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Catégorie : Mobilités douces
Retrouvez toute l’actualité des mobilités douces: services de vélos et trotinettes en libre service, pietonisation, aménagements urbains…

Ile-de-France : l’appel d’offres massif pour les bus électriques est lancé
On l’attendait pour la fin 2017, cela a pris un tout petit peu de temps de plus que prévu, mais c’est fait. Ile-de-France Mobilités et la RATP ont lancé ce mercredi 24 janvier un appel d’offres massif pour les bus électriques, « le plus important d’Europe », précise leur communiqué.
De fait, ce marché représente un potentiel de commande de 1 000 bus, dont 250 ferme, pour un montant maximum de 400 millions d’euros. Le financement est partagé entre Ile-de-France Mobilités et la RATP. Le marché, d’une durée de deux ans, est composé de trois lots et porte sur des bus électriques standards de 12 mètres. Les premières livraisons « série » liées à cet appel d’offres devraient être effectuées fin 2020.
Cette consultation s’inscrit dans l’objectif du renouvellement massif du parc bus de la RATP avec 100 % de bus propres d’ici 2025, dont 2/3 de bus électriques et 1/3 de bus au biogaz. Une répartition sensiblement infléchie en faveur du biogaz depuis l’objectif initial du plan « Bus2025 », qui était de 80 % de bus électrique et 20 % de bus au biogaz.
Cet appel d’offres intervient après l’équipement intégral de la ligne 341 en bus électriques en 2016 et l’équipement en cours des lignes 115 et 126 pour tester la recharge partielle des batteries en terminus. La flotte RATP, composée de 4 700 bus, comprend aujourd’hui 800 bus hybrides, 140 bus bioGNV et 74 bus électriques.
Catherine Guillouard, PDG de la RATP, précise que cet « objectif de disposer d’un parc bus 100 % propre d’ici 2025 en Ile-de-France est un véritable défi technologique qui nécessite d’adapter, dans des délais très contraints, nos 25 centres bus. »
Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités ajoute que « pour la grande couronne, Ile-de-France Mobilités travaille actuellement au lancement d’un appel d’offres d’environ 450 bus sur trois ans pour accompagner les améliorations des lignes mises en place depuis 2016 et poursuivre l’équipement en bus propres des autres opérateurs d’Ile-de-France (Transdev, Keolis, Cars Lacroix…) ».
Photo : Décembre 2015 : la RATP présentait sur le Champ de Mars les bus électriques de divers constructeurs, avant les débuts d’une expérimentation sur des lignes commerciales.

Qatar : plus que dix mois avant le premier métro…
Interview de Thierry Couderc, directeur général de RKH Qitarat.
Ville, Rail & Transports. RKH Qitarat, que vous dirigez, a remporté en novembre le contrat d’opération du réseau de transport de Doha. Il va falloir faire très vite, la première ligne de métro doit ouvrir avant la fin de l’année. Comment vous y préparez-vous ?
Thierry Couderc. Dès le stade de l’offre, nous avions défini 15 managers clés, les Qataris voulant connaître les personnes prévues pour les opérations et la maintenance. Ces personnes sont en place et, aujourd’hui nous recrutons. 66 personnes nous ont dit oui. Toutes ne sont pas encore là, mais nous sommes déjà 28, auxquels nous ajoutons 12 experts support.Aujourd’hui, il nous faut préparer les opérations, écrire les procédures, préparer les documents de formation. Rédiger la documentation opérationnelle dans une langue commune, l’anglais, mais un anglais destiné à des gens dont ce n’est pas la première langue. Les ouvertures vont se faire en cinq phases, trois pour le métro, deux pour le tramway (voir encadré ci-dessous), la dernière étant fixée en octobre 2020. L’enjeu, c’est de recruter 1 500 personnes en deux ans. Dès la fin de cette année, nous serons 1 000.
VR&T. Qui recrutez-vous ?
T. C. Nous recrutons tant en local qu’international, au Qatar plusieurs nationalités sont concernées de par les travailleurs locaux (des Indiens, des Sri Lankais, des Pakistanais). Ces personnels seront formés selon les standards de RATP Dev et Keolis sur l’ensemble des métiers requis pour la bonne marche des opérations (conducteurs, mainteneur…).VR&T. La formation technique des personnels se fera sur place ? En partie en France ?
T. C. La formation des conducteurs se fera localement, grâce à des simulateurs. Nous enverrons en France des cadres, au cas par cas, selon le profil des gens que nous recruterons.
VR&T. Quoi d’autre avant de commencer ?
T. C. La préparation du dossier de sécurité. En France, le responsable du système de transport doit prouver que son système est sûr. Il se soumet donc aux audits du SMRTG, et doit aussi montrer que le niveau de sécurité demeure constant dans le temps. C’est après tout ce travail de certification que le préfet donne l’autorisation d’exploiter. Au Qatar, le fonctionnement diffère du système français. Il n’y a pas d’organisme de certification spécifique. Les autorités qataries accompagnées d’un groupe d’experts, se chargent elles-mêmes de délivrer les autorisations d’exploitation.VR&T. Comment vous êtes-vous réparti le travail, entre Keolis et RATP Dev ? A l’un le métro, à l’autre le tramway ?
T. C. Pas du tout. Conformément aux souhaits des autorités qataris le tramway et le métro seront exploités par un seul opérateur. RKH Qitarat exploitera l’ensemble du réseau avec des équipes issues de RATP Dev et Keolis. D’ailleurs, même si le tramway est à Lusail, cette ville nouvelle est dans une continuité urbaine avec Doha, et il y a une station de correspondance entre les deux systèmes. Initialement le tramway de Lusail et le métro de Doha étaient deux projets séparés qui ont été réunis sous une seule autorité organisatrice, Qatar Rail, qui s’implique très fortement dans le projet. Nous le constatons chaque jour. Nous sommes installés en partie dans des sites mis à notre disposition par l’autorité organisatrice en attendant que les dépôts soient prêts. Nous travaillons dans une grande proximité des équipes avec Qatar Rail.
VR&T. Quel rôle joue votre partenaire Hamad Group, qui a 51 % de la JV ?
T. C. Hamad Group qui connaît très bien l’environnement qatari, nous aide tant dans les phases administratives très contrôlées que dans les phases d’embauche.VR&T. Tout de même, dix mois avant la première remise en service, c’est très peu.
T. C. Vu de loin, on se dit que cela nous vaudra une inscription au Guinness Book. La phase de mobilisation a commencé en novembre, ce qui est certes tardif par rapport au calendrier [le contrat a été attribué en novembre, NDLR], mais je ne suis pas inquiet. Il nous faut donc des gens hypercompétents et nous les avons. La patronne de la mobilisation est Mireille Majerczyk, ancienne directrice de la ligne 14 à Paris. Sophie Delmée, qui va s’occuper du tramway, a été patronne du PCC de la ligne A du RER. Guillaume Monnier sera patron du PCC du métro, il a été chef du PC du tramway de Dijon et du métro de Lille. Denis Tassin dirigera la maintenance, il vient du Gautrain. Anne-Gaelle Vaquié s’occupera du développement commercial, elle vient du TGV. Mais il faudrait citer les 15 managers-clés…
Nous aurons aussi, parmi ceux qui ont accepté de nous rejoindre, des experts dans l’exploitation de réseaux de transport dans des grandes métropoles internationales (Moyen-Orient, Inde, Pakistan…).
VR&T. Et vous-même, quel est votre parcours personnel ?T. C. J’ai passé 12 ans sur le métro de Toulouse, dès la mise en service, puis j’ai été directeur de Keolis Brest, directeur général adjoint de Keolis Lyon (avec la mise en service du T4), directeur général de Keolis Tours (avec la mise en service du tramway). Cela m’a donc permis d’acquérir à la fois une expérience tramway et métro et d’avoir dans les deux modes, avec Toulouse et Tours, une expérience greenfield.
VR&T. Tout est prêt pour octobre ?
T. C. Quelques stations, l’accueil client, le PC et le dépôt sont en cours de finalisation. Nous sommes mobilisés pour ouvrir la ligne rouge (sud) dans les temps. Des trains ont déjà roulé, en conditions de chantier. Il faut passer maintenant à une phase d’intégration des systèmes, ce qui représente un travail important. Les essais dynamiques du métro commencent en février et ceux du tramway commencent en avril…Propos recueillis par F. D.
Les cinq étapes de la mise en service
• La Red Line South (première phase du métro) doit ouvrir le 31 octobre 2018
• La première phase du tramway, en janvier 2019
• La Green Line (2e phase du métro) le 30 avril 2019
• La Gold Line et Red Line North (3e phase du métro) le 31 octobre 2019
• La deuxième phase du tramway, en octobre 2020.
Comment les Jeux poussent au crime
On connaît la chanson. Les grands événements sont des accélérateurs. Ce n’est pas faux. On l’a vu avec la première LGV chinoise, Pékin – Tianjin, prête en un temps record le 08/08/08, pour les Jeux olympiques de 2008. Pas faux… mais pas toujours vrai. Londres n’a pas fait tout ce qu’elle avait prévu pour les JO de 2012.
Comme les grands programmes, le Grand Paris a naturellement été conçu indépendamment des Jeux, et si son calendrier a été accéléré par Manuel Valls, c’était dans la perspective de l’Expo 2025 ; mais, pendant qu’on y était, les lignes ont été avec un beau sens de l’esbroufe intégrées dans le dossier de candidature de Paris aux JO 2024. Le dossier prévoit donc à cette date : la ligne 14 jusqu’à Saint-Denis-Pleyel, la ligne 14 jusqu’à Orly, la ligne 15 Sud dans son entier, la ligne 16 de Saint-Denis-Pleyel à Noisy-Champs, la ligne 17 de Saint-Denis-Pleyel à Paris-Charles-de-Gaulle. Sans oublier CDG Express, le prolongement d’Eole à l’ouest, et on en passe.
Sur le papier, accélérer ne coûte pas grand-chose. Mais, si on veut honorer les engagements pris, cela commence à chiffrer. C’est l’un des points majeurs que soulève la Cour des comptes dans son rapport de décembre dernier sur la SGP. « L’espoir de faire coïncider avec l’échéance olympique la mise en service d’une partie substantielle du réseau du Grand Paris Express est de nature à accroître les dépenses à la charge de la SGP de l’ordre de 625 millions d’euros, dont 300 millions d’euros ont d’ores et déjà été décidés. » En effet, précise la Cour, « à l’été 2015, la direction de la SGP a considéré que le schéma de construction de la ligne 16 avec six tunneliers, sur la base duquel a été prise la délibération du conseil de surveillance approuvant l’opération d’investissement, risquait de ne pas permettre une ouverture de la ligne pour les Jeux olympiques de 2024. Elle a donc décidé d’ajouter trois tunneliers supplémentaires. Le surcoût est évalué à 250 millions d’euros. De même, la décision de la SGP de faire passer de huit à dix le nombre de tunneliers utilisé pour la ligne 15 Sud, pour sécuriser la date de la mise en service, va augmenter mécaniquement le coût d’une cinquantaine de millions d’euros. »
La Cour ne rentre pas dans le détail. Un tunnelier, cela coûte environ 20 millions d’euros. Pas loin du coût d’une rame TGV. Ça va moins vite, mais ça creuse mieux… Pour la ligne 15, le surcoût correspond grosso modo aux deux tunneliers. Pour la 16, les trois tunneliers n’expliquent pas tout. Quoi qu’il en soit le surcoût est considérable. Et ce n’est pas fini, puisque, toujours pour tenir les engagements, la SGP a demandé en janvier dernier au Premier ministre son accord pour mettre en œuvre un plus grand nombre de tunneliers sur les lignes 17 et 18. Ce qui induirait, relève la Cour, un surcoût évalué dans le dossier de 180 à 200 millions d’euros pour la ligne 17 et à 125 millions d’euros pour la ligne 18.
Pour quel résultat ? L’étude commandée par la DGITM au printemps 2017 au Centre d’étude des tunnels (Cetu) « juge peu vraisemblable le respect des échéances de 2024, même en augmentant le nombre de tunneliers. Il identifie même des risques juridiques, techniques et financiers supplémentaires, qui seraient induits par une telle accélération de la réalisation des lignes 17 et 18 en vue d’une mise en service pour les Jeux olympiques de 2024. »
C’est pourquoi la Cour des comptes conclut à propos des JO : « Il y a donc probablement lieu de reconsidérer les objectifs de calendrier et de déconnecter la réalisation du Grand Paris Express de l’échéance de cette manifestation sportive. »
F. D.

Adieu l’Expo, à quand la 18 ?
Va-t-on reporter la ligne 18 du Grand Paris après avoir abandonné l’Expo ? Le report et le retrait semblent bien faire la paire. Cependant, après avoir fait part dimanche de sa décision de renoncer à la candidature française à l’Expo 2025, le Premier ministre devait prendre encore un peu son temps avant d’annoncer un éventuel report du premier tronçon de la ligne 18 au-delà de 2024. Tronçon desservant allant d’Orly jusqu’au cluster de Saclay, où devait prendre place le « village global » de l’Exposition universelle.
Jean-Christophe Fromantin (député UDI des Hauts-de-Seine), le grand promoteur de la candidature française à l’Expo, a aussitôt dénoncé la « lâcheté sans nom » de la décision du Premier ministre. La plupart des élus concernés sont déçus mais ils ont vite fait d’oublier l’Expo pour en revenir à l’essentiel : la ligne 18. Luc Carvounas (député PS du Val-de-Marne), accuse le gouvernement de s’éviter de « chercher les fonds pour le métro du Grand Paris que la technostructure ne sait pas financer ». Des élus de l’Essonne emmenés par Grégoire de Lasteyrie, maire de Palaiseau, disent « craindre le pire : une annulation ou un report de la ligne 18 qui doit relier le plateau de Saclay et Orly d’ici 2024. Nous rappelons que le projet de ligne 18 existait avant la candidature de la France à l’Exposition universelle, et que sa nécessité lui survit aujourd’hui. Nous, élus du territoire, redisons avec force la nécessité d’une desserte lourde en transport en commun d’ici 2024 ».
Valérie Pécresse dit de même au Parisien : « J’espère que la messe n’est pas dite. Mais je ne suis pas optimiste. Pourtant, on ne peut pas prendre le prétexte d’abandonner le projet de l’Expo universelle pour abandonner celui de la ligne 18. L’Etat n’a pas fait d’économie dans son budget de fonctionnement, il n’a pas fait cet effort, et il se met à sacrifier des projets d’investissements. Saclay va devenir le moteur scientifique de la France, il doit être desservi et a besoin d’une nouvelle ligne de métro. »A priori, cette nouvelle ligne n’est pas menacée dans son existence. Le schéma d’ensemble du Grand Paris, Elisabeth Borne l’a dit, ne sera pas remis en cause. C’est le calendrier qui peut bouger. De plus, s’agissant toujours de la ligne 18, la loi Grand Paris indique qu’un métro doit être construit. Pas de tramway, donc… Mais un métro, cela peut désigner aussi bien un matériel à grand gabarit type ligne 15, un prolongement d’Orlyval, comme le métro de type parisien aujourd’hui décidé. Sur la ligne 18, pas mal de choses peuvent donc changer, même si cela conduit à refaire des études et donc à retarder le projet. Après tout, cela pourrait être un des cas-écoles du gouvernement, dans sa recherche de solutions de mobilité moins coûteuses que prévu en infrastructure.
A l’idée du report, les élus poussent les hauts cris. Selon l’union des élus pour la ligne 18, « compte tenu de l’état d’avancement du projet [du cluster de Saclay] et des conditions de circulation actuelles sur le plateau, 2024 c’est déjà tard ! » Tard, oui… mais, au-delà des effets de manche, est-ce possible ? Dans le rapport rendu le 21 septembre au gouvernement par le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, la mise en service de la ligne 18 d’Orly jusqu’au CEA – Saint Quentin est prévue au premier trimestre 2024. Tout juste, donc. Mais il s’agit du calendrier des « échéances opérationnelles au plus tôt »… alors que le génie civil n’a pas commencé. Or, le prolongement de la ligne 14 Nord ou la réalisation de la ligne 15 le montrent, la phase travaux réserve des surprises. Rarement bonnes.
F. D.

« Le retour du vélo dans toutes les grandes villes du monde est une tendance massive »
Frédéric Héran, économiste et urbaniste, est maître de conférences à l’Université de Lille I. Il prône une politique des transports dans la ville, qui amoindrit la part de l’automobile pour faire une place à tous, et se dit convaincu que le nombre de vélos dépassera demain celui des voitures à Paris. Il pointe aussi les limites du développement actuel des vélos en libre service et sans station. Explications.
Ville, Rail & Transports. Quelle politique mettre en place, selon vous, pour obtenir un réel report modal en faveur des vélos ?

Frédéric Héran. Avant tout, il faut modérer la circulation automobile. Il faut comprendre qu’une politique de déplacements ne peut se découper en tranches : une pour la voiture, une pour les vélos, une pour les piétons… Tout est complètement lié. C’est d’ailleurs ce que nous enseigne l’histoire des déplacements urbains, avec l’effondrement puis le retour du vélo, comme l’explique mon livre Le retour de la bicyclette qui met en lumière la croissance actuelle de la pratique du vélo dans les grandes villes occidentales. On a laissé se développer la voiture dans toutes les grandes villes. Mais aujourd’hui, il y a un mouvement très fort, mondial, pour modérer la part de l’automobile et donner de la place aux autres modes.
Prenons l’exemple d’Amsterdam, où on pourrait croire qu’il y a toujours eu des cyclistes. En réalité, on a observé une diminution de leur nombre par trois ou quatre entre les années 50 et le début des années 70. Puis, il y a eu une bagarre des habitants pour reconquérir les rues, permettant son grand retour.
Stockholm aussi où la part des vélos était tombée à 1 % en 1974 a vu cette part remonter à 10 % en 2006. Citons encore Berlin où la part modale des cyclistes s’établissait à 2 % en 1974 et atteint 15 % aujourd’hui. Quant à Paris, où le vélo était à 0,2 % en 1976, il représente désormais 4 ou 5 %.
VR&T. Quelles mesures préconisez-vous pour modérer le trafic automobile ?
F. H. Il faut tout d’abord réduire les vitesses autorisées. A Paris, entre 1992 et 2015 (dernier chiffre connu pour le moment), la vitesse moyenne a reculé de 28 % et tourne aujourd’hui autour de 15,9 km/h.Il faut ensuite abaisser le volume de trafic. La baisse de la vitesse y contribue déjà, mais il faut aussi réduire les capacités. Si on se réfère à l’Est parisien, on constate que la réduction du nombre de files de circulation a permis de diminuer de moitié le trafic automobile sur les grands boulevards.
Le tram des Maréchaux a également fait reculer de 50 % le nombre de voitures le long des axes où il passe. De même, la fermeture de 3 km de voies sur berges a retiré 43 000 voitures sur cette voie…
Cette politique suscite des protestations mais de nombreuses villes dans le monde ont fait bien pire. A commencer par Strasbourg qui a supprimé le passage de 50 000 voitures en plein centre-ville, en lançant en 1992 les travaux pour son tramway. Les gens étaient inquiets. Aujourd’hui, ils sont satisfaits.
Enfin, il faut rendre le stationnement plus compliqué et plus cher. La décentralisation et la dépénalisation du stationnement qui sont mises en place depuis le 1er janvier représentent une vraie révolution. Ses effets vont être rapidement visibles. Les temps de recherche d’une place de stationnement vont s’effondrer. Cela réduira le trafic automobile d’autant puisque 5 à 10 % des voitures qui circulent en ville sont en réalité à la recherche d’une place pour se garer. Si le trafic diminue effectivement de 5 à 10 %, ce serait énorme ! Avec un risque : que ces nouvelles facilités de circulation incitent d’anciens automobilistes à reprendre leur voiture.
VR&T. Que pensez-vous du péage urbain évoqué par les pouvoirs publics ?
F. H. Le péage urbain fait aussi partie des actions possibles. On dit qu’il y a beaucoup de villes qui l’appliquent. Mais lesquelles, à part Milan, Stockholm, Oslo, Bergen et Londres ? En réalité, on les compte sur les doigts d’une main. En revanche, on compte des centaines de villes qui ont « calmé » le trafic automobile.Le péage urbain fait gagner de l’argent, c’est « modélisable », selon les économistes standards, qui considèrent au contraire que baisser la vitesse est absurde car le temps, c’est de l’argent. Selon moi, il vaut mieux prendre des mesures de restrictions de circulation en zone urbaine car elles sont de nature à apaiser les villes et à les rendre plus attractives.
VR&T. Vous prônez donc la généralisation des zones 30 ?
F. H. C’est très efficace. En France, la première grande ville qui l’a fait est Lorient dès 2011. La seconde ville, un peu plus grande, Grenoble, s’y est mise en 2016. Paris voudrait y arriver en 2020. Beaucoup de villes estiment qu’elles vont y parvenir dans pas longtemps. Finalement, on ne fait que suivre l’Allemagne, qui elle-même n’a fait que suivre les Pays-Bas, dont toutes les villes sont en zone 30. Mais bien sûr, si on réduit le trafic automobile, dans le même temps, il faut développer les transports publics en leur donnant la priorité aux carrefours ou en installant les arrêts de bus au milieu de la chaussée. Il y a d’innombrables mesures comme celles-là qui sont très favorables aux transports publics.VR&T. La prime pour les vélos envisagée par le gouvernement est-elle vraiment efficace ?
F. H. Pour que le vélo se développe, il faut un système complet. Par exemple, il ne peut fonctionner si vous ne pouvez pas le faire réparer. Il y a des villes comme Roubaix, forte de 90 000 habitants, où on ne trouve aucun vélociste.La solution, ce sont ces ateliers de vélo qui se créent ici ou là. En France, on en comptait six en 2005. Il y en avait 230 en juillet 2017. Ces ateliers se développent à hauteur de +20 à +40 % par an, c’est une explosion ! Ils sont pris en mains par les habitants eux-mêmes qui cherchent des locaux (c’est le plus compliqué), puis s’échangent des outils. C’est convivial et cela existe dans tous les quartiers y compris populaires. Ce n’est donc plus une activité bobo.
VR&T. Alors que les pouvoirs publics s’apprêtent à dévoiler leurs solutions pour favoriser le report modal dans la nouvelle loi sur la mobilité, êtes-vous optimiste sur les chances de succès du vélo ?
F. H. Optimiste ? Non, réaliste ! Nous vivons une tendance de fond, une transition écomobile, qui consiste à passer du tout-automobile à des rues pour tous. Cela concerne tous les pays occidentaux, et même la Chine ainsi que les pays émergents. Il n’y a aucun doute là-dessus.Aux Etats-Unis, depuis dix ans, la part du vélo croît de 10 % par an dans toutes les grandes villes, y compris des villes improbables comme Washington et Chicago. A Londres, qui est partie de plus bas que Paris, la pratique du vélo augmente très vite (3 % de parts) alors que le réseau ne s’y prête pas du tout. Londres pourrait même dépasser Paris prochainement.
La tendance est massive. Ce n’est pas un effet de mode. La pratique de vélo se développe même dans les grandes périphéries. Le mot vélo n’est plus tabou. Il y a dix ans, je ne pensais pas qu’on pourrait revenir aussi facilement à cette situation. Je me suis trompé ! Je suis même surpris de la vitesse à laquelle le vélo se répand. Cela dit, à Paris, le vélo n’atteindra jamais des sommets, puisqu’il a un concurrent redoutable : le métro, qui est le meilleur du monde avec ses stations tous les 500 mètres ! Toutefois, avec une courbe de croissance de 10 % par an tandis que la voiture recule de 3 à 4 % par an, il devrait dépasser le nombre de voitures, peut-être à l’horizon 2030.
VR&T. Est-ce que l’arrivée de nouveaux acteurs, comme les opérateurs de vélos en libre service et sans station, peut favoriser le report modal ?
F. H. A mon avis, il y a trois coûts cachés dans ce système. D’abord, l’espace public n’est pas gratuit. Il est même onéreux, surtout dans les grandes villes. Il est cher car il faut le construire, le maintenir, le nettoyer, l’éclairer… Toutes les villes se résolvent peu à peu à faire payer cette occupation. Paris notamment veut le faire.Autre coût : toutes les dégradations, les vols, les incivilités que ces vélos génèrent. La police doit s’en occuper. Cette délinquance est essentiellement juvénile et masculine. Elle est particulièrement forte à Paris qui est la ville la plus dense d’Europe. On y compte donc deux fois plus de délinquants au m² qu’à Londres par exemple. C’est très tentant pour un adolescent de prendre un vélo sans attaches. Les opérateurs ont sous-estimé ce risque.
De plus, les vélos sans station sont dispersés. Il faut les chercher pour les réparer alors que quand il y a des stations, la gestion est beaucoup plus facile.
Enfin, troisième coût, les vélos encombrent l’espace public, ils gênent les passages, les piétons, les restaurateurs, les gestionnaires de réseau… Il y a toujours un moment où on finit par les écarter. Regardez ce qui s’est passé dans certaines villes chinoises où des dizaines de milliers de vélos ont été rassemblés dans un même endroit. Tous ces vélos qui s’accumulent… Nous allons sûrement vivre la même chose. A un moment nous dirons : cela suffit ! Les opérateurs ne s’en occupent pas, ce n’est pas dans leur modèle économique. Ils disent : notre modèle ne coûte rien aux contribuables. Mais évidemment cela a un coût !
VR&T. On entend dire que ces opérateurs seraient surtout intéressés par les données qu’ils récoltent auprès des utilisateurs de leur service. Qu’en pensez-vous ?
F. H. Leur modèle économique n’est pas clair. D’où viennent leurs recettes ? Je pense que c’est surtout la caution qu’ils prélèvent auprès des utilisateurs qui les intéressent. Cet argent est placé, parfois sur des marchés risqués, et rapporte des intérêts. Il semble que certains utilisateurs aient un mal fou à la récupérer quand ils renoncent au service…Quant aux données qu’ils pourraient récolter, je ne suis pas convaincu qu’elles aient un grand intérêt en elles-mêmes et qu’ils puissent en retirer beaucoup d’argent.
VR&T. Comment jugez-vous l’arrivée ratée de Smovengo à Paris ?
F. H. Smovengo a une logique industrielle, ce n’est pas un groupe qui a fait un coup. Il a, semble-t-il, sous-estimé le temps qu’il faudrait pour raccorder et renforcer l’alimentation électrique.Une fois ces difficultés passées, nous verrons. C’est une société qui innove sans arrêt pour rendre son système plus fiable. Grâce à son système d’accroche, il devrait y avoir beaucoup moins de vols, même si je ne suis pas sûr qu’il arrivera à tenir son objectif de pas plus de 5 % de vols.
Propos recueillis par Marie Hélène Poingt
*Le Retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe de 1817 à 2050, La Découverte, Poche, 2014, 256 pages (10 euros).
Mobility as a service, est-ce l’avenir ?
Mobility as a service est un concept qui suscite beaucoup d’engouement et pourrait bouleverser l’architecture des transports demain. De quoi s’agit-il ? Est-on prêt à passer le cap ? Décodage avec des spécialistes lors de la première table ronde organisée par VR&T dans le cadre de son Palmarès des mobilités.

Isadora Verderesi. « Maas, Mobility as a service, est un concept consistant à agréger les différents modes de transport. Il est apparu avec le digital et les nouvelles économies collaboratives, explique Isadora Verderesi, directrice de Transdev Digital Factory. Maas agrège toute l’offre grâce à une seule interface et propose le meilleur moyen d’aller d’un point A à B sans avoir à ouvrir une quantité d’applications. L’objectif ultime est de démontrer que l’on peut se passer de posséder une voiture », ajoute-t-elle.
Transdev a investi en 2016 dans la start-up Finlandaise Maas Global, qui propose cette application. Un bêta test a été ouvert à une centaine d’utilisateurs, avant d’être proposé à tous, sous forme d’abonnement cet été. Il y aurait 2 000 utilisateurs.
La start-up vient de lancer en novembre un passe illimité à 499 euros mensuel. Mais il faut convaincre les utilisateurs de sauter le pas. Pas facile ! C’est pourquoi, Maas Global propose aussi un dispositif de pay as you go.
« Il faut comparer le prix de Maas avec celui d’une voiture individuelle », justifie Isadora Verderesi. Or les enquêtes montrent que les automobilistes minimisent de 60 % le coût de possession d’une voiture. « Ils ont du mal à croire que Maas peut répondre à leurs besoins de déplacements tout en leur revenant moins cher que la détention d’un véhicule. Les consommateurs manifestent de l’intérêt pour ce service, mais la notion de prix reste un problème », constate-t-elle.
La représentante de Transdev insiste aussi sur la nécessité d’avoir un « facilitateur » pour que le système fonctionne. « Sans partenariat, cela ne marche pas. Personne ne peut offrir tous les services de mobilités sur un territoire. Maas se positionne comme un agrégateur de toutes les solutions : transports publics, taxis et location de voitures… Maas propose un fonctionnement disruptif, dont on est loin en France, où on a plutôt tendance à offrir un transport public ++ », assure-t-elle.
Alain Krakovitch. Qu’en pense la SNCF ? « On a besoin de travailler ensemble si on veut un Maas puissant », reconnaît Alain Krakovitch, directeur de SNCF Transilien, qui rappelle que 50 % des clients du Transilien prennent en moyenne, lorsqu’ils se déplacent, trois modes de transport différents, et que 50 % de français prendraient plus le train s’ils avaient un billet de bout en bout. « L’objectif de Maas est que davantage de personnes abandonnent leur voiture en solo. On doit travailler ensemble pour y parvenir », poursuit-il.
Plusieurs niveaux de partenariat sont possibles. « Au premier niveau, on intègre une offre de transport et l’information. Au niveau supérieur, on ajoute le paiement. Mais il faut aussi offrir des possibilités d’abonnements, de forfaits (versus pay as you go), pour avoir une offre complète et des données de comptage. L’ambition est d’offrir un service complet. »
Reste à savoir comment y arriver. « Il faut construire ce mur avec les briques élémentaires de transport, les assembler avec le ciment de l’application et rajouter la peinture, c’est-à-dire le forfait, pour que nos clients puissent arriver à profiter de tout », illustre Alain Krakovitch.
Valère Pelletier. La SNCF a déjà commencé à travailler avec Transdev et la RATP sur ces bases. Pour Valère Pelletier, responsable de l’unité Développement et Digital à la RATP, le passe Navigo en Ile-de-France en est un embryon. « On a créé une carte permettant de prendre tous les transports publics, puis on a ajouté le Vélib et l’Autolib’. Ce qui a été un coup d’accélérateur des usages. » Mais pour aller plus loin, il faut lever des freins psychologiques. « Les gens sous-estiment le prix de leur voiture et le montant à réallouer aux transports. C’est un premier point d’achoppement. » Autre défi : il faudra savoir être pragmatique. « Si la station de Vélib’ ou de taxi est loin du RER ou de la gare, s’il y a rupture de charge lors des changements de mode, cela ne pourra pas fonctionner. » Troisième difficulté : les différences culturelles. « Les pays scandinaves et anglo-saxons acceptent de payer pour aller plus vite. Ils savent évaluer la valeur du temps. » Dernier obstacle à prendre en compte selon Valère Pelletier : le business model. « Mélanger Uber et le transport public, c’est mélanger une société qui recherche la rentabilité et un service public déficitaire par construction. » Enfin il s’interroge, volontiers provocateur : « Est-ce que les autorités organisatrices sont prêtes à abandonner leurs prérogatives de donneur d’ordre ? »

Jean-Jacques Bernard. « Le rôle des AOM change, répond Jean-Jacques Bernard, vice-président de Rennes Métropole, en charge des Transports et des Déplacements. Elles se sont longtemps cantonnées à organiser des services de transport en commun. On franchit une étape dans la mobilité. L’augmentation de parts modales a longtemps été permise par des investissements dans des infrastructures lourdes. On est dans un contexte financier différent, et les AOM ont le défi de la transition écologique à relever. Ce qui les amène à poser le problème de mobilité de manière différente. Dans ce contexte, le concept Maas va se développer progressivement », prédit-il avant d’ajouter : « Le rôle des AOM est de garantir la cohérence politique de la mobilité et l’accessibilité pour tous. » Ce qui en France veut dire : proposer des tarifs sociaux. La rentabilité ne doit pas être une fin en soi. « Les services de covoiturage courte distance sont indispensables pour que les gens abandonnent leur voiture solo, mais leur équilibre financier n’existe pas. Il faut que la collectivité les aide à perdurer », estime M. Bernard.

Louis Brosse. « Notre objectif commun est de développer l’usage des mobilités collectives et de réduire l’utilisation de la voiture particulière », rappelle Louis Brosse, CEO de Wizway Solutions, start-up créée en décembre 2015 avec pour actionnaires SNCF, RATP, Orange et Gemalto. « Wizway propose de faire du smartphone la télécommande du quotidien en permettant aux voyageurs de l’utiliser pour accéder aux informations, d’acheter leur titre de transport et de valider leur billet. Nous évoluons dans un écosystème de plus en plus complexe, note Louis Brosse. A Paris il y a cinq opérateurs de vélos. Il est de plus en plus compliqué de savoir comment en réserver. Le smartphone permet de faire de l’intermodalité sans que les réseaux soient interconnectés, de dématérialiser les titres de transport, de rendre interopérable l’expérience de voyage », précise-t-il.

Pierre Aubouin. Quant à la Caisse des dépôts, elle compte jouer aussi un rôle en finançant les mutations technologiques prometteuses de notre pays. « Nous cherchons à faire émerger une palette de solutions de mobilités intelligentes et durables », explique Pierre Aubouin, directeur du département Infrastructures et Transport. La Caisse investit dans des solutions d’autopartage, de transports à la demande, de covoiturage… Pierre Aubouin assure « rester flexible sur la capacité d’ouvrir des financements à de nouvelles solutions ». Citant en exemple le concept de Scooters électriques en libre service. « Cela aurait pu sembler inutile dans une ville comme Paris où il avait déjà Autolib’ et Vélib, pourtant il y a bien une demande. » D’où la nécessité « de ne pas brider l’innovation », conclut-il
Valérie Chrzavzez-Flunkert

A quoi ressemblera la ville de demain ?
Les villes sont confrontées à de multiples défis, liés à l’environnement, qui incitent de plus en plus d’élus à restreindre la circulation. Et des défis liés à la révolution numérique. Quelles opportunités peuvent-elles saisir pour se transformer ? Lors de la deuxième table ronde le 6 décembre, VR&T a questionné quatre acteurs, qui chacun à leur manière sont des partenaires de la ville de demain, intelligente et durable.

Mohamed Mezghani. « Dans toutes les villes du monde on observe une hausse de la demande de mobilités. Ce qui nécessite un développement du mass transit », constate Mohamed Mezghani, secrétaire général de l’UITP. Ce qui implique de pouvoir investir dans des infrastructures lourdes à l’instar du Grand Paris. Autre tendance du moment : la digitalisation. « L’économie du partage favorise de nouvelles solutions de mobilité plus flexibles, à la demande et l’émergence de nouveaux acteurs. » D’où la nécessité de repenser la place donnée à chaque mode en prenant en compte des préoccupations de santé ou d’environnement. « La voiture en solo doit céder la place. L’autopartage se développer. Il faut augmenter l’usage du vélo. Et il faut anticiper le développement des véhicules autonomes partagés à la demande », résume Mohamed Mezghani avant de donner quelques exemples permettant d’aller dans le bon sens. « Pour diminuer la place de la voiture, Barcelone a créé des îlots urbains limités à 10 km/h. Cela a permis de faire baisser la circulation de 26 %. A Londres on construit des autoroutes à vélos et on interdit la construction de nouveaux parkings dans les nouveaux bâtiments. »

Arthur Nicolet. « Il faut expérimenter », confirme Arthur Nicolet, président de Transdev Rouen, en rappelant que des véhicules autonomes à la demande seront testés l’année prochaine dans la ville normande, avec quatre Renault ZOE. Une opération qui coûtera 11 millions d’euros.

Jean-Louis Houpert. A Paris, Jean-Louis Houpert, directeur Valorisation immobilière, Achat et Logistique de la RATP cherche à contribuer à l’édification d’une ville « inclusive et mixte ». « Comme le terrain est rare, nous cherchons à construire en superposant. Avec une ville du dessous utilisée pour de la maintenance, du remisage des bus et une ville du dessus avec des logements, des crèches. Et on essaye de financer la ville du dessous avec les droits à construire de la ville du dessus ». C’est ainsi que le centre de Montrouge qui a coûté 56 millions d’euros a été financé à 80 % par les droits à construire des bâtiments logés sur la plateforme.

Nathalie Leboucher. Pour répondre aux besoins croissants de mobilité et au souhait des citoyens de pouvoir disposer de services personnalisés, Nathalie Leboucher, vice-présidente Europe de l’Ouest et Maghreb Kapsch trafficCom mise sur les possibilités offertes par la révolution digitale. « Pour contribuer à une mobilité intelligente, Kapsch peut mettre en place des péages urbains contribuant à une meilleure fluidité, organiser des voies gérées pour encourager le covoiturage ou les transports collectifs, équiper les parkings de capteurs permettant d’identifier les places libres, ou encore fournir des solutions permettant de lisser des pointes et d’avoir un meilleur paiement de la valeur temps. » Ce qui a été fait sur l’A14 avec des péages différenciés selon les horaires. Nathalie Leboucher constate que « les collectivités sont friandes de ces solutions parce que la mobilité est le problème numéro 1 des citoyens ».

Jacques Van Wittenberghe. « En concevant la ville de demain, il ne faut oublier de prendre en compte la logistique urbaine », rappelle de son côté Jacques Van Wittenberghe, cofondateur d’Electric road, association qui se positionne comme une interface permettant d’accélérer le déploiement d’une mobilité propre pour tous les types de transports. Son projet E-Way a remporté un appel à manifestation d’intérêt de l’Ademe pour l’électrification des poids lourds sur l’A13. L’association travaille aussi sur un projet de livraison urbaine en électrique pour Carrefour et Monoprix. « On a besoin de 19 ou 26 tonnes pour livrer en ville, car si on limite l’accès aux centres-villes au VUL, on multipliera par quatre le nombre de camions nécessaires », affirme Jacques Van Wittenberghe. Enfin, ajoute-t-il en guise de conclusion, « construire la ville de demain implique de dialoguer et de n’oublier personne ».
Valérie Chrzavzez-Flunkert

Comment préparer l’après pétrole ?
A partir de 2020, les collectivités devront opter obligatoirement pour des motorisations considérées comme propres pour au moins la moitié de leurs achats lorsqu’elles renouvelleront leurs flottes, conformément à la législation sur la transition énergétique. Quels pourraient être leurs choix ? Eléments de réponse lors de notre troisième table ronde.

Jean-Michel Lattes. En 2001, le dépôt de bus de Toulouse a été rasé par l’explosion d’AZF qui a détruit 300 véhicules. Pour les renouveler, la ville a décidé de passer au gaz. « Les débuts n’ont pas été simples », se souvient Jean Michel Lattes, premier adjoint au maire et vice-président de Toulouse Métropole, « mais aujourd’hui cela fonctionne bien ». La moitié des bus de la ville sont au gaz, et la flotte est complétée par des bus hybrides et quelques électriques. « Nous continuons à commander des bus au gaz, mais nous allons lancer une ligne électrique en test. Car nous estimons que le gaz reste

Catherine Brun. une technologie polluante. On s’oriente vers un mix électrique/hydrogène à un horizon lointain. » Catherine Brun, directrice Commerciale de GRTgaz, rappelle que « même s’il reste des émissions de CO2 avec le gaz, c’est moins qu’avec le diesel. Et l’intérêt de passer en électrique dépend de la façon dont l’électricité est produite. Si c’est à partir de charbon, ce n’est pas solution pertinente écologiquement. » Ce qui n’est bien sûr pas le cas en France.
Catherine Brun ajoute que l’utilisation de biométhane permet de réduire encore les émissions, et que produire du biogaz à partir des traitements des déchets est un moyen pour les collectivités de mettre en place une économie circulaire.
Après des débuts difficiles, la filière gaz connaît un décollage depuis deux ans. Tirée par la filière poids lourds qui a fait du marché français le plus dynamique d’Europe, avec un doublement du nombre de véhicules chaque année ces deux dernières années. Quant aux stations, malgré leur coût (compter un million d’investissement), le réseau se développe. De 40 aujourd’hui on devrait passer à 100 l’an prochain et plus de 250 en 2020.
Richard Dujardin. Richard Dujardin, directeur général France de Transdev, précise que pour qu’une station soit rentable, il faut une flotte de 40 véhicules. D’où la nécessité, « en matière de transition énergétique, de penser à long terme ». Parvenir à passer 50 % de sa flotte en véhicules propres d’ici 2020 n’est pas aisé sachant que l’électrique et l’hydrogène ne sont pas des techniques mûres et demandent des investissements conséquents. « Il ne faut pas se tromper sur la filière. On est là pour conseiller, mais c’est avant tout un choix politique structurant pour des collectivités qui ont des budgets contraints. »
A Eindhoven, Transdev exploite des bus électriques. « En termes d’accueil des clients et des conducteurs c’est une réussite », assure Richard Dujardin qui précise qu’un autre paramètre est fondamental : la recharge. « A Eindhoven, la charge lente de nuit n’était pas satisfaisante. Cela nous a obligés à investir dans 43 bus articulés électriques pour remplacer 26 bus articulés diesel de manière à pouvoir les recharger entièrement la nuit et en partie dans la journée. » Soit un doublement de l’investissement. « Cela n’a été possible que parce qu’il y avait une volonté politique. »

Xavier Hubert. Pour Xavier Hubert, directeur Industriel de Keolis, le gaz présente l’avantage d’être une solution mature tandis que l’électrique est appelée à progresser. « Avec le gaz les problèmes techniques et de maintenance sont derrière nous. On a une bonne vision du coût d’exploitation. On sait que la maintenance revient 30 % plus cher, tandis que les véhicules coûtent 15 % de plus. Mais on a une énergie deux fois moins cher au kilomètre. On peut donc faire le calcul pour savoir où est l’équilibre. » Mais si des clients ont la volonté de réduire plus fortement les émissions polluantes et disposent de moyens financiers conséquents, ils peuvent s’orienter vers l’électrique. « On travaille avec 11 constructeurs, on apprend beaucoup en expérimentant et on est capable de conseiller les autorités organisatrices », assure-t-il.
Selon lui, si la RATP semble revoir à la baisse ses objectifs d’équipement en véhicules électriques, « c’est que leurs expérimentations ont permis de se rendre compte que la technique n’était pas adaptée immédiatement. Mais d’ici cinq ans, cela pourra évoluer ».
Richard Dujardin ajoute que « la RATP n’avait peut-être pas anticipé les besoins d’autorisation des dépôts électriques et la difficulté de les obtenir quand il y a des habitats autour ». On retiendra qu’en matière de transition énergétique, « les transports publics doivent être exemplaires. L’appel d’offres de la RATP a bouleversé le marché. Le mouvement est en route. On va encore progresser », conclut Xavier Hubert.Valérie Chrzavzez-Flunkert

Grand Paris : Auzannet dit tout (ou presque)
Cheville ouvrière du métro du Grand Paris depuis ses débuts, voire avant, Pascal Auzannet vient de publier un livre on ne peut mieux venu. L’Etat s’apprête à dire ce qu’il veut (espérons qu’il saura cette fois le faire), et la succession de Philippe Yvin semble ouverte. C’est le moment de revenir sur l’histoire de ce projet complexe et sur celle de la SGP. Auzannet le fait avec un certain bonheur. C’est à souligner dans un monde où l’histoire immédiate est rare, où les livres sont souvent la glorification d’un projet qui rejoint en se jouant des obstacles son avenir radieux.
Auzannet n’est pas dénué de sens politique. Il sait que l’histoire est complexe. Et il montre comment un projet avance : rien de linéaire, plutôt la résultante de tensions, de volontés contraires, de petits coups de force, de retours en arrière ou d’accords boiteux. Jusqu’à ce qu’apparaisse un visage qu’on n’attendait pas. Quelques étapes le montrent.
Juillet 2006. Pierre Mongin, nouveau PDG de la RATP, s’approprie le projet concocté de longue date par la RATP et qu’Anne-Marie Idrac appelait joliment « un collier de pôles ». On s’apprêtait à choisir entre trois noms : Romeo, Giro, Métroférique. Mongin choisit le dernier, le réécrit Métrophérique et en fait le grand projet de l’entreprise. « La forte implication de Pierre Mongin s’accompagnait d’une petite réécriture de l’histoire en s’appropriant un projet dont il ne cessa de revendiquer la paternité », s’amuse Auzannet. Jean-Paul Huchon, lui ne s’amuse alors pas du tout : le président de la région Ile-de-France est effaré par ce projet qu’il dénonce sous le nom de « Métroféérique »… avant de sortir de sa poche un « Arc Express » moins abouti mais qui lui ressemble assez.
Mars 2008. Christian Blanc devient secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale. L’ancien PDG de la RATP s’intéresse à Métrophérique, mais trouve l’anneau trop limité, veut l’étendre aux aéroports, à Saclay, et aux huit territoires de projet qu’il esquisse. Christian Blanc obtient de Pierre Mongin le détachement de quatre ingénieurs de la RATP qui travaillent à divers scénarios de métro. « Cela devait se faire dans le secret le plus total. Les salariés s’étaient d’ailleurs engagés à respecter une totale confidentialité, y compris vis-à-vis de leur propre hiérarchie qui ne devait pas être au courant de leur travail. […] Cette cellule secrète est dirigée par Yves Ramette, membre du Comex RATP, qui a la confiance du secrétaire d’Etat et du président de la RATP. »
Blanc avance, les rapports avec Huchon sont mauvais, voire exécrables, puis Blanc démissionne, Huchon est confortablement réélu ; alors se met en place peu à peu une pratique de la discussion, autour du ministre Michel Mercier, chargé du Grand Paris, et de son directeur de cabinet Etienne Guyot, qui va déboucher, après l’affrontement des débats publics, sur un accord entre l’Etat et la région, en janvier 2011, qu’on se croit obligé, chaque fois qu’on en parle, de dire historique. Accord conclu sous l’égide de Maurice Leroy, ministre de la Ville, qui a hérité du dossier à la suite d’un coup de fil de l’architecte Roland Castro. Celui-ci téléphone en effet à Nicolas Sarkozy et lui dit, comme le rapporte Auzannet : « C’est génial d’avoir nommé Momo au ministère de la Ville […]. Le Grand Paris est bloqué et Momo est un démineur hors pair. Il sera parfait pour le Grand Paris. » Accord du président de la République. Et, quelques instants plus tard, c’est Roland Castro qui annoncera la nouvelle à Maurice Leroy. Un Leroy qui de, fait, déminera ce qu’il reste à déminer, et saura déporter la double boucle vers l’est, où deux lignes traverseront la Seine-Saint-Denis.On n’en finirait pas de citer les scènes qui éclairent les infléchissements. Et font apparaître une SGP qui se détache peu à peu de la RATP dont elle fut d’abord l’émanation, jusqu’à prendre des options techniques contraires à celles d’abord retenues par la maison mère. Ce sera toute la question, si sensible, du choix du roulement fer et d’un gabarit large, qui dessinent un réseau d’un type nouveau.
On regrettera que Pascal Auzannet, qui aurait pu sans doute en dire beaucoup plus, se fasse parfois discret et ne dise pas tout des secrets qu’il connaît. Sans doute fallait-il le faire, pour qu’il garde la confiance de personnes qu’il connaît bien, avec qui il a travaillé et à qui, au bout du compte, il rend justice. Optimiste, il préfère souligner ce que chacun a apporté au projet, de Pierre Mongin, qui n’est pas son ami, à Maurice Leroy, qui l’est. Et apporter ainsi une nouvelle pierre à l’édifice.
F. D.
Pascal Auzannet. Les secrets du Grand Paris
Zoom sur un processus de décision publique
Préface de Maurice Leroy
Herrmann – 198 pages

Vingt nouvelles pour envisager le futur de la mobilité
De quoi demain sera-t-il fait en matière de mobilité ? C’est à cette question que le nouveau recueil de nouvelles Capsules intemporelles (156 pages, Editions Propulseurs) se propose de répondre en 20 courtes fictions qui prennent appui sur les innovations, les expérimentations et les recherches existantes (véhicule autonome, drones, Hyperloop, tourisme spatial…). Le tout en tenant compte de circonstances envisageables dans un futur plus ou moins proche (énergie rationnée ou bien gratuite, intelligence artificielle…). L’idée est d’amener les lecteurs à se poser des questions, dans le sillage de celles abordées par les membres du think tank Futura-mobility, qui regroupe SNCF Réseau, Safran, Valeo, Airbus, Air Liquide, Bouygues et Keolis.
Interpellations plutôt que prédictions, les 20 nouvelles ont été co-imaginées au cours d’ateliers créatifs, les scénarios ayant ensuite été travaillés et mis en forme par Anne-Caroline Paucot autour d’une unité de lieu et de temps et de deux personnages. Chaque récit d’un futur quotidien possible (mais exempt de catastrophisme, sans exclure pour autant une crise énergétique) est introduit par une page exposant les démarches et problématiques actuelles. D’où le côté à la fois familier et différent des univers présentés, qui ne sont pas en rupture totale avec notre temps. Car c’est bien de ce dernier que notre futur sera issu, en fonction de nos choix actuels en matière de mobilité.
Groupées en huit thèmes, les 20 nouvelles se lisent dans l’ordre ou dans le désordre, les futurs imaginés n’étant pas forcément compatibles d’un récit à l’autre. Ce modèle développé dans Capsules intemporelles devrait se retrouver les tomes à paraître d’une série consacrée au futur : L’intelligence artificielle au quotidien futur (février), Le futur du travail (avril) et La santé demain (juin).