Blog

  • Thalys met le cap sur 2022

    Thalys met le cap sur 2022

    Malgré les grèves à répétition liées à la réforme ferroviaire, Thalys a bien démarré l’année, affirme sa directrice générale, Agnès Ogier. Au premier trimestre, la compagnie ferroviaire détenue à 60 % par la SNCF et à 40 % par la SNCB a assuré un trafic en hausse de 8,8 % et réalisé un chiffre d’affaires en progression de 7,4 %. Les projections sur le premier semestre montrent une activité en croissance de 2,8 % (ralentie par les grèves menées d’avril à juin) et un trafic en hausse de 4,7 %. Thalys, qui a réduit la capacité de 8 % et la maintenance de 20 %, s’attend à un manque à gagner de huit millions d’euros du fait de ce conflit.

    La liaison néerlandaise Paris – Amsterdam via Bruxelles reste le moteur de la croissance (+16 % de trafic) tandis que le pari engagé pour « booster » la route allemande est « réussi » avec un trafic en hausse de 8 %, précise Agnès Ogier. Un pari pourtant difficile à tenir en raison des gros travaux d’infrastructure actuellement réalisés sur le réseau allemand qui obligent parfois à stopper le service. Bonne nouvelle toutefois, alors que depuis cinq ans Thalys devait se débrouiller seule pour vendre ses billets (en passant par son site thalys.com et les canaux de distribution de ses maisons mères SNCF et SNCB), la compagnie franco-belge a entamé des discussions avec la Deutsche Bahn pour vendre ses trains sur l’ensemble des canaux de la DB. Ce qui devrait lui offrir de nouvelles perspectives de développement outre-Rhin.

    Enfin, satisfaction aussi du côté d’Izy, l’offre low cost de Thalys qui passe par la ligne classique pour réduire ses coûts et proposer de petits prix : le trafic a augmenté de 5,9 %. La capacité devrait être augmentée de 4 % l’an prochain, après refonte de sa grille horaire. Rappelons que l’année dernière, Thalys avait transporté au total plus de sept millions de voyageurs.

    A l’avenir, le développement passera par l’ouverture de nouvelles lignes. En avril 2019, Thalys reliera, avec deux allers-retours quotidiens, l’Est parisien (Roissy-Charles-de-Gaulle et Marne-la-Vallée) à Bruxelles, Anvers, Rotterdam, Schiphol et Amsterdam. 300 000 voyageurs sont espérés à terme.

    Comme nous l’annoncions il y a deux semaines, la compagnie aux trains à grande vitesse rouges proposera aussi à partir de l’été 2019 une liaison saisonnière directe entre Bruxelles et Bordeaux. Ce « Thalys Soleil » circulera tous les samedis du 29 juin jusqu’à la fin août et reliera les deux villes en 4 heures 07 avec un tarif démarrant à 40 euros. Sur le même modèle que les Thalys Soleil qui relient déjà l’été Marseille et les Thalys Neige qui desservent l’hiver Bourg-Saint-Maurice.

    En revanche, la liaison Lille – Amsterdam n’est pas maintenue car elle n’a pas trouvé son public.

    Enfin, à partir d’octobre 2019 devraient commencer à circuler les rames rénovées. Un vaste programme de rénovation à mi-vie des rames a été lancé en 2016. Ces rames (Thalys en compte 26, dont deux de réserve), dont l’âge moyen tourne autour de 20 ans, pourront ainsi encore continuer à circuler pendant 15 à 20 ans. « A ce programme de rénovation, nous avons décidé d’adjoindre un programme de renouvellement de design », explique Agnès Ogier. Le travail a été confié à Axel Enthoven (cabinet Yellow Window) avec le conseil de la designeuse Matali Crasset. L’investissement global s’élèvera dans les quatre prochaines années à 55 millions d’euros annuels. Le programme devrait être achevé en 2022. Il se traduira par plus d’espace (15 % de place en plus pour les bagages en voitures Standard, et 7 % de sièges en plus, ce qui représente 60 places en plus dans les rames doubles). Des écrans seront ajoutées pour multiplier la diffusion d’informations à bord ainsi que des animations, tandis qu’un espace vélo sera aussi aménagé : certes, pour deux vélos seulement mais qu’il ne sera plus la peine de plier !

    M.-H. P.

  • Ennuis judiciaires de CarPostal France : bientôt l’épilogue

    Ennuis judiciaires de CarPostal France : bientôt l’épilogue

    Le 27 juin prochain, la cour d’appel de Paris examinera le recours de CarPostal suite à la décision du tribunal de commerce de Lyon qui l’a condamné, en septembre 2016, à verser 10,6 millions d’euros pour préjudice subi à trois transporteurs de la région lyonnaise et du Dauphiné. A l’époque, les trois plaignants – les PME Cars Faure, Cars Berthelet et Réunir Dauphiné – obtenaient ainsi gain de cause après leur première action engagée deux ans plus tôt. CarPostal France, filiale de La Poste suisse créée en 2004, est arrivée dans le Dauphiné en 2009.

    « La conquête rhônalpine de CarPostal a impacté rapidement tous les marchés publics en Isère à la manière d’une politique de la terre brûlée », se souvient Alain-Jean Berthelet, président de la PME éponyme et de Réunir. « Avec une arme d’attraction massive : des prix inférieurs de 30 % au marché. » Si dans le transport urbain, la reprise du service avec le matériel peut s’effectuer sans investissement, il en va tout autrement dans l’interurbain où il faut investir lourdement dans le matériel roulant. Dans ces conditions, la « conquête » du transporteur suisse est apparue rapidement peu viable économiquement et suspecte aux yeux des transporteurs rhônalpins.

    Cette croissance à marche forcée par dumping et rachats de transporteurs familiaux a représenté pour CarPostal France un chiffre d’affaires de 93 millions d’euros en 2016 avec 720 véhicules. Les éléments apportés par les plaignants et une expertise du tribunal de commerce de Lyon sont apparus suffisamment probants pour condamner le système mis en place par CarPostal en pointant « des règles de concurrence déloyales, voire bafouées », « des aides d’Etat illicite » et « une politique de subvention irrationnelle et irresponsable ». Une victoire de David contre Goliath, ou du Petit Poucet contre l’ogre suisse, et la première étape d’une incroyable affaire.

    Depuis février 2018, les rebondissements de ce qui est devenu le scandale suisse (rapports financiers accablants, comptes truqués au profit de 68 millions d’euros de subventions indues, démission et limogeage des dirigeants en cascade) sont venus valider et éclairer davantage la décision du TC de Lyon : des abandons de créances (pour 19 millions d’euros), des dépréciations accélérées de flotte (4,5 millions) ou des augmentations de capital (18 millions) au profit de CarPostal France ont été ainsi mis en évidence par les enquêtes des différentes autorités fédérales et de La Poste suisse.

    Les dirigeants des PME rhônalpines affirment désormais attendre avec sérénité la décision de la cour d’appel de Paris. D’autant plus que, à la suite de Guillaume Barazzone, député-maire de Genève, La Poste suisse, sa maison mère, a demandé l’examen de l’arrêt des activités de sa filiale CarPostal France. Une demande qui sonne comme un aveu de culpabilité ? A tout le moins la volonté de se débarrasser d’un énorme pieu dans les pneus. De son côté, Nathalie Courant, la directrice générale de CarPostal France estime que ces trois entreprises « font des amalgames ». Selon elle, « le tribunal administratif a réfuté à plusieurs reprises la notion d’aide illicite d’Etat. Il n’y a pas de liens. Nous avons fait appel et nous sommes très sereins sur l’issue de notre recours ».

    En attendant, les PME du transport de la région lyonnaise, entendent tirer les leçons de l’affaire CarPostal France/Suisse en alertant leurs instances professionnelles. « Nous plaidons pour la mise en œuvre de bonnes pratiques et le respect des règles en matière de concurrence basés sur la coresponsabilité, la confiance et la transparence », indique Alain-Jean Berthelet. Pour y parvenir, la méthode passe par de franches discussions et informations de la FNTV auprès des donneurs d’ordres AOT et collectivités publiques, dont Régions de France qui a désormais la compétence routière principale.

    Claude FERRERO

  • L’avenir menacé de CarPostal France

    L’avenir menacé de CarPostal France

    Sur le stand de CarPostal, installé au beau milieu du salon des Transports publics, les visiteurs s’arrêtent, « mais pas forcément pour les raisons que l’on souhaiterait », commente un responsable de l’opérateur de transport public. Le jour même de l’ouverture du salon, le 12 juin, la presse suisse a en effet annoncé que CarPostal France pourrait cesser ses activités dans notre pays du fait d’un scandale qui agite sa maison mère sur le territoire helvétique.

    En cause, la publication de rapports internes démontrant des malversations financières de la part de Car Postal Suisse, qui aurait dissimulé de longue date et de façon systématique les bénéfices réalisés dans le transport régional subventionné de voyageurs, alors qu’elle n’a pas le droit de dégager des bénéfices sur cette activité.

    Selon le journal Le Temps, parmi les indices sur la manière dont ces bénéfices ont été utilisés, des soupçons portent sur le développement de CarPostal France qui s’est lancé en 2004 sur le marché hexagonal et gère aujourd’hui huit réseaux urbains (dont Dôle, ancrage historique de CarPostal France ou encore Bourg-en-Bresse et Mâcon) et exploite des lignes interurbaines et scolaires.

    D’où la demande du conseil d’administration de La Poste suisse de recentrer les activités et « d’examiner un retrait programmé de l’activité du transport de voyageurs en France ». Selon Le Temps, « deux options semblent tenir la corde : une vente de CarPostal France ou une cession différenciée des entités concessionnaires ».

    D’autant que CarPostal France fait aussi l’objet d’une procédure judiciaire pour concurrence déloyale sur plainte de trois sociétés concurrentes iséroises (voir aussi CarPostal condamné dès 2016 par le tribunal de commerce de Lyon), les plaignants se demandant si l’essor de CarPostal en France n’a pas bénéficié de ces transferts financiers illégaux.

    Interrogée par VR&T, Nathalie Courant, la directrice générale de CarPostal France, estime que « des élus regrettent l’expansion de CarPostal en France. C’est un vrai débat en Suisse ». Mais pour l’heure, ajoute-t-elle, « rien n’est décidé, rien ne change ». La directrice générale assure que « même si CarPostal France souffre aujourd’hui en termes d’image, l’entreprise continuera à répondre aux appels d’offres ». Rappelons que CarPostal est actuellement en position défensive sur l’appel d’offres de Bourg-en-Bresse.

    M.-H. P.

  • TixiPass, une application unique pour tous les réseaux de transport

    TixiPass, une application unique pour tous les réseaux de transport

    Il est désormais possible de voyager les mains dans les poches dans les transports publics français… à condition d’y avoir glissé son smartphone. Lancé en avril 2018, le tixiPass est une application qui permet d’acheter et de valider son titre de transport sur une quinzaine de réseaux de transports urbain.

    Après avoir téléchargé l’application et créé un compte, l’utilisateur a accès à tous les réseaux disponibles autour de lui. Il choisit celui qui l’intéresse puis achète un ou plusieurs tickets (pour les personnes qui l’accompagnent par exemple), qu’il valide d’un simple clic en montant à bord du véhicule.

    Supprimant le temps d’attente au guichet pour l’utilisateur, tixiPass est complémentaire des canaux de vente existants et permet aux exploitants de limiter la vente à bord et de diminuer la fraude. Il leur offre une meilleure connaissance du comportement des usagers, fournissant ainsi une aide à l’exploitation qui suscite l’intérêt des collectivités territoriales (une dizaine de réseaux supplémentaires sont prévus d’ici l’été) mais aussi des professionnels du secteur, comme Agir, le Gart, ou encore la Fnaut, qui soutiennent cette solution nouvelle, en France voire dans le monde.

    Véronique PIERRÉ

  • « Nous souhaitons de la polyvalence et un haut niveau d’engagement dans le ferroviaire »

    « Nous souhaitons de la polyvalence et un haut niveau d’engagement dans le ferroviaire »

    Sur le salon des Transports Publics, qui s’est tenu du 12 au 14 juin à Paris, Thierry Mallet, PDG de Transdev, également président de l’UTP, a expliqué à VR&T comment il jugeait le nouveau pacte ferroviaire adopté mi-juin par les députés et les sénateurs. Et ce qu’il reste à faire selon lui, pour achever la réforme.

     

    Ville, Rail & Transports. Comment jugez-vous le nouveau pacte ferroviaire définitivement adopté mi-juin par les parlementaires ?
    Thierry Mallet. Ce cadre nous convient. Il est conforme à ce que nous avions demandé. Il va permettre à l’opérateur historique comme aux opérateurs alternatifs de travailler et de se préparer à l’ouverture à la concurrence.
    Nous avons exprimé les positions de nos adhérents, comme l’ont fait les régions et les organisations syndicales pour défendre les intérêts des salariés. Dans leur sagesse, les parlementaires ont trouvé un équilibre entre les intérêts de chacun. C’est un compromis trouvé après deux mois d’intenses discussions. Initialement, le projet de loi comportait huit articles. Il comporte aujourd’hui 45 pages.
    Au-delà des conditions d’ouverture à la concurrence, l’UTP n’a fait aucune demande en ce qui concerne l’organisation de la SNCF. Nous avions toutefois expliqué qu’il est logique que Gares & Connexions soit plutôt du côté de SNCF Réseau. La loi demande une filiale autonome, dont acte ! Ce choix permettra à Gares & Connexions d’avoir une capacité d’investissement plus forte. Et les modalités de gouvernance associeront davantage les collectivités.
    Enfin, l’annonce de la reprise de la dette nous paraît importante mais nous ne l’avions pas demandée, nous avions juste alerté sur la soutenabilité des péages.

     

    VR&T. Etes-vous satisfait des pouvoirs accordés à l’Arafer ?
    T. M. L’UTP a toujours voulu une autorité de régulation forte et indépendante. Nous sommes donc favorables à tous les éléments qui la confortent dans ce rôle. Les dispositions de la loi traduisent un équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et l’Arafer. L’Arafer n’a plus d’avis conforme sur la trajectoire pluriannuelle des péages mais conserve un avis conforme sur la fixation des péages annuels, avec un mécanisme plus contraignant qu’avant en cas de désaccord avec la proposition de SNCF Réseau.

     

    VR&T. Selon vous, le sac à dos social défini par la loi (qui a été étendu au fur et à mesure des discussions) ne sera-t-il pas trop lourd à porter par les entreprises ? Ne va-t-il pas renchérir les coûts ?
    T. M. Le sac à dos social correspond grosso modo à ce que nous avions défini ensemble, dans le cadre de l’UTP, pour assurer dans de bonnes conditions l’ouverture à la concurrence du rail. Nous avions à peu près évoqué ces dispositions. Mais il reste encore à préciser les choses, par exemple l’enjeu des allocations. En revanche, l’appel au volontariat en cas de transfert de salariés ne correspond pas à ce que nous souhaitions au départ.

    Dans un premier temps, il n’y aura quasiment aucun cheminot dédié à 100 % sur les lignes qui vont être transférées. Le fait de dire que les cheminots dont l’activité principale n’est pas liée à la ligne transférée ne seront pas traités de la même façon n’est pas étonnant. Le fait d’avoir mis la barre à 50 % du temps passé n’est pas déraisonnable. Mais cela reste compliqué. La détermination des emplois concernés sera décidée conjointement par la SNCF et la région. Cela va s’ajuster progressivement avec les appels d’offres. Il faudra que les régions choisissent des périmètres intelligents. Si les périmètres soumis à appels d’offres sont trop petits, il sera compliqué de transférer des personnels. Nous pensons que les appels d’offres doivent concerner des périmètres représentant au moins 1,5 million de trains-km.

    Enfin rappelons que les régions ne seront pas obligées de faire appel à la concurrence. La loi prévoit pour les régions la possibilité de créer une régie. Elle autorise aussi des exemptions de concurrence pour des raisons de complexité. Mais il y aura toujours la possibilité de faire un recours devant l’Arafer.

     

    VR&T. Cette loi votée, que reste-t-il à faire ?
    T. M. La loi prévoit huit ordonnances qui porteront sur des sujets très techniques, un décret, une convention collective et deux accords à signer avec les syndicats. Plusieurs chapitres de la convention collective existent déjà. Il nous reste trois volets à négocier : un sur les classifications et rémunérations, un second sur la prévoyance et un troisième sur le droit syndical.

    Avec cette convention, nous devons trouver un cadre qui nous permette d’être compétitifs, y compris face à la route. Nous souhaitons de la polyvalence dans le travail et un haut niveau d’engagement. Il s’agit de rendre le système ferroviaire français plus moderne, plus efficace, plus attractif.

    Les deux accords supplémentaires prévus par la loi portent, pour l’un, sur les questions liées au transfert des salariés en cas de changement d’opérateur (par exemple comment choisir les salariés transférés s’il y a trop de volontaires, s’il y a parmi eux des femmes enceintes… ), pour l’autre sur le maintien d’avantages comme les facilités de circulation.

    Nous allons travailler à l’élaboration de ces textes. Il y a donc encore beaucoup de travail devant nous. Notamment un travail de lobbying.
    Et les entreprises devront négocier des accords d’entreprises.

     

    VR&T. Comment s’annoncent les négociations pour élaborer la convention collective ?
    T. M. L’engagement de l’UTP est de négocier une convention collective de haut niveau, mais qui laisse de la place aux accords d’entreprise. C’est dans ce cadre, compte-tenu des accords d’entreprise, que l’on pourra faire des comparaisons avec le statut actuel.

     

    VR&T. Les délais ne sont-ils pas trop serrés ?
    T. M. C’est tendu, oui. Nous avons proposé fin mai un cadre avec tous les thèmes à négocier et un calendrier. Ce calendrier est tendu du fait des élections professionnelles prévues en novembre à la SNCF. Cela peut être un facteur conduisant à prendre plus de temps. La réforme des retraites, qui ne dépend pas de l’UTP, pourrait aussi retarder les discussions.

    Pour rester dans les temps, nous allons proposer des moyens en termes de calendrier et de méthodologie. Je vous rappelle que lorsque l’UTP a négocié en 2016 le volet sur l’organisation du travail, beaucoup pensaient que nous n’y arriverions pas. Or, nous avons réussi dans les délais.

    Fin mai, aucune des cinq organisations syndicales (CGT, Unsa, SUD, CFDT et FO) ne nous a dit que c’était impossible. Nous n’avons pas les mêmes points de vue, mais nous n’avons pas de problème de dialogue. Même si nous avons suspendu les négociations en attendant l’adoption de la loi, nous avons toujours eu une posture de dialogue.

    Le 15 juin, après la réunion tripartite, un observatoire de la négociation doit se mettre en place, présidé par Jean-Paul Bailly. Cet observatoire a été proposé par l’UTP et certaines organisations syndicales. En cas de difficulté, cet observatoire est susceptible de faire des propositions au gouvernement. Il faut donner une chance à la négociation plutôt que d’intervenir par décret. Il est important que l’Etat prenne de la distance et laisse se jouer le jeu normal de la négociation entre patronat et syndicats.

     

    VR&T. Finalement, dans un premier temps, l’ouverture à la concurrence ne devrait concerner qu’un nombre très limité de cheminots ?
    T. M. L’activité réalisée par les TER représente annuellement quatre milliards d’euros. Si on considère qu’une région sur deux décide de recourir à des appels d’offres et qu’elles ouvriront 10 % de leur réseau (soit 200 millions de chiffre d’affaires, concernant au maximum 2 000 personnes), on voit bien que cela ne concernera que quelques centaines de personnes à l’horizon 2025-2030. A cet égard, on voit bien que l’enjeu est bien moindre que ce qui se prépare en Ile-de-France, où on peut multiplier le chiffre par dix…

     

    VR&T. Comment se prépare l’ouverture à la concurrence en Ile-de-France ?
    T. M. Sur la grande couronne, Ile-de-France Mobilités a défini pour les bus 38 périmètres territoriaux et deux réseaux de lignes express. L’ouverture à la concurrence des lignes de bus RATP et Optile va concerner 25 000 salariés en tout. Si la RATP perd 20 ou 30 % de marché, cela touchera 3 000 à 5 000 salariés. Nous n’avons pas encore vraiment regardé comment se passeraient les transferts. Il faut qu’on y travaille au sein de l’UTP.

    Nous devons aussi travailler sur l’ouverture à la concurrence de la régie RATP. La RATP emploie 46 000 personnes avec un cadre statutaire. Ces personnels au statut sont susceptibles d’être transférés. Il faut réfléchir à la façon dont ils peuvent être transférés et quel serait le sac à dos social.

    L’accord ferroviaire est plus complexe que le statut de la RATP : il y a plus de dispositions, de textes, de règlements dans le statut SNCF, il y a plus de problématiques.

    Mais en Ile-de-France, le contexte est compliqué. On compte cinq conventions différentes : une convention collective interurbaine pour les réseaux Optile (convention FNTV avec des salariés travaillant pour Transdev, Keolis, Lacroix…), une convention collective urbaine (convention UTP) pour quelques réseaux Optile, un cadre social RATP, un cadre social SNCF pour quelques réseaux et une convention ferroviaire pour les salariés de Transkeo. Il faut absolument de la clarté pour les salariés. Je considère qu’il est urgent de travailler à un cadre commun. Là aussi, des accords d’entreprises devront le compléter.

    La LOM pourrait accueillir ce cadre social, nous avons encore quelques mois pour y parvenir.
    D’autres sujets sociaux devront être traités. Il faudra par exemple déterminer à quoi rattacher CDG Express : relèvera-t-il du ferroviaire ou du transport guidé urbain ? Nous avons quelques sujets sociaux devant nous, il nous faut construire un nouveau monde.

     

    VR&T. Comment réagissez-vous au retrait de Keolis du recours collectif d’Optile contre le calendrier de mise en concurrence décidé par Ile-de-France Mobilités ?
    T. M. Je n’ai pas de commentaires à faire.

    Propos recueillis par François Dumont
    et Marie-Hélène Poingt

  • Le Centre-Val de Loire déploie la billettique Ubitransport

    Le Centre-Val de Loire déploie la billettique Ubitransport

    A partir de la rentrée 2018, la région Centre-Val de Loire va déployer la billettique scolaire 2School d’Ubitransport sur le réseau de transport Rémi. 1 200 véhicules, 1 500 circuits scolaires, 89 000 élèves transportés chaque jour, 285 autorités organisatrices de proximité et cinq départements sont concernés.

    La solution Ubitransport repose sur un smartphone et mixe deux fonctions, billettique et système d’aide à l’exploitation. Un smartphone fixé à côté du chauffeur sert d’outil de validation. La collecte des données permet de connaître l’occupation des bus, et, de plus, le véhicule est à tout moment géolocalisé. Un outil simple d’utilisation et peu coûteux, bien adapté aux réseaux périurbains ou ruraux, et aux transports scolaires. Le transport scolaire de Saône-et-Loire a d’ailleurs été le premier client de la start-up qui a aujourd’hui six ans. Et c’est par le transport scolaire qu’après avoir convaincu 80 autorités organisatrices elle vient de gagner sa première région.

  • Deux programmes pour le futur de l’info-voyageurs en Ile-de-France

    Deux programmes pour le futur de l’info-voyageurs en Ile-de-France

    Stéphane Beaudet en est convaincu et le rappelle. « Ce n’est pas la route qui pollue, ce sont les véhicules qu’on met dessus. » Décarbonons donc les véhicules, et utilisons au mieux les routes. Le problème, c’est qu’elles sont saturées. Les transports en commun le sont aussi souvent. Appelons donc à la rescousse les nouvelles technologies. Le bon vieux Sirius est obsolète, rappelle le vice-président du conseil régional, et ceux qui enchaînent moyens de transport et façons de se déplacer ont besoin en chemin de se repérer et de revoir leur itinéraire. D’où la volonté de mettre au point, au niveau régional, une information fondée sur la collecte et le traitement de la data. Une info permettant à chacun de savoir si le train qu’il s’apprête à prendre est bondé ou pas, s’il y a des places de parking libres au bout de la route, s’il a intérêt à opter à tel point de son parcours pour la marche ou le vélo. Au bout du compte, il faudra que ce soit aussi simple que cela sur les applis. Mais ce qui s’énonce clairement se conçoit difficilement. D’où les programmes de recherche présentés sur le salon Transports publics 2018, porte de Versailles, par Ile-de-France Mobilités, M2i (Mobilité intégrée en Ile-de-France, avec Transdev) et IVA (Information voyageurs augmentée, avec Systemx). Deux entrées pour aboutir à une nouvelle information. La première plus routière, la seconde plus ferroviaire.

    M2i, c’est un projet de trois ans, pour la mise au point d’un navigateur qui s’adresse à trois publics : le voyageur, renseigné par un GPS multimodal et prédictif, les opérateurs de mobilité, qui anticiperont mieux la production, les autorités publiques, qui disposeront d’un observatoire digital au service des politiques de mobilité. M2i représente un investissement de 12 millions d’euros. Il est cofinancé par Transdev à 50 %, l’Ademe et l’Union européenne. Transdev est pilote du projet via sa filiale Cityway, spécialiste des solutions informatiques, et les solutions proposées seront testées sur une dizaine de lignes de bus Transdev. Les autres partenaires sont Autoroutes trafic (filiale des sociétés d’autoroute, qui exploite chaque jour 50 millions de données de localisation GPS de véhicules), Phoenix-Isi (solutions de prédiction à une heure du trafic routier), Engie Ineo (amélioration des prévisions de parcours), le laboratoire Liris (choix des interactions homme-machine), Spie (méthodes de régulation de trafic), PSA et Renault (interfaçage des applications multimodales avec les systèmes embarqués des véhicules connectés).

    L’autre programme, IVA, est porté par l’IRT SystemX. Il a été lancé en septembre 2017, pour une durée de deux ans. Il s’agit à la fois de mettre au point des indicateurs prédictifs de réseaux de transport, un calculateur d’itinéraires intégrant ces indicateurs, une application pour les recevoir sur son mobile, et de compléter le tout par des études comportementales. Le programme IVA a pour partenaires industriels Kisio, filiale numérique de Keolis (calcul d’itinéraires), SNCF (modélisation et simulation du comportement des voyageurs en situation perturbée) et SpirOps (développement d’un navigateur intelligent) et comme partenaire académique l’Ifsttar (modélisation des flux, analyse de comportements des usagers). Sans oublier Ile-de-France Mobilités, qui va nourrir sa plate-forme de nouveaux outils. Pour que soient mises au point les futures applis.

    F. D.

  • Le Cristal prend son autonomie

    Le Cristal prend son autonomie

    Le Cristal de Lohr est désormais en phase d’industrialisation et peut accepter des premières commandes fin 2018. Le véhicule devrait alors être homologué.

    Cristal vise le mode libre service (autopartage) et le mode navette urbaine, jouant à la fois le véhicule personnel et le véhicule de transport public. Jusqu’à quatre véhicules peuvent être attelés. On est ainsi, « grâce à l’attelage, très proche de la capacité de transport d’un bus de 12 mètres », assure Jean-François Argence, directeur des Nouvelles mobilités de Lohr Industrie. Et dit-il, « on sera en dessous du prix d’un bus électrique standard ».
    Le groupe est aujourd’hui en discussion avec la CTS pour une expérimentation, que le constructeur préfère appeler «  exploitation en situation réelle » au quatrième trimestre à Strasbourg.

    Une version autonome, iCristal, doit être expérimentée avec Transdev à Saclay et à Rouen. Deux véhicules autonomes doivent être construits cette année, grâce à un partenariat entre Transdev, Lohr et un fournisseur de technologie d’automatismes dont le nom n’est pas encore rendu public.

    F. D.

  • Aptis, le bus électrique d’Alstom, prêt pour la commercialisation

    Aptis, le bus électrique d’Alstom, prêt pour la commercialisation

    Aptis, le bus électrique qu’Alstom avait présenté en 2017, a depuis été expérimenté à Paris, Lyon, Marseille, Berlin, Hambourg ou encore aux Pays-Bas. Le premier retour d’expérience auprès des passagers, des chauffeurs ou des villes a permis de revoir le prototype pour parvenir, il y a un mois et demi, à la version qu’Alstom entend commercialiser (en haut au milieu sur la photo).

    Les principes n’ont pas changé. Plancher bas intégral, quatre roues directrices, et grande manœuvrabilité. Mais le travail a été repris avec les fournisseurs, pour parvenir à un véhicule « au prix du marché » , précise Benjamin Bailly, directeur des bus électriques d’Alstom. Et qui sera en cas de commande fabriqué en France (à Duppigheim, chez NTL, et à Reichshoffen, deux sites dans le Bas-Rhin).

    Le design a été épuré, tendance un peu plus bus plus que tramway. Trois petits phares sur la face avant, disposés en triangle, signent la nouvelle version. Toujours une large salle de 20 m2 avec un petit salon à l’arrière. Côté rue, le flanc est fermé, côté trottoir, deux portes de 1,30 m permettent d’accéder facilement, la possibilité d’une troisième porte centrale étant ménagée. Le véhicule se veut fin prêt avec en vue, clairement, l’appel d’offres massif lancé par Ile-de-France Mobilités et la RATP.

  • Jacques Gounon plaide pour un phasage accéléré mais plus « sobre » du Lyon – Turin

    Jacques Gounon plaide pour un phasage accéléré mais plus « sobre » du Lyon – Turin

    C’est le moment de faire pression, pour les partisans du Lyon – Turin, un projet qui doit relier les deux villes via un tunnel de plus de 57 km, permettant de gagner deux heures, principalement pour le fret. Il leur faut convaincre, d’une part, que l’arrivée au pouvoir en Italie d’un gouvernement hostile au projet ne va pas le remettre en cause à terme. D’autre part et surtout, il leur faut s’assurer que cette infrastructure et son financement figurent bien, « selon un calendrier réaliste » dans la loi d’orientation des mobilités (LOM), dont le texte est quasiment écrit.

    Aujourd’hui, plus de 1,5 milliard d’euros ont déjà été engagés dans le projet, en études, galeries de reconnaissance et descenderies (23 km ont ainsi été creusés au gabarit du futur tunnel). Mais le projet, souvent décrié pour son coût pharaonique, bute sur son financement : il est évalué à 18,4 milliards d’euros (dont 8,6 milliards pour le tunnel de base, financé à 40 % par l’Union européenne, 35 % par l’Italie et 25 % pour la France) « et non pas 26 milliards comme évoqués il y a quelques années par la Cour des comptes car depuis, les coûts ont été réduits », affirme le comité pour la Transalpine

    Pour financer le tunnel, la LOM devra comporter une programmation pluriannuelle en affectant des ressources, indique le comité, qui évalue à 200 millions d’euros le montant de l’investissement à consacrer annuellement au projet pendant toute la durée du chantier. Rien d’insurmontable, selon Jacques Gounon, le président du comité pour la Transalpine. « Un groupe de travail franco-italien finalise actuellement ce plan de financement qui, selon les annonces du gouvernement, reposera sur plusieurs sources de financement dont une contribution des bénéfices des tunnels routiers du Mont-Blanc et du Fréjus », précise-t-il. Or, la crainte, c’est que la future LOM reporte au-delà de 2038 l’aménagement des voies d’accès depuis Lyon jusqu’au tunnel transfrontalier dont la mise en service est prévue elle en 2030. Ce qui, selon ses partisans, nuirait à la pertinence du projet. Mais c’est ce que la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a déjà laissé entendre.

    Le Comité pour la Transalpine propose donc de faire un tri parmi les projets d’infrastructures que retiendra la LOM : Jacques Gounon, son président, recommande d’exclure de la programmation le projet de modernisation de la ligne Dijon – Chambéry – Modane, un axe « excentré » selon lui et « fortement rejeté par les élus et la population du territoire en raison des fortes nuisances et des risques environnementaux ». A la place, il réclame la réalisation des voies d’accès aux tunnels (190 km de voies côté français estimées à 7,7 milliards), pour lesquelles il s’engage à diviser le coût par deux grâce à « un phasage plus sobre permettant, tout en restant dans le cadre de la DUP 2013 valable 15 ans, de ne retenir que les infrastructures essentielles à l’exploitation du tunnel transfrontalier lors de sa mise en service ».

    MH P