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  • Cinq constructeurs présélectionnés pour les trains de la HS2 britannique

    Cinq constructeurs présélectionnés pour les trains de la HS2 britannique

    Alstom, Bombardier Transport, Hitachi Rail Europe, Siemens et Talgo ont été présélectionnés par le ministère des Transports britannique (DfT) pour déposer au printemps prochain leurs offres respectives concernant les trains destinés à la ligne à grande vitesse HS2 entre Londres et Birmingham, ainsi qu’aux dessertes sur le réseau classique plus au nord. L’industriel qui remportera fin 2019 ce contrat évalué à 2,75 milliards de livres sterling (3,1 milliards d’euros) devra concevoir, construire et assurer la maintenance à Washwood Heath (Birmingham) d’un parc de 54 rames, qui doivent entrer en service en décembre 2026. Tout en étant aptes à 360 km/h, ces rames devront être conformes aux normes internationales les plus strictes en matière d’émissions sonores et de développement durable.

    Paul Maynard, ministre chargé des Chemins de fer dans le gouvernement May, a déclaré que ce contrat créerait « des milliers d’emplois qualifiés et de places d’apprentissage » en Grande-Bretagne. Reste à voir où les trains seront assemblés : Bombardier et Hitachi disposent déjà d’usines en Grande-Bretagne et Talgo ne cache pas son intention d’y ouvrir un site industriel. Présents outre-Manche sur le marché de la maintenance, Alstom (qui a fermé le site de Washwood Heath en 2004) et Siemens ne devraient quant à eux plus former qu’un au moment de construire les futurs trains…

  • RER A : trois experts chargés d’enquêter sur ce qui s’est passé

    RER A : trois experts chargés d’enquêter sur ce qui s’est passé

    Au matin du 2 novembre, la RATP a pu remettre en service dans son intégralité la ligne A du RER, après trois jours d’interruption du trafic entre La Défense et Auber. Lors de la nuit qui a précédé cette reprise attendue par le million d’usagers quotidiens de « la ligne la plus fréquentée d’Europe », la RATP a procédé aux vérifications indispensables pour que l’exploitation se fasse « en sécurité et dans de bonnes conditions ». Une fois la zone de chantier nettoyée et le matériel des entreprises intervenantes évacué, il a fallu vérifier les installations de signalisation et de communication et faire passer plusieurs trains d’essai afin de s’assurer de la sécurité de la voie. Et de fait, le service a pu reprendre dans des conditions nominales, sans limite temporaire de vitesse, alors que cette précaution est souvent prise sur des voies récemment inondées.

    Rappelons que le 30 octobre vers 13h, un écoulement important et soutenu d’eau boueuse et de sable avait commencé à noyer les voies sur une cinquantaine de mètres dans le tunnel du RER A, à proximité des travaux liés au chantier de la future gare Porte-Maillot du prolongement du RER E (Eole) vers l’ouest. Dans le cadre d’un forage préliminaire des travaux conduits par les équipes du Groupement Eole (Bouygues Travaux Publics, Eiffage et Razel-Bec) en charge de ce chantier pour SNCF Réseau, la paroi du RER A avait alors été percée quelques mètres sous la nappe phréatique. Cette dernière s’est alors abondamment déversée, « à raison de 70 m3 d’eau par heure », selon Didier Bense, directeur général SNCF Réseau Ile-de-France, interviewé par Le Parisien. « Au fur et à mesure du temps, l’eau était de plus en plus claire », a précisé un représentant de la RATP.

    Priorité a donc été donnée aux travaux de colmatage de la brèche afin d’arrêter l’écoulement d’eau, effectués par les équipes du groupement Eole et ayant nécessité l’injection d’au moins 300 kg de résine pour permettre la consolidation du colmatage. « L’arrêt de l’écoulement a pu être constaté dans la matinée du 1er novembre », a annoncé la RATP, qui n’avait pas attendu le colmatage complet pour entamer l’évacuation par train des 25 tonnes de boue récupérées sur les voies, dès la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Le pompage de l’eau avait permis de désengorger les voies avec succès, sans doute aidé par les récents travaux estivaux de renouvellement de la voie et du ballast réalisés sur ce secteur, au cours desquels les grilles installées entre les voies avaient été nettoyées.

    Le retour d’expérience de trois coupures estivales d’affilée a également permis à la RATP de rapidement mettre en œuvre un plan de substitution entre le 30 octobre et le 1er novembre. On avait beau être en période de vacances scolaires, les besoins de transport restaient importants sur l’axe est – ouest du réseau francilien. Les différents canaux d’information ont transmis les informations en amont ou in situ, où 160 agents supplémentaires ont été déployés, guidant les voyageurs vers les lignes de métro renforcées (dont la ligne 1 automatisée, mais aussi les lignes 2, 6, 9 et 14, qui doublent localement le RER A) ou la navette assurée par 15 bus. Mais la RATP le reconnaît elle-même dans son mot de remerciement aux voyageurs et à l’ensemble des équipes mobilisées : il s’agit bien là de « conditions de transport dégradées ». Et les réactions d’Elisabeth Borne, ministre des Transports, ou de Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités n’ont pas attendu le rétablissement du trafic.

    Et tous espèrent que ce type d’incident heureusement peu fréquent ne se reproduise pas. Or, une fois les dégâts réparés, une question reste posée : pourquoi là, justement ? Comment se fait-il que le forage exploratoire en cause dans l’inondation du tunnel du RER A se situait en dehors du volume prévu pour la future gare du RER E ? La direction d’Eole nous indique qu’elle n’est pas en mesure de répondre à notre question. « En effet, une enquête a été diligentée, elle devra bien entendu déterminer les circonstances de cet incident ». D’autre part, comme le fait remarquer un spécialiste des travaux publics, les engins permettant d’effectuer de tels sondages étant « instrumentés » pour déceler les particularités du sous-sol, vide ou résistance inattendue. Afin justement, de pouvoir s’interrompre en cas d’imprévu. Toujours est-il que trois experts viennent d’être nommés ; leur rapport préliminaire doit être remis d’ici au 11 novembre à Elisabeth Borne et un rapport définitif est attendu d’ici la fin du mois.

    Patrick Laval

  • Ripage terminé à la gare RER B Arcueil-Cachan

    Ripage terminé à la gare RER B Arcueil-Cachan

    Lancée ce 2 novembre à 2h18, l’opération de ripage en gare d’Arcueil-Cachan du RER B s’est achevée à 9h58. En moins de huit heures, un pont-dalle de 40 m de long pour un poids de 3 000 tonnes a été déplacé sur 26 mètres pour venir s’insérer dans l’alignement des voies et des quais du RER au-dessus du chantier de la gare de la ligne 15 Sud du futur métro du Grand
    Paris Express, à construire par la Société du Grand Paris.
    Ces travaux de ripage, réalisés sous maîtrise d’ouvrage RATP et financés par la Société du Grand Paris, nécessitent l’interruption totale des circulations du RER B entre les gares de Laplace et de Bourg-la-Reine du 1er au 5 novembre inclus, en tirant profit des vacances scolaires. En effet, plusieurs jours sont maintenant nécessaires pour reposer la voie du RER et réaliser les opérations de câblage (la caténaire, en revanche est restée en place durant toute l’opération). Les trains devraient à nouveau circuler de bout en bout sur le RER B dès le lundi 6 novembre au matin, avec une limite temporaire de vitesse durant les deux premiers jours après la reprise du service.
    Patrick laval

  • Bilan satisfaisant pour Navly, « vitrine mondiale » du véhicule autonome

    Bilan satisfaisant pour Navly, « vitrine mondiale » du véhicule autonome

    Après 13 mois de fonctionnement dans le nouveau quartier Confluence de Lyon, la navette autonome Navly a enregistré une fréquentation de 22 000 passagers, soit une soixantaine de personnes par jour en semaine et plus de 200 le samedi. Aux employés des entreprises se sont donc joints touristes et promeneurs du musée et des balades en bord de Saône. En outre, 70 délégations, dont deux-tiers étrangères sont venues voir de plus près cette « première mondiale » mise en œuvre* par la société mixte créée par Navya et Keolis, avec le soutien du Grand Lyon et du Sytral. Un service assuré par deux véhicules électriques de 15 passagers sur un itinéraire de 1,350 kilomètre avec cinq arrêts.

    L’expérimentation est jugée suffisamment concluante pour être reconduite en 2018, sous réserve des autorisations officielles. Pour Christophe Sapet et David Kimelfeld, les présidents de Navya et de la Métropole de Lyon, les freins au développement sont d’ailleurs moins techniques que réglementaires et ils souhaitent une évolution de la législation qui nécessite actuellement l’accord de six administrations différentes. Si Lyon étudie une nouvelle navette à Perrache, Navya est actuellement présent sur une quarantaine de sites dans le monde. Signe de l’intérêt pour les navettes autonomes : 55 véhicules ont été produits dans l’usine de Vénissieux en 2017, ils devraient être 150 en 2018, sans compter ceux de l’usine implantée dans le Michigan au printemps prochain. Tous intégreront les innovations du nouveau véhicule Arma Navya (climatisation, amélioration de l’architecture des capteurs, du contournement d’obstacles fixes, de l’interface avec les feux de circulation, appli mobile pour la géolocalisation de la navette, etc.) qui sera présenté le 7 novembre.

    Claude Ferrero

  • Eole : incident de chantier, RER A paralysé

    Eole : incident de chantier, RER A paralysé

    Près de la Porte Maillot, l’entreprise chargée des travaux de prolongement d’Eole (RER E) a heurté lundi matin lors d’un sondage le tunnel du RER A. D’où une brèche d’une quinzaine de centimètres de diamètre dans la voûte du RER A, inondant les voies de ce RER exploité par la RATP. C’est-à-dire la ligne ferroviaire la plus fréquentée d’Europe avec un million de voyageurs par jour. La circulation a été coupée lundi à 12h50 entre les gares de la Défense et d’Auber. Le trafic ne reprendra pas mardi, a annoncé la RATP, précisant que le « meilleur scénario consistait en une reprise mercredi matin ». Une reprise du trafic « ce mardi soir, ce n’est pas un scénario réaliste », a reconnu Jean-Marc Charoud, directeur de l’ingénierie à la RATP, selon l’AFP. « Vu l’ampleur des travaux, notre meilleure prévision, c’est demain (mercredi) matin », a-t-il ajouté. A 17h35, la RATP twittait :

     

     Une cellule de crise a été mise en place lundi entre la RATP, Eole, la maîtrise d’œuvre (groupement SED, avec Egis pour ce tronçon), et Bouygues, responsable de ce chantier, afin de colmater la brèche au plus vite et de rétablir la circulation.

    Selon Arnaud Lamarsaude, responsable d’astreinte d’Eole, une première opération de colmatage provisoire de la brèche, reposant sur un assemblage de cales en bois (pardon pour les ingénieurs si nous simplifions à l’extrême), n’a pu être mise en œuvre vu la pression de la nappe phréatique. Deuxième solution, aujourd’hui retenue, « le recours à des résines qui durcissent au contact de l’eau, ce qui permettrait de colmater provisoirement la faille en attendant que soit coulé du béton ».

    La RATP doit attendre que ce colmatage soit effectué, ce sur quoi elle dit ne pas avoir « de visibilité », avant d’effectuer les travaux de nettoyage et de vérification sur la portion concernée, qui représente une grosse cinquantaine de mètres, sur lesquelles se sont déversées des tonnes de sable et d’eau. Une portion de ligne dont les voies et le ballast ont été renouvelés à l’été 2016.

    En attendant le retour à la normale, la RATP a renforcé plusieurs lignes de métro – la 1, la 2, la 6, la 9 et la 14 – et mis en place de navettes de bus de substitution entre La Défense et la station Charles de Gaulle-Etoile. 

    Le site de la  Porte Maillot, où a eu lieu l’incident, est extrêmement contraint. La gare doit y trouver sa place au chausse-pied. Eole va passer entre le parking du Palais des congrès et la ligne 1 du métro. Pas à proximité immédiate du RER A, cependant. Mais des travaux de reconnaissance ont lieu plus au sud, non pas à l’emplacement même de la gare, mais à la limite de ses emprises, où doit être réalisé un mur de soutènement.

    Elisabeth Borne s’est rendue sur le site mardi après-midi pour inciter les entreprises à « remettre  au plus vite la voûte de ce RER en état, de façon à permettre à la RATP de faire ses propres travaux pour réparer les dégâts ». Et la ministre chargée des Transports a appelé « à la plus grande vigilance dans la poursuite de ce chantier ».  Chantier que l’on sait très délicat avec, par exemple,  l’insertion de la future gare de La Défense sous le Cnit.

    Valérie Pécresse,  dans un communiqué publié mardi-matin  a souhaité «  que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes de l’incident de chantier grave et paralysant du RER Eole. La présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités a adressé ce mardi un courrier en ce sens à Patrick Jeantet, président de SNCF Réseau. Valérie Pécresse s’est entretenue lundi 30 octobre avec Catherine Guillouard, PDG du groupe RATP pour s’assurer que « des mesures immédiates de substitutions pour les voyageurs soient mises en place à la hauteur des besoins ».

    Ile-de-France Mobilités auditionnera le 15 novembre les présidents de la RATP, de la SNCF et de SNCF Réseau « afin d’éclaircir les raisons des incidents à répétition qui entravent le bon fonctionnement des RER et qui entrainent des difficultés de transport pour les voyageurs. »

    Le terme « incident à répétitions » vise notamment la panne d’un transformateur dans la sous-station de Drancy qui a, plusieurs jours de la semaine dernière (voir ci-dessous), nettement affecté les fréquences du RER B exploité conjointement par la SNCF et la RATP.

    Ces incidents illustrent la grande fragilité du système de transports francilien qui risque d’être victime au cours des prochaines années d’une double peine : la vétusté de certaines installations qu’il faut rénover d’urgence, et la gêne quotidienne que vont occasionner les chantiers de développement ou de rénovationsurtout en cas d’incident. Pierre Garzon, vice-président Transports du département du Val-de-Marne, pense d’ailleurs qu’il faudrait mettre en place, pour une bonne dizaine d’années, une cellule de crise permanente, gérant toutes les difficultés quotidiennes que vont créer les chantiers… Sans même parler de « tuiles » comme celle qui vient de tomber sur les RER E et A.

    Le sérieux incident de chantier d’Eole n’est pas une première. Lors du prolongement de la ligne 14 de la RATP, la « boîte » de la future station Porte-de-Clichy a été totalement inondée. Sans conséquence pour les voyageurs, mais très pénalisant pour le calendrier du chantier. La RATP, avec les entreprises responsables du chantier, Eiffage et Razel-Bec, a revu le calendrier. Et a fait de même, au-delà de l’incident lui-même, avec l’ensemble des entreprises mobilisées sur ce projet. Pour essayer de rattraper une partie du temps perdu, évalué à 13 mois (juin 2016 – juillet 2017).

    Les précédents grands travaux en Ile-de-France, avec le forage du prolongement de Méteor (ligne 14) et de la première partie d’Eole (RER E) avaient connu aussi des déboires : affaissement d’immeubles rue Papillon (Eole, 1995), effondrement de la cour de l’école Auguste Perret, dans le 13ème (prolongement de Méteor, 2003 ). Paris est un gruyère. Et en plus, c’est un gruyère avec plein d’eau dedans.

    FD

  • RER B : une avarie de transformateur limite la fréquence des dessertes

    RER B : une avarie de transformateur limite la fréquence des dessertes

    Près d’un an après une série de ruptures de caténaires, la partie nord de la ligne B du RER francilien, gérée par SNCF Réseau, a été impactée fin octobre par une autre catégorie de panne touchant l’alimentation électrique. Le matin du 24 octobre, une avarie technique a mis hors service un transformateur de la sous-station de Drancy alimentant les voies d’Aubervilliers à Sevran-Livry (tronc commun du RER B et amorce de la branche de Mitry), ainsi que la branche de Roissy-CDG et la partie nord de la Grande Ceinture fret. Le trafic a pu être rétabli rapidement grâce à une intervention d’experts qui, après analyse de la situation, ont pu déterminer la nature des opérations de réparation nécessaires et estimer leur délai de mise en œuvre. En attendant la remise sous tension du transformateur de la sous-station de Drancy, la décision a été prise d’adapter le plan de transport dès l’après-midi du 24 octobre en limitant les circulations du RER B en heure de pointe, c’est-à-dire entre 7h et 9h, puis entre 16h30 et 20h. Sur ces deux créneaux horaires, jusqu’au 27 octobre compris, seuls trois trains sur quatre circulaient au nord de la gare de Paris-Nord, avec dessertes omnibus du tronc commun pour les trains de la branche de Roissy-CDG. Cette réduction de la fréquence s’est répercutée sur la partie sud du RER B, gérée par la RATP, où quatre trains sur cinq circulaient au sud de la Gare du Nord aux heures de pointe, évitant ainsi un déséquilibre des dessertes sur les deux parties de la ligne.

    Les investigations achevées le vendredi 27 ont permis de remettre le transformateur en tension et de procéder aux derniers essais durant le week-end, autorisant une reprise du trafic nominal en heure de pointe sur le RER B le lundi 30. Par chance, l’avarie du transformateur de Drancy s’est produite en cours de vacances scolaires, période durant laquelle les heures de pointe sont moins marquées. (Cette période de congés a également été choisie pour une autre coupure sur le RER B, planifiée cette fois. En effet, le ripage d’un pont-dalle en gare d’Arcueil-Cachan interdit toute circulation sur la partie sud entre Laplace et Bourg-la-Reine du 1er au 5 novembre.)

    Quant au transformateur de la sous-station de Drancy, il « doit être remplacé et redondé par des équipements plus puissants » selon la direction régionale Ile-de-France de SNCF Réseau, que nous avons contactée. Mis en service en 1984, ce transfo est censé être en pleine mi-vie, vu qu’il doit fonctionner « une moyenne de 50 à 60 ans ». Mais afin de répondre à la croissance à venir des trafics dans le Nord parisien (RER, mais aussi CDG Express) et d’augmenter le niveau de fiabilité, le transformateur de Drancy doit faire l’objet d’une modernisation « indépendamment de l’incident du 24 octobre et dans le cadre d’un programme de fiabilisation sur l’ensemble de l’Ile-de-France ». Chiffrée à neuf millions d’euros, financés par SNCF Réseau sur fonds propres, cette opération est programmée « pour juin 2018 », selon le gestionnaire de l’infrastructure, qui précise que le nouveau transformateur, conçu et fabriqué pour cette modernisation, fait actuellement l’objet de tests en usine.

  • Eckwersheim : Maître Chemla demande la mise en examen de SNCF et de Systra

    Eckwersheim : Maître Chemla demande la mise en examen de SNCF et de Systra

    Le parquet a communiqué samedi 28 octobre aux familles et aux victimes de l’accident d’Eckwersheim les conclusions définitives de l’enquête judiciaire sur la catastrophe ferroviaire. Le déraillement du TGV d’essais sur le deuxième tronçon de la ligne nouvelle TGV Est avait fait 11 morts le 14 novembre 2015. Maître Gérard Chemla, avocat de familles des victimes de l’accident, a demandé la mise en examen de la SNCF et de Systra. « Nous avons enfin les conclusions qui devraient permettre au juge d’instruction de continuer son information et de mettre en examen des personnes morales »a-t-il dit au micro de France Bleu Alsace. Jusqu’à présent, deux salariés de la SNCF et un salarié de Systra, la filiale chargée des essais, ont été mis en examen le 12 octobre 2016 pour homicides et blessures involontaires. On ne serait pas surpris que la SNCF soit mise en examen d’ici la fin de l’année.

    Selon la presse régionale, l’enquête judiciaire pointe l’inexpérience des personnels chargés de faire les essais en survitesse, le manque de formation de ces personnels, le manque de coordination avec la SNCF et de briefings pour préparer les essais, le manque de rigueur dans l’organisations des essais. L’équipage de conduite ne disposait ni des informations suffisantes ni des compétences requises pour conduire ces essais. Les conclusions sont accablantes mais ne surprennent pas. Elles confirment le rapport d’étape déjà publié. La SNCF de son côté avait, juste après l’accident, déjà pointé une « vitesse trop importante » provenant d’une « séquence de freinage tardif ». Le 8 février 2016, le rapport d’étape du BEA TT, jugeant que « la vitesse très excessive de la rame était la cause unique du déraillement » allait dans le même sens, ainsi que l’audit indépendant confié à des personnalités extérieures, dit rapport Lacoste. La SNCF a mis en œuvre les recommandations issues des rapports du BEA-TT et du rapport Lacoste, et modifié les procédures des essais. Notamment en interdisant la présence à bord de personnes étrangères aux essais et en installant dans les rames d’essai une boucle de rattrapage spécifique qui déclenche le freinage d’urgence en cas d’accident. En mai denier, le BEA TT publiait son rapport définitif et la SNCF s’engageait a mettre en œuvre l’ensemble des recommandations formulées.

    Si la survitesse est sans aucun doute la cause de l’accident, reste à comprendre comment la survitesse est possible. Un rapport confidentiel interne, commandé par le CHSCT de Systra au cabinet Technologia, avait par exemple, le 26 août 2016, relevé quatre points particulièrement inquiétants. Le premier, l’inactivation des systèmes de contrôle de vitesse. Le second, l’organisation des essais ; avec des documents trop approximatifs, le troisième, le manque de rigueur sur les relations entre les salariés de Systra et les agents SNCF ; et, le quatrième : la présence de sept personnes en cabine. Remarquons toutefois, sur le premier point que les essais en survitesse étaient jusqu’alors la règle avant la mise en service des LGV, survitesse qui nécessitait précisément que les systèmes de contrôle soient désactivés. Mais ce qui ne fait qu’ajouter à l’extrême rigueur requise par les essais. Rigueur que les essais de ce 14 novembre n’ont pas observée.

    FD

  • Les autocars et le marché voyageurs longue distance : un jeu «  perdant-perdant  » ?

    Les autocars et le marché voyageurs longue distance : un jeu «  perdant-perdant  » ?

    Par Yves Crozet, Université de Lyon (IEP)
    Laboratoire Aménagement Economie Transports

    Depuis l’été 2015, les services d’autocars à longue distance ont été déréglementés en France par ce qu’il est convenu d’appeler la « loi Macron ». Emboîtant le pas de l’Allemagne, qui avait pris la même décision en 2012, les initiateurs de ce projet, amorcé dès la fin de la présidence Sarkozy pour les liaisons internationales, s’inspiraient du modèle anglais, où la déréglementation date du début des années 80. Sur cette base, lors des débats à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Economie avait laissé entendre que cette nouvelle activité pouvait créer jusqu’à 20 000 emplois. Nous en sommes loin puisqu’en juin 2017, l’Arafer estimait à environ 2 000 le nombre d’emplois liés aux nouveaux services d’autocar. Même si l’activité se développe encore, une multiplication par dix est plus qu’improbable.

    La question se pose donc de savoir si les bénéfices de la libéralisation de ce secteur n’ont pas été surestimés, tout comme la demande potentielle. Nous n’adoptons pas une position critique de principe contre cette loi. Elle était nécessaire pour des raisons sociales, réduire le coût de la mobilité pour les ménages modestes. Les arguments économiques comptaient également : ouvrir à la concurrence le marché de la longue distance. Mais cela n’interdit pas, au contraire, de regarder comment s’organise désormais ce marché. Quel rôle y jouent les autocaristes ? Comment expliquer les pertes accumulées par les trois opérateurs encore en activité ? Quelle sera la structure du marché de la longue distance à terme ? Sachant que la SNCF déploie une stratégie puissante visant à contrer les offres des autocars et de BlaBlaCar, pourra-t-on éviter une configuration « perdant-perdant » ?

  • Les nouveaux défis de la sûreté

    Les nouveaux défis de la sûreté

    La sûreté est l’une des priorités des transporteurs. Avec la montée de la menace terroriste, comment les transports s’adaptent-ils à ce nouveau risque ? Comment concilier au mieux sûreté et mobilité ? VR&T Evénements a posé ces questions aux directeurs sécurité de la SNCF, de la RATP, d’Aéroport de Paris et au directeur général d’Itirémia.

    « Pour faire face aux enjeux de sécurité et de sûreté, la SNCF emploie 3 000 personnes formées, assermentées et armées », explique Céline Sibert, la directrice de la Sûreté. La SNCF a aussi installé des caméras et utilise des drones. « Nous réalisons 12 millions de voyages par jour dans des espaces ouverts, ce qui fait de nous une cible potentielle pour les terroristes », rappelle de son côté Stéphane Gouaud, directeur de la Sécurité à la RATP. Pour sécuriser ces voyages, la régie s’appuie sur 6 000 agents de station, 1 000 agents internes de sécurité et sur 40 000 caméras.

    Dans les aéroports, tout est pensé pour sécuriser les avions. Mais les voyageurs arrivant d’abord dans des aérogares, ouvertes à tous, les questions de sûreté sont identiques à celles qui se posent dans les grandes gares ferroviaires. « On y trouve des militaires du dispositif Sentinelle, 2 700 policiers de l’air et des frontières, des agents de surveillance générale, chargés de faire ouvrir sacs et manteaux, et des services de renseignements, énumère Alain Zabulon, directeur de la Sûreté, du Management des risques et de la Conformité d’Aéroports de Paris. Le passager se rend ensuite aux contrôles, où l’on scanne ses bagages cabine et où il passe sous un portique. Ces vérifications répondent à une procédure normée au niveau international. Passé cette zone, il accède à la zone d’embarquement à accès restreint. Depuis novembre 2015, les contrôles à l’entrée et la sortie de l’espace Schengen ont été généralisés, ce qui a rallongé les procédures, car la police aux frontières (PAF) ne se contente plus de vérifier les passeports, elle interroge des fichiers à distance. » Pour réduire les temps de contrôle, ADP a mis en place 37 sas automatiques pour les détenteurs de passeports à puce biométrique. Leur nombre sera doublé l’an prochain, et ADP passera à la reconnaissance faciale pour augmenter la fluidité. « L’objectif est que 90 % des voyageurs passent l’inspection filtrage en moins de dix minutes. »

    Sébastien Budillon est directeur général d’Itirémia, une filiale de la SNCF qui fait travailler, selon la saison, entre 600 et 2 000 collaborateurs assurant des prestations d’accueil, d’assistance et d’accompagnement des voyageurs pour le compte de la SNCF ou d’Air France. « Nous avons une double sensibilité à la sécurité et la sûreté, et une compétence sur la partie fluidité des flux de voyageurs. Nos prestations d’assistance s’articulent autour de moyens humains et d’équipements qui visent à faciliter l’accès à la gare et aux services. Le contact humain permet de donner des consignes, mais également de recevoir des questions et de distiller une forme de réassurance pour le compte des gestionnaires de plateformes pour lesquels nous travaillons », indique Sébastien Budillon.
    Comment garantir la protection des données privées ?

    Les attentats ont changé les mentalités. Il y a quelques années, l’utilisation de caméras faisait débat, maintenant cela rassure. Même chose pour l’inspection visuelle. Il n’y a pas si longtemps on n’aurait pas accepté d’ouvrir son sac ou son manteau pour des inspections, désormais on s’y plie volontiers, rappelle Céline Sibert. Aujourd’hui les industriels travaillent sur des projets de caméras capables de détecter le stress ou de rapprocher les individus filmés avec le fichier des personnes recherchées…

    La RATP teste des algorithmes de détection des signaux anormaux pour pouvoir utiliser les images de ses 40 000 caméras pour faire de la prévention. « Attention à ne pas sous-estimer la complexité juridique qu’il y aura derrière les projets qui se développent, prévient Alain Zabulon, car dès lors qu’il y a collecte des données personnelles, le Cnil va s’en mêler, et ce sera à l’Etat de prendre position. »

    Quelle formation pour les agents chargés de la sécurité ?

    Lors de leur recrutement, les agents de sécurité SNCF suivent une formation de quatre mois sur les techniques d’intervention, le tir, la déontologie, mais aussi en droit pénal. Une fois en poste, ils bénéficient de formations complémentaires plusieurs fois par an. Comme la loi Savary permet à ces agents d’agir en civil armé, leur formation a été complétée par un stage de quatre jours sur cette technique d’intervention.

    « La RATP recherche 110 agents de sécurité, mais nous sommes très sélectifs. Nous avons besoin de 65 CV pour trouver un candidat qui réponde à nos exigences », indique Stéphane Gouaud. Ces agents suivent une formation qui a été modifiée pour tenir compte de la menace terroriste et de la loi Savary qui leur permet d’effectuer fouilles et palpations. « Les 4 700 agents de sécurité aéroportuaire chargés de l’inspection et du filtrage des bagages en soute à ADP font l’objet d’une habilitation du centre national des activités privé de sécurité avant de suivre une formation de plusieurs semaines qui leur permet d’être embauchés. ADP procède alors à une nouvelle enquête, tandis que les équipes cynophiles qui interviennent sur nos aéroports sont certifiées par l’aviation civile », décrit Alain Zabulon. « Nos collaborateurs opérant dans l’espace bagages objets trouvés suivent une formation de 130 heures sur la sécurité du bagage, la lecture de l’imagerie et bénéficient d’un recyclage régulier, décrit Sébastien Budillon. Pour assurer notre mission au contact du public, nous faisons suivre à nos agents une formation de sécurité complétée depuis trois ans par de la sensibilisation à la sûreté. »

    Quid des menaces internes ?

    « La loi Savary permet de procéder à une enquête administrative pour certains salariés sur certains postes, ou en cas de doute. On utilisera cette faculté pour des postes sensibles. C’est un progrès conséquent », estime Stéphane Gouaud. « Nos salariés travaillant pour les consignes et objets trouvés font aussi l’objet d’une enquête », poursuit Sébastien Budillon, tout en reconnaissant que pour les recrutements pour des missions de courte durée, les vérifications ne peuvent se faire.

    « Le métier d’agent de sûreté aéroportuaire est l’un des plus surveillés : ces agents travaillent sous une caméra, font l’objet d’enquêtes, de contrôles inopinés. Après trois manquements à la procédure, ils ont obligation de suivre une formation, et s’ils échouent à cette formation, ils peuvent perdre leur emploi », souligne Alain Zabulon. ADP fait aussi appel à des visiteurs mystère pour détecter les faiblesses.

    Comment sont traités les colis suspects ?

    Sur les six premiers mois de l’année, 5 000 bagages abandonnés ont été signalés à la SNCF. « En Ile-de-France, 4 900 bagages suspects ont impacté 1,5 million de voyageurs, précise Céline Sibert. Dans la quasi-totalité des cas, il s’agit d’oublis, mais on ne peut pas laisser passer un doute, on va toujours jusqu’au bout de la procédure. » Ce qui implique parfois d’avoir à évacuer des gares, ou d’interrompre la circulation. Pour lutter contre ce fléau, la SNCF utilise des chiens formés à détecter la présence d’explosif. Ils ont permis de réduire le temps d’intervention de 52 à 11 minutes.

    A la RATP on recense sept colis suspects par jour. La « levée de doute » se fait aussi avec des équipes cynophiles. « Les chiens ont permis de diminuer le taux d’interruption de trafic de 60 à 25 % », signale Stéphane Gouaud.
    « Dans les aéroports, les bagages abandonnés sont un cauchemar, car à chaque signalement il faut mettre en place un périmètre de sécurité et attendre les démineurs. Chaque intervention dure en moyenne 52 minutes », se désole Alain Zabulon. Car il s’agit le plus souvent de bagages abandonnés par des voyageurs qui ont préféré se délester d’une partie de leurs affaires plutôt que d’avoir à payer les taxes de surcharge. Pour réduire le nombre d’intervention, ADP voudrait expérimenter un système de vidéo traçant le propriétaire du colis abandonné, ce qui permettrait d’intervenir rapidement en lui infligeant une amende et en l’obligeant à reprendre son bagage avant qu’il ne passe le contrôle de sécurité. « Mais c’est encore de la science-fiction », reconnaît le directeur de la Sûreté.

    Quel coût pour les transporteurs ?

    ADP y consacre 500 millions par an provenant de la taxe de sécurité de 11,5  euros prélevée sur chaque billet d’avion. Cette taxe finance les 4 700 agents et les équipements. « Cette dépense est restée contenue dans le temps, parce que nous avons gagné en productivité et mis en concurrence nos partenaires. Mais pas question de faire des économies sur ce poste », assure Alain Zabulon.

    De leur côté, RATP et SNCF s’accordent à reconnaître une facture élevée, mais sans en donner une estimation globale. « A la RATP, le budget sécurité s’élève à 100 millions annuels, mais sans prendre en compte le personnel », explique Stéphane Gouaud. « A la SNCF, il y a des financements supportés par le propriétaire des gares, par SNCF Réseau, ainsi que des conventions d’exploitation qui concourent au financement du personnel ou à la mise en place de dispositifs, sans compter la sécurité privée… En agrégeant tout ça on aurait des sommes conséquentes que je n’ai pas », affirme Céline Sibert.

    Bientôt un PC unique

    En attendant de nouveaux progrès technologiques, les transporteurs se félicitent du projet de mise en place d’un commandement unique pour toutes les forces de sécurité de la police, de la préfecture, de la RATP, de la SNCF ainsi que des réseaux de grande couronne prévu pour 2019.

    Toutes les informations, issues de la vidéosurveillance ou des ondes radios, y seront centralisées dans le but d’améliorer la sécurité tous ensemble. C’est un impératif car comme le rappelle Alain Zabulon : « La menace terroriste va durer, d’où la nécessité d’élever notre niveau de résilience et de ne plus seulement se reposer sur l’Etat. L’époque de paix est révolue et l’Etat a besoin de relais dans la société civile, de pouvoir s’appuyer sur la police municipale et la sécurité privée qui auront un rôle de plus en plus important pour faire face aux menaces. C’est un défi qui s’inscrit dans la longue durée. »

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • Alstom-Siemens : les zones d’ombre d’une bonne nouvelle

    Alstom-Siemens : les zones d’ombre d’une bonne nouvelle

    Par Gilles Savary, ancien député socialiste de la Gironde, rapporteur de la loi de réforme ferroviaire et de celle sur la sécurité et la fraude dans les transports.

     

    Lancée par une tribune publique de quatre parlementaires français reprise par Alain Juppé, l’idée de création d’un Airbus du rail se profile au moment où l’on ne l’attendait pas.

    Comme souvent en matière européenne, à l’instar du traité constitutionnel européen en 2005, cette idée française fait l’objet de vives oppositions et controverses françaises.

    En cédant de fait ses « parts optionnelles » dans Alstom Transport à Siemens, l’Etat français est accusé de privilégier une aventure étrangère aux dépens d’un champion français.

    S’il est une chose qui n’est pas contestée, c’est la nécessité, et même l’urgence, d’une consolidation d’Alstom Transport face aux géants asiatiques qui pointent leur nez sur le marché européen. Le japonais Hitachi a déjà mis un pied en Europe en absorbant l’essentiel des activités ferroviaires de l’italien Ansaldo et en vendant des trains à grande vitesse à la Grande-Bretagne. Il contrôle désormais l’entreprise de signalisation italienne Ansaldo STS, leader du fameux système de signalisation ferroviaire ERTMS. C’est une entreprise de Hongkong, MTR Corporation, qui a délogé le français Veolia du métro de Stockholm. La fusion des deux opérateurs chinois CSR et CNR, le 30 décembre 2014, en un géant mondial redoutable, déjà très impliqué dans la création d’une prometteuse « Route de la soie ferroviaire » entre la Chine et Hambourg, et qui a mis la main sur les activités ferroviaires du tchèque Skoda, ne pouvait laisser les Européens indifférents. Une fusion entre Siemens et Alstom est infiniment préférable au « picorage » asiatique d’une industrie européenne en ordre dispersée, et à l’éventualité d’un rapprochement opportuniste entre Siemens et les Chinois. Et s’il faut envisager ultérieurement de prendre pied en Asie, le nouveau groupe européen disposera des moyens d’une telle ambition, qui n’est pas aujourd’hui à la portée de nos « champions nationaux » européens.
    Berceau du chemin de fer, l’Europe ne comptait pas moins d’une quinzaine de producteurs de matériels roulants ferroviaires, pour la plupart autocentrés sur leurs étroits marchés domestiques, avant que les industriels asiatiques ne s’y intéressent pour en faire leurs têtes de pont européennes.

    Alstom Transport est dans une position intermédiaire un peu paradoxale. Particulièrement dynamique et offensive sur les marchés extérieurs avec un carnet de commandes de l’ordre de 24 milliards d’euros, ses usines françaises quasi exclusivement dédiées au marché intérieur avec une gamme limitée à deux trains, le Régiolis pour les TER et le TGV pour les grandes lignes, sont confrontées à l’épuisement du modèle économique du TGV, et par conséquent de son « droit de tirage » politique sur une SNCF surendettée par l’investissement en LGV, qui a dû de surcroît déprécier plus de 12 milliards d’actifs en 2016 du fait d’un « suréquipement » en TGV.

    On ne peut s’empêcher de penser que la fusion Alstom-Siemens procède d’une convergence d’intérêts entre, d’une part, le gouvernement français en recherche de cash dans le cadre de son programme de redressement budgétaire, Alstom dont les pressions sur la commande publique nationale atteignent des limites mises en lumière par l’épisode du « chantage » à la fermeture du site de Belfort, et d’autre part la nécessité de créer un géant européen dimensionné pour affronter la concurrence asiatique qui se profile.

    Pour autant, cette opération n’est pas de même nature que la création d’Airbus. D’abord, parce qu’il s’agit d’une opération gigogne d’échange-acquisition d’actions, somme toute classique, et non pas d’un programme intergouvernemental volontariste, sous contrôle stratégique initial des gouvernements. Ensuite parce que de nombreux autres opérateurs européens, et non des moindres comme le français Thales en matière de signalisation, ne sont pas de la partie ! Sans compter les industriels suisses, britanniques, espagnols, roumains, polonais et tchèques qui ne sont pas quantités négligeables. Enfin parce qu’elle intervient dans un secteur industriel à maturité qui ne présente ni les mêmes caractéristiques pionnières, ni les mêmes perspectives de marché que l’aéronautique civile à l’aube d’Airbus.

    S’il n’est pas interdit d’espérer que le rapprochement Alstom-Siemens en agglomère d’autres, il est fatal que cette consolidation prometteuse entraîne ultérieurement des restructurations, qui, pour l’instant, demeurent l’angle mort du dossier.

    Il n’est donc pas étonnant que cette annonce – qui revient à sortir Alstom de son illusoire cocon colbertiste et à préparer l’industrie ferroviaire européenne à l’agressivité de concurrents asiatiques désormais à demeure sur le marché européen, et à niveau pour lui tailler des croupières sur le marché mondial – fasse l’objet d’interrogations voire de craintes.

    Il est en effet très difficile aujourd’hui d’imaginer comment vont se répartir à terme les sites de production, les charges et les emplois du futur groupe, à la différence du « modèle » Airbus qui a constamment veillé à distribuer les plans de charges industriels de façon équitable entre les usines des différents pays du consortium.
    Certes l’alternative d’une nationalisation d’Alstom, qui reviendrait à la maintenir à une taille sous-dimensionnée par rapport aux conditions actuelles de la concurrence mondiale, et à enfermer un peu plus ses usines françaises dans un marché domestique saturé (sans compter les clauses de protection contre les entreprises publiques sur les marchés concurrentiels étrangers) procède de la plus pure illusion protectionniste en économie fermée.

    Les Anglais comme les Italiens nous ont démontré depuis longtemps que ce n’est pas tant la nature de la propriété qui garantit le mieux le maintien d’entreprises et d’emplois industriels dans nos vieux pays européens, que la capacité des Etats à y créer un climat et un environnement public propices à leur adaptation aux défis de la mondialisation des marchés.

    La fusion des activités transports des deux champions européens du ferroviaire est incontestablement une chance pour l’Europe de continuer à figurer au premier plan du vaste marché ferroviaire mondial. Pour être utile à la France, elle devra rompre avec le confinement national, devenu trop étroit, dans lequel Alstom a maintenu ses usines françaises et leurs emplois, et leur faire profiter enfin de ses remarquables performances à l’étranger.

    Mais, avouons-le, pour établir un parallèle crédible avec Airbus, il manque cruellement la dimension politique d’un accord industriel européen à ce dossier.