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« Aucun organisme n’était prêt à fournir de garanties pour le matériel roulant »
Ville, Rail & Transports revient sur l’échec de Midnight Trains en donnant la parole à Adrien Aumont, un des ses fondateurs. Selon lui, deux causes majeures expliquent l’abandon du projet de lancer des trains de nuit-hôtels sur des liaisons européennes : les acteurs financiers qui ne veulent pas prendre de risques sur un secteur du temps long comme le ferroviaire et le manque de soutien des pouvoirs publics et de la Commission européenne.
Ville, Rail & Transports. Y a-t-il une cause majeure à l’échec de Midnight Trains?
Adrien Aumont. De nombreux sujets ont été compliqués. Mais ce qui nous a fait échouer à deux reprises, c’est l’absence de financements nécessaires à l’acquisition des matériels roulants. Il nous fallait des garanties, élevées. Ces garanties sont aussi élevées pour les exploitants historiques mais eux ont des facilités pour les obtenir. Aucun organisme n’était prêt à fournir ces garanties pour notre projet. Et nous n’avons pas non plus trouvé le soutien des pouvoirs publics.
VRT. Et du côté de la Commission européenne?
A. A. Il n’existe pas de mécanisme européen pour la garantie. Il existe pourtant de nombreux mécanismes européens pour de nombreux projets. Mais pas pour celui-là. La Commission n’a rien fait alors que nous faisions partie d’un programme qu’elle soutenait.
VRT. Pour vous, le ferroviaire, c’est fini? Qu’allez-vous faire maintenant?
A. A. Je ne pense pas continuer dans le secteur ferroviaire. Nous nous sommes battus jusqu’au bout, jusqu’à la dernière seconde C’est un secteur du temps long. J’ai consacré quatre ans de ma vie à la réussite de Midnight Trains. Il y a eu beaucoup de sacrifices mais ça fait partie du jeu et je ne regrette rien. Je vais d’abord essayer de faire le deuil avant de capter de nouveaux signaux forts pour me relancer dans une nouvelle aventure entrepreneuriale.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

Un ex-dirigeant d’Alstom prend la présidence de Siemens Mobility France
Siemens Mobility France a annoncé le 10 juin la nomination à sa tête d’Alexandre Quéméneur. Il était jusqu’alors vice-président d’Alstom pour les activités de services en France. Il succède à Cristina Crespin, directrice générale de Siemens Mobility France, qui assurait également l’intérim de la présidence depuis le début de l’année.
Agé de 39 ans, Alexandre Quéméneur est diplômé de l’Ecole Supérieure des Techniques Aéronautiques et de Construction Automobile (ESTACA 2008), de la Cranfield University (UK – MSc Aerospace Vehicle Design) et de l’IAE de Paris où il a suivi un Executive MBA. Il a d’abord travaillé dans l’aéronautique avant de rejoindre en 2020 Alstom où il a commencé par être, pendant deux ans, directeur de projet Francilien.

Les priorités de Hiba Farès pour RATP Dev
Entrée dans le groupe RATP en 2018, comme membre du comité exécutif et directrice de l’expérience clients, du marketing et des services, Hiba Farès a pris en 2022 la présidence de RATP Dev. Elle s’est fixée comme priorités de stabiliser les contrats, développer l’activité, attirer et fidéliser les talents. Elle était l’invitée du Club VRT le 29 avril.Mission accomplie pour RATP Dev. Filiale à 100 % du groupe RATP, l’entreprise a été créée en 2002 pour développer, exploiter et maintenir des nouveaux réseaux de transport urbain et interurbain en dehors du réseau historique de sa maison mère. En France et à l’international. Vingt ans plus tard, le petit poucet des transports est présent dans 15 pays et poursuit méthodiquement sa route. Depuis l’arrivée d’Hiba Farès à sa présidence, en 2022, la filiale a remporté notamment les contrats d’exploitation et de maintenance de Durham et Raleigh aux Etats-Unis, du réseau Mistral à Toulon, de Sydney Western Airport et de la ligne 15 sud du futur métro Grand Paris Express. Et en mars dernier, Sytral Mobilités lui a attribué la gestion des métros, funiculaires, tramways et liaison aéroport de Lyon et des territoires lyonnais. « Avec ce contrat nous sommes sur le plus grand réseau de transports en commun hors Île-de-France. Mais nous avions traversé le périphérique depuis 2003 en devenant l’opérateur de l’ensemble des transports publics de l’agglomération d’Annemasse », rappelle-t-elle.
Une réussite, trois explications
Cette réussite, la présidente de RATP Dev l’explique d’abord par la capacité de s’appuyer sur l’expertise de sa maison mère en matière de transport, de maintenance, que la filiale exporte en régional et à l’export. « Nous savons gérer des infrastructures, acheter du matériel, discuter avec les fournisseurs, concevoir des stations et des gares, opérer des flux, réaliser la maintenance… Nous avons un laboratoire d’expérimentation pointu que nous devons à nos ingénieurs et bénéficions d’une expertise rare qui nous permet d’avoir un vrai rôle de conseils », détaille Hiba Farès. C’est ce qui lui a permis de remporter en décembre dernier le contrat de la ligne Sydney Metro-Western Sydney Airport, au sein du consortium Parklife Metro. « Nous sommes exploitant, mais nous sommes allés en Australie bien en amont pour participer à la conception du projet, au service du client avec qui nous partageons un même intérêt. A la différence d’une société de génie civile, RATP Dev s’inscrit dans la durée du contrat, de 15 à 20 ans, avec pour objectif d’être renouvelé au-delà », précise sa dirigeante. L’entreprise a intérêt à ce que les choses soient construites pour durer. Et pour s’en assurer, n’hésite pas à mettre en garde sur ce qui risque de ne pas fonctionner, pointer ce qui va mal vieillir, ou risque d’être mal conçu, en se basant sur son expérience d’exploitant mainteneur, mais aussi sur celle du groupe. « C’est un vrai point de différenciation que nous mettons en avant et que j’entends préserver », assure Hiba Farès. Ne pas débarquer avec des solutions toutes faites, c’est ce qui expliquerait aussi le succès de RATP Dev, assure sa dirigeante. « Pour chaque contrat, nous avons la volonté de construire une offre locale ». Ce qui nécessite un travail de terrain pour comprendre les particularités et les paramètres locaux, et proposer une offre sur-mesure mais bénéficiant du savoir-faire international de la filiale. « Nous capitalisons sur ce que nous avons fait ailleurs, en le personnalisant », résume Hiba Farès qui refuse d’industrialiser entièrement les process. Troisième recette du succès, elle tiendrait au « pragmatisme », à « l’humilité » et au « sens opérationnel » des collaborateurs qui « vont toujours chercher de la performance additionnelle pour continuer à s’améliorer (…) Malgré notre croissance, il faut veiller à ne pas perdre notre capacité à rechercher des solutions adaptées à chaque marché, car c’est dans notre ADN ».
Une progression « jalousée »
Les aventures de la filiale de la RATP ne laissent pas de marbre ses concurrents. Certains lui reprochent d’avoir remporté l’appel d’offres du réseau de Lyon grâce à une politique tarifaire agressive. Une accusation qu’Hiba Farès balaie d’un revers de main : « Il n’y a aucune polémique à avoir après cette victoire. » Elle invite ses concurrents à demander les principales caractéristiques de l’appel d’offres, elle ne manque pas de le faire après chaque appel d’offres non remporté. « Cela permet de rétablir la réalité », assure-t-elle.
RATP Dev perd-t-elle de l’argent ? La filiale ne publie pas ses chiffres, ses résultats annuels sont noyés dans ceux de l’ensemble des filiales du groupe RATP qui, toutes confondues, seraient à l’origine de 127 millions d’euros de pertes. Et une grande partie serait due à l’activité des bus londoniens opérés par RATP Dev Transit London. Hiba Farès lie ces difficultés à l’inflation et à la pénurie de personnel à Londres. Mais ce problème serait en voie de résorption, RATP Dev renégociant ligne par ligne et améliorant le service pour en venir à bout, affirme la dirigeante. Comme l’a déjà annoncé Jean Castex, pdg du groupe, RATP Dev cherche une voie de sortie pour se retirer du contrat londonien. « Nous avons 13,7 % du marché des bus londoniens, les acteurs qui s’en sortent en possèdent 25 %. C’est pourquoi nous sommes en quête d’investisseurs pour reprendre ces lignes, en partie ou en totalité. »
Des pistes pour trouver des financements
Si les transports publics sont l’une des solutions au changement climatique, ils ne sont pas suffisamment valorisés. « Dans le modèle de délégation, le transport est encore vu comme un métier de tractionnaire, alors que pour répondre à l’exigence des cahiers de charges il faut apporter de l’innovation, du digital, de l’information en temps réel aux voyageurs, de la multimodalité », souligne Hiba Farès qui souhaiterait que son entreprise et ses concurrents mènent une bataille commune pour mettre davantage en avant la valeur ajoutée des transports publics dans les territoires. Elle plaide aussi pour repenser leur modèle de financement, pérenniser, et lutter ainsi à armes égales avec l’hégémonie de la voiture. En ayant les moyens de créer le fameux « choc d’offres » qui permettrait d’amorcer un cercle vertueux avec plus de volume de transport, plus de passagers et davantage de recettes pour réaliser des investissements.
Comment ? En commençant par aller chercher de nouvelles sources de financement auprès des usagers. En France, ils paient en moyenne un quart du coût du transport public, bien moins que dans d’autres pays. Opérer ce changement ne pourra se faire que localement, parce que chaque territoire est différent en termes de démographie et d’acceptabilité, et que ces hausses tarifaires devraient s’accompagner de la mise en place de tarifs sociaux, afin que les transports publics restent accessibles à tous, précise Hiba Farès. La présidente de RATP Dev est aussi favorable à une hausse ciblée du versement mobilité, en contrepartie d’un accent mis en priorité sur les trajets domicile-travail. Et enfin, elle préconise la mise en place d’un plan de lutte contre la fraude. « à effet immédiat ».
Pour les investisseurs publics et privés qui souhaiteraient investir dans la transition énergétique et la décarbonation, mais y renoncent parce qu’ils sont confrontés au modèle de contrat de délégation de service public, « qui ne leur convient pas toujours », selon Hiba Farès, elle suggère de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Citant l’exemple de l’Australie ou du Canada où le financement des transports publics est souvent assuré par des partenariats public-privé. Autre proposition, relier le modèle économique du transport à celui de l’immobilier, comme cela se fait au Japon et à Hong Kong. Dans ces pays, quand une nouvelle infrastructure de transport génère des projets immobiliers, les plus-values sont réaffectées aux opérateurs de transport. Une piste également défendue par Valérie Pécresse, patronne de l’Ile-de-France et de son autorité des transports et par la Société des Grands projets (anciennement société du Grand Paris). Autour des nouvelles gares du futur métro Grand Paris Express, seuls les promoteurs réalisent des plus-values, alors que les nouvelles dessertes en transport public valorisent les projets immobiliers. « Un partage de la valeur ajoutée, comme cela se fait aussi en Australie ne serait pas choquant. C’est aux politiques d’en prendre la décision, mais à nous de pousser ces solutions », encourage Hiba Farès qui préconise aussi de flécher certaines recettes, comme l’ajustement carbone aux frontières, les taxes sur le carburant ou une partie des taxes sur les autoroutes, vers les transports publics. « Ce sont des pistes qu’il faut continuer à promouvoir sans se décourager, car il est nécessaire de trouver des ressources pour financer un choc d’offres et pouvoir mettre en place un super réseau, du premier au dernier kilomètre, bien desservi, avec des horaires étendus et une fréquence régulière. Mais cela ne serait pas suffisant, estime-t-elle. Pour dissuader l’usage de la voiture, il faudrait aussi mettre en place une petite dose de contraintes, car si les voitures roulent bien et si le parking en centre-ville reste gratuit, on ne modifiera pas les habitudes ». Pour faire changer les comportements, il faut que le triptyque confort-prix-temps de trajet soit en faveur des transport publics.

RATP Dev a repris en 2021 l’exploitation et la maintenance de la ligne 3 du métro du Caire. Nouveaux usages
La fréquentation des transports publics, qui avait chuté pendant la crise du Covid, a évolué depuis de manière différente d’un pays à l’autre. Elle est revenue au niveau d’avant la pandémie aux Etats-Unis et en France, sauf dans les grandes villes. Dans les pays en développement, les attentes pour le transport public sont importantes et lorsque RATP Dev propose de nouvelles lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) comme à Casablanca, ou de métro au Caire, la demande suit.
Dans les grandes villes, où plus de 20 % d’emplois sont « télétravaillables », la fréquentation des transports publics est remontée de 80 a 90 % par rapport à avant 2019, avec des différences selon les jours de la semaine. Le mardi tout le monde se déplace, le vendredi beaucoup moins et le week-end, la demande de transports publics explose. Le tout variant d’un territoire à l’autre. Ces changements de comportement en matière de transport semblent durables, et RATP Dev est encore en phase d’apprentissage pour s’y adapter, confie Hiba Farès.
Sélectivité pour les appels d’offres
RATP Dev réalise 30 % de son activité en France, 30 % dans le reste de l’Europe, le solde ailleurs dans le monde, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, Hiba Farès vise un développement en Europe, aux États-Unis et en zone Asie-Pacifique. Après avoir remporté le métro de Sydney, l’entreprise répond à deux appels d’offres dans cette ville ainsi qu’à Melbourne, mais aussi pour le métro de Singapour, avec un partenaire singapourien.
Au Moyen-Orient, RATP Dev entend profiter des nombreuses opportunités, et a été retenue pour l’exploitation et la maintenance des lignes 1 et 2 du futur réseau de métro de Riyad, après avoir remporté celui des bus en 2019. Enfin, avec un partenaire local et Keolis, la filiale de la RATP est montée à bord du métro de Doha au Qatar. Et en Egypte, elle a signé un accord pour l’exploitation et la maintenance de la ligne 3 du métro du Caire et de ses extensions, et obtenu le contrat d’exploitation et de maintenance du train interurbain (LRT).
RATP Dev qui s’est initialement développée à coup d’opérations de croissance externe a aujourd’hui atteint une taille critique lui permettant de gagner des marchés seule, ou avec des partenaires. « Nous travaillons avec tout le monde, et notamment avec des Français. Nous évoluons dans un monde où l’on peut être en compétition un jour, et partenaire le lendemain. C’est comme ça qu’on peut gagner, apprendre et progresser. » Pour choisir ses appels d’offres, Hiba Farès prend en compte la connaissance du client et de ses projets. Mais il faut aussi que l’entreprise ait la capacité d’apporter une réponse locale. « C’est en étant très proche de l’écosystème qu’on a gagné l’Australie et Lyon, pas en proposant une solution depuis Paris. Si nous ne sommes pas à même d’apporter une réponse locale, on laisse la place aux autres », assure la dirigeante, qui privilégie aussi son cœur de métier. « Dès qu’un projet d’appel d’offres concerne la création ou la reprise d’un réseau de rail urbain, de métros ou de tramway, nous nous positionnons ». Elle ne s’interdit pas non plus d’aller vers des projets de bus, comme à Toulouse, Bayonne, Brive-la-Gaillarde, ou Saintes. Aux Etats-Unis, la filiale de la RATP est déjà présente dans quinze États, pour une trentaine réseaux de bus, et continue à étendre ses conquêtes.
Les opportunités liées à l’ouverture à la concurrence des trains régionaux en France intéressent l’entreprise qui a déjà répondu à un appel d’offres sur le TER en Pays de la Loire, sans succès. « Nous regarderons les nouveaux appels d’offres pour nous positionner seul, et sur un seul », annonce Hiba Farès, confirmant ainsi que la société Régionéo, formée en 2020 par RATP Dev et Getlink pour répondre à des appels d’offres sur les TER, a vécu. Quant aux projets des Services express régionaux métropolitains, les Serm, la présidente de RATP Dev dit ne s’intéresser qu’à ceux dans les villes où la filiale est déjà implantée.
Le facteur humain
Passée par l’hôtellerie et l’aviation, Hiba Farès retrouve dans celui des transports publics, le « même côté humain ». « Nous faisons des métiers exigeants, qui demandent expertise, engagement et disponibilité, mais ce sont des métiers porteurs de sens. » Pour attirer et fidéliser les talents, RATP Dev a travaillé sur sa marque employeur et mis en place un outil digital de recrutement. Déployé sur la centaine de villes où la filiale est présente, l’outil permettrait d’avoir une vision des annonces ouvertes, et de progresser sur le recrutement. « Il reste des tensions sur les métiers de la conduite et de la maintenance, mais plus avec la même ampleur », confirme Hiba Farès.
Depuis son arrivée en septembre 2022, Cécile Tuil, directrice exécutive clients & engagement, a mis en place une politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) qui s’illustre par des résultats tangibles en matière de parité : en Afrique du Sud, la filiale de RATP Dev a recruté autant d’hommes que de femmes, en Arabie Saoudite, elle a embauché 40 % de femmes sur le métro. En Égypte l’entreprise a recruté les premières conductrices de train et de métro du pays et annonce 10% de femmes parmi ses effectifs. En France, Hiba Farès promet qu’il y aura des nominations de nouvelles directrices sur les réseaux urbains gagnés.
Une étude sur les mobilités dans le monde à l’horizon 2030 lancée par les équipes marketing de RATP Dev montre qu’en matière d’environnement, 80 % des plans de résilience nationaux comportaient un volet transport. Ce dont Hiba Farès se félicite, se remémorant des COP où « on ne parlait pas des transports. Et quand on en parlait, cela se limitait aux voitures électriques, alors qu’on sait que même un bus diesel pollue moins qu’un véhicule électrique en covoiturage », commente-t-elle.
L’étude a aussi révélé une insécurité, réelle ou perçue, dans les transports. A Stockholm, ville la plus sûre du monde, seulement 65 % de femmes disent se sentir en sécurité dans les transports, contre 90 % des hommes.
A Paris, c’est 50 % des femmes et 80 % d’hommes et à Melbourne, 30 % des femmes et 50 % des hommes. « Ce sujet a des conséquences sur l’image, la fréquentation, les reports, mais aussi sur nos équipes. Car si c’est la réalité, les situations d’agressivité rendent nos métiers difficiles et moins attractifs », en déduit Hiba Farès, bien décidée à s’emparer de ce sujet. Enfin, il ressort aussi de cette étude que 58 % des Français auraient réduit leurs déplacements à cause de l’inflation. « Cela signifie que le transport est vu comme une dépense accessoire. Ce qui nous ramène au sujet du prix et de l’inclusivité et ne rend que plus cruciaux les projets comme Sydney, Toronto ou le Grand Paris Express qui ont pour objectif de reconnecter des zones éloignées des bassins d’emploi de façon rapide, efficace, à un prix raisonnable. »
Porte d’entrée pour les JO
La RATP sera sur le pont pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris et les salariés de RATP Dev prévoient de prêter main forte pour l’accueil sur le terrain, si besoin. La filiale du groupe aura aussi un rôle à jouer dans la bonne tenue des Jeux, car ce sont les équipes de RATP Dev qui assureront la gestion de la gare Aéroport d’Orly pour le compte d’Île-de-France Mobilités. Cette première gare du Grand Paris Express qui doit ouvrir fin juin, à l’occasion de l’extension de la ligne 14 du métro, sera une porte d’entrée pour des millions de touristes depuis et vers l’aéroport parisien.
« Nous aurons à cœur de montrer notre savoir-faire en matière d’accueil et de gestion des flux pendant cet événement planétaire», promet Hiba Farès.
Valérie Chrzavzez

Les conseils de la Fnaut pour attirer plus de voyageurs dans les trains
Tout le monde a son avis sur la SNCF mais finalement peu la pratiquent régulièrement : seul un Français sur deux l’utilise. Et sur ces usagers, seuls 11 % prennent un train au moins une fois par semaine. La voiture reste le premier mode de déplacements quelle que soit la distance parcourue : 9 Français sur 10 l’utilisent, les trois quarts d’entre eux au moins une fois par semaine. Ce sont quelques enseignements de l’enquête réalisée par l’Ifop auprès de plus de 1000 personnes, sur les douze derniers mois, pour le compte de la fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut).
La Fnaut a voulu mieux comprendre pourquoi on choisit tel ou tel mode pour se déplacer. Il apparaît ainsi que 75 % de ceux qui ne prennent jamais le train privilégient un autre mode alors qu’il serait possible d’utiliser le train. En cause : l’image d’un mode pas assez flexible et surtout trop cher. Or, selon la Fnaut, le prix moyen du TGV (hors Ouigo) est resté stable entre 2018 et 2022 tandis que les tarifs du TGV à bas coûts Ouigo augmentaient plus fortement.
Les grèves sont aussi pointées du doigt pour les perturbations qui handicapent le bon fonctionnement du transport ferroviaire. Mais à l’inverse, le train est jugé favorablement pour son confort, sa rapidité et sa facilité d’utilisation.
C’est pourquoi la Fnaut estime « qu’il n »y a pas forcément un gros effort à réaliser pour faire basculer les non-utilisateurs au train ». Il faut, poursuit-elle « faire changer le regard des Français sur le train« . Selon François Delétraz, le nouveau président de la Fnaut, « le potentiel de développement pour le train se situe avant tout sur les déplacements de 100 à 300 km. Or, le train est perçu comme une alternative à la voiture surtout pour les distances entre 300 et 500 km car il est rapide et offre possibilité de faire autre chose pendant le trajet. Puis il est devancé par l’avion au-delà de 500km« .
D’où quelques recommandations de la Fnaut : puisque les principales attentes des voyageurs se concentrent sur le prix et la qualité de l’offre, »les non-utilisateurs du train pourraient être incités par des prix bas/prévisibles, moins de perturbations (notamment les grèves) et d’insécurité ».
L’accès aux gares doit aussi être amélioré. 77% des Français pensent qu’il est difficile d’y faire stationner sa voiture (pas de parking ou trop chers). De même, 66% des Français estiment qu’il est difficile de garer son vélo à la gare de manière sécurisée et, toujours selon l’étude, 62% des Français ne trouvent pas agréable de se rendre à la gare à pied.
MHP
300 salariés, 12 rames… les choix de Rachel Picard pour lancer une nouvelle desserte vers Bordeaux
Rachel Picard, directrice générale de Voyages SNCF de 2014 à 2020, a expliqué à VRT comment et pourquoi elle lance, avec Tim Jackson, la société Proxima pour desservir l’axe Atlantique avec des trains à grande vitesse.
Ville, Rail & Transports. Depuis quand travaillez-vous sur ce projet?
Rachel Picard. Cela fait 24 mois que j’y travaille, dont 12 mois à fond. Finalement, je ne suis jamais restée éloignée du monde du transport, du tourisme, du ferroviaire. C’est aussi une histoire de rencontres. Et c’est un constat : la demande de transport ferroviaire explose.
Il y a un plébiscite du TGV que l’on n’avait jamais connu en France. Prendre le train pour des questions écologiques devient un critère de choix. Le train répond aussi aux nouveaux modes de vie, à la délocalisation de Paris, aux familles éclatées… Le TGV permet d’envisager différemment la géographie en France.
Tous ces éléments montrent clairement qu’il y a un manque d’offre et qu’il y a de la place pour un service complémentaire et différent.
VRT. Avec quelle équipe travaillez-vous?
R. P. Nous sommes essentiellement deux : Tim Jackson et moi. Nous sommes très complémentaires. Lui gère davantage la partie achat, la connaissance du matériel… tandis que je suis plus centrée sur les clients, l’opérationnel, la gestion du personnel.
Nous travaillons aussi avec des équipes externes pour les appels d’offres, les questions financières, le matériel, le design, la marque, la communication… Ce qui représente de nombreuses personnes, de toutes nationalités. Nous n’avons pas encore commencé à recruter. Nous le ferons dans les prochaines semaines.
VRT. Combien de personnes recruterez-vous?
R. P. 300 personnes. Ce sera une petite société! Ce sont des emplois directs. Il y aura également tous les emplois indirects liés notamment au centre de maintenance. Nous allons aussi travailler avec des partenaires dans les régions, dans les gares…
VRT. Pourquoi avoir choisi de communiquer maintenant sur Proxima?
R. P. Nous communiquons maintenant car nous venons de signer un protocole d’accord avec Alstom pour acheter 12 rames. Elles nous permettront de relier Bordeaux, Rennes, Nantes et Angers.
VRT. On entend souvent dire qu’Alstom est cher… et les retards de livraison sont importants.
R. P. Nous avons choisi Alstom après appel d’offres. C’est donc un choix rationnel. Nous avons pris en compte le coût d’achat mais aussi le coût d’exploitation. Nous avons choisi des trains à deux niveaux très capacitaires. Ces rames sont très performantes à l’exploitation et économes en énergie. Leur coût d’exploitation au siège est très compétitif.
Nous avons obtenu toutes les garanties sur les livraisons. Les rames arriveront progressivement à partir de 2027. Elles devront passer des tests dynamiques et seront mises en service en fonction de la finalisation des essais.
Nous avons également signé un accord avec Alstom sur la maintenance.
VRT. Dans le benchmark que vous avez réalisé en regardant d’autres opérateurs sur d’autres marchés, qu’avez-vous appris?
R. P. En Italie, la compagnie Italo s’est dotée de son propre centre de maintenance. C’est un point de robustesse qui a participé à sa réussite. Nous avons choisi de nous simplifier la vie avec un dépôt de maintenance à Marcheprime, près de Bordeaux. Nous avons choisi des rames de dernière technologie, déjà certifiées, et retenu le constructeur (donc Alstom) pour gérer leur maintenance. De plus, nos rames sont tricourant et pourront circuler dans d’autres pays européens.
Ce qui nous différenciera, ce sera l’intérieur du train, ainsi que le service avant, pendant et après le voyage. Nous allons regarder les horaires de façon très précise et proposer une offre tournée vers les régions.
VRT. Souhaitez-vous signer des accords-cadres avec SNCF comme l’a fait par exemple Kevin Speed?
R. P. Non. C’est ce qui se fait dans certains pays comme en Espagne par exemple. Mais en France où il s’agit d’un service librement organisé, les sillons sont vendus un par un et il n’y a pas de pénurie de sillons. Il n’est donc pas nécessaire de rigidifier le système.
VRT. Combien de temps vous donnez-vous pour que le projet soit rentable?
R. P. Ce qui est important, c’est de se projeter dans la durée. Nous achetons des rames pour 40 ans… L’objectif est bien sûr de créer une activité rentable mais il faut l’inscrire dans le temps. Il faudra pas mal d’années pour y arriver, c’est pourquoi il est si difficile de trouver des financements. Notre choix s’est porté sur un partenaire (Antin Infrastructure Partners, seul actionnaire qui apportera un milliard d’euros) en ayant un projet sur dix ans. Pour se donner le temps de bien faire les choses, de s’insérer dans le tissu local, pour proposer un service de qualité..
VRT. Regarderez-vous d’autres marchés que la façade Atlantique?
R. P. Il y a déjà fort à faire sur cet axe, où le dynamisme des villes et des régions est fort, tant du point de vue économique que démographique. Nous allons donc rester concentrés sur ce sujet.
Nous voulons apporter un service nouveau et aller chercher de nouveaux clients pour le ferroviaire. Ce dont nous avons besoin, c’est de la souplesse, de la flexibilité. Et des aides au démarrage (des péages réduits accordés par le gestionnaire d’infrastructure pour le démarrage d’un nouveau service, ndlr) pour offrir un service robuste et de qualité.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

Hausse modérée du nombre de cyclistes en France
Plus d’un tiers des Français (37 %) font du vélo au moins une fois par mois et un quart (25 %) au moins une fois par semaine. C’est ce que révèle l’enquête annuelle sur l’usage du vélo en France dont les résultats de 2023 ont été dévoilés le 21 mai. Elle a été réalisée par l’institut CSA auprès de 12 576 personnes âgées de 11 à 85 ans, au cours des mois de juin et d’octobre 2023 pour le compte du ministère délégué chargé des Transports en association avec la délégation interministérielle à la Sécurité routière.Par comparaison, 59 % des Allemands pratiquent le vélo au moins une fois par mois.En France, parmi les utilisateurs réguliers (au moins une fois par semaine), on compte plus d’hommes (31 %) que de femmes (19 %). La part des cyclistes réguliers est décroissante avec l’âge (34 % pour les 11-34 ans et 14 % pour les 65-85 ans) et globalement croissante avec le revenu du foyer. La pratique reste plus forte en ville centre (supérieure à 30 %) qu’en banlieue ou milieu rural (inférieur à 26 %).Autre enseignement, les déplacements à vélo pour les loisirs représentent plus d’un tiers des trajets et plus de la moitié des distances parcourues. En moyenne, les Français possèdent “0,5 vélo“ par personne, contre 1,3 aux Pays Bas. Dans le détail, 47 % des foyers possèdent au moins un vélo et 8 % un vélo à assistance électrique.L’enquête montre aussi que plus du tiers des cyclistes (37 %) ne portent jamais de casque.Pratique stable dans les zones rurales et périurbaines
Une autre enquête de l’association Vélo & Territoires, qui réunit 220 adhérents institutionnels, a été rendu publique le même jour. S’appuyant sur 1 731 compteurs répartis dans toute la France en ville, en zone périurbaine et rurale, elle montre que la pratique du vélo a augmenté en 2023 de 5 % par rapport à 2022. L’association pointe une hausse « modérée par rapport à l’élan acquis au cours des cinq dernières années ». L’association avait ainsi enregistré une croissance de 37 % de passages de vélos entre 2019 et 2023. D’où, selon Vélo & Territoires, « un palier d’après-Covid » qui « semble atteint ».Dans le détail, l’enquête montre une hausse des pratiques utilitaires (+ 7 %) et mixtes (+ 3 %) en milieu urbain, ainsi qu’une hausse de la fréquentation dans les grandes villes (+ 6 %). En revanche, la fréquentation dans les zones rurales et périurbaines reste stable, comme la pratique de loisirs.Yann Goubin
Proxima, la nouvelle compagnie ferroviaire à grande vitesse qui doit desservir l’axe Atlantique
Alors que deux projets ferroviaires viennent d’être abandonnés faute de financement (la coopérative Railcoop et les trains-hôtels de Midnigth Trains), une nouvelle compagnie ferroviaire sort du bois : la société Proxima veut lancer des trains à grande vitesse pour relier Bordeaux, Rennes, Nantes et Angers à partir de Paris. Ce qui fera d’elle « la première compagnie française indépendante de train à grande vitesse« , annonce la société dans un communiqué du 6 juin.
Le projet est porté par Rachel Picard, ancienne directrice générale de Voyages SNCF, et Tim Jackson, entre autres ancien directeur exécutif d’Alpha Trains et ex-PDG de la BU RATP Dev en Grande-Bretagne et en Irlande. Il sera intégralement financé par la société d’investissement Antin Infrastructure Partners qui va apporter dans un premier temps un milliard d’euros pour l’achat et la maintenance du matériel roulant, les coûts de lancement et les besoins en fonds de roulement.
Les trains sont déjà choisis : la compagnie annonce qu’un protocole d’accord pour la livraison de 12 trains à grande vitesse à deux niveaux Avelia Horizon (avec option d’extension) a été signé avec Alstom. Les essais sont attendus début 2027.
Proxima affirme aussi avoir noué un accord avec Lisea, le concessionnaire de la LGV Tours-Bordeaux, pour l’utilisation de son nouvel atelier de maintenance situé à Marcheprime, à 20 km au sud de Bordeaux. Alstom sera chargé de la maintenance.
La compagnie annonce qu’elle proposera plus de 10 millions de nouvelles places par an. « Depuis 10 ans, la croissance de la mobilité entre les grandes villes françaises est de plus en plus importante, en phase avec les nouveaux modes de vie« , souligne-t-elle, en rappelant que le train est plébiscité par les Français. En particulier sur l’axe Atlantique où elle compte démarrer son activité.
Proxima veut « réinventer l’expérience de la grande vitesse à partir des différentes typologies de clients« , en prenant en compte les nouveaux comportements et en misant sur la « fin de la frontière affaires / loisirs, les besoins de connectivité et de contenu à bord, la recherche d’intimité ou de lieux de partage« .

Grand Paris Express : le dernier tunnelier de la ligne 18 entre en scène
Le tunnelier qui va creuser la dernière partie de la ligne 18 a été baptisé le 29 mai Awa, sur le site de la future gare de Guyancourt. Sur la ligne 18, il permettra de créer une infrastructure souterraine de 6,7 km vers le nord-est, en direction de l’ouvrage Stade, à proximité de la gare Versailles-Chantiers, avec une gare intermédiaire à Satory, et huit ouvrages de service.« Nous démarrons à une profondeur de 15 mètres, pour plonger jusqu’à 50 mètres et passer du plateau guyancourtois au plateau saint quentinois », explique Maxime Hua, chef de projet secteur à la Société des grands projets (Sgp). Face la mixité des sols, le groupement mené par Spie Ferrovial, qui a remporté le contrat pour ce lot, a opté pour un tunnelier dit à densité variable.« La progression sera de 12 mètres par jour », ajoute Vianney Elzière, directeur de projet de la ligne 18 à la Société des grands projets.Le démarrage est prévu pour la mi-juin, l’arrivée pour la fin 2026.Sur le reste de la ligne, le travail devrait progresser comme prévu. La mise en service de la partie centrale de la ligne entre Christ-de-Saclay et Massy-Palaiseau doit ouvrir le 1er octobre 2026. Et un an plus tard, ce sera au tour de la partie Est, entre Massy-Palaiseau et Aéroport d’Orly. La dernière partie devrait être mise en service fin 2030. La ligne fera alors 35,2 km de long, desservira dix gares, dont trois de correspondance, avec le RER B et le TGV (Massy), la ligne 14 (Orly), le RER C (Versailles et Massy), les lignes N et U (Massy). Elle devrait être empruntée par 110 000 voyageurs par jour.Y.G
Les noms de tunneliersChez les compagnons qui creusent les futures lignes de métro, le baptême des tunneliers est une tradition très ancrée. Pour le tunnelier qui va creuser le dernier tronçon de la ligne 18, le choix du nom est revenu aux élèves de 4e du collège Paul Eluard de Guyancourt. Le 24 et 25 avril dernier, les cinq classes de ce niveau ont désigné Awa, parmi les cinq prénoms de personnalités locales qui leur avaient été soumis. Awa Camara est la présidente de l’association guyancourtoise Second souffle qui accompagne les parents d’enfants en situation de handicap.Un tunnelier de réemploiAvant de s’appeler Awa, le tunnelier alors baptisé Céline a creusé le tronçon Est de la ligne 18, entre les communes de Palaiseau et de Massy de 2021 à 2023. Avec 6 kilomètres au compteur, le mastodonte de 1800 tonnes fabriqué par Herrenknecht, le dernier constructeur de ce matériel en Europe, a été jugé apte pour grignoter 6,7 nouveaux kilomètres de sous-sol francilien. Évidemment, il a été révisé et les éléments usés ont été changés, notamment les molettes et pics en carbure de tungstène sur la tête de coupe.
Le bilan préoccupant des opérateurs de bus en grande couronne parisienne
L’ouverture à la concurrence des bus en grande et moyenne couronne parisienne produit des résultats catastrophiques sur le plan financier pour les opérateurs : plusieurs dizaines de millions de pertes d’après un bilan dressé le 28 mai lors d’une audition organisée par Ile-de-France Mobilités. Tous les transporteurs sont concernés : Transdev, Keolis, RATP Cap Ile-de-France et Lacroix-Savac qui se sont affrontés pour remporter les 36 contrats mis en concurrence depuis 2020 par IDFM. 21 contrats sont exploités depuis plus d’un an.
Depuis plusieurs mois, l’organisation professionnelle Optile, qui rassemble ces entreprises, tire la sonnette d’alarme, pointant un système « très punitif qui préoccupe les opérateurs depuis deux ans ». Les pertes s’expliquent par trois raisons, selon Optile : les surcoûts dus à l’inflation et à l’énergie, la fréquentation toujours en baisse de 15 % comparée à la période avant-Covid et le montant des pénalités infligées par IDFM pour manquement aux objectifs. Or, ces causes étaient difficilement prévisibles lorsque les objectifs ont été fixés.
Selon des participants à la réunion du 28 mai, Valérie Pécresse, la présidente d’IDFM, s’est félicité d’une meilleure ponctualité des bus et a annoncé 30 M€ d’avenants « si la rentrée scolaire se passe bien« . Un montant modeste vu l’ampleur du déficit et alors que le taux de marge du secteur atteint 2,5 à 3 %. Pour certains contrats, les taux de pertes avoisineraient les 20 % du chiffre d’affaires.
Côté usagers, on s’inquiète de possibles répercussions sur la qualité de service si les pertes continuent à se creuser alors que les bus Optile concernent 1100 lignes en grande banlieue parisienne. Interrogé par VRT, Youenn Dupuis, le président d’Optile, estime que la proposition de Valérie Pécresse montre « un esprit d’ouverture allant dans le bon sens« . Reste toutefois, ajoute-t-il, à mener maintenant des négociations afin d’aboutir à un « dispositif économique incitatif mais aussi soutenable« .
Marie-Hélène Poingt

Elections européennes : « L’atteinte des objectifs n’est pas mesurée »
A quelques jours du scrutin européen du 9 juin (en France), Arnaud Aymé, consultant spécialiste des transports chez Sia Partners, répond aux questions de Ville, Rail & Transports.
VRT. Quel bilan tirer du mandat parlementaire européen qui s’achève sur les questions de transport et de mobilité ?
Arnaud Aymé : La DG Move (la direction en charge des transports, au sein de la Commission européenne, ndlr) s’était donnée des objectifs de décarbonation des transports, mais aussi de mise à profit des technologies numériques, et d’amélioration de la sécurité routière. Elle avait décidé des actions en conséquence et les a souvent mises en œuvre. Le problème c’est que l’atteinte des objectifs n’est pas mesurée. Dans le dernier rapport publié (sur l’année 2022), la DG mesure la mise en œuvre des actions, pas l’atteinte des objectifs.
Quels sujets ont progressé, lesquels sont en panne ?
Avec le Green Deal, l’Union européenne a mis en avant beaucoup de choses ces cinq dernières années pour décarboner les transports, mais il y a de grosses contradictions comme l’autorisation donnée aux méga-trucks de passer les frontières : des mastodontes de plus de 25 mètres, pesant jusqu’à 60 tonnes. Et le passage pour les flux transfrontaliers des camions de 40 à 44 tonnes… On voit bien que les actions de la DG Move peuvent-être contrecarrées par d’autres mesures communautaires. Il y a des contradictions au sein même des instances européennes, qui traduisent les divergences de vision et d’intérêt entre les pays membres.
Concernant la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en 2035, on sent un certain coup de mou avec les questions de souveraineté européenne, de production en Europe des voitures et des batteries, et de déploiement des bornes de recharge. Quant au verdissement des flottes de véhicules d’entreprises, avec des mesures coercitives transposées en France pour les sociétés qui n’électrifient pas assez leur parc, il faut faire attention à ne pas rendre la mesure contre-productive : l’acceptabilité par les salariés ou par les clients des loueurs n’est pas encore au rendez-vous, et cela pourrait pousser les entreprises à ne pas renouveler leur parc. Avec pour conséquence l’augmentation de l’âge moyen des véhicules, plus polluants.
Les autres gros chapitres inscrits dans la mandature qui s’achève, c’est le soutien à l’utilisation des carburants alternatifs pour le secteur routier, maritime (SMF) et aérien (les SAF), la promotion du ferroviaire, et l’application du principe pollueur-payeur : ce dernier point n’a pas été mis en œuvre et, sans surprise, il n’y a pas eu d’inflexion notable de la répartition des parts modales dans les transports ces cinq dernières années. Car non seulement, le temps du ferroviaire et de ses infrastructures est long, mais aussi le récent feu vert du Parlement européen aux méga-camions envoie un signal défavorable au fret ferroviaire : cela incite les pays membres à réviser leur réglementation nationale, ce qui risque de produire encore plus de report modal inversé, en faveur du transport routier de marchandises.
Un autre sujet à double tranchant, c’est l’ETS, le système d’échanges de quotas d’émission de l’Union européenne [un marché carbone pour réduire les émissions, ndlr] qui doit promouvoir les entreprises faiblement émettrices. Mais en même temps on accorde des droits à polluer à certains secteurs, le transport maritime notamment, et ça compense ce que ne font pas les Chinois et les Américains…Alors quels sont les grands enjeux européens du prochain mandat européen ?
Stimuler davantage le principe pollueur-payeur avec la mise en place de l’écotaxe et de péages urbains, qui sont des sources de financement vertueux. Ce n’est certes pas populaire en France, mais ça peut le devenir si les élus montrent que c’est un moyen de financer des projets de mobilité durable. Étendre aussi le marché des quotas carbone, puisqu’aujourd’hui, seulement 40% des émissions de CO2 sont concernés par le système. Et enfin, construire un vrai système ferroviaire européen : si tout le réseau grande vitesse était « ERMTSisé », et financé, on ferait des grands corridors ferroviaires et le train serait plus attractif pour les voyageurs et le transport de marchandises. L’ERTMS (système européen de gestion de trafic des trains interopérable, ndlr), c’est la pierre angulaire d’un système ferroviaire européen mieux intégré. Aujourd’hui, le mitage du réseau ferré est un frein au développement du train comme alternative à la route. Et nous Français, ne sommes pas innocents… L’Europe ne peut pas tout faire.
Propos recueillis par N.A