Catégorie : Mobilités douces

Retrouvez toute l’actualité des mobilités douces: services de vélos et trotinettes en libre service, pietonisation, aménagements urbains…

  • A Lyon, le Sytral n’achètera plus que des bus propres

    A Lyon, le Sytral n’achètera plus que des bus propres

    Le Syndicat mixte des Transports pour le Rhône et l’Agglomération Lyonnaise (Sytral) a présenté le 14 septembre son plan d’acquisition de véhicules propres d’ici à 2025. L’AOT va acheter 250 bus pour un investissement d’environ 200 millions d’euros qui sera affiné en fonction des besoins forcément évolutifs et des développements technologiques au cours des six prochaines années.

    Pour Fouzyia Bouzerda, présidente du Sytral, « on n’achète que des bus propres et non pas 50 % comme l’impose la loi, même si le réseau représente seulement 3 % de la pollution ». Manière de dire que les transports publics lyonnais, déjà bons élèves, adoptent une stratégie vertueuse en « anticipant de cinq ans la loi sur la transition énergétique ». Pour l’heure, le Sytral est en cours de lancement des appels d’offres : « le choix des constructeurs interviendra dans le courant de l’été 2019 pour une livraison des véhicules à partir de fin 2020 », précise Edwige Besse-Barci, directrice des Equipements et du Patrimoine au Sytral.

    Les 250 bus propres représentant un quart de la flotte actuelle renouvelleront progressivement le parc ancien, en priorité grâce à des trolleybus qui constituent déjà l’un des plus importants réseaux d’Europe (130 trolleybus et 120 km de ligne aérienne). Quelque 150 trolleybus nouvelle génération remplaceront ainsi des bus thermiques grâce à leur système de recharge sur 60 % du trajet permettant de rouler sans ligne aérienne de contact sur l’itinéraire complet. Une demi-douzaine de lignes sont concernées, dont certaines passeront en trolleybus articulés afin d’augmenter leur capacité. Par ailleurs, une centaine de bus 100 % électriques feront leur apparition sur le réseau de surface. Nonobstant l’évolution des capacités des batteries à 2025, le Sytral a identifié 66 lignes thermiques (sur les 127 lignes du réseau TCL) dont 13 seraient retenues pour passer en électrique en charge lente (la nuit au dépôt) et 53 en électrique charge lente (au dépôt) et rapide (en ligne le jour).

    Le Sytral et son opérateur Keolis ont adopté leur stratégie « d’électrification » suite à des tests menés ces dernières années, y compris sur les bus hybrides dès 2013. L’hybride, malgré des résultats intéressants face au diesel, a été écarté pour non-conformité à la loi sur la transition énergétique des agglomérations de plus de 250 000 habitants, sans parler de ses caractéristiques obsolètes par rapport à d’autres technologies post-2025. Parmi ces solutions d’avenir, le Sytral a étudié la faisabilité d’exploitation du GNV et le bio-GNV, notamment par le biais des capacités d’accueil et d’adaptation des dépôts. Quatre sur neuf dépôts permettent pour l’instant de satisfaire aux critères d’installation d’une station de compression d’alimentation des véhicules au gaz. Une affaire à suivre.

    Enfin, l’hydrogène est au menu du Sytral avec toutes les précautions d’usage concernant la technologie, « pas encore au point sur la sécurité et le stockage de batteries », selon Edwige Besse-Barci. Elle prévoit un test en 2022 avec deux véhicules à hydrogène sur la ligne entre la gare Lyon-Jean-Macé et Saint-Fons. En attendant, le Sytral mise sur « plus de 80 % des déplacements en mode propre en 2025 », avec un cahier des charges rigoureux dont les candidats retenus figurent peu ou prou parmi ceux qui ont participé aux expérimentations de matériels roulants sur le réseau lyonnais (Hess, Solaris, Van Hool, Iveco pour les trolleybus, et E12/Dietrich Carebus-Yutong, Bluebus/Bolloré, Urbino/Solaris, electric citybus 2.1/Ebusco, i2E/Irizar, GX 337 Heuliez, Aptis/Alstom pour les bus électriques en 2016-2017).

    Claude Ferrero

  • La RATP remporte les lignes 1 et 2 du métro de Riyad

    La RATP remporte les lignes 1 et 2 du métro de Riyad

    Ce n’est pas une surprise, mais c’est capital. Capital Metro COmpany (Camco), la joint-venture entre RATP Dev – filiale du groupe RATP – et Saptco (Saudi Public Transport Company), s’est vu attribuer par ArRiyadh Development Authority (ADA) le contrat d’exploitation et de maintenance des lignes 1 et 2 du métro automatique de Riyad pour une durée de 12 ans, dont la période de mobilisation. Le contrat, selon Saptco, serait de l’ordre de 2 milliards d’euros sur 12 ans.

    La première ligne de métro – Ligne 1 ou ligne Bleue – située sur l’axe Al-Olaya – Al-Batha, d’une longueur de 39 km, dessert 25 stations. La deuxième ligne – Ligne 2 ou ligne Rouge – longe la route King Abdullah sur 25 km et dessert 15 stations.

    Camco sera chargé de l’exploitation et de la maintenance : la sécurité, l’assistance aux voyageurs, la gestion des installations et la maintenance des espaces (stations, parkings de proximité, dépôts…), ainsi que tout ce qui concerne le système de métro, comme les rames, la signalisation, les télécommunications, l’alimentation électrique, l’information voyageurs…

    Le contrat défini par l’ADA prévoit un objectif minimum de 45 % pour la « saoudisation » des postes, ainsi qu’un minimum de 55 % de contribution par des fournisseurs et prestataires de services locaux à l’exploitation du métro de Riyad.

    Rappelons que Saptco, partenaire saoudien de RATP Dev dans Camco, est déjà liée à la RATP dans une joint-venture chargée de concevoir et d’exploiter le premier réseau de bus de la capitale saoudienne. Mais, alors que Saptco est largement majoritaire (80/20) dans la JV chargée des bus, le schéma est inversé dans Camco.

    Rappelons encore que, en ce qui concerne la réalisation de la ligne, c’est le consortium Bacs (Bechtel, Almabani, CCC, Siemens) qui a remporté les lignes 1 et 2 (soit 64 km des 175 km du futur réseau de la capitale saoudienne). Siemens a commencé la livraison des 74 rames. Le groupe allemand est chargé aussi de la signalisation et des systèmes de communication nécessaires à l’exploitation sans conducteur.

    F. D.

  • Un plan pour pédaler

    Un plan pour pédaler

    « C’est le premier plan vélo français financé », relève la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) en commentant les annonces faites le 14 septembre à Angers par le Premier ministre pour encourager la pratique du vélo. Avec l’objectif de faire passer la part modale de la petite reine de 3 % à 9 % d’ici à 2024, a indiqué Edouard Philippe, en rappelant que la moyenne européenne est de plus du double.

    Parmi les principales dispositions, un fonds doté de 350 millions d’euros sur sept ans est créé pour cofinancer avec les collectivités locales des infrastructures permettant d’assurer la continuité des pistes cyclables. Un premier appel à projet sera lancé en 2019.

    Cette dotation qui correspond à 50 millions par an reste éloignée des 200 millions d’euros annuels réclamés par les défenseurs du vélo. « On est encore loin des trois euros par Français et par an qui, s’ajoutant aux 7,70 euros par habitant et par an que les collectivités consacrent en moyenne à la politique vélo, permettraient d’atteindre le seuil des dix euros que recommande le Club des villes et territoires cyclables pour agir sur tous les leviers d’une politique vélo », commente son président, Pierre Serne. De son côté Olivier Schneider, le président de la FUB, relativise en rappelant que ce montant n’inclut pas le financement du stationnement en gare, ni la dotation de soutien à l’investissement local (un autre fonds qui disposera de 500 millions sur cinq ans pour développer des services de transport de mobilité), ni ne couvre le coût du forfait mobilité durable qui sera ouvert aux fonctionnaires (ce qui représente « une bonne surprise », souligne-t-il). « L’enveloppe annuelle consacrée au vélo sera donc globalement beaucoup plus élevée », écrit le président de la FUB, qui espère que « le succès des mesures en 2019 permettra de revoir à la hausse les enveloppes dès le projet de loi de finances 2020 ».

    Parmi les autres mesures, une indemnité vélo va être créée, à la charge des entreprises et pouvant aller jusqu’à 400 euros par an. Elle sera obligatoire dans la fonction publique à partir de 2020 mais d’un montant de 200 euros annuel. En revanche, elle restera facultative dans le secteur privé. Ce dispositif basé sur un forfait remplacera l’indemnité kilométrique, jugée trop compliquée par Matignon.

    La systématisation en ville de sas vélos aux feux est également prévue, permettant d’aménager des espaces réservés aux bicyclettes entre les feux tricolores et une ligne où doivent s’arrêter les voitures. Le double sens cyclable, déjà en vigueur dans les zones à 30 km/h, va être étendu dans les rues à 50 km/h en ville, sauf en cas de danger.

    Pour lutter contre le vol, véritable frein au développement de la bicyclette, le gouvernement veut généraliser le marquage des vélos permettant de les identifier. La SNCF sera aussi priée de construire davantage de parkings sécurisés dans les gares. Et il faudra prévoir des places de stationnement pour les vélos lors de constructions d’immeubles d’habitation ou de bureaux.

    Enfin, pour développer la culture du vélo en France, l’Etat va s’adresser aux enfants. En mettant en place à l’école primaire un programme baptisé « Savoir rouler », le gouvernement veut que chaque élève sache pédaler avant l’entrée au collège, tout en mettant l’accent sur la prévention et la sécurité.

    Figureront dans la future la loi d’orientation des mobilités les mesures législatives de ce plan (comme la création du forfait mobilité durable ou l’obligation de marquage des vélos), les autres étant soit réglementaires (celles touchant au code de la route par exemple) ou relevant de l’action publique (comme le programme « Savoir rouler »).

    M.-H. P.

  • Paris : Christophe Najdovski déroule sa vision pour les transports

    Paris : Christophe Najdovski déroule sa vision pour les transports

    Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris, chargé des Transports, des Déplacements, de la Voirie et de l’Espace public était l’invité du Club VR&T. L’occasion d’évoquer avec lui les sujets chauds du moment : Vélib’ et Autolib’.

     

    C’est avec le dossier Autolib’ que Christophe Najdovski a commencé son intervention. Interrogé sur cette affaire, l’adjoint au maire a rappelé que cette délégation de service public, qui était un engagement de Bertrand Delanoë, avait été signée en 2011, pour 12 ans. Que le système avait été conçu à une époque où il n‘y avait pas de smartphone et que la digitalisation avait depuis bouleversé le monde de la mobilité. Autolib’ prévoyait d’arriver à un excédent à la fin de l’échéancier, en 2023. Mais le contrat comprenait aussi une clause « grand équilibre » qui stipulait qu’en cas de déficit de plus de 60 millions, les collectivités seraient mises à contribution.

    Le service connaît un développement tous azimuts entre 2014 et 2015, s’étend jusqu’aux Yvelines, au Val-d’Oise avec un maillage de stations qui en s’étalant se relâche. Or pour être rentable, Autolib’, avait besoin d’importantes fréquences de locations et d’une durée de location de 50 minutes. Dans les faits, la durée de location n’était que de 30 minutes et les fréquences d’usage étaient moindres que prévues, notamment en banlieue. Le CA n’était donc pas au rendez-vous. Un audit d’Ernst et Young réalisé en 2017, met en évidence un problème de régulation, avec des stations pleines, où on ne pouvait pas remettre de véhicules, et d’autres vides où on ne pouvait pas en prendre, ce qui poussait à choisir d’autres modes de déplacement, à un moment où le service faisait face à l’arrivée de nouveaux services comme le VTC. Autolib’ n’a donc jamais trouvé son modèle économique.

    A partir de 2016 le service atteint son plafond d’usage, même si le nombre d’abonnés continuait à augmenter, (à part un recul de 5 % en 2017), les abonnés prenaient moins fréquemment des voitures. De ce fait, le déficit du délégataire se creuse et il annonce 179 millions d’euros de pertes. Le syndicat réagit en commandant un audit pour proposer des améliorations. Un comité de conciliation est mis en place et rend ses conclusions en mars 2018. Il proposait de payer 88 millions d’euros à Bolloré et de faire sauter la clause grand équilibre. Le groupe Bolloré refuse et adresse le 25 mai dernier, un courrier aux communes du syndicat, les intimant à payer 233 millions d’euros dans les trois mois. Le syndicat refuse, ce qui déclenche la résiliation au 25 juin, en conservant le service jusqu’au 31 juillet.

    Selon l’élu, le délégataire semblait plus préoccupé par son intérêt industriel que par l’intérêt collectif. Pour Bolloré, Autolib’ était un moyen d’éprouver ses batteries, mais la qualité de service n’était pas au rendez-vous, les voitures étaient sales et il n’y a pas eu de campagne pour relancer le service. « Lors des discussions avec Bolloré, nous n’avons pas eu le sentiment d’une volonté de relancer le service, mais plutôt d’encaisser l’argent. C’est pourquoi nous avons été contraints de provoquer la résiliation, regrette l’adjoint au maire. Il fallait dire stop. On nous réclamait 233 millions d’euros, mais quid ensuite ? Puisque le service continuait à se dégrader… »

    Pour l’adjoint d’Anne Hidalgo il est temps de tirer les leçons. « Autolib’ a été frappé d’obsolescence accélérée et nous devons trouver une solution beaucoup plus souple pour le remplacer. C’est le sens de l’accord lancé avec des opérateurs. Nous avons voté la création d’une carte d’autopartage qui permet à des opérateurs de venir proposer des services sur Paris moyennant une redevance de 300 euros/an/véhicule, en électrique. »

    Combien coûtera l’arrêt d’Autolib’ ?

    Ce sera au juge administratif d’en décider, répond l’élu, mais notre estimation est sous les 100 millions, loin des 233 que Bolloré nous réclame. La ville de Paris prendra 55 % à sa charge, les 98 autres communes prendront le reste.

    Que vont devenir les bornes ?

    Les bornes sont des biens de retour et appartiennent aux communes. Le système informatique reste la propriété de Bolloré. On doit assurer la transition, les réutiliser et assurer une interopérabilité avec les autres bornes de BeLib’ : 90 bornes pourront être fusionnées avec les 3 344 bornes Autolib’ dans Paris pour offrir un réseau de recharge électrique. Le stationnement devrait être réservé aux véhicules électriques et limité à six heures. On est déjà dans l’après Autolib’. Renault a été le premier à répondre à notre offre de système souple de carte d’autopartage, PSA est sur les rangs. On est au début d‘un nouveau système dans lequel plusieurs opérateurs pourront proposer leurs services. L’espace public devient une plateforme mise à disposition, avec un cahier des charges incluant des véhicules électriques et une tarification incitative. Il faut amorcer la pompe pour que ces sociétés puissent trouver leur modèle économique. Il faudra pour cela 2-3 ans, avec un modèle qui reste à déterminer.

    Allez-vous travailler avec la région Ile-de-France ?

    La Mairie de Paris est prête à travailler avec l’Ile-de-France et les communes peuvent déterminer le montant des redevances. Mais si on parle de modèle économique, l’un des enseignements de l’échec d’Autolib’, c’est que pour que cela marche, il fallait qu’il y ait de la rotation, de la densité, donc pour un système à l’échelle francilienne, on n’a pas la réponse. De manière provocatrice, on peut dire que si Autolib’ n’avait été que sur Paris, il n’aurait pas été déficitaire. Mais il s’est développé à l’échelle métropolitaine, beaucoup de communes étaient volontaires, sans être conscientes du risque économique qu’il y avait derrière. On doit en tirer les enseignements et ne plus être sur un modèle avec une intervention publique forte, mais au contraire plus souple. La Carte d’autopartage qui est proposée, valable un an, permettra de revoir le tarif et de le moduler en fonction de ce que l’on veut développer, la trace directe ou le système en boucle. Il faut réfléchir à la façon de doser les différents systèmes. Veut-on promouvoir l’autopartage tous azimuts qui pourrait concurrencer le transport collectif ou l’autopartage en boucle ? Et comme les véhicules sont souvent utilisés par une seule personne, réfléchir à proposer des véhicules plus petits de type Twizy.

    Parlons à présent des problèmes de Vélib’. Où en est-on ?

    Vélib’, c’est un sujet différent, même s’il y a coïncidence temporelle entre les deux crises. Vélib’ 1 a été lancé en 2007, puis relancé sur appel d’offres en 2015, époque où il n’y avait pas encore de free floating. Pour Vélib’, il y a défaillance du prestataire. Ce qui pose la question sur la façon dont les marchés sont passés. Certains cassent les tarifs pour les remporter. Cela a aussi été le cas pour le stationnement, avec Streeteo qui a pratiqué des prix agressifs pour remporter le marché et a du mal à mettre en place un système cohérent, contrairement à Moovia. Pour l’appel d’offres Vélib’, pendant un an il y a eu une procédure de dialogue compétitif, avec quatre villes Paris, Grand Paris Seine Ouest, Plaine Commune et Cachan. Nous avons dialogué avec deux candidats sur tous les paramètres économiques, techniques et financiers, et à aucun moment nous n’avons eu d’alerte sur les aspects techniques. Quand la Commission appel d’offres du syndicat, auquel participent deux élus de Paris, a dû se prononcer, toutes les couleurs politiques ont choisi la société Smovengo, qui avait le meilleur prix, mais était moins bonne techniquement. La différence de prix l’a emporté. Suite à ce problème, la mairie de Paris a demandé un audit sur la passation du marché, afin qu’on évite de reproduire les mêmes erreurs. Mais si on en est là, c’est parce que Smovengo ne s’est pas doté des ressources humaines nécessaires pour faire face. Ils étaient « sous-staffés », jusqu’à ce que soit nommé, en juin, un manager de crise, Arnaud Marion, devenu directeur exécutif, et qu’il recrute des cadres et embauche du personnel de maintenance. Depuis on constate une réorganisation qui correspond à ce qui aurait dû être dès le début. Depuis 6-9 mois, on fonctionnait avec des interlocuteurs qui n’arrivaient pas à faire face. Les usagers ont des cartes qui ne marchent qu’une fois sur trois, et le système est à 10 % de ses capacités. On est passé à 10 000 trajets/jour contre 100 000 auparavant. On a le sentiment que la nouvelle direction prend les choses en main, mais on ne peut pas tout régler d’un coup de baguette magique. Le système est pensé pour être réalisé avec des stations autoportantes, ce qui complexifie les choses, sans parler des batteries qui se déchargent. Pour que cela fonctionne, il faut injecter des vélos neufs et retirer ceux qui dysfonctionnent, et qu’il y ait davantage de vélos réinjectés que retirés. En avril nous étions montés à 30 000 courses/jour, mais cela s’est effondré parce que le nombre de vélos à changer tous les jours était trop important pour que Smovengo en réinjecte suffisamment, et on est tombé début juin à 2 000 courses/jour. Depuis on est remonté à 12 000. Les problèmes du système informatique sont encore réglés avec des palliatifs, d’où une impression de bricolage. D’ici fin juillet on devrait voir les premières améliorations, mais le moment de vérité, ce sera en septembre. On verra si sur la base d’un pilote de 800 stations électrifiées cela tient, et si on arrive à remonter à 30 000 courses par jour. C’est là-dessus qu’on jugera et qu’on en tirera les conséquences. On veut que cela marche, si ce n’est pas le cas fin septembre, on essayera autre chose.

    Pourquoi la mairie veut-elle bénéficier de l’ouverture des données des opérateurs de free floating ?

    Nous avons une charte de bonne conduite, sur laquelle nous avons travaillé dès l’arrivée des vélos en free floating en 2017, qui a donné lieu à la signature d’une double charte vélos/scooters. Cette charte vise à intégrer les nouveaux services mobilité comme un vrai plus, mais aussi à les réguler et à éviter les stationnements intempestifs. L’étape suivante c’est d’octroyer des licences dans le cadre de la loi LOM. Il y a une explosion d’offres privées de services de mobilités, la dernière en date étant les trottinettes électriques. La collectivité doit pouvoir réguler ces offres et avoir la main. Et pour cela, la question des données est essentielle. Nous souhaitons y avoir accès pour connaître les besoins de mobilité et offrir un bouquet d’offres plus réglementées au sens tarifaire, pour pouvoir inciter les mobilités vertueuses. Le rôle de la collectivité est essentiel pour qu’il n’y ait pas seulement des initiatives privées non connectées entre elles. Il faut que la collectivité ait accès à toutes les données des opérateurs privés pour organiser le service suivant l’intérêt général.

    Concernant le Grand Paris des Bus, la RATP et Ile-de-France Mobilités disent attendre que la Mairie bouge. L’AOT aussi. Quelle sera la date de mise en service ?

    On travaille à une mise au service au printemps 2019. Le réseau n’avait pas bougé depuis les années 50, nous avons modifié 51 lignes et créé cinq nouvelles pour aller vers le périphérique. On se donne les moyens. Nous avons identifié 100 aménagements à réaliser, mais on ne peut pas créer aujourd’hui de couloirs de bus pour des bus qui n’arriveront qu’en avril prochain. On est dans les starting-blocks pour être au rendez-vous de 2019. On se met aussi en état de marche pour améliorer la vitesse de circulation des bus, mais il n’y a pas que la Ville de Paris dans les discussions, il y a aussi l’autorité organisatrice et l’opérateur.

    Comment éviter que le nouveau quartier Bercy-Charenton ne soit pas le prochain Batignolles ?

    Ce projet est l’équivalent de Clichy-Batignolles, sans le TGI, avec 9 000 habitants et 9 000 emplois qui viendront s’installer sur 80 hectares qui sont actuellement un no man’s land. L’objectif est de le désenclaver notamment en transport et d’ouvrir un lien entre Paris et Charenton, car aujourd’hui on ne peut pas faire le trajet à pied. Il y a un projet de prolongement de la zone urbaine et d’activité. Je plaide auprès d’IDF Mobilités pour que notre projet de ligne de BHNS rive droite soit prolongé avec une connexion avec le T3a. On travaille avec les villes et l’autorité organisatrice sur la desserte. Le maire de Charenton plaide pour la création d’une gare du RER D sur sa commune. On a fait faire des études par Setec pour requalifier la voie express Bercy quai de la Rapée et la transformer en boulevard urbain, car c’est plutôt une autoroute urbaine aujourd’hui. On a la possibilité de créer un pôle multimodal à cet endroit avec la connexion de la ligne 5 du métro et une desserte de la ligne 14, et du ministère des Finances… L’objectif de la Mairie est de proposer un transport collectif rapide qui desserve ce secteur.

    Quid du périphérique ?

    Depuis un an nous travaillons avec le Forum métropolitain du grand Paris et menons une réflexion sur l’avenir du périphérique et des grandes radiales qui y mènent : A4, A3, A1, A6. On va avoir un comité de pilotage. On a un budget de 2,5 millions pour cette consultation internationale avec quatre candidats qui vont faire des propositions pour repenser le périphérique et lever sa barrière mentale et physique.

    Où en êtes-vous de la gratuité des transports en IDF ?

    Nous réalisons des auditions d’économistes et on va ouvrir la question du financement de la mobilité. Il y a une réflexion à mener sur le financement global de la gratuité, ou d’une gratuité partielle. Il n’est pas prouvé qu’on puisse aller vers la gratuité totale. Mais notre objectif est d’ouvrir la réflexion sur le financement de la mobilité. Parce que la révolution digitale va bouleverser ce secteur. Le coût de la voiture peut diminuer avec le véhicule autonome. Se posera alors la question du coût d’usage pour le collectif des différents modes de transport. Si comme à Londres on poursuit l’augmentation de la carte de transport chaque année, pour arriver à des montants de 110/120 euros/mois et qu’on a en face des coûts de systèmes de mobilité partagée moindres, on risque d’avoir une désagrégation de la mobilité. Je vois poindre le risque d’un détour des transports collectifs pour aller vers une myriade de solutions de véhicules autonomes, le risque d’une fuite des usagers qui se détournent des modes collectifs pour aller vers des solutions individuelles qui ne répondront pas aux problèmes de congestion et d’occupation de l’espace public et qui risquent de créer une crise des transports collectifs. La question de la gratuité est là pour provoquer le débat. Est-ce que l’avenir est de payer cher les transports collectifs et d’avoir des transports individuels partagés peu onéreux ? La frontière transport collectif/individuel va devenir de plus en plus floue. Il faut penser la question de la mobilité en fonction des mouvements des véhicules. Si les voitures autonomes tournent tout le temps, on n’aura plus besoin de parking. Cela pose la question de la tarification du mouvement des véhicules. Il faudra un « signal prix » très fort pour éviter la congestion, pour éviter ces mouvements et favoriser les TC.

    Qu’attendez-vous de la loi LOM ?

    J’ai déjà évoqué la question des licences, elle pourrait aussi lever le tabou des péages urbains à échelle francilienne, et permettre de dégager des ressources pour développer des modèles plus vertueux. Il faut aussi poser la question du mouvement des véhicules. Et nous avons une demande concernant les zones à faibles émissions. La France est à la préhistoire avec ses vignettes Crit’air. On a besoin d’un système de contrôle automatique pour faire respecter les règles si on veut sortir du diesel.

    Quelles réflexions sur la logistique urbaine ?

    La logistique revient en centre-ville, après en avoir été écartée ces dernières décennies. A Chapelle International [photo] la Ville de Paris a désigné 64 parcelles pour faire de la logistique urbaine de proximité. La ville en a besoin, la logistique est essentielle au développement de la ville. Il faut des hubs, des plateformes logistiques urbaines. On réfléchit aussi à reconvertir des parkings sous-terrain dans Paris, et les utiliser en logistique urbaine. Un travail est mené avec l’ensemble de la profession et j’ai acquis la conviction qu’on a aussi besoin de revoir le fonctionnement des aires de livraison, de les professionnaliser pour en faire des hubs de proximité. On y travaille, mais cela nécessite des évolutions réglementaires.

    Quel premier bilan tirer de la dépénalisation du stationnement ?

    Avec la municipalisation du stationnement, la ville de Paris table sur 300 millions de recettes par an, contre 100 actuellement. Le bilan est positif malgré les couacs des débuts. Cela a permis de retirer de l’espace public des véhicules ventouses, dont les propriétaires avaient calculé qu’il valait mieux prendre le risque de payer 17 euros d’amende de temps en temps que de payer leur stationnement. On est passé d’un taux de vide des emplacements de stationnement de 3 à 12 %. Il faut moins de temps pour trouver des places pour se garer. Le taux de respect a doublé, on est à 25 %, cela progresse, mais il reste encore beaucoup de fraudes. Mais plus les gens respectent le stationnement, plus il y a de places disponibles, meilleure est la fluidité. Streeteo a dû se réorganiser suite aux pratiques frauduleuses d’un cadre dirigeant, mais désormais on a deux prestataires qui font leur travail, conformément à leurs obligations contractuelles. On est à 25 000 contrôles par lot, et notre objectif est de 75 000 contrôles par jour à Paris. Cela nous conforte dans l’idée que la clé de la bonne politique de stationnement, c’est la fréquence du contrôle.

    Valérie Chrzavzez

  • Vélib’ ou vélo, pourquoi choisir ?

    Vélib’ ou vélo, pourquoi choisir ?

    Par Agathe Lefoulon et Sylvie Landriève, du Forum Vies Mobiles

    Les nombreuses protestations actuelles, face aux difficultés rencontrées à l’utilisation du service Vélib’ du nouveau prestataire Smovengo, attestent bien de l’utilité de ce service pour les Franciliens. C’est d’ailleurs à l’occasion de ce tournant que nous avons souhaité, au Forum Vies Mobiles, nous pencher sur le sujet et procéder à un premier bilan, dix ans après l’implantation du système de vélos en libre service dans la capitale(1). En bref, quelle utilité du Vélib’, au regard des objectifs politiques de départ d’une part et au regard de l’usage, de l’utilité du service pour les Franciliens, d’autre part ?

     

    Vélib’, quelle utilité ?

    Utilisé, et donc utile. Le système francilien peut se vanter de générer l’utilisation la plus intense de tous les systèmes de vélos en libre service français, avec près de sept utilisations par jour et par vélo. Très simplement, l’existence même de ce service et la présence dans l’espace public des 1 263 stations et des 9 000 Vélib’ (chiffres à fin 2017) permettent de rendre le vélo et sa pratique plus visibles dans la ville, et donc plus légitimes.

    Par ailleurs, le service Vélib’ permet des usages différents – mais complémentaires – à ceux du vélo personnel. Ce qui explique que certains Franciliens utilisent les deux. L’usage du Vélib’ permet des pratiques plus intermodales et multimodales, du fait de la flexibilité propre aux systèmes de vélo en libre service (VLS). Il est possible d’arbitrer avec les autres modes à disposition selon la météo, le programme de sa journée, sa tenue vestimentaire, la disponibilité d’un Vélib’…

    Bien ancré dans des pratiques inter et multimodales, dix ans après sa mise en place, les impacts du service en termes de report de la voiture vers le vélo apparaissent en revanche très décevants. Les anciens automobilistes sont très minoritaires (moins de 5 %) parmi les utilisateurs de Vélib’. L’essentiel des utilisateurs du service se déplaçait auparavant en transports collectifs ou à pied sur les trajets qu’ils font aujourd’hui en Vélib’.

    De plus, si la part modale du vélo a récemment augmenté en Ile-de-France, ce phénomène n’est pas imputable (ou alors, seulement en partie) à Vélib’. Le rebond de la pratique du vélo en région parisienne a commencé bien avant : au début des années 2000, et ce principalement du fait de politiques de modération de la circulation automobile.

    Bien entendu, si le report modal de la voiture vers le Vélib’ est limité, le report modal des transports en commun est en soi déjà un élément positif. Positif au regard de la saturation des transports collectifs franciliens, mais aussi car le report de modes carbonés – quels qu’ils soient : voiture, bus, métro ou encore deux-roues motorisés – vers un mode non carboné – le vélo – a une incidence positive sur l’environnement.

    Le Vélib’, très utilisé en heures de pointe, libère de la place dans les transports en commun sur ces plages, et donc possiblement pour des automobilistes. Et si ce report n’a pas lieu, cela permet en tout cas d’éviter des investissements au niveau de ces infrastructures, et au moins le confort de ceux qui ne peuvent pas changer de mode.


    L’insuffisance des politiques vélos aujourd’hui en France

    En France, le très prégnant « système voiture » organise, structure, modèle, façonne nos territoires, et la pratique des modes actifs comme la marche ou le vélo en est rendue difficile. La concurrence pour l’espace est rude, et la vitesse de marche imposée par l’automobile relègue les autres modes au second plan. Sans oublier que ce système engendre de diverses et nombreuses nuisances (visuelles, sonores, pollution locale, émissions de gaz à effet de serre, etc.) qui ont un fort impact sur notre qualité de vie et notamment notre santé.

    De plus, comme l’analyse La Fabrique Ecologique dans sa publication Vive le vélo ! Une politique publique ambitieuse pour la petite reine(2), on est aujourd’hui d’autant plus aidés (financièrement) par l’Etat qu’on contribue aux dépenses publiques, dans le sens où les dispositifs de soutien aux trajets domicile – travail encouragent l’usage des modes de transports motorisés – non-économes, que ce soit au plan financier ou au plan environnemental.

    Car oui, le rôle du volontarisme politique est déterminant. Et aujourd’hui en France, peu de moyens sont mis dans les politiques vélo : 0,01 euro par habitant et par an, contre 4,82 euros pour le Danemark par exemple.

    Ce dernier, ainsi que des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas, affichent une part modale à deux chiffres pour le vélo. Ces pays non centralisés, avec des territoires de vie plus restreints, pourraient servir d’exemples en termes de politiques vélo pour la France, le Royaume-Uni ou l’Espagne – pays très centralisés –, qui restent à la traîne.

    La politique Vélib’ contribue – même modestement – à un changement de système laissant plus de place aux mobilités actives.

    On pourrait imaginer aller encore plus loin : continuer à étendre le périmètre du service. Et pourquoi ne pas diversifier l’offre ? Vélib’ pour enfants, Vélib’-cargos, tricycles, tandems… D’autres villes, comme Détroit aux Etats-Unis, ont déjà fait cette démarche. Avec la mise à disposition de vélos à assistance électrique (VAE) par Smovengo, qui permet à certaines personnes d’accéder plus facilement à la pratique cycliste, un premier pas a déjà été fait dans ce sens.


    Aller vers un « système-vélo »(3)

    Mais une politique – même excellente – de vélos en libre service ne peut se substituer à une politique de ville cyclable. Le service de VLS ne répond pas aux besoins de tous tout le temps (vélos standardisés, incertitude sur la disponibilité des vélos…). Il permet aux cyclistes de contourner les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien (stationnement, multimodalité…), mais ne contribue pas à les résoudre directement, et ne règle pas certains problèmes aujourd’hui inhérents à la pratique cycliste (dangerosité…). Il est indispensable aujourd’hui d’imaginer et de mettre en place des actions complémentaires pour faciliter et développer la pratique cycliste.

    Et pour aller plus loin, dans l’optique de développement d’un réel « système vélo », toutes les composantes du système doivent progresser de concert, à savoir : les aménagements (pistes cyclables…), le matériel (les vélos), les services associés (réparation…), la réglementation, l’information et la formation. C’est ainsi – et seulement ainsi – que le système vélo pourra constituer avec la marche, les transports publics et le covoiturage un « système de transport écologique » capable de concurrencer le système automobile. Il va sans dire que le Vélib’ seul ne permet pas de réduire la circulation automobile, contrairement aux annonces de la Mairie de Paris au moment du lancement du projet.

    Des efforts sont faits dans ce sens : le Plan Vélo 2020 de la Ville de Paris annonce des aménagements de véloroutes, des aides à l’achat de vélos électriques, de triporteurs et de vélos-cargos, la mise en place d’espaces de stationnement… Mais il s’agit d’être exigeants dans sa mise en œuvre, et de consacrer plus de moyens financiers à ce type de démarche. Le montant annoncé pour ce plan à l’objectif ambitieux (passer, entre 2015 et 2020, de 5 à 15 % du total des déplacements effectués) – mais nécessaire – est de 150 millions d’euros (pour quatre ans). C’est encore bien peu quand on sait qu’il est prévu que le stationnement automobile rapporte à la Ville de Paris 334 millions d’euros pour la seule année 2018. Cherchez l’erreur. D’autres types d’actions pourraient également être envisagées, actions n’impliquant qui plus est aucun coût : pourquoi ne pas dédier entièrement aux vélos et piétons un certain nombre de voies, alors fermées à la circulation automobile ?

    Mais l’évolution vers un système orienté vers le vélo – et les modes actifs en général – ne correspond pas seulement à un changement de système technique. Cela revient à changer nos modes de vie. Changer le rapport que l’on entretient à notre propre corps. Ressentir nos capacités physiques. Se sentir capable. Mais également retrouver le plaisir du vent dans les cheveux et du soleil sur notre peau, une forme d’autonomie, la redécouverte de la ville, la solitude ou bien la convivialité d’un trajet avec des proches(4).

    Le vélo se révèle être un élément central pour penser des modes de vie plus désirés et plus soutenables. Pour penser des pratiques plus durables, d’individus en meilleure santé, dans une ville plus résiliente et où il fait bon vivre. 

     

    (1) Vélib’, 10 ans plus tard : quel bilan ?, étude réalisée par des étudiants de l’Ecole d’Urbanisme de Paris, juin 2018, http://fr.forumviesmobiles.org/projet/2018/06/12/velib-10-ans-plus-tard-quel-bilan-12459

    (2) Vive le vélo ! Une politique publique ambitieuse pour la petite reine, décembre 2017, La Fabrique Ecologique

    (3) Le Système vélo, Frédéric Héran, mai 2018, http://fr.forumviesmobiles.org/reperes/systeme-velo-12437

    (4) Politique de la convivialité : la mobilité et le droit à la ville dans le militantisme cycliste à Bogotá, Paola Castañeda, décembre 2017, http://fr.forumviesmobiles.org/mobilithese/2017/12/11/politique-convivialite-mobilite-et-droit-ville-dans-militantisme-cycliste-bogota-12278

  • Le gouvernement confirme ses choix en faveur des transports du quotidien

    Le gouvernement confirme ses choix en faveur des transports du quotidien

    Un chiffre et encore beaucoup d’inconnues. C’est ce qui ressort du projet de programmation des investissements de transport dévoilé le 11 septembre par le gouvernement. Elisabeth Borne a indiqué que 13,4 milliards d’euros devraient être consacrés aux infrastructures de transports durant la période 2018-2022. Ce qui représente une hausse de 40 % par rapport au quinquennat précédent, rappelle la ministre des Transports. Puis 14 milliards sont envisagés les cinq années suivantes. Soit 27 milliards sur les dix prochaines années.

    Ces investissements dans le rail, la route et les autres modes de transport doivent figurer dans la future Loi d’orientation des mobilités (LOM) qui doit être présentée en octobre en conseil des ministres, avant d’être débattue par les parlementaires. Auparavant, le projet LOM (qui comprend aussi tout un volet pour favoriser la mobilité) aura fait l’objet d’un avis du Conseil d’Etat.

    Pour faire ses choix d’investissements, le ministère des Transports s’est appuyé sur le rapport du comité d’orientation des infrastructures présidé par Philippe Duron, qui avait remis son rapport en février dernier et établi trois scénarios possibles sur la période 2018-2022 : le premier envisageait 12,3 milliards d’investissements publics, le second scénario, médian, allait plus loin avec 14,6 milliards (et était jugé raisonnable par Philippe Duron) et le troisième, le plus ambitieux, s’élevait à 16,6 milliards.

    « On est entre le scénario 1 et le 2 », reconnaît-on au ministère, en expliquant qu’il faudra trouver des ressources nouvelles pour le financer : 300 millions supplémentaires en 2019, puis 500 millions d’euros par an à partir de 2020. Lesquelles ? Le gouvernement renvoie sa décision à plus tard, sachant que l’hypothèse de taxes nouvelles, notamment une vignette sur les poids lourds, risque encore d’échauffer les esprits.

    En attendant, le ministère des Transports a décliné les projets retenus, même s’il reste encore vague sur le calendrier pour chacun d’eux. Deux grands principes ont guidé ses choix, explique-t-il : la priorité aux réseaux existants et aux déplacements du quotidien.

    Après l’audit qui a mis en évidence la dégradation du réseau routier national non concédé (et montré que 7 % des ouvrages d’art nécessitent une intervention d’urgence) et après la catastrophe du pont de Gênes en Italie cet été, il a été décidé de porter l’effort sur l’entretien des routes, en se focalisant plus particulièrement sur les ouvrages d’art. Ces dernières années, le budget des routes atteignait 670 millions d’euros. Il va passer progressivement à 850 millions d’ici à 2022, puis à 930 millions sur la période suivante. Le gouvernement compte aussi consacrer pas loin un milliard d’euros dans les dix ans qui viennent à des opérations de désenclavement routier des villes moyennes et des territoires ruraux.

    Dans le transport ferroviaire, les budgets consacrés à la régénération du réseau ont triplé depuis 2005, atteignant 3,6 milliards sur dix ans. L’effort va être amplifié, augmenté de 200 millions d’euros par an à partir de 2022. Cela permettra de financer par exemple des projets de signalisation ferroviaire, précise le ministère.

    Côté fluvial, l’effort de l’Etat va être doublé, passant de 273 millions à 530 millions d’euros par an entre 2018 et 2022. Et pour favoriser le transport de marchandises, 2,3 milliards seront investis par l’Etat sur dix ans, visant notamment à soutenir les ports et leurs accès.

    Très attendu par les élus, le chapitre « Développement des infrastructures » risque de faire des déçus. Certes, un quatrième appel à projets va être lancé pour développer les mobilités propres et partagées. « Il y aura des moyens pour le vélo », ajoute-t-on, en indiquant que des annonces sont attendues très prochainement. Une enveloppe globale de 1,2 milliard est prévue sur dix ans.

    Mais dans le domaine ferroviaire, on n’est plus à l’époque du tout-TGV et les nouveaux choix portent plus que jamais la marque de la priorité donnée aux transports du quotidien. Le gouvernement s’engage ainsi à renouveler tout le matériel TET pour 3,7 milliards. Il va également orienter ses investissements essentiellement dans des projets permettant d’augmenter la capacité des principaux nœuds ferroviaires. Le but, explique-t-on à l’Hôtel de Roquelaure, est de doubler la part du train dans les déplacements du quotidien autour des grands pôles urbains. Ce programme de traitement des nœuds saturés représente un effort de 2,6 milliards dans les dix ans à venir (hors Ile-de-France), associant l’Etat, les collectivités et la SNCF. L’Etat y contribuera à hauteur de 1,3 milliard.

    Quant aux grands projets de LGV réclamés par les élus, le gouvernement confirme les lignes retenues par le comité d’orientation des infrastructures qui avait déjà réalisé une sérieuse sélection : liaisons à grande vitesse Bordeaux – Toulouse, Montpellier – Perpignan, Marseille – Nice, Paris – Normandie et Roissy – Picardie. Mais ces projets se feront très progressivement, par « phasage », précise le ministère des Transports. Le gouvernement refuse pour le moment d’entrer dans le détail du calendrier tant qu’il n’en aura pas discuté avec les élus concernés. L’idée, c’est que la première phase consiste à commencer par désaturer les grands nœuds ferroviaires. Tout particulièrement autour des gares. Globalement, l’enveloppe prévue par le gouvernement s’élève à 3,4 milliards d’euros entre 2017 et 2022. Mais sur ce total, 1,5 milliard doivent être payés aux concessionnaires des LGV mises en service l’an dernier (principalement à Lisea).

    Quant aux projets de liaisons Lyon – Turin et du Canal Seine – Nord, ils sont, comme toujours, traités à part. Le premier dépend des intentions du gouvernement italien, aujourd’hui tiraillé sur le sujet entre les deux composantes de sa coalition, la Ligue d’extrême droite et le Mouvement 5 Etoiles. « On se cale sur les engagements européens et les discussions en cours avec nos partenaires », commente le ministère des Transports. Quant au second, son tour de table financier est encore incertain.

    Marie-Hélène Poingt

  • Tisséo veut convertir les automobilistes toulousains

    Tisséo veut convertir les automobilistes toulousains

    En cette rentrée, Tisséo, l’autorité organisatrice des transports de l’agglomération toulousaine, lance une campagne de communication pour convaincre les actifs se rendant au travail en voiture d’essayer les transports en commun.

    Elle comprend deux affiches conçues par l’agence Verywell ainsi qu’un prospectus détaillant sur six pages l’intérêt des transports en commun : rapidité, ponctualité, économies (avec 50 % de l’abonnement pris en charge par l’employeur), confort (4G dans le métro, recharge du téléphone dans les Linéo), simplicité (abonnement annuel sur carte pastel, Ticket Easy sur smartphone, agence en ligne, calculateur d’itinéraires).

    Des milliers de prospectus seront distribués les 11 et le 18 septembre sur les axes les plus embouteillés de Toulouse, notamment aux sorties de la rocade. Une opération avec un coût global (animations terrain, affichage, dépliants et sports radio) de 20 000 euros.

    C. S.

  • La RATP se rapproche de Régions de France

    La RATP se rapproche de Régions de France

    Rappelant que, dans la continuité de précédentes loi, le projet de LOM (loi d’orientation des mobilités) renforce le rôle des régions, la RATP et Régions de France ont annoncé le 5 septembre avoir noué un partenariat pour « coopérer sur l’évolution des mobilités de demain au niveau régional ».

    Concrètement, la RATP sera associée aux réunions de travail sur les politiques de mobilité et d’innovation, les navettes autonomes, les gares, le numérique quand il touche aux transports ou encore sur la préparation de l’ouverture à la concurrence dans les TER.

    Le ferroviaire, domaine dans lequel « la RATP ne s’interdit rien » selon ses dirigeants, fait partie des axes de développement pour l’entreprise. Une équipe ferroviaire est en train d’être constituée au sein de sa filiale, RATP Dev.

  • Le fonctionnement complet de Vélib’ reporté à 2019

    Le fonctionnement complet de Vélib’ reporté à 2019

    Il faudra attendre l’année prochaine pour que les 20 000 Vélib’ et leurs 1 400 stations fonctionnement normalement. Soit avec pas loin d’un an de retard sur le calendrier initial. C’est ce qu’a annoncé hier sur France Info Arnaud Marion, le nouveau président exécutif de Smovengo qui a pris les commandes en juin pour tenter de sauver l’entreprise du naufrage.

    Le service sera pleinement effectif « dans les premières semaines de 2019 », a-t-il indiqué. L’entreprise ayant auparavant assuré tenir cet engagement pour le 1er mars 2018. Malgré la série de déboires enregistrées par le concessionnaire du vélo en libre service francilien depuis qu’il a remporté le contrat au détriment de JCDecaux, des progrès ont été réalisés, a assuré le nouveau patron de Smovengo en indiquant qu’on compte aujourd’hui 10 000 vélos disponibles (dont 3500 vélos à assistance électrique), contre 2000 début juillet, et 820 stations. Le taux de disponibilité des vélos est passé de 20% en juillet à 70% aujourd’hui, a-t-il ajouté, reconnaissant toutefois que ce taux pouvait baisser durant les heures de pointe.

    Remonté contre la « défaillance du prestataire », Christophe Najdovski, l’adjoint au maire chargé des Transports qui était l’invité de notre club VR&T en juillet, nous avait indiqué que le syndicat mixte Autolib’ et Vélib’ Métropole (SMAV) déciderait en septembre s’il confirme ou pas le contrat signé avec Smovengo. Décision attendue à la fin du mois. Interrogé sur ce point, Arnaud Marion s’est voulu optimiste. « Très honnêtement, s’il y avait une résiliation aujourd’hui je ne la comprendrais pas, vu le travail et les investissements qui ont été faits et le degré de progression au cours de l’été », a-t-il commenté.

  • Le trafic voyageurs de la RATP toujours en progression

    Le trafic voyageurs de la RATP toujours en progression

    Le trafic de la RATP continue de progresser : +1 % durant les six premiers mois de l’année, ce qui représente 1,736 milliard de voyages. Un dynamisme porté par la reprise économique et la fréquentation touristique en Ile-de-France, a indiqué la RATP le 31 août en présentant ses résultats semestriels. Les tramways tirent particulièrement la croissance, avec un trafic en hausse de 6,6 %. Le métro enregistre une progression de 1 %. « Le trafic du RER est stable malgré l’impact des grèves sur le RER B. Le RER A a connu quant à lui une dynamique remarquable de +5 % », note encore la RATP dans un communiqué.

    En revanche, le nombre de voyageurs qui ont emprunté les bus franciliens régresse de 1 %, ce qui est expliqué par « les difficultés persistantes de circulation dans Paris et la petite couronne ».

    Côté recettes, elles sont en hausse de 2,2 %, générant une hausse de 1 % du chiffre d’affaires de l’Epic (2,787 milliards d’euros). Quant aux investissements, ils restent soutenus à 575 millions d’euros, consacrés principalement au développement des infrastructures, notamment 240 millions d’euros pour le prolongement des lignes de métro et tramway 4, 11, 12 14 nord et sud et 285 millions pour l’entretien et la modernisation des équipements (déploiement du pilotage automatique sur le RER A, automatisation de la ligne 4 du métro…).