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En Inde, les Français parient sur la « semi-grande vitesse »
Alors qu’on a récemment parlé du projet de très grande vitesse qui sera réalisé par les Japonais entre Mumbai et Ahmedabad, la SNCF est très en pointe sur des projets de « semi-grande vitesse », à commencer par Delhi – Chandigarh. Explications de Philippe Lorand, directeur du projet Delhi – Chandigarh, et directeur du développement de SNCF pour l’Asie.
Ville, Rail & Transports. Le 14 septembre, les premiers ministres indien et japonais, Narendra Modi et Shinzo Abe, ont posé à Ahmedabad, dans le Gujarat, la première pierre du « Bullet train » Mumbai – Ahmedabad. Une occasion manquée pour la SNCF ?Philippe Lorand. Nous ne le voyons pas ainsi. Nous connaissons bien ce projet de ligne à grande vitesse. Systra a été choisi en 2009 pour en réaliser les études de faisabilité. Et SNCF a mené en 2014 une étude concernant l’exploitation. Mais les Japonais sont venus avec un prêt de 11 milliards de dollars, à 0,1 %, sur 50 ans, avec 15 ans de période de grâce, qui représente 80 % du financement. Nous connaissions ce contexte, et nous considérons qu’il s’agit d’une offre financière extrêmement attractive.
En conclusion de notre étude de développement d’exploitation, nous avons également fait deux recommandations aux Indiens. D’abord, nous leur avons dit : faites-vous aider. Ne vous lancez pas seul dans le déploiement de l’exploitation de la très grande vitesse. Et nous leur avons rappelé que, dans ce domaine, nous savons faire… Nous l’avons d’ailleurs montré à Taiwan, où nous avons aidé les chemins de fer à mettre en service le système à grande vitesse Taipeh – Kaohsiung fourni par les Japonais. Deuxième recommandation, nous leur avons fait remarquer qu’avant de bénéficier des effets de la grande vitesse, il leur faudrait construire des milliers de kilomètres. C’est beaucoup de temps et des investissements lourds. Or, les Indiens disposent d’un réseau ferroviaire de 68 000 km, fort bien maillé. Sur ce total, environ 4 000 km peuvent voir leur vitesse passer à 160 ou 200 km/h. C’est ce concept de semi-grande vitesse que nous avons préconisé.
Les Indiens nous ont donc proposé de mener à bien ce projet entre Delhi et Chandigarh. En 2015, le Premier ministre Narendra Modi est venu à Paris et le protocole a été signé. L’étude a démarré en janvier 2016. Nous mettons toute la ligne à niveau. C’est un projet pilote. Nous avions recommandé trois scénarios de relèvement de vitesse, à 160, 180 et 220 km/h. Indian Railways a finalement choisi une solution à 200 km/h. Les Indiens sont désireux d’avancer. Pas seulement avec la France. Ils ont signé récemment avec la Russie et avec l’Allemagne des accords très similaires.
VR&T. Mais les chemins de fer indiens ont toujours un grand projet de réseau à grande vitesse, le quadrilatère de diamant ?
P. L. C’est un projet de Narendra Modi, d’un losange de lignes à très grande vitesse qui relie les principales métropoles entre elles, Delhi – Calcutta – Chennai – Mumbai. Mais cette très grande vitesse prendra beaucoup de temps. L’alternative que nous proposons est innovante, donne des solutions rapidement et à un moindre coût. Et les résultats seront spectaculaires. La vitesse moyenne des trains en Inde, aujourd’hui, c’est 48 km/h. Nous proposons, pour réaliser la semi-grande vitesse, de mettre en place un cadencement, de séparer des grandes lignes les trafics fret et urbain. D’ailleurs, les Indiens réalisent des RER, parallèlement à la réalisation de Delhi – Chandigarh. Le train de voyageurs pourra ainsi résister à la concurrence de la voiture, des bus ou des avions.
VR&T. Quelle est la nature de votre intervention ?
P. L. C’est du conseil uniquement : une phase d’étude allant jusqu’aux spécifications techniques. Nous le faisons en coordination avec les entreprises françaises et dans la vision de leur ouvrir le marché. C’est une belle vitrine pour le savoir-faire des entreprises françaises.
VR&T. Les Indiens ont aussi un projet de corridors fret ?
P. L. Ce projet de corridors dédiés est très important, car, en Inde, le fret ferroviaire est massif. C’est le trafic fret qui subventionne le trafic passager. Et la réalisation de ce projet permettra justement cette séparation des flux que nous préconisons.
Propos recueillis par F. D.

Lyon donne le départ à la future gare de la Part-Dieu
L’enquête publique sur le futur pôle d’échanges multimodal est lancée jusqu’en novembre, préalable à une modification en profondeur de la gare et des abords. Le train de réforme à plusieurs milliards pour résoudre le « nœud ferroviaire lyonnais » attendra plus tard.
Si la réalisation tient les promesses des dessins d’architectes, alors les Lyonnais verront réellement du changement vers 2022. La gare de la Part-Dieu avec son assemblage d’austères colonnes saumon encadrant une horloge illisible devrait laisser place à une large façade vitrée, une vitrine moderniste symbole de cette « ouverture de la gare sur le quartier » souhaitée par les élus lyonnais et les responsables SNCF.
Traversée d’ouest en est par les voyageurs et les habitants à la lisière de Lyon et Villeurbanne, dans un site urbain dense concentrant le plus grand quartier d’affaires en France après la Défense et le plus grand centre commercial en milieu urbain d’Europe, la gare de la Part-Dieu, première gare de correspondance en Europe, peine à assurer les fonctionnalités de ses débuts en 1983. Prévue pour 35 000 voyageurs par jour, elle en accueille près de 130 000 aujourd’hui, dont 30 000 en transit urbain, et environ 230 000 sont attendus dans dix ans. Au-delà de la seule gare, le pôle d’échanges multimodal (PEM) concentre chaque jour 500 000 déplacements à pied et 170 000 utilisateurs des transports en commun. « La gare est saturée, elle est au centre d’un projet ambitieux qui consiste à accueillir toutes les mobilités et à organiser et développer l’attractivité économique du quartier de la Part-Dieu », indiquait David Kimelfeld, président de la métropole de Lyon, lors de la présentation le 5 octobre dernier du projet et de l’enquête publique du PEM Part-Dieu (du 25 septembre au 10 novembre 2017).
Concernant les transports, outre l’ouverture de la gare et la nécessité de répondre à sa fréquentation croissante, le projet doit permettre d’améliorer les connexions entre les modes de transports, de proposer de nouveaux services et commerces, et de fluidifier les flux de voyageurs. Ce dernier objectif reste un vrai point noir malgré deux précédentes rénovations en 1995-2001 et en 2011 : aux heures de pointe aujourd’hui, la gare de la Part-Dieu, c’est l’hallali.
L’enquête publique porte principalement sur cinq permis de construire (PC) de la phase 1 (2017-2023) concernant l’extension de la gare du côté des deux façades actuelles Béraudier et Villette, soit deux PC, qui sera réalisée par SNCF Gares & Connexions ; la construction de la galerie Pompidou et les nouveaux accès aux quais (un PC) par SNCF Réseau ; la création d’un parc de stationnement pour véhicules de location (un PC) par Effia Concessions. Le cinquième PC concerne la construction d’une tour de bureaux-hôtel par Vinci Immobilier.
Parmi les réalisations les plus marquantes de cette phase 1, mentionnons :
– le doublement de la surface de la gare (28 600 m2) grâce à trois nouvelles galeries dans les deux halls principaux (Béraudier-Villette) et celui qui sera créé côté Pompidou. L’ensemble comprendra 10 000 m2 de boutiques avec un réaménagement/amélioration des services aux voyageurs. Les services clients transférés en galeries permettront d’élargir les couloirs de circulations (+6 mètres). Enfin des flux réellement facilités ? Le nouveau hall Pompidou, avec six accès aux quais, devrait capter 20 % des flux voyageurs.
– la création d’une place basse sur l’actuel parvis Béraudier. Sans doute la réalisation la plus spectaculaire avec la nouvelle façade principale tout en verre, juste en surplomb. On y trouvera une station sécurisée de 1 500 vélos, une station de taxis, des commerces et des accès améliorés au métro. Aux associations cyclistes qui demandent 6 000 places de vélo, David Kimelfeld répond que la station peut être augmentée. La place Béraudier, elle, sera élargie de 37 mètres et déminéralisée grâce à une soixantaine d’arbres.
– la construction de la voie L. C’est la 12e, après la voie K en 2011. Malgré l’espace contraint, la SNCF trouve de la place en estacade et en élargissant des ponts pour cette nouvelle voie de 800 m et un quai de 400 m. Indispensable pour améliorer – un peu – le trafic du nœud ferroviaire lyonnais où « sont perdues 200 000 minutes de circulation », précise Gilles Cheval, directeur régional de SNCF Réseau. Pour les associations de quartier, il faudrait deux ou trois voies supplémentaires.
– l’implantation d’un pôle location voitures sur un seul site (au lieu de trois actuellement) avec un nouveau parking de 721 places (+35 %) et un tunnel de lavage mutualisé pour les agences de location.
– le réaménagement de la place de Francfort, côté Villette. Ce parking-minute no man’s land laissera la place dès l’été 2018 à un espace paysager (90 arbres plantés), avec un parking réduit et une gare routière digne de ce nom avec 11 quais.
– la construction de la tour To-Lyon, par Dominique Perrault. Située sur la place Béraudier, elle est haute de 170 m (42 étages) pour 80 000 m2 de surface en bureaux et un hôtel 4 étoiles de 168 chambres.
Claude Ferrero
Coût total phase 1
329 millions d’euros, dont :
– Gare et accès aux quais : 182 millions d’euros
– Espaces publics : 135 millions d’euros
– Pôle location voitures : 12 millions d’euros
Qui finance ?
– Métropole : 135 millions d’euros
– SNCF : 62,1 millions d’euros
– Etat et région : 52,75 millions d’euros chacun
– Europe : 14,4 millions d’euros
– Effia : 12 millions d’euros
RATP Dev à Riyad : ce n’est pas confirmé, mais…
Ce n’est pas une confirmation, mais cela en a tout l’air. A la suite d’une information publiée au conditionnel dans La lettre de l’Expansion le 29 septembre, l’ambassade d’Arabie saoudite a tweeté il y a deux jours :
« RATP Dev, filiale du @Groupe RATP, serait en bonne position pour exploiter le métro automatique de Riyad. » Le tweet est assorti d’un GIF qui précise les enjeux :
« RATP Dev serait en passe de remporter un contrat pour exploiter durant dix ans le futur métro automatique, de la capitale saoudienne. » L’animation rappelle que « le contrat porte sur la mise en service, l’exploitation et la maintenance de six nouvelles lignes automatiques (176 kilomètres, et 85 stations) ». Et précise encore qu’a côté des entreprises françaises RATP et Keolis « d’autres groupes internationaux concouraient pour l’obtention de ce contrat et plusieurs pourraient se partager l’exploitation. » (Voir aussi ci-dessous.)
La rumeur veut en effet qu’à côté de RATP Dev, les Italiens emmenés par Ansaldo, avec Ferrovie dello Stato, aient remporté une partie de l’exploitation, devançant de peu Keolis. Italiens, mais pas trop… Rappelons que l’actionnaire de référence d’Ansaldo est Hitachi.La RATP, qui pourrait bien avoir remporté à Riyad la part du lion, a néanmoins des pudeurs de gazelle, et se refuse à tout commentaire. Ce serait, en cas de confirmation, un remarquable succès pour RATP Dev, et le fruit d’efforts constants, entrepris sous Pierre Mongin. Première étape, le 31 décembre 2010, la signature d’un partenariat stratégique entre RATP Dev et le transporteur saoudien Saptco, spécialisé dans les lignes interurbaines. Jean-Marc Janaillac, alors PDG de RATP Dev, nous disait dans l’interview accordée à cette occasion : « Nous voulons devenir l’acteur majeur des transports ferroviaires urbains en Arabie saoudite. » Deuxième étape, le le 20 novembre 2014, la signature du contrat entre les autorités de Riyad et Public Transport Company, (PTC), la joint-venture formée par RATP Dev et Saptco pour la création d’un réseau de 100 lignes et de 1 000 bus dans la capitale du royaume.
Quant au groupe SNCF, il place désormais ses espoirs sur l’autre grand contrat en cours dans la région, portant à la fois sur le métro automatique et le tram de Doha. Contrat « deux fois plus important que celui de Riyad », remarque Guillaume Pepy, puisqu’il porte sur 20 ans et non sur 10. Guillaume Pepy serait allé une dizaine de fois au Qatar récemment. Reste que, si Keolis l’emportait à Doha – contre la DB semble-t-il – il lui faudrait partager le contrat avec son allié sur place : RATP Dev.
F. D.
RATP Dev, filiale du @GroupeRATP, serait en bonne position pour exploiter le métro automatique de Riyad, en #ArabieSaoudite ! 🇸🇦🚇🇫🇷 pic.twitter.com/ebjbaz4uZN
— Arabie Saoudite en France (@KSAembassyFRA) October 3, 2017

Alstom parie sur l’Asie centrale
Depuis son siège régional d’Astana, au Kazakhstan, le groupe français vise l’Asie Centrale et le Caucase. Malgré les déboires des cours du pétrole, les ressources du Kazakhstan sont considérables. Et le grand projet chinois de Routes de la soie pourrait conforter les ambitions d’un pays qui, pris entre deux ogres, ne veut pas se contenter de jouer les Petits Poucets.
Le cours du pétrole s’est effondré, la monnaie avec. Dévalué deux fois, en 2014 et 2015, le tenge a perdu la moitié de sa valeur. Comme le rouble. Les hydrocarbures ne sont pas seuls en cause. Les sanctions frappant la Russie après l’annexion de la Crimée ont entraîné le Kazakhstan dont l’économie reste étroitement liée à celle de l’ancienne république sœur. Les années 2015 et 2016 ont été très dures, et bien des projets arrêtés. Au Kazakhstan tout comme en Russie, Alstom a fait le gros dos, poursuivi la réalisation des commandes déjà passées en attendant la reprise, qui, pense-t-on, ne peut que venir. Aujourd’hui, on parle de stabilisation. Et certains projets redémarrent.
Reprise ? Les besoins sont énormes. Certes, le Kazakhstan n’est pas la Russie, mais le pays, qui s’étend de la mer Caspienne à la frontière chinoise, est tout de même le neuvième au monde en superficie, juste derrière l’Inde et l’Argentine. Près de 15 000 km de voies ferrées, dont un tiers sont électrifiées, en font un pays à ne pas négliger. Cinq fois vaste comme la France, il est aussi trois fois et demie moins peuplé. Les deux tiers des déplacements, pour les marchandises comme pour les voyageurs, se font grâce au chemin de fer. Trois grands constructeurs occidentaux du secteur ont fait le pari du Kazakhstan et sont devenus d’importants fournisseurs. Chacun avec une grande spécialité. Talgo pour les trains de voyageurs, et ce sont des rames Talgo qui relient en douze heures l’ancienne capitale, Almaty, à la nouvelle, Astana, distantes d’un millier de kilomètres. General Electric, on ne s’en étonnera pas, fournit des locomotives diesel. Et Alstom des locomotives électriques.
Conformément à la stratégie de localisation d’Alstom, les locomotives kazakhs sont assemblées dans l’usine d’Astana. C’est en 2010 que les Chemins de fer kazakhs (KTZ) ont passé commande de locomotives à EKZ, joint-venture créée par KTZ (50 %), Alstom (25 %) et son partenaire russe TMH (25 %). Depuis, le capital a évolué et Alstom a acquis en 2016 la moitié des parts de KTZ. Sur les 295 locomotives doubles commandées, 200 KZ8A sont destinées au fret et 95 KZ4AT au transport de voyageurs. Des locomotives de la gamme Prima.
À l’exception des 25 premières KZ8A et des 20 premières KZ4AT, conçues et fabriquées à Belfort, les locs sont assemblées à Astana. Cela dit, les composants viennent en grande partie de France, Ornans (motorisation), Tarbes (système de traction) ou Villeurbanne (électronique). Grosso modo, sur les près de 7 000 heures de travail que représente une locomotive double, la moitié doit être effectuée sur place. On fait ici les chaudrons, avec un acier fabriqué dans des pays de la CEI. Acier qui doit à la fois supporter les – 50°C de l’hiver, mais aussi les quelque + 50°C de l’été. Aucune montagne n’arrête les vents du nord et de la Sibérie : l’hiver dernier, on a enregistré – 38° à Astana. Cette année, début septembre, il y faisait + 36°. Dans le sud de l’Asie Centrale, les 50° centigrades ne sont pas inconnus en été.
La robustesse est donc indispensable, que permettent les aciers fabriqués dans la zone, renforcés par une winterization supplémentaire lors du garnissage. Soudure, grenaillage et peinture sont auparavant faits dans l’usine. La main-d’œuvre locale peut y faire face, après un passage dans l’école de soudure du site. Pour le plus complexe du métier ferroviaire, c’est une autre affaire. De jeunes ingénieurs kazakhs sortent de bonnes écoles du monde entier. Manque encore, semble-t-il, la maîtrise des process industriels complexes.
Après un investissement d’une cinquantaine de millions de dollars, EKZ a achevé en 2013 les travaux du site et commencé à y construire en 2014. En septembre dernier, on pouvait voir les locs 45 A et B en cours de finition. Le site est désormais en mesure de satisfaire les besoins locaux. Et d’aller au-delà.
Car Alstom vise tous les pays du sud de la CEI. Depuis son siège dans le centre d’Astana, complété par l’usine à proximité, par un autre site industriel à Almaty, un bureau à Bakou (Azerbaïdjan) et un autre à Tachkent (Ouzbékistan), Bernard Peille, qui a dirigé notamment les sites français de Reichshoffen et de La Rochelle et l’usine de tramways TramRus à Saint-Petersbourg, a la haute main sur le « South CIS Cluster ». Soit trois pays du Caucase : Arménie, Azerbaïdjan, Georgie et cinq d’Asie Centrale : Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan. Et c’est à Astana que doit être réceptionnée début octobre la première loc destinée aux Chemins de fer d’Azerbaïdjan (ADY). Première d’une série de 10 locomotives AZ4A bitension (25 kV et 3 kV) destinées aux trains de voyageurs qui sera fabriquée à Belfort, tandis que les 40 AZ8A commandées par les ADY pour le fret seront, elles, assemblées à Astana.
À côté des trains, la région est tentée par le tramway. Almaty, déjà dotée d’un métro, a un projet de LRT qui est mûr et doit bientôt sortir. On attend, après une première ligne confiée aux Chinois, une deuxième ligne à Astana. Bakou ou Tbilissi (Géorgie) voudraient franchir le pas. Bakou a déjà un métro, dont trois rames de cinq voitures ont été construites à Moscou par MWM, l’usine de métros de TMH, le partenaire russe d’Alstom.
Mais, on y revient, le gros de l’affaire reste le chemin de fer et les locomotives qui vont avec. Besoins énormes, puisque les locomotives soviétiques VL80 qui ont vaillamment tenu le coup dans l’ensemble de l’ancienne URSS, sont désormais hors d’âge. On considère que 40 % du parc kazakh est aujourd’hui immobilisé. L’infrastructure aussi a besoin d’une sérieuse remise à niveau.
Les besoins en fret sont notamment soutenus par un énorme trafic de charbon. Et devraient être dynamisés par le projet planétaire de Routes de la soie des Chinois. On est très loin pour l’instant des chiffres mirifiques annoncés pour les prochaines années mais, après la crise et la stabilisation, le Kazakhstan a enregistré une croissance du fret d’environ 15 % l’an dernier.
Prudemment, Alstom s’est fixé pour cible le marché du renouvellement. Il est déjà fort important. Certes, selon Bernard Peille, « les locomotives modernes étant plus puissantes et tirant des trains plus lourds, deux KZ8A remplacent trois VL80 ». Reste qu’il faudrait environ 450 locomotives électriques nouvelles au KTZ. L’usine EKZ compte bien sur une levée d’options complétant la commande initiale, pour 100 locs de fret et 24 locs de voyageurs de plus. Au-delà des limites du South CIS Cluster, à l’ouest, il faudrait quelque 500 locomotives nouvelles pour un parc ukrainien qui en compte environ 2 500. Et, en additionnant les besoins d’autres pays de la CEI, voire des pays baltes que la voie large intègre toujours d’un point de vue ferroviaire à l’ex-espace soviétique, il en faudrait 500 encore. Un besoin total d’environ 1 500 locomotives électriques, dont le pic se situe entre 2019 et 2024, sur lequel Alstom a bien l’intention de se placer, en grande partie grâce à EKZ. En fourniture. Et en maintenance.
Les locs commandées à EKZ doivent d’ailleurs être maintenues par EKZ à Astana. Se croisent donc, dans l’usine, des locomotives Alstom en cours d’assemblage ou en maintenance, voire certaines des 22 KZ4AC et 5 KZ4A chinoises dont la maintenance est assurée par EKZ. Alstom a de plus ouvert en juillet sur un site voisin une activité de réparation.La capacité du site EKZ permet de grandes ambitions. 450 personnes y sont employées aujourd’hui, dont une douzaine d’expatriés. À sa tête, Julien Naudy, qui a managé le projet avant de prendre la direction de l’usine. « On y travaille en 1/8 ou 2/8. On y construit entre 10 et 15 locos par an, quand on pourrait réaliser une cinquantaine de locomotives doubles, explique-t-il, en passant à quelque 750 personnes et en travaillant en 3/8. » De plus, le site se diversifie et une activité de transformateurs vient tout juste de commencer. À côté de ce vaisseau amiral, Alstom peut s’appuyer pour son expansion en Asie centrale sur des partenariats locaux. Le groupe a ainsi une JV (50/50) à Almaty pour fournir 10 000 moteurs d’aiguille, dont plus de 2 200 ont été livrés. Pour l’instant, le chiffre d’affaires du cluster Sud CEI d’Alstom s’élève à 100 millions d’euros. Pas grand-chose, comparé aux 7 milliards du groupe. Mais les grands projets eurasiatiques ont l’avenir et la steppe devant eux.
On pourrait penser que la production de locomotives sera aidée par une économie d’échelle qu’autorise une nouvelle norme, propre aux cinq pays de l’Union économique eurasiatique impulsée en 2014 par le Kremlin (Russie, Biélorussie, Arménie, Kirghizistan, Kazakhstan). Si la norme TRCU reprend pour l’essentiel des spécifications existantes, elle n’est pas simple à mettre en place, n’est vraiment entrée en vigueur qu’en août dernier, et ne concerne qu’une partie de la zone dans laquelle, au moins devrait avoir lieu une procédure unique de certification. « Les nouvelles normes de l’union économique eurasiatique ne réinventent pas les normes anciennes, mais forcent plutôt à certifier un plus grand nombre de composants et à les certifier plus souvent », précise Bernard Peille. Dans les autres pays de la zone, on en reste à des certifications nationales, ne permettant pas d’interopérabilité, chaque pays en prenant son indépendance ayant plus ou moins mis à sa sauce les anciennes normes soviétiques. Les situations sont assez disparates. En Azerbaïdjan, on est en 3 kV, mais on passe aussi au 25 kV. La Georgie est en 3 kV. Le Turkménistan a lancé des études mais n’est quasiment pas électrifié, pas plus que le Kirghizistan ou le Tadjikistan. Quant au grand pays de la zone, le Kazakhstan, il a opté pour le 25 kV, et poursuit ainsi son électrification vers l’ouest.
Le Kazakhstan joue un jeu complexe. Au-delà de ses besoins propres, il est entré dans le grand jeu de la mondialisation et se trouve pris entre la Russie et la Chine qui ne savent eux-mêmes pas trop comment se prendre ou se déprendre. Noursoultan Nazarbaïev, qui préside aux destinées du pays depuis 1991, a l’ambition de faire d’Astana la capitale de l’Eurasie. Plus modestement, Alstom fait de la ville le centre d’une activité à laquelle les ambitions et les besoins locaux, comme les grands projets chinois, pourraient donner une ampleur inattendue.François Dumont

SNCF : ne pas se tromper de « donnant-donnant » !
Par Yves Crozet, Professeur à l’Université de Lyon (IEP)
Laboratoire Aménagement Economie TransportsUn vent nouveau souffle sur la politique des transports. Les plus hautes autorités de l’Etat ont cessé de promettre des infrastructures pour lesquelles les financements n’existent pas. Les projets ne sont pas tous abandonnés, mais l’extension des réseaux n’est plus la priorité. Pour donner corps à l’acronyme anglais Maas (mobility as a service), l’accent est mis sur les services et les nouvelles mobilités. Les Assises de la mobilité devraient concrétiser cette nouvelle donne qui touche aussi l’exploitation ferroviaire avec l’ouverture à la concurrence pour le transport de voyageurs. Dans ce nouveau paysage, que faire avec la SNCF ? La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a évoqué un « donnant-donnant ». Quel contenu recèle cette formule ? Pour répondre à cette question, nous commencerons par rappeler la situation délicate dans laquelle se trouvent aujourd’hui le ferroviaire et les trois Epic de la SNCF. Dans ce contexte, il est préférable de s’orienter vers un donnant-donnant de longue durée et « à bas bruit » plutôt que de faire de la dette ferroviaire la base d’un grand marchandage qui profiterait plus à quelques intérêts particuliers qu’à l’intérêt général.
L’hiver ferroviaire
Le transport ferroviaire est en France un des plus importants d’Europe. Avec le développement de la grande vitesse ferroviaire, il a même longtemps fait figure de modèle. Mais ce temps-là est révolu. Quelques chiffres montrent que nous sommes entrés dans un long hiver ferroviaire. Les données récemment publiées par la commission des comptes transport de la nation sont éloquentes.
– Les trafics poursuivent leur régression pour le fret (en tonnes-kilomètres, -20 % de 2008 à 2016 après -30 % de 2000 à 2008 !).
– Fait moins connu, il en va de même pour les passagers. Le trafic ferroviaire longue distance (60,2 milliards de passagers-km) est en 2016 inférieur de 3,6 % à celui de 2008 (62,5 milliards). La crise n’explique pas tout puisque dans le même temps le nombre de passagers dans les aéroports de métropole a progressé de 19 %. Pour la longue distance en autocars et autobus la progression en huit ans atteint 31 % (60,8 milliards de Pkm(1), plus que le ferroviaire…).
– Les TER aussi sont à la peine. Après avoir atteint un maximum en 2012 (14,2 milliards de Pkm), les trafics ont plafonné (13,2 milliards en 2016) principalement du fait de la réduction de l’offre. Face au coût croissant du train-km (+33 % de 2004 à 2011, trois fois plus que l’inflation…), les régions ont transféré sur des autocars les services les moins fréquentés.
– Les seules progressions notables du trafic ferroviaire se trouvent en région parisienne, +21 % pour les trains et RER (19,6 milliards de Pkm en 2016).
Ainsi que l’avait déjà indiqué en 2013 la Commission Mobilité 21, nous sommes devant une nouvelle donne qui sonne le glas des espoirs placés dans le ferroviaire par le Grenelle de l’environnement. Si les nouvelles LGV sont problématiques, ce n’est pas seulement par manque de financements innovants comme l’ont laissé entendre les maires de Bordeaux et Toulouse. C’est, comme l’a indiqué la Cour des comptes dès 2014 parce qu’il faut s’interroger sur le niveau de subventions que cela requiert. Ainsi, la LGV Tours – Bordeaux a nécessité quatre milliards d’argent public, soit, selon les hypothèses de trafic, trois à quatre euros de subvention par jour et par passager pendant 50 ans ! Pour le segment Bordeaux – Toulouse, il faudrait multiplier ce chiffre par dix. Il n’est pas raisonnable de subventionner ainsi une mobilité qui profite essentiellement aux CSP+ alors même que les trafics sont décevants. L’ouverture de la LGV Rhin – Rhône en 2011 a eu un impact très faible sur les trafics.
Les limites de la grande vitesse ferroviaire s’observent d’ailleurs à l’échelle européenne. Les pays où les trafics ont le plus progressé en dix ans (2006-2015) sont ceux qui ont donné la priorité aux trains de la vie quotidienne : le Royaume-Uni (+40 %), l’Autriche (+35 %), la Suède (+32 %) la Suisse (+30 %). A contrario, l’Italie, qui a pourtant développé une offre TGV remarquable, dopée par la concurrence, n’a connu qu’une progression de 4 %. La grande vitesse a remplacé les trains classiques. C’est un objet de plus en plus coûteux pour un marché de niche.
C’est pour cette raison qu’il est plus important de rénover le réseau existant que de lancer de nouvelles LGV. Mais pour nécessaire qu’elle soit, la modernisation du réseau ne suffira pas à attirer plus de voyageurs dans les trains si la qualité des services ferroviaires ne s’améliore pas. La grande panne de la gare Montparnasse le 30 juillet n’a pas été un coup de tonnerre dans un ciel serein. Après les accidents mortels de Brétigny (2012) et de la rame d’essai du TGV Est (2015) c’est un dysfonctionnement de plus pour une entreprise dont les services ont perdu en fiabilité. Le premier objectif du donnant-donnant est d’améliorer la robustesse des services, ce qui va demander du temps.Pour un donnant-donnant
« à bas bruit »
Publié le 7 juillet, le rapport sur la robustesse demandé par les dirigeants de la SNCF à un groupe d’experts(2) souligne les nombreuses insuffisances de l’entreprise, notamment le manque d’approche systémique afin de gérer efficacement les dimensions techniques, opérationnelles et managériales de la production de services ferroviaires. Dénonçant un fonctionnement en silos, les experts remarquent que de multiples plans d’action ont déjà été lancés pour améliorer la qualité de service, des TER ou des TGV entre autres. Mais les résultats se font attendre. Ainsi l’AQST(3) nous apprend qu’au second trimestre 2017 près de 19 % des TGV étaient en retard à l’arrivée et leur retard moyen dépassait 40 minutes. Durant l’année 2016, plus de 10 % des TER étaient en retard, un taux qui grimpe à 15 % en région Paca, Rhône-Alpes ou Poitou-Charentes. Sans compter les 2,2 % de trains supprimés, un chiffre d’ailleurs sous-estimé car il ne prend pas en compte les trains déprogrammés la veille avant 16h.
Si, comme l’on fait les experts, on définit la robustesse comme « la capacité effective à réaliser les services promis aux clients », alors l’expression donnant-donnant prend tout son sens. D’un côté, la politique ferroviaire du gouvernement devient cohérente, arrête les projets dispendieux et les injonctions d’acheter des matériels inutiles. De l’autre côté, la SNCF doit d’abord remplir correctement ses missions, la balle est dans son camp.
Or il se trouve que pour SNCF Mobilités, le premier semestre 2017 a été marqué par un redressement des trafics (+8,4 % pour les TGV et +4,7 % pour les TER). Ces chiffres se référant au premier trimestre 2016, marqué par des inondations et des grèves ayant perturbé les circulations, ils doivent être relativisés. Ils montrent néanmoins qu’un rebond est possible, porté par une meilleure conjoncture, confirmée durant l’été 2017. Comme dans le même temps, la SNCF a annoncé qu’elle était en passe de réaliser les gains de productivité qu’elle avait annoncés, le chemin à suivre est tout tracé.
Comme la concurrence se profile pour la prochaine décennie, les gains de productivité et la baisse des coûts sont plus que jamais au sommet de l’agenda de la SNCF. Or, en la matière, elle a pris beaucoup de retard. En 1996, sa productivité apparente du travail était de 0,6 million d’unités-kilométriques(4) par salarié, supérieure à celle des CFF (Suisse, 0,59) et de la DB (Allemagne, 0,49). 20 ans plus tard, la SNCF plafonne à 0,76 (+26,6 %) contre 1,2 pour les CFF et 1 pour la DB (+100 % !). Pour s’approcher d’un tel niveau, cinq à dix années seront nécessaires. Les effectifs de la SNCF devront continuer de diminuer d’au moins 2 000 personnes par an pendant de nombreuses années encore. Pour que cette trajectoire soit respectée, un contrat de performance doit être signé avec SNCF-Mobilités. Il explicitera le donnant-donnant : si les gains de productivité sont au rendez-vous, alors les rémunérations pourront être augmentées, par exemple sous forme d’intéressement aux résultats. Mais c’est à SNCF Mobilités de redresser ses comptes, pas à l’Etat qui doit lui s’occuper prioritairement de SNCF Réseau et retrouver à son égard une politique cohérente.La dette et le risque
du grand marchandage
Un contrat de performance a été signé entre l’Etat et SNCF Réseau au printemps 2017. Son contenu a été critiqué par l’Arafer. A juste titre, le régulateur a souligné le caractère peu réaliste des engagements pris par les deux parties signataires.
Du côté de SNCF Réseau, la hausse annoncée des revenus des péages est jugée très optimiste, non seulement parce que l’Arafer a refusé les nouvelles grilles tarifaires, mais aussi parce que le nombre de circulations ferroviaires ne cesse de diminuer en France, pour le fret mais aussi pour les voyageurs. Dans cette catégorie, on est passé de 420 à 385 millions de trains-km entre 2008 et 2016 (-8,3 %). SNCF Réseau ne peut donc compter ni sur une hausse des prix unitaires ni sur une hausse des volumes pour redresser ses résultats. Là aussi, les gains de productivité seront indispensables car les comptes du gestionnaire d’infrastructures sont particulièrement dégradés.
Pour cette raison, les engagements de l’Etat devront être tenus. En outre, la reprise par l’Etat de tout ou partie de la dette de SNCF-Réseau (45 milliards) semble indispensable. Ne serait-ce que pour que soit respectée « la règle d’or » qui fixe un ratio maximum de 18 entre la dette et la marge opérationnelle. Or nous sommes déjà à 22. La réduction de la dette est nécessaire, elle relève de l’Etat, mais la reprise de la dette par l’Etat doit servir à redonner de l’air à SNCF Réseau et seulement à cela.Concrètement, le gouvernement doit se servir de la dette comme d’une « poire d’angoisse » afin de calmer les ardeurs de tous ceux qui réclament toujours plus d’argent public. D’abord grâce à la règle d’or qui évite le lancement de projets coûteux. Ensuite car le désendettement doit être une contribution progressive au rééquilibrage du bilan de SNCF Réseau, à condition que des gains de productivité améliorent le compte de résultat.
Il est évidemment hors de question que cela débouche sur une baisse des péages pour les TGV. Il faut tordre définitivement le cou à cette forme dévoyée de donnant-donnant qui verrait l’Etat accroître sa propre dette pour améliorer la rentabilité de SNCF Mobilités tout en fragilisant SNCF réseau. La baisse des péages serait le signal d’une prochaine mise en faillite du gestionnaire d’infrastructures. De façon inavouée, ce scénario est implicitement souhaité par tous ceux, ils sont nombreux, qui veulent que l’Etat et les collectivités territoriales accroissent indéfiniment leurs subventions au ferroviaire, elles qui ont déjà progressé deux fois plus vite que le PIB nominal depuis 2000.
Dans le même ordre d’idées, la reprise de la dette ne doit absolument pas entrer en ligne de compte dans une éventuelle négociation sur la réforme des régimes spéciaux de retraite ou du statut de cheminot. Il faudrait être naïf pour commencer une négociation avec les syndicats en mettant d’emblée la reprise de la dette dans la corbeille de la mariée.
D’abord pour des motifs tactiques : un négociateur ne commence pas par étaler son jeu sur la table !
Ensuite pour des raisons logiques : chaque cheminot n’a aucun intérêt personnel à ce désendettement et les syndicats considèrent cela comme un dû, pas une contrepartie. Pour obtenir ce que l’on souhaite, il faudra donc donner autre chose. Le risque serait alors de déboucher sur une nouvelle vague d’inflation ferroviaire, comme celle qui a suivi la réforme de 2007 du régime des retraites. La SNCF a au contraire besoin de désinflation.
Enfin et peut-être surtout, parce qu’il est très facile de se brûler les ailes à l’approche du feu protestataire qui couve en permanence en France. Alors que les médias rêvent tout haut d’un troisième tour social, il n’est pas inutile de rappeler le constat amer dressé par le général de Gaulle après les longues grèves de mars-avril 1963 (mineurs, secteur public…). Il avait alors soufflé à Alain Peyrefitte(5) « les Français se sont dit que l’Assemblée nationale et le gouvernement ne les représentaient pas vraiment. Peut-être qu’ils se sont dit que la majorité est trop belle ! »Un donnant-donnant avec la SNCF ne doit pas prendre la forme d’un grand marchandage autour de la dette et du statut de cheminot. S’il faisait ce choix, le gouvernement serait immédiatement en position de faiblesse car on lui reprocherait de mettre en danger la République et ses grands principes. Or un gouvernement affaibli est celui qui finit par payer beaucoup plus que ce qu’il escomptait. La sagesse et l’efficacité commandent donc à l’Etat d’agir simplement comme un actionnaire (horresco referens !) qui ne recapitalisera l’entreprise que progressivement et en échange de gains continus de productivité de chacun des trois EPIC. C’est le modèle appliqué par la Suisse depuis vingt ans, celui d’un donnant-donnant à bas bruit !
(1) Les autocars Macron ne représentaient en 2016 que 3,5 % de ce total
(2) http://medias.sncf.com/sncfcom/open-data/rapport-securite/20170713_A-la-reconquete-de-la-robustesse-des-services-ferroviaires.pdf
(3) Autorité de la qualité des services de transport http://www.qualitetransports.gouv.fr
(4) Passagers-kilomètres +tonnes-kilomètres
(5) Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Vol.
Un projet de navette autonome à la demande à Rouen
La Métropole Rouen Normandie, la région Normandie ainsi que Transdev, Renault, la Caisse des dépôts et la Matmut ont lancé le 2 octobre le projet « Rouen Normandy Autonomous Lab », un service de véhicules électriques autonomes à la demande sur routes ouvertes et accessible au public. Après une période de test, le service sera proposé aux habitants de la métropole rouennaise à partir du printemps 2018 et pendant deux ans. Ce sera une première européenne, affirment ses promoteurs.
Cinq véhicules (dont quatre Renault ZOE électriques) circuleront sur trois boucles, totalisant 10 km sur le site du technopole du Madrillet (Saint-Etienne de Rouvray). Les utilisateurs pourront appeler un véhicule en temps réel, depuis l’application dédiée disponible sur smartphone, à partir d’un des 17 points d’arrêt situés sur les dix kilomètres que représentent les trois parcours préétablis. Ce projet représente un investissement global de 11 millions d’euros.

« Airbus du rail » : la zone d’ombre politique d’une bonne nouvelle, selon Gilles Savary
Ville, Rail & Transports a demandé à Gilles Savary de réagir après l’annonce de la fusion entre Siemens et Alstom. Voici ce que nous a répondu l’ancien député socialiste de la Gironde, rapporteur de la loi
de réforme ferroviaire et de celle sur la sécurité et la fraude dans les transports :« Lancée par une tribune publique de quatre parlementaires français reprise par Alain Juppé, l’idée de création d’un Airbus du rail se profile au moment où l’on ne l’attendait pas.
Comme souvent en matière européenne, à l’instar du traité constitutionnel européen en 2005, cette idée française fait l’objet de vives oppositions et controverses françaises.
En cédant de fait ses « parts optionnelles » dans Alstom Transport à Siemens, l’Etat français est accusé de privilégier une aventure étrangère aux dépens d’un champion français.
S’il est une chose qui n’est pas contestée, c’est la nécessité, et même l’urgence, d’une consolidation d’Alstom Transport face aux géants asiatiques qui pointent leur nez sur le marché européen. Le japonais Hitachi a déjà mis un pied en Europe en absorbant l’essentiel des activités ferroviaires de l’italien Ansaldo et en vendant des trains à grande vitesse à la Grande-Bretagne. Il contrôle désormais l’entreprise de signalisation italienne Ansaldo STS, leader du fameux système de signalisation ferroviaire ERTMS. C’est une entreprise de Hongkong, MTR Corporation, qui a délogé le français Veolia du métro de Stockholm. La fusion des deux opérateurs chinois CSR et CNR, le 30 décembre 2014, en un géant mondial redoutable, déjà très impliqué dans la création d’une prometteuse « Route de la soie ferroviaire » entre la Chine et Hambourg, et qui a mis la main sur les activités ferroviaires du tchèque Skoda, ne pouvait laisser les Européens indifférents. Une fusion entre Siemens et Alstom est infiniment préférable au « picorage » asiatique d’une industrie européenne en ordre dispersée, et à l’éventualité d’un rapprochement opportuniste entre Siemens et les Chinois. Et s’il faut envisager ultérieurement de prendre pied en Asie, le nouveau groupe européen disposera des moyens d’une telle ambition, qui n’est pas aujourd’hui à la portée de nos « champions nationaux » européens.
Berceau du chemin de fer, l’Europe ne comptait pas moins d’une quinzaine de producteurs de matériels roulants ferroviaires, pour la plupart autocentrés sur leurs étroits marchés domestiques, avant que les industriels asiatiques ne s’y intéressent pour en faire leurs têtes de pont européennes.
Alstom Transport est dans une position intermédiaire un peu paradoxale. Particulièrement dynamique et offensive sur les marchés extérieurs avec un carnet de commandes de l’ordre de 24 milliards d’euros, ses usines françaises quasi exclusivement dédiées au marché intérieur avec une gamme limitée à deux trains, le Régiolis pour les TER et le TGV pour les grandes lignes, sont confrontées à l’épuisement du modèle économique du TGV, et par conséquent de son « droit de tirage » politique sur une SNCF surendettée par l’investissement en LGV, qui a dû de surcroît déprécier plus de 12 milliards d’actifs en 2016 du fait d’un « suréquipement » en TGV.
On ne peut s’empêcher de penser que la fusion Alstom-Siemens procède d’une convergence d’intérêts entre, d’une part, le gouvernement français en recherche de cash dans le cadre de son programme de redressement budgétaire, Alstom dont les pressions sur la commande publique nationale atteignent des limites mises en lumière par l’épisode du « chantage » à la fermeture du site de Belfort, et d’autre part la nécessité de créer un géant européen dimensionné pour affronter la concurrence asiatique qui se profile.
Pour autant, cette opération n’est pas de même nature que la création d’Airbus. D’abord, parce qu’il s’agit d’une opération gigogne d’échange – acquisition d’actions, somme toute classique, et non pas d’un programme intergouvernemental volontariste, sous contrôle stratégique initial des gouvernements. Ensuite parce que de nombreux autres opérateurs européens, et non des moindres comme le français Thales en matière de signalisation, ne sont pas de la partie ! Sans compter les industriels suisses, britanniques, espagnols, roumains, polonais et tchèques qui ne sont pas quantités négligeables. Enfin parce qu’elle intervient dans un secteur industriel à maturité qui ne présente ni les mêmes caractéristiques pionnières, ni les mêmes perspectives de marché que l’aéronautique civile à l’aube d’Airbus.
S’il n’est pas interdit d’espérer que le rapprochement Alstom-Siemens en agglomère d’autres, il est fatal que cette consolidation prometteuse entraîne ultérieurement des restructurations, qui, pour l’instant, demeurent l’angle mort du dossier.
Il n’est donc pas étonnant que cette annonce – qui revient à sortir Alstom de son illusoire cocon colbertiste et à préparer l’industrie ferroviaire européenne à l’agressivité de concurrents asiatiques désormais à demeure sur le marché européen, et à niveau pour lui tailler des croupières sur le marché mondial – fasse l’objet d’interrogations voire de craintes.
Il est en effet très difficile aujourd’hui d’imaginer comment vont se répartir à terme les sites de production, les charges et les emplois du futur groupe, à la différence du « modèle » Airbus qui a constamment veillé à distribuer les plans de charges industriels de façon équitable entre les usines des différents pays du consortium.
Certes l’alternative d’une nationalisation d’Alstom, qui reviendrait à la maintenir à une taille sous-dimensionnée par rapport aux conditions actuelles de la concurrence mondiale, et à enfermer un peu plus ses usines françaises dans un marché domestique saturé (sans compter les clauses de protection contre les entreprises publiques sur les marchés concurrentiels étrangers) procède de la plus pure illusion protectionniste en économie fermée.
Les Anglais comme les Italiens nous ont démontré depuis longtemps que ce n’est pas tant la nature de la propriété qui garantit le mieux le maintien d’entreprises et d’emplois industriels dans nos vieux pays européens, que la capacité des Etats à y créer un climat et un environnement public propices à leur adaptation aux défis de la mondialisation des marchés.
La fusion des activités transports des deux champions européens du ferroviaire est incontestablement une chance pour l’Europe de continuer à figurer au premier plan du vaste marché ferroviaire mondial. Pour être utile à la France, elle devra rompre avec le confinement national, devenu trop étroit, dans lequel Alstom a maintenu ses usines françaises et leurs emplois, et leur faire profiter enfin de ses remarquables performances à l’étranger.
Mais, avouons-le, pour établir un parallèle crédible avec Airbus, il manque cruellement la dimension politique d’un accord industriel européen à ce dossier. »
Gilles SAVARY

Keolis garde les transports de Caen
Comme nous l’annoncions fin juillet, la Communauté urbaine Caen la mer a choisi de renouveler le Groupe Keolis pour l’exploitation et la maintenance de son réseau de transport urbain. Dénommé Twisto, ce réseau qui dessert les 50 communes de la communauté urbaine est géré par Keolis depuis 2002. Pour ce nouveau contrat, annoncé le 28 septembre, deux concurrents étaient en lice face au sortant : RATP Dev et Transdev.
D’une durée de six ans à compter du 1er janvier prochain, le nouveau contrat devrait générer un chiffre d’affaires cumulé de 345 millions d’euros. Dans le cadre de la nouvelle DSP, Keolis aura en charge l’exploitation et la maintenance du réseau de bus, le service de transport dédié aux personnes à mobilité réduite, la gestion de 650 vélos (150 en libre service et 500 en location longue durée) ainsi que l’exploitation des trois lignes du nouveau réseau de tramway dont le lancement est prévu en 2019. Ce lancement sera précédé d’une opération de substitution inédite en France, pour laquelle Keolis accompagnera Caen la mer, de l’arrêt du tramway sur pneu type TVR (31 décembre prochain) à la mise en service de 23 tramways « fer ». Durant les 18 mois de travaux, 42 bus de substitution seront mis en service et les autres lignes seront renforcées. De plus, dès janvier 2018, Keolis exploitera un nouveau service de navette en centre-ville par minibus électrique (22 personnes).
Dans le cadre cette nouvelle DSP, Keolis a pour objectif de « mieux mailler le territoire de la communauté urbaine Caen la mer, grâce notamment à la mise en service d’une grande ligne circulaire d’agglomération qui sera lancée en même temps que le nouveau réseau de tramway ». En parallèle, « l’intégralité du réseau sera modernisée afin de répondre efficacement à la hausse de fréquentation de 19,5 % prévue à horizon 2023 ». Keolis précise que de nouveaux services pour optimiser le parcours client seront également mis en place : « e-boutique, nouvelle billettique avec des titres de transport sans contact, nouveau site internet durant les travaux, calculateur d’itinéraire, etc. ».

Trois nominations à la direction de Transdev France
Richard Dujardin, directeur général France de Transdev, a annoncé trois nominations le 26 septembre. Celle de Natacha Charvet comme directrice du développement, de Salima Saa comme directrice marché collectivités locales et d’Hervé Baron comme directeur des ressources humaines.
Natacha Charvet, diplômée de ESCP (Master audit et conseil), elle est titulaire d’une Maîtrise de sciences de gestion à l’Université Paris IX Dauphine, a intégré le groupe en 2004. Elle était depuis 2007, directrice du développement de la filiale anglaise de Transdev en charge des appels d’offres et des fusions-acquisitions.
Titulaire d’un DESS en environnement à l’université de Lille et d’un diplôme de management à l’ESC de Marseille, Salima Saa a créé une « start-up » Enviro2B, en 2000, puis fondé un cabinet de conseil en communication environnementale à Marseille. Entre 2008 et 2014, elle a dirigé les équipes commerciales du Groupe Saur. Depuis septembre 2014, elle était directrice commerciale déléguée chez Veolia. Elle a également été présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (2011-2012), membre du Haut conseil des rapatriés et du Haut conseil à l’intégration, porte-parole adjointe de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2012.
Hervé Baron est quant à lui diplômé de Sciences-Po Paris, et titulaire d’un DESS gestion de l’emploi et développement social d’entreprise. Il a effectué une partie de sa carrière au sein du groupe Danone ; dès 2010 en tant que DRH Evian et Volvic, puis en 2016 comme directeur des Relations sociales du groupe Danone.
Strasbourg. La CTS élimine les billets en papier
La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) va investir dix millions d’euros pour achever sa migration vers un système billettique sans contact. « Les anciens titres de transport en papier auront totalement disparu en juillet 2018 », annonce Alain Fontanel, président de la CTS. « Cette évolution répond à deux objectifs : inciter les Strasbourgeois à anticiper leur voyage ou à s’abonner, et favoriser la transition écologique. L’abandon du support papier permettra d’économiser 110 arbres par an et des kilomètres de rubans d’encre », calcule l’élu. L’opérateur entend également améliorer la fluidité d’accès dans les bus et les trams, en permettant à ses voyageurs de valider plus rapidement, « en quelques millièmes de secondes », ses titres de transport.
Introduite sur le réseau en 2004 avec la carte Badgéo, la billettique intègre désormais l’application Hoplink, « gage d’interopérabilité », selon Alain Fontanel. Il sera notamment possible de recharger les futurs titres de transport dans le réseau de guichets automatiques de banque (GAB) du Crédit Mutuel, avec lequel la CTS a conclu un accord technique.
Les nouveaux billets sans contact, qui compléteront la gamme existante des supports Badgéo, seront rechargeables et cessibles. La CTS proposera aussi un titre de transport sur QR Code, compatible avec les smartphones Apple et Android. Une part majeure de l’investissement (six millions d’euros) sera consacrée au remplacement des deux valideurs présents dans chaque bus et à l’installation des nouveaux terminaux sur les stations du tramway. Avec la fin de la billetterie magnétique et du support papier, la CTS prévoit de réduire le nombre de valideurs en station. « Cinq valideurs mixtes numériques et magnétiques étaient installés sur chaque quai. Il n’y en aura plus que trois », prévient Alain Giesi, directeur général adjoint de la CTS.Olivier Mirguet