Auteur/autrice : Jean Didier HERAIL

  • Bordeaux lance la concertation sur un projet de téléphérique pour franchir la Garonne

    Bordeaux lance la concertation sur un projet de téléphérique pour franchir la Garonne

    Après Brest, Toulouse ou Paris, Bordeaux envisage à son tour de se doter d’un téléphérique. La concertation est lancée aujourd’hui avec deux réunions publiques programmées et  trois forums participatifs étalés dans le temps jusqu’au 17 janvier.

    Un téléphérique permettrait de faciliter le franchissement de la Garonne, qui est aux heures de pointe très encombré.  Depuis les communes limitrophes de Cenon, Lormont, Bassens, il faut par exemple 30 à 40 minutes pour accéder au pont d’Aquitaine, le franchir, avant de se retrouver rive gauche. Le tram a certes facilité les déplacements mais le téléphérique possède des atouts supplémentaires selon ses promoteurs : rapidité du transport, franchissement des obstacles (en l’occurrence le fleuve, les voies ferrées, les nœuds routiers) et d’un important dénivelé.

    Neuf tracés peu différents les uns des autres sont proposés. Ils doivent permettre, en quelque 7 minutes, d’effectuer environ deux kilomètres du parcours, depuis le pôle de la Buttinière ( coteaux de Cenon) jusqu’à la cité du Vin ( Bordeaux). Un gain de temps fort appréciable pour se jouer des difficultés et être en relation directe avec les bus et le tram. Le potentiel de transport est d’une quinzaine de milliers de voyageurs par jour.

    François-Xavier POINT

  • Manque de personnel : la SNCF lance un appel national aux conducteurs retraités

    Manque de personnel : la SNCF lance un appel national aux conducteurs retraités

    Aux grands maux les grands remèdes. Confrontée à une crise en Hauts-de-France, où les élus s’indignent des conditions de transport et du grand nombre de suppressions de trains à cause d’un manque de conducteurs, la SNCF lance, pour la première fois, un appel national à la mobilisation auprès de ses anciens agents de conduite. Selon nos informations, Jean-Aimé Mougenot, le directeur TER délégué, vient d’envoyer un courrier (que nous avons pu consulter) à quelque 1500 conducteurs à la retraite, dans toute la France, pour leur demander s’ils seraient prêts à reprendre du service.

    L’appel vise les agents qui sont partis à la retraite depuis trois ans au maximum. Un temps suffisamment limité pour que les anciens conducteurs aient encore en mémoire les connaissances réglementaires et techniques ainsi que les gestes métiers. Mais qui nécessitera tout de même un passage par la case formation. La remise à niveau, à laquelle s’ajouteront des tests médicaux et psychomoteurs, ne devrait pas dépasser quelques semaines. Ce qui doit permettre à la SNCF de disposer rapidement et temporairement d’un nouveau vivier de conducteurs expérimentés, en attendant l’arrivée de conducteurs nouvellement formés.

    « Depuis 2008, nous faisons régulièrement appel à des conducteurs retraités quand le besoin s’en fait sentir. Mais c’est la première fois que nous lançons un appel national« , explique à VRT Jean-Aimé Mougenot. La direction évalue à une centaine le nombre de conducteurs manquants pour l’activité TER, la plus grande partie dans la région Hauts-de-France (65 conducteurs manquants). C’est donc dans cette région que les candidats retraités seront principalement appelés à conduire. Avec à la clé, en plus d’une rémunération classique, des indemnités pour se loger et vivre en dehors de sa région. Ceux qui ne voudraient pas changer de région sont aussi les bienvenus, la SNCF ayant la possibilité de procéder, en interne, à des réaffectations de conducteurs volontaires pour rééquilibrer ses équipes régionales.

    « Quelques dizaines de conducteurs retraités circulent déjà sur le réseau. Ils nous aident à passer la période post-Covid« , précise le directeur des TER. Selon le dirigeant, la SNCF paie encore aujourd’hui l’effet retard, après la période de confinement liée à la crise sanitaire qui l’a conduit à stopper ses formations. La remontée du trafic plus rapide que prévue a aussi accéléré les besoins en conduite, alors qu’il faut compter 12 mois pour former un conducteur (même si la SNCF essaie désormais de réduire la durée de ses formations). A cela s’ajoute un phénomène d’absentéisme qui a tendance à augmenter sensiblement ces derniers temps, tout particulièrement dans les Hauts-de-France, précise Jean-Aimé Mougenot.

    La lettre devrait arriver chez ses destinataires en fin de semaine, au plus tard lundi. Pour Jean-Aimé Mougenot, qui espère avoir redressé la situation dans le courant de l’année prochaine dans les Hauts-de-France, avec un plan de transport régulièrement réajusté (au lieu de 136 trains supprimés en octobre, il n’en manquera plus « que » 98 le 12 décembre), « le rétablissement est en marche« .

    Marie-Hélène Poingt

  • Deux fois plus de forces de l’ordre pour sécuriser les transports d’ici le printemps 2024

    Deux fois plus de forces de l’ordre pour sécuriser les transports d’ici le printemps 2024

    Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé le 24 novembre la création de 77 nouvelles unités dédiées à la sécurisation des transports. Ce qui représente près de 2000 policiers et gendarmes supplémentaires, soit un doublement des effectifs dédiés à cette mission. « Ces renforts seront progressivement mis en place jusqu’au printemps 2024 afin d’être pleinement opérationnels pour les Jeux olympiques et paralympiques », explique dans un communiqué le ministère.
    Deux tiers environ de ces forces de l’ordre iront à la police nationale, le reste à la gendarmerie nationale. Les policiers seront répartis au sein de huit nouveaux services interdépartementaux de sécurisation des transports en commun (SISTC) à Bordeaux, Rennes, Toulouse, Orléans, Rouen, Strasbourg, Dijon et Nantes. Ils s’ajouteront aux 3 SISTC déjà existants à Marseille, Lyon et Lille. Chaque SISTC comprendra entre 60 et 90 policiers dont les missions pourront être réalisées conjointement avec les effectifs de sécurité des autorités organisatrices de transports.
    À ces services interdépartementaux, s’ajouteront 37 nouvelles brigades de sécurisation des transports en commun (BSTC), en plus des deux déjà existantes à Nice et Saint-Étienne. Chacune d’elles comprendra entre 10 et 20 policiers.
    Les gendarmes seront, de leur côté, regroupés au sein de 30 brigades dédiées aux transports publics, composées d’environ 10 militaires chacune. Leur localisation sera arrêtée à l’issue de la concertation en cours avec les élus sur les 200 nouvelles implantations de brigades de gendarmerie. Deux nouveaux pelotons de réservistes de la gendarmerie, composés d’environ 50 réservistes chacun, en zone Ouest et Sud-Ouest, seront dédiés à la sécurisation des transports publics. Ils viendront compléter les 5 pelotons existants dans les zones Nord, Est, Sud-Est, Sud et Paris, dont les effectifs seront doublés.
    En Île-de-France, à la préfecture de police de Paris, 200 policiers viendront renforcer la police des transports, qui verra ses effectifs augmenter de 20 %. Cet accroissement permettra de passer à plus de 125 patrouilles par jour contre 100 actuellement.
    Yann Goubin
  • Le 3117, numéro d’urgence dans les transports encore trop méconnu

    Le 3117, numéro d’urgence dans les transports encore trop méconnu

    « Le 3117, c’est un numéro d’appels d’urgence qui existe depuis 2010, et pourtant, il n’est encore pas assez connu, pas assez utilisé, pour signaler des violences que les voyageurs ou les voyageuses subissent, ou dont ils sont témoins », a expliqué Valérie Pécresse, la présidente d’Île-de-France Mobilités, en visitant, le 23 novembre le Centre de coordination opérationnelle de sécurité (CCOS).
    Installé au Poste de commandement national de sûreté de la SNCF, il réunit au même endroit depuis juin 2021, sous l’autorité de la préfecture de police, une centaine d’acteurs de la sûreté des services de police et des deux opérateurs, la Suge (SNCF) et le GPSR (RATP). L’autorité organisatrice des transports le finance à hauteur de 8,5 millions d’euros.
    Or, « seulement 4 % des victimes ou témoins de violences sexistes ou sexuelles ont signalé les faits au 31 17 », détaille un document d’IDFM. Un pourcentage à rapporter aux 905 victimes de violences sexuelles  enregistrées en 2021, dans les transports en commun d’Ile-de-France par les forces de police et de gendarmerie.
    Pour ancrer le réflexe du 3117 en cas d’urgence, IDFM rappelle que les victimes peuvent appeler ce numéro, mais aussi envoyer un sms au 31177, si elles ne peuvent ou n’osent pas parler. Une solution encore plus discrète consiste à utiliser le bouton d’alerte sur l’appli Alerte 3117 téléchargeable gratuitement sur les plateformes Apple Store ou Android. L’objectif est toujours de localiser les appels et d’envoyer une équipe d’agents de sûreté ou de police sur place.
    Les voyageurs victimes d’agression peuvent aussi utiliser les bornes d’appels installées sur le quai et bien sûr faire appel à des agents. Au total, 10 300 agents de la RATP ou Transilien SNCF en station et en gare, et 1 800 agents de sûreté de la SUGE et du GPSR sont formés pour écouter les victimes, les mettre dans un endroit sûr si nécessaire, les raccompagner chez elles en taxi ou les conduire à l’hôpital.
    Au CCOS, les agents chargés de répondre au 3117 et au SMS 31177, eux, ont aussi été formés aux problématiques spécifiques de violences sexuelles et sexistes. La SNCF notamment a travaillé avec l’association HandsAway pour établir un support de formation destiné à former les agents.
    Pour continuer à faire connaître le dispositif et l’utilité du 3117, IDFM a lancé le 7 novembre dans les transports une campagne d’affichage.
    Yann Goubin
  • Des opérateurs de fret ferroviaire prêts à des actions de blocage pour se faire entendre

    Des opérateurs de fret ferroviaire prêts à des actions de blocage pour se faire entendre

    La flambée des prix de l’énergie risque de conduire des opérateurs de fret ferroviaire à mettre la clé sous la porte, alerte Franck Tuffereau, le délégué général de l’Association française du rail. En particulier tous ceux qui achètent leur électricité auprès de SNCF Réseau. Franck Tuffereau indique que le prix fixé par SNCF Réseau, de 45 euros en 2019, va passer à 450 euros le 1er  janvier prochain. « Les opérateurs ont été mis au pied du mur car ils ont appris cette hausse en septembre. Certains, qui ont essayé de changer de fournisseur d’électricité, notamment auprès d’EDF, se sont vus opposer une fin de non-recevoir au motif qu’ils ont déjà un fournisseur« , poursuit le délégué général de l’Afra.

    Sans aide de l’Etat, la situation deviendra intenable, ajoute-t-il car « les opérateurs ferroviaires ne peuvent pas répercuter cette hausse sur les prix facturés aux clients« .

    Or depuis la rencontre organisée le 16 novembre entre l’Alliance 4F et le ministre des Transports, l’état d’esprit est plutôt au pessimisme. Dans un communiqué publié à la suite de la réunion avec Clément Beaune, l’Alliance, qui réunit l’ensemble des acteurs du fret ferroviaire français et a présenté il y a un an une stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire, déplore « l’absence d’engagements précis« .

    Franck Tuffereau précise toutefois que des discussions se poursuivent avec les services de l’Etat et SNCF Réseau.
    Mais face à l’absence de soutien des pouvoirs publics, la lassitude commence à gagner. Et certains opérateurs se disent prêts à organiser des opérations de blocage en positionnant quelques locomotives bien placées sur des noeuds ferroviaires stratégiques qui pourraient paralyser une partie du réseau ferroviaire en Ile-de-France. Avec un argument : puisque, lorsqu’ils menacent de tout bloquer, les routiers arrivent à se faire entendre, pourquoi pas nous? Ils rappellent qu’ils « ont un vrai pouvoir de nuisance mais n’ont pas l’habitude d’en arriver là« .

    Marie-Hélène Poingt

     

  • Transdev retenu pour exploiter une nouvelle ligne de métro à Toronto

    Transdev retenu pour exploiter une nouvelle ligne de métro à Toronto

    Transdev a annoncé le 18 novembre que sa filiale canadienne, membre du consortium Connect 6ix, été sélectionnée par Infrastructure Ontario  et Metrolinx pour exploiter et maintenir, durant 30 ans, la nouvelle Ligne Ontario. « Dans l’immédiat, Transdev jouera un rôle consultatif clé pendant les phases de conception et de construction du projet afin de s’assurer que les exigences en matière d’exploitation et de maintenance sont prises en compte et satisfaites« , indique l’opérateur de transport public, en rappelant que cette ligne de métro doit s’étendre sur 15,6 km dans la ville de Toronto.

    Ce contrat s’ajoute à celui remporté en 2019 par le groupe français pour l’exploitation et la maintenance de la « Ligne Hurontario», une ligne de tramway de 18 kilomètres à l’ouest de Toronto. « Tout comme pour la Ligne Hurontario, ce contrat sera réalisé dans le cadre de contrats de type Partenariats-Publics-Privés. Le consortium assume donc en grande partie le risque financier du projet« , précise Transdev.

     

  • Le regain du fret ferroviaire menacé par la crise

    Le regain du fret ferroviaire menacé par la crise

    L’avenir s’assombrit pour les acteurs du fret ferroviaire, après plusieurs années de relance de leur activité : l’explosion des coûts de l’énergie et le manque d’investissement dans le réseau mettent à mal leur compétitivité. Ils doutent de la capacité du secteur à doubler sa part modale à l’horizon 2030, objectif fixé par la stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire.

    Les nuages noirs s’amoncèlent dans le ciel du fret ferroviaire. Après plusieurs années d’éclaircie, durant lesquelles le secteur a vu son activité croître, place aux doutes face aux conséquences de la guerre en Ukraine.

    L’évolution de la crise est observée à la loupe. Le coût de l’énergie représente « entre 15 et 18% de la facture de circulation dun train », rappelle le dirigeant de DB Cargo France et nouveau président de l’Association française du rail (AFRA), Alexandre Gallo. « Si cette facture est multipliée par quatre ou cinq, les conséquences sont alors lourdes pour nous, comme pour nos clients », dit-il. Pour Raphaël Doutrebente, président d’Europorte, c’est « un nouveau challenge ». L’opérateur dit avoir bien anticipé la crise, « en négociant correctement » son MWh avec EDF. « Un avantage par rapport à ceux de nos concurrents qui achètent le courant de traction chez SNCF Réseau, dit-il. SNCF Réseau na pas anticipé, et facture aujourdhui 500 euros le MWh (alors quon était en-dessous de 100 euros il y a un an). »

    Cette explosion des coûts de l’énergie peut-elle mettre à mal la compétitivité du secteur et sa relance, entamée en 2018 ? Pas sûr. « 2021 a marqué un tournant, rappelle André Thinières, délégué général d’Objectif OFP. Nous sommes passés de 32,4 milliards de tonnes-km en 2020 à 36 milliards en 2021 ». Un rebond de 14%, selon l’Autorité de régulation des transports (ART), qui mettait en avant, dans son bilan 2021, la dynamique portée par l’essor du transport combiné.

    C’est aussi en 2021 qu’a été initiée la stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire (SNDFF). Un premier bilan des aides publiques est dressé par l’Alliance 4F*, partie prenante dans l’édification de ce plan de soutien au secteur. Parmi les aides utiles, selon André Thinières : « laide aux transports combinés et la prise en charge à hauteur de 50 % des péages dus par les opérateurs à SNCF. Cela sajoute à laide accordée par l’État dans le cadre du plan de relance post-covid de septembre 2021 : un milliard deuros pour les infrastructures ferroviaires. Une somme dinvestissements bien ciblés, en particulier sur les infrastructures territoriales, jusqualors oubliées, ce qui a été fort utile au fret. Dans tous ces registres, l’État a fait mieux et plus. »

    L’année 2022 peut-elle être aussi bonne que 2021 ? « Apparemment oui, poursuit André Thinières, mais nous navons pas encore de chiffres consolidés sur les six premiers mois de lannée. Il est clair que le fret ferroviaire a bien pris la vague des crises successives. »

    Franck Tuffereau, délégué général de l’AFRA, explique : « Avec l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), nous avons évalué l’impact de la crise énergétique à 56 millions d’euros pour les entreprises du secteur. LÉtat a pris à sa charge presque la moitié de la somme (26 millions d’euros TTC, soit 21 millions HT), ce qui a limité l’impact de la crise en 2022. Tous les acteurs du secteur attendent aujourd’hui que cette aide soit reconduite. »

    Tous attendent aussi (et depuis longtemps) un réseau mieux entretenu, mieux géré et modernisé. « Le réseau national souffre de sous-investissement depuis des dizaines dannées, rappelle André Thinières. Le contrat de performance signé par SNCF Réseau avec l’État garantit tout juste lentretien du réseau, qui est en mauvais état et vieillissant. Tous les pays ferroviaires modernes ont des centres de signalisation, des centres de contrôle régionaux (en Allemagne il y en a 15) ; nous disposons en France de 2000 postes de signalisation dun âge canonique. »

    Pour Raphaël Doutrebente, « il manque un milliard par an pour pouvoir réaliser les travaux nécessaires ; et je ne parle pas des contournements de Lyon, Paris et Lille (qui représentent 10 milliards)… Il ne suffit pas de changer le président de SNCF Réseau ! Le ministère de l’Économie doit cesser de serrer les finances à SNCF Réseau, et lui donner les moyens d’être une entreprise performante. »

    La performance du gestionnaire d’infrastructure est critiquée, notamment pour son organisation. « SNCF Réseau ne nous donne pas suffisamment de capacités pour traiter nos trafics. Il lui faudrait une branche « travaux » et une branche « sillons » qui travaillent ensemble, poursuit le président d’Europorte. Il faut également meilleure coordination, entre la direction centrale de ‘Réseau’ et ses antennes régionales. Un directeur régional peut décider seul de la planification de travaux sur le sillon qui vous a été accordé quelques mois plus tôt. Il mest arrivé de devoir remonter au niveau du président de ‘Réseau’ pour débloquer une situation, et éviter de planter un site industriel entier. » « On a limpression que chaque antenne régionale de SNCF Réseau agit de façon isolée, dit de son côté Alexandre Gallo. La direction centrale est à l’écoute de ses clients, mais elle est paralysée par la structure même du mammouth quest SNCF Réseau ».

    Chez SNCF Réseau, on voit un paradoxe à exiger des travaux pour ensuite s’en plaindre : « depuis 2001, 2,8 milliards deuros par an sont affectés à la seule régénération du réseau, ce qui représente un volume record de travaux à intercaler entre les circulations. Mais avant de constituer une gêne, ces travaux préservent ou améliorent la performance du réseau (…) dailleurs, dautres gestionnaires dinfrastructure européens, comme DB Netz en Allemagne, réalisent actuellement des travaux à un niveau historique, avec les contraintes que cela implique ». SCNF Réseau rappelle aussi que certains travaux bénéficient spécifiquement au fret ferroviaire, « comme ceux qui ont permis la mise en service de laxe Gisors-Serqueux en 2021, ou encore des aménagements de voies de service à hauteur de 38 millions deuros pour la seule année 2022 ». SNCF Réseau assure protéger « au maximum » les sillons fret de l’impact des travaux : « 1912 sillons seront préservés en 2022 grâce à un programme ad hoc, et cette seule préservation représente un budget de 35 millions deuros. Sept chantiers majeurs sont adaptés cette année dans ce contexte ».

    Le gestionnaire d’infrastructure rappelle qu’il porte « 21 des 73 mesures » de la SNDFF : « il sagit par exemple de solutions numériques simplifiant lusage du réseau ferroviaire par les entreprises de fret, dactions doptimisation de la relation commerciale (accords-cadres, scénarios de mobilité) et de la gestion des capacités de transport, dune démarche conjointe avec VNF pour développer la complémentarité entre fret ferroviaire et fluvial, etc. » SNCF Réseau ajoute mettre en oeuvre son propre « plan fret ferroviaire ». « Nous avons enregistré en peu de temps des progrès concrets », assure le gestionnaire des voies qui détaille : « la quasi-totalité (98%) des sillons étaient attribués au moment de la publication du service annuel 2023 ; 8 points de ponctualité ont été gagnés en un an dans le fret, grâce notamment au programme PERL damélioration de la performance et de la régularité des lignes ; une satisfaction des clients fret sur les sillons qui sest améliorée de 1,4 points en moins dun an ».

    Dans ce contexte de crise, l’objectif fixé par la SNDFF de doubler le report modal est-il toujours tenable? Pour Raphaël Doutrebente, « c’est mort… Ceux qui disent le contraire se racontent des histoires. Si les difficultés du réseau ne sont pas résolues, le doublement naura pas lieu. »

    Ce n’est pas l’avis d’André Thinières, pour qui l’objectif du doublement du report modal est « parfaitement accessible ». Mais il faudra changer de braquet. Il faudra selon lui, investir 10,5 milliards d’euros sur dix ans dans le réseau (dont 3,5 milliards spécifiquement pour le fret). « C’est beaucoup mais ça rapporte, dit-il. Selon une étude réalisée pour 4F, cela fait économiser à la collectivité 20 milliards dexternalités négatives (coût de la pollution, des encombrements, des accidents, sobriété énergétique, etc.) »

    Thomas Renou

    *4F regroupe un très large éventail des acteurs du fret, allant des principales entreprises de transport ferroviaire de marchandises et de combiné, en passant par les utilisateurs de transports de fret, les loueurs de wagons, les entrepreneurs de travaux ferrés, les logisticiens, des gestionnaires dinfrastructures ou encore les industriels.

    Pour en savoir plus, retrouver notre dossier spécial sur le fret ferroviaire dans le numéro de novembre de VRT.

    Et rendez-vous le 23 novembre à l’Espace Saint-Martin à Paris 3ème arrondissement, pour la 12e Journée Fret ferroviaire du Futur et OFP, organisée par Objectif OFP.

  • La conductrice qui avait causé l’accident de Millas condamnée à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis

    La conductrice qui avait causé l’accident de Millas condamnée à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis

    La conductrice du car scolaire percuté par un TER le 14 décembre 2017 au passage à niveau de Millas dans les Pyrénées -Orientales a été condamné le 18 novembre à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis.

    L’année de prison ferme sera exécutée par la prévenue sous le régime de l’emprisonnement à domicile, sous surveillance électronique, a précisé le tribunal correctionnel de Marseille. Cet accident, qui avait tué six enfants et blessé 17 autres, dont huit grièvement, « a pour origine une faute certes grave mais d’inattention, une faute involontaire » a-t-il ajouté.

    Le tribunal a également décidé l’annulation des permis de conduire de la conductrice, avec l’interdiction de les passer pendant cinq ans. Il lui est également interdit à titre définitif d’exercer toute fonction dans le domaine des transports.

    Avant le drame, la conductrice avait emprunté ce passage à niveau presque 400 fois, et elle ne l’avait jamais vu fermé. Pendant l’enquête comme à l’audience, elle a toujours soutenu que les barrières étaient ouvertes le jour de l’accident, malgré les expertises et des témoignages. Elle a aussi évoqué « un trou noir » au moment de la collision.

  • La SNCF va augmenter le prix de ses TGV de 5 % en moyenne

    La SNCF va augmenter le prix de ses TGV de 5 % en moyenne

    + 5 %. C’est la hausse moyenne des prix qui sera appliquée sur les voyages en TGV à partir du 10 janvier prochain. Une augmentation en deçà de l’inflation, comme l’avait demandé quelques jours auparavant le ministre des Transports, Clément Beaune, appelant de ses voeux un « bouclier tarifaire » pour protéger le pouvoir d’achat des Français, en particulier des jeunes.

    En plus de l’inflation (+ 6 %), la SNCF a calculé qu’elle serait confrontée à une envolée de sa facture énergétique de 180 % entre 2022 et 2023. De ce fait, elle estime qu’elle va faire face à une hausse de ses coûts de 13 % en 2023, « malgré tous nos efforts d’économies et de productivité« , a expliqué Christophe Fanichet en dévoilant le 18 novembre la nouvelle politique tarifaire applicable uniquement aux TGV Inoui et Ouigo, qui sont intégralement financés par les recettes voyageurs. Les prix des Intercités devraient toutefois être calqués sur le même modèle mais c’est à l’Etat, autorité organisatrice, de le dire. Quant aux tarifs des TER, ils dépendront des décisions de chaque région, décisionnaires en la matière.

    Bouclier tarifaire

    Pour moduler la hausse des tarifs en tenant compte du profil de ses clients, la SNCF a imaginé un dispositif d’autant plus compliqué qu’il repose aussi sur le yield management (les tarifs augmentent par pallier, avec la demande). Ainsi, le  « bouclier tarifaire » mis en place pour les TGV se traduit par des tarifs inchangés pour les grilles de prix les plus bas du TGV Inoui. L’ensemble de la grille des prix du Ouigo, le TGV à bas coût de la SNCF, est également maintenu au même niveau. « Ouigo représentera en 2023 plus de 20% de l’offre TGV avec plus de la moitié des billets vendus à moins de25 €. En moyenne, ce sera plus d’1 million de billets par mois qui seront proposés à moins de 25€« , souligne la SNCF.

    De même, les cartes Avantages (4,1 millions de cartes vendues à ce jour) qui peuvent être utilisées en seconde classe sur les TGV Inoui restent à 49 euros et continueront jusqu’en septembre 2023 à donner accès aux mêmes prix plafonnés (pas plus de 39 euros pour les trajets de moins de 1h30, 59 euros pour les voyages de moins de 3 heures et 79 euros pour les trajets d’une durée supérieure). Les cartes d’abonnement Max Jeunes et Seniors sont enfin bloquées au tarif de 79 euros. « Plus de 75 % de nos billets sont vendus à tarifs réduits« , affirme Alain Krakovitch, le directeur de TGV-Intercités.

    Les augmentations de tarifs cibleront en revanche ceux qui sont déjà les contributeurs à plus forte valeur ajoutée : les professionnels, mais aussi les paliers maximums des tarifs loisirs TGV 2nde et 1ère, ainsi que les abonnements Max actifs et forfaits.

    Conditions de remboursement plus restrictives

    Les conditions d’échange et de remboursement deviennent aussi plus restrictives. Alors qu’il était possible de se faire rembourser gratuitement jusqu’à trois jours avant le départ d’un train, cette facilité ne s’appliquera plus que jusqu’à six jours avant. Après, les frais augmenteront, passant de 15 euros actuellement à 19 euros. Un montant équivalent à celui pratiqué par la concurrence mais dont les conditions d’applications restent plus avantageuses, affirme Christophe Fanichet, qui justifie la mesure par le triplement du nombre d’échanges et de remboursements entre 6 jours et 3 jours quelques avant le départ. « C’est ce qui explique que, alors qu’un train affiche complet une semaine avant, il reste des places libres le jour du départ« , souligne Alain Krakovitch. Cette mesure doit permettre de remettre en vente suffisamment à l’avance des places et donc de mieux remplir les trains. Et accessoirement de renflouer les caisses : les frais perçus par la SNCF lors des échanges et remboursements rapportent quelques dizaines de millions d’euros, une manne bienvenue pour absorber l’effort de la SNCF pour ne pas trop augmenter ses prix.

    Car il n’y a pas que les voyageurs qui seront appelés à absorber une partie de l’inflation. La SNCF a décidé de prendre à sa charge la moitié du surcoût, estimé à  « plusieurs centaines de millions d’euros ». Le prix à payer, selon Christophe Fanichet, pour maintenir l’attractivité du train. Sans pour autant réduire à néant sa profitabilité.

    L’objectif du groupe reste de doubler le trafic ferroviaire à l’horizon 2030. Cela passe aussi, assure la direction, par la poursuite du développement de l’offre TGV et donc des investissement (un demi-milliard doit être investi l’an prochain dans l’activité TGV).  « Notre volonté c’est de rester au niveau de remplissage actuel : + 80 % alors qu’on était plutôt autour de 65 % il y a 4 ou 5 ans« , souligne Alain Krakovitch. Alors que des compagnies aériennes low cost annoncent qu’elles vont cesser de vendre leurs billets à prix cassés face à l’envolée de leurs coûts, la SNCF espère faire la différence.

    Marie-Hélène Poingt

     

  • DigiRail, l’entreprise qui assure en accéléré la formation de conducteurs de la SNCF

    DigiRail, l’entreprise qui assure en accéléré la formation de conducteurs de la SNCF

    C’est une première : la SNCF sous-traite une (toute) petite partie des formations de conducteurs de train de voyageurs. DigiRail, fondée par un ancien responsable pédagogique de la compagnie ferroviaire publique, a remporté un premier appel d’offres.

     « Après le retard pris en raison de la crise Covid en 2020 et 2021, nous mobilisons toutes nos capacités disponibles de formation en interne », indique la SNCF. Mais sous la pression des régions, et notamment des Hauts-de-France exaspérée par les perturbations des TER liées en partie à la pénurie de conducteurs (65 conducteurs manquent à l’appel dans la région présidée par Xavier Bertrand), la compagnie ferroviaire a lancé cette année un appel d’offres pour sous-traiter une partie de ses formations. Un galop d’essai, puisque sur les 1 200 conducteurs formés cette année (contre 800 en 2019, 550 en 2020 et 550 en 2021) par l’Université nationale formation traction (UNFT) de la SNCF, une petite cinquantaine sortiront en 2022-2023 de la promotion DigiRail.

    L’entreprise havraise fondée en 2019 par un ancien responsable pédagogique à la SNCF, Laurent Vidal, a remporté le marché pour former une cinquantaine de conducteurs destinés à prendre les commandes des TER des Hauts-de-France, mais aussi d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Grand-Est.

    Conducteurs formés en 7 mois et demi

    Le credo de son dirigeant, c’est d’accélérer la cadence des formations initiales. Terminé les cursus en alternance de 12 mois. « Chez DigiRail, les jeunes en apprennent autant mais sur sept mois et demi », affirme Laurent Vidal qui a passé 19 ans à la SNCF. Comment ?  « On gagne du temps sur le présentiel : nous avons complétement réorganisé la partie formation théorique qui se déroule majoritairement en e-learning ». La répartition apprentissage pratique et théorique reste la même (50/50), mais pendant les trois semaines de stage pratique dans l’entreprise ferroviaire, les stagiaires passent l’équivalent d’une semaine et demie derrière leur ordinateur, en lien avec deux formateurs à distance. « Ils s’autocontrôlent, font des auto-évaluations, ce temps de formation personnelle, en temps masqué, permet de gagner des semaines de formation », insiste Laurent Vidal.  C’est l’aboutissement d’une réflexion de 20 ans », ajoute-t-il

    Premier marché voyageurs

    Autrement dit, même quand ils sont en stage pratique, à la SNCF en l’occurrence, l’apport théorique est continu : « Chaque module de formation pratique dure trois semaines et demie, et pendant la moitié du temps, les stagiaires font de la théorie en e-learning animés par deux formateurs », explique Laurent Vidal dont l’organisme est agréé par l’EPSF, l’établissement public de sécurité ferroviaire.

    « Le volet pratique et la délivrance de l’autorisation de conduire un train en ligne restent assurées par la SNCF », précise la SNCF. C’est le premier marché voyageurs remporté par DigiRail qui jusqu’à présent, n’avait formé que des conducteurs de trains de fret pour des opérateurs comme Régiorail, Combirail ou encore Viia Connect, filiale de la SNCF. La nouvelle activité représente un quart de son activité.

    Nathalie Arensonas