Résultats de recherche pour « LOM »

  • Inventivité et renouvellement pour les 20 ans de Sifer

    Inventivité et renouvellement pour les 20 ans de Sifer

    Lille Grand Palais accueillait pour la neuvième fois le salon Sifer. Une édition qui a également marqué les vingt ans de cet événement biennal, unique en France dans le secteur ferroviaire. Avec un second souffle, comme le montre la diversité des nouveautés exposées pendant trois jours.

    Entre conférences et exposition, les 5 400 visiteurs de la onzième édition du Sifer (soit 10 % de plus que lors de l’édition précédente) ont pu vérifier que la filière ferroviaire sait être inventive. Pour preuve, les nombreuses innovations présentées sur quelque 443 stands (en très légère hausse par rapport aux 436 de 2017). Les habitués étaient présents, telles les régions (Hauts-de-France, Ile-de-France, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté) ou les clusters (Mecateam, Neopolia, Mipyrail), mais aussi des entreprises comme DTK, spécialiste des prestations de mesure pour réseaux de tramways, qui a ajouté le Train jaune à sa liste de références en France. Certains exposants ont profité de l’occasion pour célébrer de grandes occasions, comme le spécialiste de la sécurité FS Group, qui a fêté ses dix ans. Il y avait également des nouveaux, comme Météo France, avec ses outils spécifiques pour l’exploitation ferroviaire (surveillance météo, solution Météorage, qui permet d’anticiper la foudre), le Ciffco, filiale formation de Getlink (ex-Groupe Eurotunnel), ou Bayer, qui propose, avec Socofer, ses solutions Smart Weeding System de maîtrise de la végétation sur les emprises ferroviaires.

    Camlin Rail

    Une inspection automatisée pour les pantographes

    Tous les spécialistes de la traction électrique savent à quel point le passage d’un pantographe endommagé peut être destructeur sur la caténaire. Proposé par l’entreprise nord-irlandaise Camlin Rail, le dispositif Pantobot 3D effectue une capture d’images du ou des pantographes lors des passages de trains (jusqu’à 350 km/h) et, par traitement de ces images, effectue une reconstitution 3D des archets, déclenchant une alarme en cas d’anomalie. Contrairement aux produits concurrents, à placer en surplomb de la caténaire, Pantobot 3D s’installe sur le bord de la voie, à hauteur suffisante.

    Rail Europe Solutions

    Une deuxième vie pour les traverses

    Produire des traverses, qu’elles soient en bois ou en béton, est une chose, que les sociétés regroupées au sein de Rail Europe Solutions savent déjà faire depuis longtemps. Mais depuis dix ans, Rail Europe Solutions réalise également des actions de collecte, de recyclage, de valorisation ou de réutilisation des éléments récupérés sur les voies ferrées (60 000 tonnes de traverses déclassées par an).

    Elag

    Un appareil portatif de mesure de profil de roue

    Avec l’appareil portatif Optimess WP, pas besoin de repasser au centre de maintenance pour effectuer une mesure par laser des caractéristiques géométriques des roues de matériel roulant ferroviaire. Une fois en contact avec le boudin de la roue (par exemple en étant posé sur le rail), cet appareil permet en effet, par scan laser, de mesurer le profil, le diamètre de roue et l’écartement des faces internes en quelques secondes, à haute précision (plus ou moins 25 µm). Environ 700 mesures peuvent être effectuées entre deux charges de batterie.

    ROV Développement

    Un robot nouvelle génération pour inspecter des ouvrages sous voie

    Habitué du Sifer et des grands prix, ROV Développement présentait cette année la nouvelle génération Tor 210 de son robot CameROV d’inspection des ouvrages sous voie, dont 11 exemplaires vont être livrés à SNCF Réseau.

    Vollert

    Un robot rail-route pour le triage

    Sur une des voies posées dans le hall d’exposition, l’allemand Vollert présentait son robot rail-route Vlex, radiocommandé et destiné aux activités de triage jusqu’à 300 tonnes. Pas mal pour un véhicule à batteries de 4,5 tonnes, qui profite des propriétés adhérentes de ses pneus et dont le guidage est assuré par des galets.

    Techni-Industrie

    Un bogie pour du transport de fret plus stable

    Sans en avoir l’air, ce bogie est nouveau ! Conçu, industrialisé et réalisé par Techni-Industrie, dans la Mayenne, le TI 2023 A (empattement de 1 800 mm, pour 22,5 tonnes par essieu et 100 km/h en charge en régime S) affiche une masse de 600 kg inférieure au bogie de référence Y25 et 88 à 150 kg de moins que les bogies concurrents à freinage intégré. Plus stable et moins
    sensible au déraillement, ce bogie flexidirectionnel », à châssis en H, est moins agressif pour la voie, donc réduit les phénomènes d’usure, de bruit, de fatigue et de contraintes mécaniques, contribuant à une plus grande fiabilité du transport de fret.

    Voith

    Un attelage automatique de type Scharfenberg pour le fret

    Sous la marque CargoFlex, Voith propose une version pour le fret de l’attelage automatique Scharfenberg, bien connu dans les transports publics depuis un siècle. Le vieux rêve d’automatiser l’attelage des wagons européens est ici réalisé par un système modulaire permettant de combiner les têtes d’attelage, tout en satisfaisant aux exigences de sécurité passive de la norme européenne EN 15227.

    Clearsy

    Un tapis qui localise les trains

    Bien connue pour ses dispositifs contribuant à assurer la sécurité dans le domaine ferroviaire, la PME française Clearsy présentait comme nouveauté son principe de localisation de train Rail-Map, par la simple pose d’un tapis entre les rails. De la sorte, il est non seulement possible de connaître la position des trains, mais aussi de détecter leurs mouvements, voire d’en configurer les courbes de freinage et points d’arrêt.

    Patry

    Un locotracteur 100 % électrique rechargeable

    Mine de rien, les nouveaux locotracteurs Patry peuvent remorquer jusqu’à 3 000 tonnes, soit plus que la plupart des trains de fret actuels en Europe,
    de 4 à 10 km/h. Avec leur masse de 16 à 45 tonnes, ces engins à deux essieux (modèle présenté) ou trois sont équipés de batteries de 220 kWh, rechargeables en huit heures. Doté de dispositifs de sécurité (Vacma, limiteur de vitesse, frein pneumatique, sécurité de surintensité, caméra, radiocommande, attelage automatique…), ce locotracteur peut produire jusqu’à 5 000 l/min d’air comprimé !

    Strail

    Des nouveautés pour la voie !

    Sur un des panneaux de voie mis à disposition des exposants, Strail a pu montrer à quel point l’environnement immédiat des rails reste un domaine dans lequel l’innovation n’a pas dit son dernier mot. Cette année, les rails étaient posés sur des traverses en plastique recyclé Strailway, qui s’usinent exactement comme de classiques traverses en bois. Discret, facile à installer et efficace (jusqu’à 6 dB(A) de moins), le minimur antibruit Strailastic_mSW est placé au plus près des émissions sonores, fixé aux traverses au bord de la voie, en limite du gabarit. Egalement présentée, la dalle anti-intrusion Strailgrid est désormais un classique.

    ACX Construction Ferroviaire

    Impossible de rater l’immense pelle rail-route sur pneus et la pelle rail-route sur chenille présentée par ACX Construction Ferroviaire !

    Knorr-Bremse

    Un étrier de frein compact et des matériaux de friction diversifiés

    Dans le domaine du freinage ferroviaire, il reste toujours des pistes d’innovation, comme le montre Knorr-Bremse, avec son étrier de frein compact RZTxs pour rames automotrices, qui se caractérise par son faible encombrement, ici avec une garniture de frein à disque en matériaux frittés. Le stand présentait également des matériaux de friction organiques pour garniture de frein à disque et semelles de frein.

    Thieme

    Des pupitres en polyuréthane aux normes européennes

    Spécialiste des pièces techniques et fonctionnelles en polyuréthane, Thieme réalise, entre autres, des pupitres aux normes EN 45545 pour les cabines de conduite de matériels roulants ferroviaires. Implanté à quelques kilomètres de l’Alsace, ce plasturgiste allemand compte sur la normalisation européenne pour que ses produits puissent franchir le Rhin. Mission réussie du point de vue notoriété, avec un pupitre bien visible sur son stand à Lille !

    Edilon Sedra

    Une solution de rénovation des blochets de voie

    Une voie comme neuve, c’est ce que promet la solution de remplacement des (bi-)blochets à chausson endommagés proposée par Edilon Sedra, comprenant la pose d’un nouveau blochet intégrant un plateau élastique.

    ITT

    Un connecteur modulaire « tout-en-un »

    Sur son stand, ITT a présenté un aperçu de ses connecteurs circulaires modulaires Move Modular Series. Ces organes de connexion, qui utilisent un ensemble de modules enfichables, permettent ainsi une multitude de configurations de contacts pour le transfert d’alimentation, de signaux et données au sein d’un même connecteur.

  • L’industrie ferroviaire après le veto européen

    L’industrie ferroviaire après le veto européen

    Siemens et Alstom voulaient créer un champion européen du ferroviaire. La Commission européenne en a décidé autrement. Les questions auxquelles souhaitait répondre la naissance d’un grand groupe restent ouvertes. Comment l’industrie européenne peut-elle rester leader dans le ferroviaire ? Faut-il un grand champion pour le faire ? Comment l’Union peut-elle se défendre face à des concurrents agressifs… dont les marchés sont plus verrouillés que le sien ? Le salon ferroviaire Sifer, à Lille, a permis à VRT, grâce à l’appui d’experts, de formuler les questions qui s’imposent.

    Le 6 février dernier la Commission européenne a « interdit le projet d’acquisition d’Alstom par Siemens ». La concentration, expliquait-elle, aurait porté atteinte à la concurrence sur les marchés des systèmes de signalisation ferroviaire et des trains à très grande vitesse.

    Aussitôt signifié – parfois même avant qu’il ne le soit – le veto s’est attiré des réactions très vives, de milieux économiques et politiques, venues surtout d’Allemagne et de France. Tout le monde cependant n’était pas mécontent. Bombardier publiait un communiqué se félicitant de la décision.

    Après les réactions à chaud, on en est rapidement venu à mettre en cause les règles actuelles de la concurrence. Argument : la Commission a jugé selon un droit obsolète ; il nous faut revoir les règles du jeu dans une économie mondialisée. C’est l’un des sujets des prochaines élections européennes. Face aux inquiétudes croissantes, pour sortir de l’alternative entre le protectionnisme national et l’Europe ouvertement libérale, on entend de plus en plus, en France au moins, le thème, très « en même temps », d’une « Europe qui protège ».

    La récente visite du président chinois Xi Jinping en Italie et en France a mis en lumière la menace chinoise qui a plané sur le dossier Alstom-Siemens. Et la réunion Merkel, Macron, Juncker, Xi Jinping, mardi 26 mars à l’Elysée, a permis de poser la question de règles plus « fair » du commerce international.

    De fait, à l’occasion du projet de fusion Alstom-Siemens, en lui-même fort important, se posent des questions vitales pour l’Europe. Faut-il un champion européen du ferroviaire ? Comment cette industrie peut-elle rester leader dans le monde ? Quelle menace représente la concurrence chinoise ? De quelle façon faut-il changer les règles du jeu européennes pour mieux protéger l’Union, dans ce domaine et dans d’autres ?

    Ces sujets sont très sensibles. D’où un paradoxe. On a envie d’en savoir beaucoup. L’assistance nombreuse au colloque organisé par VRT lors du Sifer l’a montré. Et pourtant, les principaux intéressés, les grands industriels, préfèrent pour le moment garder le silence. Le temps de rebâtir une nouvelle stratégie ou d’œuvrer pour de nouvelles règles du jeu.

    Malgré ce contexte délicat, certains experts ont accepté de s’exprimer dans notre colloque. Ils ont fait œuvre utile. Leurs approches – différentes de par leurs compétences, leurs analyses ou leurs convictions – ont permis, dans ce débat de haute tenue, non pas d’apporter des réponses définitives aux sujets du moment, mais de mieux poser les questions. Et, si la décision de la Commission était par eux diversement appréciée, tous invitaient l’Europe à trouver les bonnes réponses aux nouveaux concurrents. En indiquant souvent les mêmes pistes pour ce faire.

    Ombre chinoise sur le marché mondial

    Jean-Pierre Audoux, délégué général de la Fédération des industries ferroviaires, a pour commencer planté le décor, en faisant une description synthétique et précise de l’industrie ferroviaire mondiale. On en rappellera les principales données. Un marché en forte croissance, passé de 103 milliards d’euros en 2004 à 163 milliards en 2016 (dont 113 milliards accessibles). Des secteurs particulièrement dynamiques : métros automatiques, +8,5 % par an ; signalisation, +5 % par an.

    Géographiquement, deux marchés dominent : la zone Asie-Pacifique (nouvel équipement) et l’Europe de l’Ouest (renouvellement).

    Et dans cette industrie, indéniablement, la première place est occupée par la Chine, avec le constructeur CRRC et ses 30 milliards d’euros de CA dont on parle beaucoup et qui occupe largement le premier rang mondial. Mais il faut aussi tenir compte de CRCC (88 milliards d’euros dans les infrastructures, quatrième rang mondial) ou de CRSC (4,2 milliards dans la signalisation, troisième rang mondial). Et le pays fait d’énormes efforts de R&D. Jean-Pierre Audoux le souligne : « Si les Européens grâce au programme Shift2Rail ont mutualisé une partie de leurs efforts de recherche, leur ambition financière se limite à un milliard d’euros pour 23 grandes entreprises et quelques dizaines de PME retenues sur les “open calls“. CRRC à lui seul consent en R&D 1,3 milliard d’euros par an – dont environ 250 millions d’euros de subventions de l’Etat : son programme annuel est supérieur d’un tiers à six ans de programme Shift2rail ! »

    Les acteurs diffèrent par la taille. De plus, souligne Jean-Pierre Audoux, « les grands leaders mondiaux n’ont pas le même profil ». Se côtoient des pure players, dont l’activité de construction de matériels et équipements ferroviaires est l’essentiel (Alstom, bien sûr, mais aussi CAF, Stadler, Railtech, Vossloh, Talgo… et CRRC), des filiales de conglomérats (Siemens, Thales, Hitachi, Rotem-Hyundai), ou des acteurs bisectoriels comme Knorr-Bremse, Bombardier.

    Aussi divers soient-ils, tous font du marketing, de la recherche et de l’innovation et cherchent « des domaines où ils vont faire des percées ». Digitalisation du réseau, train autonome, nouvelles technologies de propulsion, services, systèmes clés en mains, ingénierie financière… Qu’il s’agisse de mettre au point un train à batterie, un train hydrogène, ou l’utilisation de capteurs sur le réseau, cela ne se fait pas sans recherche et innovation. Or, remarque Jean-Pierre Audoux, « on n’est pas forcément capable de la faire tout seul et dans tous ces domaines ».

    Shift2Rail 2 est en préparation. Le délégué général de la FIF souhaite « une dimension intrinsèquement supérieure » par rapport au premier programme. Car, dit-il, « nous en avons grand besoin en Europe, au-delà de savoir qui s’allie avec qui ». Il faut mutualiser au niveau européen un maximum de la recherche et de l’innovation sur les programmes qui ont du sens pour l’avenir du mode ferroviaire. D’autant que ce mode n’est pas seul… Et que les autres modes de transport, à commencer par la route, ont plutôt pris de l’avance, ne serait-ce qu’en termes d’image. Le train de demain n’a pas le choix : il sera intelligent et écologique ou ne sera pas. A la FIF, on fait le pari qu’il le sera. Mais cela ne se fera pas tout seul…

    Certes, reconnaît Philippe Leguay, « le géant industriel mondial du ferroviaire est bien chinois ». Mais « la Chine est colossale, et 90 % du chiffre d’affaires de CRRC est fait en Chine. Les 10 % restant sont faits hors de Chine, mais pas en Europe. Si on enlève la Chine et son géant national, les deux premiers industriels sur le marché mondial sont européens, ce qui est rassurant pour l’avenir de l’Europe. Et ce sont Siemens et Alstom… » Aussi, juge-t-il, « c’est une excellente nouvelle que la Commission ait refusé ce qui n’était pas un mariage… mais le rachat d’Alstom par Siemens qui devenait propriétaire à 51 % ». Et qui allait mettre à mal « ce fleuron français quasi centenaire qui rapporte de l’argent à la France, fait rayonner le savoir-faire français et donc européen dans le monde. L’engagement de Siemens, c’était de maintenir l’emploi pendant quatre ans en France. Or, Alstom emploie 35 000 personnes, dont pas loin de 10 000 en France. Le risque maximum c’était 10 000 emplois perdus en France… Aurait-on alors sollicité l’Allemagne pour financer notre régime social et payer les chômeurs ? » Pour Philippe Leguay, la défense de l’industrie européenne, « passe par la défense de l’industrie française en France. Il n’y a pas aujourd’hui de menace réelle des Chinois en Europe ». Et, pour la suite, il y a « d’autres façons que cette fusion de se protéger efficacement de la Chine, en construisant des alliances ». Et en soutenant la recherche. Car, en Chine « le développement ferroviaire est une grande cause nationale. L’Etat est présent et il investit des milliards. Il faut faire la même chose en Europe, pour relever notamment les défis liés au digital à l’IA en mutualisant les efforts ».

    Jerôme Garcia, remarque, lui, que « l’industrie européenne reste assez éclatée, avec neuf champions qui, additionnés, arrivent à 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires ». Soit l’équivalent de CRRC. Et il ne faut pas s’étonner que tout ce qui vient de Chine soit colossal : « 1,4 milliard d’habitants à comparer à 500 millions d’Européens… on ne peut pas changer les données démographiques ». Plus significatifs, selon lui, sont « les budgets de développement que la Chine déploie, qui font qu’elle peut nous dépasser ». Et c’est là le problème, plus que la taille. Car, « en matière d’entreprise, personne n’a jamais pu prouver que si l’on est plus gros, on vit mieux et plus longtemps. On peut très bien être à deux milliards d’euros comme Stadler, être très heureux, et faire de très bons trains ».

    Ce n’est pas nier l’intérêt que peut présenter un grand groupe. Jérôme Garcia se souvient qu’il y a 25 ans, en 1995, « il y avait un très beau groupe, qui s’appelait Alcatel-Alsthom, qui faisait des télécoms, de l’énergie, du nucléaire des paquebots et des trains ». Pierre Suard, qui le présidait alors, « était convaincu que ce modèle de conglomérat permettrait à Alcatel-Alsthom de résister à Siemens, General Electric, Siemens ou Mitsubishi ». 25 ans plus tard, « ce groupe a été dépecé. Le rachat d’Alstom par Siemens, s’il avait eu lieu, était la dernière étape de sa disparition. »

    Face au danger chinois Alain Bullot dit, pour sa part, ne pas savoir « si la Chine est compétitive, car l’essentiel de l’activité se fait sur le marché chinois qui promet d’être gigantesque et qui est fermé. Mais je rappelle les salaires moyens : 10 000 euros par an en Chine ;38 000 euros en France ; 43 000 euros en Allemagne. C’est un tout autre sujet que la taille. »

    Mais, souligne-t-il « quand on sort de Chine, les choses sont différentes. Quand on va commencer à parler “local content“ c’est-à-dire de part produite sur le sol du client ou avec des partenaires locaux, lors d’une arrivée en Europe, cela ne se fera plus selon les mêmes règles du jeu que celles qui permettent aux Chinois de délivrer des produits aujourd’hui 30 % moins cher ».

    Certes, il y a un autre danger. « Hitachi, japonais, a mis la main sur un industriel ferroviaire italien et reconstruit une industrie britannique de façon tout à fait légale et “fair“. Or, il y a quelques années, on n’imaginait pas qu’une partie significative de l’industrie ferroviaire européenne serait japonaise. Il y a aujourd’hui un risque de survenance d’un acteur chinois en Europe, qui ferait l’acquisition d’un européen. L’acquisition de Skoda, heureusement, ne s’est pas faite. » Mais, remarque-t-il sans citer de nom, « il y a d’autres industriels qui sont en mauvaise posture. C’est un scénario possible et il faut qu’on s’y prépare ».

    Quant à toutes « les pleureuses » qui s’en prennent à la décision de la Commission, elles oublient que « la commissaire danoise n’a fait qu’appliquer le droit… que les gouvernements lui ont demandé d’appliquer ». La grande question qui se pose maintenant, « c’est comment on protège l’Europe d’un prédateur chinois qui viendrait faire l’acquisition d’une pépite industrielle pour devenir européen ».

    Enfin souligne-t-il, au grand export, « on ne dit pas : je vends des trains. On vend des systèmes qui répondent à des besoins. Il faut associer génie civil, signalisation, matériel, maintenance, mise au point d’une concession avec un exploitant sur 30 à 40 ans. La question, ce n’est pas d’être gros ou petit, c’est d’être manœuvrant et de proposer des alliances industrielles pertinentes. Or, à cette question, les Chinois apportent une réponse très simple. C’est : je finance mon client. Je modernise tout. J’amène des ouvriers, des ingénieurs chinois, tous très bons, et j’investis. J’endette mon client. Et quand mon client dit qu’il ne peut plus rembourser je prends possession des actifs. Voir l’acquisition du Port du Pirée. C’est ce modèle-là que nous allons avoir en face de nous dans certains pays ».

    Sur deux points, Jean-Pierre Audoux apporte des nuances et des compléments. Certes, reconnaît-il d’abord, « la commissaire a appliqué la loi ». Mais, pour lui, « le problème se pose au niveau de l’absence à Bruxelles d’une vision dynamique de la filière industrielle ». Et, ajoute-t-il, « si on dit : les Chinois ne sont pas en Europe et donc il n’y a pas de concurrence chinoise, on se trompe. Le problème c’est la concurrence dans le monde. Aux Etats-Unis, CRRC a remporté quasiment tous les marchés de métro. Le marché est mondial et il faut raisonner mondial ».

    Le second point, c’est le déséquilibre qui existe dans les législations. « On parle de screening, d’examen des investissements étrangers en Europe. En France, grâce à Arnaud Montebourg, on a mis en place un principe permettant de filtrer les investissements », rappelle-t-il. Mais il faut qu’il en aille de même dans tous les pays d’Europe, comme à l’échelle de l’Union.

    Les limites du modèle Airbus

    Pour Martial Bourquin, sénateur du Doubs, le refus de la fusion Alstom-Siemens « n’est pas seulement celui de la Commission européenne. Toutes les autorités de la concurrence ont été contre cette absorption d’Alstom par Siemens. Nous avons reçu au Sénat Isabelle de Silva, présidente de l’Autorité de la concurrence française, qui nous a dit que cette autorité avait émis un avis négatif. »

    « Il faut qu’Alstom, qui a un carnet de commandes de cinq ans et qui est désendetté, soit renforcé avec, pour commencer, des coopérations industrielles. Ce qui était prévu avec Siemens c’était uniquement un accord capitalistique. Nous avons besoin d’un accord industriel qui s’appuie sur des coopérations. » Martial Bourquin pense particulièrement à Thales, par exemple avec « la formation d’un GIE ou d’une filiale commune, pour renforcer Alstom dans la signalisation ». D’autre part, « pour consolider le capital très éclaté d’Alstom nous avons besoin d’une participation au capital de l’Etat ou de la Caisse des Dépôts et consignations ».

    Et, pour résister à la concurrence chinoise, il faut tout d’abord avoir des entreprises fortes, dans chaque nation. Face à cette concurrence, « l’exemple à suivre, c’est Airbus. Champion mondial qu’on a constitué mais pas en absorbant une autre société. On l’a fait avec deux Etats, deux entreprises et cela a été un succès mondial ».

    Conclusion : « Nous avons besoin d’un champion européen. La fusion-absorption Alstom Siemens était le contraire de ce qu’on doit faire. Ce qu’on doit faire, c’est un Airbus du ferroviaire… comme il nous faut faire des Airbus dans d’autres domaines. »

    Alors, le modèle Airbus ? Mais un vrai, et pas un simple slogan comme on a pu l’entendre ? L’idée est examinée… et tempérée par les intervenants.

    Un Airbus, dit Alain Bullot, « il y a des années et des années qu’on en parle… Je ne suis pas convaincu que le modèle soit absolument clonable. Là où le sénateur a raison, c’est qu’il s’agissait d’un modèle équilibré, avec des Etats accompagnant un projet industriel, franco-britannique pour commencer puis franco-germano-espagnol. Toujours avec un portage des Etats. Donc cela peut une bonne idée, mais si on le veut, faisons-le vraiment sur les mêmes bases qu’Airbus. Ce n’est pas du tout ce qui nous était proposé avec la cession d’Alstom à Siemens. »

    Mais il souligne la différence des secteurs. « En aéronautique, on vend des appareils. En ferroviaire, on vend des systèmes. En Afrique, par exemple, futur marché géant, on va vendre des solutions composées avec des acteurs locaux, combinant différents métiers : génie civil, ingénieries ferroviaires, exploitation et maintenance… Cela va au-delà d’un Airbus du ferroviaire, qui, lui, vendrait le matériel roulant, ou la signalisation. Le modèle Airbus a sa valeur, mais je pense qu’il est insuffisant pour assurer l’avenir du ferroviaire européen. »

    Philippe Leguay, lui, a « beaucoup de sympathie pour cette idée qui permet de développer, protéger, construire une industrie qui porte des valeurs européennes, et finance les régimes sociaux de l’Europe. Les divers pays de l’Europe ne vont pas aujourd’hui à la même vitesse, il y a besoin de définir des règles du jeu communes, capables de développer de l’industrie forte. Effectivement, il faut se protéger du géant chinois, et on voit bien que l’Europe est mal protégée au plan économique : il est scandaleux qu’Ansaldo ait pu tomber sous le joug des Japonais. Il faut que l’Europe se ressaisisse, et que son industrie reste la référence mondiale ». Les Chinois, selon lui, ne sont en fait « pas si bons que cela. Ils n’ont pas de produits d’excellence ». Certes, ils sont très présents en Afrique, « continent auquel très peu de pays s’intéressent, dans lequel il y a des besoins, mais pas beaucoup de moyens techniques. Les Chinois sont là plus forts que nous, parce qu’ils vendent des systèmes clés en mains, avec le financement. L’Europe doit être capable de faire de même, en créant une synergie totale de tous les savoir-faire des pays européens, y compris le financement, afin de les porter en dehors de l’Europe ».

    Face au thème de l’Airbus, Jérôme Garcia, se dit « un peu réservé pour plusieurs raisons. On a créé Airbus parce que développer un nouvel appareil, à l’époque l’A300, coûtait extrêmement cher. Ce n’est pas tout à fait le cas pour le développement d’un train. On a fait le “work-sharing“, on a découpé l’avion en morceaux et on a dit aux Anglais, vous ferez les ailes, etc. Soit dit en passant, la France s’en est bien tirée puisqu’elle a pris les parties les plus techniques. Ce n’était pas tout à fait égalitaire… d’autant plus que la France avait la responsabilité du système avion complet et des lignes d’assemblage. Même si par la suite cela s’est rééquilibré au profit des Allemands ».

    Le contexte est donc bien différent. Peut-être faut-il de grandes fusions dans le ferroviaire. Mais la réplique n’est pas seulement là : « On peut faire des acquisitions. Elles peuvent être défensives. Par exemple acquérir Skoda pour éviter que CRRC ne le fasse, et cela peut de toute façon être en soi une belle acquisition. Mais ce peut être aussi offensif, par exemple pour compléter la gamme. » Alstom, suggère-t-il « pourrait le faire sur les locomotives diesel ou sur des produits à voie métrique, où il n’est pas présent, alors qu’il y a soixante tramways à voie métrique en Europe et que la voie métrique est très répandue en Afrique et en Asie ».

    Surtout, estime-t-il, si l’on veut concurrencer CRRC, être gros ne suffira pas. « Et fusionner des acteurs qui ont des produits à prix élevés n’est pas ce qui permet de réaliser des produits à prix réduits. Maserati avec BMW, cela ne permet pas de contrer des voitures chinoises. Les Etats-Unis achètent des métros chinois parce qu’ils sont moins chers. » Il faut donc « réfléchir à la stratégie produit. Le Régiolis est un très beau train mais il ne peut être vendu partout dans le monde. On peut développer des produits plus simples, plus rustiques, plus compétitifs et de qualité, peut-être pas au niveau prix des Chinois mais qui permettront de faire pencher la balance dans les appels d’offres ».

    Autre point, c’est le nécessaire appui des Etats. On vend un système à un acteur public qui a besoin d’une réflexion sur ce qu’il faut faire : train, métro, tramway, qu’il faut accompagner en ingénierie, dans la construction de la voie et des dépôts, la maintenance, le matériel, la signalisation, l’exploitation, le conseil en certification. Cela requiert des acteurs multiples, parfois une dizaine. On peut faire confiance aux industriels, mais ça ne marche pas toujours. Que plusieurs ministères européens de l’Industrie coopèrent pour susciter les consortiums, pour assurer la cohérence de l’offre et apporter aussi le financement, c’est essentiel, pour l’Asie du Sud-Est ou le sous-continent indien, ou pour l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine. En résumé, plus qu’un Airbus, autant penser à des acquisitions ciblées, à une stratégie produits, et à s’assurer l’appui des Etats.

    Jean-Pierre Audoux non plus, ne peut se satisfaire d’un copier-coller. « On peut tirer des enseignements d’Airbus », mais il n’y a pas de solution unique. Pour lui, l’impératif du jour est ailleurs. Il faut créer les conditions d’une concurrence équilibrée. Avoir des règles du jeu loyales sur le marché mondial.

    On parle par exemple, dit-il d’instaurer un seuil de valeur ajoutée exigible pour qu’une entreprise puisse répondre à des appels d’offres en Europe. Or, « dans des pays comme la Russie, les Etats-Unis, la Chine, les seuils exigibles de valeur ajoutée locale sont extrêmement élevés : 80 %, 90 %. En Europe, on discute de 50 % cela me gêne un peu. »

    Au-delà, l’idée d’un principe de réciprocité « semble gagner la majorité des pays européens, c’est une excellente chose. Créons les conditions pour que l’on ait un marché mondial. Introduisons des critères de responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans les appels d’offres. Nous avons un défi mondial sur la recherche et innovation dans notre secteur, relevons-le, grâce à Shift2Rail 2 ».

    Demain, l’Afrique

    Si la concurrence chinoise n’est pas effective aujourd’hui en Europe, elle l’est sur des marchés tiers. Et, souligne Philippe Leguay, « le marché mûr où les besoins sont énormes, et où nous sommes très peu présents c’est l’Afrique. Ce marché grandit, a des besoins, a des moyens mais n’a pas le savoir-faire. Bel exemple de ce qu’on peut faire, le métro d’Abidjan. Les Coréens apportaient dans le projet initial le financement, le savoir-faire industriel, etc. La Côte d’Ivoire a consulté des ingénieries françaises, a eu aussi recours à une expertise de Keolis en exploitation, maintenance… On s’est rendu compte qu’on pouvait faire un projet moins cher de manière intégré, financé par la France, avec Bouygues, Alstom, Colas Rail, Keolis, et qui va coûter moins cher aux Africains ».

    L’Afrique, sujet cher à Alain Bullot. L’Afrique, « c’est 1,2 milliard d’habitants, dont 50 % sont urbanisés. Et ce sera 2,5 à 3 milliards en 2050, dont 65 % d’urbains ». Ce qui veut dire, que d’ici-là, « 700 millions d’Africains vont migrer vers les villes. Plus que la population européenne ». Et cela crée un énorme besoin d’équipement en réseaux. Or, si elle ne réagit pas plus et plus vite, l’Europe « risque de laisser l’Afrique aux Chinois et de perdre l’occasion d’être le partenaire qui aidera l’Afrique à se développer elle-même »

    Et la France a une responsabilité particulière. D’abord par l’histoire. Mais aussi parce que le Français sera (source OCDE) la quatrième langue dans le monde en 2050. Nous pouvons travailler naturellement d’égal à égal avec les Africains dont beaucoup de dirigeants ferroviaires se sont formés en France. Nous pouvons mobiliser les compétences des industriels, des exploitants, des outils… prêts à travailler en français avec leurs homologues. « C’est notre intérêt commun, c’est un destin français au sein de l’Europe, c’est un destin européen ».

    Quant aux produits plus simples que demande Jérôme Garcia, Alain Bullot abonde et se souvient : « Quand j’étais délégué général de Fer de France, j’ai surpris tout le monde en disant : le chemin de fer doit diviser ses coûts par deux d’ici à dix ans. Ce n’est pas une question de Chinois, c’est une question de concurrence : voiture, camion, véhicule autonome, ce qui nous renvoie à notre propre productivité du mode. » Ce n’est pas infaisable

    Le « frugal » n’est pas le seul moyen, mais il peut y contribuer : il cite pour exemple la « relation gare centrale – aéroport international de Kiev, qui vient d’être ouverte. Modèle de “juste nécessaire“ réalisé par les ukrainiens et un européen, le polonais Pesa : voie unique, autorails diesel modernes, mais simples. » Des tas de marché nécessitent « du ferroviaire qui ne coûte pas cher et qui rend le service. Il faut habiter aussi ce créneau. »

    Enfin dit-il, « il faut qu’on laisse les industriels faire leur boulot d’industriels. Il y a trop d’usines ferroviaires en Europe. Quand un industriel veut fermer une usine, on lui tombe dessus ; ce faisant, on lui achète un ticket de recul dans la compétition mondiale. Si on veut que les industriels créent de l’emploi, il faut qu’on les laisse adapter leurs outils ». Les Etats ont un rôle, non pas de se substituer aux industriels, mais de créer les conditions pour que les projets de coopération de filière soient efficaces. Et de créer des conditions de réciprocité sur le marché mondial. On n’a toujours pas de Buy European Act effectif. Il le faut. Il faut poser la question du contenu local.

    Alors, peut-on dire, comme l’avait il y a peu de temps déclaré Emmanuel Macron, que « le temps de la naïveté européenne est révolu » ? Jean-Pierre Audoux le souhaite. « L’affaire Alstom-Siemens a provoqué une onde de choc au niveau de l’Union européenne. Il y a eu un déclic. J’attends de voir comment cela va se traduire. On peut se défendre avec un Buy European Act. ».

    F. D.


    Ils nous ont fait profiter de leur expertise

    Jean-Pierre Audoux, délégué général de la FIF. Jean-Pierre Audoux a apporté en ouverture du colloque un éclairage sur l’état du marché mondial du ferroviaire. Et sur son évolution. Et a fait un zoom sur ce que représente la puissance ferroviaire chinoise.

    Philippe Leguay, directeur international des Systèmes de transport urbain de Keolis. Philippe Leguay est aussi le monsieur Métro automatique de l’UITP. Il a, à ce double titre, une expertise incomparable du marché de la signalisation dans le transport urbain. Et une très grande connaissance du marché international.

    Alain Bullot a la liberté de parole d’un consultant indépendant. Et, comme on l’a connu directeur du matériel de la SNCF et délégué général de Fer de France, il connaît les enjeux de l’industrie ferroviaire mondiale.

    Jérôme Garcia est président de la société Arterail. Arterail, fournisseur de services pour les exploitants de réseaux de transport et les opérateurs ferroviaires, est spécialisé dans l’optimisation du cycle de vie du matériel roulant. Jérôme Garcia, avant de franchir le pas et de devenir entrepreneur, a été consultant.

    Martial Bourquin, sénateur socialiste du Doubs, a été le rapporteur pour le Sénat de la mission d’information sur Alstom et la stratégie industrielle de la France. Retenu à Paris par les travaux parlementaires (la privatisation d’ADP, contre laquelle il bataille), Martial Bourquin s’est adressé à l’assistance au moyen d’une vidéo.


    Demain l’Inde ?

    Dans vingt ans, les Indiens, dont le mot d’ordre est « Make in India », seront-ils un, nouveau concurrent comme l’est aujourd’hui la Chine ?

    A cette question posée depuis la salle, Philippe Leguay répond : « Le marché indien est très différent du chinois. Et nous connaissons bien les deux. Keolis est présent en Chine, à Shanghai, en Inde, à Hyderabad. Les Indiens ont des ambitions, mais pas tout à fait la même motivation, pas les mêmes moyens financiers, pas la même capacité industrielle que la Chine. Donc un très grand marché, potentiel, qui n’a pas tout à fait les moyens de se payer tout ce dont les Indiens ont besoin mais marché sur le point d’exploser. Et qui sera beaucoup plus perméable que la Chine. »

    Et Jérôme Garcia tient à bien distinguer en Asie trois zones. « Une Asie fermée : Chine, Corée, Japon. Les trois pays ont leur industrie nationale et, quels que soient les traités de libre-échange, ils continueront à acheter chinois pour les Chinois, etc. Cette Asie compte 1,6 milliard d’habitants. Une Asie du Sud-Est, avec de très grandes agglomérations, qui peut trouver que le géant chinois est encombrant. Et le sous-continent indien, de 1,7 milliard d’habitants environ, vrai terrain de jeu pour l’industrie européenne mais aussi chinoise ou américaine. »


    Sept grandes idées à retenir du colloque

    On n’attribuera pas les sept idées qui suivent à tel ou tel de nos intervenants. On ne prétendra pas que chacun s’y reconnaît. Mais il nous semble que se sont dégagées lors du débat certaines idées-forces, dont il faudra tenir compte pour définir la stratégie industrielle de la France et de l’Europe. Et qui sortent du simplisme qu’on a observé au lendemain du veto.

    • L’effort de R&D chinois est colossal. Il faut pour y répondre en Europe un Shift2Rail 2 de très grande ambition.

    • Quelle que soit l’appréciation portée sur la décision de la Commission européenne, l’Europe doit se doter d’outils permettant de rééquilibrer les termes de l’échange ; Buy European Act, local content, normes RSE.

    • A côté d’efforts pour la R&D et pour l’innovation, il ne faut pas négliger des produits plus simples, pour disposer d’une gamme complète et résister à la concurrence qui se joue aussi sur les prix.

    • Que l’on se réjouisse de l’échec de la fusion ou qu’on le déplore, on voit bien que la constitution d’un grand groupe n’est en soi pas suffisante. La baisse des coûts est une question majeure.

    • Qu’on l’imagine présente, ou qu’on la voie encore lointaine, personne ne mésestime la concurrence chinoise. Mais la concurrence dans le ferroviaire est loin d’être la seule et n’est pas la plus dangereuse. La grande question, ce sont les autres modes qui en R&D comme en coûts font aujourd’hui la course en tête.

    Modèle Airbus, pourquoi pas. Mais attention au « copié-collé ». il s’agit ici non de vendre des appareils mais des systèmes. Ce qui suppose des alliances sur mesure, complexes, au-delà des métiers du ferroviaire.

    • Le grand terrain d’affrontement entre Chinois et Européens, avant l’Europe, pourrait bien être l’Afrique. Où les Européens, et notamment les Français à l’ouest, ont des atouts. Mais où les Chinois ont pris de l’avance…

  • Sylvie Charles : « Si on ne se donne pas les moyens d’un report modal, on va droit dans le mur »

    Sylvie Charles : « Si on ne se donne pas les moyens d’un report modal, on va droit dans le mur »

    Fret SNCF reporte à 2021 son objectif de retour à la rentabilité opérationnelle, après une année 2018 plombée par les grèves. Digitalisation, nouvelle offre produit, optimisation des capacités, filialisation et recapitalisation : Sylvie Charles, directrice générale du pôle TFMM (Transports ferroviaires de marchandises et multimodal) au sein de SNCF Logistics, fait le point sur les leviers qui doivent conduire au redressement de Fret SNCF. La directrice générale dresse également le bilan des autres activités du pôle.

     

    VRT. En 2017, Fret SNCF avait connu une perte de 114 millions d’euros hors éléments non récurrents, ce qui n’était pas conforme à la marge de redressement prévue. Comment se porte aujourd’hui cette entité ?

    Sylvie Charles. En 2018, Fret SNCF a souffert comme toutes les entreprises ferroviaires des grèves menées lors de l’examen du texte sur la réforme ferroviaire. Le mouvement a notamment été très suivi par les agents de circulation de SNCF Réseau, en particulier dans des zones stratégiques pour nous comme les Hauts-de-France. Nous n’étions donc pas en mesure d’exercer pleinement notre activité, bien qu’il y ait eu un nombre limité de grévistes au sein même de Fret SNCF. Résultat : l’exercice se solde par une perte opérationnelle de plus de 170 millions d’euros, alors que le budget prévoyait une perte de 90 millions d’euros. L’essentiel de cet écart est imputable aux grèves, dont on estime l’impact à 70 millions d’euros. Nous évaluons par ailleurs le manque à gagner en termes de chiffre d’affaires à environ 110 millions d’euros.

    VRT. Etes-vous cependant en mesure de maintenir votre objectif de retour à la rentabilité opérationnelle en 2020 ?

    S. C. Nous confirmons évidemment notre objectif de retour à la rentabilité opérationnelle, mais pour 2021. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, on constate que les volumes perdus durant les mouvements sociaux ne sont pas encore tous revenus. Echaudées par la suspension de certaines lignes de production, même s’il n’y a pas eu d’arrêt total, les directions logistiques de certains grands groupes mondiaux ont demandé à leurs équipes européennes de conserver certains flux routiers pour se prémunir. D’autre part, nos cadres ont été mobilisés sur le terrain durant le conflit pour pouvoir préserver un maximum de trains, mais cela s’est fait au détriment de nos chantiers de productivité. Enfin, nous sommes toujours pénalisés par l’état des voies de services, essentielles pour notre activité. Les pouvoirs publics ont certes débloqué des ressources mais le gestionnaire d’infrastructures SNCF Réseau ne parvient pas aujourd’hui à impulser le rythme qui serait nécessaire pour répondre au besoin des entreprises ferroviaires et des chargeurs. L’allocation des sillons, si elle s’est améliorée, doit aussi gagner encore en efficacité.

    VRT. Année après année, les constats se
    ressemblent. Est-il encore réaliste d’y croire ?

    S. C. Nous restons résolument volontaristes car il est malgré tout évident qu’il y aura une pression croissante pour mettre en place en place en France et en Europe un système de transport plus respectueux de l’environnement. La raison est simple : les besoins en transports de marchandises vont augmenter de 30 % en Europe d’ici 2030. Si on s’en tient à la répartition modale actuelle, il y aura 80 millions de tonnes d’émissions de gaz carbonique en plus et un million de camions supplémentaires sur les routes, soit l’équivalent de toute la flotte allemande. Si on ne se donne pas les moyens d’un report modal, nous allons donc tous dans le mur. Il n’a pas d’alternative à la complémentarité rail/route : plus de rail sur la longue distance et du routier pour la distribution. En France, l’échec de l’écotaxe nous a fait prendre beaucoup de retard. Nous attendons des politiques de transport qu’elles garantissent un peu plus d’équité entre les modes. Cela étant rappelé, nous avons, nous acteurs du ferroviaire, aussi des leviers dans nos mains pour faire avancer le ferroviaire.

    VRT. Le dernier rapport annuel du groupe SNCF évoque en effet pour 2019 « la poursuite de l’optimisation des ressources via l’activation de cinq leviers de performance et par des économies sur les frais de structure ». De quoi s’agit-il ?

    S. C. Les entreprises ferroviaires ont déjà beaucoup évolué, et pour cela, l’ouverture à la concurrence a été une bonne chose. Mais il reste encore énormément à faire, car c’est une industrie dont certaines pratiques n’ont pas été remises en cause depuis des décennies. Le premier levier, qui n’est d’ailleurs pas spécifique à Fret SNCF, c’est donc l’innovation et notamment le digital. En 2018, grâce à un partenariat avec la société TraxEns, nous avons commencé à déployer en service commercial les essais de frein automatiques, après une phase d’expérimentation. Cela nous permet un gain de temps considérables. Autre innovation qui semble évidente mais ne l’était pas : nous sommes enfin en mesure d’informer en temps réel le client et surtout de lui donner une prévision de nouvel horaire d’arrivée en cas d’aléa, grâce aux algorithmes que nous avons développés.

    Notre deuxième levier concerne la gestion capacitaire, c’est-à-dire l’optimisation des capacités des trains en fonction des produits que l’on transporte. Nous avons totalement revu nos plans de transports pour garder des espaces disponibles facilement commercialisables. Cela permet à la fois d’optimiser les ressources et d’aller capter de nouveaux trafics. Nous avions 30 % du plan de transport en gestion capacitaire en 2018 et l’on doit passer à 60 % en 2019. Le troisième levier est d’ordre commercial, avec le lancement d’une offre de produit digne de ce nom lors du deuxième semestre de cette année. On va sortir de la trilogie train massif, wagon isolé, train du combiné.

    Notre plan d’action repose aussi sur une reprise en main progressive de la maintenance du matériel, jusqu’à présent sous-traitée. Il s’agit encore d’un projet, que nous souhaiterions déployer en 2020. De façon générale, nous voulons enfin, et c’est le cinquième levier, achever l’autonomisation de la structure en redéfinissant les prestations dont nous avons besoin de la part de SNCF, par exemple en matière d’informatique ou de ressources humaines.

    VRT. Est-ce un chemin qui vous conduit sur la voie de recapitalisation et de la filialisation ?

    S. C.  C’est une orientation qui a clairement été donnée par le Premier ministre en avril 2018. La direction générale y est totalement favorable, car Fret SNCF a besoin d’un cadre qui réponde mieux aux besoins de ses clients, qui colle à ses spécificités, par exemple en termes d’organisation du travail. Il s’agit de trouver de meilleurs équilibres à la fois pour l’activité et pour les personnels. Je constate d’ailleurs que les esprits ont mûri. En revanche, nous n’avons pas la maîtrise du calendrier puisque la recapitalisation suppose un accord entre l’Etat et la Commission européenne. Les discussions sont en cours. Les autorités françaises et la SNCF ont toujours été bons élèves en Europe, en publiant des comptes dissociés dès la fin des années 90. Les pertes du transport de marchandises – qui existaient avant l’ouverture à la concurrence – ont ainsi été tracées, ce qui est l’exception en Europe. Nous assumons aussi parfois le coût de services qui font l’objet de subventions ailleurs en Europe. En Belgique et en Autriche, par exemple, il y a un système d’aide au wagon isolé. J’ose espérer que tout cela ne nous pénalisera pas. En attendant l’issue des négociations, dans le cadre de la constitution du nouveau groupe public ferroviaire prévue par la réforme de 2018, une solution transitoire sera mise en œuvre à compter du 1er janvier 2020 en rattachant Fret SNCF à une autre entité.

    VRT. D’un point de vue plus opérationnel, sur quelles activités vous appuyez-vous pour mener à bien votre redressement ?

    S. C. Nous croyons beaucoup au potentiel du transport combiné, et dans ce domaine, nous nous réjouissons que la ministre des Transports, Elisabeth Borne, ait reconduit pour cinq ans le dispositif d’aide. Car pour convaincre les transporteurs, il est extrêmement important d’avoir de la visibilité à moyen terme. Nous misons aussi sur le développement de services de plus en plus intégrés avec les clients. Enfin, nous raisonnons sur une logique de corridors, qui nous permet d’être aujourd’hui bien positionnés sur l’artère nord-est, le sillon rhodanien ou encore sur l’axe nord – est/sud – ouest. Le potentiel s’étend d’ailleurs aux flux intra-européens, mais là encore, le ferroviaire souffre d’un système très daté avec des passages de frontières compliqués. Nous travaillons beaucoup avec les opérateurs historiques et les autres entreprises ferroviaires pour faire évoluer les choses qui sont de notre ressort.

    VRT. Comment se portent les autres activités du pôle Transports ferroviaires de marchandises et multimodal ?

    S. C. Elles constituent une partie importante du pôle puisqu’elles cumulent un chiffre d’affaires d’environ 800 millions d’euros, contre un petit milliard pour Fret SNCF. Elles génèrent d’autre part un Ebitda de l’ordre 40 millions d’euros. Les entités actives dans le fret ferroviaire en France ont bien évidemment été elles aussi touchées par les mouvements sociaux de 2018. C’est le cas de VFLI, qui a néanmoins terminé l’année dans le vert, ce qui montre sa robustesse. Naviland Cargo, opérateur de combiné maritime, parvient également à rester dans le vert et à faire son budget, aidé par l’offre Navitrucking qui a permis de limiter les dégâts. Le commissionnaire de transport ferroviaire Forwardis a en revanche connu des difficultés en France. Mais l’entité qui a le plus souffert est incontestablement VIIA. Alors que nous relancions la liaison Calais – Le Boulou interrompue en raison de la crise des migrants, les mouvements sociaux qui ont particulièrement impacté le Calaisis n’ont évidemment pas facilité les choses. Nous sommes néanmoins confiants, et nous nous réjouissons d’avoir par ailleurs pu lancer une nouvelle autoroute ferroviaire en fin d’année entre Calais et Orbassano. Là encore, pour le passage frontière franco-italien, les autorisations n’ont pas été simples à obtenir, mais nous sommes désormais habilités à transporter des matières dangereuses et des produits réfrigérés, ce qui va favoriser incontestablement la montée en puissance. Le réseau Captrain, enfin, poursuit sa croissance. Nous constatons une bonne reprise du développement en Allemagne, où nous sommes n° 2 avec 280 millions d’euros de chiffre d’affaires, évidemment loin derrière l’opérateur historique ! Nous sommes également n° 2 en Italie, et nous misons beaucoup sur Captrain España, constitué l’an dernier par la montée de notre participation dans Comsa Rail Transport à hauteur de 100 %. Nous visons notamment le marché entre la péninsule ibérique et le reste de l’Europe. La part du ferroviaire est aujourd’hui inférieure à 2 %, mais le potentiel est énorme.

    Propos recueillis par Anne Kerriou

  • Les Rencontres internationales du transport public gratuit

    Équinoxe, Châteauroux (France)
    Organisateur :
    Châteauroux Events
    La deuxième édition de ce rendez-vous des collectivités ayant opté pour le transport public urbain gratuit sera accueillie par l’Agglomération Châteauroux Métropole, composée de 14 communes regroupant un peu plus de 75 000 habitants, qui a fait ce choix fin 2001.
    Contact :
    Tél : +33 2 54 34 24 04
    Site : www.weezevent.com/2emes-rencontres-des-villes-du-transport-gratuit

  • Les Lyonnais pourront payer leurs transports sur smartphone et par carte bancaire

    Les Lyonnais pourront payer leurs transports sur smartphone et par carte bancaire

    Le Syndicat des transports de l’agglomération lyonnaise (Sytral) est en train de remettre à plat toute la billettique du réseau TCL : métro, tramway, trolleys, bus, funiculaire, Rhônexpress. « Nos distributeurs et valideurs datent des années 2000, ils sont à bout de souffle, le système n’avait pas été conçu pour absorber la volumétrie actuelle », décrit Jean Chaussade, directeur des Equipements et du Patrimoine du Sytral, l’autorité organisatrice des transports qui investit 50 millions d’euros dans le projet. Chaque jour, 1,7 million de voyages sont réalisés dans les transports en commun lyonnais (chiffres 2018).

    Premier acte, en octobre 2019 avec le déploiement du paiement sur smartphone pour les détenteurs d’Android, quel que soit leur opérateur de téléphonie. Les détenteurs d’iPhone attendront, la firme de Copertino n’ayant toujours pas ouvert la puce NFC de ses téléphones portables, sauf pour l’Apple Pay. Les voyageurs occasionnels pourront ainsi télécharger des billets à l’unité sur leurs mobiles. En 2018, les ventes à l’unité ont représenté 54 000 tickets sur le réseau TCL, contre 500 000 abonnements.

    Deuxième acte, en 2022 avec la généralisation de l’open payment, c’est-à-dire la possibilité de payer ses titres de transport avec une carte bancaire sans contact, à chaque passage (le tarif sera plafonné au prix du billet journalier en cas de passages multiples au cours de la même journée,  correspondances comprises). Le Sytral a lancé un appel d’offres en avril 2019 pour attribuer le marché en fin d’année.

    N. A.

  • Transports – Quatre livres et pas d’auteurs

    Transports – Quatre livres et pas d’auteurs

    A la SNCF, la succession de Guillaume Pepy est ouverte, et les dauphins se placent. A l’exception de Rachel Picard, chacun publie son livre. Car de l’ouvrage vient la stature. Alain Picard, le premier, a écrit Tracer les voies du futur. Patrick Ropert a sorti City Booster peu de temps avant de jeter l’éponge et quitter l’entreprise, Patrick Jeantet vient de publier Les Nouveaux Industriels et le 9 mai, c’était au tour d’Alain Krakovitch de présenter Metropolitrain.

    Règle du jeu ? On ne s’affranchit pas de son domaine (compétence, modestie). Mais, du haut de son expérience, on contemple la cité, ou l’Europe, voire le monde (hauteur de vue, stratégie). Avec Alain Picard, les marchandises défilent depuis les Phéniciens jusqu’à nos jours, Patrick Ropert fait de la gare le cœur battant de la cité, Patrick Jeantet remet l’industrie au cœur de la construction européenne et Alain Krakovitch fait du mass transit la grande question des mégapoles.

    Débats Publics

    Chacun tient son propos chez le même éditeur, Débats Publics, maison sans prestige ni grand catalogue, fondée et dirigée par un communicant qui a d’importants contrats avec la SNCF. Naturellement, les droits d’auteur (s’il y en a) seront reversés, que ce soit aux Restos du cœur (Ropert) ou à la Fondation des femmes (Krakovitch).

    Disons-le tout net : les dirigeants-auteurs sont compétents, leurs idées sont sérieuses et méritent d’être discutées. Nous le faisons d’ailleurs : voir, dans notre newsletter, le compte-rendu du livre d’Alain Krakovitch, et, dans notre prochaine magazine de juin, la séance du Club VRT autour du livre de Patrick Jeantet. Ce qui surprend, c’est qu’ils se soient laissé convaincre de donner à ces idées la forme assez personnelle d’un livre quand ils n’ont ni le temps ni sans doute le goût d’écrire. Il en sort des volumes aux formules ressassées. Le savoir-faire de plumitifs hautement diplômés a tout lissé et affadi. Dommage pour les « auteurs ». Peut-être devraient-ils, au lieu d’obéir aux injonctions communicantes, répondre au besoin si fort aujourd’hui, sur les ronds-points ou ailleurs, d’un discours qui, comme disait l’autre, « ne serait pas du semblant ».

    Contre-exemple, le livre de Pascal Auzannet, Les Secrets du Grand Paris. Amusant, vivant, fourmillant. Personnel. Mais Pascal Auzannet, lui, peut parler. Après avoir été candidat à la tête de la Société du Grand Paris (et en passe d’être nommé) il ne l’est plus à rien. Faut-il tourner la page avant d’écrire ?

    F. D.

  • Amiens lance le premier service de BHNS électrique

    Amiens lance le premier service de BHNS électrique

    Amiens se convertit à l’électromobilité. La capitale picarde a mis en circulation, le 11 mai, 43 bus à haut niveau de service (BHNS) fonctionnant à l’électricité. Elle se hisse ainsi au premier rang des villes françaises qui exploitent une flotte de bus 100 % électrique, si l’on met à part Paris et la RATP. C’est aussi, souligne Keolis, l’exploitant du réseau de transport public Ametis depuis 2012, la première fois qu’un service de BHNS électrique est lancé en France.
    Ces 43 bus fabriqués par Irizar circulent sur trois des quatre nouvelles lignes de BHNS, appelées Nemo, et qui constituent l’ossature de ce réseau repensé, précise Keolis. Sur ces lignes, qui desservent les grands pôles de l’agglomération, dont le centre-ville d’Amiens, les bus roulent en partie sur des sites propres et bénéficient de priorité aux feux.

    Recharge électrique lente ou rapide

    « Première en Europe, ces véhicules électriques se caractérisent par leur système de recharge, soit rapide si elle se déroule au terminus (4 à 5 minutes en moyenne pour une autonomie de 40 km), soit lente si elle s’effectue au dépôt le soir (entre trois et quatre heures pour recharger à 100%) », précise encore la filiale de la SNCF, qui a mis en place un dispositif de formation pour plus de 300 conducteurs ainsi que pour les personnels chargés de la maintenance et ceux responsables de la régulation du poste de commande centralisé. Un nouveau centre d’exploitation et de maintenance d’une capacité de 155 bus a également été construit à Rivery, en périphérie d’Amiens, et inauguré le 15 avril dernier.

    Jusqu’au 16 juin, l’accès à l’ensemble du réseau est gratuit pour promouvoir cette nouvelle offre et inciter les habitants à troquer leur voiture contre les transports publics. Puis, à partir du 22 juin, la gratuité sera maintenue uniquement le samedi.

    Entre-temps, le 17 juin, une tarification solidaire, basée sur les revenus des voyageurs, sera lancée et une nouvelle billettique, proposant notamment le post-paiement, sera mise en place.

    Un vaste programme dont l’objectif est d’augmenter de 28 % la fréquentation en cinq ans. Ce qui fixe le rendez-vous à 2024, terme du contrat de Keolis.

    M.-H. P.

  • Mass Transit – Pour Krakovitch, Bruxelles fait fausse route et Tokyo montre la voie

    Mass Transit – Pour Krakovitch, Bruxelles fait fausse route et Tokyo montre la voie

    Métropolitrain, le titre du livre d’Alain Krakovitch est bien trouvé et dit à peu près tout. Les mégapoles poussent (on le sait), les besoins de transport croissent (cela ne nous avait pas échappé). La solution, c’est le train. Pas la seule, mais la principale. Ce n’est pas une révélation mais on l’oublie parfois. Surtout si l’on attend des miracles du véhicule autonome, demain sur terre et bientôt dans les airs. Mais, rappelle le directeur général de SNCF Transilien, seul le train offre des capacités requises par le mass transit. Le risque de la voiture autonome, c’est un surcroît de congestion du fait d’un effet rebond, quand « un gain d’efficacité (moins de pollution, plus de sécurité) est rapidement effacé par un usage accru (plus de kilomètres parcourus, donc plus de congestion automobile) ».

    Pas vraiment un frein à la consommation d’espace. Mieux vaut faire comme Singapour, où « les autorités se sont fixé l’objectif de ne plus dépasser les 12 % du territoire occupé par les routes et d’investir 28 milliards d’euros dans les transports publics ou partagés. En comparaison, une ville entièrement façonnée par l’automobile comme Los Angeles consacre 50 % de son territoire aux routes ! ». Beaucoup plus efficace que l’automobile, « un train bien rempli (3 000 personnes) représente pas moins de 2 300 voitures (selon le taux d’occupation moyen de 1,25 personne), soit une file de véhicules (ou un flux continu) de 11,5 kilomètres ! »

    Simplifier l’exploitation et le commandement

    Plaidoyer pro domo, certes. Cela n’empêche pas qu’il soit fondé. A condition que le train soit à la hauteur. Alain Krakovitch propose de le simplifier. Compte sur les automatismes, à commencer par Nexteo. Sur un management plus responsable, fait de « petits collectifs ». Sur une désintrication des lignes, à l’image de ce qui vient d’être fait sur le RER D. Sur une fluidité totale de la gare-embarcadère, et donc – pierre dans l’ancien jardin de Patrick Ropert « une adaptation de la vocation commerciale des gares qui s’est affirmée chez nous, ces dernières décennies, comme à la gare Saint-Lazare ou à la gare de l’Est. » Saint-Lazare où, c’est sûr, la gestion des flux est totalement ratée, qu’il s’agisse des cisaillements dans la récente entrée RATP, ou des escalators de la gare SNCF, perpendiculaires aux flux, qui entravent l’usager pour en faire un chaland.

    Bien. Mais là où cela devient amusant, c’est que les simplifications que propose Alain Krakovitch supposent entre voies, quais, gares, trains, une unité de commandement. Autant dire qu’elles vont à l’encontre de « la façon dont l’Europe a aujourd’hui choisi de mettre en place la concurrence ». Soit la célèbre séparation de l’infrastructure et de l’exploitation. L’un des premiers grands ingénieurs du ferroviaire, George Stephenson, à qui Krakovitch se réfère, considérait lui, que « la voie et le train sont mari et femme ». Et d’ailleurs, en Ile-de-France, SNCF Transilien et SNCF Réseau rabibochés ne font plus chambre à part. Mais comment fera-t-on quand il y aura d’autres opérateurs ? Quand à la monogamie succéderont des séries de Pacs, parfois mâtinés de polyamour ?

    La SNCF s’y prépare. Elle instaure un système pivot : tout tourne autour de Réseau. La RATP, dans ses vues sur le Grand Paris Express, fait un peu de même : gestionnaire d’infrastructure, elle garderait ainsi la haute main sur le système. Les deux opérateurs historiques font le gros dos et tentent de sauver l’essentiel. On les comprend. Mais il y a d’autres modèles. Et qui semblent plus opérants, là au moins où la densité des flux est énorme. Dans les mégapoles.

    L’Asie, modèle du mass transit

    « L’excellence du mass transit est en Asie », rappelle Krakovitch. On le sait, mais on en refuse les leçons. Or, l’Asie n’a pas pratiqué la désintégration verticale chère à l’Europe. Et, sans ignorer la concurrence, préfère recourir à des délégations de service public complètes, comportant à la fois la gestion de l’infrastructure et de l’exploitation. Les transports de Tokyo, à la ponctualité record, sont confiés à une quarantaine de compagnies. Plus près de nous, dans le Grand Londres, la séparation des rails et des trains ne fonctionnant pas, les nouvelles lignes « seront gérées par une nouvelle entité qui se substituera à Network Rail, structure publique propriétaire des voies ». Et, à Toronto, c’est à un appel d’offres d’ensemble, DBOM (design-build-operate-maintain) que le groupe SNCF répond, en partenariat avec SNC-Lavalin. Un modèle présent dans le monde dont, avance Krakovitch, les responsables français et européen feraient bien de s’inspirer.

    F. D.

    Un modèle pour la zone dense

    « En s’inspirant du modèle asiatique, on pourrait envisager une modalité de la concurrence adaptée au réseau dense. L’appel d’offres sur une ligne porterait non pas sur l’exploitation seule mais sur la gestion de la ligne tout entière, infrastructure, gares et travaux compris. L’opérateur retenu serait à la fois gestionnaire du réseau et des gares et exploitant, mais uniquement pour la durée de la délégation, c’est-à-dire plusieurs années. Sa position est à nouveau remise en concurrence aux termes du contrat. Dans cette hypothèse, l’autorité organisatrice des transports n’aurait qu’un interlocuteur face à elle, aurait plus de poids et pourrait exiger davantage au profit du voyageur et du citoyen. » (Métropolitrain, page 105)

    Métropolitrain, éditions Débats Publics, 18 euros.
  • Lyon lance une concertation pour prolonger le tram T6

    Lyon lance une concertation pour prolonger le tram T6

    Le Syndicat des transports de l’agglomération lyonnaise (Sytral) organise une concertation jusqu’au 14 juin pour le prolongement du tramway T6 Nord, entre les Hôpitaux-Est à Bron et le campus La Doua à Villeurbanne.

    Ponctué de 12 stations, le tronçon de 5,5 kilomètres, d’un coût de 140 millions d’euros avec le matériel roulant, constituera l’extension du T6 Sud (Lyon-Debourg à Hôpitaux-Est Pinel) qui doit être mis en service en décembre 2019. Au total, la ligne T6, fera 12,2 km avec 26 stations, et attend une fréquentation de 55 000 voyageurs/jour.

    C. F.

    Tracé de la ligne de tram T6 Sud, à Lyon
    Carte du tracé T6 Nord à l’étude.

     

  • A Doha, les Français ouvrent un premier tronçon du métro

    A Doha, les Français ouvrent un premier tronçon du métro

    Une portion de la première ligne du métro de Doha est entrée en service le 8 mai. Exploitée par le consortium composé de RATP Dev et Keolis, associés au partenaire local Hamad Group.

    La mise en service de la première section du métro automatique de Doha – la « ligne rouge » – était prévue pour le 18 décembre 2018, jour de la fête nationale qatarie. Elle s’est faite sans tambour ni trompette le 8 mai dernier, en plein ramadan, et a été annoncée le 9 mai en France, par un communiqué du RKH Qitarat, le consortium regroupant RATP Dev, Keolis et Hamad Group retenu par Qatar Rail pour exploiter le métro de la capitale qatarie et quatre lignes de tramway situées dans la ville de Lusail. Un contrat de trois milliards d’euros, sur 20 ans.

    La plainte de l’association française Sherpa déposée fin novembre 2018 à l’encontre de Qatari Diar Vinci Construction (filiale commune du géant français du BTP avec le fonds d’investissement public Qatari Diar qui doit livrer le métro de Doha et le tramway de Lusail) pour « travail forcé et réduction en servitude des ouvriers migrants », est-elle à l’origine de cette décision tardive de l’émir, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani ? Aucun interlocuteur français ne se risque à répondre.

    « Nous étions prêts fin 2018, nous le sommes encore plus cinq mois plus tard », commente laconiquement Bernard Tabary, directeur International de Keolis. « Nous avons connu la date de mise en service quelques jours l’avance », ajoute-t-il. Réunies dans une joint-venture, la filiale de SNCF et celle de la RATP détiennent ensemble 49 % du capital du consortium.

    Tracé de la ligne rouge.

    Trois ans et demi avant la Coupe du monde de football que le Qatar organisera en 2022, le riche émirat minier et gazier où la voiture est reine, a donc fini par ouvrir 13 des 18 stations de la première ligne de métro, la « rouge » qui relie avec des rames Mitsubishi, le stade Al-Wakrah à celui de Lusail où se dérouleront des matches du Mondial. Longue de 40 kilomètres, elle devrait aussi relier dans les prochains mois l’aéroport international Hamad au centre de Doha. « Pour cette première étape de la mise en service, la desserte sera assurée du dimanche au jeudi de 8h à 23h », indique le communiqué.

    Les deux autres lignes, « la verte » et « l’or » devraient être mises en service en 2019 et 2020. A terme, un réseau de 37 stations, sur 75 kilomètres de voies.

    N. A.