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Les candidats aux Grands Prix des Régions 2025 : une nouvelle dynamique pour les TER
La concurrence des TER est devenue effective depuis la fin de l’année dernière avec le lancement de trois filiales de la SNCF pour exploiter des lignes dans les régions Sud, Pays de la Loire et Hauts-de-France. Transdev se lancera à son tour sur Marseille-Nice à partir de juin prochain.
Ces régions seront scrutées de près et des enseignements pourront être tirés pour les appels d’offres qui vont se succéder dans les mois à venir.
Dans ce contexte porteur de forts changements, des régions innovent et cherchent à renforcer l’offre de TER et à offrir plus de services aux voyageurs comme le montrent les prix attribués cette année.
Parmi les autres grandes tendances relevées, citons aussi les efforts déployés pour simplifier l’accès aux transports, pour les rendre plus complémentaires et pour les décarboner.
Découvrons Les candidats aux Grands Prix des Régions 2025.
Le jury

Les lauréats des grands prix thématiques ont été choisis, après vote, par notre jury, composé cette année (de gauche à droite sur les photos) de Patricia Perennes, consultante chez Trans-Missions, Jean-Pierre Wol , conseiller et membre du bureau national de la Fnaut, Bruno Meignien, chargé d’Etudes ferroviaires au Cerema, Nathalie Arensonas, journaliste à VRT, Pierre Zembri, professeur à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée – UPEM, Marie-Hélène Poingt, rédactrice en chef de VRT. Le Grand Prix TER, attribué après délibération du jury, et

Jean-Pierre Farandou : Retour sur six ans de mandat d’un président cheminot
Le compte à rebours est lancé pour Jean-Pierre Farandou. Le PDG de la SNCF devra quitter le groupe au moment où une assemblée générale validera le nom de son successeur désigné par le Président de la République sur proposition du Premier ministre. Sans doute fin mai, voire en juin.
C’est donc l’heure du bilan pour le plus cheminot des présidents de la SNCF, qui aura atteint le 4 juillet prochain la limite d’âge pour ce poste : 68 ans. Car pour Jean-Pierre Farandou, cette grande maison rassemble « une famille ». Il parle « cheminot première langue », avait coutume de dire Guillaume Pepy qui l’a précédé à la présidence de la SNCF.
Pour avoir fait quasiment toute sa carrière dans le groupe, il en connaît tous les arcanes. Originaire du sud ouest, ingénieur des Mines de Paris, il a occupé différents postes de la production, à l’exploitation, en passant par le marketing… et a gravi rapidement les marches en accédant à de hauts postes de direction.
Quand il est nommé à la tête du groupe, fin 2019, c’est donc la consécration. Mais aussi le début d’un vrai challenge puisque son arrivée aux commandes d’un poste, déjà réputé comme l’un des plus difficiles de la République, sera en plus marquée par une succession de crises externes, Covid, guerre en Ukraine, réforme des retraites, fin du recrutement au statut….
Concurrence toute !
Début 2020, il doit mettre en place la « nouvelle SNCF » décomposée en une société mère et des SA filles de plein exercice. L’arrivée de la concurrence dans les transports régionaux le pousse aussi à créer systématiquement, en coordination avec le management de SNCF Voyageurs, des filiales pour répondre aux appels d’offres en vue d’exploiter des lignes de TER.
Il estime que dans quelques années, l’ouverture à la concurrence concernera 100 % des activités du groupe. La réponse passe par des sociétés dédiées et filialisées, adaptées à leur marché particulier.
L’autre versant de la stratégie, c’est d’aller ferrailler à l’international pour récupérer le chiffre d’affaires qui sera perdu sur le marché domestique.
L’objectif est de doubler l’activité à l’international qui représente aujourd’hui 3 milliards d’euros sur un total de dix milliards. Les bases de la stratégie sont posées. La SNCF historique devrait en sortir profondément changée.
Mais cet avenir tout tracé passe mal auprès des syndicats de la SNCF. C’est d’ailleurs l’un de leurs principaux reproches. Et pourtant, commente Fabrice Charrière, le secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire « il a l’esprit groupe chevillé au coeur ».
Des bénéfices réinvestis dans les trains et le réseau
Quand il prend les commandes, les comptes sont dégradés, mis à mal par une grève dure contre la réforme des retraites, puis le Covid. Il engage un plan d’économie, obtient l’aide du gouvernement pour affronter la crise sanitaire et bénéficie par la suite d’un fort engouement des Français pour le train. Résultat, il peut présenter de confortables bénéfices.
Le PDG de la SNCF, qui se targue d’avoir redressé les comptes, assume le double rôle de cette compagnie pas comme les autres : la SNCF gagne de l’argent utilisé prioritairement pour investir dans l’achat de rames TGV, faire face à la demande et remédier au manque de matériel roulant. Et pour abonder un fonds de concours afin d’entretenir le réseau ferré. En 2024, la SNCF a affiché 1,6 milliard d’euros de bénéfices pour la quatrième année consécutive.
100 milliards pour le fer
Avec son sens du contact, son accent chantant et une certaine faconde, il prend son bâton de pèlerin pour aller sur un autre front : obtenir des financements en faveur du rail et accélérer le report modal. Un lobbying réussi puisqu’il parvient à convaincre Elisabeth Borne, alors Première ministre, d’annoncer 100 milliards d’euros pour le ferroviaire. Mais inabouti car on attend toujours la concrétisation. La conférence sur le financement, qui doit débuter mi-mai, doit permettre de trouver des ressources pérennes pour le transport public.
Fibre sociale
Le dirigeant prend régulièrement la parole pour s’offusquer du SNCF-bashing et défendre les cheminots quand ils sont attaqués. Il soigne aussi tout particulièrement les relations avec les organisations syndicales. Jean-Pierre Farandou veut en faire un marqueur fort de son mandat. « Quand je suis arrivé à la SNCF fin 2019, il y avait une rupture, une glaciation des relations sociales. J’ai rétabli le dialogue, il a été nourri et réussi », nous avait-il affirmé lors d’une interview publiée par VRT le 3 mai 2024. « Concurrence, discontinuité de Fret SNCF…, les enjeux sociaux sont énormes. On ne peut pas embarquer 150 000 cheminots dans un projet de transformation sans les représentants du personnel. Sinon, c’est la porte ouverte aux collectifs et alors là, c’est très compliqué… ».
Plusieurs accords importants ont été signés sous son égide. Parfois par tous les syndicats, comme cela a été le cas pour l’accord sur la cessation anticipée d’activités. Ce texte a permis de calmer l’ambiance sociale au sein de l’entreprise avant les JO comme cela lui avait été demandé.
Mais il a été fortement critiqué par Bercy dans le contexte de la réforme des retraites car jugé trop généreux. Et lui a sans doute coûté son poste qui aurait pu être prolongé. D’où un goût amer pour Jean-Pierre Farandou qui ne connaît pourtant que trop bien les injonctions contradictoires auxquelles un président de la SNCF est régulièrement confronté… Le patron du ferroviaire campe sur ses positions. Il est, dit-il, « un infatigable du dialogue social ».
C’est pourtant une menace sociale qui pourrait ternir sa sortie : les préavis de grève des contrôleurs durant les ponts de mai et en juin font remonter la pression sur les dirigeants de la compagnie. Le collectif des contrôleurs, apparu il y a un an et demi sur Facebook et appuyé par Sud Rail, fait planer une menace latente. La CGT, qui les colle aux talons, aussi. Un dernier défi sur le chemin de Jean-Pierre Farandou.

Fabrice Charrière , secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire © DR « Un dirigeant de conviction »
Fabrice Charrière , secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire
« C’est un vrai cheminot, qui a le sens du social et du collectif. Il a oeuvré pour le bien commun et a su défendre les cheminots. il a essayé de garder l’esprit groupe. C’est aussi un homme de dialogue. Il a fait progresser le dialogue social et a réussi à faire signer des accords importants souvent dans le calme, par les syndicats, et même parfois par tous les syndicats comme cela a été le cas pour l’accord sur la cessation anticipée.
Récemment, nous avons encore signé un accord sur une mutuelle santé et prévoyance unique pour tous les cheminots. Il y a bémol : il a créé des filiales pour répondre aux appels d’offres sur les TER, alors que ce n’était pas forcément obligatoire. C’est un choix qu’il assume pour gagner des marchés. Il porte ses engagements avec conviction, et cela se respecte ».

Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots © DR « Jean-Pierre Farandou est allé trop loin dans la mise en œuvre de la concurrence »
Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots
« Ce n’est pas donné à tout le monde de créer les conditions du débat, d’écouter, de tenter de comprendre les contradictions et les désaccords. Et entre la direction et la CGT, il y en avait beaucoup ! Un patron nommé par l’Etat a une feuille de route, on lui fixe un cadre, des consignes qu’il applique parfois avec zèle. On peut considérer qu’on a eu avec lui des temps de discussions. C’est certainement l’une de ses réussites. Dans les négociations sur les fins de carrière, il a tenu la ligne qui lui était imposée par son actionnaire mais il a su entendre nos arguments.
On a pu aller jusqu’au bout et les quatre organisations syndicales ont signé. Il a assumé que le rapport de force soit favorable aux salariés, ce que sont loin d’accepter tous les dirigeants. On a obtenu un accord de très haut niveau. En revanche, il est allé trop loin dans la mise en œuvre de la concurrence en imposant que sur chaque appel d’offres, la SNCF crée une filiale dédiée.
C’est pour moi un élément très négatif de son bilan. Créer une filiale implique un transfert de personnel, un rabougrissement des droits des salariés et une fragmentation de l’entreprise. Toutes les régions ne l’imposaient pas dans leur cahier des charges. C’est sa décision. Il pouvait y avoir une autre logique, sans transfert des cheminots vers une filiale étanche. C’est peut-être un cheminot, mais qui a passé des années chez Keolis dans un secteur concurrentiel. C’est pour cela qu’il a été choisi pour remplacer Guillaume Pepy. Et il a été l’homme de la situation.

Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud Rail © DR « Il a fait le service minimum »
Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud Rail
« Le bilan du mandat de Jean-Pierre Farandou, c’est avant tout une frustration : il se revendique de la famille cheminote. C’est vrai, c’est un patron issu du sérail. Il a joué son rôle pour faire du lobbying en faveur du ferroviaire et il a rassuré les cheminots quand il est monté au créneau pour les défendre. Mais c’est aussi de la com. En réalité, il a fait le service minimum.
Car, dans le même temps, il a contribué activement à démanteler le groupe SNCF, y compris dans le fret. Il est responsable de la mise en place de filiales privées dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Nous sommes conscients que la SNCF est une entreprise à part. Mais Jean-Pierre Farandou sait que quand on balkanise une entreprise, elle est moins efficace. Et qu’il y a un impact fort sur les conditions de travail des salariés ».

Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT cheminots © DR « Un équilibre entre l’économique et le social»
Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT cheminots
« Il a su parvenir à un équilibre entre l’économique et le social, qui a abouti à différents accords : celui sur les fins de carrière, notamment. L’histoire ce cet accord a été très compliquée alors qu’il est socialement juste. Il répondait au thème des conditions de travail, de l’organisation et la pénibilité.
On sortait de la réforme calamiteuse sur les retraites et le gouvernement avait renvoyé la question de la pénibilité vers les branches et les entreprises. C’est un vrai accord de progrès social, un juste retour de la richesse produite par les cheminots. Et il ne coûte rien aux usagers, ni aux contribuables.
Par ailleurs, sous le mandat de Guillaume Pepy, nous avions connu des gels de salaires pendant des années.
La méthode a changé, liée aux résultats financiers de la SNCF, mais Jean- Pierre Farandou a choisi de redistribuer les richesses aux salariés. Tous ces accords ont apporté du progrès social.
Toutefois, il a appliqué le cadre légal et réglementaire de la réforme ferroviaire de 2020, en créant des filiales ayant parfois des intérêts divergents. Difficile dans ces conditions de faire groupe. Enfin, Jean-Pierre Farandou n’a pas défendu le fret ferroviaire face à la Commission européenne, qui aurait dû mener son enquête jusqu’au bout ».

Aires de covoiturage : se concentrer sur l’essentiel
La tribune de 6-t : Le covoiturage représente aujourd’hui encore une part marginale dans les déplacements (moins de 4% des trajets automobiles du quotidien). Pour développer cet usage, il faut, explique le bureau de recherche 6t, améliorer la perception et la praticité des infrastructures d’accueil.
Les stratégies actuelles de développement du covoiturage reposent sur une analyse des flux et de l’implantation géographique des aires. Elles devraient davantage intégrer les perceptions des usagers, notamment sur le temps d’attente, qui influence fortement leur adoption de ce mode de déplacement.
Une approche des aires de covoiturage orientée « usagers » met en avant l’importance d’aménagements essentiels (éclairage, signalétique, abris, hygiène) pour améliorer la perception et la praticité des aires de covoiturage. Il s’agit d’adapter ces infrastructures aux contextes locaux et aux attentes réelles des usagers, plutôt que de proposer des équipements non-essentiels.
Aller au-delà d’une approche technique
Le covoiturage constitue un mode de déplacement alternatif à l’autosolisme et un complément pertinent aux transports collectifs dans les zones peu desservies. Il fait l’objet de nombreux programmes de développement depuis la loi MAPTAM (2014). Les stratégies, schémas directeurs et plans de développement du covoiturage reposent la plupart du temps sur une approche centrée sur les flux, en termes de lignes ou de corridors. Les aires de covoiturage sont localisées à partir d’une analyse technique basée sur la fréquentation et la localisation des lieux de montée/descente.
Dans un second temps, l’aménagement des aires de covoiturage fait partie des leviers mobilisables par les collectivités pour développer la pratique. Les aires permettent à la fois d’encadrer la pratique, de sécuriser le stationnement et l’attente des usagers et de promouvoir ce mode de déplacement en le matérialisant dans l’espace.
Les recommandations d’aménagement des aires s’appuient sur des approches techniques, qui produisent des résultats très variés : certains documents recommandent des aires de covoiturage minimalistes comportant uniquement du stationnement et de la signalisation basique, d’autres listent de nombreux services allant jusqu’aux distributeurs alimentaires et informations culturelles. Ce large éventail doit être adapté au contexte mais les arbitrages et priorisations sont parfois difficiles à réaliser au niveau local. Les aires de covoiturage sont pourtant un maillon essentiel en tant que lieu de rupture de charge, et donc de difficulté potentielle pour les usagers.
Prendre en compte les enjeux du temps d’attente
Si les usagers ne cherchent pas nécessairement à minimiser leur temps de déplacement, ils cherchent en revanche à réduire les moments peu confortables ou peu flexibles et qui peuvent être perçus comme une perte de temps, voire un moment désagréable. A ce titre, les temps d’attente sont un enjeu important pour tous les modes de transport. C’est notamment par une meilleure qualité du temps perçu que la voiture individuelle l’emporte sur d’autres modes (en particulier les transports en commun) : l’automobile est perçue non seulement comme un mode de déplacement offrant une meilleure sécurité, une grande autonomie et un confort accru, mais aussi comme un mode de transport offrant la possibilité de se déplacer dans un espace privé, à l’abri des contraintes inhérentes au transport public, comme la promiscuité et la rigidité des horaires.
Il existe une corrélation entre fréquence d’usage des modes et perceptions/ représentations : plus la fréquence d’usage est élevée, et moins les représentations sociales divergent de la qualité réelle du temps passé avec le mode de déplacement emprunté. Ainsi, les représentations n’avantagent actuellement pas le covoiturage, qui demeure un mode de transport encore minoritaire (moins de 4% des trajets automobiles du quotidien). Il s’agit donc d’influencer la perception des usagers sur ce mode de déplacement à travers l’aménagement : à défaut de pouvoir minimiser les temps d’attente sur les aires de covoiturage, l’enjeu devient alors de fournir un environnement visant à minimiser les désagréments liés à l’attente.
Des aires de covoiturage orientées vers les usagers
Dans une étude récente, 6t a pu explorer les enjeux des temps d’attente sur les aires de covoiturage en adoptant une posture davantage sociologique que technique. Autrement dit, nous avons pris pour base de travail les perceptions des usagers et travaillé sur les aménagements essentiels des aires de covoiturage dans une démarche de co-construction.
Les perceptions des usagers vis-à-vis des aires de covoiturages sont déterminantes dans le choix modal, mais également dans l’expérience usager sur l’aire. Partant de ce postulat, nous avons exploré la variété des types d’aménagements possibles.
Pour la sécurité, l’infrastructure peut offrir par exemple un éclairage suffisant, des espaces dégagés, visibles et offrant suffisamment d’entrées/sorties pour minimiser le sentiment de cloisonnement.
Pour la fiabilité, il s’agit de proposer une signalétique et une visibilité suffisamment importante pour faire connaître les aires de covoiturage, et dans le cas où l’aire est accessible depuis une ligne de transports en commun, inscrire l’aire dans un système d’information en temps réel, afin de minimiser le stress en cas de retard.
Enfin, pour le confort, les infrastructures peuvent être équipées d’abris voyageurs, de bancs, de sanitaires, de zones de repos, de distributeurs alimentaires, ou encore de services spécifiques aux automobilistes (nettoyage du véhicule, gonflage et vérification de la pression des pneus, etc.). Cependant, la confrontation de ce large champ des possibles avec la réalité des pratiques montre que les éléments basiques sont bien plus importants que les services annexes. Les aires de covoiturage doivent être aménagées pour montrer que ce type de pratique est considéré et valorisé par la collectivité. Cet effet peut être atteint avec des aménagements simples mais essentiels : places assises abritées, éclairage, signalétique et hygiène (poubelle, toilettes). Il est évidemment nécessaire d’adapter ces « essentiels » au contexte urbain et aux déplacements locaux à partir des éléments fournis par une analyse technique de la localisation et de la fréquentation de l’aire.
Finalement, les services essentiels attendus par les covoitureurs sont assez peu différents de ceux qui se trouvent à proximité d’arrêts de transports en commun urbains ou de gares. Mais les arbitrages et les priorisations restent variables au niveau local. Chaque schéma d’aires de covoiturage à l’échelle métropolitaine ou départementale formule des recommandations différentes, des plus basiques au plus fournies. Dans ce contexte, une harmonisation pourrait être envisagée, proposant par exemple une sélection d’aménagements essentiels et nécessaires pour correspondre au standard des aires de covoiturage.

Les ambitions d’Alain Krakovitch pour le TGV
Alain Krakovitch, l’invité du Club VRT du 13 mars, a tiré le bilan 2024 de l’activité des TGV et des Intercités qu’il dirige. Et dressé des perspectives prometteuses malgré le développement de la concurrence.
Les clignotants sont au vert pour l’activité SNCF longue distance (TGV et Intercités). Tant sur le marché domestique que pour l’international, qui représente un tiers de l’activité, a expliqué Alain Krakovitch qui était l’invité du Club VRT le 13 mars.
Le bilan 2024 dressé par le directeur des TGVIntercités montre l’influence des JO. Le taux de remplissage des trains est resté élevé jusqu’en avril, puis a marqué un recul entre mai et août dernier. « De nombreuses entreprises ont interdit à leurs salariés de se déplacer entre juin et septembre car elles craignaient que Paris ne soit invivable durant la période des Jeux. Ce travel ban a eu un impact sur notre clientèle professionnelle qui représente près de 40 % de notre chiffre d’affaires », a rappelé Alain Krakovitch.
Cela n’a duré qu’un temps avec un retour à la normale durant la troisième partie de l’année, permettant de réaliser plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour la première fois de son histoire. « Ces 10 milliards, générés par la vente des billets, correspondent à la somme dont nous avons besoin pour couvrir nos coûts et nos investissements », souligne Alain Krakovitch.
L’inflation l’année dernière, même si elle a été inférieure à 2023, est restée importante et a entrainé le renchérissement des coûts qui se sont aussi répercutés sur les péages. « L’augmentation de nos charges, supérieure à ce que nous avions prévu, n’a pas été facile à gérer. Malgré le chiffre d’affaires réalisé, nous sommes juste à l’objectif de ce qui nous permet de financer notre développement, sans plus », insiste Alain Krakovitch.

Le Club VRT s’est tenu le 13 mars à la mairie du 7e arrondissement de
Paris, 116 rue de Grenelle.Un modèle capacitaire
En 2024, 163 millions voyageurs ont emprunté un TGV ou un Intercités. Alain Krakovitch ambitionne de parvenir à 200 millions de personnes transportées, avant 2030. « Nous prévoyons à l’avenir une croissance entre 25 et 40 % dans un contexte de concurrence. »
Pour se développer et financer la maintenance de l’infrastructure, TGV-Intercités a besoin d’un modèle capacitaire. « Nous sommes dans une stratégie d’accroissement de nos capacités et de remplissage des trains, car c’est la seule approche viable pour compenser les tarifs des péages qui sont bien supérieurs à ceux d’autres pays d’Europe », souligne Alain Krakovitch. D’où le choix de la SNCF, unique en Europe, de faire circuler des TGV à deux étages.
Pour faire face à la demande, l’entreprise va aussi faire grossir son parc de Ouigo, en le faisant passer de 38 à 50 rames d’ici à 2027. Ce qui lui permettra de disposer de huit millions de places supplémentaires et de réaliser 30 % des transports en grande vitesse en France avec Ouigo.
« Pour être rentable, nous devons parvenir à un taux de remplissage de plus de 80 % dans le TGV Inoui et de 90 % dans les Ouigo. Nous sommes à 86 % pour le TGV et à 92 % pour les Ouigo », se félicite le directeur de TGV-Intercités. Selon lui, la hausse du trafic s’explique par l’appétence des Français pour des voyages en train. Leurs arbitrages privilégient les modes de déplacement les plus vertueux. « C’est d’ailleurs parce que le train est, selon l’Ademe, le mode de transport le moins polluant, que de plus en plus d’entreprises imposent à leurs salariés de le privilégier à l’avion quand c’est possible », ajoute le dirigeant.
Les TGV et les Intercités profitent aussi du télétravail, visible sur les déplacements en semaine : les jours de pointe ne se situent plus seulement les vendredis et dimanche mais il y a un lissage sur la semaine.
Les contraintes du dérèglement climatique
Soumise à la multiplication des tempêtes, la SNCF est confrontée à une recrudescence de chutes d’arbres sur les voies et les caténaires qui entrainent des retards. SNCF Réseau tente de s’en prémunir en procédant à des coupes préventives pour sécuriser les voies. Et cherche à adapter les infrastructures. Pour lutter contre la chaleur et les autres manifestations du dérèglement climatique, il est déjà arrivé que des technicentres soient fermés. « Nous cherchons aussi à diminuer nos émissions de CO2 », indique Alain Krakovitch. Depuis quelque temps, la compagnie arrête aussi les circulations des trains lors d’alertes météo de niveau rouge ou noir. « Il faut prendre conscience qu’à l’avenir, il y aura des périodes spécifiques où nous ne pourrons pas nous déplacer. Ce qui ne remet toutefois pas en cause notre ambition de développement du ferroviaire », précise-t-il.
Dans l’attente du TGV M
Malheureusement, les nouveaux TVG M se font attendre. La compagnie a commandé 115 rames nouvelle génération à Alstom. Attendues initialement pour 2023, dix premières rames devraient finalement être livrées début 2026. Elles seront positionnées sur la ligne Paris-Lyon-Marseille. Neuf autres sont espérées à la fin de la même année. « Si nous n’avions pas lancé notre programme d’obsolescence déprogrammée, qui consiste à prolonger la vie de 104 rames au-delà de 45 ans, nous serions en difficulté. Alstom a sa part de responsabilité dans les retards, mais il a aussi subi des éléments extérieurs liés à l’Ukraine et à la crise », nuance Alain Krakovitch.
Le dirigeant précise que même si le TGV M était arrivé à l’heure, son entreprise aurait tout de même lancé ce programme de rétrofit, une première mondiale qui a nécessité 700 millions d’euros d’investissement. Indispensable selon lui pour maximiser le nombre de rames disponibles afin de satisfaire la demande.
Un business model à revoir
« Nous avons un tiers de dessertes TGV déficitaires, un tiers à l’équilibre et un tiers bénéficiaires », rappelle Alain Krakovitch. Ce modèle pourrait être mis à mal si les opérateurs concurrents se concentrent uniquement sur les lignes bénéficiaires. D’où la nécessité de le repenser. « Il faut faire en sorte que l’ensemble des acteurs contribue aux dessertes d’aménagement du territoire. Faute de quoi, certaines dessertes, telles que les liaisons province-province ou les lignes avec des arrêts intermédiaires et les bouts de lignes pourraient être arrêtés », prévient Alain Krakovitch.
Des groupes de travail menés avec l’ART vont travailler sur la question, comme l’a demandé François Durovray, le précédent ministre des Transports. Plusieurs solutions sont envisageables. Le directeur de TGV-Intercités écarte d’emblée celles qui demanderaient un soutien financier de l’État et exclut donc une délégation de service public en cette période de restrictions budgétaires.
Il évoque d’autres pistes, comme un panachage entre lignes rentables et non rentables, de manière à ce qu’un opérateur qui souhaiterait, par exemple, proposer trois Paris-Bordeaux, ligne bénéficiaire, soit aussi obligé de desservir la ligne (déficitaire) Paris- Angoulême. Autre possibilité, la modulation des péages, avec des tarifs très incitatifs pour les lignes peu fréquentées et plus importants sur les liaisons à forts trafics.
Il est temps de trouver une solution car la concurrence arrive : Trenitalia s’est lancée dans le sud-ouest, la Renfe sur le sud et l’Espagne. « Nous estimons qu’à lhorizon 2030-2032, 95 % de nos lignes bénéficiaires seront en concurrence. La seule où aucune compagnie ne s’est encore annoncée est la ligne Paris-Dijon », détaille Alain Krakovitch. Cette concurrence pourrait se traduire par une perte de 20 % des parts de marché, mais le patron des TGV compte sur le développement du marché pour en atténuer les conséquences.
Cette confiance se voit aussi du côté des banques qui n’hésitent plus à consentir des prêts à des opérateurs souhaitant se lancer sur le marché. Il se réfère au financement d’un milliard obtenu par la société Proxima qui veut se lancer sur la façade ouest. Un scénario difficilement imaginable il y a quelques années.
Le retour du slow travel
Jusqu’à récemment, le transport à vitesse classique, qui n’était pas rentable, était assuré par une convention avec l’État. Mais le « slow travel » est en train de trouver son public. Des lignes à vitesse classique sont désormais proposés en Ouigo. Elles longent des axes autoroutiers, ce qui permet de favoriser le report modal, en recourant à des anciens trains Corail. Le succès est au rendez-vous comme c’est le cas pour les lignes Paris-Bruxelles et Paris-Berlin.
Quant aux trains de nuit, ils ont été remis au goût du jour et bénéficient d’un coup de pouce de l’Etat. Ils connaissent un succès commercial incontestable, reconnait Alain Krakovitch.
Toutefois, selon lui, les trains de nuit ne seront jamais à l’équilibre financier, car une couchette ne peut être vendue qu’une fois par jour, alors qu’un siège de TVG peut être vendu quatre fois et demie chaque jour. Un euro de chiffre d’affaires généré par ces trains de nuit coûterait 2 euros à la SNCF. Proposer ces trains est donc un sujet d’aménagement du territoire. « Il faut que l’État veuille les développer, et c’est le cas », remarque le directeur de TGV-Intercités. D’autres business model sont possibles. Des sociétés utilisent des rames de l’Orient Express pour lancer des projets de train de nuit d’extrême luxe, facturé plus de 4000 euros la nuit, démontrant qu’il y a de la place pour une offre variée dans ce secteur. Mais la SNCF ne peut pas se positionner sur ce créneau très haut de gamme.
Les ambitions sur le marché international sont également fortes. Là où le dirigeant attend « les marges les plus importantes ».
Parmi les contrats récemment gagnés, il cite le projet Alto, une ligne à grande vitesse entre Québec et Toronto. Le consortium Cadence, dont Keolis et SNCF Voyageurs sont membres, est chargé de la concevoir, de la réaliser et de l’exploiter.
Le yield management en question
Habitué à devoir justifier la tarification des TGV, critiquée pour leur opacité et leur montant élevé, Alain Krakovitch justifie le recours au yield management. « Pour l’heure, c’est la seule façon que nous ayons trouvée pour parvenir à proposer des petits prix, tout en atteignant nos objectifs en termes de chiffre d’affaires. » Il affirme que si la SNCF ne proposait que des prix fixes, elle ne parviendrait pas à remplir ses trains.
« Nous perdrions 10 % de taux d’occupation, ce qui nous ferait passer sous les 80 % d’occupation. » Alain Krakovitch se dit prêt à adopter toutes autres solutions si elles lui permettent d’atteindre 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, montant indispensable pour couvrir les coûts et les investissements. Le directeur de TGV-Intercités regrette ces reproches. Il y a quelques années, les pricipales critiques portaient sur les grèves et les retards. « La politique tarifaire est aujourd’hui le principale caillou dans notre chaussure », conclut-il.

Equipementiers & services. Latitude-Cartagène, l’information voyageurs « à valeur ajoutée »
Spécialisée dans l’édition de cartes et de plans touristiques, l’entreprise a élargi son activité aux transports et mise de plus en plus sur l’information voyageurs. Sa référence, c’est la carte annuelle du réseau ferré national de SNCF Réseau, et tous les supports d’informations au moment du big bang des bus parisiens en 2019. Mais pas que…

Amandine Gallice, successeure de l’un des quatre cofondateurs. © Latitude-Cartagène Traditionnellement accrochée ou simplement épinglée dans les bureaux des professionnels du secteur ferroviaire, elle a longtemps trôné dans celui du président de l’Autorité des transports : la carte géante du réseau ferré national. Fruit du contrat emblématique qui lie Latitude-Cartagène avec SNCF Réseau depuis 2013 et, avant cela, avec RFF. Ce document, qui fait référence, donne le détail, ligne par ligne, des infrastructures ferroviaires et de leur état de circulation. Mais il serait inexact de résumer l’activité de l’entreprise lyonnaise à ce seul client. Latitude-Cartagène est une petite structure d’environ 45 salariés. Née de la fusion de deux entreprises, elle doit son nom à la contraction du mot « carte » et d’IGN, l’Institut national de l’information géographique et forestière où travaillait l’un des collaborateurs. Dès sa création en 1988, ses fondateurs, quatre anciens étudiants, avaient opté pour un modèle original de « scop », société coopérative et participative. Ce sont les salariés qui détiennent le capital. Une philosophie entrepreneuriale que tient à faire perdurer la dirigeante actuelle, Amandine Gallice, successeure en 2024 de l’un des quatre cofondateurs.
Une clientèle centrée sur le transport public
L’avènement du numérique a profondément modifié l’activité de l’entreprise de cartographie, qui s’est réorientée depuis une quinzaine d’années vers l’information voyageurs. « On a revu la gamme de nos produits pour s’adapter aux pratiques », explique Amandine Gallice. Logiquement, la clientèle s’est davantage recentrée pour l’essentiel sur le transport public. Aujourd’hui, et malgré le contrat avec SNCF Réseau, le rail ne représente plus que 10 % du chiffre d’affaires, largement supplanté par les bus, trams et métros. C’est auprès des autorités organisatrices de mobilité et des grands opérateurs, Keolis, Transdev et RATP Dev, que Latitude-Cartagène bâtit aujourd’hui sa réputation. Parmi ses 250 clients, Île-de-France Mobilités, le Sytral à Lyon, Tisséo à Toulouse, Lignes d’Azur à Nice, le Syndicat mixte des transports en commun à Clermont-Ferrand. Et des réseaux plus modestes comme ceux d’Annecy ou de Cannes.
« On leur offre des outils pratiques. À la base, nous sommes des créateurs, mais on évolue désormais vers le conseil et le diagnostic avec des offres et des solutions adaptées aux nouvelles pratiques. On vend de la prestation intellectuelle. Il y a un lien fort avec nos clients qui se sentent bien avec nous. On travaille la relation proche », insiste la dirigeante.
Accompagner les voyageurs vers d’autres pratiques
Nouvelles attentes de ses clients oblige, Latitude-Cartagène s’adapte aux nouvelles tendances, l’intermodalité, le covoiturage ou les mobilités douces. Ces paramètres sont désormais intégrés (si le client le souhaite) aux informations fournies sur les réseaux. Une évolution qui implique de mettre à disposition des réseaux des ressources diversifiées. Et c’est sur ce créneau que Latitude-Cartagène entend s’imposer. « Aujourd’hui, nous sommes reconnus dans notre périmètre d’expertise. On est présent sur les salons comme EuroMobility Expo (qui s’est tenu à Strasbourg en octobre), et les prochains événements comme les journées AGIR à Reims en juin, ou les RNTP à Orléans en novembre ».
Si l’entreprise est bien implantée sur ses marchés, elle n’est paradoxalement que peu concurrencée, une particularité liée à son activité pluridisciplinaire. « On est confronté à la concurrence par type de segments, pas sur l’ensemble de l’activité », précise Amandine Gallice. C’est justement sur ses offres globales qu’elle entend faire la différence. La gamme de services va du diagnostic au conseil jusqu’à l’élaboration des produits déploiement.

Cartes des réseaux, plans de poche, fiches horaires, guides tarifaires… Les informations voyageurs se déclinent sur tous les supports. Amandine Gallice, successeure de l’un des quatre cofondateurs.
© Latitude-CartagèneFiches horaires, plans de ligne, bornes interactives
Les outils se déclinent en supports imprimés ou numériques, et le voyageur les retrouve aux arrêts ou à l’intérieur des véhicules sous forme de cartes ou de plans de ligne, appelés « thermomètres ». Mais se limiter aux plans serait réducteur puisque Latitude-Cartagène produit tous les documents et supports relatifs aux trajets des voyageurs, sous toutes leurs formes : plan de poche disponible en agence, guide tarifaire, fiche horaire, borne d’information, panneaux des abribus, documents de travail, guides touristiques, etc… « On travaille en cascade, ajoute Amandine Gallice. On déploie la gamme de nos produits là où les gens les consultent. On fournit aux exploitants des réseaux tout ce que doit trouver un voyageur pour son trajet et lui donner l’envie d’utiliser le service ».
Et comme la cartographie est une science, rendre les cartes et les plans lisibles n’est pas donné à tout le monde. Cartagène-Latitude propose des modèles basés sur la géographie en 2D, ou plus riches avec des éléments d’architectures emblématiques (cathédrale, mairie, gare…) représentés en 3D. La 3D est également utilisée pour figurer des arrêts comme pour le métro de Toulouse. Le document dépend aussi de son usage et de ses utilisateurs. « Un seul type de plan ne suffit pas. On peut aussi produire des modèles destinés aux élus qui préparent une délégation de service public, ou un ingénieur pour ses travaux. À chaque fois, le contenu et l’apparence changent », ajoute la dirigeante.
Des plans automatisés
Son savoir-faire ne s’arrête pas ici, l’entreprise a développé des plans et des documents « automatisés ». L’objectif est de réaliser les mises à jour sans faire de saisie manuelle, une facilité utile pour les fiches horaires notamment. L’outil permet également de personnaliser l’information. Dans le cas d’une perturbation sur un réseau, Latitude pourra produire tous les documents d’information à apposer sur un poteau, un abribus ou une station de tramway, différents pour tous les points d’arrêts. « Cette mise à jour automatisée, c’est notre valeur ajoutée », commente Amandine Gallice.

Bornes d’information voyageurs. © Latitude-Cartagène L’entreprise produit également les supports d’information sur les évolutions des réseaux. En 2019, quand Île-de-France Mobilités a revu de fond en comble la carte des lignes de bus de la RATP, c’est Latitude-Cartagène qui a été chargé d’éditer les documents d’information et les nouveaux plans destinés au public. Sur le site internet d’informations, le voyageur pouvait faire glisser sa souris pour passer, sur le même fond de carte, de l’ancien au nouveau réseau.

Nancy lance son nouveau trolleybus
Pour remplacer un tramway sur pneus qui causa bien des soucis, la métropole du Grand Nancy a inauguré le 5 avril son nouveau trolleybus en site propre, pour lequel 82 millions d’euros ont été investis.
Le 5 avril, est inauguré le nouveau trolleybus de Nancy avec 25 lighTram 25DC fournis par le constructeur suisse Hess. Ces impressionnants véhicules bi-articulés, d’une longueur de 24,50 m, sont les tout premiers de cette architecture, en France, à circuler sous ligne aérienne bifilaire. Ils viennent remplacer les « tramways sur pneus » TVR (Transport sur Voie Réservée), qui cessèrent de circuler le 12 mars 2023. L’acquisition de ce nouveau matériel roulant, réalisée par l’intermédiaire de la Centrale d’achat du transport public (CATP), représente un investissement de 35 millions d’euros.
Une ligne aux 45 000 voyageurs quotidiens
Ainsi la ligne 1 de Nancy, exploitée par l’opérateur Keolis, va enfin pouvoir reprendre vie. Avec 45 000 voyageurs par jour, elle constitue un maillon essentiel des transports collectifs nancéens. C’est l’un des projets structurants sur lesquels la métropole du Grand Nancy s’était engagée, ces dernières années, dans le cadre de son Plan Métropolitain des Mobilités (P2M), pour permettre une refonte globale des usages, face aux enjeux de transition écologique, de démographie et d’attractivité.
La ligne 1 relie Vandoeuvre-les-Nancy (Brabois) à Essey-les-Nancy (Mouzimpré), en traversant le centre-ville de l’ancienne capitale du duché de Lorraine, aujourd’hui préfecture du département de Meurthe-et-Moselle. Longue de 9 780 mètres, cette ligne est établie en site propre sur 78 % de son tracé, et compte désormais 1,3 kilomètre supplémentaire, correspondant à la montée de Brabois, par rapport à l’époque du TVR. Les 25 stations ont toutes été prévues pour être accessibles aux personnes à mobilité réduite.
Trolleybus de Nancy: un budget travaux qui a dérapé
L’arrivée du trolleybus de Nancy aura nécessité différents travaux d’aménagement, qui ont duré une vingtaine de mois. Initialement chiffré à 33 millions d’euros, le budget correspondant a toutefois dû être réévalué à 47 millions. En section courante, la plateforme a été élargie à 6,50 mètres, contre 6 antérieurement, afin de permettre un croisement facile des nouveaux véhicules qui, à la différence de leurs prédécesseurs, ne sont plus guidés.
Déjà du type bifilaire, les Lignes aériennes de contact utilisées à l’époque du TVR (tramway sur pneus débrayable à guidage par un rail central, aujourd’hui abandonné) ont été entièrement remplacées sur l’ensemble du tracé car jugées trop vieillissantes ou carrément usées. La priorité aux feux a été réalisée sur les carrefours et un effort très important a été consenti en matière de végétalisation, avec plus de 300 arbres plantés sur l’ensemble du tracé. Il a par ailleurs été décidé que le site propre serait ouvert à la circulation des vélos, ce qui peut un peu surprendre, car n’allant ni dans le sens de la régularité ni même dans celui de la sécurité.
L’accessibilité, particulièrement étudiée, permet un flux rapide lors des échanges en station. Lacabinedeconduite, séparée des espaces voyageurs, possède sa propre porte d’accès. © © Metropole du Grand Nancy © Mathieu Cugnot / Metropole Nancy L’équipement électrique est logé en toiture. © Metropole du Grand Nancy/Adeline Schumacker Septplacessont spécialement adaptées aux personnes à mobilité réduite. © Métropole du Grand Nancy Le trolleybus double-articulé Solaris de Prague (République tchèque), sous les « cônes » d’emperchage de l’entrée sur ligne bifilaire. © Solaris/Maciej Sznek Test d’illumination de la station de la Ligne 1 du trolley bus a l’arret Saint Georges © Mathieu Cugnot / Metropole. France, Nancy le 26 février 2025. Déplacement du trolleybus place de la division de fer à Nancy. © Mathieu Cugnot / Letableaudebord intègre, en partie droite, l’écran du système d’aide à l’exploitation. L’aménagement intérieur confère une réelle sensation d’espace, peu commune sur un bus articulé. © Métropole du Grand Nancy Lesystème d’information voyageurs fait appel à des écrans de grandes dimensions. © Metropole du Grand Nancy Audroit des essieux motorisés, les sièges sont montés sur podestes. © Metropole du Grand Nancy 1 L’arrivéeaudépôt du premier véhicule, en mode tracté par l’essieu directeur avant. © Metropole du Grand Nancy/Adeline Schumacker © Mathieu Cugnot / Metropole. France, Nancy le 26 février 2025. Déplacement du trolleybus place de la division de fer à Nancy. © Mathieu Cugnot / Metropole. France, Nancy le 26 février 2025. Déplacement du trolleybus place de la division de fer à Nancy. Les vertus de l’IMC
Le nouveau trolleybus de Nancy représente le nec plus ultra en la matière. Il fait appel au concept de l’IMC (In motion charging, c’est-à-dire la recharge pendant le roulage), qui lui permet de s’affranchir partiellement de ligne bifilaire et de circuler ainsi, en toute autonomie, sur la moitié de son parcours. Le trolleybus IMC est la forme d’électromobilité qui offre, de loin, le meilleur rendement énergétique par rapport à tout ce qui peut exister en matière d’autobus électriques. En d’autres termes, c’est lui qui consomme le moins d’électricité et qui requiert aussi le moins de capacité de batteries, dont on sait les problèmes que leur recyclage peut parfois poser.
On assiste d’ailleurs, en Europe, à un nouvel élan en faveur de ce mode de transport particulièrement performant et respectueux de l’environnement, surtout depuis que la traversée des centres historiques -ou de tout autre quartier, selon le choix de l’aménageur- peut désormais s’effectuer sans devoir implanter la moindre installation d’alimentation électrique. Et là où la ligne bifilaire aurait néanmoins été conservée, il reste toujours envisageable, comme à Zürich, de supprimer les aiguilles et traversées, dont l’impact visuel serait considéré comme trop inesthétique.

Les conducteurs, lors des formations, ont pu apprécier la cabine spacieuse, offrant une excellente visibilité. Photos © Metropole du Grand Nancy/Adeline Schumacker 
’absence de guidage nécessitait de vérifier également, au préalable, la parfaite compatibilité des trajectoires lors d’un croisement en courbe. Photos © Metropole du Grand Nancy/Adeline Schumacker 
Essais de croisement de deux véhicules, en alignement droit, sur le site propre dont la plateforme a été élargie à 6,50 m. © Photos © Metropole du Grand Nancy/Adeline Schumacker Parmi d’autres villes ayant su tirer le meilleur parti du nouveau concept de l’IMC, on trouve, par exemple, Lyon (avec justement aussi des trolleybus Hess), Esslingen (Allemagne), et Gdynia (Pologne). Quant au cas particulier de Prague, il est réellement emblématique, puisque la capitale de la République tchèque s’est lancée dans la construction ex-nihilo de tout un réseau, qui pourrait remplacer, à terme, une quinzaine de lignes encore exploitées par autobus diesel.
Récemment, la ligne 119 (renumérotée 59), qui relie l’aéroport à la station de métro Nadrazi Veleslavin, a été partiellement électrifiée et elle voit désormais circuler, tout comme à Nancy, des trolleybus bi-articulés de 24 mètres mais qui ont été livrés par un concurrent de Hess, le constructeur polonais Solaris.
« Nancy adopte la « Rolls » du trolleybus mais ne referme pas pour autant la porte au vrai tramway « fer » qui, le jour venu, pourrait réutiliser, après travaux, l’actuelle plateforme de la ligne 1«
Meilleur que le TVR sur toute la ligne !
A Nancy, c’est le 12 mars 2024 -un an, jour pour jour, après l’arrêt du TVR!- qu’est arrivé, au dépôt Keolis de Ludres, le premier trolleybus bi-articulé. Parti de l’usine Hess de Bellach, en Suisse, il a dû être acheminé en mode tracté, compte tenu de sa longueur, de sa masse, et des limites de son autonomie. Ce choix logistique relevait de la recherche du meilleur com- promis technico-économique.
Dès l’arrivée, les tests de prise en main et l’initia- tion des premiers conducteurs ont commencé. Et à partir de la fin mars 2024, la Métropole du Grand Nancy, en lien avec l’opérateur, organisait des temps de rencontres pour présenter le nouveau matériel roulant aux habitants.
Force a été de constater que ce dernier jouissait d’indéniables avantages, comparé à son prédécesseur. De fait, dans l’aménagement retenu, le nouveau véhicule offre une capacité totale de 154 voyageurs (contre 136 pour le TVR), avec 46 places assises (contre 35) et 7 places adaptées pour les PMR (contre une seule).
En configuration d’emport maximal, le trolleybus bi-articulé Hess peut même transporter jusqu’à 210 voyageurs. Doté d’une chaîne de traction 100% électrique, il demeure parti- culièrement économe en énergie, consommant 2,4 kWh/km, contre pas moins de 4 pour le TVR! C’est aussi un matériel parfaitement éprouvé, puisqu’un millier de véhicules de type similaire circule déjà en Europe. A Nancy, il va permettre, en particulier, d’augmenter la vitesse commerciale, sur la ligne 1, de 14 à 15,5 km/h.
Premières perches mises au fil
Les tout premiers tests en ligne avaient été réalisés avec succès sur le secteur CHU-Vélodrome, à la mi-octobre 2024. Dans le monde du trolleybus, la première perche mise au fil en vue d’une marche sous une infrastructure neuve est toujours un moment magique… De nouvelles circulations d’essai se sont ensuite déroulées, les 15 et 16 janvier derniers, sur les secteurs Jean Jaurès, Mon Désert, Division de Fer, et Mouzimpré. La formation des conducteurs aura essentiellement été répartie sur les mois de novembre et décembre derniers, puis à partir de février jusqu’à l’inauguration du 5 avril. Enfin, des « marches à blanc » sur l’ensemble de la ligne, pratiquées durant tout le mois de mars en conditions réelles, auront précédé la mise en service commerciale… Curieusement, Nancy a déjà connu, à une époque pas si lointaine, la réalisation ex-nihilo d’un réseau de trolleybus. C’était en 1982, avec la mise en service de 48 trolleybus simple-articulés bimodes PER 180H, construits par Renault VI. Ces véhicules, alors très innovants, se distinguaient par la juxtaposition, pour la première fois, de deux chaînes de traction complètes et parfaitement indépendantes, celle à motorisation thermique de l’autobus diesel articulé PR 180 et celle à motorisation électrique du trolleybus standard ER 100.

Le trolleybus double-articulé Solaris de Prague (République tchèque), sous les « cônes » d’emperchage de l’entrée sur ligne bifilaire. © Solaris/Maciej Sznek Il s’en suivit une inévitable complexité pour ce véhicule très singulier, qui engendra sa trop grande fragilité, avec des pannes de plus en plus fréquentes. Si bien que le réseau dut être arrêté en 1999… Un tramway « fer » avait bien alors été envisagé pour remplacer le trolleybus, mais c’est le TVR qui fut finalement choisi pour la ligne principale. Afin de pouvoir néanmoins réutiliser une partie des lignes bifilaires du reste du réseau, Nancy acheta ensuite sept trolleybus standard F22 au constructeur Ansaldo-Breda, vainqueur de l’appel d’offres correspondant. Sauf que le premier véhicule, livré en 2002, n’était pas conforme au cahier des charges, avec notamment des perches pas assez lon- gues pour pouvoir négocier correctement les lignes bifilaires nancéennes. Les six véhicules suivants, livrés dans la foulée, ne furent donc jamais réceptionnés. Il s’ensuivit toute une pro- cédure juridique qui dura six ans, à l’issue de laquelle les six véhicules non payés furent retournés au constructeur…
Cela dit, Nancy n’aurait pourtant pas définitive- ment refermé la porte au vrai tramway « fer » qui, le jour venu, pourrait réutiliser, après de nouveaux travaux à entreprendre, l’actuelle plateforme de la ligne 1. Il se murmure que le débat serait même réouvert à l’horizon 2035 ou un peu au-delà… Mais d’ici-là, une chose est sûre: c’est bien la « Rolls du trolleybus » qui transportera les Nancéens.

Le titre unique se conjugue au pluriel
Le titre unique avance. Il a été voulu par Emmanuel Macron pour se déplacer en France avec un seul billet quel que soit le mode de transport. Une expérimentation devrait se dérouler selon le calendrier prévu, mais le développement sur plusieurs régions se heurte à la multiplication d’initiatives locales de tickets dématérialisés.
Le projet de ticket unique avance. La plateforme de paiement est prête et son développement se poursuit, piloté par le spécialiste français Worldline. L’application destinée aux voyageurs, deuxième brique technologique du projet de ticket unique, est, elle aussi, bien avancée.
En juin, la phase de test de ce titre dématérialisé valable pour TER, métro, tramway, RER, bus, vélo, pourra être lancée. Le syndicat des mobilités de Touraine (SMT) été le premier, il y a un an, à signer une convention d’expérimentation. Elle devrait se dérouler selon le calendrier, évoqué au printemps dernier par Patrick Vergriete, alors ministre des Transports, mais pas avec les partenaires annoncés à l’époque.
Si la liaison Tours-Caen-Le Mans avait été choisie pour tester le billet unique, la région Pays de Loire s’est finalement retirée du projet. Il y a trois mois, la collectivité qui regroupe cinq départements, sept grandes agglomérations et environ 1200 communes, a même annoncé avoir confié à la société Kuba, spécialiste des systèmes de paiement dédiés aux mobilités innovantes, associée à La Banque Postale, la mise en place de sa propre solution de billettique unifiée pour son réseau de transport en commun.
Ce type d’initiatives régionales va à l’encontre de la vision nationale du projet de ticket unique voulu par le président Macron et porté par la DGITM, la direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités. Or, maintenant que sa plateforme est prête, l’intégration de nouvelles collectivités est déterminante pour le succès de l’initiative d’envergure nationale.
Trois régions et neuf AOT
Au total, mi-février, trois régions et 9 AOT avaient accepté de la tester. Des discussions sont aussi bien avancées avec quatre autres régions dont une dans les Dom-Tom. A la DGITM, on assure que l’essentiel des sujets sensibles a été réglé. C’est le cas du partage des recettes entre collectivités qui sera assuré par des chambres de reversement à l’échelle régionale tandis que la tarification restera bien à la main de chaque région. «L’expérimentation devrait durer quatre ans, mais on devrait y arriver plus tôt », prédit Mélanie Veissier de la DGITM, responsable du projet depuis son lancement il y a deux ans et demi jusqu’en février dernier.
La direction des infrastructures et des mobilités mise sur une accélération des candidatures, notamment dans le sillage des projets de services express régionaux métropolitains dont une quinzaine ont déjà reçu la labélisation, première étape pour boucler leur financement. « Occupez-vous de lancer de nouvelles infrastructures, nous avons développé la plateforme de billetterie qui va harmoniser le paiement des transports publics à l’échelle nationale», assure la DGITM aux collectivités, qui préfèrent continuer à distribuer des titres prépayés ou développer leur propre système.
Appli mobile nationale
Le titre unique de transport dématérialisé mis au point sera donc accessible via une application mobile nationale qui centralisera l’achat de billets pour bus, trains, tramways, vélos ou toutes autres solutions de transport public. Il s’adresse aux voyageurs occasionnels dont les trajets représentent des recettes conséquentes pour les AOM. Selon une étude de la Fabrique des Mobilités publiée en octobre 2023, les voyages occasionnels (achat de tickets unitaires ou par carnet, à distinguer des abonnements d’une durée minimum de 1 mois), représentent en moyenne 29 % des achats de titres et 51 % des recettes.
Le lancement du ticket unique correspond aussi au développement inexorable du numérique. Les ventes « dématérialisées » ne représentent encore que 15 % dans les transports publics, contre 80 à 90 % pour le ferroviaire ou l’aérien. Sur cette part, 54 % sont aujourd’hui constitués de ticket sur mobile, contre 25 % en paiement ouvert avec carte bancaire et 11 % en post paiement. Cette dernière option constitue la solution retenue pour le ticket unique: le voyageur est débité à la fin de son parcours, comme le propose, en Ile-de- France, le pass Navigo Liberté. Pour les autorités organisatrices de la mobilité, cette solution clé en main de billettique mutualisée et interopérable devrait se révéler pertinente avec l’ouverture du rail à la concurrence. Elle doit aussi permettre d’éviter les coûts de développement d’une offre dématérialisée au niveau régional.
La feuille de route du projet est construite depuis 2023 par l’Etat, des représentants de collectivités (GART, Régions de France, AGIR transport…), des associations usagers (FNAUT) et des opérateurs de transport (UTPF). Une équipe projet dédiée a travaillé sur les différentes briques du projet avec les territoires volontaires et des usagers. Un hackathon a été lancé pour explorer plusieurs pistes. Des voyages d’études ont été menés en Suisse et aux Pays-Bas où des billets uniques ont été lancés.
Mise en commun des données
Techniquement, le projet français prévoit une plateforme nationale d’interopérabilité permettant la connexion des systèmes billettiques et la redistribution des recettes. Cœur du réacteur, cette plateforme doit permettre à l’AOM de traiter, émettre et accepter des titres de trans- ports émises par d’autres sociétés. Sa mise en œuvre est complexe. Elle implique une mise en commun des données : topographie des lignes, avec liste des arrêts, des horaires, perturbations et accessibilité. Le système nécessite la signature de conventions permettant aux AOM de vendre des titres au-delà de leur réseau.
La validation du titre dématérialisé va aussi nécessiter des outils et des procédures de vérifi- cation de conformité, une intégration des appli existantes et la qualification d’équipements de contrôle. L’extension progressive du service à d’autres territoires, prévue à partir du début de l’année 2026 doit s’accompagner d’un programme de sensibilisation. Des actions de communication et des formations seront proposées pour familiariser les usagers avec l’application et ses usages. D’ici là, un petit nom devra avoir été choisi et donné au service.

Résultats 2024 : les grands groupes du transport public toujours en croissance
La SNCF, la RATP, Transdev et Keolis affichent tous de belles hausses de leurs activités. Mais les marges restent faibles pour le transport public alors que la concurrence touche de nouveaux domaines d’activités. Avec un moment particulièrement symbolique en juin : le lancement du premier TER de Transdev sur la ligne Marseille-Toulon-Nice.

Les ambitions internationales de la Compagnie des Signaux
Émancipée d’Hitachi Rail depuis son rachat par l’Italien Mermec en 2024, la Compagnie des Signaux part à la conquête du marché international.
C’est l’heure de la renaissance pour la Compagnie des Signaux, ancienne filiale d’Hitachi Rail. Spécialisée dans la signalisation, l’équipementier compte environ 600 collaborateurs répartis entre son siège des Ulis (Essonne) et son usine de Riom, dans le Puy-de-Dôme. Fondée en 1902 et devenue CSEE en 1921, c’est sous ce nom qu’elle bâtit sa notoriété, avant d’être rachetée dans les années 1990 par l’Italien Ansaldo.
Quand Hitachi Rail prend ensuite le contrôle d’Ansaldo, la CSEE devient une simple filiale cantonnée au marché français où la clientèle est déjà faite. Les autres marchés, européens et mondiaux, sont réservés aux autres filiales d’Hitachi. Cette répartition limite de fait les activités de la CSEE qui conserve son principal client, la SNCF. Entre les deux entreprises, c’est une longue histoire de collaboration.
Le seul exemple de la construction de la LGV Paris – Lyon suffirait à illustrer le partenariat entre le groupe ferroviaire publique et la CSEE. Dans les années 1970, cette dernière développe la « Transmission voie machine » (TVM dans le jargon ferroviaire), pour permettre aux conducteurs des trains à grande vitesse de lire la signalisation. C’est la première fois qu’il est possible de voir apparaitre sur le pupitre des trains, les indications qui figuraient autrefois au bord des voies.
A l’étroit sur le seul marché français
Comme l’explique Marc Zuber, directeur commercial de la Compagnie des Signaux, « sans la TVM, il n’y aurait pas aujourd’hui d’ERTMS [système européen de gestion du trafic ferroviaire, ndlr ] ». L’avancée technologique de la transmission voie machine est ensuite déployée sur toutes les lignes à grande vitesse, en France et sur les réseaux qui en adoptent les normes. Mais la CSEE se sentait à l’étroit au sein d’Hitachi. Tout change avec le rachat de l’activité Systèmes de transport terrestre de Thales en mai 2024. Pour prévenir le risque de distorsion de concurrence, Hitachi Rail a été contraint de céder la CSEE, finalement rachetée l’été dernier par l’Italien Mermec. Elle reprend alors son nom historique, la Compagnie des Signaux, et apporte l’expertise de la signalisation ferroviaire au groupe italien spécialisé dans les capteurs de mesure.
Au sein du groupe, la Compagnie des Signaux se retrouve seule dans son domaine de compétence. Ce qui lui ouvre de nouvelles perspectives de développement.
Chine, Espagne, Maroc, Etats-Unis, Émirats…
Quand Mermec nous a racheté, l’objectif était de nous redéployer à l’international », commente Marc Zuber. Autrement dit, partir à la conquête des marchés réservés autrefois aux filiales d’Hitachi Rail. « Après notre rachat, la priorité a été de nous positionner partout dans le monde, pour répondre à tous les appels d’offres, en particulier sur les LGV ». L’entreprise se positionne sur les marchés de LGV à l’international. « On arrive au bon moment. Il y a énormément de projets, en Chine, aux Émirats arabes unis, au Maroc, au Portugal et même aux Etats-Unis avec la ligne entre San Francisco et Los Angeles », reprend-il.
La concurrence est rude, avec comme principaux adversaires, Alstom, Siemens ou Hitachi Rail depuis le rachat des activités transport terrestre de Thales. « Sans oublier le chinois CCRC qui émerge », énumère le directeur commercial. Sur tous ces dossiers, l’équipementier travaille en collaboration avec Systra qui réalise les études en amont. Sur le marché français, la Compagnie des Signaux compte également d’autres clients que la SNCF.
« Nous sommes les seuls à faire la TVM qui est indispensable pour circuler sur les LGV françaises. On vend à tous les opérateurs qui y font circuler leurs trains, Trenitalia avec des systèmes bimodes TVM/ERTMS, la Renfe avec les mêmes équipements. On travaille également avec la Deutsche Bahn sur la LGV Est qui a dû équiper ses rames Velaro pour circuler jusqu’à la gare de l’Est. Idem pour les Eurostar comme pour les navettes qui circulent dans le tunnel sous la Manche ».
ERTMS 2
Autre client, Oc’Via Maintenance qui construit et exploite le contournement à grande vitesse Nîmes – Montpellier. Sur cet axe de 60 km, parcouru à 220 km/h par les TGV et à 120 km/h par des trains de fret, la signalisation est mixte, latérale et de niveau ERTMS 1 en cabine. Les plus gros contrats en France portent sur l’adaptation à l’ERTMS 2 des lignes à grande vitesse.
Au week-end du 11 novembre 2024, SNCF Réseau a fermé la ligne Paris – Lyon pendant quatre jours pour sa conversion à la nouvelle norme. « L’objectif à terme est de faire circuler 16 trains à l’heure contre 13 actuellement, soit une augmentation de 20 %. Pour cette ligne de 550 km, on a remplacé 58 postes d’enclenchement qui permettent d’allumer les signaux et de manoeuvrer les aiguilles. Tous les anciens systèmes ont été remplacés par des calculateurs d’aujourd’hui », explique Marc Zuber. Le projet a mobilisé une grande partie des équipes de la Compagnie des signaux. « Cent vingt personnes ont travaillé pendant cinq ans sur ce chantier, avec deux ans d’essais de nuit. Durant ces quatre jours, on a mis en place le nouveau système et réalisé des tests avant de valider la réouverture de la ligne », ajoute-t-il.

Marc Zuber, directeur commercial de la Compagnie des Signaux. © DR MARS
Hors des frontières hexagonales, la Compagnie a enchaîné les réalisations : « On a vendu en Suède, en Turquie ou encore en Inde au temps d’Hitachi ». Plus surprenants, les systèmes développés pour des trains de fret sans conducteurs en Australie : « On a fait trois lignes totalement autonomes sur des axes dédiés au fret dans des zones à très faible densité. Les convois circulent avec un système ERTMS complété par une technologie ATO, Automatic train opération, développée en France. Cela fait 20 ans qu’on sait le faire ».
La Compagnie des Signaux travaille ainsi avec la SNCF au projet MARS (Mobiles autonomes de reconnaissance en sécurité), destiné à faire rouler un court train autonome à 250 km/h. L’objectif est de réaliser les ouvertures de ligne le matin sur les LGV, en remplacement des rames qui circulent à vide. Financé par l’Etat, MARS pourrait être un développement français du système ATO australien. Un premier prototype est attendu d’ici trois à quatre ans.

Avec 1 000 bus électriques, la RATP passe un cap dans la décarbonation
Étape hautement symbolique dans le déroulement du programme Bus 2025 de la RATP, le millième bus électrique a été livré à Point-du-Jour, huitième dépôt converti à cette énergie. Depuis 2015, les émissions de dioxyde de carbone des bus à Paris ont déjà diminué de moitié.
Les ambitieux objectifs du programme Bus 2025, consistant à décarboner tous les autobus exploités en Île-de-France par la RATP, sont en passe d’être atteints. C’est donc sur fond de satisfaction, et devant un parterre d’invités auxquels s’était joint Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France et d’Île-de- France Mobilités, que la RATP a officiellement présenté son millième véhicule électrique, le 5 février dernier, au Centre Opérationnel Bus (COB) de Point-du-Jour, à Paris. Ce dernier venait, à son tour, d’être converti à cette énergie.
« Île-de-France Mobilités doit investir 5,7 milliards d’euros au titre de la transition énergétique pour l’ensemble des autobus et autocars de la Région »
Une dizaine d’années plus tôt, la Régie s’était vu confier par Île-de-France Mobilités le pilotage de l’ensemble des travaux relatifs au programme Bus 2025. Mission désormais accomplie : « Ce programme devrait être entièrement soldé et terminé au plus tard pour 2026, a précisé Jean Castex, PDG du groupe RATP. J’ai tenu personnellement à ce que l’ouverture à la concurrence ne soit pas un prétexte pour le décaler ; l’intégralité des centres-bus sera bien convertie dans les temps impartis, y compris ceux qui pourraient, demain, être exploités par d’autres opérateurs ». Pourtant, l’affaire n’aura pas été simple. « Nous avions des impératifs de sécurité, et il a fallu prendre toutes nos précautions, rappelle Jean Castex. Mais c’est le respect rigoureux de ces règles qui assure la crédibilité du service public. L’autre contrainte – et c’est là tout notre art – était d’arriver à faire cohabiter ces conversions avec la poursuite de l’exploitation. Pendant les travaux, la vente continue ! C’est grâce à la qualité du travail de nos agents que nous sommes parvenus, aujourd’hui, à un taux de réalisation de 70 %. Entre 2015 et maintenant, les émissions de CO2 de nos bus ont diminué de 55 %. Ainsi, la région parisienne est devenue la première agglomération en Europe, en termes de conversion de sa flotte de bus… ».

Le millième bus électrique de la RATP est cet Heuliez GX 337 Elec du constructeur Iveco, mis en circulation en novembre dernier, avec le numéro de coquille 2267. © Philippe Hérissé L’Île-de-France, championne d’Europe de la décarbonation des bus

Ce véhicule a reçu, à titre temporaire, une livrée particulière, dont le pelliculage s’étend aussi aux cadres publicitaires, pour y promouvoir l’essor de l’électromobilité sur le réseau de surface parisien. © Philippe Hérissé Les travaux de la RATP s’inscrivent dans un vaste plan de la Région Île-de-France visant à réaliser la transition énergétique sur l’ensemble des autobus et autocars du réseau francilien. A ce titre, Île-de-France Mobilités doit investir, au total, 5,7 milliards d’euros. Ce montant se subdivise en 1,5 milliard pour la conversion des dépôts existants ou bien la construction de nouveaux établissements ; 1,5 milliard également pour l’achat des 3800 premiers véhicules électriques ou au biométhane et 2,7 milliards qui serviront au renouvellement des 7000 véhicules restants. L’objectif est d’atteindre une flotte de bus 100 %. propre, dès cette année dans les zones les plus denses et d’ici à 2029 sur le reste de l’Île-de- France. Pour l’heure, ce sont déjà plus de 4000 véhicules propres -électriques ou GNV/ biométhane – qui circulent sur l’ensemble du territoire de la Région. « Nous sommes champions d’Europe dans la décarbonation des bus », assure Valérie Pécresse.
Une subvention européenne de 55 millions d’euros
Quant au programme Bus 2025 lui-même, engagé depuis maintenant une dizaine d’années, il a consisté à convertir progressivement l’ensemble des Centres Opérationnels Bus (COB) aujourd’hui exploités par la RATP pour le compte d’Île-de-France Mobilités. A raison de 50 % de ces dépôts à l’électrique et 50 % au biométhane. Ce programme correspond, à lui seul, à un investissement de 600 millions d’euros pour les travaux d’infrastructure nécessaires dans les centres-bus, auxquels s’ajoute 1,2 milliard pour l’acquisition des nouveaux véhicules. Dans ce cadre, la Commission européenne a octroyé 55 millions d’euros de subventions à la RATP.
La Régie exploite actuellement en Ile-de-France 1000 bus électriques et 1320 bus au GNV/biométhane. En y ajoutant les hybrides, cela représente déjà 70 % du parc à disposition. Notons que, sur le créneau particulier des articulés de 18 mètres, l’hybridation n’aura pas vocation à disparaître rapidement au profit de l’électrique, dans la mesure où la RATP considère que l’autonomie des véhicules proposés sur le marché demeure encore insuffisamment maîtrisée, face aux performances spécifiquement requises pour l’exploitation du réseau parisien.














