait lors de la réforme de 2014. Et on devait s’attaquer à l’endettement du système ferroviaire. Rien n’a été fait. Cette réforme ne s’attaque pas au désendettement, qui est une question cruciale. Et Macron ne peut pas faire de chantage : nous vous désendettons à condition que vous changiez… Les 47 milliards de dette de Réseau, c’est une dette de l’Etat. » Didier Le Reste défend, avec la CGT, la création d’une caisse de défaisance, libérant les comptes du poids de la dette, et propose en plus que « la BCE porte la dette sur le long terme, dans le cadre d’un plan de développement des infrastructures européennes. »
    De plus, dit-il, « je ne vois pas qu’il soit question dans la réforme de développement du train. On dit que ce n’est pas à Paris qu’on doit décider des lignes secondaires. En fait, elles vont tomber à terme dans les régions, avec les gares. Ce sera un coup terrible porté à l’aménagement du territoire. »
    Le changement de statut juridique de la SNCF ? « Le gouvernement dit que ce n’est pas de la privatisation. On peut en douter, instruits par l’exemple de GDF, de France Telecom et d’EDF. Les actions incessibles ne le seront pas longtemps. Et on perd l’avantage qu’offre l’Epic SNCF ; sans la garantie de l’Etat, les frais financiers augmenteront, donc les péages et de ce fait les tarifs. »
    Socialement, « la SNCF n’est pas loin d’être à l’os. La SNCF a perdu 25 000 emplois depuis 2008, va en perdre 24 000 d’ici 2023. En 2008, elle avait 34 milliards de dette, aujourd’hui 53 ». Et il dénonce dans le projet de réforme une volonté d’aligner les conditions sociales sur la base et « d’ubériser la société ».

     

    Christophe Bouillon
    (Parti socialiste) : « Une transposition ultralibérale »
    « On aurait pu éviter la grève », dit le député de Seine-Maritime, responsable pour ce texte du groupe Nouvelle gauche. Il regrette « deux provocations : vis-à-vis des assemblées, l’urgence, qui n’était pas nécessaire. Et, vis-à-vis des cheminots, la provocation sur le statut », qui a conduit à la grève.
    Le député PS remarque que « la dette perdure, alors que ce qui va aux frais financiers ne va pas à l’investissement ».
    Statut des entreprises ? Le 4e paquet ferroviaire, qu’ont voté les socialistes, « ne force pas au changement de statut des entreprises ou des cheminots ». Bref, pas d’accord avec « une forme de transposition ultralibérale du gouvernement ». Pour lui, « SNCF Réseau doit rester un Epic ». Et Mobilités ne doit pas être transformé en simple SA (on se méfie de l’incessibilité des actions), mais en « SA à objet social étendu, qui permette de bien verrouiller le ­caractère public du système ».
    Sur l’organisation du travail, Christophe Bouillon rappelle que la loi de 2014 poussait à une convention collective. De plus, « un effort propre à la SNCF a donné lieu à un accord sur la formation professionnelle dans des négociations avec l’UTP : le dialogue social avance. On fait comme si ce n’était pas le cas ».
    La loi de 2014, de plus, est loin d’être négligeable. « Elle a créé les trois Epic, en répondant à des questions d’organisation, a institué la règle d’or, a permis le décret-socle pour l’élaboration d’une convention collective, a rendu obligatoire les contrats de performance entre les Epic et l’Etat, avec une trajectoire budgétaire et d’investissement. »
    Le groupe va déposer des amendements, par exemple sur les statuts, sur la création d’un pôle d’appui pour aider les exécutifs régionaux à avoir une connaissance solide du transport régional pour les futures délégations de service public. Et va proposer un observatoire des tarifs parce qu’il n’est pas sûr que la concurrence, « ce soit le bonheur partout ».

     

     

    Loïc Prud’homme
    (La France insoumise) : « Le statut est un rempart »
    Pour le député représentant la France insoumise, Loïc Prud’homme, le bilan actuel est catastrophique avec les milliers de kilomètres de voies vétustes, le réseau secondaire délaissé, et la séparation entre le transporteur (SNCF Mobilités) et le gestionnaire des infrastructures (SNCF Réseau), qui est à l’origine des « graves incidents » de ces derniers mois, comme la panne informatique géante de la gare Montparnasse l’été dernier.
    Pour le député de Gironde, le statut des cheminots reste un rempart pour garantir la qualité de service et la sécurité. Et de prévenir prévient que son groupe « défendra farouchement ce que doit être un modèle ferroviaire présent sur tout le territoire et accessible à tous ».

    Bertrand Pancher
    (Union des démocrates et indépendants) : « Une bonne réforme qui était attendue »
    Parmi ses soutiens, le gouvernement pourra compter sur l’UDI. Bertrand Pancher, a indiqué que son groupe « votera cette réforme sans état d’âme ». Le député UDI de la Meuse connaît bien le système ferroviaire. Il avait rédigé avec l’ancien député socialiste Gilles Savary un rapport sur le bilan de la réforme ferroviaire lancée en 2014. Aujourd’hui, il juge que le projet porté par le gouvernement est « une bonne réforme qui était attendue ». Selon lui, « personne ne doit être surpris, ni de son calendrier ni de son contenu. C’est dans la droite ligne du quatrième paquet ferroviaire. Depuis des années, on sait que la SNCF va devoir s’ouvrir à la concurrence. Donc, ce n’est pas une réforme révolutionnaire ».
    Un bémol, la méthode. « Nous avons toujours souhaité que cette réforme et ses conséquences directes sur le fonctionnement de la SNCF donnent lieu à des débats et à des échanges avec les organisations syndicales ». Et il a regretté le recours aux ordonnances. Aujourd’hui, il se « félicite » de la décision des pouvoirs publics de remplacer les ordonnances par des amendements qui pourront être discutés, pour ce qui touche à la concurrence.
    « Cette procédure nous apaise. Mais il serait aussi utile de préciser ce qu’on attend de notre opérateur ferroviaire national et de quels moyens il disposera pour remplir ses missions. Nous avons besoin de connaître l’échéancier de la dette et de connaître l’accompagnement financier en termes d’aménagement du territoire. Il aurait été utile d’avoir une loi d’orientation ferroviaire avant. Nous l’aurons après. Le gouvernement n’a pas eu d’autres choix que de s’engager comme il l’a fait pour des raisons de calendrier ».
    Bertrand Pancher compte également soutenir un amendement sur le maintien de l’avis conforme de l’Arafer sur la tarification des péages, donc sur la nécessité d’avoir un régulateur fort.

    François Dumont et Marie-Hélène Poingt

  • Grand Paris :  un livre pour refaire le match

    Grand Paris : un livre pour refaire le match

    En février dernier, le gouvernement confirmait la réalisation de l’intégralité des 200 km de lignes de métro du Grand Paris Express d’ici 2030, tout en revoyant le calendrier des tronçons (voir aussi Grand Paris Express : la moitié de la vérité). Dernier épisode de nombreuses années de tractations au cours desquelles le projet a pris forme. Cette histoire, Pascal Auzannet la relate dans un livre. Aujourd’hui président d’Ixxi, filiale de la RATP, il a été au cœur du projet depuis ses débuts. Le club VR&T l’a reçu le 10 mars.

     

    Quels ont été les déclencheurs, les moteurs et les acteurs nécessaires pour que la région capitale voit enfin se concrétiser l’aménagement du métro automatique autour de Paris ? Pascal Auzannet le relate dans son ouvrage : Les secrets du Grand Paris. Il était l’invité du Club Ville Rail & Transports aux côtés de deux autres protagonistes du dossier, Bertrand Lemoine, ingénieur et architecte, qui fut directeur général de l’Atelier international du Grand Paris et Jacques Baudrier, conseiller de Paris, délégué à l’Architecture et aux Grands projets de renouvellement urbain, l’un des spécialistes du financement du Grand Paris Express. « Il m’a semblé important d’expliquer les méthodes, d’évoquer les coulisses et les rapports de force qui ont permis de coconstruire ce projet avec des interlocuteurs au départ opposés, explique Pascal Auzannet. Tout a commencé en 2004 par un projet qui concernait 40 km de rocade, pour finalement aboutir à la décision de construire 200 km de métro automatique. Entre-temps, il y a eu des entrées en scène, des sorties, des tensions et des cycles dans la prise de décision. » Notes confidentielles à l’appui, il dit comment les décisions ont été prises.

    Pour lui, le Grand Paris Express n’aurait pu voir le jour sans la vision qu’en avait Nicolas Sarkozy. « Il faut relire son discours fondateur de 2009, tout y est. » Le Grand Paris, c’est pour lui « la Pyramide du Louvre de Nicolas Sarkozy ». Au départ, on le sait, Jean-Paul Huchon, alors président du conseil régional d’Ile-de-France, était réservé sur le projet. L’histoire ne se résume pas à cette seule opposition. « Avec mon livre, j’ai voulu refaire le film avec tous les acteurs », explique l’auteur qui a mis au générique Christian Blanc, Maurice Leroy, Claude Bartolone ou encore Christian Favier dans les rôles principaux. « J’ai raconté comment avec le temps on a assisté à une appropriation territoriale du projet. C’est ce qui a fait la force du Grand Paris, son ancrage territorial. C’est pour cette raison que je n’ai jamais douté que le projet soit confirmé dans son intégralité. Le premier ministre, Edouard Philippe a bien vu que renoncer à un tronçon était impossible en raison de cette appropriation très forte. »
    Bertrand Lemoine a dévoré le livre « qui raconte de manière assez rare la genèse du projet de métro automatique, y compris les relations personnelles. Mais le titre aurait dû être Les secrets du Grand Paris Express », critique-t-il. Car pour lui, le Grand Paris c’est plus qu’un futur métro, « une réalité dont on a pris conscience. Il a fallu trois générations pour constituer une mégapole parisienne de 12 millions d’habitants. En 1910, Paris c’était trois millions d’habitants, la banlieue 800 000. En 1960 on avait trois millions d’habitants à Paris et cinq millions dans sa couronne et aujourd’hui on a 2,9 millions d’habitants à Paris et plus de six millions pour la banlieue. On était resté sur un schéma mental de Paris avec une frontière administrative, alors qu’on est sur un grand territoire très peuplé qui représente 30 % du PIB de la France, une locomotive économique où se trouve un tiers des étudiants. Cette prise de conscience amène à considérer les enjeux de mobilité qui concernent pour un tiers les déplacements domicile – travail. Ces déplacements se font majoritairement en transport public, en vélo ou à pied à Paris, tandis qu’en périphérie 85 % se font en voiture. Le transport est très important dans une mégalopole qui augmente de 50 000 habitants/an, qu’il faut loger, où il faut créer des équilibres des quartiers, travailler à l’image internationale, à l’attractivité. » Il se souvient : « En 2010, il fallait convaincre les architectes de débattre sur les transports avec deux projets en confrontation, celui de l’Etat et celui de la région. Une fois constaté que les différences n’étaient pas si grandes, on a pu faire un projet commun de Grand Paris Express. »

    Jacques Baudrier rappelle être arrivé dans cette histoire par hasard. « Elu local communiste du XXe arrondissement, je me suis retrouvé en charge des Transports et de la Voirie en 1999. Ce qui m’amène à m’intéresser aux questions de transport et à me rendre compte qu’on avait sous-investi pendant des années et qu’il fallait investir dix fois plus à l’avenir. J’ai vite eu la conviction qu’il fallait faire un métro autour de Paris et trouver des recettes dédiées pour le financer, via la taxe locale sur les bureaux et les hypermarchés, de manière à pouvoir investir deux milliards d’euros par an. Gilles Carrez a fait la même analyse, pour arriver au même résultat », s’amuse-t-il. Entre 2004 et 2008, Jacques Baudrier raconte avoir vu passer des rapports bien argumentés en faveur de la construction d’une rocade autour de Paris. « Si ce projet a abouti, c’est grâce au travail de persuasion de Pascal Auzannet qui a fait un lobbying permanent, alors que le Stif disait qu’il n’y avait pas d’argent et qu’on ne le ferait jamais. Mais aussi parce que les gens voulaient ce métro. » Et pour lui, la décision de réaliser le GPE n’est pas la fin de l’histoire. « Ce qui est programmé ne résout pas tout en Ile-de-France. Il faut prévoir le coup d’après. Le GPE permet de passer de 200 millions d’investissements annuels à deux milliards, mais il manque encore quelques projets complémentaires, dont la ligne nouvelle Paris – Normandie ou le prolongement de la ligne 18 vers Montgeron, pour lesquelles il faut trouver dix milliards pour après 2030. Ce qui implique de se mobiliser dès aujourd’hui. » Bertrand Lemoine poursuit : « La mobilité lourde est importante, mais ce n’est pas la seule chose à faire, il faut une vision sur la constitution d’une métropole, lutter contre l’étalement urbain, être plus polycentriste et plus volontariste. Il y a des choses qui se dessinent, de nouvelles polarités qui vont émerger. Il faut une vision des équilibres des territoires pour qu’en 2050 les gens puissent mieux vivre dans la mégapole. »

    26 janvier 2011 : une date clé
    Tous les acteurs s’accordent sur le fait que le virage clé du dossier a été pris le 26 janvier 2011, date de la signature de l’accord entre Maurice Leroy, ministre de la Ville, chargé du Grand Paris et Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, pour la réalisation du projet. Le Grand Paris avait souffert de l’inimitié entre Christian Blanc, qui était secrétaire d’Etat chargé du Développement de la Région capitale et Jean-Paul Huchon. Nicolas Sarkozy pensait que tous deux rocardiens fidèles, ils s’entendraient. Pari perdu. « Leurs mauvaises relations ont pénalisé le projet. » L’affaire des cigares obligera Christian Blanc à démissionner, et Maurice Leroy qui lui succédera en 2010, permettra aux choses de se débloquer. « La relation entre les hommes, cela joue aussi. Entre Leroy et Huchon il y a eu une alchimie, cela a matché, se souvient Pascal Auzannet. Cela a permis d’avancer. Christian Blanc était l’homme de la situation pour lancer le projet. Pas pour arriver à un accord avec Huchon. » Outre des problèmes relationnels, les deux hommes avaient des logiques trop différentes, estime l’auteur des Secrets du Grand Paris. « Jean-Paul Huchon mettait habilement l’accent sur l’amélioration du transport du quotidien et Christian Blanc avait une méthode de fonctionnement « confidentielle défense ». Il mettait de la tension dans les relations, recevait tout le monde en secret, rien ne transpirait. Même l’emplacement des gares était tenu secret. J’avais pour consigne de mettre le plan des gares au coffre-fort le soir. Sa méthode ne pouvait pas mettre tout le monde d’accord. Après son départ, il y a eu un travail de convergence sur deux projets entre MM. Huchon et Leroy. Ce dernier, ancien militant PC, qui avait ensuite travaillé avec Pasqua dans les Hauts-de-Seine, connaissait beaucoup d’élus, avait une méthode ouverte, transparente. Il avait créé un Club du Grand Paris qui se réunissait chaque semaine pour que l’on construise ensemble. Et, alors que Christian Blanc s’occupait du Grand Paris, mais que le contrat de plan était piloté par le ministère de Borloo, Maurice Leroy s’est aussi occupé du contrat de plan. C’est comme cela qu’on a pu arriver à l’accord de janvier 2011, en travaillant sur la convergence et à parler d’un investissement d’ensemble de 32 milliards, dont 20 pour le métro. Le texte signé ne traitait pas le calendrier et le financement était sous-évalué, mais on était parvenu à un accord sur les tracés et la localisation des gares. Cela a été possible parce que Maurice Leroy a fait entrer Claude Bartolone. C’est lui qui a proposé un tracé pour ce qui est devenu l’est de la ligne 15, ramené dans le jeu des gens qui étaient très réservés et permis qu’on avance progressivement. La région a senti la pression des territoires qui voyaient l’intérêt du projet et a fini par basculer. C’est comme cela que Jean-Paul Huchon a signé l’accord de 2011. Au final, tout le monde s’en est sorti par le haut. »

    Pourquoi a-t-il fallu une décennie pour préparer le sujet ? Par manque de vision, estime l’auteur du livre. « En France, il y a eu Haussmann, Bienvenue, Delouvrier, mais après il n’y a plus eu de vision. Rocard avait essayé mais n’a pas été soutenu par François Mitterrand et, dans les années 90, Eole et Meteor avaient laissé le traumatisme de très importants surcoûts. Le contrat de plan signé en mars 2000 entre l’Etat et la région l’avait été sans vision. C’est la RATP qui a pris l’initiative de rentrer dans le jeu avec son projet de métrophérique et qui a remis le sujet en débat au sein de la région. L’Etat est longtemps resté absent avant que Nicolas Sarkozy ne reprenne la main. Le fait qu’il s’implique, parle de région capitale, crée la société du Grand Paris, a permis qu’on avance et que les territoires entrent en jeu. »

    Jacques Baudrier confirme. « En 2004 il y avait un manque total de vision. Avec son projet, la RATP a donné du souffle. » Bertrand Lemoine regrette lui aussi qu’il ait fallu tout ce temps pour décider de lancer le GPE. Mais il l’explique : « Dans les pays totalitaires c’est plus facile d’aller vite quand on a du retard à rattraper. Chez nous le processus de décision politique n’est pas tourné vers la vision d’avenir mais vers les échéances électorales. Il ne faut pas sous-estimer les oppositions gauche/droite, région/Etat, RATP/SNCF dans les processus de décision. » Il rappelle que 30 milliards d’investissement, c’est deux milliards par an. « Rien de scandaleux comparé au PIB d’Ile-de-France, région plus riche que la Suisse. Mais on sait qu’il y aura des dérives de coûts, des études ont démontré qu’elles étaient de 45 % en moyenne pour les projets ferroviaires », assure-t-il.


    Pas facile de faire baisser
    les coûts
    En donnant son accord pour le GPE, le premier ministre a aussi demandé de faire baisser le coût du chantier de 10 %. Un exercice auquel Pascal Auzannet est rompu. « Sachant que le trafic sera très différent selon les tronçons, on avait proposé dès 2010 de revoir le dimensionnement… ce qui avait été taxé de discrimination territoriale, rapporte Pascal Auzannet. On a pu en redimensionner quelques-unes, ce qui a permis trois milliards d’économie. Pour le reste, il faut que l’Etat s’affirme comme maître d’ouvrage et donne les moyens à la société du GPE de réduire le coût du chantier. » Ce que Jacques Baudrier confirme : « Ce n’est pas avec 220 salariés que la SGP peut vérifier les coûts de 30 milliards d’investissements. Il faudrait au moins 500 personnes pour le faire. Le risque de cette situation, c’est que pour faire des économies, on enlève des fonctionnalités plutôt que de chercher à payer moins cher ce qui sera facturé aux usagers », prévient-il.

    Pour que le chantier revienne moins cher, on aurait aussi pu faire davantage de lignes aériennes. « C’était le souhait de Christian Blanc, mais les élus se sont battus contre. Ce ne sont pas eux qui payent. On y a renoncé pour pouvoir avancer et seul 10 % des lignes seront aériennes », regrette Pascal Auzannet qui estime que les politiques auraient dû faire preuve de plus de fermeté. « Ils auraient pu dire aux élus, si on ne fait pas de lignes aériennes, il n’y aura rien. » « On aurait aussi pu aussi réutiliser des lignes ferroviaires existantes et faire un million d’économie sur la ligne Est, assure Bertrand Lemoine. Claude Bartolone a refusé pour des raisons psychologiques. Il est vrai que les lignes aériennes ont mauvaise réputation à cause du RER qui fonctionne mal. Mais on a quand même fait quelques économies en réduisant la taille de certains quais. »

    Les délais annoncés sont-ils réalistes ? « Pour parvenir à tenir les objectifs fixés, il faut construire 18 km par an pendant dix ans, ce qui n’a jamais été fait, reconnaît Pascal Auzannet. Ce qu’on annonce pour 2024 sera peut-être terminé en 2026. Il y aura sans doute des retards, mais ce n’est rien par rapport à l’histoire du Grand Paris », conclut-il.

    Epilogue
    « Ce livre est un zoom sur les processus de discussions politiques, résume Pascal Auzannet. Son objectif est de comprendre comment s’est construit le projet, pour lequel il a fallu trouver les bons acteurs. On a mis en place des méthodes différentes suivant les époques. Je retiens qu’il faut une vision et que c’est l’Etat qui a pris la main en rentrant dans le jeu. Que l’ancrage territorial a permis de porter le projet sans possible retour en arrière. C’est sa force d’avancement. Le fait d’être sur le dossier depuis le début m’a donné une continuité et permis de faire passer à un ce qu’un autre n’avait pas accepté. Pour le mener à bien, il a fallu une conjonction d’éléments, des hommes et des femmes politiques de qualité, la vision de Christian Blanc, l’investissement de Maurice Leroy, sa méthode, sa conviction, son écoute et une volonté d’aboutir qui ont permis de fédérer. Je note aussi l’importance d’acteurs territoriaux comme Christian Favier ou Claude Bartolone. Et au final, je ne peux que me réjouir qu’il ait été décidé de faire tout en même temps. »

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • TER et petites lignes : pas besoin d’amputer le malade pour le guérir

    TER et petites lignes : pas besoin d’amputer le malade pour le guérir

    Exercice de lucidité sur un cercle infernal, ses causes et les moyens d’en sortir

    Par Bruno Meignien, chargé d’études ferroviaires au Cerema

     

    Entre dégradation de l’infrastructure, faiblesse des trafics et importance des subventions, une partie considérable du réseau ferroviaire reste menacée. Malgré les efforts des régions, la pensée dominante se résume toujours par la formule « pas de trafic → pas de potentiel → pas d’avenir ». Cette tribune vise à montrer que l’on confond causes et symptômes – ces derniers étant mal mesurés – dans un jeu d’acteurs qui n’incite pas à rechercher l’optimum. Nouvelle évaluation du réseau et amélioration de l’exploitation sont des préalables indispensables avant de statuer au cas par cas sur le potentiel et donc l’avenir des petites lignes. Pour chacune d’entre elles, cet avenir est clair : la fermeture pure et simple, ou l’utilisation maximale et optimale des moyens à disposition, compte tenu de la demande. Conserver des actifs coûteux pour quelques circulations quotidiennes rend l’effort public par voyageur insensé. Mais encore faut-il raisonner en centimes d’euro par voyageur.km et non pas en euros par train-km. Et intégrer dans notre culture ferroviaire la place centrale que doivent occuper les études d’exploitation.

    Les petites lignes sont-elles
    un grand problème ?
    Les lignes « UIC 7 à 9 », supposées correspondre au réseau secondaire, représentent en 2018 pas moins de 44 % du réseau ferré national, soit 12 500 kilomètres de lignes, qui se divisent en deux groupes : 3,400 km n’accueillent que des trains de fret pour des dessertes locales – sujet à part entière que nous n’aborderons pas ici – et 9 200 km sont parcourus par des trains de voyageurs, essentiellement des TER. Il s’agit globalement des sections les moins utilisées du réseau, ce qui est au cœur de la problématique.
    Sur ces 9 200 km, il faudrait mobiliser plus de cinq milliards d’euros pour assurer le renouvellement d’environ 6 500 kilomètres devant être traités dans les dix prochaines années, selon SNCF Réseau. C’est beaucoup, pour un trafic modeste. Mais l’achèvement d’Eole à lui tout seul est d’un coût d’investissement assez voisin (six milliards d’euros, matériel roulant inclus), financé par la collectivité.
    Par ailleurs, il n’échappera à personne que devoir rénover 70 % du réseau « secondaire » sur dix ans n’est pas une situation normale. Traiter ces lignes serait d’abord un rattrapage après des décennies de sous-investissement – permettant de plus de baisser fortement les coûts de maintenance et de supprimer les ralentissements – là où les opérations de grande envergure sur le réseau structurant engloutissent régulièrement milliards sur milliards d’argent public. Trois milliards d’euros pour renouveler tous les trains du RER A ; neuf milliards envisagés pour le seul tunnel du projet Lyon – Turin ; peut-être 38 milliards pour le Grand Paris Express. Les 18 milliards de surcoûts de ce dernier projet, appliqués au réseau TER dans son ensemble, n’en feraient peut-être pas un système de qualité suisse, mais on s’en approcherait.
    Autre élément régulièrement mis en avant : ces lignes sont largement déficitaires, au quotidien. Chaque train coûte plus qu’il ne rapporte. Certes, mais les RER et Transilien sont dans la même situation, et dans des proportions en valeur absolue bien plus pesantes pour les finances publiques.
    Raisonner uniquement en valeur absolue n’est pas satisfaisant, mais évacuons d’emblée les extrêmes : abandonner la totalité des lignes UIC 7 à 9 ne sauvera pas la dette de SNCF Réseau. A l’inverse, certaines lignes font figure de causes perdues. Il faut donc faire des choix, ce qui renforce le besoin d’une bonne grille d’évaluation du réseau.

    Groupes UIC : porte-t-on
    les bonnes lunettes ?
    Il est d’usage de distinguer « petites » et « grandes lignes » par la classification UIC, harmonisée au niveau européen par l’Union internationale des chemins de fer (UIC), d’où son nom. Or, son critère de calcul est le tonnage. Plus la voie est chargée, plus l’on s’approche du groupe UIC 1, et inversement les lignes UIC 9 sont celles qui supportent le tonnage le plus faible. Rien de plus logique pour un indicateur destiné à définir une politique de maintenance des voies. De là à l’utiliser comme outil stratégique pour l’évolution du réseau voyageurs, il y a un pas que d’aucuns ont franchi sans trop de précautions. Rennes – Saint-Malo, 50 trains par jour dont huit TGV, est ainsi classée UIC 7, donc « petite ligne » ! Toulouse – Colomiers, malgré plus de 70 TER par jour, est classée UIC 8. Avec trois fois moins de trains (mais bien plus lourds, car transportant des marchandises), la rive droite du Rhône est classée UIC 4.

    Rennes – Saint-Malo est classée comme petite ligne alors qu’elle voit passer 50 trains par jour, dont huit TGV (ici en gare de Saint-Malo).

    Conséquence : avec un mauvais indicateur, on aboutit à une mauvaise lecture de l’utilisation du réseau, qui plus est avec des TER qui recourent massivement à des automoteurs légers : un seul train fret classique de 1 800 tonnes brutes « vaut » ainsi autant que 12 circulations en automoteurs de grande capacité (AGC) quadricaisses.
    Une vision stratégique du réseau ferroviaire voyageurs passe donc nécessairement par la définition de nouveaux indicateurs, adaptés à ce qu’on leur demande, à savoir : d’une part donner une image représentative de la desserte actuelle, et d’autre part estimer le potentiel d’une ligne ferroviaire pour la desserte d’un territoire.

    Desserte actuelle :
    pourquoi si peu de trains ?
    3 500 km de lignes voyageurs sont circulées par moins de dix trains par jour. Préserver un système de transport aussi coûteux que le ferroviaire pour au plus cinq allers-retours quotidiens pose question. Les causes de ce faible usage sont multiples et cumulatives.
    La technique ferroviaire est en partie responsable : nombre de lignes ne disposent que d’équipements modestes de signalisation, n’autorisant qu’un faible nombre de circulations journalières.
    Estampillées « secondaires », ces lignes passent le plus souvent après les grands axes dans l’attribution de la capacité dans les grands nœuds. Cas d’école avec Lille – Comines, intégralement dans la métropole lilloise, qui se contente en semaine de cinq allers-retours par jour dont le dernier quitte Lille vers 17h15. Qu’importe si le train, même à 40 km/h sur une infrastructure à bout de souffle, ne met que 27 minutes contre 75 minutes par l’autobus Transpole qui, lui, passe tous les quarts d’heure.
    Enfin et surtout, l’appréhension du coût du service repose sur un malentendu. Les régions, qui n’ont pas des capacités de financement illimitées, pensent faire des économies proportionnelles au nombre de trains supprimés, et sont tentées de limiter l’offre au strict minimum. Et la comparaison avec l’Allemagne semble accabler la SNCF, puisque le train-km (un train qui parcourt un kilomètre) coûte 30 % de plus chez nous, hors infrastructure et achat du matériel roulant. Comment proposer un service consistant dans ces conditions ?
    C’est justement parce qu’on se focalise d’abord sur le coût du km-train qu’on aboutit à un usage aussi faible des capacités existantes du réseau, et qu’in fine ce coût moyen augmente. Nos voisins allemands – et ils ne sont pas les seuls – considèrent le coût d’ensemble du système et cherchent d’a

    Lille – Comines ne compte que cinq allers-retours par jour alors que la ligne de bus qui relie ces villes, en presque trois fois plus de temps, est cadencée au quart d’heure.

    bord à amortir les frais fixes très élevés du système ferroviaire, en utilisant de façon intensive leurs actifs (infrastructure, matériel roulant et personnel).
    Prenons simplement l’infrastructure ; le document de référence du réseau 2019 édité par SNCF Réseau est on ne peut plus clair : le coût marginal d’infrastructure des trains voyageurs est en moyenne inférieur à un euro/train-km sur lignes classiques, avec des variations suivant le tonnage et le type de voie – ici la classification UIC à un sens ! Un doublet de X73500 sur ligne UIC 7 à 9 descend ainsi à 0,60 euro par kilomètre. Or, le coût fixe d’infrastructure actuel lié au TER est de 2,6 milliards d’euros, soit 15 euros/train-km. Le premier train coûte plus cher en infrastructure que les 15 suivants réunis !
    Il serait à ce titre pertinent que la redevance de marché, payée par les régions via SNCF Mobilités pour couvrir une partie des coûts fixes liés aux TER, soit facturée au forfait et non pas au train-km. Cela aurait un effet incitatif pour une utilisation plus intensive du capital.
    L’importance des coûts fixes s’observe aussi du côté de l’opérateur ferroviaire, nous y reviendrons : c’est le premier train qui coûte cher. Très cher.

    Diminuer le coût moyen
    par l’augmentation de l’offre
    En Allemagne, les coûts fixes sont répartis sur un maximum de trains, et donc de voyageurs. Conséquence logique : rapporté au km-train, le coût fixe diminue, et par suite le coût moyen aussi. On constate au passage, et nous y reviendrons, que plus il y a de trains, plus il y a de monde à l’intérieur. Ces deux effets combinés – hausse modérée du coût global, hausse bien plus importante du trafic – font baisser la contribution publique par voyageur transporté, critère de base de la politique ferroviaire allemande.
    A l’inverse, conserver une offre minimale sur une ligne ne fait qu’augmenter le coût au train-km, non seulement pour la région mais dans des proportions encore plus importantes si l’on tient compte de l’infrastructure. C’est le même problème pour les Intercités en France, dont le déficit augmente à mesure que le nombre de trains diminue, tandis que l’infrastructure coûte toujours aussi cher.
    L’Allemagne n’est pas la France, certes. Mais les Corses, sans aller aussi loin que nos voisins d’outre-Rhin, raisonnent de la même manière, avec des résultats éloquents sur la seule période 2012-2015 :
    • Trains-km : +23 %
    • Voyageurs-km : +36 %
    • Contribution publique : – 0 %
    • Contribution publique par voyageurs-km : – 26 %
    Au final, l’Allemagne paie (un peu) plus cher un système ferroviaire régional (nettement) plus utilisé. Ce sujet est au cœur de notre réflexion. Mais, dans le cas français, avant de repenser la façon de produire les trains, il faut d’abord évaluer l’intérêt pour la collectivité des « petites lignes » sur lesquelles ils circulent.

    Potentiel des lignes :
    comment l’évaluer ?
    Répétons-nous : la classification des lignes UIC doit rester un indicateur du besoin de maintenance, ce pour quoi elle a été conçue. Elle n’est pas un outil stratégique de segmentation du réseau. Par ailleurs, remplacer la classification UIC par un indicateur de la desserte actuelle est insuffisant, car l’offre actuelle ne reflète souvent pas la demande. La vision stratégique du réseau doit donc s’appuyer aussi sur l’intérêt des lignes ferroviaires pour les territoires qu’elles desservent. Quelques critères de base pourraient être utilisés :
    • le nombre de circulations actuelles par type d’activités (grandes lignes, régional, fret) ;
    • les temps de trajet actuels, en comparant le train avec l’autocar à nombre d’arrêts comparables et avec la voiture, sur un parcours de centre à centre ;
    • le même exercice, mais sans l’effet des ralentissements pour cause de mauvais état de l’infrastructure ;
    • la densité de population et d’emplois autour d’une ligne, et la tendance démographique ;
    • la chalandise scolaire et la fréquentation des sites touristiques sur le parcours, pour ne pas cantonner le train aux seuls flux pendulaires en heures de pointe la semaine.

    Les pendulaires… Et les autres !
    Le train intéresse trois types principaux de clients : les travailleurs, les scolaires et les occasionnels. On pense généralement d’abord aux premiers. Mais hors des métropoles, les actifs pendulaires ne sont généralement pas captifs du train et sont très sensibles au temps de parcours, pas toujours flatteur dès lors que l’on s’éloigne un tant soit peu de la gare. S’il y a une zone de pertinence en temps de trajet, les horaires doivent être suffisamment nombreux et adaptés pour intéresser ces pendulaires, ce qui n’est souvent pas le cas actuellement sur les petites lignes.
    Les scolaires sont un second vivier de clientèle, auquel on pense déjà moins. Pour peu que l’offre soit coordonnée avec les cars scolaires et les horaires des établissements, elle peut se révéler tout à fait pertinente pour ces clients captifs. La ligne du Blanc-Argent, en région Centre-Val de Loire, transporte ainsi 200 000 scolaires par an sur un territoire pourtant bien peu dense.
    Restent les « occasionnels ». Soit 60 % des déplacements réalisés chaque jour en France. Aller chercher des voyageurs occasionnels non abonnés – qui, au passage, payent bien plus cher les billets et participent donc dans une forte mesure au coût de production – est un moyen de remplir les trains… quand ils existent. Cela suppose une offre régulière tout au long de la journée, et connectée aux grandes lignes pour les touristes. Car oui, avant d’envisager la reconversion de certaines lignes en train touristique, il serait peut-être bon de mettre les touristes dans les TER existants, en leur proposant des horaires attractifs. Et même, allons plus loin, en faisant par exemple appel aux Offices de tourisme pour proposer des circuits intégrant le train dans un parcours culturel ou de randonnée. Cela existe parfois, mais c’est peu connu (exemple dans le Jura sur Dole – Saint-Claude).
    Accessoirement, ces clients qu’on oublie sont aussi ceux des Intercités et du TGV ; la « petite ligne » assure le parcours final depuis « la grande ville ». 40 % des clients du TER Guingamp – Paimpol proviennent des correspondances TER et surtout TGV à Guingamp.

     

    Tours – Loches :
    10 000 à 35 000 véhicules circulent chaque jour sur la route départementale parallèle à cette ligne
    qui ne propose que trois allers-retours quotidiens.

    C’est le premier train qui coûte cher
    Une fois ce tableau brossé, rendre cohérents la desserte et le potentiel de clientèle nécessite des études d’exploitation, pour optimiser la production. Un seul chiffre pour illustrer le faible usage des moyens : en France, un train TER transporte des voyageurs en moyenne moins de 4 heures par jour – 3 heures 40, plus exactement. Cet indicateur d’utilisation n’inclut pas les temps de stationnement aux terminus, de garage/dégarage et de maintenance, mais pas besoin d’être grand expert pour comprendre qu’il y a de la marge pour faire mieux. Un TGV roule un peu moins de 6 heures par jour avec des voyageurs dedans, et l’objectif de la SNCF est d’optimiser leur roulement pour approcher les 8 heures. Un Ouigo, c’est plus de 10 heures. Ces chiffres vont de pair avec l’efficacité des roulements pour les conducteurs et contrôleurs.
    L’optimisation de la production est un facteur majeur d’efficacité de la dépense publique. Elle suppose une meilleure articulation du triptyque desserte/matériel/infrastructure. A commencer par une desserte régulière, ou mieux, cadencée.
    Exemple avec la ligne Tours – Loches, cas d’école du décalage entre l’offre et la demande : trois allers-retours ferroviaires quotidiens, alors que 10 000 à 35 000 véhicules circulent chaque jour sur les différentes sections de la route départementale parallèle. Or, ces trois rotations mobilisent deux autorails. Sans rien changer, avec la même signalisation actuelle simplifiée et les mêmes trains, six allers-retours peuvent être tracés sans difficulté.
    Que coûtent ces allers-retours supplémentaires ? Du gazole, la part d’entretien de la voie et du train dépendant du kilométrage ; et les aiguilleurs, contrôleurs et conducteurs… Quand ceux-ci ne sont pas déjà employés à attendre le retour du train après un stationnement de plusieurs heures. En tout état de cause, le coût marginal est bien moindre que le coût moyen au train-km : c’est le premier train qui coûte cher ! Il faut en finir avec la mesure du coût pour la collectivité en euros par train-km. La région Grand Est l’a bien compris, et en bonne intelligence avec la SNCF, l’offre TER y a été augmentée de 12 % en 2017, à contribution publique inchangée. La subvention en centimes d’euros par voyageur.km, indicateur bien plus pertinent, a ainsi logiquement diminué.

    Fréquence, rapidité
    et cadencement
    Allons un peu plus loin. Nos voisins suisses et allemands prônent le « pilotage par l’horaire ». Le concept est simple : avant de déterminer les travaux et moyens nécessaires sur le réseau ferroviaire et plus localement sur une ligne donnée, il faut réaliser une étude d’exploitation qui permet de déterminer une grille horaire adaptée à la demande et à la production. Les travaux d’infrastructure et les moyens mis en œuvre pour qu’elle fonctionne sont une conséquence de cette grille horaire, et non l’inverse !
    Reprenons l’exemple de Tours – Loches. Relever la vitesse de 75/85 à 110 km/h ne coûterait pas grand-chose, car la voie est quasi rectiligne. Moderniser la signalisation un peu plus. L’ensemble des deux rendrait possible 16 rotations cadencées à l’heure, soit 13 allers-retours supplémentaires avec toujours deux autorails – plus rapides que la voiture, au passage.
    Même chose sur Bayonne – Saint-Jean-Pied-de-Port, où moyennant des travaux modestes, le profil de la ligne autoriserait des relèvements de vitesse pour gagner huit précieuses minutes et rendre l’offre à la fois plus rapide et cadencée. A 50 minutes l’aller simple, additionné de dix minutes de retournement, on peut ainsi assurer un départ dans chaque sens toutes les deux heures, en faisant « tourner » un seul autorail. Soit huit allers-retours, deux fois plus qu’aujourd’hui. Et quatre équipages (conducteur+contrôleur) sur des roulements optimisés, soit un coût pour ces personnels de 1,50 euro par train-km, trois à quatre fois moindre que la moyenne du TER. Tout cela sans compter les réflexions sur le renforcement de la desserte périurbaine entre Bayonne et Cambo-les-Bains.
    Nous pourrions continuer la liste avec Bréauté – Fécamp rénovée à 80 km/h alors que la ligne admettrait 140 km/h à coût marginal, et bien d’autres. Mais nonobstant les problématiques d’insertion dans les nœuds du réseau qu’il faut naturellement intégrer pour évaluer les possibilités réelles d’évolution des lignes sous-utilisées, voilà ce que peut apporter le pilotage par l’horaire.
    Considérées comme du développement, les opérations de relèvement de vitesse sont souvent freinées par la nécessité d’une enquête d’utilité publique, qui allonge les délais en dépit d’un coût souvent marginal pour un impact environnemental quasi nul. La réglementation existante pourrait ainsi être remise en question compte tenu du fort bénéfice pour la collectivité et l’usager de l’amélioration de l’offre.

    Des trains en heure creuse, des autocars en heure de pointe !
    Que les circulations soient cadencées ou non, utiliser les actifs au maximum conduit à faire circuler plus de trains en heure creuse. Contre-intuitif ? En apparence seulement. Au-delà du surcoût réduit, une offre régulière sur une large amplitude (6h – 21h minimum) représente pour la plupart la possibilité hypothétique de partir et rentrer plus tôt ou plus tard, en cas de besoin, ce qui remplit d’autant les trains de pointe. Elle est aussi utile pour capter des déplacements sur une demi-journée, ou une clientèle de loisirs. Or aujourd’hui, nombre de lignes subissent des creux de desserte de 4 jusqu’à 7 heures sans circulation, voire plus. Dans ce cas, le train est tout simplement « hors compétition ».
    Les autocars sont plus utiles en pointe pour écrêter le pic de trafic qu’en heure creuse, où ils remplacent des actifs onéreux restant au garage pour de fausses économies. C’est l’idée du réseau routier « étudiant » en Rhône-Alpes instauré voici 20 ans ; des autocars relient directement les différents campus universitaires régionaux et soulagent les trains du vendredi soir et du lundi matin. A l’inverse, quelle serait la pertinence de n’utiliser des trains que deux demi-journées par semaine ?

    Les cars du réseau routier « étudiant »
    en Rhône-Alpes viennent en renfort de la desserte ferroviaire les vendredis soir et lundis matin en desservant les différents campus de la région.

    La question se repose à chaque week-end de vacances d’hiver, où tous les TER Valence – Gap – Briançon, puis certains Grenoble – Gap et Marseille – Gap – Briançon, faute de matériel, se retrouvent complets plusieurs semaines en avance – sur des lignes souvent considérés comme peu utiles, qui desservent un département où l’on trouve pourtant 250 lits touristiques pour 100 habitants. Ces trains disparaissent alors tout simplement du site Internet OUI.sncf, pour éviter la cohue. Ceux qui ne connaissent pas les horaires en concluent qu’il n’y a pas de trains dans les Hautes-Alpes, ce qui est un premier problème. Régulièrement, ceux qui connaissent les horaires sont trop nombreux à tenter leur chance, les TER sans réservation sont ainsi plus que complets, et finalement des cars sont affrétés dans l’urgence.
    Résoudre le problème en achetant des trains pour les seuls week-ends de vacances serait clairement contre-productif. Limiter l’offre en rendant la réservation obligatoire, une solution partielle : quid des clients qui veulent se déplacer en transports publics à cette période où les routes sont embouteillées, qui de plus ont généralement commencé leur parcours en Intercités ou TGV ? Pourquoi ne pas prévoir directement des autocars à l’horaire, avec en outre des correspondances qui peuvent être facilement optimisées et peut-être un tarif inférieur au train, tout en faisant circuler les trains en heure creuse plutôt que de les stationner ?

    Innover pour réduire coût et impacts du train : l’autorail léger, l’hydrogène, la grave-bitume et les référentiels de maintenance
    Les trains coûtent cher, cela n’aura échappé à personne. Sur les petites lignes, ils peuvent paraître surdimensionnés par rapport à la demande. Pourtant, des trains légers, peu chers et exploités sur un modèle simplifié proche de l’autocar ont existé jusqu’à il y a peu. De tels matériels ont circulé sur de nombreuses lignes du réseau SNCF après guerre, puis, plus récemment, sur les lignes Carhaix – Paimpol en Bretagne et Valençay – Salbris en région Centre-Val de Loire, toutes deux exploitées par des sous-traitants de la SNCF, en délégation de service public et de manière intégrée (exploitation des trains et infrastructure). Capacité plus faible et vitesse réduite, donc poids limité, possibilité de vendre des billets à bord par le conducteur ou une machine : ces trains retirés du service pour diverses raisons ont fonctionné de nombreuses années avec un coût d’achat et de fonctionnement 30 à 40 % inférieurs aux X73500, les plus petits autorails actuels de la SNCF. Et une consommation de carburant équivalente à celle d’un autocar. Car c’est un reproche régulièrement fait aux autorails diesels : ils polluent. L’autocar serait plus écologique. Cet argument perd de son poids à mesure que celui des trains diminue – sans parler des clients qui ne suivent pas le passage à l’autocar et reprennent leur voiture. Pour aller plus loin, le train à hydrogène, déjà mis en service outre-Rhin, se dessine comme technologie en mesure de remplacer le diesel à moyen terme, et éviter ainsi les reports sur route tout autant que de coûteuses électrifications. Cela nécessite des développements à grande échelle pour limiter son coût et revoir la logique d’alimentation en énergie, mais la piste est prometteuse.

    Parmi les pistes pour faire des économies : la voie sur grave-bitume qui, pour un coût équivalent,
    à un renouvellement de voie ballastée classique, promet des coûts d’entretien quasi nuls.

    Une autre innovation pourrait améliorer fortement le bilan, économique cette fois-ci, des petites lignes – mais aussi des autres. Il s’agit de la voie sur grave-bitume. Pour un coût équivalent à un renouvellement de voie ballastée classique, la voie sur grave-bitume, sans ballast, promet des coûts d’entretien quasi nuls, soit un coût divisé par deux sur son cycle de vie, tout en gardant une certaine souplesse pour la reprise de la géométrie de la voie en cas de dégradation. Les traverses sont légèrement enfoncées dans le matériau bitumineux, ce qui maintient la voie notamment en courbe. Une section de 150 mètres supporte ainsi un trafic fret important depuis 1997 à Lingolsheim, au sud de Strasbourg, sans qu’il y ait eu d’entretien à y faire.
    Sur l’exemple du référentiel de maintenance destiné aux capillaires fret, il est par ailleurs possible d’imaginer d’optimiser le coût pour un certain nombre de petites lignes, via l’établissement d’un référentiel adapté à une vitesse limitée, par exemple moins de 100 km/h. L’exemple de CFTA et de la Compagnie du Blanc-Argent, les deux entreprises intégrées sous-traitantes de la SNCF (lignes Carhaix – Guingamp – Paimpol et Valençay – Salbris), montre que les coûts de maintenance de l’infrastructure peuvent être divisés par deux, voire trois, en adaptant les méthodes au contexte et au niveau de service attendu, tandis que le coût des renouvellements peut être diminué de plus d’un tiers.

    Pour une approche pragmatique
    Trouver le bon équilibre entre la demande, le nombre de trains, la vitesse, les coûts d’infrastructures et d’exploitation est une équation complexe, à étudier au cas par cas. On ne pourra élaborer des solutions qu’en mettant les divers acteurs autour de la table, avec une connaissance complète et partagée des enjeux du système.
    Dans tous les cas, il faut choisir entre conserver une ligne et l’utiliser à fond, ou y cesser le trafic commercial. La solution mixte train-cars est un écran de fumée qui ne fait que retarder l’échéance du choix – jusqu’à ce que l’état de la voie impose son renouvellement – sans pour autant apporter d’économies significatives.
    Tout ceci est strictement indépendant de toute considération sur l’ouverture à la concurrence ou sur la sortie du réseau ferré national de telle ou telle section. Il importe par contre que les acteurs se coordonnent pour construire une approche pragmatique du développement du transport ferroviaire régional.

  • Le premier métro automatique de Shanghai est entré en service

    Le premier métro automatique de Shanghai est entré en service

    Le 31 mars 2018, Shanghai Keolis, la joint-venture formée par Shanghai Shentong Metro Group (51 %) et Keolis (49 %), a démarré l’exploitation de la ligne de métro Pujiang, anciennement appelée ligne 8.3. Léger décalage, pour une mise en service initialement attendue fin 2017. Remporté en avril 2016, ce contrat, d’un montant de 60 millions pour Keolis, prévoit l’exploitation et la maintenance de la nouvelle ligne pour sept ans.

    Cette première ligne de métro automatique sans conducteur du réseau de Shanghai s’étend sur 6,7 km et relie six stations aériennes. Elle dessert le quartier de Pujiang, au sud de la ville. Shanghai Keolis avait auparavant participé à l’automatisation de la ligne 10 du métro de Shanghai, fonctionnant toujours avec un conducteur à bord.

    Le métro de Pujiang est, lui, un APM (automated people mover) complètement automatique (manless). Néanmoins, précise Keolis « pour le début des opérations, nous avons prévu du personnel à bord du métro ». Les rames, circulant sur pneus, sont des Bombardier Innovia APM 300 et ont été réalisées par une JV entre Bombardier et CRRC. Chaque train, de quatre voitures, peut transporter au maximum 726 passagers. Les rames peuvent circuler à 75 km/h, à des intervalles d’environ trois minutes aux heures de pointe et de six minutes les week-ends, l’exploitation étant assurée grâce à un CBTC. Le système offre une capacité de 9 000 passagers en heure de pointe, pour une fréquentation attendue de 73 000 personnes par jour. 11 trains sont prévus au départ, 21 à terme.

    Bernard Tabary, directeur exécutif international du Groupe Keolis, se félicite de « ce projet emblématique pour Keolis [qui] fait de Shanghai une nouvelle vitrine de notre savoir-faire en matière de métro automatique et nous permet de consolider notre présence en Chine. »

    La prochaine étape de cette consolidation sera elle aussi shanghaïenne. Ce sera, en juin 2019, l’exploitation du nouveau métro circulaire de l’aéroport de Pudong. La ligne, longue de 7,8 km, fonctionnera 24h/24, 7j/7. Automatisée (GoA2), elle sera équipée d’un CBTC, circulera à des intervalles de quatre minutes en heure de pointe, cinq minutes en heure creuse. Les rames, construites par CRRC, longues de 94 mètres, relieront 4 stations : T1 et T2, S1 et S2. La ligne devrait transporter 250 000 passagers par jour.

    Shanghai Keolis exploitera la ligne pendant 20 ans. Keolis ne communique pas sur le montant du contrat, décroché en octobre 2017.

    F. D.