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  • Le vélo, levier de transition et outil d’émancipation pour les plus jeunes

    Le vélo, levier de transition et outil d’émancipation pour les plus jeunes

    Au croisement d’enjeux de durabilité, d’autonomie et de socialisation ainsi que de santé publique ou de sécurité routière, la mobilité des enfants constitue un levier d’action majeur pour les politiques publiques. Il s’agit ainsi de favoriser l’autonomie et la pratique de modes alternatifs par les plus jeunes, en s’appuyant sur une connaissance fine de leurs pratiques de mobilité et des mécanismes sous-jacents, encore trop peu documentés. Une vaste apporte des éclairages inédits sur le sujet.

    Camille Krier (6t), Nicolas Louvet (6t), Séverine Boulard (ADEME), Mathieu Chassignet (ADEME)

    Des pratiques plus alternatives que celles des adultes mais une place de la voiture toujours centrale dans la mobilité des enfants

    Camille Krier,Cheffe de projet.
    Camille Krier, Cheffe de projet. 6T

    Alors que la voiture est, de loin, le premier mode de déplacement pour les adultes en France (63 % des déplacements effectués en voiture par les Français en 2019, selon la dernière Enquête Mobilité des Personnes), celle-ci est devancée par la marche chez les moins de 18 ans. D’après l’enquête ADEME réalisée par 6t, 45 % des enfants pratiquent quotidiennement la marche pour un déplacement complet dans l’Hexagone, pour 33 % en voiture.

    Ils sont également davantage utilisateurs des transports en commun que leurs parents. Le vélo apparaît quant à lui comme un mode à l’usage courant mais rarement intense. Il présente alors un potentiel à développer, d’autant plus que les trois quarts des enfants pratiquant le vélo le font exclusivement pour un usage de loisirs et non de déplacement.

    Les déplacements entre le domicile et l’établissement scolaire font apparaître des variations de parts modales à mesure que les enfants grandissent. Si : de 55 % des déplacements vers l’école maternelle et élémentaire, à 47 % des déplacements vers le collège, puis 39 % des déplacements vers le lycée. Cette baisse se fait principalement au profit des transports collectifs.

    La voiture conserve une part modale importante tout au long de la scolarité : elle représente environ trois déplacements sur dix vers l’établissement scolaire, avec certes une légère baisse entre enseignement primaire et secondaire. La part du vélo pour motif scolaire demeure marginale (entre 4 et 5 %).

    L’inaccès à la voiture, hors accompagnement par un adulte (ou rares cas de voitures sans permis), fait ainsi des moins de 18 ans des usagers alternatifs de la mobilité, bien que les trajets automobiles accompagnés représentent tout de même une part non négligeable de leur mobilité. Signalons à ce titre le : en moyenne, les enfants de l’Hexagone commencent à se déplacer seuls à partir de 11,6 ans contre 10,6 ans pour leurs parents.

    L’accompagnement en voiture, un frein à l’autonomie des enfants et à la mobilité durable

    Cette place importante de l’accompagnement en voiture par les parents, même sur de faibles distances, représente un enjeu majeur pour la mobilité des enfants. Couplé à la régression de la part de la marche à mesure qu’ils grandissent, cela soulève des enjeux de santé publique. Une , alors que la pratique régulière d’un mode actif, notamment pour des déplacements réguliers comme ceux vers l’établissement scolaire, représente une opportunité d’incorporer de l’activité physique dans leur quotidien.

    Fréquence d'usage des différents modes de déplacement par les enfants en France héxagonale
    Source : ADEME (2025)

    L’accompagnement en voiture par les parents ne permet pas non plus de développer l’autonomie des enfants et de les socialiser à la pratique du territoire et des différentes options de mobilité qu’il propose. La voiture apparaît en effet comme le mode offrant le moins de perméabilité avec son environnement. Passager, l’enfant y est passif alors que les modes alternatifs, accompagnés ou non, lui permettent d’acquérir des compétences de mobilité diversifiées. La pratique des modes alternatifs dès le plus jeune âge permet également d’ancrer des habitudes de mobilité durable chez les enfants, adultes de demain.

    Séverine Boulard,Ingénieure, Ademe
    Séverine Boulard,
    Ingénieure, Ademe

    Enfin, via l’accompagnement, . L’accompagnement d’enfant(s) vers l’établissement scolaire est souvent effectué au cours d’une boucle de déplacements intégrant également le déplacement domicile-travail des parents et, parfois, des achats. Le choix modal, qui peut être influencé par la réalisation de l’une des activités de la boucle, affecte ensuite l’ensemble de la chaîne de déplacements. Accompagner son enfant à l’école en voiture, c’est aussi souvent conserver ce véhicule pour le reste des déplacements de la journée.

    Développer les modes alternatifs et l’autonomie, un cercle vertueux pour la mobilité des enfants

    Agir sur la mobilité des enfants, en ancrant dès le plus jeune âge des pratiques bénéfiques pour eux comme pour la société, articule ainsi usage des modes alternatifs et autonomie.

    Le processus d’autonomisation des enfants apparaît largement influencé par les craintes des parents, au premier rang desquelles figurent la crainte des accidents de la route et celle de l’agression physique. Lever ces craintes appelle ainsi une amélioration des infrastructures, afin d’offrir des itinéraires — piétons ou cyclables, mais aussi au niveau des arrêts de transports collectifs — plus sécurisés vers les établissements scolaires.

    Les initiatives existantes de rues scolaires ou des démarches plus globales à l’échelle de la ville sont à développer, en collaboration entre collectivités locales et établissements scolaires. La sensibilisation aux bonnes pratiques en matière de sécurité routière, ainsi que l’apprentissage de l’usage des modes alternatifs, dispensés dans le cadre de la socialisation auprès des parents, gagne aussi à être renforcée à l’échelle collective.

    Mathieu Chassignet,Ingénieur, Ademe.
    Mathieu Chassignet,
    Ingénieur, Ademe.

    Des initiatives diffusées en milieu scolaire comme le « Permis piéton » ou « Savoir rouler à vélo » favorisent un socle commun de compétences de mobilité pour les enfants, quel que soit leur milieu social. Au-delà de sécuriser concrètement les déplacements, il s’agit également de faire évoluer le regard que les parents portent sur les différents modes, en levant les craintes et a priori à l’usage de certains modes par leurs enfants.

    Nicolas Louvet,directeur de 6t.
    Nicolas Louvet,
    directeur de 6t.

    L’enquête révèle une différence de perception intéressante entre parents et enfants : alors que . Ce mode présente un potentiel à développer pour la mobilité des enfants : mode actif, peu polluant, permettant de couvrir efficacement des distances de plusieurs kilomètres, peu exposé aux agressions redoutées par les parents.

    Mode personnel et souvent premier véhicule possédé, il peut aussi représenter un outil d’émancipation pour les plus jeunes et les guider dans leur prise d’autonomie.

    Il s’agit alors de . Cela appelle une mobilisation conjointe de la collectivité, des associations, des établissements d’enseignement et des opérateurs de mobilité afin de mettre en place un écosystème favorable à la mobilité alternative dès le plus jeune âge, en agissant sur les infrastructures et les représentations.

    Référence : BOULARD Séverine, CHASSIGNET Mathieu, ADEME, KRIER Camille, LOUVET Nicolas, KABBADJ Nabil, LEFEVRE Claire, 6t-bureau de recherche, Les pratiques de mobilité des enfants de la maternelle au lycée en France, 220 p.

    Lien utile : Voir, par exemple, : pontevedra.gal/2016/12/14/camino-escolar/

  • Aux Emirats arabes unis, un projet ferroviaire porté à pleine vitesse par Keolis

    Aux Emirats arabes unis, un projet ferroviaire porté à pleine vitesse par Keolis

    Partenaire de la compagnie Ethiad Rail, le Français a relevé le défi de faire rouler dès l’an prochain des trains de passagers entre Abou Dhabi et Dubaï. Le réseau ferré, créé il y a moins de dix ans, n’assure aujourd’hui que du fret ferroviaire.

    Les premiers bâtiments apparaissent enfin au bout d’une route construite spécialement pour assurer leur accès. D’un côté, Abou Dhabi est à une cinquantaine de kilomètres, de l’autre, les lumières de Dubaï s’aperçoivent au loin.

    Les voitures sont rares à s’aventurer jusqu’à ce dépôt gigantesque, que desservent une route, mais surtout douze lignes de voies ferrées. Ce centre de maintenance est au cœur du réseau ferroviaire des Emirats arabes unis, qui regroupent sept pays. Il est opéré par Ethiad Rail, maitre d’ouvrage et exploitant, qui a choisi Keolis pour l’accompagner dans un projet inédit : lancer des liaisons pour passager en train entre Etats du Golfe.

     Jusqu’à ces dernières semaines, le dépôt n’accueillait que des trains de marchandise. Aujourd’hui, il abrite une partie du matériel roulant neuf commandé par la compagnie émiratie. Sous le hangar principal, trois trains fabriqués par l’espagnol Caf et quatre par le chinois CRRC ont été livrés et attendent une mise en service désormais imminente.

    L’offre ferroviaire qu’Ethiad Rail s’apprête à lancer est une grande première pour le Golfe. En matière de transport, l’aérien a longtemps été au centre du modèle de croissance régional, tiré par le développement de compagnies aériennes puissantes. Ouvrir des lignes est aussi un défi pour des territoires où vivent 36,5 millions d’habitants, pour qui la voiture occupe une place incontournable, bien au-delà de sa fonction de mobilité. Elle est symbole de statut social, de puissance et les sports automobiles constituent un loisir majeur pour une partie de la population. « Proposer un service ferroviaire va redéfinir la façon dont les habitants se déplacent à travers le pays », explique Shadi Malak, le PDG d’Ethiad Rail.

    Impulsé par Abou Dhabi, le projet ferroviaire mobilise des moyens considérables de la part des pays du Golfe. Il nécessite aussi des expertises techniques extérieures pour l’ensemble des activités d’exploitation du réseau. Face à plusieurs concurrents, dont l’allemand DB, le français Keolis a réussi à placer ses pions. C’est lui qui exploitera le nouveau service dans une co-entreprise avec Ethiad Rail : Ethiad Rail Mobility.

    Un salon du ferroviaire qui attire le gratin

    Fin septembre, la deuxième édition du salon GlobalRail, organisée à Abou Dhabi par Ethiad Rail, a rassemblé tout l’écosystème mondial du transport ferroviaire. Parmi eux, des exposants français comme Systra ou Alstom et leur PDG, des constructeurs chinois ou japonais. Le rendez-vous a aussi été l’occasion d’officialiser la création de la joint-venture.

    Pour Keolis, le contrat s’étend de la mise en service du matériel à sa maintenance, en passant par l’ensemble des opérations « commerciales » et d’exploitation.

    Les discussions ont été notamment menées par les équipes du français basées au Moyen-Orient. La filiale de la SNCF opère depuis 2021 le tramway et le métro de Dubaï, plus long réseau automatique au monde. Elle a également assuré son prolongement pour l’exposition universelle Dubaï 2020. En 2017, Keolis avait déjà remporté le contrat d’exploitation et de maintenance des métro et tramway de Doha et géré les pics de fréquentation lors de la coupe du monde Fifa en 2022.

     « Avoir des équipes locales a facilité notre positionnement comme acteur de référence et nous a permis de démontrer beaucoup de réactivité dans les négociations », décrypte Laurence Broseta, directrice générale internationale de Keolis, venue à Adou Dhabi pour la signature du contrat. La patronne du groupe, Marie-Ange Debon devait à l’origine tenir le stylo. Mais l’annonce de sa probable nomination à la tête du groupe La Poste, trois jours avant le rendez-vous, l’a poussée à renoncer au déplacement.

    Le choix de Keolis valide aussi les fortes compétences du groupe français dans le ferroviaire et les ressources qu’il est capable de mobiliser pour respecter l’agenda fixé par son partenaire. La température caniculaire qui écrase encore, en ce début d’automne, la péninsule arabique, n’est pas la seule à provoquer la surchauffe des équipes de Keolis. Elles sont engagées, depuis juillet, dans une véritable course contre la montre.

    Ethiad Rail veut ouvrir le service début 2026, malgré le nombre de chantiers à mener. La réussite du lancement commercial sera déterminante pour une population qui s’est jusque-là passée du train, malgré une congestion chronique de son réseau routier, sur certains axes, dont le plus fréquenté, entre Abu Dhabi et Dubaï, 140 kilomètres. L’exploitant du réseau a aussi mis la barre très haut, en visant « un service d’excellence, performant et exemplaire », s’adressant notamment à une clientèle affaire.

    Premiers trains en 2016

    La circulation de trains dans les Emirats remonte à moins de dix ans à peine. En 2016, Ethiad Rail lance une première ligne pour faire circuler des convois de wagons-citernes contenant le soufre granulé qu’il faut évacuer des sites d’exploitation de pétrole. En parallèle, les Emirats poursuivent l’extension de leur réseau. Les travaux débouchent en 2023 sur 900 km de voies ferrées, toutes clôturées, pour éviter les intrusions de la faune des sables. « Il peut s’agir de gazelles ou encore de singes des montagnes, et quand vous en voyez eux, c’est qu’il y en a dix qui arrivent », raconte l’un des responsables du centre de maintenance. Des bédouins qui parcourent toujours le désert, peuvent aussi être surpris par cette infrastructure nouvelle, qui relie les états entre eux, mais aussi une douzaine de sites industriels, commerciaux ou portuaires. A terme, le réseau émirati prévoit de raccorder l’Arabie saoudite à Oman.

    Pour le lancement du service passagers, un premier tronçon de 246 kilomètres a déjà été défini. Quel sera le prix des péages dont devront s’acquitter les trains ? C’est l’une des questions encore en négociations et l’un des points qui permettra de définir la tarification du futur service.

    Une certification pour chacun des sept pays de l’union

    Retour au dépôt, où quelques rares visiteurs de GlobalRail ont pu venir constater l’avancée du projet. Dans une salle de classe, de futurs conducteurs découvrent pour certains, leur nouveau métier et les joies du simulateur. Les ingénieurs mènent les tests du matériel roulant déjà réceptionné, qui suit une procédure de certification et d’homologation complexe, que les Européens connaissent bien : chacun des sept Etats a sa propre réglementation.

    Les Emiratis ont d’abord porté leur choix sur le train bidirectionnel de Caf. Il est composé de deux locomotives diesel-électrique et de cinq voitures d’une capacité de 369 passagers. Le contrat avec l’espagnol a été signé en juin 2022. En janvier 2023, l’Emirati a fait appel à un second fournisseur, le chinois CRRC, – qui lui avait déjà livré des trains de fret -, toujours pour un train de type « push-pull ». L’espagnol aurait eu du mal à suivre les cadences de livraison promises à son client. Le contrat total porterait sur plus de 40 trains.

    Garés côte à côte, les trains de Caf et de CRRC se distinguent aisément. Le design du chinois a ses fans, celui de l’espagnol les siens.

    A bord, les deux trains sont quasiment identiques. La compagnie a opté pour quatre classes : business, famille, famille-standard et standard. Avec ses larges rangées de trois sièges en cuir, aux surpiqûres rouges élégantes, la business sera la vitrine de la compagnie. A priori, aucun contrôleur ne montera à bord, ce qui implique un système de billettique performant. Les prévisions de trafic restent confidentielles. « Nous avons analysé toutes les études de transport modal réalisées par notre partenaire et établi nos propres hypothèses », indique Laurence Broseta.

    Le train roulera à une vitesse maximale de 200 kilomètres. Le matériel a été conçu pour un environnement désertique et des températures de plus de 55 degrés. Ces conditions « extrêmes » n’ont pas l’air d’inquiéter les équipes de Keolis.  Un sujet les préoccupe : les premiers et derniers kilomètres. Le réseau émirati ne compte pas encore… de gares de passagers. Abou Dhabi comme Dubaï sont des mégacités qui s’étendent sur des dizaines de kilomètres et la voie ferrée n’est proche d’aucun centre urbain. « Où que soit implantée une gare neuve, ce n’est jamais le bon endroit, philosophe Laurence Broseta, on l’a bien vu, en France, avec les gares TGV. L’une de nos missions sera justement de proposer une gamme de solutions de connexion ». L’une d’entre elles passe par la mise en place de raccordements via un réseau de navettes. Keolis sait faire, mais le temps presse et les Emirats ne sont pas décidés à revoir le calendrier. Ils ont même déjà émis un nouveau billet de 100 dirhams sur lequel est imprimé … un train de passagers signé Ethiad Rail.

  • Laurent Trevisani assure la présidence par interim du groupe SNCF

    Laurent Trevisani assure la présidence par interim du groupe SNCF

    Après l’annonce de la nomination de Jean-Pierre Farandou en tant que ministre du Travail, Laurent Trevisani a pris la présidence par intérim du groupe SNCF. Il le restera jusqu’à l’arrivée du futur PDG, a priori Jean Castex, qui doit être auditionné mercredi matin par le Sénat si l’instabilité politique ne vient pas tout bousculer.

    Jusqu’alors directeur général délégué Stratégie finances, il occupe ce poste depuis novembre 2019. Diplômé de l’INPG et de l’Essec, il a rejoint le groupe en 2012.

  • Les préconisations de Franck Leroy pour financer les mobilités

    Les préconisations de Franck Leroy pour financer les mobilités

    Franck Leroy était l’invité du Club VRT le 2 juillet. Le président de l’AfitF a fait part de ses préconisations alors que l’on attendait les conclusions de la conférence sur le financement des transports. Sous sa casquette de président de Grand Est, il a évoqué la politique novatrice mise en place dans sa région, tant en matière de financement que d’ouverture à la concurrence.

    Un modèle à inventer

    La France paie aujourd’hui le prix de ses choix passés en matière de politique des transports, a rappelé Franck Leroy en guise d’introduction lors du Club VRT organisé le 2 juillet. Les infrastructures ferroviaires portent ainsi les stigmates du « tout TGV », une politique menée pendant 40 ans, au cours desquels la France a concentré ses investissements sur les lignes à grande vitesse.

    Un choix à double tranchant : « si les réseaux de LGV font partie des plus performants au monde, les transports du quotidien sont les parents pauvres de cette politique », a rappelé le président de l’Agence de financement des infrastructures de France (AfitF). En pointant le vieillissement et les ralentissements (quand ce ne sont pas des fermetures) sur les lignes locales.

    De même, le réseau routier français, autrefois fleuron européen, est victime d’un sous-investissement chronique, regrette Franck Leroy. Ce réseau a dégringolé au 18ᵉ rang mondial, selon un rapport du Forum économique mondial.

    Dans un contexte où la ressource publique se fait rare, il faut redresser la barre.

    Pour Franck Leroy, des pistes de financement existent pour améliorer les mobilités sans alourdir la fiscalité des ménages. « Il faut créer de nouvelles recettes ou réorienter certaines ressources déjà existantes », souligne le patron de l’Afitf.

    La fin des concessions autoroutières, programmée entre la fin 2031 et 2036, donne la possibilité à l’État de reprendre la main afin de réorienter les recettes des sociétés d’autoroutes vers le financement des infrastructures routières et ferroviaires, tout en maintenant le niveau des péages actuels.

    « Une telle décision doit s’anticiper et se prendre dès 2028 », insiste celui qui est aussi le président de la région Grand Est. Il évalue la manne à plusieurs milliards d’euros annuels sans impact sur les usagers.

    Autre possibilité : le recours aux quotas carbone européens (ETS), en faisant contribuer les entreprises polluantes. À la clé, selon Franck Leroy, cinq milliards d’euros qui pourraient être fléchés sur les infrastructures de transport les plus décarbonées.

    L’élu du Grand Est évoque aussi la création de fiscalités nouvelles, comme celles accordées à l’Île-de-France avec la loi de finances 2024, qui a institué une taxe additionnelle à la taxe de séjour, au profit d’Île-de-France Mobilités. Ou bien l’instauration d’une taxe sur la plus-value immobilière générée par les investissements dans les transports.

    Il cite l’exemple de Strasbourg où, depuis la mise en place du Reme (nom de son RER métropolitain), des communes du Bas-Rhin bénéficient désormais de quatre trains quotidiens vers Strasbourg et voient la valeur des biens immobiliers s’envoler. « Cela ne serait pas choquant qu’une telle taxe finance des transports collectifs », plaide l’élu, défendant une forme de retour sur investissement collectif.

    Le président de région table aussi sur la concurrence pour faire baisser les coûts du transport ferroviaire avec l’arrivée de nouveaux acteurs, à l’instar de ce qui s’est passé dans le secteur de la téléphonie. La région Grand Est en a fait l’expérience en confiant l’exploitation de la ligne Nancy-Contrexéville à Transdev, en groupement avec NGE et la Caisse des dépôts. Elle estime à 30 % les économies réalisées par rapport à ce que lui aurait demandé SNCF Réseau pour rénover cette ligne qu’elle souhaite relancer.

    « L’ouverture à une saine concurrence impose aux gestionnaires d’être très compétitifs », commente Franck Leroy.

    Sauver le soldat AfitF

    Alors que le gouvernement cherche à faire des économies tous azimuts malgré les immenses besoins, des parlementaires mal avisés et « mal informés » ont eu la mauvaise idée de proposer de supprimer l’Afitf.

    « Nous avons eu la désagréable surprise d’apprendre, le jour des 20 ans de l’Afitf, qu’un amendement visant à la supprimer avait été adopté dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique. »

    L’AfitF est un établissement public national, qui a pour rôle de collecter les recettes pour les affecter à la modernisation des infrastructures principalement ferroviaires, mais aussi routières et dans une moindre mesure portuaires. Cet instrument financier ne compte que quatre emplois et demi. Par ailleurs, 99,92 % des dépenses sont des investissements du territoire.

    Et contrairement au fonctionnement budgétaire classique, souligne Franck Leroy, ce ne sont pas les crédits de l’État qui financent les projets décidés par le gouvernement, mais des taxes prélevées au bénéfice de l’AfitF.

    « Cette mécanique permet de financer les engagements pris par l’État sur le long terme, en sécurisant les budgets nécessaires, de manière à assurer la confiance entre l’État, les territoires et les entreprises. Sans l’AfitF, le budget destiné aux transports serait soumis à l’arbitrage budgétaire annuel du Parlement et cela créerait une insécurité majeure pour les chantiers », prévient Franck Leroy.

    Il pense que les élus ayant voté cette suppression seraient sans doute les premiers à s’émouvoir des conséquences d’une telle décision. « Sans l’AfitF, il ne serait plus possible de garantir des financements de long terme. Il faudrait revoter les budgets tous les ans, au risque que des chantiers s’arrêtent et repartent au gré des votes. » Misant sur une prise de conscience, il garde bon espoir que les choses rentrent dans l’ordre.

    Laboratoire des mobilités

    La Région Grand Est s’est engagée pour les mobilités avec un Contrat de Plan État-Région à hauteur de 700 millions d’euros, pour la période 2023-2027. « Du jamais vu à l’échelle de notre région », souligne Franck Leroy.

    Grand Est a été précurseur en matière de service express régional métropolitain avec la création de son Réseau express métropolitain européen (Reme) entre Strasbourg et Haguenau et Strasbourg et Molsheim fin 2022.

    « Notre région est la seule où il y ait un Serm opérationnel avec 750 trains par semaine, bien plus qu’à Part-Dieu ou Bordeaux », rappelle Franck Leroy.

    Il affirme que Strasbourg est sortie du classement des dix villes les plus polluées de France, un an après le lancement du Reme. « La mise en place de ce réseau, combinée à l’instauration d’un contournement routier, a permis de réduire la pollution et de démontrer l’intérêt du transport public », commente Franck Leroy qui considère que le train a devant lui des perspectives énormes de développement.

    « Je ne crois pas à la fatalité du déclin du transport public. Si nous en sommes arrivés là où nous en sommes, c’est parce qu’il a souffert d’un défaut de financement. Moins de qualité se traduit par moins de voyageurs », poursuit-il.

    S’il y a une offre compétitive, fiable et alternative à la route, les Français choisissent le train, ajoute-t-il. Ce dont témoigne la fréquentation des liaisons ferrées où la région a proposé un choc d’offre et où le flux a augmenté de 400 % en quelques années.

    Des SPL pour reprendre la main

    La Région s’est dotée en avril 2022 d’une Société Publique Locale (SPL) Mobilités, qui rassemble une cinquantaine de personnes et travaille pour le compte de la région sur les procédures de mises en concurrence des TER, le suivi des contrats ou la mise à disponibilité des trains.

    « La SPL est un outil pour préparer l’ouverture à la concurrence, gérer les lignes à remettre en état. Mais la région reste l’autorité organisatrice », précise Franck Leroy.

    Elle planche désormais sur un autre projet : le lancement d’une SPL pour gérer les infrastructures ferroviaires. La collectivité veut ainsi reprendre la main sur les lignes de desserte fine du territoire.

    « Nous avons commencé à opérer le transfert de lignes dont la SNCF se sépare pour un euro symbolique au bénéfice de la région », précise Franck Leroy.

    Devenir propriétaire de l’infrastructure doit permettre à la région de remettre des trains en circulation et de redonner vie à certaines lignes à des coûts acceptables, sans être tributaire de la hausse des péages.

    Une quinzaine de petites lignes pourraient être concernées d’ici à 2028. « Elles seront combinées avec des lignes de cars express », précise le président de région.

    Pour augmenter l’offre, la région table aussi sur l’arrivée dans le futur de nouveaux matériels, comme le train léger Draisy, dont elle accompagne le programme de fabrication dans les ateliers du constructeur Lohr à Duppigheim.

    « En circulant sur des lignes de 100 km maximum, ce train léger à batterie, qui pourra à terme être autonome, permettra d’apporter une solution de transport décarbonée, pour un coût acceptable pour le contribuable, dans des bassins ruraux où la frustration de ne pas avoir de moyen de transport est forte », explique l’ex-maire d’Épernay.

    Écotaxe à suivre

    Région transfrontalière avec l’Allemagne, la Suisse, le Luxembourg et la Belgique, le Grand Est est traversé par de nombreux camions étrangers qui empruntent ses routes sans rien payer. La région veut les mettre à contribution via une éco-taxe.

    Grand Est a profité, pour prendre l’initiative, du vote de la loi 3DS relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et la simplification, qui offre la possibilité aux régions de gérer une partie de leur réseau routier.

    La région a ainsi pris en charge, depuis le 1ᵉʳ janvier, la gestion de 525 km de routes. Elle va y consacrer un budget annuel de 92 millions d’euros, soit trois fois plus que ce que l’État avait initialement prévu pour cet exercice.

    Pour y faire face, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) a voté en octobre dernier la mise en place d’une taxe poids lourds, baptisée « R-Pass ».

    Une décision dans le droit fil de ce que font déjà plusieurs pays européens : la Suisse a adopté une écotaxe dès 2001, l’Autriche a suivi l’exemple en 2024, l’Allemagne a instauré sa LKW-Maut en 2025 et il existe une taxe poids lourds en Belgique, en Pologne, en Slovaquie, en République tchèque, au Portugal et en Grande-Bretagne, tandis que la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et le Luxembourg ont opté pour la mise en place d’une eurovignette.

    Seul le réseau français est épargné, ce qu’ont bien compris les 3 000 camions étrangers qui, chaque jour, font le détour par les routes alsaciennes afin d’éviter d’avoir à payer la taxe allemande.

    Mais à partir de 2027, tous les camions de plus de 3,5 tonnes circulant sur les RN4, RN44, RN52 et RN431 ainsi que sur les autoroutes A30, A31, A33 et A313 devront s’acquitter d’une redevance de 0,15 euro par kilomètre parcouru.

    La facturation de ces véhicules se fera grâce à un suivi satellite, tandis que les portiques « Écotaxe » encore en place seront équipés de caméras de contrôle, pour démontrer qu’un camion a bien emprunté les routes alsaciennes, en cas de réclamation.

    « 60 % de ceux qui paieront cette taxe seront des contribuables étrangers », affirme Franck Leroy.

    La décision a suscité une vague d’opposition. Mais, aujourd’hui, si cette taxe fait encore l’objet de résistance, le président de région affirme rencontrer une volonté d’avancer avec tous ceux qui en ont compris l’intérêt.

    Cette taxe pourrait générer jusqu’à un milliard d’euros d’investissements d’ici à 2035, et financer des projets routiers et la modernisation de pôles d’échanges multimodaux, au bénéfice des transporteurs locaux.

    Le président de région assure que la R-taxe permettra de réduire le trafic de poids-lourds en transit, de gagner en sécurité et en fluidité sur le réseau principal, de réduire la pollution atmosphérique et sonore et les dégradations des routes.

    « Nous devons faire comprendre qu’en mettant à contribution les camions étrangers, cette taxe permettra de financer des travaux visant à effacer les points noirs qui pénalisent au quotidien les transporteurs locaux. Cela permettra également de rendre les routes moins accidentogènes et les aires de parkings plus sûres et confortables en y proposant des sanitaires modernes pour les conducteurs.

    Sinon, sans travaux, certains ouvrages d’art devront être fermés d’ici trois ans », rappelle Franck Leroy.

    La région, qui prévoit d’avancer sur ce dossier avec les acteurs locaux, proposera des dispositifs de compensations à destination des entreprises locales.

    « Les sommes collectées via cette taxe pourront être utilisées pour aider les transporteurs régionaux à investir dans des véhicules électriques et financer des systèmes de recharge poids lourds pour favoriser la transition vers des véhicules zéro émission », assure Franck Leroy.

    L’expérience suscite l’intérêt et sera à coup sûr observée par d’autres régions, qui à l’instar de la région Auvergne-Rhône-Alpes, sont également tentées par une taxe régionale.

    « Elles attendent de voir comment les choses vont se passer avant d’embrayer », note l’ancien maire d’Épernay.

    Sa mise en place signera donc un retour à l’écotaxe (version régionale) enterrée en 2014 par Ségolène Royal, alors ministre de l’Écologie.

    Franck Leroy, comme beaucoup d’autres, regrette cet abandon qui aurait permis de régler la question du financement des transports et éviter de lancer, dix ans après, une conférence pour sortir de l’enlisement.

    Que de temps perdu !

    Attaché à la liberté tarifaire

    Interrogé sur la gratuité et sur le risque de morcellement ferroviaire si chaque région développe ses propres politiques sans se préoccuper de ce que font ses voisines, Franck Leroy se dit attaché à la liberté tarifaire des régions.

    Il rappelle que 75 % des tarifs de billets de TER sont pris en charge par les régions et que chacune d’entre elles est libre de sa politique tarifaire.

    Le choix de gratuité pour tous fait par le Luxembourg ne lui paraît toutefois pas une option envisageable. « Ce pays a davantage d’aisance budgétaire que nous », justifie l’élu.

    Le président de région ne compte pas non plus s’inspirer des tarifs de transport à un euro proposés en Occitanie. « Cette région ne propose que 450 trains alors que Grand Est en offre 1 800. Ce volume, beaucoup plus important, ne paraît pas compatible avec une telle politique et ne nous donnerait pas les moyens d’investir. »

  • Alexandre Fournier nommé DG de SNCF Voyageurs Bourgogne Ouest

    Alexandre Fournier nommé DG de SNCF Voyageurs Bourgogne Ouest

    Né en 1977, diplômé de l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, Alexandre Fournier est devenu en juin 2025 directeur général de la nouvelle société dédiée SNCF Voyageurs Bourgogne Ouest, chargée de pré-exploiter puis d’exploiter à compter de fin 2026 les lignes du lot « Bourgogne – Ouest – Nivernais » suite au gain de l’appel d’offres lancé par la région.

    Il a occupé différents postes au sein du groupe, en région Rhône-Alpes puis à Fret SNCF. En octobre 2019, il était devenu directeur des lignes TER au sein de SNCF Voyageurs en Région Bourgogne – Franche – Comté. Depuis 2024, il travaillait sur le projet d’une « Direction Production et Services PLM » visant à regrouper au sein d’une même entité l’ensemble des métiers et des structures concourant à la production du service aux voyageurs, dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des lignes TER, indique SNCF Voyageurs dans un communiqué.

  • Martin Sion quittera ArianeGroup pour la direction générale d’Alstom en avril 2026

    Martin Sion quittera ArianeGroup pour la direction générale d’Alstom en avril 2026

    Martin Sion, l’actuel président exécutif d’ArianeGroup, deviendra en avril 2026 directeur général d’Alstom en remplacement d’Henri Poupart-Lafarge. Celui-ci avait annoncé en mai dernier son intention de quitter le constructeur ferroviaire à l’échéance de son mandat en avril 2027. Henri Poupart-Lafarge avait déjà dû céder un an auparavant la présidence à Philippe Petitcolin pour ne garder que la direction générale, ce qui sonnait comme une reprise en main d’un groupe alors que le groupe affichait un carnet de commandes florissant mais une situation financière alors dégradée. Rappelons que Henri Poupart-Lafarge avait rejoint le groupe il y a 27 ans et en était devenu le PDG en 2016.

    Alstom va donc voir arriver au printemps prochain un professionnel de l’aérospatial, passé notamment par la Snecma, puis Aircelle, une division de Safran, avant de prendre la tête de la Sagem qui deviendra  Safran Electronics & Defense. Martin Sion devient en 2020 membre du conseil d’administration d’ArianeGroup, détenue par Safran et Airbus. Il en prendra la présidence trois ans plus tard. Ce diplômé de l’Ecole Centrale Paris, âgé de 57 ans, a relancé avec succès le programme de la fusée Ariane-6. En arrivant dans le monde ferroviaire, il devra mener à bien la réorganisation d’Alstom, qui connaît de grands succès industriels, mais se voit plombé par des retards récurrents.

    « Le Conseil d’administration a mené un processus de recherche approfondi au cours des derniers mois et nous estimons que M. Martin Sion possède l’expérience nécessaire pour diriger Alstom. Nous nous réjouissons de l’accueillir en avril 2026. D’ici là, M. Henri Poupart-Lafarge continuera d’exercer ses fonctions, assurant ainsi une transition en douceur », a indiqué dans un communiqué Philippe Petitcolin, président du Conseil d’administration d’Alstom et ex-directeur général de Safran.

  • Ingérop pilotera la construction du tram T8 à Lyon 

    Ingérop pilotera la construction du tram T8 à Lyon 

    Sytral Mobilités, autorité organisatrice des mobilités de l’agglomération lyonnaise, a retenu l’offre du groupement mandaté par Ingérop pour concevoir et piloter la réalisation de la ligne du tramway T8 à Lyon. Le groupement réunit Folia, co-traitant pour le volet insertion urbaine et paysagère, Tectoniques, architecte, Citec, études de trafic et de circulation, Actierra (filiale d’Ingérop) pour les dossiers réglementaires, résilience, pollution et éco-conception, ECL studio pour l’éclairage, Suez, gestion des réseaux humides et Fovea pour la planification.

    Longue de 8,1 kilomètres, dont 6,3 kilomètres d’infrastructures nouvelles, cette ligne reliera, dans l’est lyonnais, Vaulx-en-Velin La Soie à la gare de Vénissieux, en 11 à 13 stations, connectant, sans passer par le centre-ville, des zones périphériques importantes comme les pôles stratégiques de la gare de Vénissieux, le pôle multimodal Vaulx-en-Velin La Soie, le campus Porte des Alpes et des zones commerciales, résidentielles et industrielles entre les deux terminus. Elle contribuera à la requalification urbaine de plusieurs quartiers et permettra une meilleure accessibilité aux universités, parcs, zones d’emploi et équipements métropolitains.

    Les prévisions de fréquentation sont estimées à près de 25 000 voyageurs par jour, pour cette ligne qui complétera et maillera le réseau existant, en reliant les lignes T2, T3, T5, deux lignes de métro (A au nord et D au sud), le TER, mais aussi les futures lignes T9, T10 et le BHNS Part Dieu-Sept Chemins, actuellement en construction.

    Dans la continuité des études préliminaires démarrées en mai 2025, les prochaines phases d’études se dérouleront en 2025-2026 avec une mise en service prévue en 2030.

     

  • La Cour de comptes fait le bilan de l’héritage des JO pour les transports

    La Cour de comptes fait le bilan de l’héritage des JO pour les transports

    La Cour des comptes a publié le 29 septembre un rapport sur l’impact économique des Jeux Olympiques 2024 qu’elle juge « modeste à ce stade », pour ne pas dire infime, avec un effet sur la croissance de 2024 évaluée à +0,07 point du PIB. La juridiction financière évalue à 6,65 milliards d’euros les dépenses de l’Etat et des collectivités pour l’organisation des Jeux et à moins de 300 millions d’euros les recettes fiscales générées.

    Mais l’une des grandes promesses des Jeux, c’était de laisser un héritage : pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap, pour le sport, et pour les transports. Sur ce sujet aussi, la Cour des comptes dresse le bilan.

    Si le métro Grand Paris Express n’a pas pu être être au rendez-vous des JO,  l’événement mondial organisé en Ile-de-France a malgré tout permis d’accélérer le prolongement des lignes de métro 11 et 14 et de tram T3b, et d’achever le projet Est-ouest liaison express (Eole) entre Nanterre-la-Folie et Rosa Parks. Les Jeux ont aussi mis en lumière les « mobilités actives », en particulier le vélo avec des pistes cyclables dédiées pendant les olympiades. « Des avancées notables sont également à relever en matière d’accessibilité », notent les magistrats financiers.

    Enfin, d’autres infrastructures, qui devaient servir pendant les JO, ont été pérennisées : notamment les 185 kilomètres de voies olympiques et paralympiques réservées aux véhicules de l’organisation, dont une vingtaine a été maintenue en région Ile-de-France. Elles sont réservées aux véhicules de transport collectifs, covoiturage (au moins deux passagers), taxis, VTC, véhicules d’urgence.

  • VéliBest, l’appli qui permet de trouver un Vélib’ en bon état du premier coup !

    VéliBest, l’appli qui permet de trouver un Vélib’ en bon état du premier coup !

    Sur les 20 000 vélos en libre-service du réseau Vélib’ (40% électriques, 60% mécaniques) répartis dans les 1 500 stations de la métropole du Grand Paris, pas toujours facile de mettre la main sur un cycle en parfait état de marche. Avec des freins fiables, des pneus bien gonflés, une batterie suffisamment chargée etc.

    Depuis le lancement de Vélib en 2007, Il existait un code implicite entre utilisateurs pour signaler les vélos hors service ou presque : la selle à l’envers. Depuis quelques semaines, une application sur smartphone est encore plus fiable et change la vie des utilisateurs (400 000 abonnés, plus les utilisateurs occasionnels) : VéliBest, pour trouver le « meilleur » Vélib en station.

    Développé par un jeune informaticien professionnel, Thomas de Queiros, 27 ans, diplômé de l’EPSI, cette appli détecte les modèles en meilleur état d’usage dans les stations (visualisés en vert), et leur attribue une note de 80 à 100. Ceux qui sont moins fiables (en orange) ont une moins bonne note.

    Réévaluées toutes les minutes, ce bonus-malus se fonde sur les données publiques de Smovengo, l’opérateur des Vélib’. « Les vélos qui ne bougent pas, ou qui sont raccrochés immédiatement, les vélos « boomerang » parce qu’ils sont inutilisables et sont mal notés dans l’appli officielle Vélib’, perdent des points. À l’inverse, ceux qui effectuent des trajets complets, et qui obtiennent une bonne note des usagers, sont valorisés », explique le développeur. VeliBest évalue aussi le pourcentage de chargement de batterie des vélos électriques, l’information n’étant pas toujours fiable sur l’appli Vélib’.

    L’idée est venue d’une vidéo sur YouTube, postée en juin par un usager à la recherche du « meilleur Vélib’ » près de chez lui. Aidé de ChatGPT, Il avait aspiré et classé les données de l’appli Vélib’, et réussi à localiser les « meilleurs » vélos en stations. Avec VéliBest, Thomas de Queiros a développé un programme plus sophistiqué et surtout, en a fait une appli citoyenne, téléchargeable gratuitement. Il ne veut pas la monétiser mais les dons sont les bienvenus pour payer les frais techniques : publication sur Apple Store et Androïd, abonnement au serveur, nom de domaine.

     

  • La traçabilité probatoire, un pilier de la maîtrise des projets complexes

    La traçabilité probatoire, un pilier de la maîtrise des projets complexes

    Elvira Palomino,Ingénieure juridique et avocate
    Elvira Palomino,
    Ingénieure
    juridique et avocate

    Dans les projets d’envergure – ferroviaires, industriels… – la maîtrise de la preuve dépasse le strict cadre du contentieux. Elle devient un facteur structurant de gouvernance et de performance économique.

    Elvira Palomino

    À mesure que les flux décisionnels se densifient, que les responsabilités sont distribuées et que les interfaces se multiplient, la capacité à produire, conserver et articuler la preuve devient une condition sine qua non du pilotage contractuel.

    Pourquoi ce thème est-il critique ? Parce que l’absence de traçabilité ouvre la voie aux litiges, retards, surcoûts et failles de gouvernance. Dans les projets complexes, la preuve ne sert pas qu’à se défendre – elle permet d’anticiper, d’arbitrer, de justifier et de coordonner.

    La traçabilité probatoire n’est pas qu’un outil juridique : c’est un levier de gouvernance contractuelle et de performance économique. Dans les projets complexes, documenter les besoins, les choix techniques et les actions correctives permet de capitaliser l’expérience, d’aligner les objectifs stratégiques et opérationnels, et de mieux maîtriser les coûts. L’exemple d’une initiative norvégienne montre qu’associer chaque projet à des « cartes de valeur » et intégrer la preuve dans un système partagé (KPI, PMO, microlearning) favorise les économies, l’apprentissage collectif et la fiabilité des décisions. La preuve bien structurée devient ainsi un outil clé de maîtrise des risques et d’efficacité.

    Un levier de gouvernance contractuelle

    L’intégration de la preuve dans la mécanique contractuelle commence dès la rédaction et le montage juridique. Il ne suffit pas d’évoquer des « notifications » ou des « échanges documentés » : encore faut-il les encadrer et en assurer la fiabilité. Contractualiser la traçabilité, c’est aussi se protéger contre l’informel, en cadrant les engagements pour qu’ils résistent à l’épreuve du temps.

    La preuve doit s’intégrer comme un levier de gouvernance, et pas seulement comme archive juridique, ce que l’on constate trop souvent. La documentation probatoire reste une zone grise, à l’interface du juridique et de l’opérationnel. Dans la pratique, l’archivage probatoire se révèle non structuré, la collecte fragmentée, et l’exploitation analytique limitée. Faute d’anticipation, les preuves sont mobilisées tardivement, affaiblissant la position en cas de litige. Une culture probatoire cohérente, standardisée et intégrée au pilotage contractuel reste encore à consolider.

    Culture commune de la preuve

    Ainsi, les rapports 2013, 2021 et 2025 de la Queen Mary University of London soulignent que l’une des principales causes d’inefficacité, voire d’échec, dans l’arbitrage international réside dans une gestion inadéquate de la preuve : surabondance documentaire (excès et dérives de la production documentaire, manque de contextualisation ou maîtrise de la chaîne probatoire). Ces études recommandent une gouvernance probatoire plus proactive, tri précoce des demandes infondées et recours ciblé à l’intelligence artificielle, afin de gagner en efficacité, en fiabilité et en maîtrise des coûts.

    En France, la culture de la preuve dans les projets d’infrastructure reste marginale, alors même qu’elle conditionne directement leur performance économique. Pourtant cette « gouvernance de la traçabilité probatoire » permettrait de prévenir de nombreux litiges, de fluidifier les arbitrages en interne.

    Dans les projets complexes, l’ingénieur juridique s’impose comme un acteur stratégique encore trop méconnu. En troquant la robe de l’avocat pour le casque du maître d’œuvre juridique, il se positionne au cœur de l’action : il structure les fondations probatoires du projet et veille à la solidité juridique de son exécution. Véritable pilote de la gouvernance de la preuve, il encadre l’accès, la production et l’utilisation des éléments probatoires tout au long du cycle contractuel.

    Dès la phase de rédaction des contrats, il conçoit les outils et les procédures de traçabilité documentaire, limite les coûts cachés et favorise l’activation précoce des mécanismes de dispute avoidance. En instaurant une culture partagée de la preuve, il révèle la valeur stratégique d’un actif souvent négligé, au service d’une meilleure gestion des risques et de la performance économique.

    L’intégrer au cœur de la gouvernance d’un projet commun, avec l’aval de toutes les parties prenantes, c’est amorcer un véritable changement de paradigme : faire de la gestion de la preuve un enjeu systémique, transversal à l’ensemble des acteurs.

    Ce positionnement permet d’instaurer une culture commune de la preuve – catalyseur de transparence, de traçabilité et de responsabilité – portée par un système documentaire probatoire partagé.

    Cette logique rejoint les évolutions en cours au Royaume-Uni, où des projets comme Crossrail ou HS2, appuyés par le Construction Playbook et les standards contractuels de l’État, traitent la gestion structurée de l’information – via le Common Data Environment et le BIM – comme un levier de gouvernance publique, non comme un simple outil technique.

    Références

    1. Queen Mary University of London, Corporate choices in International Arbitration Industry perspectives | International Arbitration Survey. 2013 (5-10)
    2. Queen Mary University of London; White & Case LLP, Adapting arbitration to a changing world, International Arbitration Survey: (2021)
    3. International Arbitration Survey – The path forward: Realities and opportunities in arbitration (2025).
    4. Artto, K., Kujala, J., Dietrich, P., & Martinsuo, M. (2008). What is project strategy ? International Journal of Project Management, 26, 4–12.
    5. Asiedu, R. O., Adaku, E., & Owusu-Manu, D. G. (2017). Beyond the causes: Rethinking mitigating measures to avert cost and time overruns in construction projects.
    6. Beste, T. (2021). Knowledge transfer in a project-based organization through microlearning on cost-efficiency. The Journal of Applied Behavioral Science . July 2021.
    7. Strategic change towards cost-efficient public construction projects, Teresa Beste, Ole Jonny Klakegg, International Journal of Project Management 40 (2022) 372–384
    8. Cost overruns in infrastructure projects evidence and implications, Alexandria Edwards, journal of economics library, volume 8 March 2021 Issue 1.
    9. Cost overruns of infrastructure projects – distributions, causes and remedies, Jonas Eliasson, 3 December 2024.
    10. A literature review of the quantification of hidden cost of poor quality in the historical perspectives’ S. Mahmood, N.I. Kureshi , Journal of Quality and Technology Management Volume XI, Issue I, June 2015, Page 01–24
    11. Research on collaborative Mechanisms of Railways EPC projects design and construction from the perspective of social Network Analysis. Zilufan, Yuming Liu Yaxin Li. Systems 2023,11, 443. P. 7.
    12. The Construction playbook , government guidance on sourcing and contracting public works projects and programmes. September 2022.