Les vraies raisons de la dérive des coûts d’Eole

Eole Saint Lazare

Le chantier Eole creuse sa route, il creuse aussi son coût. « Après le comité des financeurs du 21 septembre, nous avons appris que SNCF Réseau estimait à 1,7 milliard le surcoût d’Eole. En début d’année, il l’estimait à 642 millions d’euros », explique à VRT Jacques Baudrier, adjoint à la mairie de Paris, également administrateur d’Ile-de-France Mobilités (IDFM). « C’est inadmissible! Avec la crise Covid, nous avions déjà un trou de 4 milliards d’euros dans les caisses d’IDFM. Avec Eole, il se creuse d’1,7 milliard en plus. Et le chantier est loin d’être fini« , s’indigne l’élu. Selon lui, SNCF Réseau a besoin de 500 millions d’euros d’ici novembre pour continuer le chantier du RER E (au départ évalué à 3,7 milliards d’euros aux conditions 2012) qui doit permettre de relier Saint-Lazare à Nanterre dans les Hauts-de-Seine à la mi-2023, puis à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines avant la fin 2024. Sinon, affirme Jacques Baudrier, il pourrait s’arrêter.

Contacté, Eole explique cette dérive par des programmations additionnelles qui s’étalent sur une décennie et qui concernent une zone hyper dense. Une porte-parole rappelle notamment que le chantier a subi « deux énormes crues de la Seine et d’importantes manifestations qui ont perturbé l’organisation des travaux« . Auxquels s’ajoute bien sûr les conséquences de la crise sanitaire.

Les aléas sous-évalués au départ

Une source interne à la SNCF explique de son côté que, à l’origine du projet, on avait demandé au gestionnaire des infrastructures alors dénommé RFF de ne prendre en compte les risques pour aléas qu’à hauteur de 5 % dans l’évaluation financière du projet. Tout en sachant qu’un projet de ce genre avec notamment le creusement de tunnel dans une zone hyper-dense risque de faire exploser cette marge…  Mais cela permet de faire adopter un projet.  « Il aurait plutôt fallu prendre 35 à 40 % de marge pour aléas« , ajoute ce cadre dirigeant.

C’est précisément ce qui est en train d’être fait aujourd’hui. Il y a eu d’abord une première ré-évaluation à 642 millions d’euros. Un surcoût qui s’expliquerait majoritairement par la demande de la mairie de Paris de modifier le tracé du tramway autour de la porte Maillot, avec des conséquences importantes sur les études et les travaux d’Eole.

Le nouveau surcoût d’1 milliard d’euros s’expliquerait cette fois-ci par la volonté de mieux prendre en compte les risque en les incluant tous (cette fois peut-être trop?) pour répondre à une demande l’Etat, via le préfet de région. Mais on ne s’attendait sans doute pas à un devis aussi salé!

Côté Eole, on se borne à indiquer que cette nouvelle estimation s’est calée sur les préconisations d’un rapport de la Cour des Comptes datant de 2017 et demandant que les aléas imprévus soient comptabilisés à hauteur de 30 % lorsqu’on évalue les besoins de financement de grands projets comme Eole. Le surcoût d’Eole n’est donc pas encore complètement défini : il est en cours d’audit et la convention de financement en cours de discussion avec les financeurs, ajoute-t-on. Quel que soit le curseur retenu, il serait utile de l’expliquer.

Marie-Hélène Poingt