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Grands Prix des Régions 2015. L’Alsace en haut du podium affiche la meilleure régularité
Dure, dure, la période pour les TER. Cette année, notre Grand Prix des Régions se déroule en deux temps. Pour commencer notre jury a distingué les initiatives récentes des régions (n° 574). De ce côté-là c’est encourageant. Restait à voir les chiffres et le podium qui en résulte. Nous les publions dans ce numéro, à l’occasion du congrès de Rouen de l’Association des Régions de France. Avouons-le : notre esprit de sérieux nous pénalise. Nous établissons notre classement d’après les dernières données chiffrées complètes, ce qui conduit à analyser l’évolution entre 2012 et 2013. C’est daté, dira-t-on… Mais on observe plus qu’une photographie, une tendance. Et elle n’est pas favorable : baisse de l’offre, fréquentation en berne, dégradation de la réalisation du service comme de la régularité, et même vieillissement de l’âge moyen du parc. Les premières indications disponibles pour la période plus récente ont tendance à la confirmer pour l’essentiel, même si l’arrivée de nouveaux trains rajeunit le parc et si la régularité s’améliore. Mais, avec la crise des financements, le TER est dans une période délicate.
Le regroupement des régions et la libéralisation du transport par car sont autant d’inconnues pour l’avenir. Raison de plus pour saluer les efforts des conseils régionaux d’Alsace, de Bretagne ou de Picardie qui, dans des contextes différents, réussissent à faire vivre le TER.Grand Prix d’or Alsace. La constance paie
En dépit d’une densité de trafic record sur un réseau peu étendu, l’Alsace présente d’année en année d’excellents résultats de régularité, qui sont parmi les rares à s’améliorer en 2013, et un taux honorable de réalisation de l’offre. Excentrée sur le réseau français, mais de plus en plus connectée aux réseaux allemand et suisse, l’Alsace s’apprête à accueillir sa première LGV, après avoir digéré avec succès l’arrivée des TGV à Strasbourg en 2007, puis à Mulhouse en 2011.
Fin 2010, entre Mulhouse et la vallée de la Thur, la région avait également osé mettre en service ce qui reste jusqu’à présent le seul « vrai » tram-train français, circulant tant sur une voie ferrée, en compagnie des TER diesel et des trains de fret, que dans les rues, croisant alors les trams jaunes du réseau Soléa. Toutefois, la suite de ce succès technique risque de se faire attendre entre Strasbourg et le piémont vosgien.
Grande région de l’industrie ferroviaire (Alstom et Vossloh Cogifer à Reichshoffen, mais aussi NTL et Modalohr sur le site Lohr Industrie de Duppigheim), l’Alsace a activement préparé l’arrivée de la nouvelle génération de matériel roulant TER, ce qui a valu à cette région de recevoir notre nouveau prix de l’Optimisation. Dès mars 2013, le conseil régional d’Alsace avait en effet décidé de financer intégralement la construction d’un nouvel atelier de maintenance dédié aux nouveaux TER. Avec un double enjeu : disposer d’installations aptes à accueillir 18 Régiolis « longs » de 110 m (assemblés à Reichshoffen) et optimiser l’organisation générale de la maintenance afin d’accroître la fiabilité du matériel et d’augmenter la disponibilité du parc aux heures de pointe. Ce sera le Technicentre Alsace, situé sur l’emprise de la gare de Mulhouse. Mis en service le 28 novembre dernier et traitant actuellement des matériels thermiques ou bimodes à un niveau, cet atelier est prédisposé pour être électrifié et accueillir des caténaires afin, si nécessaire, d’accueillir également des automotrices et des rames à deux niveaux.
La fusion planifiée avec deux régions voisines n’interdit pas de penser à l’avenir…Grand Prix d’argent Bretagne. Qualité et succès
Après le Grand Est pour la première place, le Grand Ouest pour la deuxième, avec un habitué du podium. Comme pour l’Alsace, la constante de la qualité du service TER a joué un rôle dans le maintien de la Bretagne parmi les meilleures. Autre point commun entre ces régions : un quart de siècle après avoir accueilli les TGV, la Bretagne se prépare à la mise en service de sa première ligne à grande vitesse jusqu’à Rennes.
Des services périurbains autour de sa capitale régionale aux dessertes en antenne, en passant par les longs trajets par le sud ou par le nord, la Bretagne présente une grande variété de TER, dont certains (en particulier le « tire-bouchon » de Quiberon) ont très tôt joué la carte de la clientèle touristique. Avec un succès global indéniable : la fréquentation des TER a été multipliée par deux entre 2004 et 2014, tout en diminuant de 49 % la part contributive de la collectivité par voyage. La région n’en est pas moins généreuse, avec la billettique multimodale (KorriGo) et le nouveau tarif TER pour les jeunes, de 8 ou 15 euros selon que l’on fasse moins ou plus de 150 km, lancé en 2013. En un an, près de 350 000 voyages ont ainsi été effectués avec ce tarif, majoritairement le vendredi et le dimanche, et la région estime ainsi avoir arrêté la chute de la fréquentation par les jeunes du TER Bretagne.
Les moyens financiers sont mis sur les investissements, tant sur la voie (28 millions d’euros envisagés pour la réfection de Guingamp – Paimpol) ou les nouveaux matériels roulants (mise en service du premier Regio 2N de Bombardier, sur un parc de 17, entre Rennes et Saint-Malo l’automne dernier). Mais c’est une autre innovation que notre grand prix du TER connecté a couronnée cette année : le système d’information du TER Bretagne (Siter), qui permet à la région d’avoir un œil averti sur les performances de son réseau.
Grand Prix de bronze Picardie. L’innovation aux portes de Paris
Deux de nos neuf grands prix thématiques, l’un pour le service voyageurs avec la garantie TER et l’autre pour la communication avec l’opération « Testez le Train », ont couronné ce printemps les efforts de la Picardie pour la qualité de service et la fréquentation des trains régionaux, qui sont précisément des critères-clés dans notre classement. Ceci alors même que la situation n’est pas toujours enviable sur un réseau très dépendant des conditions de circulation en gare de Paris-Nord. Toujours est-il qu’en 2013, la Picardie présente la deuxième meilleure évolution en matière de fréquentation (derrière Provence-Alpes-Côte-d’Azur) et la meilleure progression questions revenus de toutes les régions TER.
Et quoiqu’ayant déjà un des trois parcs TER les plus récents de France, la Picardie poursuit son rajeunissement en étant une des premières régions à mettre en service le Régiolis d’Alstom en 2014, entre Paris et Laon.
Patrick LAVAL——————————————————————————–
Le transport dans vingt régions en chiffres. Les classements par critère
Les données quantitatives qui ont servi de base à notre classement annuel, sont celles
de 2013, les données définitives pour 2014 n’étant pas encore validées. Nous remercions vivement l’ARF pour son concours en matière de centralisation des différentes données, ainsi que les conseils régionaux qui ont eu l’amabilité de répondre à nos questions complémentaires. A partir de cette année, les données concernant la régularité des trains TER sont centralisées chaque mois par l’Autorité
de la qualité de service dans les transports (AQST). Du moins pour 18 des 20 régions TER actuellement (manquent Lorraine et, depuis le deuxième trimestre 2014,
le Nord-Pas-de-Calais). Les données les plus récentes sont ainsi disponibles sur ce point, mais par souci de cohérence, c’est la comparaison de la régularité en 2013 par rapport à celle de 2012 qui a servi de base à notre classement annuel. Notre grand « tableau de bord » annuel, présenté sur la double page précédente, résume les principales données concernant les TER en 2013. Pour la plupart, ces données sont directement celles communiquées par les régions à l’ARF, mais quelques-unes
ont dû être déduites par estimation, certains détails n’étant pas toujours disponibles. Enfin, les données financières sont obtenues par calcul.Offre. Légère baisse
A l’échelle nationale, entre 2012 et 2013, l’offre TER a baissé de 2 % en mode ferroviaire. Et une hausse n’a été constatée que dans 6 des 20 régions TER, la palme revenant une fois de plus à Poitou-Charentes, avec une hausse toutefois moins importante que les 13,9 % de l’an passé. Après une année 2012 plutôt « normale », 2013 a été un peu plus perturbée, avec des intempéries en fin d’hiver et une situation détériorée en fin d’année. A noter que les régions les plus importantes sont également celles qui ont le plus souffert de la baisse de l’offre.
Fréquentation. Fin du cycle de croissanceAprès deux années de hausse à l’échelle nationale (4,2 % de 2010 à 2011, puis 5,9 % entre 2011 et 2012), qui prolongent la tendance générale enregistrée depuis le milieu de la décennie précédente, la fréquentation des TER cesse de progresser entre 2012 et 2013 à l’échelle nationale. Il y a même régression, mais faible (-0,8 % en mode fer, calculé sur 18 régions, -0,5 % tous modes confondus sur les 20 régions). Le recul s’observe dans une majorité de régions (12, contre 8 avec une fréquentation en hausse). Et seules trois des six régions où l’offre était en hausse ont connu une évolution de la fréquentation dans le même sens.
A noter qu’en dépit d’une qualité de service moins bonne que dans la plupart des régions, Provence-Alpes-Côte-d’Azur présente la plus forte hausse de fréquentation entre 2012 et 2013, qui se traduit également par une hausse des revenus.
Recettes. En hausse quand mêmeD’année en année, la hausse des recettes générées par les TER s’effrite, tombant à 1,5 % entre 2012 et 2013, contre 2,88 %, l’an passé et 6,5 % l’année précédente (2010-2011). Toujours est-il qu’en dépit d’une (faible) baisse de la fréquentation à l’échelle nationale, les recettes progressent quand même !
Le cas du Languedoc-Roussillon mérite un commentaire. Cette région pionnière des billets à bas prix (à un euro, en commençant par deux lignes en juillet 2011) avait quand même observé une hausse des recettes de 5,2 % entre 2011 et 2012, avec une hausse de fréquentation de 6,7 %. Alors que l’année suivante, celle qui nous intéresse ici, pas de miracle : la fréquentation a beau n’avoir baissé que de 1,7 %, la chute des recettes a atteint 7,72 %, plaçant le Languedoc-Roussillon au dernier rang de cette catégorie. Attention aux effets d’aubaine !
Fiabilité du service. Détérioration en 2013Pour la deuxième année, plutôt que les trains-km supprimés, résultat que nous calculions en comparant le kilométrage annuel contractuel et l’offre réalisée, le questionnaire ARF envoyé aux régions a demandé à ces dernières de nous communiquer les taux de réalisation de l’offre en 2012 et 2013. Une amélioration d’une année à la suivante est traduite par des chiffres verts et une détérioration par des chiffres rouges. Et globalement, le rouge l’emporte dans 17 des 19 régions ayant communiqué leurs taux de réalisation 2012 et 2013. Ce qui explique en partie la baisse des offres dans une majorité de régions (toutefois moins écrasante).
En dépit de la détérioration générale, les « habitués » du haut du classement (en particulier les deux premiers) s’y maintiennent. Et le niveau général est quand même « acceptable », avec 18 régions présentant moins de 10 % de trains supprimés (c'est-à-dire « seulement » un par semaine pour un salarié utilisant ces trains du lundi au vendredi).
Régularité. 2014, meilleur millésime que 2013Utilisant pour la première fois les données de l’AQST (Autorité de la qualité de service dans les transports), notre dossier annuel peut désormais présenter l’évolution de la régularité sur trois années successives. Ce qui permet de ne pas être trop « décalé » avec le discours général. Car comme nous allons encore le voir, ce critère clé dans la qualité de service fait souvent alterner détériorations et améliorations d’une année sur l’autre.
Tout comme pour le taux de réalisation, l’évolution de la régularité a été très mauvaise entre 2012 et 2013, avec une détérioration dans 18 régions sur 20 (seules les régions Alsace et Poitou-Charentes sont en progression). Mais sauf dans le dernier quart du classement 2013, on reste dans des valeurs « acceptables » (seule l’Alsace étant au-dessus de 95 % de trains avec moins de cinq minutes de retard).
Une lueur d’espoir est apportée par les données de l’AQST pour 2014 : sans regagner tout le terrain perdu depuis 2012, la hausse est générale (16 régions sur 18) par rapport au mauvais millésime 2013. Même si 2014 a été problématique à ses heures (grèves de juin, deuxième semestre en recul…).
Matériel roulant. Les prémices de la nouvelle vagueDernière année avant une nouvelle vague de rajeunissement du parc TER, 2013 a donné l’occasion aux décideurs et aux voyageurs de découvrir la prochaine génération de TER, dont les représentants sont le Régiolis d’Alstom et le Regio 2N de Bombardier.
En attendant ce rajeunissement, trop limité aux yeux des industriels (quelques centaines de rames sur près de 2 000), les parcs de 2012 ont grosso modo vieilli d’un an en 2013, aux radiations près.
Cette année, deux âges moyens sont communiqués (en plus de l’âge des locomotives, qui ne sont pas à proprement parler des matériels voyageurs) : celui du matériel automoteur (automotrices électriques ou hybrides et autorails diesel), ainsi que celui, élevé, du matériel remorqué (voitures ex-Corail VO2N, RIO et RRR), qui est destiné à disparaître à moyen terme.
Diesel. Poursuite des électrificationsCette année, le pourcentage de l’offre ferroviaire TER réalisée en mode diesel a été regroupé avec cette offre dans le tableau général (voir p. 64-65). A part une diminution de cinq points en Alsace, les évolutions sont peu notables dans les 11 régions qui ont communiqué leur offre réalisée dans ce mode de traction employée sur environ 55 % des trains-km TER en France, contre environ 10 % pour toutes les activités de la SNCF. Question électrification, 2013 a été une année charnière, avec les débuts mouvementés du tram-train de l’Ouest lyonnais, l’achèvement du Sillon alpin Sud et la virgule d’Avignon. Le tout en attendant la mise en service des électrifications alors en cours (liaison Calais – Dunkerque inaugurée en décembre 2014).

Japon Vingt ans après la relance du Shinkansen
Un modèle économique à bout de souffle, les effets de la crise sur le pouvoir d’achat des voyageurs, la concurrence de l’aérien, une fréquentation qui régresse ou stagne après une vingtaine d’années de service, des discussions autour d’une éventuelle hausse des vitesses maximales en service régulier et des trains du futur…
Ceci n’est pas une description de la situation actuelle de la grande vitesse ferroviaire à la française, mais celle du Shinkansen dans les années 1980. Lancé dès 1964, ce train japonais qui peut à juste titre revendiquer d’avoir jeté les bases de la grande vitesse moderne, a également été le premier à connaître la crise.
Alors que du 7 au 10 juillet, Tokyo accueille le congrès UIC Highspeed, il est opportun de revenir sur la relance de la grande vitesse japonaise entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, mettant en application le thème de cette neuvième édition : « Célébrer le passé, concevoir l’avenir ». Une relance symbolisée par le lancement en 1992 d’un train accéléré baptisé Nozomi, c’est-à-dire « espoir », dont le succès a depuis servi de « locomotive » au Shinkansen. Mais le Nozomi est aussi une vitrine du matériel roulant japonais, dont le renouvellement est aussi rapide que les kilométrages parcourus sont élevés.
En amont de cette relance, il y a surtout eu une série de mesures. Si certaines ont fait école ou pourraient le faire, d’autres sont plus spécifiques au réseau japonais.
La première de ces mesures a été la privatisation par secteurs géographiques du réseau JNR (Japanese National Railways) en 1987. Ce changement de cadre peut sembler être un détail, mais la privatisation a certainement joué un rôle dans les nouvelles orientations de la grande vitesse à la japonaise en faisant entrer de nouveaux membres au RTRI, l’Institut de recherche ferroviaire japonais, qui auparavant ne dépendait que des JNR.
Il faut dire que jusqu’aux années 1980, le matériel roulant japonais à grande vitesse brillait par son conservatisme, restant dans l’ensemble similaire aux premières séries, avec des vitesses plafonnées à 220-230 km/h. Si une telle performance faisait du rail japonais un champion du monde entre 1964 et 1981, le lancement du TGV à 260, puis 270 km/h sur la LGV PSE dans les années 80, puis l’intention affichée de passer à 300 km/h sur la LGV Atlantique, avaient donné un nouvel avantage à la France.
Augmenter la vitesse du Shinkansen ne devenait pas seulement une question de prestige, mais aussi une possibilité de gagner de nouveaux clients, partant du constat qu’au-delà de trois heures de temps de parcours en train, l’avion reprenait la majorité des parts du marché sur une relation donnée. Or le meilleur temps de parcours sur liaison phare Tokyo – Osaka (515 km) était justement de trois heures et pour prendre à l’avion les clients entre Tokyo et des destinations plus lointaines à l’ouest, il était nécessaire de diminuer les temps de parcours.
Le type de train qui allait permettre de franchir le premier pas vers des vitesses plus élevées a été désigné « série 300 ». Un nom qui traduit l’ambition d’arriver à 300 km/h, mais qui dans les faits se traduira plutôt par une vitesse maximale de 270 km/h. De quoi gagner quand même près d’une demi-heure entre Tokyo et Osaka au Nozomi, lorsque ce service sera équipé des rames 300 en 1993.
Avec le recul, la série 300 a été la première à mettre en œuvre une nouvelle philosophie du matériel roulant à grande vitesse : des trains « jetables », au bout de 15-20 ans (après avoir parfois été modernisées à mi-vie) et éventuellement produits en petites séries spécialisés dans les différents types de dessertes.
Plus de vingt ans après la mise en service de la série 300, on dispose ainsi de trains à 260 km/h (E7, W7), 275 km/h (E2), 285 km/h (série 700), 300 km/h ou plus (500, N700 et E5), mini-Shinkansen pour circuler sur lignes classiques à gabarit réduit (E3 et E6), rames deux niveaux (E4) ou rames pour le réseau insulaire de Kyushu (série 800). Entre-temps, plusieurs séries ont même eu le temps de disparaître, telle la série 300 (270 km/h), remplacée par la série N700, tout comme la série 500, mais aussi le mini-Shinkansen série 400 ou les rames à deux niveaux E1.
Un tel rythme de renouvellement ne serait pas possible sans une recherche très active. Entre les dispositifs de captage du courant en forme de poignard, les prototypes aux noms emblématiques (Star 21) ou les aérofreins en forme d’oreilles de Mickey, la recherche japonaise en matière de trains à grande vitesse maîtrise l’art de la communication ! Sans oublier la piste de la sustentation magnétique explorée par le Maglev (voir p. 75), qui a encore battu son record de vitesse à quelques semaines du congrès de l’UIC…
Les résultats de cette politique se reflètent dans la fréquentation du Tokaido (Tokyo – Osaka), la ligne la plus ancienne, qui accueille à elle seule près de la moitié des voyageurs du Shinkansen. Après dix années de croissance ininterrompue, les 118 millions de voyageurs avaient été atteints en 1974, mais sa fréquentation a ensuite stagné entre 90 et 100 millions par an entre 1977 et 1986. De la relance du début des années 1990 à 2004, la fréquentation a atteint un palier autour de 130 millions de voyageurs, avant un redécollage vers les 145 millions de voyageurs annuels depuis la mise en service de la série N700.
Mais rien n’est définitivement gagné : si un maximum historique de fréquentation a été atteint en 2007 avec 353 millions de voyageurs sur l’ensemble du réseau en 2007, le Shinkansen a commencé à souffrir dès l’année suivante de la nouvelle crise. Aujourd’hui, sa fréquentation totale se maintient au-dessus de 300 millions de voyageurs par an, avec pour objectif 320 millions de voyageurs par an une fois ouvert le prolongement vers l’île de Hokkaido. Soit le triple du TGV. Mais la grande vitesse japonaise ne serait plus au premier rang mondial, officiellement dépassée depuis 2011 par les trains à grande vitesse chinois.
Patrick LAVAL
Un parc jeune et diversifié
La composition actuelle du parc à grande vitesse japonais, de l’ordre de 460 rames en service, reflète la stratégie de renouvellement rapide des différentes séries, dont certaines très petites :
– série 500 (64 rames en service sur les 144 construites 1995-98)
– série 700 (84 rames en service sur les 91 construites 1997-2006)
– N700 (147 rames construites depuis 2007)
– série 800 (54 rames construites entre 2003 et 2010)
– E2 (39 rames en service sur les 53 construites 1995-2010)
– E3 (20 rames en service sur les 41 construites 1995-2009)
– E4 (24 rames en service sur les 26 construites 1997-2003)
– E5 / H5 (31+4 rames construites depuis 2009)
– E6 (24 rames construites entre 2010 et 2014)
– E7 / W7 (18+11 rames construites entre 2013 et 2015)Le Shinkansen aujourd’hui
Le réseau japonais à grande vitesse, qui présente la caractéristique d’avoir été étudié pour résister aux phénomènes sismiques, devrait dépasser les 3 000 km l’an prochain. Que de chemin parcouru depuis la mise en service du premier Shinkansen (« nouvelle grande ligne ») sur la ligne du Tokaido ! Et des 220 km/h pratiqués en 1964 sur les 515 km de cette ligne entre Tokyo et Osaka, on est passé à une vitesse maximale de 300 km/h, voire 320 km/h en 2013. Dès le début, le Shinkansen s’est distingué des lignes classiques japonaises par une adoption de la voie normale et d’un gabarit plus généreux qu’en Europe. Prolongeant de 554 km vers l’ouest la première relation, la ligne du Sanyo (1972-75) a été suivie en 1982 par deux lignes reliant Tokyo au Nord-Est et au Nord (Tohoku et Joetsu, de 465 km et 270 km respectivement), puis par l’unification du réseau à grande vitesse par la traversée de Tokyo en 1991 (31 km). La décennie 1990 sera également celle du « Mini-Shinkansen » vers Yamagata et Akita, 276 km de lignes classiques mises à voie normale mais n’autorisant pas de grandes vitesses : pour desservir à la fois ces infrastructures et les lignes à grande vitesse, de nouvelles rames à caisses courtes et petit gabarit ont été étudiées. Simultanément ouvriront les 117 km de la première étape de ligne du Hokuriku (1997) pour les JO de Nagano.
La première décennie du nouveau millénaire a été consacrée à l’unification de l’archipel par le Shinkansen, que ce soit à l’Ouest (ligne insulaire de Kyushu, avec 127 km ouverts en 2004 et connectés en mars 2011 au reste du réseau par un tronçon de 130 km) ou au Nord-Est sur la ligne de Tohoku en 2002 (97 km), puis en décembre 2010 (82 km) jusqu’à Shin Aomori, d’où la voie normale gagne l’île de Hokkaido depuis l’hiver dernier (le premier Shinkansen y a circulé en mai 2015, mais les services réguliers ne démarreront que l’an prochain). Pour ce faire, il a fallu emprunter le tunnel du Seikan, actuellement le plus long du monde avec 53,8 km et parcouru jusqu’à présent par des trains classiques pour voie de 1,067 m, l’écartement classique au Japon. Un autre prolongement, celui de la ligne de Nagano vers Kanazawa (deuxième étape de la ligne du Hokuriku), au nord-ouest de Tokyo, a été mis en service en mars dernier. Il a pour particularité d’être exploité conjointement par deux compagnies : JR East et JR West.
En effet, depuis l’éclatement du réseau ferré japonais en 1987, les différentes lignes du Shinkansen sont exploitées par le réseau du secteur géographique où elles se trouvent : JR Central a hérité de la ligne du Tokaido, JR West de celle du Sanyo et JR East de celles de Tohoku et Joetsu. Ces lignes ont ensuite été prolongées par leurs réseaux respectifs, qui ont également lancé les lignes nouvelles Hokuriku (JR East et JR West). Quant à la ligne insulaire de Kyushu, elle a été logiquement réalisée par le réseau JR Kyushu.————————————————
Le Japon fait le pari du Maglev
Le train à sustentation électrodynamique Maglev est aujourd’hui le transport terrestre guidé le plus rapide du monde avec un record à 603 km/h. Une prouesse technique qui a un prix : 70 milliards d’euros annoncés pour les 400 km de la future ligne Tokyo – Osaka.
En atteignant les 603 km/h avec le Maglev, en avril dernier, les Japonais ont établi un record de vitesse absolu pour un transport terrestre guidé. Aussi fantastique qu’il soit, ce nouveau record, en toute rigueur, n’élude pas pour autant celui du train classique le plus rapide du monde, toujours détenu par le TGV qui roula à 574,8 km/h sur la LGV Est-européenne, et aurait pu faire davantage avec sa puissance embarquée, s’il n’y avait pas eu la proximité de l’ouverture de la ligne, obligeant à ne pas risquer d’endommager la caténaire… Cela dit, les deux technologies sont, à l’évidence, foncièrement différentes, et ne sauraient se comparer si facilement…
A peine les Japonais avaient-ils lancé, en 1964, le premier train à grande vitesse du monde sur la ligne nouvelle du Tokaido, entre Tokyo et Osaka, dans la perspective des jeux Olympiques de Tokyo, qu’ils réfléchissaient déjà à un nouveau mode de transport terrestre guidé qui s’affranchirait de tout contact physique entre infrastructure et véhicule, et ne ferait donc plus appel au traditionnel contact « roue d’acier sur rail d’acier ». De 1990 à 1996, l’opérateur ferroviaire JR Central construisait, sur le territoire de la préfecture de Yamanashi, une infrastructure de type Maglev longue de 42,8 km, conçue pour être, un jour, partie intégrante d’une nouvelle ligne entre Tokyo et Osaka. Il s’en est suivi deux décennies de recherche et développement, avec quantité de marches d’essais pour mettre au point, pas à pas, le matériel et la voie. Ce projet, extrêmement ambitieux sur le plan scientifique, a été mené en lien très étroit avec le gouvernement japonais, des rencontres étant organisées chaque année pour faire le point des avancées, et décider s’il restait pertinent de continuer. Ici, la technologie choisie relève de la sustentation « électrodynamique », et non « électromagnétique » comme il est souvent écrit (cas du Transrapid allemand). Cette technologie permet au véhicule de léviter à 10 cm au-dessus d’une voie en forme de « U ». Sa caractéristique est de n’intervenir qu’au-delà d’une certaine vitesse (de l’ordre de 150 km/h), nécessitant la présence de roues chaussées de pneumatiques sous le véhicule, à la manière des trains d’atterrissage d’un avion. La propulsion s’effectue par une motorisation linéaire, comparable à un moteur triphasé synchrone dont on aurait « déroulé » l’inducteur tout au long de la voie. Outre les bobinages nécessaires, à terre, pour assurer les fonctions de sustentation et de propulsion, la technologie Maglev doit aussi mettre en œuvre, à bord du véhicule, des électroaimants supraconducteurs, dont le maintien dans un état de supraconductivité (résistance nulle permettant aux courants électriques de « boucler » indéfiniment) nécessite leur refroidissement avec de l’hélium liquide à une température de -246 °C, toute proche du fameux « zéro absolu » (-273 °C).
Un avantage majeur du Maglev est l’absence d’interface mécanique entre l’infrastructure et le véhicule. Le système s’affranchit ainsi des sujétions habituelles liées au contact roue-rail, dont le faible coefficient d’adhérence limite la transmission des efforts en traction (risque de patinage) comme en freinage (risque d’enrayage). Du coup, à bord du Maglev, on est très favorablement impressionné par les fortes valeurs d’accélération et de décélération. Par contre, cette technologie est incompatible avec « l’existant » (pas d’effet réseau possible avec le chemin de fer conventionnel). Si la part de la résistance à l’avancement due au roulement est à l’évidence nulle, il n’en va évidemment nullement de même de celle due à l’aérodynamique, qui croît comme le carré de la vitesse. Aux vitesses élevées, c’est le bruit aérodynamique qui devient largement prépondérant, et donc, même s’il ne roule pas, le Maglev fera a priori tout autant de bruit qu’un TGV. Enfin, il y a le problème des coûts. Les Japonais annoncent un budget d’investissement de 70 milliards d’euros pour les quelque 400 km de la future ligne Tokyo – Osaka, alors que 500 km de LGV reviennent à 25 milliards, auxquels s’ajoute l’acquisition des rames à 25 millions l’unité. Mais c’est surtout le coût de l’énergie qui devrait creuser encore bien davantage l’écart… Rendez-vous en 2027, année qui devrait voir une première mise en service commercial du Maglev sur le tronçon de Tokyo à Nagoya. Les 286 km seront parcourus en 40 minutes à la vitesse de 500 km/h, ce qui représentera, à l’évidence, une belle prouesse !
Philippe HÉRISSÉ

Gilles Savary : « Alstom est un surdoué… de petite taille »
Entretien avec Gilles Savary, député PS de Gironde
De grandes manœuvres ont commencé dans l’industrie ferroviaire mondiale. CNR et CSR fusionnent, Hitachi s’implante fortement en Europe, Alstom
s’apprête à n’être plus qu’Alstom Transport, Siemens a renouvelé l’offre d’une alliance dans le ferroviaire avec Alstom et Bombardier met à la bourse de Francfort à la fin de l’année une partie du capital de sa filiale transport. Dans ce contexte, Gilles Savary a signé en mai avec d’autres élus PS et EELV, bons connaisseurs du secteur (Philippe Duron, Olivier Faure, Rémi Pauvros, Jean-Yves Petit, Pierre Serne) une tribune publiée dans Les Echos en faveur de la constitution d’un « Airbus du rail ». Gilles Savary est député PS de Gironde. Spécialiste des transports et du ferroviaire, il a été rapporteur de la loi sur la réforme ferroviaire. Il s’explique.
VR&T. Le vieux thème de l’Airbus ferroviaire revient. Pourquoi maintenant ?
Gilles Savary. Alstom ne peut pas rester seul. Il est trop petit et trop isolé dans le vaste monde. Et l’assise excessive d’Alstom sur le marché français fait que ses très beaux matériels ont peu d’effet de gamme et sont chers, ce qui plombe les comptes de la SNCF qui ne pourra pas acheter indéfiniment des TGV qui restent au garage. Il se trouve de plus, autre difficulté, que les collectivités locales ont demandé du sur-mesure et que Caf s’est engouffré dans la brèche.
Le groupe Alstom est un surdoué de petite taille. Il ne faut pas s’abriter derrière je ne sais quel chauvinisme. Il faut un regroupement.VR&T. Donc, un rapprochement Alstom-Siemens, comme le demande la tribune que vous avez signée
G. S. Personnellement, je suis plus mesuré sur cette alliance. Il n’est pas sûr que tous les deux ne soient pas redondants. Mais il ne faut rien exclure. Je crois comprendre par ailleurs qu’Alstom convoite Bombardier… Il faut de toute façon que s’agrègent d’autres constructeurs. Il y a une richesse et un foisonnement étonnants en Europe. Alstom est très sophistiqué, les constructeurs de l’Est sont plus simples et plus robustes, Stadler a une ergonomie remarquable…VR&T. De quoi résister à la mondialisation ?
G. S. Ma conviction, c’est que nous devons aussi trouver une collaboration forte en Asie, qui sera demain le plus gros marché consommateur de trains. Une alliance avec les Chinois n’est pas possible, parce que nous serions submergés. Le Japon a pour des raisons historiques une faible pénétration sur le marché chinois. Personnellement, je serais tenté de regarder du côté de la Corée. Mais, pour commencer, il faut nouer une alliance européenne forte. Il faut bouger !Propos recueillis par F. D.
Louis Nègre : « Deux milliards vont manquer au ferroviaire chaque année »
« Les mauvaises nouvelles s’accumulent en s’accélérant », déplore Louis Nègre, président de la Fédération des industries ferroviaires (Fif). Les dernières venues de ces mauvaises nouvelles, que récapitule ce lundi 22 juin un communiqué de la Fif, sont dues à la loi Macron, en cours d’adoption. Le passage du seuil de 9 à 11 salariés pour le paiement du versement transport représente un manque à gagner de 500 millions d’euros en année pleine. De plus, pour Louis Nègre : le projet d’ouverture à la concurrence des autocars effectuant des trajets de plus de 100 kilomètres prévu par la loi introduit « un élément critique pour la compétitivité de notre mode ferroviaire ». D’autant plus dangereux qu’il est conjugué « à l’impossibilité pour les régions d’appliquer les dispositions du règlement européen 1370/2007 et donc d’expérimenter la concurrence sur les TER en raison du maintien des dispositions de la Loti datant de 1983 ».
Le président de la Fif rappelle tout ce qui est venu ces derniers temps pénaliser le transport public et ferroviaire : suppression de l’écotaxe « sans alternative dans le court terme », soit un milliard de moins pour l’Afitf ; dézonage du pass Navigo en Ile-de-France à compter du 1er septembre, coût évalué à 500 millions d’euros en année pleine ; et maintien de la TVA à 10 % pour les transports, taux longtemps réduit à 5,5 %.
Résultat selon la Fif : grosso modo, deux milliards d’euros vont manquer chaque année. C’est « l’équivalent de 200 rames TER ou des investissements annuels de régénération sur notre réseau ferré ».
Et singulier contre-pied alors que la France doit accueillir à la fin de l’année la conférence COP21 sur le climat.Sombres perspectives, alors que doit se tenir le 20 juillet la réunion officielle du Comité stratégique de la filière ferroviaire, que doit présider Emmanuel Macron à Bercy. Lot de consolation : on évoque la possible commande par la SNCF de 40 locotracteurs.
Roland de Barbentane devient Directeur général d’IDbus
Le 16 juin 2015, Roland de Barbentane a été nommé Directeur général d’IDbus. Depuis 2012, il occupait le poste de Directeur régional de Keolis où il dirigeait les activités Nord-Est de l’opérateur.
Diplômé de l’IPAG, il commence sa carrière en 1997 au contrôle de gestion de Géoservices. Il rejoint Keolis dès 2001, où il occupe différents postes de direction en France et à l’international avant de rejoindre, à partir de 2008, la Direction Déléguée de Keolis Grand Est.
Roland de Barbentane a une solide expérience du transport routier de voyageurs et a contribué au développement de plusieurs lignes autocars régionales à haut niveau de service, de pôles d’échange et de réseaux de vente multimodaux en lien avec SNCF.
« iDBUS est une belle entreprise, déjà robuste, avec des talents et de l’envie. Le projet est passionnant, l’enjeu est maintenant de prendre le virage historique de l’ouverture du marché du bus longue distance. Nous devrons aller vite, avec détermination, tout en garantissant toujours notre haut niveau d’engagement de qualité. » a déclaré Roland de Barbetane.
Premiers bus électriques parisiens entre Etoile et Clignancourt
Le Stif vient de trancher, le pragmatisme l’a emporté. Pour tester les 20 Bluebus de Bolloré, véhicules 100 % électriques, c’est
la ligne 341 qui a été choisie. Elle relie la place de l’Etoile à la porte de Clignancourt via la mairie de Clichy et la porte de Saint-Ouen. Principal avantage : elle dépend du centre bus Belliard, dont les travaux d’adaptation sont les plus rapides à réaliser. Belliard héberge déjà des véhicules électriques avec les Montmartrobus et les minibus de la Traverse Batignolles – Bichat et possède notamment des équipements de recharge.
Par ailleurs, les conditions d’exploitation de cette ligne en zone dense, qui dessert Paris et la proche couronne sont représentatives de celles existantes sur les différents territoires, ce qui est une condition essentielle pour que cette expérimentation en grandeur réelle ait une valeur ajoutée pour l’exploitant.
Les premiers Bluebus de 12 mètres de long doivent être mis en service dès le début de 2016. C’est en décembre 2013 que le conseil d’administration du Stif avait pris la décision de faire évoluer le parc d’autobus francilien vers le tout-électrique et la filière GNV Biogaz. La RATP, alors présidée par Pierre Mongin, avait rapidement présenté son plan de transition énergétique.
Le premier marché lancé avait été attribué à Bolloré fin 2014 pour un montant allant de 10 millions d'euros (en tranche ferme pour une dizaine de véhicules) à 40 millions d’euros (avec les tranches conditionnelles), cofinancé par le Stif et la RATP. Les véhicules auront une autonomie allant jusqu’à 180 kilomètres sans recharge intermédiaire.
La ligne RATP 341 sera donc la toute première de cette importance d’Ile-de-France exploitée en 100 % électrique. Plus encore, « il s’agit d’une première en Europe avec une flotte de cette taille », souligne le Stif.
Parallèlement, deux autres lignes RATP verront circuler des véhicules électriques : la 21 (Gare-Saint-Lazare – Porte-de-Gentilly) et la 147 (Eglise-de-Pantin – Sevran). Il s’agira cette fois de bus prêtés par plusieurs constructeurs. La RATP a déjà signé un accord avec trois sociétés : Ebusco (le groupe hollandais travaille à partir d’un châssis chinois) ; YuTong, (l’industriel chinois s’étant associé à l’entreprise alsacienne de Dietrich Carebus Group), et le polonais Solaris. Les expérimentations doivent commencer en septembre avec Ebusco et en fin d’année avec les deux autres constructeurs, a précisé, lors du Salon milanais de l’UITP, Marie-Claude Dupuis, la directrice du département Matériel roulant bus de la RATP. L’objectif est de lancer des appels d’offres fin 2017.
L’Atelier du Tramway sur la piste du tram moins cher
Combien coûte un tram « à la française » ? De l’ordre de 24 à 25 millions d’euros par kilomètre. Trop cher pour un nombre croissant de collectivités. Mais, selon l’Atelier du Tramway, on peut facilement économiser de l’ordre de 40 % de ce montant moyen. Récemment, plusieurs nouveaux réseaux français ont réalisé de substantielles économies, comme Dijon et Brest commandant leurs véhicules en commun ou Besançon et son tram à 17 millions par kilomètre. Mais on peut faire encore mieux : « 14 millions d’euros par kilomètre », annonce Roland Ries, maire de Strasbourg, s’exprimant au nom de l’Atelier du Tramway, dont il est président.
Cette association, qui se présente comme un « lieu d’échanges et de partage d’expériences entre acteurs de la filière industrielle du tramway », a engagé un nouveau cycle de quatre séminaires, du 28 janvier au 17 juin, consacré à réaliser, à partir d’une ville imaginaire, un « démonstrateur » rassemblant les idées et propositions de ses membres afin de « mettre en lumière les contraintes associées à tout projet de mobilité urbaine par tramway, […] proposer des pistes de réflexion concrètes et des solutions innovantes, tant juridiques, réglementaires que techniques » et « synthétiser [cette] production collective dans un ouvrage, rédigé sous la forme d’un roman, destiné à une large diffusion » pour les Rencontres nationales du transport public à Lyon, fin septembre.
Sans attendre ce délai, une avant-première des conclusions de ce « serious game » a été présentée dès le 17 juin par Roland Ries et Yvon Puill, délégué général de l’Atelier du Tramway. « Les réductions se font surtout dans l’infrastructure », indique Roland Ries, même si « beaucoup d’axes d’amélioration sont apparus », selon Yvon Puill, qui souligne l’importance du facteur temps et de la coordination des projets de tramway avec l’urbanisme. Mais on peut clairement faire des économies dans les travaux d’infrastructure, voire sur certains aménagements urbains qui, sans être nécessairement liés à l’arrivée du tram, sont pourtant bien payés par le versement transport…
Côté technique, le calage altimétrique des ouvrages n’est pas nécessaire hors des centres-villes, de même que l’étanchéité, qui augmente la charge des réseaux collecteurs d’eaux de pluie. Côté esthétique, une approche plus naturelle de l’arrosage de l’herbe permet d’avoir un engazonnement des voies « aussi joli à regarder et moins cher ». Quant à la pose des voies sur ballast, « il en existe des exemples esthétiques », ose Yvon Puill, par exemple avec des haies délimitant les voies, « moins coûteuses dans l’investissement et dans le temps ».
Car « le coût d’usage devrait être celui à prendre en compte en premier lieu », en particulier en redéfinissant les niveaux « acceptables » de modes dégradés dans l’exploitation, ne serait-ce qu’en « de rares occasions », souligne Roland Ries. Par exemple, Besançon a montré que des économies « importantes » étaient possibles côté énergie si l’on accepte de faire baisser légèrement la disponibilité, comme le rappelle Yvon Puill.
Il se dit également au sein de l’Atelier du Tramway qu’il y a parfois eu des « surinvestissements », les techniciens s’interrogeant sur les déviations systématiques de réseaux, envisageant un recours plus fréquent à la voie unique ou soulignant le côté « maximaliste » du STRMTG (Service technique des remontées mécaniques et des transports, chargé entre autres de la sécurité dans les transports guidés urbains). Sans toutefois aller jusqu’à remettre en cause des choix comme l’écartement standard ou les rames bidirectionnelles. Ces dernières offrent, par rapport aux rames unidirectionnelles, davantage de souplesse (possibilité d’avoir des quais des deux côtés, retournement…) pour un surcoût inférieur aux économies permises sur les infrastructures.
Reste à vérifier dans la pratique ces réflexions nées du « démonstrateur »…
Allemagne. Transdev remporte l’exploitation du réseau de Mittelsachsen
Transdev remporte le contrat pour l’exploitation du réseau ferroviaire de Mittelsachsen (Saxe), au détriment de la DB, l’opérateur historique allemand.
Le réseau, d’un volume d’environ 5,8 millions de train-kilomètres par an sera exploité par Transdev sous la marque Mitteldeutsche Regiobahn pour une durée de 14,5 ans, à partir de juin 2016. L’autorité organisatrice fournira les 29 nouvelles rames automotrices électriques Alstom.
Ce nouveau contrat, « le plus gros remporté depuis 5 ans », avance Transdev, intervient après le gain en mars dernier du service de trains régionaux entre Leipzig et Chemnitz, qui débutera en décembre 2015, pour une durée de 10 ans et avec 1,1 million de train-kilomètres.Moins de VT, moins de TER… ? Sale temps pour les transports publics !
Ce n’est pas avis de tempête, mais le ciel s’assombrit au-dessus des transports publics avec coup sur coup deux annonces du gouvernement et de l’Assemblée, qui ont fort contrarié les associations d’élus. Il y a d’abord eu Manuel Valls, qui, dans le cadre des 18 mesures de soutien aux TPE et aux PME, a annoncé le 9 juin son intention de relever le seuil de prélèvement du versement transport (VT). Par souci de simplification, le gouvernement souhaite que tous les seuils de 9, 10 ou 11 salariés soient unifiés et relevés à 11 salariés. Cela touche donc le VT actuellement prélevé à partir de neuf employés. Quatre associations d’élus – le Gart, Maires des grandes villes, Communautés urbaines de France et AdCF – s’en sont rapidement émues.
Calculette en main, les collectivités ont estimé que le manque à gagner pourrait aller jusqu’à 500 millions d’euros. Le VT s’élève actuellement à 7,1 milliards d’euros, dont 3,4 milliards pour l’Ile-de-France et 3,7 milliards pour la province. « En plus d’être vital pour les transports du quotidien de nos concitoyens, ce dispositif est particulièrement utile à l’économie de notre pays, dans la mesure où il contribue directement au financement de l’industrie ferroviaire, des bus, des autocars, du secteur du BTP et des opérateurs de transport », plaident les associations dans un communiqué commun. Elles soulignent aussi que cette mesure « s’ajoute à deux hausses successives de TVA qui ont déjà amputé les capacités d’investissement ».
La Fnaut aussi est rapidement montée au créneau, contre une décision jugée « injustifiée et dangereuse ». En effet, « les petites entreprises bénéficient autant que les plus grandes des facilités d’acheminement des salariés offertes par les transports collectifs », rappelle l’association d’usagers.
La deuxième menace touche moins directement au portefeuille les AO, mais pourrait indirectement affaiblir les services ferroviaires régionaux. En seconde lecture de la loi Macron, les députés ont réintroduit le seuil des 100 km au-delà duquel les lignes interrégionales de transport par autocars ne seraient soumises à aucun contrôle. Conformément au souhait de l’ARF, les sénateurs avaient poussé le curseur à 200 km. Le nouveau changement a provoqué un tollé du côté des régions. Dans un communiqué commun, le Gart et l’ARF considèrent que « la volonté de l'Assemblée de supprimer le rôle de la région en tant que coordinateur de la mobilité régionale est un très mauvais signal » envoyé aux AO engagées dans une « politique ferroviaire volontariste ». Pour ces associations d’élus, la réussite de la libéralisation de ce secteur passe « par un encadrement sur l'ensemble des liaisons régionales, donc pour toutes les liaisons jusqu'à 200 km entre deux arrêts ».
Il est vrai que l’avis de l’Autorité de la concurrence de février 2014 préconisait « une régulation pour l’ensemble des liaisons de moins de 200 kilomètres ». Il s’agit de ne pas mettre en péril le délicat équilibre financier de certaines lignes TER. Partant du principe que « le développement – souhaitable – du marché de l’autocar ne doit pas se faire au détriment du service public », les AO plaident aussi pour le maintien d’une entité « responsable de la bonne coordination des offres de transports, ferroviaires ou routières […] et garante de la bonne utilisation de l’argent des contribuables ». Bref : impensable pour les régions dont le budget annuel consacré à la mobilité représente 6,3 milliards d’euros, de ne pas avoir « le pouvoir décisionnel pour autoriser ces services, après avis de l’Autorité de régulation », pour les liaisons qui sont sur leur périmètre de compétence.
De la même manière que pour le VT, ces récriminations ont été relayées par la Fnaut. Elle était déjà remontée contre le rapport Duron qui n’a pas « proposé de reconstituer un véritable réseau national Intercités, couvrant l’ensemble du territoire et bien identifiable, et de suivre l’exemple de la Deutsche Bahn, qui augmente son offre Intercités de 25 % d’ici 2030 pour contrer la concurrence des autocars ». Et enfonce le clou, en soulignant la diversification du marché de la mobilité, avec « le développement accéléré de l’avion à bas coût, du covoiturage, de l'autopartage et l'irruption massive des autocaristes sur le marché grandes lignes. Et ce, malgré des temps de parcours généralement allongés, une baisse de confort, les risques de la route et une pollution accrue. » Reste à savoir dans quel état la loi Macron ressortira de son marathon parlementaire et si le gouvernement, pressé d’en finir, utilisera ou non à nouveau le 49.3…
Annie Guillermot succède à Bernard Rivalta à la tête du Sytral
Annie Guillemot, sénatrice et maire PS de Bron, a été élue à la tête du Sytral (Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise), une élection dans un fauteuil (par 21 voix sur 28, dont sept blancs ou nuls) pour la seule postulante à la présidence de l’AOT. Le jour du scrutin, l’opposition a retiré sa candidature après un accord passé avec la majorité lui permettant d’obtenir une représentation d’élus de la métropole dans le bureau du Sytral. Annie Guillemot est assistée d’un vice-président délégué (maire PC de Givors et VP aux transports de la Métropole) et de trois vice-présidents (élus LR du département et des communautés de communes de l’Est lyonnais et de Villefranche-Beaujolais). La nouvelle présidente, après un intérim de quatre mois assuré par Gérard Collomb, succède au règne de 14 ans de Bernard Rivalta, auquel elle a rendu hommage. « La gestion est saine » a-t-elle déclaré, « une page se tourne, les enjeux sont importants pour les relations entre la métropole et le Nouveau Rhône ».
La nouvelle présidente du Sytral, 59 ans, née à Lyon, a une formation de géographe et d’ingénieure ENTPE. Elle est entrée « en collectivité » comme chargée de mission à Villeurbanne, puis a été élue adjointe à Bron (1989), conseillère régionale (1998), maire de Bron (1999) et sénatrice (2014). Vice-présidente de l’AMF, elle a siégé au comité syndical du Sytral (2011-2014) et a suivi les dossiers de deux lignes de tramway (T2, T5) sur sa commune.Claude FERERRO