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Catégorie : Mobilités douces
Retrouvez toute l’actualité des mobilités douces: services de vélos et trotinettes en libre service, pietonisation, aménagements urbains…

Loi Mobilités : les députés ont « un sentiment de redite »
Faute d’accord entre députés et sénateurs au début de l’été sur la loi d’orientation des mobilités (LOM, relire l’article), le texte a été réexaminé puis adopté en deuxième lecture à l’Assemblée nationale du 10 au 12 septembre. Il doit revenir devant le Sénat en octobre ou novembre, en vue d’un vote et d’une promulgation fin 2019. Même si plus personne n’ose prédire de date définitive…
« Nous avons eu un certain sentiment de redite, avec les mêmes arguments et les mêmes réponses, nous avons gardé les grands équilibres de la loi et n’avons fait que nettoyer le texte », commente Bérangère Abba, députée de Haute-Marne et corapporteure de la loi, pour le volet programmation des infrastructures. Si ce point d’achoppement avec le Sénat reste entier, la question du financement de la LOM étant renvoyée au débat sur le projet de loi de Finances pour 2020, quelques évolutions mineures sont à relever dans la nouvelle version du texte votée le 12 septembre par les députés. Les voici :
- le forfait mobilité (400 euros exonérés d’impôts, versés par les entreprises volontaires à leurs salariés qui se déplacent en transport collectif, en vélo ou en covoiturage sur le trajet domicile – travail) est étendu aux billets vendus à l’unité. Objectif, toucher aussi les usagers occasionnels des transports en commun.
- l’objectif de décarbonation des flottes automobiles reste le même : 10 % en 2022, 20 % en 2024, 35 % en 2027, 50 % en 2030 mais cette fois, les flottes de plus de 100 scooters sont concernées par cette obligation. Dans le viseur, les plates-formes de livraison de pizza, de sushis et autres burgers.
- les plates-formes de mobilité, toujours : afin d’assurer un minimum d’activité aux chauffeurs de VTC, la loi prévoit de réguler le nombre de connexions simultanées sur différentes plates-formes. Une connexion = une activité.
- l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières, l’Arafer, devient l’Autorité de régulation des transports (ART) avec l’extension de ses compétences au contrôle des redevances aéroportuaires payées par les compagnies aériennes.
Lire le dossier LOM dans le numéro de septembre de VR&T
La programmation financière des infrastructures est donc reportée au débat sur le PLF 2020 qui démarre fin septembre. Quant aux rapports sur la fiscalité aérienne et celui sur le déploiement de la rénovation du réseau ferré, ils sont tous deux reportés à fin mars 2020. A la même date que celui sur les trains de nuit.
Le Sénat n’a pas encore inscrit le nouvel examen en séance du projet de LOM, certaines rumeurs laissent planer l’option d’un rejet préalable du texte par la Haute Assemblée. Interrogé, le sénateur de Vendée Didier Mandelli, rapporteur de la loi n’a pas répondu à nos sollicitations.

Un taxi volant testé sur la Seine parisienne
En forme de bulle, il ressemble un peu au Sea Shadow de James Bond, mais il est électrique. Le SeaBubbles conçu par la start-up française du même nom a été autorisé par la préfecture de police d’Ile-de-France à réaliser des tests de navigation du 16 au 20 septembre sur la Seine. Du port de Bercy à Issy-les-Moulineaux, un trajet de 25 minutes à la vitesse de 18 nœuds, soit 30 km/h. « Il est silencieux, ne fait pas de vague et est très stable », témoigne Magali Charbonnau, secrétaire générale de la préfecture, à la descente de l’embarcation.
L’hydrofoil qui ne peut « décoller » qu’à cette vitesse, a donc obtenu de la préfecture une dérogation de circulation provisoire entre 8h et 10h et entre 15h et 17h lorsque le trafic sur la Seine est moins dense. En moyenne, il passe 100 bateaux par jour sur certains tronçons du fleuve parisien, notamment entre Notre-Dame de Paris et la Tour Eiffel où les bateaux-mouches et consœurs opèrent un ballet incessant, aux côtés des péniches. « Si elle s’avère concluante, l’exploitation commerciale de SeaBubbles pourra être envisagée au printemps 2020 », indique la préfète.
SeaBubbles est un hydrofoil électrique « avec des foils en forme de T montés à l’envers afin de compenser le mouvement des vagues et du vent ce qui lui assure une grande stabilité », vante Tanguy Goetz, directeur du développement et de la stratégie de la start-up. Les matériaux composites sont produits en Thaïlande, les moteurs en Suisse, et l’engin est assemblé à Cogolin, dans le Var. Coût de cette embarcation futuriste, 200 000 euros.
Bubble Taxis
La start-up a noué un partenariat avec Paris Expérience Group, opérateur de croisières fluviales et propriétaire de ports et de bateaux sur la Seine. Les deux entreprises ambitionnent de lancer une exploitation de Bubble Taxis dans Paris, au printemps 2020. D’autres usages sont envisagés, avec les Douanes, la Police et la RATP, dans des versions 12 à 32 places, indique Tanguy Goetz. Le constructeur naval travaille aussi avec Haropa Ports de Paris et les Voies navigables de France qui mènent actuellement une étude sur les conditions de navigation sur la Seine, en vue d’optimiser les flux de passagers et la logistique sur le fleuve parisien et adapter la législation en conséquence.
Nathalie Arensonas

Une piste cyclable solaire pour éclairer un pont du TGV Est et du RER
« Parlez moins, pédalez plus ! » Excédé par l’attroupement sur la piste cyclable qui longe le canal de l’Ourcq à Bobigny, un cycliste passe en trombe sur son Lejeune, Dans l’attroupement, une poignée de journalistes et des représentants d’associations de défense du vélo auxquels Stéphane Troussel, président du département de Seine Saint-Denis, est venu présenter la première voie cyclable solaire d’Ile-de-France, le 16 septembre à l’occasion de la semaine européenne de la mobilité.
Rien de très impressionnant si ce n’est une dizaine de mètres de dalles photovoltaïques collées sur la piste, dans lesquelles sont incrustées de fines feuilles de silicium qui transforment les rayons du soleil en énergie. Les dalles sont enrobées d’une couche de résine et de polymères très adhérentes, même les jours de pluie, et translucides pour laisser passer la lumière du soleil. Objectif, éclairer la traversée d’un pont situé sous les voies du TGV Est et du RER E sous lesquelles passe la Véloroute des Pèlerins qui relie Saint-Jacques de Compostelle à Trondheim en Norvège. En passant par le bassin de la Villette à Paris et la Seine-Saint-Denis, en banlieue est.
D’ici à 2024, la Seine-Saint-Denis ambitionne un territoire 100% cyclable sur ses 342 kilomètres de voies départementales. Aujourd’hui, près de 100 kilomètres sont aménagés, dont 21 nouveaux kilomètres en 2019.50 m2 de piste solaire = 118 000 euros
Coût des 50 mètres carrés de piste solaire testés depuis neuf mois : 118 000 euros, indique Stéphane Troussel. Un mètre carré de Wattway, du nom de la technologie développée par Colas (filiale routière de Bouygues), produirait 40 à 120 kWh par an en fonction de l’ensoleillement, « ce qui permet de charger deux vélos électrique par an », selon les calculs de l’élu du département. Bilan de la piste solaire testée depuis neuf mois à Bobigny : elle fournit 80% de l’électricité nécessaire pour sécuriser la traversée du pont ferroviaire particulièrement sombre de jour comme de nuit. Les quelques cyclistes interrogés ne sont pas convaincus par les rails électriques bleus censés améliorer la visibilité.
Les routes et pistes cyclables solaires Wattway sont expérimentées depuis trois ans sur 45 démonstrateurs, dont 30 en France. Parmi eux, le kilomètre de route solaire inauguré en 2016 en Normandie, sur la RD5, mais qui n’a pas rempli ses promesses de production d’électricité. Si les dalles photovoltaïques ont tenu le choc et prouvé leur adhérence au passage des véhicules, elles ont subi quelques disjonctions à cause de la météo et rencontré des problèmes de voisinage à cause du bruit au contact des pneus.
Lire notre dossier publié en mai 2019 sur « La nouvelle route »
Colas qui ne communique pas le coût du kilomètre de route photovoltaïque espère se rapprocher de celui du solaire classique pour pouvoir passer à la commercialisation en 2020. Pour l’heure, la route solaire coûte encore cher et produit moins d’électricité que des panneaux photovoltaïques installés sur toiture. Elle semble donc plus adaptée sur des pistes cyclables pour alimenter en électricité des bornes électriques destinées aux vélos, trottinettes électriques ou à l’éclairage public.
N.A

A Francfort, le salon de l’auto s’attire des milliers d’opposants
A pied, à vélo, entre 15 000 et 20 000 manifestants ont rallié le parc des expositions de Francfort depuis plusieurs villes de la région, le 14 septembre, pour protester contre l’industrie automobile qui tenait salon dans la capitale de la Hesse. Du jamais vu, deux tronçons d’autoroutes ont dû être fermés aux voitures ! Le salon international IAA de Francfort est l’un des plus gros salon automobile au monde, les manifestants ont réclamé une « révolution des transports« . « Le salon de l’automobile représente le siècle passé”, a expliqué à l’AFP Christoph Bautz, directeur du groupe Campact, co-organisateur de la manifestation. “Nous voulons que l’avenir appartienne aux bus, aux trains et aux vélos ― on n’en veux plus de ces gros SUV et voitures qui consomment beaucoup!”.
N.A

Toulouse étend son réseau de bus à haut niveau de service
Tisséo poursuit la transformation de son réseau de bus avec la mutation en Linéo (ligne à haut niveau de service) de la ligne 12. Cette ligne de 10 km, très fréquentée, relie le terminus sud de la ligne A du métro et le cours Dillon, en centre-ville en bord de Garonne. Avec 2,7 millions d’euros investis (hors matériel roulant et systèmes), Linéo 4 vise 9000 passagers/jour, soit 20% de plus que la ligne 12.
Le principe de Linéo est d’offrir des services accessibles et des temps de trajet fiabilisés grâce à une voie dédiée implantée dans un secteur très chargé. La desserte bénéficie d’une amplitude élargie calée sur les horaires du métro (5h20-0h30) et d’une fréquence améliorée (9 à 12 mn). A l’approche de la plupart des carrefours, le système radio Comatis permet d’adapter le cycle du feu tricolore lorsque le bus est détecté pour lui donner la priorité. Des bornes d’information en temps réel sont installées aux principales stations et des écrans équipent également les bus.
Huit Linéos fonctionnent déjà avec 135 bus articulés transportant près de 100 000 voyageurs/jour. Le Linéo 5 entrera quant à lui en service début décembre entre Portet/Garonne, en banlieue sud, l’Oncopole et la ligne B du métro à la station Empalot, avec une portion de son itinéraire partagé avec Linéo 4.
C. S.

Toulouse publie des informations en braille sur son réseau de transport urbain
Tisséo poursuit ses efforts en faveur des personnes handicapées. A partir du 16 septembre, la carte Pastel permettant de prendre les transports urbains de l’agglomération toulousaine possédée par plus de 500 personnes déficientes visuelles et leurs accompagnants indiquera plusieurs informations en braille. Elle se distinguera ainsi facilement des autres cartes, permettra de connaître la date de fin de validité et enfin d’identifier le titulaire de la carte et l’accompagnant.
Tisséo est le premier réseau français à proposer ce service. Une nouvelle action en faveur de l’accessibilité après l’ajout, en 2016, de visuels aux noms des stations de métro pour faciliter le voyage aux personnes avec des déficits cognitifs.
C. S.

Grève : la RATP finance des minisolutions alternatives
Les jours de grève dans les transports publics, il restait habituellement la voiture, la marche ou le vélo. Aujourd’hui, il y a les plateformes numériques, la mobilité 2.0. Deux jours avant la grève des agents de la RATP le 13 septembre, contre la réforme des retraites, et qui s’annonce très suivie, Uber et ses vélos et trottinettes Jump, Cityscoot et ses scooters électriques, la plateforme de covoiturage domicile – travail Klaxit, le loueur de places de parking partagées Zenpark et la compagnie de VTC Kapten font communiqué commun avec la RATP pour annoncer un partenariat pour le G-Day.
Avec le code promo RATP-1, la Régie finance 30 minutes gratuites d’utilisation des Cityscoot. Coup, autre loueur de scooters électriques en free-floating, offre aussi une demi-heure à ses nouveaux clients avec le drôle de code PASLETIME. Une ristourne de 20% est appliquée sur les courses de Kapten de taxi avec le code promo RATP4, – 50% sur le stationnement dans les parkings Zenpark à Paris et en Ile-de-France (24h max) avec le code promo RATP3. Tarif gratuit, quelle que soit la distance (départ et arrivée en Ile-de-France) pour les passagers des covoitureurs Klaxit et rémunération doublée pour les conducteurs. Enfin, avec le code promo RATP050 dans l’onglet paiement de l’application Uber, deux trajets de 15 minutes sont offerts aux Franciliens sur les vélos et trottinettes Jump. Déverrouillage gratuit des trottinettes suédoises Voi (un euro économisé), et un autre euro offert si les trotteurs les déposent dans les zones « recommandées » par l’application. N’en jetez plus !
On pourrait accuser ces start-up de la mobilité de jouer les briseuses de grève 2.0. Mais elles ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan des 12 millions de voyageurs transportés chaque jour par la RATP, dont près de 10 millions dans les métros, les bus et les tramways. Tout au plus, font-elles un coup de com’, à pas cher.
Service minimum ?
Valérie Pécresse, présidente d’Ile-de-France Mobilités, menace de ne pas payer la RATP pour la journée du 13 si le service minimum n’était pas assuré. « Le contrat qui lie la RATP et Ile-de-France Mobilités impose un service minimum de 50 % du trafic habituel en heures de pointe sur l’ensemble du réseau », rappelle l’autorité organisatrice des transports de la région citée par LCI. « Je réclame, par la loi, un service garanti à 100 % aux heures de pointe », insiste Valérie Pécresse.
N. A.

La France, championne européenne du billet de transport public le moins cher
La date de la conférence de presse n’a pas été choisie au hasard : 10 septembre, au moment où s’ouvraient les Rencontres du transport public gratuit. Avec en toile de fond la question de la gratuité qui revient en force dans la campagne des élections municipales de mars 2020. Onde de choc de la crise des « gilets jaunes ».
L’Union des transports publics (UTP) et le Groupement des élus du transport (le Gart), vent debout contre la gratuité dans les transports urbains, ont donc décidé de contre-attaquer en présentant les tarifs modiques des tickets de bus, métro ou tramway en France : 1,90 euro en moyenne, « le plus bas d’Europe », indique Anne Gérard, présidente d’Objectif transport public qui organise le 21 septembre une Journée nationale sur le thème du pouvoir d’achat. A Stockholm, le ticket est à 4,20 euros, à Copenhague 3,20, à Londres 3,50, à Berlin 2,90, à Genève 2,80.
Pour Jean-Pierre Farandou qui s’exprimait ce matin en tant que président de l’UTP, « la lisibilité de la tarification est la recette essentielle d’une bonne tarification. Attention aux excès de finesse ! », a prévenu celui qui est l’un des prétendants à la succession de Guillaume Pepy à la tête de la SNCF. Laquelle pèche par excès dans sa grille tarifaire…
Budget transport plus élevé dans les zones rurales
« Les tarifs des transports augmentent moins que d’autres services publics comme le gaz, l’électricité, l’eau ou l’enlèvement des ordures ménagères », insiste Anne Gérard. Selon l’indice Insee des prix à la consommation, le prix de l’eau a grimpé de plus de 25 % entre 2008 et 2018, celui de l’énergie de près de 34 %, les services postaux de plus de 46 %, contre 8,5 % pour les transports publics. Assénant les statistiques, Layla Ricroch, rapporteure de la commission des comptes des transports de la Nation invitée pour l’occasion, a avancé un chiffre qui illustre bien l’origine du mouvement des « gilets jaunes » : en moyenne nationale, les dépenses de transport représentent 18 % du budget des ménages, 16 % en agglomération parisienne, et 21 % dans les zones peu denses (rurales ou périurbaines).
Les dépenses liées à la voiture comptent pour 84 % du budget transport des ménages, contre 1 % alloué aux transports publics. Certes, parce que ces derniers sont moins chers que la voiture mais aussi parce qu’il n’y a pas de bus partout en France. La couverture de ces zones blanches est d’ailleurs l’un des sujets phares de la loi sur les mobilités (LOM) qui reprend son marathon parlementaire aujourd’hui à l’Assemblée nationale. En vue d’un vote fin 2019, enfin !
Mais la question du financement des transports publics dans ces zones peu denses reste entière. Les ressources allouées aux intercommunalités qui hériteront d’une nouvelle compétence pour organiser des lignes régulières, des dessertes à la demande, et même du covoiturage là où il n’existe aucune offre de transport collectif, ne sont pas prévus dans la future loi. Renvoyées en loi de Finances pour 2020. Et comme les usagers ne supportent en moyenne que 18% des coûts réels des transports publics dans les petites agglomérations (plus du tiers dans les grandes villes), les députés vont devoir redoubler d’imagination pour aider les élus ruraux à offrir des services de transport bon marché.
N. A.

« Ce n’est pas la gratuité qui booste la fréquentation du transport public mais sa performance »
La gratuité des transports collectifs revient en force dans la campagne des municipales de mars prochain. Paris a reculé, Lille y réfléchit. Châteauroux, la première ville qui a fait voyager ses habitants gratis dans ses bus (c’était en 2001, autre année électorale) organise demain les Rencontres du transport gratuit. Avec Dunkerque en tête d’affiche, dernière agglomération à avoir institué la gratuité des bus en septembre 2018, provoquant une poussée de fréquentation spectaculaire : +60 % en semaine, +120 % le week-end en un an. Qu’en pensent les défenseurs des usagers des transports ?
Ville, Rail & Transports a interrogé Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut).
VRT. Dans la communauté urbaine de Dunkerque, les bus gratuits « cartonnent » avec une fréquentation qui s’envole. Que vous inspirent ces chiffres ?
Bruno Gazeau. Evidemment, je me réjouis que les transports publics « cartonnent ». Seulement Dunkerque ne dit pas comment elle compte et avec quels chiffres de fréquentation elle fait ses comparaisons. Sans billets et sans valideurs, difficile de pointer le nombre de voyages. Qui analyse les chiffres des capteurs installés à la montée des véhicules ? Un organisme indépendant ?
La Fnaut n’est pas contre la gratuité, mais elle n’est pas complètement pour. C’est toujours une fausse bonne idée selon vous ?
Ce n’est pas la gratuité qui favorise la fréquentation du transport collectif mais sa performance. Châteauroux et Tallinn [dans la capitale estonienne, la gratuité est réservée aux résidents, NDLR] instaurée mais 60 % de la hausse de fréquentation sont liés à l’amélioration de l’offre de transport public urbain, 40 % à la gratuité. A Dunkerque, les élus n’ont pas choisi de construire un tramway (dont on sait qu’il favorise l’usage des transports en commun, +60 % en moyenne) mais un bus à haut niveau de service, le BHNS. C’est une ville qui n’a jamais vraiment investi pour ses transports en commun. En terme de fréquentation, elle partait d’assez bas, c’est normal que les chiffres explosent. Mais je ne suis pas certain que les bus gratuits dunkerquois ont pris beaucoup de clients à la voiture : dans une étude à paraître dans Vélocité, l’économiste Frédéric Héran(1) estime qu’à Dunkerque, la voiture a reculé de 3 % en un an, la marche de 3 %, les déplacements en vélo de 15 % ! Ces chiffres confirment que c’est bien la qualité de l’offre de transport public qui est déterminante pour inciter les citadins à lâcher le volant.
VRT. L’exemple de Dunkerque, métropole de 200 000 habitants, ne va-t-il pas à rebours du credo que la gratuité n’est possible que dans les petites villes ? A six mois des municipales, même Martine Aubry y pense pour Lille.
C’est vrai, Dunkerque est la première grande ville à le faire, elle a pu se le permettre parce que la vente de billets et d’abonnements ne représentait que 10 % du coût total des transports publics, moins de cinq millions d’euros par an. Le taux de couverture, c’est-à-dire le ratio dépenses d’exploitation sur recettes commerciales, était déjà si bas qu’il n’y avait pas grand-chose à perdre ! En revanche, les ressources tirées du versement transport [taxe sur les entreprises et établissements publics de plus de 11 salariés, NDLR] sont au rendez-vous grâce au site industriel de Gravelines. A Paris, Anne Hidalgo y a pensé, Valérie Pécresse a éteint l’étincelle avec une étude montrant que le coût serait énorme pour le contribuable. Les recettes tarifaires provenant des usagers représentent 27 % des coûts opérationnels annuels des transports en commun [9,4 milliards d’euros, NDLR]. Supprimer ces recettes représenterait une perte de plus de 2,5 milliards d’euros. Au final, la maire de Paris a lancé la gratuité pour les 4-11 ans et les personnes handicapées de moins de 20 ans. Valérie Pécresse a institué le forfait Navigo à moitié prix pour les seniors. Des mesures qui ne coûtent pas cher…
Les villes où les transports publics sont gratuits (partiellement ou totalement)
Aubagne, Bar-le-Duc, Bernay, Calais, Carnhaix, Castres, Chantilly, Châteaudun, Châteauroux, Compiègne, Crépy-en-Valois, Dinan, Dunkerque, Figeac, Gaillac, Gap, Issoudun, Libourne, Manosque, Moselle et Madon, Muret, Niort, Noyon, Nyons, Peronne, Port sainte-Maxence, Porto-Vecchio, Saint-Amand Montrond, Saint-Brévin les Pins, Sainte-Ménehould, Senlis, Villeneuve-sur-Lot, Vitré.
Alors, pour ou contre ?
B.G. La gratuité oui, mais pour ceux qui en ont vraiment besoin, fondée sur des critères sociaux. La généraliser dans les grandes villes serait une mesure assassine pour le transport public qui repose sur le trépied contribuable/usagers/entreprises. Si on lui coupe un pied, il est déséquilibré. Le Medef est vent debout contre l’augmentation du versement transport qui sert à financer le transport collectif urbain. Son produit rapporte 8,5 milliards d’euros dont 50 % pour les réseaux de province. Du côté des usagers, les tarifs sont soutenables : ils paient en moyenne 30 % du vrai coût du transport public (38 % en Ile-de-France). Prenez les ventes de billets dématérialisés, le faible pourcentage appliqué sur les transactions passent bien. L’élasticité aux prix est là, à condition que la qualité du transport public soit au rendez-vous. Si l’on veut lutter contre le réchauffement climatique, il faut améliorer les fréquences et la ponctualité du transport public, pas le paupériser avec une mesure comme la gratuité. Propos recueillis par Nathalie Arensonas
(1) Frédéric Héran est économiste et urbaniste, chercheur à l’Université de Lille


