Catégorie : Politique des transports

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  • Syndicats. Pas d’union pour la rentrée

    Syndicats. Pas d’union pour la rentrée

    Les discussions devaient reprendre le 18 septembre avec l’UTP pour élaborer une nouvelle convention collective du rail. Les quatre syndicats représentatifs à la SNCF font le bilan de la lutte engagée en commun contre la réforme ferroviaire et préparent désormais, chacun de son côté, la suite. Avec en perspective les élections professionnelles de novembre.

    Ville, Rail & Transports. Vous avez participé le 30 août à une intersyndicale au cours de laquelle la CGT a proposé une action commune le 18 septembre. Quel est votre état d’esprit en cette rentrée ?

    Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots. Quand nous avons proposé de lancer une grève le 18 septembre, nous ne savions pas encore qu’il y aurait un appel confédéral le 9 octobre. Nous adaptons notre stratégie et avons décidé de relancer le mouvement le 18 septembre en organisant des rassemblements en région qui prendront différentes formes localement. Nous concentrerons nos forces le 9 octobre car tout ce qui a été annoncé par le gouvernement, comme la désindexation des minimums sociaux et des pensions nous touche directement. On voit bien aussi que la volonté gouvernementale de changer l’actionnariat de la Française des Jeux et d’ADP montre que le principe d’incessibilité des titres reste valable jusqu’à ce que la loi le change.

    Le fait qu’il n’y ait pas eu d’unité syndicale n’est pas très logique car durant le conflit, les syndicats réformistes n’ont eu aucune difficulté à exister, comme cela a été le cas des syndicats de lutte. Les médias ont porté l’idée que la CGT était jusqu’au-boutiste. Mais tout le monde a bien compris que nous allions poursuivre la bataille.

    Quant aux cheminots, ils ont pris un coup sur la casquette. Ce qui nous revigore, c’est que les cheminots n’en veulent pas aux organisations syndicales en général, et encore moins à la CGT. Mais ils sont dégoûtés par l’attitude du gouvernement et de l’entreprise.

    Roger Dillenseger, secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire. Nous avons l’habitude à la rentrée de nous rencontrer avec les autres organisations syndicales. Il y avait une particularité cette année, après le conflit qui a marqué l’adoption du pacte ferroviaire.

    La volonté de la CGT est de repartir au conflit. Mais pour nous, ce n’est plus l’heure : nous allons entrer en négociation à partir du 18 septembre dans le cadre de la commission paritaire pour discuter des rémunérations et des classifications dans le secteur, ainsi que des critères à prendre en compte en cas de transferts de salariés. Nous disons toutefois avec force que si les discussions n’aboutissent pas comme nous le souhaitons, nous sommes toujours prêts à une mobilisation plus dure que celle que nous avons déjà lancée.

    Erik Meyer, secrétaire fédéral de SUD Rail. Nous avons décidé de ne pas suivre la CGT sur son mouvement du

    18 septembre mais nous participerons à la grève du 9 octobre. Nous avons pris acte de l’échec de la première mi-temps de la lutte contre la réforme ferroviaire et donc de la stratégie de la grève perlée voulue par la CGT, l’UNSA et la CFDT.

    Lors de l’intersyndicale, nous avons bien vu qu’il n’y avait aucune position unitaire. Nous rentrons en période électorale, tout le monde veut faire valoir sa différence. Nous faisons donc le constat qu’il n’est pas possible d’envisager des actions en commun.

    Les 25 et 26 septembre, nous réunirons nos structures en région pour voir comment nous nous organisons pour la deuxième mi-temps qui s’annonce.

    Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots. L’unité syndicale a été construite pour combattre le projet gouvernemental. Nous n’avons pas réussi à contre­carrer la totalité de la loi mais nous sommes tout de même parvenus à faire passer des amendements. Maintenant que la loi est votée nous devons construire un nouveau pacte social pour les cheminots en nous engageant dans les négociations. Aujourd’hui, chacun est dans sa posture. Nous, nous souhaitons avancer et montrer aux cheminots que la négociation paie.

    VR&T. Comment s’annoncent les négociations avec l’UTP ?

    Laurent Brun. Les échanges de vues que nous avons eus en bilatéral avec l’UTP ne nous semblent pas très positifs. Le patronat ne se montre pas motivé par une convention collective nationale de haut niveau.

    Roger Dillenseger. Avec les élections professionnelles prévues en novembre, tout le monde est convaincu que cela va être compliqué. Les discussions vont se tenir, on avancera mais pas de manière concrète tant que les élections n’auront pas eu lieu. On va certainement vers un gros bras de fer. La CGT voudra sans doute faire monter la pression, et même si SUD Rail conteste la réforme, je ne suis pas sûr que ça sera  avec la CGT.

    Erik Meyer. La loi va rentrer en application le 1er janvier 2020, donc ça nous laisse peu de temps pour voir comment faire en sorte que la loi ferroviaire ne s’applique pas. Nous verrons lors de notre réunion fin septembre si on agit au niveau de l’entreprise, ou au niveau de la branche, ou bien au niveau d’un mouvement interprofessionnel plus large.

    Didier Aubert. Nous n’avons que 15 mois devant nous pour conclure, puisque les cheminots ne seront plus embauchés au statut à partir du 1er janvier 2020. Nous n’avons pas le temps de bricoler. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à avoir remis à l’UTP un projet pour mettre au point une nouvelle convention collective. Il n’est pas question de laisser faire n’importe quoi.

    VR&T. Quelles seront vos principales revendications ?

    Laurent Brun. Nous allons porter la bataille sur la reconnaissance des diplômes dans le chapitre sur la classification des métiers. La reconnaissance de l’ancienneté semble acquise. Nous demandons aussi la réouverture des discussions sur le contrat de travail et le temps de travail. Nous avons toujours en tête l’idée que le statut pourrait être maintenu. Nous réclamons une convention collective nationale de haut niveau, qui se rapproche le plus possible des droits actuels des cheminots. Et, si possible, le maintien du statut.

    Dans les prochaines semaines, notre stratégie va consister à montrer que l’État a menti sur l’analyse justifiant la réforme ferroviaire.

    Il a notamment sous-entendu qu’elle permettrait de rouvrir des petites lignes. Or les menaces sur les petites lignes se multiplient, dans le Limousin (Limoges – Angoulême, Brive –
    Aurillac, Limoges – Ussel, Tulle – Ussel), dans les Vosges entre Épinal et Saint-Dié, ou encore en Auvergne-Rhône-Alpes.

    Dans un rapport « Action Publique », le gouvernement propose d’arrêter les cofinancements des CPER. Et il propose de faire payer aux usagers certains services publics. Bien que le train pollue moins, on le fera payer plus cher. Nous serons vigilants sur toutes les déclarations à venir.

    Ce qui est sûr c’est que les problèmes du chemin de fer vont continuer à s’aggraver. Nous voulons en informer les usagers.

    Roger Dillenseger. Nous sommes bien conscients que le nouveau pacte ferroviaire, notamment par la fin du recrutement au statut de la SNCF, impose la reconstruction d’un cadre social pour tous les salariés de la branche, y compris les futurs salariés de l’entreprise historique. Ce qui signifie que l’ensemble des conditions d’emplois des cheminots est à réécrire pour retrouver un équilibre entre contraintes et compensations de l’activité particulière qu’est le ferroviaire.

    En effet, les notions de service public, de sécurité, d’aptitudes physiques, de contraintes d’horaires liées à la continuité de service, de formation aux spécificités ferroviaires, etc., ne disparaissent pas avec cette nouvelle loi ni avec l’ouverture à la concurrence. Sans vouloir prioriser, nous considérons que le nouveau pacte social devra être constitué d’un ensemble permettant de répondre aux attentes des salariés et du ferroviaire dans sa globalité comme cela a été le cas durant des décennies avec le statut des cheminots. C’est dans cet esprit que s’inscrit l’UNSA Ferroviaire avec une volonté ferme de construire une convention collective performante et attractive.

    Erik Meyer. Les négociations sur la convention collective sont ouvertes depuis deux ans. Nous participons aux discussions car c’est un moyen de lutter contre le dumping social : nous voulons obtenir la transcription dans la convention collective du statut de la SNCF et de la réglementation du travail. Aujourd’hui, la branche ferroviaire est constituée à 96 % de personnel SNCF. Il est donc logique que ce soient les éléments du statut et de la réglementation du travail qui s’appliquent dans la convention collective.

    Didier Aubert. Nous savons que les employeurs souhaiteraient accélérer et développer la polyvalence, sans y ajouter la formation et les rémunérations qui vont avec. On est conscients qu’il n’est pas question de reproduire in extenso le dictionnaire des métiers et des classifications de la SNCF qui date de 1950 et qui comprend 450 à 500 classifications. Il y a des distinctions à faire en fonction de la taille des entreprises mais il y a aussi une unité à mettre en place. L’UTP proposait une quinzaine de classifications. Grâce à notre travail et nos propositions, nous avons réussi à en définir autour de 150 à 200.

    De même l’avenir de la Caisse de prévoyance qui pourrait devenir une Caisse de branche nous intéresse car nous avons besoin d’unifier la branche. Notre ambition est que le socle social soit du niveau le plus élevé possible.

    M.-H. P.

  • Paris : Christophe Najdovski déroule sa vision pour les transports

    Paris : Christophe Najdovski déroule sa vision pour les transports

    Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris, chargé des Transports, des Déplacements, de la Voirie et de l’Espace public était l’invité du Club VR&T. L’occasion d’évoquer avec lui les sujets chauds du moment : Vélib’ et Autolib’.

     

    C’est avec le dossier Autolib’ que Christophe Najdovski a commencé son intervention. Interrogé sur cette affaire, l’adjoint au maire a rappelé que cette délégation de service public, qui était un engagement de Bertrand Delanoë, avait été signée en 2011, pour 12 ans. Que le système avait été conçu à une époque où il n‘y avait pas de smartphone et que la digitalisation avait depuis bouleversé le monde de la mobilité. Autolib’ prévoyait d’arriver à un excédent à la fin de l’échéancier, en 2023. Mais le contrat comprenait aussi une clause « grand équilibre » qui stipulait qu’en cas de déficit de plus de 60 millions, les collectivités seraient mises à contribution.

    Le service connaît un développement tous azimuts entre 2014 et 2015, s’étend jusqu’aux Yvelines, au Val-d’Oise avec un maillage de stations qui en s’étalant se relâche. Or pour être rentable, Autolib’, avait besoin d’importantes fréquences de locations et d’une durée de location de 50 minutes. Dans les faits, la durée de location n’était que de 30 minutes et les fréquences d’usage étaient moindres que prévues, notamment en banlieue. Le CA n’était donc pas au rendez-vous. Un audit d’Ernst et Young réalisé en 2017, met en évidence un problème de régulation, avec des stations pleines, où on ne pouvait pas remettre de véhicules, et d’autres vides où on ne pouvait pas en prendre, ce qui poussait à choisir d’autres modes de déplacement, à un moment où le service faisait face à l’arrivée de nouveaux services comme le VTC. Autolib’ n’a donc jamais trouvé son modèle économique.

    A partir de 2016 le service atteint son plafond d’usage, même si le nombre d’abonnés continuait à augmenter, (à part un recul de 5 % en 2017), les abonnés prenaient moins fréquemment des voitures. De ce fait, le déficit du délégataire se creuse et il annonce 179 millions d’euros de pertes. Le syndicat réagit en commandant un audit pour proposer des améliorations. Un comité de conciliation est mis en place et rend ses conclusions en mars 2018. Il proposait de payer 88 millions d’euros à Bolloré et de faire sauter la clause grand équilibre. Le groupe Bolloré refuse et adresse le 25 mai dernier, un courrier aux communes du syndicat, les intimant à payer 233 millions d’euros dans les trois mois. Le syndicat refuse, ce qui déclenche la résiliation au 25 juin, en conservant le service jusqu’au 31 juillet.

    Selon l’élu, le délégataire semblait plus préoccupé par son intérêt industriel que par l’intérêt collectif. Pour Bolloré, Autolib’ était un moyen d’éprouver ses batteries, mais la qualité de service n’était pas au rendez-vous, les voitures étaient sales et il n’y a pas eu de campagne pour relancer le service. « Lors des discussions avec Bolloré, nous n’avons pas eu le sentiment d’une volonté de relancer le service, mais plutôt d’encaisser l’argent. C’est pourquoi nous avons été contraints de provoquer la résiliation, regrette l’adjoint au maire. Il fallait dire stop. On nous réclamait 233 millions d’euros, mais quid ensuite ? Puisque le service continuait à se dégrader… »

    Pour l’adjoint d’Anne Hidalgo il est temps de tirer les leçons. « Autolib’ a été frappé d’obsolescence accélérée et nous devons trouver une solution beaucoup plus souple pour le remplacer. C’est le sens de l’accord lancé avec des opérateurs. Nous avons voté la création d’une carte d’autopartage qui permet à des opérateurs de venir proposer des services sur Paris moyennant une redevance de 300 euros/an/véhicule, en électrique. »

    Combien coûtera l’arrêt d’Autolib’ ?

    Ce sera au juge administratif d’en décider, répond l’élu, mais notre estimation est sous les 100 millions, loin des 233 que Bolloré nous réclame. La ville de Paris prendra 55 % à sa charge, les 98 autres communes prendront le reste.

    Que vont devenir les bornes ?

    Les bornes sont des biens de retour et appartiennent aux communes. Le système informatique reste la propriété de Bolloré. On doit assurer la transition, les réutiliser et assurer une interopérabilité avec les autres bornes de BeLib’ : 90 bornes pourront être fusionnées avec les 3 344 bornes Autolib’ dans Paris pour offrir un réseau de recharge électrique. Le stationnement devrait être réservé aux véhicules électriques et limité à six heures. On est déjà dans l’après Autolib’. Renault a été le premier à répondre à notre offre de système souple de carte d’autopartage, PSA est sur les rangs. On est au début d‘un nouveau système dans lequel plusieurs opérateurs pourront proposer leurs services. L’espace public devient une plateforme mise à disposition, avec un cahier des charges incluant des véhicules électriques et une tarification incitative. Il faut amorcer la pompe pour que ces sociétés puissent trouver leur modèle économique. Il faudra pour cela 2-3 ans, avec un modèle qui reste à déterminer.

    Allez-vous travailler avec la région Ile-de-France ?

    La Mairie de Paris est prête à travailler avec l’Ile-de-France et les communes peuvent déterminer le montant des redevances. Mais si on parle de modèle économique, l’un des enseignements de l’échec d’Autolib’, c’est que pour que cela marche, il fallait qu’il y ait de la rotation, de la densité, donc pour un système à l’échelle francilienne, on n’a pas la réponse. De manière provocatrice, on peut dire que si Autolib’ n’avait été que sur Paris, il n’aurait pas été déficitaire. Mais il s’est développé à l’échelle métropolitaine, beaucoup de communes étaient volontaires, sans être conscientes du risque économique qu’il y avait derrière. On doit en tirer les enseignements et ne plus être sur un modèle avec une intervention publique forte, mais au contraire plus souple. La Carte d’autopartage qui est proposée, valable un an, permettra de revoir le tarif et de le moduler en fonction de ce que l’on veut développer, la trace directe ou le système en boucle. Il faut réfléchir à la façon de doser les différents systèmes. Veut-on promouvoir l’autopartage tous azimuts qui pourrait concurrencer le transport collectif ou l’autopartage en boucle ? Et comme les véhicules sont souvent utilisés par une seule personne, réfléchir à proposer des véhicules plus petits de type Twizy.

    Parlons à présent des problèmes de Vélib’. Où en est-on ?

    Vélib’, c’est un sujet différent, même s’il y a coïncidence temporelle entre les deux crises. Vélib’ 1 a été lancé en 2007, puis relancé sur appel d’offres en 2015, époque où il n’y avait pas encore de free floating. Pour Vélib’, il y a défaillance du prestataire. Ce qui pose la question sur la façon dont les marchés sont passés. Certains cassent les tarifs pour les remporter. Cela a aussi été le cas pour le stationnement, avec Streeteo qui a pratiqué des prix agressifs pour remporter le marché et a du mal à mettre en place un système cohérent, contrairement à Moovia. Pour l’appel d’offres Vélib’, pendant un an il y a eu une procédure de dialogue compétitif, avec quatre villes Paris, Grand Paris Seine Ouest, Plaine Commune et Cachan. Nous avons dialogué avec deux candidats sur tous les paramètres économiques, techniques et financiers, et à aucun moment nous n’avons eu d’alerte sur les aspects techniques. Quand la Commission appel d’offres du syndicat, auquel participent deux élus de Paris, a dû se prononcer, toutes les couleurs politiques ont choisi la société Smovengo, qui avait le meilleur prix, mais était moins bonne techniquement. La différence de prix l’a emporté. Suite à ce problème, la mairie de Paris a demandé un audit sur la passation du marché, afin qu’on évite de reproduire les mêmes erreurs. Mais si on en est là, c’est parce que Smovengo ne s’est pas doté des ressources humaines nécessaires pour faire face. Ils étaient « sous-staffés », jusqu’à ce que soit nommé, en juin, un manager de crise, Arnaud Marion, devenu directeur exécutif, et qu’il recrute des cadres et embauche du personnel de maintenance. Depuis on constate une réorganisation qui correspond à ce qui aurait dû être dès le début. Depuis 6-9 mois, on fonctionnait avec des interlocuteurs qui n’arrivaient pas à faire face. Les usagers ont des cartes qui ne marchent qu’une fois sur trois, et le système est à 10 % de ses capacités. On est passé à 10 000 trajets/jour contre 100 000 auparavant. On a le sentiment que la nouvelle direction prend les choses en main, mais on ne peut pas tout régler d’un coup de baguette magique. Le système est pensé pour être réalisé avec des stations autoportantes, ce qui complexifie les choses, sans parler des batteries qui se déchargent. Pour que cela fonctionne, il faut injecter des vélos neufs et retirer ceux qui dysfonctionnent, et qu’il y ait davantage de vélos réinjectés que retirés. En avril nous étions montés à 30 000 courses/jour, mais cela s’est effondré parce que le nombre de vélos à changer tous les jours était trop important pour que Smovengo en réinjecte suffisamment, et on est tombé début juin à 2 000 courses/jour. Depuis on est remonté à 12 000. Les problèmes du système informatique sont encore réglés avec des palliatifs, d’où une impression de bricolage. D’ici fin juillet on devrait voir les premières améliorations, mais le moment de vérité, ce sera en septembre. On verra si sur la base d’un pilote de 800 stations électrifiées cela tient, et si on arrive à remonter à 30 000 courses par jour. C’est là-dessus qu’on jugera et qu’on en tirera les conséquences. On veut que cela marche, si ce n’est pas le cas fin septembre, on essayera autre chose.

    Pourquoi la mairie veut-elle bénéficier de l’ouverture des données des opérateurs de free floating ?

    Nous avons une charte de bonne conduite, sur laquelle nous avons travaillé dès l’arrivée des vélos en free floating en 2017, qui a donné lieu à la signature d’une double charte vélos/scooters. Cette charte vise à intégrer les nouveaux services mobilité comme un vrai plus, mais aussi à les réguler et à éviter les stationnements intempestifs. L’étape suivante c’est d’octroyer des licences dans le cadre de la loi LOM. Il y a une explosion d’offres privées de services de mobilités, la dernière en date étant les trottinettes électriques. La collectivité doit pouvoir réguler ces offres et avoir la main. Et pour cela, la question des données est essentielle. Nous souhaitons y avoir accès pour connaître les besoins de mobilité et offrir un bouquet d’offres plus réglementées au sens tarifaire, pour pouvoir inciter les mobilités vertueuses. Le rôle de la collectivité est essentiel pour qu’il n’y ait pas seulement des initiatives privées non connectées entre elles. Il faut que la collectivité ait accès à toutes les données des opérateurs privés pour organiser le service suivant l’intérêt général.

    Concernant le Grand Paris des Bus, la RATP et Ile-de-France Mobilités disent attendre que la Mairie bouge. L’AOT aussi. Quelle sera la date de mise en service ?

    On travaille à une mise au service au printemps 2019. Le réseau n’avait pas bougé depuis les années 50, nous avons modifié 51 lignes et créé cinq nouvelles pour aller vers le périphérique. On se donne les moyens. Nous avons identifié 100 aménagements à réaliser, mais on ne peut pas créer aujourd’hui de couloirs de bus pour des bus qui n’arriveront qu’en avril prochain. On est dans les starting-blocks pour être au rendez-vous de 2019. On se met aussi en état de marche pour améliorer la vitesse de circulation des bus, mais il n’y a pas que la Ville de Paris dans les discussions, il y a aussi l’autorité organisatrice et l’opérateur.

    Comment éviter que le nouveau quartier Bercy-Charenton ne soit pas le prochain Batignolles ?

    Ce projet est l’équivalent de Clichy-Batignolles, sans le TGI, avec 9 000 habitants et 9 000 emplois qui viendront s’installer sur 80 hectares qui sont actuellement un no man’s land. L’objectif est de le désenclaver notamment en transport et d’ouvrir un lien entre Paris et Charenton, car aujourd’hui on ne peut pas faire le trajet à pied. Il y a un projet de prolongement de la zone urbaine et d’activité. Je plaide auprès d’IDF Mobilités pour que notre projet de ligne de BHNS rive droite soit prolongé avec une connexion avec le T3a. On travaille avec les villes et l’autorité organisatrice sur la desserte. Le maire de Charenton plaide pour la création d’une gare du RER D sur sa commune. On a fait faire des études par Setec pour requalifier la voie express Bercy quai de la Rapée et la transformer en boulevard urbain, car c’est plutôt une autoroute urbaine aujourd’hui. On a la possibilité de créer un pôle multimodal à cet endroit avec la connexion de la ligne 5 du métro et une desserte de la ligne 14, et du ministère des Finances… L’objectif de la Mairie est de proposer un transport collectif rapide qui desserve ce secteur.

    Quid du périphérique ?

    Depuis un an nous travaillons avec le Forum métropolitain du grand Paris et menons une réflexion sur l’avenir du périphérique et des grandes radiales qui y mènent : A4, A3, A1, A6. On va avoir un comité de pilotage. On a un budget de 2,5 millions pour cette consultation internationale avec quatre candidats qui vont faire des propositions pour repenser le périphérique et lever sa barrière mentale et physique.

    Où en êtes-vous de la gratuité des transports en IDF ?

    Nous réalisons des auditions d’économistes et on va ouvrir la question du financement de la mobilité. Il y a une réflexion à mener sur le financement global de la gratuité, ou d’une gratuité partielle. Il n’est pas prouvé qu’on puisse aller vers la gratuité totale. Mais notre objectif est d’ouvrir la réflexion sur le financement de la mobilité. Parce que la révolution digitale va bouleverser ce secteur. Le coût de la voiture peut diminuer avec le véhicule autonome. Se posera alors la question du coût d’usage pour le collectif des différents modes de transport. Si comme à Londres on poursuit l’augmentation de la carte de transport chaque année, pour arriver à des montants de 110/120 euros/mois et qu’on a en face des coûts de systèmes de mobilité partagée moindres, on risque d’avoir une désagrégation de la mobilité. Je vois poindre le risque d’un détour des transports collectifs pour aller vers une myriade de solutions de véhicules autonomes, le risque d’une fuite des usagers qui se détournent des modes collectifs pour aller vers des solutions individuelles qui ne répondront pas aux problèmes de congestion et d’occupation de l’espace public et qui risquent de créer une crise des transports collectifs. La question de la gratuité est là pour provoquer le débat. Est-ce que l’avenir est de payer cher les transports collectifs et d’avoir des transports individuels partagés peu onéreux ? La frontière transport collectif/individuel va devenir de plus en plus floue. Il faut penser la question de la mobilité en fonction des mouvements des véhicules. Si les voitures autonomes tournent tout le temps, on n’aura plus besoin de parking. Cela pose la question de la tarification du mouvement des véhicules. Il faudra un « signal prix » très fort pour éviter la congestion, pour éviter ces mouvements et favoriser les TC.

    Qu’attendez-vous de la loi LOM ?

    J’ai déjà évoqué la question des licences, elle pourrait aussi lever le tabou des péages urbains à échelle francilienne, et permettre de dégager des ressources pour développer des modèles plus vertueux. Il faut aussi poser la question du mouvement des véhicules. Et nous avons une demande concernant les zones à faibles émissions. La France est à la préhistoire avec ses vignettes Crit’air. On a besoin d’un système de contrôle automatique pour faire respecter les règles si on veut sortir du diesel.

    Quelles réflexions sur la logistique urbaine ?

    La logistique revient en centre-ville, après en avoir été écartée ces dernières décennies. A Chapelle International [photo] la Ville de Paris a désigné 64 parcelles pour faire de la logistique urbaine de proximité. La ville en a besoin, la logistique est essentielle au développement de la ville. Il faut des hubs, des plateformes logistiques urbaines. On réfléchit aussi à reconvertir des parkings sous-terrain dans Paris, et les utiliser en logistique urbaine. Un travail est mené avec l’ensemble de la profession et j’ai acquis la conviction qu’on a aussi besoin de revoir le fonctionnement des aires de livraison, de les professionnaliser pour en faire des hubs de proximité. On y travaille, mais cela nécessite des évolutions réglementaires.

    Quel premier bilan tirer de la dépénalisation du stationnement ?

    Avec la municipalisation du stationnement, la ville de Paris table sur 300 millions de recettes par an, contre 100 actuellement. Le bilan est positif malgré les couacs des débuts. Cela a permis de retirer de l’espace public des véhicules ventouses, dont les propriétaires avaient calculé qu’il valait mieux prendre le risque de payer 17 euros d’amende de temps en temps que de payer leur stationnement. On est passé d’un taux de vide des emplacements de stationnement de 3 à 12 %. Il faut moins de temps pour trouver des places pour se garer. Le taux de respect a doublé, on est à 25 %, cela progresse, mais il reste encore beaucoup de fraudes. Mais plus les gens respectent le stationnement, plus il y a de places disponibles, meilleure est la fluidité. Streeteo a dû se réorganiser suite aux pratiques frauduleuses d’un cadre dirigeant, mais désormais on a deux prestataires qui font leur travail, conformément à leurs obligations contractuelles. On est à 25 000 contrôles par lot, et notre objectif est de 75 000 contrôles par jour à Paris. Cela nous conforte dans l’idée que la clé de la bonne politique de stationnement, c’est la fréquence du contrôle.

    Valérie Chrzavzez

  • Le gouvernement confirme ses choix en faveur des transports du quotidien

    Le gouvernement confirme ses choix en faveur des transports du quotidien

    Un chiffre et encore beaucoup d’inconnues. C’est ce qui ressort du projet de programmation des investissements de transport dévoilé le 11 septembre par le gouvernement. Elisabeth Borne a indiqué que 13,4 milliards d’euros devraient être consacrés aux infrastructures de transports durant la période 2018-2022. Ce qui représente une hausse de 40 % par rapport au quinquennat précédent, rappelle la ministre des Transports. Puis 14 milliards sont envisagés les cinq années suivantes. Soit 27 milliards sur les dix prochaines années.

    Ces investissements dans le rail, la route et les autres modes de transport doivent figurer dans la future Loi d’orientation des mobilités (LOM) qui doit être présentée en octobre en conseil des ministres, avant d’être débattue par les parlementaires. Auparavant, le projet LOM (qui comprend aussi tout un volet pour favoriser la mobilité) aura fait l’objet d’un avis du Conseil d’Etat.

    Pour faire ses choix d’investissements, le ministère des Transports s’est appuyé sur le rapport du comité d’orientation des infrastructures présidé par Philippe Duron, qui avait remis son rapport en février dernier et établi trois scénarios possibles sur la période 2018-2022 : le premier envisageait 12,3 milliards d’investissements publics, le second scénario, médian, allait plus loin avec 14,6 milliards (et était jugé raisonnable par Philippe Duron) et le troisième, le plus ambitieux, s’élevait à 16,6 milliards.

    « On est entre le scénario 1 et le 2 », reconnaît-on au ministère, en expliquant qu’il faudra trouver des ressources nouvelles pour le financer : 300 millions supplémentaires en 2019, puis 500 millions d’euros par an à partir de 2020. Lesquelles ? Le gouvernement renvoie sa décision à plus tard, sachant que l’hypothèse de taxes nouvelles, notamment une vignette sur les poids lourds, risque encore d’échauffer les esprits.

    En attendant, le ministère des Transports a décliné les projets retenus, même s’il reste encore vague sur le calendrier pour chacun d’eux. Deux grands principes ont guidé ses choix, explique-t-il : la priorité aux réseaux existants et aux déplacements du quotidien.

    Après l’audit qui a mis en évidence la dégradation du réseau routier national non concédé (et montré que 7 % des ouvrages d’art nécessitent une intervention d’urgence) et après la catastrophe du pont de Gênes en Italie cet été, il a été décidé de porter l’effort sur l’entretien des routes, en se focalisant plus particulièrement sur les ouvrages d’art. Ces dernières années, le budget des routes atteignait 670 millions d’euros. Il va passer progressivement à 850 millions d’ici à 2022, puis à 930 millions sur la période suivante. Le gouvernement compte aussi consacrer pas loin un milliard d’euros dans les dix ans qui viennent à des opérations de désenclavement routier des villes moyennes et des territoires ruraux.

    Dans le transport ferroviaire, les budgets consacrés à la régénération du réseau ont triplé depuis 2005, atteignant 3,6 milliards sur dix ans. L’effort va être amplifié, augmenté de 200 millions d’euros par an à partir de 2022. Cela permettra de financer par exemple des projets de signalisation ferroviaire, précise le ministère.

    Côté fluvial, l’effort de l’Etat va être doublé, passant de 273 millions à 530 millions d’euros par an entre 2018 et 2022. Et pour favoriser le transport de marchandises, 2,3 milliards seront investis par l’Etat sur dix ans, visant notamment à soutenir les ports et leurs accès.

    Très attendu par les élus, le chapitre « Développement des infrastructures » risque de faire des déçus. Certes, un quatrième appel à projets va être lancé pour développer les mobilités propres et partagées. « Il y aura des moyens pour le vélo », ajoute-t-on, en indiquant que des annonces sont attendues très prochainement. Une enveloppe globale de 1,2 milliard est prévue sur dix ans.

    Mais dans le domaine ferroviaire, on n’est plus à l’époque du tout-TGV et les nouveaux choix portent plus que jamais la marque de la priorité donnée aux transports du quotidien. Le gouvernement s’engage ainsi à renouveler tout le matériel TET pour 3,7 milliards. Il va également orienter ses investissements essentiellement dans des projets permettant d’augmenter la capacité des principaux nœuds ferroviaires. Le but, explique-t-on à l’Hôtel de Roquelaure, est de doubler la part du train dans les déplacements du quotidien autour des grands pôles urbains. Ce programme de traitement des nœuds saturés représente un effort de 2,6 milliards dans les dix ans à venir (hors Ile-de-France), associant l’Etat, les collectivités et la SNCF. L’Etat y contribuera à hauteur de 1,3 milliard.

    Quant aux grands projets de LGV réclamés par les élus, le gouvernement confirme les lignes retenues par le comité d’orientation des infrastructures qui avait déjà réalisé une sérieuse sélection : liaisons à grande vitesse Bordeaux – Toulouse, Montpellier – Perpignan, Marseille – Nice, Paris – Normandie et Roissy – Picardie. Mais ces projets se feront très progressivement, par « phasage », précise le ministère des Transports. Le gouvernement refuse pour le moment d’entrer dans le détail du calendrier tant qu’il n’en aura pas discuté avec les élus concernés. L’idée, c’est que la première phase consiste à commencer par désaturer les grands nœuds ferroviaires. Tout particulièrement autour des gares. Globalement, l’enveloppe prévue par le gouvernement s’élève à 3,4 milliards d’euros entre 2017 et 2022. Mais sur ce total, 1,5 milliard doivent être payés aux concessionnaires des LGV mises en service l’an dernier (principalement à Lisea).

    Quant aux projets de liaisons Lyon – Turin et du Canal Seine – Nord, ils sont, comme toujours, traités à part. Le premier dépend des intentions du gouvernement italien, aujourd’hui tiraillé sur le sujet entre les deux composantes de sa coalition, la Ligue d’extrême droite et le Mouvement 5 Etoiles. « On se cale sur les engagements européens et les discussions en cours avec nos partenaires », commente le ministère des Transports. Quant au second, son tour de table financier est encore incertain.

    Marie-Hélène Poingt

  • Gilles Carrez : on n’en a pas fini avec les coûts du Grand Paris

    Gilles Carrez : on n’en a pas fini avec les coûts du Grand Paris

    Gilles Carrez a rendu le 6 septembre au Premier ministre son nouveau rapport sur le financement du métro du Grand Paris. Pour faire face aux surcoûts, il reprend et approfondit les solutions qu’il avait déjà proposées et qui sont déjà mises en œuvre pour le financement initial. Pour acquitter quelque 20,5 milliards d’euros (estimation en 2011), il avait dégagé des ressources d’environ 500 millions par an.

    Depuis, souligne-t-il « le coût à terminaison du projet a presque doublé ». Les dépenses prévisionnelles totales de la SGP sont aujourd’hui évaluées à 38,5 milliards (35,1 milliards pour le Grand Paris Express, 3,4 milliards de contributions au plan de mobilisation d’Ile-de-France). Le député LR du Val-de-Marne propose de faire passer l’ensemble des contributions à 750 millions par an. En ayant toujours recours à de « nouvelles recettes exclusivement franciliennes affectées par l’Etat pour assurer la soutenabilité du projet ». Et donc : 150 millions d’euros supplémentaires venant de la taxe sur les bureaux(TSB) ; 30 à 50 millions supplémentaires de la taxe spéciale d’équipement ; 50 à 70 millions d’un « panier de recettes diverses ».

    Pas de surprise donc et l’on se souvient que Gilles Carrez, quand le rapport lui avait été confié ne semblait pas inquiet sur la possibilité d’assumer le surcoût annoncé. Le Medef évidemment proteste et s’offusque que les entreprises servent de « variable d’ajustement aux dérives budgétaires ». Les vraies difficultés sont ailleurs et sont à venir. Et le grand mérite du rapport Carrez est de braquer le projecteur sur les « angles morts » du financement.

    Par exemple, l’adaptation des réseaux existants pèse sur les comptes de la SGP pour 450 millions d’euros. Mais elle doit revenir à 1,5 milliard d’euros et n’est pas entièrement financée. Les phases de pré-exploitation (200 à 400 millions d’euros) et d’exploitation sont elles aussi « des angles morts du financement du programme ». Gilles Carrez demande donc que l’on établisse au plus vite le coût complet du projet, exploitation et maintenance comprises sur sa durée de vie. Or, regrette-t-il, « l’organisation actuelle, avec une grande segmentation des responsabilités, rend difficile l’émergence d’une vision consolidée et précise » de ce coût complet.

    Le rapport souligne le cas des gares, elles aussi angles morts. Juridiquement, elles sont de la responsabilité de la SGP. Opérationnellement, elles dépendront plutôt des futurs transporteurs, sous l’autorité d’Ile-de-France Mobilités. Financièrement, « les premiers éléments transmis par la SGP sur le fonctionnement des futures gares ainsi que les éléments présentés par les opérateurs sur les gares existantes du réseau de transport francilien laissent penser que l’exploitation des gares n’atteindra pas l’équilibre ». Enfonçons le clou : « contrairement à l’hypothèse implicite d’une activité largement bénéficiaire qui soutiendrait le remboursement de la dette, elle sera vraisemblablement déficitaire. » Et d’alerter : les gares « introduisent un déficit récurrent dans le modèle de la SGP, rendant ce dernier insoutenable ».

    Le rapport demande que la stratégie d’organisation des gares futures soit confiée à l’autorité organisatrice, et que la SGP se concentre sur ses tâches primordiales. Qu’elle soit plus pleinement maître d’ouvrage, en renforçant ses effectifs, et en reprenant des compétences trop largement déléguées à l’assistance à maîtrise d’ouvrage.

    A cet ensemble de questions s’ajoute un autre motif d’incertitude : la redevance d’infrastructure que l’AO acquitterait au gestionnaire d’infrastructure et qui viendrait s’ajouter aux frais d’exploitation. Ceux-ci sont estimés à 650 millions d’euros par an. Aussi, selon un chiffre déjà annoncé, « en intégrant la redevance d’infrastructure, Ile-de-France Mobilités devra trouver près d’un milliard d’euros pour le GPE, en sus des neuf milliards déjà consacrés annuellement au réseau de transport francilien ». Le rapport donne à l’AOT, qui ne voit pas trop pourquoi elle paierait au GI par le biais de redevances le coût complet d’un ouvrage qui a déjà été financé par les taxes. Reste que le coût d’exploitation à lui seul pose une nouvelle fois la question de l’érosion tarifaire : « les recettes tarifaires ne représentent en 2017 que 27 % des ressources pour l’exploitation des transports en Ile-de-France ».

    La SGP a depuis ses débuts péché par un excès d’optimisme. Une fois de plus, l’intervention de Carrez a le mérite de ramener à la raison. Tout en proposant des solutions.

    F. D.

  • Réouverture de la ligne Montréjeau-Luchon : Carole Delga dénonce l’inflation des coûts

    Réouverture de la ligne Montréjeau-Luchon : Carole Delga dénonce l’inflation des coûts

    Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, dénonce l’inflation du coût des travaux annoncés par SNCF Réseau pour la rénovation de la ligne Montréjeau – Luchon, passés de 36 à 59 millions d’euros en deux ans.

    « SNCF Réseau présente une étude en total décalage avec la première étude conduite en 2015. La région ne peut souscrire ni aux coûts ni aux délais présentés aujourd’hui », s’insurge-t-elle, demandant à l’opérateur de lancer au plus vite les études d’avant-projet déjà conventionnées. La participation prévue de la région était de 70 %, l’Etat apportant 17 % et la SNCF 13 %. Après une rencontre avec le directeur national de SNCF Réseaux, celui-ci s’est engagé à lancer une contre-expertise indépendante pour connaître le vrai montant des travaux.

    En 2014, alors qu’élus et usagers s’étaient fortement mobilisés pour sauver cette ligne de montagne datant de 1873, fortement endommagée par les inondations de 2013 et menacée de fermeture par la SNCF, celle qui était alors secrétaire d’Etat était déjà montée au créneau. « Montréjeau – Luchon est emblématique de ce que voudra faire, ou pas, le gouvernement, pour les territoires de montagne. Si elle ne se fait pas, cela veut dire que des dizaines de lignes en France vont fermer », alerte-t-elle dans une interview au journal local La Dépêche du Midi.

    Dans le cadre des « Etats généraux du Rail et de l’Intermodalité », La région Occitanie s’était engagée fin 2016 à sauver cinq autres lignes prioritaires pour l’aménagement du territoire en plus de Montréjeau – Luchon : Alès – Bessèges, Carcassonne – Quillan, le Train Jaune, la Rive droite du Rhône et Rodez – Sévérac.

    Catherine Stern

  • La CGT Cheminots cherche à relancer la mobilisation

    La CGT Cheminots cherche à relancer la mobilisation

    Malgré l’inaudibilité de la grève qu’elle a lancée en juillet, la CGT Cheminots ne désarme pas. Après avoir proposé le 30 août aux trois autres organisations syndicales représentatives de la SNCF de lancer une nouvelle grève le 18 septembre (proposition repoussée par l’Unsa Ferroviaire et la CFDT Cheminots, SUD Rail se retranchant derrière la consultation de ses structures régionales), la CGT-Cheminots a finalement opté pour des rassemblements régionaux.

    Ce jour-là, 18 septembre, aura lieu la prochaine réunion de la commission paritaire qui se penchera sur les questions de rémunérations et de classifications des métiers dans le secteur ferroviaire dans le but de construire une convention collective du rail. Ces rassemblements permettront de « porter à la connaissance de l’opinion publique les menaces sur le service public et le droit au transport », explique le syndicat dans un communiqué du 5 septembre.

    La fédération appelle également à une grève, le 9 octobre, à l’appel de l’intersyndicale confédérale.

  • La RATP se rapproche de Régions de France

    La RATP se rapproche de Régions de France

    Rappelant que, dans la continuité de précédentes loi, le projet de LOM (loi d’orientation des mobilités) renforce le rôle des régions, la RATP et Régions de France ont annoncé le 5 septembre avoir noué un partenariat pour « coopérer sur l’évolution des mobilités de demain au niveau régional ».

    Concrètement, la RATP sera associée aux réunions de travail sur les politiques de mobilité et d’innovation, les navettes autonomes, les gares, le numérique quand il touche aux transports ou encore sur la préparation de l’ouverture à la concurrence dans les TER.

    Le ferroviaire, domaine dans lequel « la RATP ne s’interdit rien » selon ses dirigeants, fait partie des axes de développement pour l’entreprise. Une équipe ferroviaire est en train d’être constituée au sein de sa filiale, RATP Dev.

  • « Les arguments contre la gratuité dans les transports me paraissent faibles »

    « Les arguments contre la gratuité dans les transports me paraissent faibles »

    VR&T a interviewé Patrice Vergriete (DVD), maire de Dunkerque qui ce mois-ci devient la plus grande agglomération de France (et la deuxième d’Europe) à ne plus faire payer l’utilisation de ses transports publics.

     

    Ville, Rail & Transports. Pourquoi ce choix de la gratuité ?
    Patrice Vergriete. Avant tout, je veux signaler qu’à partir du 1er septembre, Dunkerque devient la première agglomération d’Europe à proposer la gratuité pour tous dans ses transports publics. Si on ne prend en compte que la taille, nous sommes la deuxième agglomération européenne à le faire, derrière la ville de Tallinn, qui n’accorde la gratuité qu’à ses résidents. Pour nous, la gratuité n’a que des effets bénéfiques en termes de politique publique. D’abord sur le plan environnemental puisque la gratuité permet un report modal de la voiture vers les transports publics. Même si c’est vrai, la gratuité se traduit aussi par un report modal du vélo et de la marche vers les transports publics.
    Cette question de la lutte contre la pollution est centrale. D’ailleurs, si de grandes villes allemandes se posent aujourd’hui la question de la gratuité, c’est bien sûr pour des questions environnementales.
    A Dunkerque, nous n’avons pas le choix : nous battons des records si l’on prend en compte le nombre de jours de pics de pollution. Avec une part des transports publics tombée à 4,75 % en 2014-2015. Notre objectif est de doubler la fréquentation. Et donc d’avoir une part modale pour les transports publics de 9 à 10 % à Dunkerque.

    VR&T. Quelles sont les autres raisons ?
    P. V. Nous voulons aussi rendre du pouvoir d’achat à la population. Les recettes liées à l’achat de tickets et d’abonnements nous rapportaient 4,5 millions d’euros par an. Nous rendons donc cet argent aux Dunkerquois et tout particulièrement aux familles.
    J’ajoute une troisième raison sociale : avec des transports publics gratuits, la ville devient accessible à tous et pour tous. Les services publics deviennent plus accessibles, la recherche d’emploi aussi… Enfin, la gratuité renforce la cohésion sociale puisqu’elle a pour effet d’accroître la mobilité.

    VR&T. Comment avez-vous procédé ?
    P. V. Nous avons commencé par expérimenter la gratuité le week-end. Depuis, on a vu la fréquentation augmenter de 30 % le samedi et de 80 % le dimanche.
    Nous avons aussi enregistré une baisse de 60 % des incivilités. Dans le débat sur la gratuité, on entend souvent dire que ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Je trouve que cet argument est faible. Nous constatons le contraire : il y a un renforcement du contrôle social. De plus les contrôleurs peuvent effectuer d’autres tâches comme assurer la lutte contre les incivilités, renforcer la sécurité…

    VR&T. Comment financez-vous la gratuité ?
    P. V. C’est le seul élément négatif : la gratuité a un coût ! Le coût global des transports publics à Dunkerque s’élève à 45 à 50 millions d’euros par an. Comme je l’ai dit, nos recettes s’élèvent à 4,5 millions d’euros annuels. Cela montre donc que seulement 10 % du coût est couvert par la vente de titres de transport. Ce qui revient à dire que 90 % du coût pèse déjà sur le contribuable. L’effort n’est donc pas si important. Il est en tout cas moins important que ce qu’a représenté la baisse des dotations de l’Etat, qui ont été réduites de cinq millions par an pendant trois ans sous le gouvernement Valls.
    Je rappelle qu’à Dunkerque, les deux tiers du budget dédié aux transports viennent du versement transport et le dernier tiers vient du budget général de la communauté urbaine. Mon prédécesseur, Michel Delebarre avait décidé, en 2011, d’augmenter le versement transport en le faisant passer de 1,05 % à 1,55 % de la masse salariale.
    Cette hausse de 0,5 % a rapporté entre huit et neuf millions d’euros annuels à la communauté urbaine. Or si une collectivité fait le choix de développer des transports à haut niveau de service, elle peut bénéficier de subventions de l’Etat. J’ai donc décidé d’abandonner le projet retenu par mon prédécesseur de construire une salle de sport de 10 000 places dans le cadre d’un PPP (qui nous aurait coûté huit millions d’euros annuels) et qui aurait été financé par la hausse de versement transport. A la place j’ai décidé d’utiliser ces huit millions, d’abord, jusqu’en 2018, pour améliorer le réseau de transport public, car nous avons associé la gratuité à un principe d’amélioration du réseau.
    Nous allons désormais consacrer 4,5 millions d’euros pour financer la gratuité et deux millions pour l’amélioration des services (en mettant en service plus de bus, davantage de fréquences, des bus le vendredi soir avec systématiquement une personne accompagnant le conducteur, un équipement en Wi-Fi…).

    VR&T. Si la fréquentation augmente, le coût ne risque-t-il pas d’être trop élevé à terme ?
    P. V. Nous avons déjà intégré dans nos coûts le doublement de la fréquentation. C’est un choix politique. Je ne donne pas de leçons aux autres villes. Nous nous donnons trois-quatre ans pour évaluer l’effet complet de la gratuité. C’est un pari lié à un contexte local : la part de la voiture a beaucoup progressé, elle est passée de 62 % à 66 % de 2000 à 2015. Ce n’est pas soutenable. Dunkerque est une ville adaptée à la voiture. Pour changer la donne, nous sommes obligés de changer de modèle et de mettre le paquet.

    VR&T. Pourquoi ne pas avoir lancé une politique favorisant les vélos et les piétons ?
    P. V. Nous sommes en train de réfléchir à la future politique cyclable de Dunkerque. Nous aborderons tous ses aspects, des VLS (qui sont déjà en place), aux achats de vélos, en passant par l’aménagement de parkings, de pistes cyclables. En septembre, nous annoncerons un plan et nous attellerons à une politique complète et intégrée du vélo. C’est notre seconde ambition : augmenter la part modale du vélo.

    Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

     


    Dunkerque lance les premières Rencontres sur la gratuité des transports
    Les 3 et 4 septembre, Dunkerque organise les Rencontres des villes du transport gratuit. Soit deux jours de débats, de forum et de visites sur le réseau DK Plus de mobilités, en présence d’élus de villes ayant fait le choix de la gratuité pour tout ou partie de leur réseau, notamment Taavi Aas, le maire de Tallin, et Naheed Kurban Nenshi, maire de Calgary.

     

     

     

     

  • « La gratuité des transports sera l’un des grands thèmes des prochaines municipales »

    « La gratuité des transports sera l’un des grands thèmes des prochaines municipales »

    Interview de Maxime Huré, maître de conférences à l’Université de Perpignan, et chercheur à Sciences Po Lyon.

    Ville, Rail & Transports. Vous avez été amené à travailler sur l’instauration de la gratuité à Dunkerque. Quelle a été votre mission ?
    Maxime Huré. Dans le cadre d’un collectif de jeunes chercheurs [l’association VIGS, NDLR], nous avons été sollicités par Dunkerque dès 2015, donc peu après les élections municipales. Nous avons formé une petite équipe et avons vite compris que la nouvelle équipe municipale souhaitait mettre en place la gratuité en deux temps (d’abord la gratuité le week-end avant de passer à la gratuité totale) et disposer d’une évaluation du dispositif par des chercheurs.
    En effet, en France, il y a eu peu de recherches sur le sujet, sinon des positions un peu idéologiques de chercheurs qui n’avaient pas travaillé la question.
    Nous avons lancé en mars 2017 une première étude pour évaluer les effets de la gratuité le week-end. La communauté urbaine souhaitait un regard sur trois aspects : elle souhaitait savoir si la gratuité se traduirait par une hausse de la fréquentation, s’il y aurait de nouveaux usagers et s’il y aurait un report modal. Nous avons constaté une hausse de fréquentation de près de 30 % le samedi et de 80 % le dimanche.
    Il faut noter que cette mesure très politique d’instaurer la gratuité a été accompagnée d’un projet de renforcement de la qualité du réseau puisque presque 65 millions d’euros ont été investis sur cinq ans, pour mettre en place notamment des bus en site propre.

    VR&T. Quels changements avez-vous constatés ?
    M. H. Un nouveau public est arrivé dans les transports publics. Parmi eux, nous avons constaté qu’il y avait des individus en situation de grande pauvreté ainsi que des personnes âgées qui se sentaient un peu isolées. Ces personnes ont profité de cette mesure pour retisser du lien social. Nous avons aussi observé un retour dans les bus des familles, qui ont profité du dispositif pour se rendre à des manifestations ou à des activités récréatives. Clairement, le public familial va lâcher la voiture pour prendre le bus. Enfin, un public de jeunes entre 16 et 18 ans a également profité de la mesure. Des usagers classiques se sont retrouvés dans des bus bien remplis, ce qui a parfois pu donner lieu à des réactions négatives de leur part.

    VR&T. Avez-vous observé un report modal ?
    M. H. Nous avons adressé un questionnaire à 400 personnes. Sur la question du report modal, nous devrons encore vérifier les chiffres. Mais à la question : quel mode de transport avez-vous abandonné ? 67 % ont dit qu’ils avaient renoncé à la voiture pour prendre le bus le week-end, 33 % la marche et 16 % le vélo (sachant que les modes n’étaient pas exclusifs les uns des autres).
    Les chiffres sur la bicyclette sont à relativiser puisque la pratique du vélo à Dunkerque qui est très faible : sa part modale est de 1,2 %.

    VR&T. Les objectifs des élus ont-ils été atteints selon vous ?
    M. H. Les élus voulaient aussi rendre de nouveau attractif le centre-ville. Cette mesure y contribue très clairement : les bus sont surfréquentés lors de grandes manifestations organisées dans la ville. Les commerçants, qui se montraient réservés avant le lancement du dispositif, se montraient plutôt satisfaits six mois après.

    VR&T. Que pouvez-vous dire aux opposants de la gratuité ?
    M. H. Certaines idées reçues ont été battues en brèche comme l’affirmation selon laquelle les réseaux gratuits seraient plus dégradés que les autres. A Dunkerque ou à Châteauroux, rien de tel n’a été observé. On observe qu’il y a plus d’usagers et que les politiques investissent davantage contrairement à ce qu’on pourrait croire.

    VR&T. La gratuité peut-elle être mise en place par n’importe quel réseau selon vous ?
    M. H. On voit que la gratuité des transports ne concerne pas que les petites villes. Peu à peu, les seuils sont dépassés. Dunkerque rassemble plus de 200 000 habitants, Tallinn plus de 400 000. Ce sont souvent des réseaux où les recettes générées par les transports ne sont pas très élevées et se situent en dessous de 8 %. Certains chercheurs disent qu’au-dessus de 5 %, il n’est pas possible pour un réseau de passer à la gratuité. Or, Paris, Grenoble ou Clermont ont des recettes bien supérieures et y réfléchissent.
    Ce que l’on observe, c’est que les collectivités qui mettent en place la gratuité ne le font pas toutes pour les mêmes raisons. Certaines le font car leur réseau est peu utilisé et se disent qu’ainsi il aura une meilleure utilité sociale. C’est ce qu’avait fait Châteauroux en 2001.
    D’autres veulent redynamiser leur centre-ville. C’est le cas de Dunkerque mais aussi de Clermont. D’autres encore le veulent pour lutter contre la pollution atmosphérique, comme à Grenoble, Dunkerque, ou encore en Allemagne où la mesure sera expérimentée dans trois grandes villes.
    La gratuité est avant tout une mesure très politique qui répond à des objectifs variés.

    VR&T. N’y a-t-il pas tout de même quelques limites ?
    M. H. La question du financement se pose, non pas à court terme, mais à long terme : il faut se demander si, à une échéance de dix à 15 ans, on aura assez de ressources pour la financer.
    C’est une question cruciale pour les grands réseaux comme Paris qui doivent construire un budget sur le long terme et qui risquent la sursaturation.
    Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne pourront pas passer du jour au lendemain à la gratuité. Mais c’est une mesure qui peut se mettre en place progressivement.
    Et ponctuellement. La gratuité existe les jours de pollution. On peut aussi penser à des mesures ciblées telles que la gratuité le week-end, ou sur les lignes de nuit, les lignes de plage… Ce peut être une mesure qui va s’imposer progressivement. Elle sera un des thèmes très présents lors des prochaines élections municipales.

    Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT

  • « Je souhaite lancer le premier RER métropolitain »

    « Je souhaite lancer le premier RER métropolitain »

    Benoît Simian, député LREM de Gironde et rapporteur du budget Transports à la commission des finances de l’Assemblée nationale, connaît bien le monde des transports, tout particulièrement la SNCF où il a travaillé (il est actuellement détaché) et avec laquelle il entretient des relations en tant qu’élu (il est aussi maire de Ludon-Médoc). Pour améliorer les transports du quotidien, il soutient l’idée de développer des RER métropolitains et mise sur le train à hydrogène, pour revitaliser des petites lignes.

     

    Ville, Rail & Transports. Que peut-on attendre de la future loi d’orientation des mobilités (LOM) ?
    Benoît Simian. Les Assises de la mobilité ont suscité beaucoup d’espoir chez nos concitoyens et parmi les acteurs du secteur. Il y a eu beaucoup d’écoute de la part des pouvoirs publics. Mais il est vraiment dommage d’avoir changé ce qui était initialement prévu : la LOM devait comporter trois volets : une partie programmation, un volet sur la réforme ferroviaire et un autre sur la stratégie liée à la mobilité.
    Finalement, le gouvernement a choisi de passer par ordonnances sur la réforme ferroviaire. Et cela a éclipsé tout le reste. Or, tout traiter dans la même loi avait du sens pour disposer d’une vision d’ensemble.
    J’entends parfois dire que le déclin du fret ferroviaire est dû à l’ouverture à la concurrence. Mais si on a échoué, c’est justement parce qu’on n’avait pas prévu un nouveau modèle pour le fret ferroviaire avant de le libéraliser C’est pourquoi il n’aurait pas fallu déconnecter la réforme ferroviaire de tout le reste.
    Après la réforme ferroviaire, il nous restera donc à traiter la stratégie des mobilités et la loi de programmation. J’applaudis quand la ministre des Transports explique vouloir mettre le paquet sur les transports du quotidien et sur la régénération du réseau. On arrête le « tout TGV » même s’il ne faut pas faire du TGV bashing.
    Les Français ne veulent pas forcément aller plus vite. Ils veulent un transport fiable. Je serai donc attentif en tant que rapporteur du budget à ce que les crédits alloués à la régénération soient effectivement affectés à ce poste.

    VR&T. Concrètement quels projets pourraient voir le jour demain grâce à la LOM ?
    B. S. La LOM doit définir une stratégie des mobilités, réfléchir aux mobilités du futur et proposer une boîte à outils. Car la révolution des mobilités doit être menée par les élus locaux eux-mêmes.
    De ce point de vue-là, Bordeaux et sa région offrent un excellent cas pratique. Je crois beaucoup aux RER métropolitains préconisés par Elisabeth Borne.
    Je souhaite notamment relancer la ligne du Médoc (Bordeaux – Le Verdon). Entre Bordeaux et Macau, qui se situe sur une zone dense, je propose de faire circuler un tram sur le réseau ferré national. Ce qui réduirait les coûts : un tram coûte 3 millions d’euros, contre 7,5 millions pour un train. Ce pourrait être le premier RER métropolitain !
    Pour le financer, j’en appelle à la solidarité des territoires : Bordeaux Métropole, la Nouvelle-Aquitaine, et les intercommunalités concernées devront se mettre autour de la table pour signer un contrat de mobilité (autorisé par la LOM). La participation financière des communes sera possible grâce au « versement mobilité » que devrait prévoir la LOM.
    Sur le tronçon allant de Macau jusqu’à Soulac-sur-Mer, où il faut gagner la bataille de la congestion et de la pollution, je propose une autre solution : lancer une étude pour recourir à un train à hydrogène. De ce fait, nous n’aurions pas besoin de refaire la caténaire comme c’est prévu dans le CPER puisque cet équipement est arrivé en bout de course, mais nous en attendons toujours la réfection. Nous pourrions ainsi économiser plus de 45 millions d’euros.
    Alstom a déjà développé un train à hydrogène en Allemagne, le Coradia iLint, mais il n’est pas duplicable en France. Alstom a besoin d’une enveloppe de 50 millions d’euros pour investir en recherche-développement dans ce domaine. A priori, il suffirait d’équiper les TER avec une pile à combustible adaptée. Ce qui reviendrait à dépenser un million d’euros par train. Si nous devons développer une centrale photovoltaïque à proximité, cela nous coûterait au maximum 10 millions d’euros. Cela a d’autant plus de sens que nous sommes dans un parc régional naturel.
    Début juin, une réunion de travail sera organisée sur ce projet avec la SNCF, l’Ademe et la Nouvelle-Aquitaine. Une autre suivra avec Alstom et l’EPSF. Il faut avancer étape par étape. Si on veut concrétiser notre projet dans cinq ans, il faut le lancer maintenant, d’autant qu’un appel à projet hydrogène est prévu. Une étude sera rendue publique début juillet par la région, la métropole et la SNCF.
    L’hydrogène peut représenter une bouffée d’oxygène pour les petites lignes.

    VR&T. Quels financements préconisez-vous pour alimenter l’Afitf ?
    B. S.Il faut disposer de recettes affectées. Je regrette le fiasco de l’écotaxe, abandonné fin 2014, et qui nous a fait renoncer à 800 millions d’euros annuels. Simplement parce que les Bretons n’en voulaient pas. On aurait réglé toute l’équation financière avec l’écotaxe.
    Aujourd’hui, je pousse pour une taxe affectée aux régions (une taxe « régio-transit » puisqu’il faut bannir le terme écotaxe), qui leur donnerait la capacité fiscale d’investir sur l’une de leurs principales dépenses, le ferroviaire.
    Or, actuellement, on entend dire que la ministre des Transports souhaite lancer une vignette poids lourds alors que la Commission européenne veut interdire l’eurovignette à partir de 2022 pour la remplacer par une indemnité kilométrique.
    Au niveau national, on peut s’inspirer du modèle proposé par l’Unipef (Union nationale des ingénieurs des ponts et forêts) ; qui estime qu’en 2031, lorsque les premières concessions d’autoroutes arriveront à échéance, on pourrait maintenir les péages et affecter les recettes à l’Afitf.
    Ce serait un gage de financement pour l’avenir.
    Je pense qu’au niveau local, il faut être girondin, au niveau national, il faut être innovant. Ainsi, on pourrait aussi sortir de la pause, car je ne peux pas croire qu’on ne lance plus de projets d’infrastructures dans ce pays.

    VR&T. Vous avez fait partie du Comité d’orientation des infrastructures présidé par Philippe Duron. Quelle position avez-vous soutenue ?
    B. S. Il faut lancer des lignes nouvelles lorsque le réseau est saturé, lorsque c’est justifié. c’est typiquement le cas de Bordeaux – Toulouse, qui est un corridor européen et a droit de ce fait à des subventions européennes à hauteur de 20 %. Alain Rousset [président de la Région Nouvelle-Aquitaine, NDLR] a proposé de faire une société de projet sur le modèle du Grand Paris. Cet axe, qui contribuera à améliorer les transports du quotidien, a aussi du sens pour le transport de fret.
    Je me suis battu aussi pour le grand contournement routier de Bordeaux pour qu’il figure dans le rapport : la réalisation n’est pas prévue avant 2037, mais le rapport indique qu’il convient d’engager des études pour lesquelles il faudra obtenir des crédits.
    Par ailleurs, il faut continuer à investir sur la route. Il ne faut répéter pas la même erreur que celle faite avec le ferroviaire dans lequel on a sous-investi pendant des années. On en paye désormais les conséquences. L’avènement du véhicule autonome, le développement actuel du covoiturage montrent que la route a de l’avenir.
    Actuellement, ce qui me préoccupe beaucoup, c’est la situation des contrats de plan Etat-région : l’état de réalisation est extrêmement bas. En Nouvelle-Aquitaine, le taux de réalisation des engagements de l’Etat n’est que de 8 %. Et on est à mi-parcours !
    En réalité, l’Etat a beaucoup trop promis, et du coup ne tient pas ses engagements. Cela crée un doute sur la parole de l’Etat. On a tellement peu investi ces dernières années qu’il y a des ralentissements partout sur le réseau ferré. Désormais, on se pose la question des fermetures… D’où mes propositions pour revitaliser les petites lignes.

    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt