Auteur/autrice : Jean Didier HERAIL

  • Les commandes groupées de masques pour le transport public vont devenir récurrentes

    Les commandes groupées de masques pour le transport public vont devenir récurrentes

    Venant de Chine, plus de 20 millions de masques étaient attendus à partir de la fin avril par le secteur du transport public dans le cadre de commandes groupées, selon Marc Delayer, le président de la Centrale d’achat du transport public. « La CATP a permis de coordonner pour le moment trois commandes groupées pour le compte de différents opérateurs, des plus grands, Transdev, RATP, SNCF, Keolis… aux plus petits », explique celui qui est aussi vice-président de l’UTP et directeur général des Transports Publics du Choletais (AGIR).« C’est vraiment une action pour toute la profession et en cohérence avec ce que demande le gouvernement », souligne-t-il. Avec l’avantage d’obtenir des coûts plus intéressants et des délais « performants », même s’ils difficiles à évaluer.
    Le coût de ces commandes s’élèverait à une quinzaine de millions d’euros au total, incluant non seulement l’achat mais aussi la logistique, les frais de douane et d’acheminement jusqu’à la destination finale.
    Ces masques permettront de couvrir deux à trois mois de fonctionnement, en fonction des consignes sanitaires demandées par le gouvernement, toujours selon Marc Delayer, qui prévoit des commandes groupées récurrentes à l’avenir.

    M.-H. P. 

  • Le vélo a le vent en poupe

    Le vélo a le vent en poupe

    La dernière grève avait montré que le vélo est une alternative efficace pour se déplacer en ville quand le transport public vient à manquer. La crise sanitaire pourrait lui permettre de franchir un nouveau cap avec le lancement de pistes cyclables provisoires au moment du déconfinement. Une opportunité alors que les rues se sont vidées de leurs voitures. Et une solution légère et rapide à mettre en œuvre.

    « La crise sanitaire actuelle nous oblige à repenser notre système de mobilité », souligne Valérie Pécresse, la présidente de l’Ile-de-France, en rappelant que « le vélo est un des outils permettant de préserver la distanciation sociale ».

    Rappelons qu’en février dernier, la présidente de région avait décidé de financer à hauteur de 50 % un projet de RER vélo, imaginé par le Collectif vélo Île-de-France regroupant 34 associations. Il s’agit d’un réseau de neuf itinéraires représentant 650 km de pistes cyclables protégées, dont la réalisation coûterait environ « 500 millions d’euros », selon le collectif. La région indique désormais qu’elle va « mobiliser 300 millions d’euros pour financer, à hauteur de 60 %, ce réseau régional de voies cyclables continues, sécuritaires et confortables (…). Prioritairement, 4 axes structurants feront l’objet d’aménagement souples et provisoires pour soulager, lors du déconfinement, les lignes de transports en commun les plus fréquentées, comme la ligne 13 du métro et les RER A, B, C et D Sud », précise-t-elle sur son site.

    Egalement présidente d’IDFM, Valérie Pécresse souhaite aussi renforcer le service régional de location longue durée Véligo. 5 000 vélos supplémentaires Véligo sont prévus et la région propose une prime à l’achat de 500 euros pour un vélo à assistance électrique.

    De son côté, dans un discours devant le Conseil de Paris, la maire Anne Hidalgo a expliqué le 28 avril qu’elle travaille « au développement de pistes cyclables, notamment le long des lignes de métro 1, 4, et 13« , en lien « avec le Préfet de la Région Île-de-France, la Présidente de Région et les présidents de départements avec qui Paris siège au sein d’Île-de-France Mobilités« . D’autres rues pourraient aussi être réservées à la circulation des vélos.

    Pour faire le point sur les obstacles à lever, la ministre de la Transition Écologique et solidaire, Élisabeth Borne, a demandé mi-avril, à Pierre Serne, le président du Club des villes et territoires cyclables, également administrateur d’IDFM et ancien vice-président (EELV) de la région chargé des Transports, de proposer des solutions de déplacements basées notamment sur le vélo.

    Yann Goubin

  • Les multiples interrogations que pose la reprise du transport scolaire

    Les multiples interrogations que pose la reprise du transport scolaire

    Avec la reprise des cours programmée à partir du 11 mai se pose aussi la question du transport scolaire. 13 millions d’enfants ou de jeunes adultes sont scolarisés en France, un chiffre incluant aussi bien les enfants de maternelles que les étudiants de 3e cycle, ou encore les apprentis qui fréquentent un centre de formation (CFA). « Parmi ces 13 millions d’élèves et d’étudiants, 4 millions empruntent les transports en commun, au sens large, c’est-à-dire aussi bien des trains, des tramways, des métros, des bus, accessibles à toute la population. Et dans les 4 millions d’élèves qui prennent les transports collectifs, la moitié emprunte des cars scolaires, plutôt en milieu rural », explique Ingrid Mareschal, la déléguée générale de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV).

    Qui prendra en charge les coûts ?

    La principale interrogation à ce jour concerne le port du masque « Nous avons recueilli les questions des professionnels et les avons fait remonter au ministère des Transports : est-ce que le masque sera obligatoire ou est-ce que la distanciation sera privilégiée ? », se demande Ingrid Mareschal.

    Et elle explique : « Si les élèves transportés doivent être séparés d’un mètre ou plus, il faudra plus de cars pour transporter le même nombre d’enfants. Or, les opérateurs ne peuvent pas doubler le nombre de véhicules, tout simplement parce que tous ne les ont pas. L’autre solution consisterait à doubler les tournées. Cela pourrait peut-être fonctionner avec des heures de cours décalées ».

    Mais qui paiera ces tournées supplémentaires ? La solution du masque obligatoire poserait moins de problèmes, estime la déléguée générale. Mais elle pose d’autres questions : y aura-t-il un accompagnateur dans chaque bus pour faire respecter les nouvelles règles ?

    Enfin, les règles de désinfection des véhicules et la fourniture d’équipements aux conducteurs (masques, gants, produits…), éventuellement de gel aux élèves doivent aussi être précisées. « La volonté de bien faire ne manque pas, mais qui fournit le gel ? La région ? Le transporteur ? Et si c’est lui, où le trouver ? Et l’aura-t-il à temps ? », s’interroge encore la FNTV, en rappelant qu’il faudra rapidement trancher car, entre la commande et la livraison du produit, il faudra compter plusieurs semaines.

    Yann Goubin

  • La RATP vise 70 % d’offres sur son réseau à partir du 11 mai

    La RATP vise 70 % d’offres sur son réseau à partir du 11 mai

    La présidente de la RATP, Catherine Guillouard, a annoncé le 24 avril sur France Inter qu’elle visait en moyenne 70 % d’offres sur le réseau parisien, contre 30 % actuellement. La RATP assure 500 000 voyages par jour actuellement, contre 12 millions en temps normal.

    « Passer pour une entreprise de la taille de la RATP(…) de 30 % à 70 %, en ayant le scénario (de reprise, ndlr) que dans quelques jours pour le 11 mai, c’est un exploit », a-t-elle expliqué, rappelant qu’elle s’était jusqu’ici engagée sur un objectif de 50 %.

    Des « ajustements » d’offres sur les lignes les plus fréquentées

    Evoquant les images de bus ou rames de métro bondés qui ont circulé ces derniers jours, la présidente de la RATP a reconnu qu’il y avait « des endroits dans le réseau où il y a(vait) une fréquentation importante », évoquant notamment la Seine-Saint-Denis. Dans ce département, « nous avons fait trois ajustements d’offre depuis un mois et nous allons en faire à nouveau : les bus vont passer de 30 % à 50 %, les trams vont passer de 30 % à 60 % », a-t-elle détaillé.

    La RATP va également augmenter la fréquence sur la ligne 13, également très fréquentée, de 40 % de l’offre normale vendredi à 50 % dès lundi.

    Comme les autres opérateurs de transports publics, la patronne de la RATP plaide pour le port du masque obligatoire, mais pas pour la distanciation sociale qui reviendrait à limiter radicalement la capacité de transport des véhicules. « C’est une question de faisabilité et aussi de savoir si on veut rallumer l’activité économique ou pas », a-t-elle dit. « 70 % de notre offre, cela fait 8 millions de voyages par jour. Si on devait appliquer la distanciation sociale, on ne produirait plus que 2 millions de voyages par jour. Cela veut dire qu’on réduirait par quatre l’emport », a-t-elle précisé.

    Il faudra aussi, comme le demande l’UTP au nom de ses adhérents, que les entreprises continuent à recourir le plus possible au télétravail et qu’elles permettent aux salariés contraints de se déplacer d’arriver à des horaires différenciés au travail afin de lisser la fréquentation aux heures de pointe.

  • Tisséo évalue ses pertes à  30 millions d’euros

    Tisséo évalue ses pertes à 30 millions d’euros

    30 millions d’euros. C’est le montant des pertes enregistré par Tisséo depuis le début de la crise sanitaire. Même si ce chiffre n’a pas été confirmé par la direction de la régie des transports en commun de l’agglomération toulousaine, il aurait été donné aux syndicats lors d’un CSE extraordinaire consacré à la mise en chômage partiel des salariés et rapporté par la Dépêche du Midi.

    Cette perte se compose de 10 M€ par mois liés à une baisse de la fréquentation de 95 % depuis le début du confinement et à la mise en place de mesures de gratuité. La deuxième partie de la perte, estimée à 20 millions, correspond au non-paiement du versement transports (VT), payé par les entreprises de plus de 11 salariés (263 M€ en 2018).

    Ces chiffres ont été donnés aux syndicats pour justifier le refus de la direction de verser une prime d’activité aux salariés effectuant un service pendant la crise sanitaire. Plus de 1 300 conducteurs et conductrices de bus et de tramway, ainsi que 450 personnes responsables de l’entretien et de la maintenance travaillent en semi-activité par roulement, tandis que 270 agents sont en télétravail.

    Le service de communication de Tisséo a précisé n’être « pas encore en mesure d’évaluer précisément le manque à gagner ». L’impact négatif se poursuivra en effet après la sortie du confinement.

    Sacha Briand, vice-président en charge des finances de Toulouse Métropole a déclaré au journal local que « la chute de l’activité économique aura un effet différé » (en 2021 et 2022 sur les cotisations foncières et sur la valeur ajoutée payées par les entreprises), indiquant également que Toulouse Métropole « négocie avec le gouvernement, via France Urbaine, pour que le VT soit garanti ».

    Catherine Stern

  • Keolis a plongé dans le rouge en 2019

    Keolis a plongé dans le rouge en 2019

    Malgré un chiffre d’affaires en forte croissance l’an dernier à plus de 6,5 milliards d’euros (+ 10,9 % par rapport à l’exercice précédent) dû à l’effet « année pleine » de plusieurs contrats importants (notamment celui attribué par l’autorité Transport for Wales), Keolis a clôturé son exercice 2019 sur une perte nette de 72 millions d’euros (contre un résultat net de 31 millions en 2018).

    Une année marquée par la cession de l’opérateur LeCab…

    Ce résultat négatif s’explique par des éléments exceptionnels comme la décision de se défaire de certaines activités, notamment dans le secteur BtoC avec la cession en juillet denier du très déficitaire opérateur de VTC LeCab. S’ajoutent des charges de restructurations pour ses bus aux Etats-Unis et pour prendre en compte des pertes sur des contrats ferroviaires en Allemagne.

    Hors exceptionnels, la direction met en avant un « résultat net récurrent » positif, en hausse de 7,3 % à 84 millions d’euros.

    …par l’acquisition de CarPostal et le gain du T9

    En France, l’année a été marquée par l’acquisition, auprès de La Poste Suisse, des activités françaises de CarPostal, bien implantées dans l’est de la France, note la filiale de transport public de la SNCF, en estimant que cette acquisition, la plus grosse qu’elle ait jamais réalisée en France, lui permet d’augmenter son chiffre d’affaires annuel de plus de 100 millions d’euros.

    En Ile-de-France, où les perspectives de développement sont majeures pour l’avenir, Keolis se félicite du « gain emblématique du tram T9, première ligne de tramway mise en appel d’offres par Île-de-France Mobilités ».

    Mais des perspectives sombres avec la crise du coronavirus

    A l’international, le groupe a notamment remporté trois contrats importants, tous liés à l’exploitation de bus fonctionnant aux énergies alternatives, aux Pays-Bas (346 bus électriques), en Norvège (une centaine de bus électriques, une quarantaine fonctionnant avec des biocarburants) et en Suède (bus biodiesel).

    Enfin côté Effia, le groupe a consolidé ses positions avec l’acquisition de Mypark, acteur belge du stationnement et connu, hors acquisitions, une forte hausse de son chiffre d’affaires (+ 13,6 %).

    Ce tableau globalement positif est en train de s’assombrir puisque le groupe s’attend cette année à perdre « plusieurs centaines de millions d’euros » à cause du coronavirus, selon Patrick Jeantet, son PDG.

    M.-H. P. 

  • Patrizia Gatti Gregori nommée directrice du développement durable de Keolis

    Patrizia Gatti Gregori nommée directrice du développement durable de Keolis

    Patrick Jeantet continue à faire venir auprès de lui d’anciens collaborateurs de SNCF Réseau, dont il était auparavant le patron. Le nouveau PDG de Keolis vient ainsi de nommer Patrizia Gatti Gregori au poste de directrice du développement durable et de l’engagement sociétal.

    Cette diplômée d’un master en Géologie appliquée avec spécialisation en géotechnique à l’Université de Padoue, en Italie, avait rejoint fin 2004 SNCF Réseau après un court passage chez Egis. Elle a notamment mis en œuvre la stratégie RSE et développement durable intégrée aux contraintes industrielles du gestionnaire des infrastructures ferroviaires.

  • Plus de 20 millions de masques commandés pour le transport public

    Plus de 20 millions de masques commandés pour le transport public

    Les stocks de masques des opérateurs de transport public ayant été réquisitionnés par l’Etat pour les mettre à la disposition des personnels soignants, il faut d’urgence les reconstituer. Pour bénéficier de coûts plus avantageux et de délais réduits, plusieurs commandes groupées ont été passées pour le compte des Transdev, SNCF, Keolis, RATP, Agir et d’autres opérateurs. A la manoeuvre notamment la CATP (Centrale d’Achat du Transport Public). Plus de 20 millions de masques ont été commandés selon le président de la CATP, Marc Delayer. Provenant de Chine, les masques devraient arriver à partir de la fin avril.

  • La SNCF poursuit son projet de TGV low cost en Espagne

    La SNCF poursuit son projet de TGV low cost en Espagne

    Malgré le contexte compliqué, la SNCF a signé mi-avril (à distance) un accord avec le gestionnaire public des voies ferrées espagnoles Adif lui permettant d’exploiter des TGV low cost de type Ouigo en Espagne. A travers sa filiale espagnole, la SNCF sera le premier exploitant ferroviaire alternatif autorisé à exploiter des lignes à grande vitesse sur le réseau espagnol face à l’opérateur historique Renfe, « à compter de décembre 2020 et pour une durée de dix ans, soit jusqu’en décembre 2030 », a précisé le groupe français.

    « Le calendrier avait été fixé à l’avance et je ne voyais pas de raison de le modifier » à cause de l’épidémie de Covid-19 qui touche tant la France que l’Espagne, « dans la mesure où la validation de l’autorité de la concurrence espagnole est arrivée la semaine dernière (la semaine du 6 avril, ndlr) », a indiquée à l’AFP Alain Krakovitch, le directeur général de Voyages SNCF, la branche qui regroupe les TGV. Toutefois, a-t-il reconnu, il pourrait « y avoir d’autres aléas dans le cadre de la crise actuelle qui feraient qu’on ne tiendrait pas décembre ».

    Rappelons que la SNCF s’est vu attribuer en novembre un lot comprenant cinq allers-retours par jour entre Madrid et la Catalogne (nord-est), cinq entre Madrid et la région de Valence (est) et cinq autres entre Madrid et l’Andalousie (sud).

    Pour Jean-Pierre Farandou, qui s’exprimait devant le Sénat le 15 avril, « la SNCF se met en position en Espagne car elle va elle-même être attaquée sur le marché français par plusieurs opérateurs européens, dont la Renfe entre Barcelone, Montpellier et Lyon ». Le PDG de la SNCF estime aussi que « le réseau ferroviaire espagnol à grande vitesse est très important (il est plus long que le réseau français) et il y a de la place. Nous allons y tester le concept Ouigo ». Enfin, ajoute-t-il, « c’est la maison France qui se déplace puisque nous irons en Espagne avec des rames Alstom que nous adapterons ».

    M.-H. P.

  • Comment les transports se préparent à la reprise

    Comment les transports se préparent à la reprise

    Le compte à rebours a commencé. La date de la reprise ayant été annoncée au 11 mai, un travail intense s’est mis en place pour tenir les délais. L’Union des transports publics (UTP) est étroitement associée à la réflexion ainsi que la SNCF et la RATP, au cours de réunions régulières, organisées trois fois par semaine au ministère des Transports.

    Cette semaine, les pouvoirs publics devraient décider des mesures d’hygiène à mettre en place après discussions avec les membres de l’UTP. Puis les trois semaines suivantes seront consacrées à la préparation de la mise en œuvre et aux achats à réaliser.

    Eventuellement des masques « maison » en attendant des masques grand public

    Avec en moyenne 20 à 30 % de service durant cette période de confinement, les transports publics ont garanti la continuité du service public, estiment les opérateurs. « Les transports publics ont complètement joué leur rôle de service essentiel. Mais il faut bien comprendre que la reprise ne se fera pas en un claquement de doigts », rappelle Frédéric Baverez, le directeur exécutif France de Keolis.

    La question du port de masque est centrale. « Dans les transports publics, il est impossible de respecter la distance d’1 mètre à 1,5 mètre. Il faudra nécessairement recourir à des masques, éventuellement à des masques faits maison en attendant des masques grand public », explique à VRT Thierry Mallet, le président de l’UTP, également PDG de Transdev.

    Il faut aussi décider des dispositifs à installer : faut-il des protections physiques pour les conducteurs ? Distribuer du gel hydroalcoolique aux agents mais aussi aux voyageurs ? Comment renforcer la désinfection des véhicules ?

    Même avec le port du masque obligatoire, il faut se poser la question de la densité acceptable dans les transports collectifs : maximale ou intermédiaire ?

    « La question de la densité d’usagers dans les transports est très importante. Pour faire respecter une certaine densité dans nos transports, il faut faire en sorte que les flux soient lissés et pour cela demander aux entreprises de décaler leurs heures de démarrage et de sortie », explique Thierry Mallet. Les pouvoirs publics devront également demander aux entreprises de continuer à recourir autant que possible au télétravail.

    Un contrôle social collectif sans doute nécessaire

    Dans les transports, les opérateurs pourraient installer des stickers au sol pour rappeler le nombre de personnes maximal autorisé à bord. Les opérateurs s’intéressent aussi à tout ce qui se fait dans les pays qui sont « en avance » sur la France. A Singapour, par exemple, on met un autocollant sur un siège sur deux pour en interdire l’usage.

    Mais comment contrôler le respect de ces règles ? « Il y aura forcément besoin d’un peu de contrôle social collectif, de collaboratif », répond Thierry Mallet. « Nous ne voulons pas que le contrôle du port du masque repose sur les opérateurs », affirme de son côté Frédéric Baverez.

    Au-delà de la reprise, d’autres enjeux entrent en ligne de compte. L’activité des opérateurs de transport public va être durablement affectée. Leurs recettes, qui sont quasiment passées à zéro durant la crise, devraient encore rester très faibles un bon moment en raison d’une reprise probablement très progressive. Thierry Mallet s’attend à une remontée du nombre de passagers de 30 % à 40 % dans un premier temps.

    Ce nombre très réduit de passagers s’expliquera non seulement par la poursuite du télétravail mais aussi parce que les déplacements devraient principalement concerner les trajets domicile-travail et très peu les loisirs. Enfin, on s’attend à un report modal en faveur de la voiture et du vélo. « En Chine, les premiers jours de reprise, la part modale de la voiture a été multipliée par 2, celle du vélo par 3 et celle du transport public a été divisée par deux », rappelle le président de l’UTP.

    Les opérateurs ne devraient pas non plus proposer tout de suite une offre revenue à 100 % car le taux d’absentéisme devrait continuer à être important, entre arrêts maladie, gardes d’enfants et droits de retrait.

    Pour ne pas se retrouver avec des rames ou des véhicules bondés, l’UTP estime qu’il faudra adapter les offres de transport au cas par cas et en temps réel, et en les renforçant sur les trajets longs. Pour les déplacements courts, il faudra encourager la marche et le vélo.

    « Il ne faut pas chercher à édicter des règles générales mais gérer les situations au niveau local », estime également Frédéric Baverez. Selon lui, « il faudra de deux à trois semaines pour reconstruire les plans de transports. Il y a aura beaucoup de contraintes à prendre en compte et de nombreux échanges à prévoir avec les autorités organisatrices des transports ».

    En Ile-de-France où 5 millions de personnes utilisent quotidiennement les transports en commun (mais 500 000 pendant la période de confinement), la présidente de la région s’attend à une offre de transport limitée à 50 % du niveau habituel dans un premier temps. Valérie Pécresse, également présidente d’Ile-de-France Mobilités, a indiqué au Parisien du 17 avril avoir toutefois demandé « un service renforcé au-delà de 50 % pour les lignes les plus chargées ».

    Un appel à l’aide de l’Etat ou de l’Europe

    Enfin, puisque cette crise va durer longtemps, il faudra aussi et surtout redonner confiance. Tant du côté des usagers que du côté des opérateurs et des autorités organisatrices. L’UTP souhaite jouer la transparence sur les coûts des opérateurs qui ont tous enregistré des pertes en assurant un service de l’ordre de 20 à 30 % du service habituel. Leurs recettes passagers qui sont déjà faibles en temps habituels (elles représentent 30 % du total en moyenne) avec des taux de marge très faibles, souvent inférieurs à 1 %, se sont écroulées pendant la crise avec une chute de la fréquentation de l’ordre de 90 %. D’autant que ce sont souvent ajoutées des mesures de réductions tarifaires, voire de gratuité. Tout semble indiquer que les recettes devraient rester durablement orientées à la baisse. « Nous avons décidé que tous les réseaux devaient évaluer leurs coûts de façon transparente, en tenant compte des baisses des recettes et des surcoûts liés aux mesures de protection sanitaire, et en soustrayant les économies réalisées avec le recours au chômage partiel », précise Thierry Mallet. Or, les coûts fixes des transports restent élevés, même quand ils ne fonctionnent pas ou peu.

    Les négociations qui vont s’ouvrir avec les collectivités locales sont donc cruciales. L’Etat devrait aussi entrer au centre du jeu car, avec la crise économique, les collectivités voient également leurs rentrées d’argent se tasser (versement-mobilité, TICPE…) L’UTP réclame donc une aide de l’Etat, voire une aide européenne, à l’image de ce qu’ont fait plusieurs pays, comme les Etats-Unis qui ont décidé d’un plan de soutien de 25 milliards de dollars en faveur des transports publics.

    Marie-Hélène Poingt