Les TER vont manquer de conducteurs au moins jusqu’à l’été

Trois des nouvelles grandes régions de France se plaignent de voir leurs plans transport amputés en raison d'un manque de conducteurs pour leurs TER. Jusqu'au 16 avril, une trentaine de circulations par jour style= »margin-bottom: 0px; text-align: justify; font-size: 14.2px; line-height: normal; font-family: ‘Times New Roman’; color: rgb(50, 51, 51); -webkit-text-stroke-color: rgb(50, 51, 51); -webkit-text-stroke-width: initial; »>
sont ainsi rayées du tableau des départs sur 1 250 en Nord-Pas-de-Calais–Picardie. Autant vont disparaître en Aquitaine–Limousin–Poitou-Charentes entre avril et juin. Et 24 TER quotidiens sont aussi supprimés jusqu'au 2 juillet en région Alsace–Champagne-Ardenne–Lorraine. Des circulations parfois, mais pas toujours, remplacées par des cars qui vont beaucoup moins vite. Et que les associations de voyageurs craignent de voir tout bonnement prendre ici ou là la place des trains.

A Lille, le directeur régional, Jacky Lion, se déclarant contraint de jongler avec les effectifs disponibles et les congés légaux à accorder avant fin mars, précise que les suppressions ne représentent que 3 % de l'offre, des trains « peu fréquentés ». Ce qui ne touche « que 0,5 % » de ses clients pendant un mois et demi. Et évidemment pas aux heures des déplacements domicile – travail. C'est en tout cas assez pour alimenter la colère des exécutifs régionaux. Le vice-président Transports de la région, Gérald Darmanin, avertit très vite : «  Si ces suppressions temporaires de trains sont confirmées, la région réclamera des indemnités à la SNCF. »

Une mesure de rétorsion que Philippe Richert pour Alsace–Champagne-Ardenne–Lorraine annonce aussi à Guillaume Pepy. Lui rappelant que sa région est celle qui voit circuler le plus grand nombre de trains après l'Ile-de-France, il réclame dans un courrier grognon un retour à la normale d'autant plus rapide que le cadencement total des TER lorrains doit être effectif fin août. Et celui qui est aussi président de l'Association des régions de France (ARF) dénonce «  des arbitrages nationaux opérés par la SNCF dans la plus grande opacité ».

Furieux d'être placé lui aussi devant le fait accompli, son prédécesseur à la tête de l'ARF, Alain Rousset, président d'Aquitaine–Limousin–Poitou-Charentes, tonne à l'annonce de ces suppressions « unilatérales » qui représentent 5 % des trajets de ses élus. Il lui en coûte, rappelle-t-il, 120 000 euros par an. De quoi exiger de la SNCF «  le rétablissement immédiat du plan de transport » et « la mise en œuvre d'un plan d'urgence crédible ». Sans manquer de lui rappeler que les autres problèmes sur la région sont tels qu'elle a déjà gelé ses paiements depuis 2014.

Le problème ne se limite pas à ces régions. On en entend parler ici ou là de manière récurrente et depuis plusieurs mois. A l'appel des syndicats CGT, SUD-Rail et CFDT, les cheminots des Alpes qui ont déclenché le 18 février en pleines vacances d'hiver un mouvement de plusieurs jours dénoncent eux aussi, entre autres problèmes, «  le manque de conducteurs pour les TER ». Sur un effectif national de 14 500 conducteurs, il en manquerait 300. Voire 400 selon la CFDT.

Jean-Aymé Mougenot, directeur adjoint TER France, en concède 100 à 200. « C'est variable selon les moments. » Mais il reconnaît le problème et explique : «  Depuis la réforme des retraites, les cheminots peuvent ne déclarer leur intention de partir que six mois avant. Ce qui rend les projections difficiles. Nos prévisions se sont basées sur les années précédentes. Or, les départs ont été plus nombreux. » Il suffisait d'embaucher plus, fera-t-on remarquer. Mais il faut 18 mois pour former un conducteur, précise-t-il . « On n'en a jamais autant formé depuis deux ans. Il y aura 1 000 entrées en formation cette année. Il y en avait eu pratiquement autant l'an dernier. » Mais si, explique-t-il, la conduite est un métier qui attire, sur 1 000 des candidats dont le dossier a été retenu au départ, seuls 10 seront finalement considérés comme aptes à conduire un train. « Et pas question de transiger sur ce process très sélectif, poursuit-il. Nous recrutons niveau bac ou bac technique mais il faut avoir des dispositions manuelles tout en étant capable de mémoriser quantité procédures de sécurité. Il faut aussi franchir les tests d'aptitude physiques et psychologiques. Et c'est un métier à fortes contraintes que tout le monde ne veut ou ne peut pas faire. »

Certes mais jusqu'à quand les effets de ce que la SNCF appelle un « décalage » des formations vont-ils se faire sentir ? Jean-Aimé Mougenot promet une amélioration pour l'été. Le plan de transport dit « adapté » qu'elle a présenté «  a justement été conçu pour limiter l'impact pour les régions et ne pas en arriver à supprimer des trains n'importe où, n'importe quand », argue le directeur TER.

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