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Catégorie : Expertise mobilités & transports
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Comotech, champion discret de l’essuyage industriel
PME nantaise tournée vers l’international, Comotech Industries s’est imposée sur le marché des essuie-glaces pour les trains, métros, tramways, bus et cars. Avec des kits de motorisation à courant faible et des dispositifs de commande. En pleine croissance, le fournisseur de Bombardier et Alstom cherche à structurer une filière industrielle d’excellence.
En rachetant Comotech Industries en 2023, Marc Mezerette savait qu’il tenait entre ses mains une pépite industrielle. Avec trente ans d’expérience dans le secteur des transports, chez des constructeurs automobiles, le dirigeant veut insuffler une nouvelle dynamique à ce « mini-groupe » atypique. « Nous sommes une grosse PME dont le siège se situe au sud de Nantes, mais aussi un vrai groupe avec une cinquantaine de personnes réparties sur plusieurs sites en France, dans le monde et une filiale en Chine », décrit le dirigeant.
Le métier historique de Comotech Industries, c’est l’essuyage industriel
L’entreprise conçoit des solutions complètes pour les trains, métros ou tramways : essuie-glaces, levier de commande, moteur et moto-réducteur, en passant par les réservoirs de liquide de lavage, les faisceaux électriques et les capteurs. « La visibilité est fondamentale dans la conduite de véhicules. Un conducteur de train ne peut pas démarrer si ses essuie-glaces ne fonctionnent pas, même s’il circule exclusivement en souterrain », explique Marc Mezerette. La règle prévaut également pour les métros automatiques, qui doivent être équipés d’essuie-glaces pour permettre une reprise en main manuelle en cas d’incident.
L’entreprise propose des solutions adaptées aux différents types de pare-brise, en personnalisant la longueur des porte-balais et des timoneries, avec des amplitudes de balayage allant de 45 à 180 degrés, à une ou plusieurs vitesses. « Nous proposons une solution globale. Un constructeur vient nous voir avec une demande précise, et nous prenons en charge l’ensemble de la fonction essuyage, depuis le tableau de bord jusqu’au moindre composant technique », assure le dirigeant.
Du train au lave-linge
Son activité dépasse le secteur ferroviaire, car Comotech Industries propose des solutions d’essuyage pour des autobus, autocars, véhicules de chantier, agricoles ou militaires. La société développe et produit ses propres moteurs et moto-réducteurs, utilisés pour les essuie-glaces et d’autres applications industrielles, de la robotique à la domotique. « Un moteur destiné à l’essuyage peut tout à fait équiper une machine à café ou un lave-linge professionnel », glisse Marc Mezerette.
Cette capacité à adapter une technologie de niche à des usages variés s’appuie sur un bureau d’études interne, composé d’experts en conception et qualité, qui réalisent les études de faisabilité et développent des prototypes sur mesure. Des bancs de tests spécifiques permettent de simuler des milliers de cycles d’utilisation, de tester la tenue au couple bloqué, l’étanchéité, ainsi que la résistance à des conditions climatiques extrêmes.
Commodos
Un autre pilier du savoir-faire de Comotech repose sur les besoins de commutation, avec les « commodos », commandes intégrées sous le volant. L’entreprise conçoit des dispositifs de commande — leviers, boutons, interrupteurs, commutateurs — qui déclenchent les fonctions d’essuyage, mais aussi des systèmes d’éclairage, d’ouverture de portes, de signalisation, klaxon ou changement de vitesse. « Nous fournissons l’industrie du bus, des camions, trains, engins de chantier ou agricoles, véhicules de défense… »
Cette — permet à la PME de s’adresser à plus de douze secteurs différents de la mobilité, une rareté dans un univers industriel souvent cloisonné. « Nos concurrents ne couvrent que quelques secteurs et n’ont pas notre souplesse et notre agilité », assure le dirigeant.
L’international
Le rayonnement international de Comotech Industries s’intensifie : si un peu plus de la moitié de son activité se concentre sur le marché français (Île-de-France, futures lignes du Grand Paris Express, Marseille, Toulouse, et TER), l’entreprise exporte en Europe et en Asie, et depuis peu, en Afrique. Elle équipe le métro de New Delhi, avec trois autres projets en cours en Inde, ainsi que les métros de Sydney et Singapour.
Derrière ces marchés, une ambition plus large : faire émerger une . « Nous sommes l’un des rares au monde à maîtriser l’ensemble de cette fonction, et des grands groupes viennent nous chercher pour notre expertise », affirme Marc Mezerette. L’entreprise est .
En chiffres
Créée en 2003
Chiffre d’affaires : 12 millions d’euros
Effectif : 50 salariés
Croissance annuelle : 10 % depuis 2022
Production : 70 % en France, 30 % en Chine
Siège : Haute-Goulaine (sud de Nantes)
Branche domotique : Mouans-Sartoux (près de Cannes)
Le vélo, levier de transition et outil d’émancipation pour les plus jeunes
Au croisement d’enjeux de durabilité, d’autonomie et de socialisation ainsi que de santé publique ou de sécurité routière, la mobilité des enfants constitue un levier d’action majeur pour les politiques publiques. Il s’agit ainsi de favoriser l’autonomie et la pratique de modes alternatifs par les plus jeunes, en s’appuyant sur une connaissance fine de leurs pratiques de mobilité et des mécanismes sous-jacents, encore trop peu documentés. Une vaste apporte des éclairages inédits sur le sujet.
Camille Krier (6t), Nicolas Louvet (6t), Séverine Boulard (ADEME), Mathieu Chassignet (ADEME)
Des pratiques plus alternatives que celles des adultes mais une place de la voiture toujours centrale dans la mobilité des enfants

Camille Krier, Cheffe de projet. 6T Alors que la voiture est, de loin, le premier mode de déplacement pour les adultes en France (63 % des déplacements effectués en voiture par les Français en 2019, selon la dernière Enquête Mobilité des Personnes), celle-ci est devancée par la marche chez les moins de 18 ans. D’après l’enquête ADEME réalisée par 6t, 45 % des enfants pratiquent quotidiennement la marche pour un déplacement complet dans l’Hexagone, pour 33 % en voiture.
Ils sont également davantage utilisateurs des transports en commun que leurs parents. Le vélo apparaît quant à lui comme un mode à l’usage courant mais rarement intense. Il présente alors un potentiel à développer, d’autant plus que les trois quarts des enfants pratiquant le vélo le font exclusivement pour un usage de loisirs et non de déplacement.
Les déplacements entre le domicile et l’établissement scolaire font apparaître des variations de parts modales à mesure que les enfants grandissent. Si : de 55 % des déplacements vers l’école maternelle et élémentaire, à 47 % des déplacements vers le collège, puis 39 % des déplacements vers le lycée. Cette baisse se fait principalement au profit des transports collectifs.
La voiture conserve une part modale importante tout au long de la scolarité : elle représente environ trois déplacements sur dix vers l’établissement scolaire, avec certes une légère baisse entre enseignement primaire et secondaire. La part du vélo pour motif scolaire demeure marginale (entre 4 et 5 %).
L’inaccès à la voiture, hors accompagnement par un adulte (ou rares cas de voitures sans permis), fait ainsi des moins de 18 ans des usagers alternatifs de la mobilité, bien que les trajets automobiles accompagnés représentent tout de même une part non négligeable de leur mobilité. Signalons à ce titre le : en moyenne, les enfants de l’Hexagone commencent à se déplacer seuls à partir de 11,6 ans contre 10,6 ans pour leurs parents.
L’accompagnement en voiture, un frein à l’autonomie des enfants et à la mobilité durable
Cette place importante de l’accompagnement en voiture par les parents, même sur de faibles distances, représente un enjeu majeur pour la mobilité des enfants. Couplé à la régression de la part de la marche à mesure qu’ils grandissent, cela soulève des enjeux de santé publique. Une , alors que la pratique régulière d’un mode actif, notamment pour des déplacements réguliers comme ceux vers l’établissement scolaire, représente une opportunité d’incorporer de l’activité physique dans leur quotidien.

Source : ADEME (2025) L’accompagnement en voiture par les parents ne permet pas non plus de développer l’autonomie des enfants et de les socialiser à la pratique du territoire et des différentes options de mobilité qu’il propose. La voiture apparaît en effet comme le mode offrant le moins de perméabilité avec son environnement. Passager, l’enfant y est passif alors que les modes alternatifs, accompagnés ou non, lui permettent d’acquérir des compétences de mobilité diversifiées. La pratique des modes alternatifs dès le plus jeune âge permet également d’ancrer des habitudes de mobilité durable chez les enfants, adultes de demain.

Séverine Boulard,
Ingénieure, AdemeEnfin, via l’accompagnement, . L’accompagnement d’enfant(s) vers l’établissement scolaire est souvent effectué au cours d’une boucle de déplacements intégrant également le déplacement domicile-travail des parents et, parfois, des achats. Le choix modal, qui peut être influencé par la réalisation de l’une des activités de la boucle, affecte ensuite l’ensemble de la chaîne de déplacements. Accompagner son enfant à l’école en voiture, c’est aussi souvent conserver ce véhicule pour le reste des déplacements de la journée.
Développer les modes alternatifs et l’autonomie, un cercle vertueux pour la mobilité des enfants
Agir sur la mobilité des enfants, en ancrant dès le plus jeune âge des pratiques bénéfiques pour eux comme pour la société, articule ainsi usage des modes alternatifs et autonomie.
Le processus d’autonomisation des enfants apparaît largement influencé par les craintes des parents, au premier rang desquelles figurent la crainte des accidents de la route et celle de l’agression physique. Lever ces craintes appelle ainsi une amélioration des infrastructures, afin d’offrir des itinéraires — piétons ou cyclables, mais aussi au niveau des arrêts de transports collectifs — plus sécurisés vers les établissements scolaires.
Les initiatives existantes de rues scolaires ou des démarches plus globales à l’échelle de la ville sont à développer, en collaboration entre collectivités locales et établissements scolaires. La sensibilisation aux bonnes pratiques en matière de sécurité routière, ainsi que l’apprentissage de l’usage des modes alternatifs, dispensés dans le cadre de la socialisation auprès des parents, gagne aussi à être renforcée à l’échelle collective.

Mathieu Chassignet,
Ingénieur, Ademe.Des initiatives diffusées en milieu scolaire comme le « Permis piéton » ou « Savoir rouler à vélo » favorisent un socle commun de compétences de mobilité pour les enfants, quel que soit leur milieu social. Au-delà de sécuriser concrètement les déplacements, il s’agit également de faire évoluer le regard que les parents portent sur les différents modes, en levant les craintes et a priori à l’usage de certains modes par leurs enfants.

Nicolas Louvet,
directeur de 6t.L’enquête révèle une différence de perception intéressante entre parents et enfants : alors que . Ce mode présente un potentiel à développer pour la mobilité des enfants : mode actif, peu polluant, permettant de couvrir efficacement des distances de plusieurs kilomètres, peu exposé aux agressions redoutées par les parents.
Mode personnel et souvent premier véhicule possédé, il peut aussi représenter un outil d’émancipation pour les plus jeunes et les guider dans leur prise d’autonomie.
Il s’agit alors de . Cela appelle une mobilisation conjointe de la collectivité, des associations, des établissements d’enseignement et des opérateurs de mobilité afin de mettre en place un écosystème favorable à la mobilité alternative dès le plus jeune âge, en agissant sur les infrastructures et les représentations.
Référence : BOULARD Séverine, CHASSIGNET Mathieu, ADEME, KRIER Camille, LOUVET Nicolas, KABBADJ Nabil, LEFEVRE Claire, 6t-bureau de recherche, Les pratiques de mobilité des enfants de la maternelle au lycée en France, 220 p.
Lien utile : Voir, par exemple, : pontevedra.gal/2016/12/14/camino-escolar/

Pour Lionel Gros, Telt (Lyon-Turin) doit se préparer à passer de maître d’ouvrage à exploitant
Imaginé il y a plus de trente ans, le tunnel ferroviaire Lyon-Turin prend forme. Il doit être achevé à l’horizon 2033. Invité du Club VRT le 11 septembre, Lionel Gros, directeur général adjoint de la société TELT (Tunnel Euralpin Lyon-Turin), également directeur ferroviaire, a fait le point sur l’avancée des travaux et défendu cet ouvrage hors norme.

Lionel Gros, directeur général adjoint de la
société TELT.Le projet Lyon-Turin a mis du temps à émerger, reconnaît Lionel Gros, directeur général adjoint de la société franco-italienne Telt (Tunnel Euralpin Lyon-Turin), qui s’exprimait le 11 septembre lors d’un Club VRT. « Mais ce temps a été mis à profit pour peaufiner les études géologiques et à présent, les choses avancent et se concrétisent », affirme-t-il.
Le maillon manquant du corridor ferroviaire Est-Ouest
Il présente cet ouvrage comme le maillon manquant du corridor ferroviaire européen entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, l’un des neuf axes du réseau transeuropéen de transport. La construction de la section transfrontalière de 65 km entre Saint-Jean-de-Maurienne, en France, et Susa, en Italie, a démarré.
Ce tunnel ferroviaire, qui va devenir le plus long du monde, sera composé de deux tubes, mesurera 57,5 km de long et passera sous le Mont-Cenis, à la base de la montagne.
Cette configuration lui permettra d’avoir un dénivelé beaucoup moins fort que la ligne historique du tunnel du Fréjus et de réduire la pente de 32 % actuellement, à moins de 12 %, de manière à abaisser de 40 % la consommation d’énergie nécessaire pour tracter les trains.
Plus de 3000 personnes interviennent sur les chantiers, ce qui fait du Lyon-Turin, le plus grand employeur de Maurienne. « Nous creusons actuellement 600 mètres par mois à l’aide de marteaux-piqueurs et d’explosifs.
Nous venons de réceptionner cinq tunneliers, le premier est entré en action le 22 septembre, ce qui permettra d’avancer bien plus rapidement », annonce le directeur général adjoint de Telt, la société franco-italienne qui rassemble près de 250 collaborateurs, répartis équitablement entre la France et l’Italie.
À ce jour, 113 km de sondages ont été effectués et 44 km de galeries creusées, dont 18 km pour le tunnel de base, soit un quart du linéaire total de l’ouvrage. La livraison de l’ensemble, prévue initialement pour la fin de l’année 2032, est désormais programmée pour la fin 2033.
Encore un chantier de 3 milliards à attribuer
Les travaux nécessaires à la réalisation de ce projet hors norme ont été divisés en 12 chantiers, dont les trois quarts côté français : neuf chantiers de creusement, deux de retraitement des matériaux et un pour l’équipement du tunnel jusqu’à sa mise en exploitation.
Tous les marchés de génie civil ont été attribués, mais le chantier de conception, de construction et de maintenance des équipements est encore en cours de passation.
D’un montant de 3 milliards d’euros, il constitue l’un des plus importants marchés européens de travaux. « Les entreprises sélectionnées pour répondre à l’appel d’offres sont sur le point de rendre leurs propositions pour équiper 65 km de lignes nouvelles et 140 km de lignes principales afin de créer une infrastructure ferroviaire totalement interopérable », précise Lionel Gros, en rappelant que ces voies seront exploitées dans dix ans et pour les 100 prochaines années.
Telt devra donc s’assurer, lors de l’attribution de ce marché, que les propositions « sont modernes » et pensées dans une démarche de performance. « Cela passera par de la maintenance prédictive et l’installation d’équipements conçus pour être facilement remplacés et mis à niveau en fin de vie », souligne Lionel Gros.
Se préparer à la future exploitation
Telt a lancé un appel d’offres de trois lots afin d’avoir un accompagnement jusqu’à la mise en service de la ligne transalpine. L’entreprise veut s’assurer d’une assistance à la conduite d’opération, ainsi qu’une assistance à la maîtrise d’ouvrage technique qui lui apportera un appui en ingénierie.
Elle veut aussi être accompagnée dans sa future mission d’exploitation de la ligne avec l’assistance d’un « shadow operator » ou d’un « gestionnaire d’infrastructure virtuel », terme préféré par Lionel Gros. Ce « GIV » l’aidera à s’organiser, à former les équipes, et dans les tâches de gestion opérationnelle de la circulation, de la sécurité, des biens et de leur maintenance. Il l’assistera aussi dans la définition de la stratégie de commercialisation des sillons et de gestion de ses deux gares internationales.
Pour fournir aux entreprises ferroviaires les informations sur l’infrastructure et les conditions d’exploitation, Telt met dès à présent à disposition, soit dix ans avant la mise en service de l’ouvrage, un document de référence du réseau sur son site internet. « Les entreprises peuvent y trouver les caractéristiques techniques que devront respecter leurs trains », explique Lionel Gros, ajoutant que dans les prochaines années, la politique tarifaire y sera également indiquée.
Dans l’attente des accès français
Si l’Italie a pour objectif de livrer les accès aux tunnels en même temps que le tunnel lui-même, côté français, on en est encore au stade d’études d’avant-projet. « On sait déjà que ces voies ne seront donc pas disponibles lors de la mise en service de l’ouvrage », regrette Lionel Gros.
Or, il faudrait que les travaux soient réalisés le plus tôt possible car la liaison ferroviaire a été conçue dans le but d’augmenter les capacités des trains de voyageurs et de fret afin de réduire la part du trafic routier. « Sans ces accès, destinés à maximiser le trafic, le Lyon-Turin ne pourra pas être utilisé de manière optimale », estime Lionel Gros. En ne livrant les accès aux nouvelles normes qu’en 2038, voire en 2040, la France retardera la montée en puissance de l’ouvrage.
Aujourd’hui, plus de 40 millions de tonnes circulent chaque année entre la France et l’Italie. La très grande majorité passe par la route, la proportion du trafic de fret ferroviaire entre les deux pays étant très faible, de l’ordre de 3 millions de tonnes.
Avec le Lyon-Turin, l’objectif de la France et de l’Italie, les deux actionnaires de Telt, est d’augmenter significativement le report modal en faisant monter les camions sur les trains pour emprunter l’autoroute ferroviaire à grand gabarit et les faire franchir les Alpes. « Dès 2034, on pourra faire transiter 12 millions de tonnes de fret. Et lorsque l’ensemble des accès auront été réalisés, 28 millions de tonnes par an pourront emprunter cet ouvrage », souligne Lionel Gros. « Si faute de financement ces accès ne voyaient pas le jour, cela limiterait considérablement le trafic global et l’efficacité du projet », prévient-il.
Favoriser le report modal
Une fois le tunnel terminé, il restera à convaincre les transporteurs de l’utiliser. Telt mise sur une offre adaptée aux besoins des chargeurs, en proposant une fréquence élevée et la mise en place de sillons efficaces, à un tarif compétitif.
Pour accélérer le report modal, Lionel Gros compte également mener des actions de lobbying auprès des États. « Des investissements ont été réalisés, il faudra qu’il y ait des incitations au transfert de la route vers le rail. Pour y pousser, notre rôle sera de promouvoir des propositions en ce sens. » L’augmentation des tarifs autoroutiers pour rendre le transport ferroviaire plus attractif fait partie des pistes possibles.
Côté voyageurs, le tunnel alpin permettra aux trains de circuler à 220 km/h et de réduire les temps de trajet. Chambéry sera relié à Turin en 1 h 45 contre 2 h 30 actuellement. Et lorsque l’ensemble de l’infrastructure aura été réalisé, il sera possible de réduire significativement le temps de trajet entre Paris et Milan, de manière à pouvoir concurrencer efficacement le transport aérien. Telt est déjà en discussion avec la SNCF et Trenitalia, affirme le DGA.
Des opposants toujours mobilisés
Depuis son origine, le projet a fait l’objet de nombreuses contestations des deux côtés des Alpes. En Italie, il y a eu de fortes oppositions politiques qui ont réussi à stopper le projet durant un temps. Puis elles se sont atténuées. Les oppositions ont ressurgi avec le percement du tunnel de base en Maurienne. « Il subsiste côté italien des attaques violentes sur les chantiers, notamment des jets de cocktails Molotov. Les oppositions qui demeurent sont peu nombreuses, mais très actives », commente Lionel Gros.
Côté français, les adversaires au Lyon-Turin restent mobilisés mais de manière plus pacifique, assure le dirigeant. « Ils se manifestent par des tags ou par des critiques relayées dans les médias. » Des voix s’élèvent pour mettre en cause l’utilité de cette nouvelle ligne, estimant que l’amélioration de l’axe existant suffirait.
Selon ces détracteurs, la ligne historique, sous-exploitée pour le fret ferroviaire, devrait être mieux utilisée. Une affirmation réfutée par Lionel Gros. « La ligne historique ne peut pas absorber une hausse importante du trafic, car il y a très peu de sillons disponibles, notamment en raison de lourds besoins de maintenance. Si elle est peu utilisée, c’est parce qu’elle n’est pas pratique et peu adaptée aux exigences modernes du transport ferroviaire », affirme-t-il.
De plus, ajoute-t-il, l’éboulement survenu en août 2023 dans la vallée de la Maurienne, qui a interrompu durant 18 mois la circulation, a fait perdre l’habitude aux chargeurs de l’utiliser. « La ligne historique ne peut pas constituer une solution durable, notamment pour des raisons de sécurité. Il est impossible d’y faire circuler simultanément des trains de voyageurs et des trains de fret », poursuit le DGA.
Pour favoriser un dialogue constructif avec les élus, les associations et les représentants de l’État, Telt a missionné une équipe de cinq collaborateurs, basée à Modane et l’entreprise ouvre ses portes à ceux qui le souhaitent en leur proposant de venir visiter ses chantiers.
L’enjeu environnemental
Le chantier est aussi critiqué pour son caractère écocide en raison des menaces qu’il ferait peser sur les sources de la Maurienne. « Lorsqu’on travaille en souterrain, on peut effectivement affecter les ressources en eau », reconnaît Lionel Gros.
Pour répondre à ces préoccupations, Telt a réalisé une cartographie qui a permis de recenser 130 sources. « Nous nous sommes engagés à en assurer un suivi rigoureux. Si quelques impacts ont pu se produire, les sources affectées ont été systématiquement rétablies », assure-t-il.
La société a mis en place une stratégie d’économie circulaire qui prévoit de réutiliser la moitié des 37 millions de tonnes de matériaux à extraire, 30 millions côté français, 7 millions côté italien. « Nous allons les valoriser pour la production de béton ou la réalisation de remblais », détaille Lionel Gros, qui affirme veiller également à limiter au maximum les nuisances liées aux travaux. « Nous nous efforçons d’être le plus discret possible et de réduire le nombre de camions, en utilisant notamment des bandes transporteuses. »
Il affirme enfin avoir calculé qu’il serait possible d’atteindre l’équilibre du bilan CO2 de ces travaux au bout de 20 ans, le temps d’économiser, via le report modal, l’équivalent de ce qui aura été émis en phase de construction (transports, production de béton notamment).
« La durée de vie de la société étant fixée à 100 ans, elle s’achèvera en 2114, mais d’ici là, nous aurons considérablement décarboné en faisant circuler de nombreux trains », affirme encore le dirigeant. Enfin, alors que trois personnes ont perdu la vie sur les chantiers depuis le début des travaux, il ajoute que son plus grand défi consiste à veiller aux conditions de travail et à s’assurer que des procédures innovantes soient mises en place pour prévenir les accidents.
Des obstacles à lever
Les travaux sont encore loin d’être achevés, mais il faut déjà anticiper les prochaines étapes. « Aujourd’hui, nous sommes un maître d’ouvrage compétent. Notre ambition est de devenir demain un exploitant compétent, en recrutant des personnes clés.
Cette transition demandera un management du changement auquel nous nous préparons activement », explique Lionel Gros. Et pourquoi pas, à plus long terme, devenir un gestionnaire d’infrastructure au-delà du seul tunnel Lyon-Turin, à l’image de ce que cherche à faire aujourd’hui l’ex-Société du Grand Paris qui s’est rebaptisée Société des grands projets pour élargir son terrain de chasse.
Mais il lui faudra aussi auparavant veiller à éviter les dérives budgétaires et à s’assurer du financement des travaux. Un enjeu crucial, selon lui. « Nous constatons un alignement des parties prenantes, ce qui laisse espérer qu’en dépit des sommes considérables en jeu, cela ne sera pas un obstacle insurmontable, même si nous ne sommes pas à l’abri d’éventuels changements politiques … »
Une longue gestation
Les premières réflexions sur le tunnel Lyon-Turin remontent aux années 1980, mais il faudra attendre 1994 pour que soient menées les études de faisabilité. Les études préliminaires démarrent en 2001. Et de nouveau, de longues années passent avant que les premières opérations de construction soient lancées en 2019. Le chantier doit s’achever vers la fin 2033 et la mise en service est attendue en 2034.
Un coût global estimé à 26 milliards
Le coût à terminaison d’ouvrage du tunnel euralpin a été réévalué l’an dernier à 11,1 milliards d’euros par le promoteur public franco-italien (base euro 2012). Soit 2,5 milliards d’euros de plus qu’initialement prévu. Le coût total de la liaison ferroviaire a été estimé à 26 milliards d’euros par la Cour des comptes. Ces travaux seront financés pour moitié par l’Union européenne, le solde se partageant entre la France et l’Italie à parts égales en phase d’étude, et à hauteur de 28,95 % pour l’Italie et 21,05 % pour la France dans la phase de travaux, « afin de compenser le fait qu’il y a davantage d’infrastructures d’accès à financer côté français », justifie Lionel Gros. Selon le dirigeant, le coût de ces travaux pourrait être rentabilisé en une vingtaine d’années. Mais Lionel Gros se fixe l’objectif d’atteindre l’équilibre économique dès la mise en service du tunnel, en couvrant les coûts d’exploitation grâce aux recettes générées. « Nous discuterons des prix des sillons dans cette perspective », anticipe-t-il.

Les préconisations de Franck Leroy pour financer les mobilités
Franck Leroy était l’invité du Club VRT le 2 juillet. Le président de l’AfitF a fait part de ses préconisations alors que l’on attendait les conclusions de la conférence sur le financement des transports. Sous sa casquette de président de Grand Est, il a évoqué la politique novatrice mise en place dans sa région, tant en matière de financement que d’ouverture à la concurrence.
Un modèle à inventer
La France paie aujourd’hui le prix de ses choix passés en matière de politique des transports, a rappelé Franck Leroy en guise d’introduction lors du Club VRT organisé le 2 juillet. Les infrastructures ferroviaires portent ainsi les stigmates du « tout TGV », une politique menée pendant 40 ans, au cours desquels la France a concentré ses investissements sur les lignes à grande vitesse.
Un choix à double tranchant : « si les réseaux de LGV font partie des plus performants au monde, les transports du quotidien sont les parents pauvres de cette politique », a rappelé le président de l’Agence de financement des infrastructures de France (AfitF). En pointant le vieillissement et les ralentissements (quand ce ne sont pas des fermetures) sur les lignes locales.
De même, le réseau routier français, autrefois fleuron européen, est victime d’un sous-investissement chronique, regrette Franck Leroy. Ce réseau a dégringolé au 18ᵉ rang mondial, selon un rapport du Forum économique mondial.
Dans un contexte où la ressource publique se fait rare, il faut redresser la barre.
Pour Franck Leroy, des pistes de financement existent pour améliorer les mobilités sans alourdir la fiscalité des ménages. « Il faut créer de nouvelles recettes ou réorienter certaines ressources déjà existantes », souligne le patron de l’Afitf.
La fin des concessions autoroutières, programmée entre la fin 2031 et 2036, donne la possibilité à l’État de reprendre la main afin de réorienter les recettes des sociétés d’autoroutes vers le financement des infrastructures routières et ferroviaires, tout en maintenant le niveau des péages actuels.
« Une telle décision doit s’anticiper et se prendre dès 2028 », insiste celui qui est aussi le président de la région Grand Est. Il évalue la manne à plusieurs milliards d’euros annuels sans impact sur les usagers.
Autre possibilité : le recours aux quotas carbone européens (ETS), en faisant contribuer les entreprises polluantes. À la clé, selon Franck Leroy, cinq milliards d’euros qui pourraient être fléchés sur les infrastructures de transport les plus décarbonées.
L’élu du Grand Est évoque aussi la création de fiscalités nouvelles, comme celles accordées à l’Île-de-France avec la loi de finances 2024, qui a institué une taxe additionnelle à la taxe de séjour, au profit d’Île-de-France Mobilités. Ou bien l’instauration d’une taxe sur la plus-value immobilière générée par les investissements dans les transports.
Il cite l’exemple de Strasbourg où, depuis la mise en place du Reme (nom de son RER métropolitain), des communes du Bas-Rhin bénéficient désormais de quatre trains quotidiens vers Strasbourg et voient la valeur des biens immobiliers s’envoler. « Cela ne serait pas choquant qu’une telle taxe finance des transports collectifs », plaide l’élu, défendant une forme de retour sur investissement collectif.
Le président de région table aussi sur la concurrence pour faire baisser les coûts du transport ferroviaire avec l’arrivée de nouveaux acteurs, à l’instar de ce qui s’est passé dans le secteur de la téléphonie. La région Grand Est en a fait l’expérience en confiant l’exploitation de la ligne Nancy-Contrexéville à Transdev, en groupement avec NGE et la Caisse des dépôts. Elle estime à 30 % les économies réalisées par rapport à ce que lui aurait demandé SNCF Réseau pour rénover cette ligne qu’elle souhaite relancer.
« L’ouverture à une saine concurrence impose aux gestionnaires d’être très compétitifs », commente Franck Leroy.
Sauver le soldat AfitF
Alors que le gouvernement cherche à faire des économies tous azimuts malgré les immenses besoins, des parlementaires mal avisés et « mal informés » ont eu la mauvaise idée de proposer de supprimer l’Afitf.
« Nous avons eu la désagréable surprise d’apprendre, le jour des 20 ans de l’Afitf, qu’un amendement visant à la supprimer avait été adopté dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique. »
L’AfitF est un établissement public national, qui a pour rôle de collecter les recettes pour les affecter à la modernisation des infrastructures principalement ferroviaires, mais aussi routières et dans une moindre mesure portuaires. Cet instrument financier ne compte que quatre emplois et demi. Par ailleurs, 99,92 % des dépenses sont des investissements du territoire.
Et contrairement au fonctionnement budgétaire classique, souligne Franck Leroy, ce ne sont pas les crédits de l’État qui financent les projets décidés par le gouvernement, mais des taxes prélevées au bénéfice de l’AfitF.
« Cette mécanique permet de financer les engagements pris par l’État sur le long terme, en sécurisant les budgets nécessaires, de manière à assurer la confiance entre l’État, les territoires et les entreprises. Sans l’AfitF, le budget destiné aux transports serait soumis à l’arbitrage budgétaire annuel du Parlement et cela créerait une insécurité majeure pour les chantiers », prévient Franck Leroy.
Il pense que les élus ayant voté cette suppression seraient sans doute les premiers à s’émouvoir des conséquences d’une telle décision. « Sans l’AfitF, il ne serait plus possible de garantir des financements de long terme. Il faudrait revoter les budgets tous les ans, au risque que des chantiers s’arrêtent et repartent au gré des votes. » Misant sur une prise de conscience, il garde bon espoir que les choses rentrent dans l’ordre.
Laboratoire des mobilités
La Région Grand Est s’est engagée pour les mobilités avec un Contrat de Plan État-Région à hauteur de 700 millions d’euros, pour la période 2023-2027. « Du jamais vu à l’échelle de notre région », souligne Franck Leroy.
Grand Est a été précurseur en matière de service express régional métropolitain avec la création de son Réseau express métropolitain européen (Reme) entre Strasbourg et Haguenau et Strasbourg et Molsheim fin 2022.
« Notre région est la seule où il y ait un Serm opérationnel avec 750 trains par semaine, bien plus qu’à Part-Dieu ou Bordeaux », rappelle Franck Leroy.
Il affirme que Strasbourg est sortie du classement des dix villes les plus polluées de France, un an après le lancement du Reme. « La mise en place de ce réseau, combinée à l’instauration d’un contournement routier, a permis de réduire la pollution et de démontrer l’intérêt du transport public », commente Franck Leroy qui considère que le train a devant lui des perspectives énormes de développement.
« Je ne crois pas à la fatalité du déclin du transport public. Si nous en sommes arrivés là où nous en sommes, c’est parce qu’il a souffert d’un défaut de financement. Moins de qualité se traduit par moins de voyageurs », poursuit-il.
S’il y a une offre compétitive, fiable et alternative à la route, les Français choisissent le train, ajoute-t-il. Ce dont témoigne la fréquentation des liaisons ferrées où la région a proposé un choc d’offre et où le flux a augmenté de 400 % en quelques années.
Des SPL pour reprendre la main
La Région s’est dotée en avril 2022 d’une Société Publique Locale (SPL) Mobilités, qui rassemble une cinquantaine de personnes et travaille pour le compte de la région sur les procédures de mises en concurrence des TER, le suivi des contrats ou la mise à disponibilité des trains.
« La SPL est un outil pour préparer l’ouverture à la concurrence, gérer les lignes à remettre en état. Mais la région reste l’autorité organisatrice », précise Franck Leroy.
Elle planche désormais sur un autre projet : le lancement d’une SPL pour gérer les infrastructures ferroviaires. La collectivité veut ainsi reprendre la main sur les lignes de desserte fine du territoire.
« Nous avons commencé à opérer le transfert de lignes dont la SNCF se sépare pour un euro symbolique au bénéfice de la région », précise Franck Leroy.
Devenir propriétaire de l’infrastructure doit permettre à la région de remettre des trains en circulation et de redonner vie à certaines lignes à des coûts acceptables, sans être tributaire de la hausse des péages.
Une quinzaine de petites lignes pourraient être concernées d’ici à 2028. « Elles seront combinées avec des lignes de cars express », précise le président de région.
Pour augmenter l’offre, la région table aussi sur l’arrivée dans le futur de nouveaux matériels, comme le train léger Draisy, dont elle accompagne le programme de fabrication dans les ateliers du constructeur Lohr à Duppigheim.
« En circulant sur des lignes de 100 km maximum, ce train léger à batterie, qui pourra à terme être autonome, permettra d’apporter une solution de transport décarbonée, pour un coût acceptable pour le contribuable, dans des bassins ruraux où la frustration de ne pas avoir de moyen de transport est forte », explique l’ex-maire d’Épernay.
Écotaxe à suivre
Région transfrontalière avec l’Allemagne, la Suisse, le Luxembourg et la Belgique, le Grand Est est traversé par de nombreux camions étrangers qui empruntent ses routes sans rien payer. La région veut les mettre à contribution via une éco-taxe.
Grand Est a profité, pour prendre l’initiative, du vote de la loi 3DS relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et la simplification, qui offre la possibilité aux régions de gérer une partie de leur réseau routier.
La région a ainsi pris en charge, depuis le 1ᵉʳ janvier, la gestion de 525 km de routes. Elle va y consacrer un budget annuel de 92 millions d’euros, soit trois fois plus que ce que l’État avait initialement prévu pour cet exercice.
Pour y faire face, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) a voté en octobre dernier la mise en place d’une taxe poids lourds, baptisée « R-Pass ».
Une décision dans le droit fil de ce que font déjà plusieurs pays européens : la Suisse a adopté une écotaxe dès 2001, l’Autriche a suivi l’exemple en 2024, l’Allemagne a instauré sa LKW-Maut en 2025 et il existe une taxe poids lourds en Belgique, en Pologne, en Slovaquie, en République tchèque, au Portugal et en Grande-Bretagne, tandis que la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et le Luxembourg ont opté pour la mise en place d’une eurovignette.
Seul le réseau français est épargné, ce qu’ont bien compris les 3 000 camions étrangers qui, chaque jour, font le détour par les routes alsaciennes afin d’éviter d’avoir à payer la taxe allemande.
Mais à partir de 2027, tous les camions de plus de 3,5 tonnes circulant sur les RN4, RN44, RN52 et RN431 ainsi que sur les autoroutes A30, A31, A33 et A313 devront s’acquitter d’une redevance de 0,15 euro par kilomètre parcouru.
La facturation de ces véhicules se fera grâce à un suivi satellite, tandis que les portiques « Écotaxe » encore en place seront équipés de caméras de contrôle, pour démontrer qu’un camion a bien emprunté les routes alsaciennes, en cas de réclamation.
« 60 % de ceux qui paieront cette taxe seront des contribuables étrangers », affirme Franck Leroy.
La décision a suscité une vague d’opposition. Mais, aujourd’hui, si cette taxe fait encore l’objet de résistance, le président de région affirme rencontrer une volonté d’avancer avec tous ceux qui en ont compris l’intérêt.
Cette taxe pourrait générer jusqu’à un milliard d’euros d’investissements d’ici à 2035, et financer des projets routiers et la modernisation de pôles d’échanges multimodaux, au bénéfice des transporteurs locaux.
Le président de région assure que la R-taxe permettra de réduire le trafic de poids-lourds en transit, de gagner en sécurité et en fluidité sur le réseau principal, de réduire la pollution atmosphérique et sonore et les dégradations des routes.
« Nous devons faire comprendre qu’en mettant à contribution les camions étrangers, cette taxe permettra de financer des travaux visant à effacer les points noirs qui pénalisent au quotidien les transporteurs locaux. Cela permettra également de rendre les routes moins accidentogènes et les aires de parkings plus sûres et confortables en y proposant des sanitaires modernes pour les conducteurs.
Sinon, sans travaux, certains ouvrages d’art devront être fermés d’ici trois ans », rappelle Franck Leroy.
La région, qui prévoit d’avancer sur ce dossier avec les acteurs locaux, proposera des dispositifs de compensations à destination des entreprises locales.
« Les sommes collectées via cette taxe pourront être utilisées pour aider les transporteurs régionaux à investir dans des véhicules électriques et financer des systèmes de recharge poids lourds pour favoriser la transition vers des véhicules zéro émission », assure Franck Leroy.
L’expérience suscite l’intérêt et sera à coup sûr observée par d’autres régions, qui à l’instar de la région Auvergne-Rhône-Alpes, sont également tentées par une taxe régionale.
« Elles attendent de voir comment les choses vont se passer avant d’embrayer », note l’ancien maire d’Épernay.
Sa mise en place signera donc un retour à l’écotaxe (version régionale) enterrée en 2014 par Ségolène Royal, alors ministre de l’Écologie.
Franck Leroy, comme beaucoup d’autres, regrette cet abandon qui aurait permis de régler la question du financement des transports et éviter de lancer, dix ans après, une conférence pour sortir de l’enlisement.
Que de temps perdu !
Attaché à la liberté tarifaire
Interrogé sur la gratuité et sur le risque de morcellement ferroviaire si chaque région développe ses propres politiques sans se préoccuper de ce que font ses voisines, Franck Leroy se dit attaché à la liberté tarifaire des régions.
Il rappelle que 75 % des tarifs de billets de TER sont pris en charge par les régions et que chacune d’entre elles est libre de sa politique tarifaire.
Le choix de gratuité pour tous fait par le Luxembourg ne lui paraît toutefois pas une option envisageable. « Ce pays a davantage d’aisance budgétaire que nous », justifie l’élu.
Le président de région ne compte pas non plus s’inspirer des tarifs de transport à un euro proposés en Occitanie. « Cette région ne propose que 450 trains alors que Grand Est en offre 1 800. Ce volume, beaucoup plus important, ne paraît pas compatible avec une telle politique et ne nous donnerait pas les moyens d’investir. »

Ingérop pilotera la construction du tram T8 à Lyon
Sytral Mobilités, autorité organisatrice des mobilités de l’agglomération lyonnaise, a retenu l’offre du groupement mandaté par Ingérop pour concevoir et piloter la réalisation de la ligne du tramway T8 à Lyon. Le groupement réunit Folia, co-traitant pour le volet insertion urbaine et paysagère, Tectoniques, architecte, Citec, études de trafic et de circulation, Actierra (filiale d’Ingérop) pour les dossiers réglementaires, résilience, pollution et éco-conception, ECL studio pour l’éclairage, Suez, gestion des réseaux humides et Fovea pour la planification.
Longue de 8,1 kilomètres, dont 6,3 kilomètres d’infrastructures nouvelles, cette ligne reliera, dans l’est lyonnais, Vaulx-en-Velin La Soie à la gare de Vénissieux, en 11 à 13 stations, connectant, sans passer par le centre-ville, des zones périphériques importantes comme les pôles stratégiques de la gare de Vénissieux, le pôle multimodal Vaulx-en-Velin La Soie, le campus Porte des Alpes et des zones commerciales, résidentielles et industrielles entre les deux terminus. Elle contribuera à la requalification urbaine de plusieurs quartiers et permettra une meilleure accessibilité aux universités, parcs, zones d’emploi et équipements métropolitains.
Les prévisions de fréquentation sont estimées à près de 25 000 voyageurs par jour, pour cette ligne qui complétera et maillera le réseau existant, en reliant les lignes T2, T3, T5, deux lignes de métro (A au nord et D au sud), le TER, mais aussi les futures lignes T9, T10 et le BHNS Part Dieu-Sept Chemins, actuellement en construction.
Dans la continuité des études préliminaires démarrées en mai 2025, les prochaines phases d’études se dérouleront en 2025-2026 avec une mise en service prévue en 2030.

La traçabilité probatoire, un pilier de la maîtrise des projets complexes

Elvira Palomino,
Ingénieure
juridique et avocateDans les projets d’envergure – ferroviaires, industriels… – la maîtrise de la preuve dépasse le strict cadre du contentieux. Elle devient un facteur structurant de gouvernance et de performance économique.
À mesure que les flux décisionnels se densifient, que les responsabilités sont distribuées et que les interfaces se multiplient, la capacité à produire, conserver et articuler la preuve devient une condition sine qua non du pilotage contractuel.
Pourquoi ce thème est-il critique ? Parce que l’absence de traçabilité ouvre la voie aux litiges, retards, surcoûts et failles de gouvernance. Dans les projets complexes, la preuve ne sert pas qu’à se défendre – elle permet d’anticiper, d’arbitrer, de justifier et de coordonner.
La traçabilité probatoire n’est pas qu’un outil juridique : c’est un levier de gouvernance contractuelle et de performance économique. Dans les projets complexes, documenter les besoins, les choix techniques et les actions correctives permet de capitaliser l’expérience, d’aligner les objectifs stratégiques et opérationnels, et de mieux maîtriser les coûts. L’exemple d’une initiative norvégienne montre qu’associer chaque projet à des « cartes de valeur » et intégrer la preuve dans un système partagé (KPI, PMO, microlearning) favorise les économies, l’apprentissage collectif et la fiabilité des décisions. La preuve bien structurée devient ainsi un outil clé de maîtrise des risques et d’efficacité.
Un levier de gouvernance contractuelle
L’intégration de la preuve dans la mécanique contractuelle commence dès la rédaction et le montage juridique. Il ne suffit pas d’évoquer des « notifications » ou des « échanges documentés » : encore faut-il les encadrer et en assurer la fiabilité. Contractualiser la traçabilité, c’est aussi se protéger contre l’informel, en cadrant les engagements pour qu’ils résistent à l’épreuve du temps.
La preuve doit s’intégrer comme un levier de gouvernance, et pas seulement comme archive juridique, ce que l’on constate trop souvent. La documentation probatoire reste une zone grise, à l’interface du juridique et de l’opérationnel. Dans la pratique, l’archivage probatoire se révèle non structuré, la collecte fragmentée, et l’exploitation analytique limitée. Faute d’anticipation, les preuves sont mobilisées tardivement, affaiblissant la position en cas de litige. Une culture probatoire cohérente, standardisée et intégrée au pilotage contractuel reste encore à consolider.
Culture commune de la preuve
Ainsi, les rapports 2013, 2021 et 2025 de la Queen Mary University of London soulignent que l’une des principales causes d’inefficacité, voire d’échec, dans l’arbitrage international réside dans une gestion inadéquate de la preuve : surabondance documentaire (excès et dérives de la production documentaire, manque de contextualisation ou maîtrise de la chaîne probatoire). Ces études recommandent une gouvernance probatoire plus proactive, tri précoce des demandes infondées et recours ciblé à l’intelligence artificielle, afin de gagner en efficacité, en fiabilité et en maîtrise des coûts.
En France, la culture de la preuve dans les projets d’infrastructure reste marginale, alors même qu’elle conditionne directement leur performance économique. Pourtant cette « gouvernance de la traçabilité probatoire » permettrait de prévenir de nombreux litiges, de fluidifier les arbitrages en interne.
Dans les projets complexes, l’ingénieur juridique s’impose comme un acteur stratégique encore trop méconnu. En troquant la robe de l’avocat pour le casque du maître d’œuvre juridique, il se positionne au cœur de l’action : il structure les fondations probatoires du projet et veille à la solidité juridique de son exécution. Véritable pilote de la gouvernance de la preuve, il encadre l’accès, la production et l’utilisation des éléments probatoires tout au long du cycle contractuel.
Dès la phase de rédaction des contrats, il conçoit les outils et les procédures de traçabilité documentaire, limite les coûts cachés et favorise l’activation précoce des mécanismes de dispute avoidance. En instaurant une culture partagée de la preuve, il révèle la valeur stratégique d’un actif souvent négligé, au service d’une meilleure gestion des risques et de la performance économique.
L’intégrer au cœur de la gouvernance d’un projet commun, avec l’aval de toutes les parties prenantes, c’est amorcer un véritable changement de paradigme : faire de la gestion de la preuve un enjeu systémique, transversal à l’ensemble des acteurs.
Ce positionnement permet d’instaurer une culture commune de la preuve – catalyseur de transparence, de traçabilité et de responsabilité – portée par un système documentaire probatoire partagé.
Cette logique rejoint les évolutions en cours au Royaume-Uni, où des projets comme Crossrail ou HS2, appuyés par le Construction Playbook et les standards contractuels de l’État, traitent la gestion structurée de l’information – via le Common Data Environment et le BIM – comme un levier de gouvernance publique, non comme un simple outil technique.
Références
1. Queen Mary University of London, Corporate choices in International Arbitration Industry perspectives | International Arbitration Survey. 2013 (5-10)
2. Queen Mary University of London; White & Case LLP, Adapting arbitration to a changing world, International Arbitration Survey: (2021)
3. International Arbitration Survey – The path forward: Realities and opportunities in arbitration (2025).
4. Artto, K., Kujala, J., Dietrich, P., & Martinsuo, M. (2008). What is project strategy ? International Journal of Project Management, 26, 4–12.
5. Asiedu, R. O., Adaku, E., & Owusu-Manu, D. G. (2017). Beyond the causes: Rethinking mitigating measures to avert cost and time overruns in construction projects.
6. Beste, T. (2021). Knowledge transfer in a project-based organization through microlearning on cost-efficiency. The Journal of Applied Behavioral Science . July 2021.
7. Strategic change towards cost-efficient public construction projects, Teresa Beste, Ole Jonny Klakegg, International Journal of Project Management 40 (2022) 372–384
8. Cost overruns in infrastructure projects evidence and implications, Alexandria Edwards, journal of economics library, volume 8 March 2021 Issue 1.
9. Cost overruns of infrastructure projects – distributions, causes and remedies, Jonas Eliasson, 3 December 2024.
10. A literature review of the quantification of hidden cost of poor quality in the historical perspectives’ S. Mahmood, N.I. Kureshi , Journal of Quality and Technology Management Volume XI, Issue I, June 2015, Page 01–24
11. Research on collaborative Mechanisms of Railways EPC projects design and construction from the perspective of social Network Analysis. Zilufan, Yuming Liu Yaxin Li. Systems 2023,11, 443. P. 7.
12. The Construction playbook , government guidance on sourcing and contracting public works projects and programmes. September 2022.
Financement des transports : replacer les finalités au coeur du débat.
Alors que se tient Ambition France Transports, la nation doit d’abord déterminer ses besoins. Et prendre en compte la nécessité d’une transition énergétique accélérée. Enfin, nous devons évaluer notre « degré d’ambition », écrivent dans cette tribune
Par Mickaël Tauvel et Arsène Ruhlmann (Arthur D. Little)
Le débat national en cours sur le financement des transports constitue une séquence essentielle pour l’avenir des mobilités en France. Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et d’attentes croissantes de la part des citoyens (89 % considèrent prioritaires les investissements dans le ferroviaire et 84 % dans les bus), la nécessité de trouver de nouveaux leviers est largement partagée. Mais pour sortir des débats légitimes sur les besoins de financement public, cette réflexion ne pourra être pleinement utile que si elle s’appuie sur une vision d’ensemble cohérente, fondée sur des finalités explicites.
Depuis l’annonce de ce débat sur le financement des SERM et plus largement sur les mobilités, les contributions se multiplient pour chiffrer les besoins, identifier les marges de manœuvre dans les recettes propres ou suggérer des optimisations de la dépense. Ces travaux sont utiles, mais ils éludent trop souvent une question pourtant fondamentale : à quelle ambition souhaitons-nous répondre ? A quels besoins devons-nous répondre ?

Arsène Ruhlmann Pression financière
Un constat s’impose, bien qu’il soit rarement posé avec clarté : quelle que soit la trajectoire choisie, le système de transport français devra faire face à une pression financière croissante et structurelle d’ici 2050. Le changement climatique est désormais une réalité, probablement au-delà de la trajectoire des +2 °C prévue par l’Accord de Paris, selon les travaux du GIEC. Cette situation entraînera une multiplication des événements climatiques extrêmes – inondations, canicules, glissements de terrain – qui exigeront des investissements massifs pour adapter les infrastructures. L’épisode récent dans la vallée de la Maurienne, avec 19 mois d’interruption du trafic ferroviaire vers l’Italie, en est une illustration concrète. D’autres impératifs d’adaptation des infrastructures comme l’accès PMR, la résilience aux cyber-attaques (dont le cadre européen est en cours de transposition), viennent s’ajouter et alourdir la facture.
Par ailleurs, la transition énergétique impose, a minima, de décarboner les motorisations thermiques actuelles des voitures, tout comme celles des bus et cars (dont l’électrification de la flotte en 2023 était de 2 %), ce qui implique un renouvellement accéléré des flottes et des surcoûts d’investissement dès la prochaine décennie.
S’y ajoute une troisième dimension : le degré d’ambition que nous souhaitons donner à la transition modale. Nous n’avons pas vocation à trancher ce débat politique, mais les ordres de grandeur sont connus. Aujourd’hui, la voiture représente 83 % des kilomètres parcourus en France, contre environ 14 % pour le train et les transports en commun réunis. Si l’on veut faire évoluer cette répartition, comme le souhaitent de nombreuses Autorités Organisatrices (via les SERM, les projets de tramways, les nouvelles lignes de métro…), cela nécessitera mécaniquement un accroissement substantiel du budget alloué au transport public.
400 euros de dépense annuelle par habitant
Ce débat gagnerait à être objectivé. Nous estimons que le budget global des transports publics s’élève à environ 27 milliards d’euros par an, dont 5,9 milliards proviennent des usagers (22 % du total) ; le transport ferré représente quant à lui un gros tiers de la dépense (10,4 md€). Cela représente une dépense annuelle de 400 € par habitant. Les écarts territoriaux sont significatifs : l’Île-de-France concentre 40 % de la dépense pour 17 % de la population (soit une dépense de 1 000 € par habitant, dont 36 % proviennent des recettes tarifaires) ; dans la métropole de Lyon il atteint 809 € contre 308 € à Toulon ou Bayonne, pourtant toutes labellisées SERM.

Mickaël Tauvel © adlittle Dans tous les cas, une hausse du budget des transports apparaît inévitable
Dans les aires urbaines de plus de 700 000 habitants, on ne compte en moyenne que 4 TER par gare après 19 h, et 1,36 après 21 h. Dans celles de 50 000 à 200 000 habitants, on tombe à 2 trains seulement après 19 h. Ces chiffres illustrent clairement les limites de l’offre actuelle.
Pour fixer le « bon » niveau, il convient de partir des besoins, fixer une ambition et un cap en termes d’accessibilité aux transports, de part modale, de vitesse de décarbonation, de consommation de ressources et d’efficience énergétique, et d’y ajuster les solutions de financement aux besoins fixés.
Mais financer cette montée en puissance, même minime – qu’il s’agisse de résilience, de décarbonation ou de services – requerra inévitablement des dépenses nouvelles.
Dès lors, sans nouvelles ressources, des arbitrages devront être faits sur le maintien de l’existant comme l’avait proposé le rapport Spinetta en 2018 (en réduisant le réseau ferré d’environ 30 % pour rendre le financement soutenable à moyens constants). Le développement de l’existant fera lui croître la dépense, quelles que soient les modalités retenues.
Prioriser en fonction de l’apport social
Pour rendre cette hausse de l’offre réaliste, il convient d’avoir recours à tous les leviers à disposition : la croissance du financement public paraît incontournable, de même que les recettes tarifaires et l’appoint des revenus hors transports (publicité, commerces, immobilier). Mais cela devra aussi se faire en cherchant une meilleure optimisation de l’argent dépensé : le transport urbain coûte 0,64 €/passager-km dans les 24 SERM soit près du double de l’IDF (0,37 €/pax-km).
In fine, les projets à financer devront aussi être priorisés selon leur apport social, par exemple en évaluant le coût de la tonne de CO₂ économisée (ou ajoutée !) par de nouveaux projets.
À court terme, une telle transition représente un coût pour les finances publiques. Mais à l’échelle du système, elle est aussi porteuse d’économies significatives pour les ménages : un changement de mode de déplacement peut réduire leurs dépenses de près de 60 %. Il est donc légitime que les pouvoirs publics cherchent à capter une partie de ces économies – par la fiscalité ou la tarification.
À titre d’exemple, si les 25 plus grandes métropoles françaises atteignaient le même taux de pénétration de l’abonnement transport chez les actifs que la région Île-de-France, cela représenterait 410 millions d’euros de recettes supplémentaires par an à tarif constant.
Encore faut-il décider collectivement de la trajectoire que l’on vise sur le long terme (du sursaut d’offre pragmatique à la révolution des mobilités), etc. et de s’y tenir car les transports ont besoin d’une visibilité sur le temps long.

Trains autonomes : Futurail lève 7,5 millions d’euros
La startup européenne Futurail, dirigée par une équipe de spécialistes de l’autonomie routière, se lance dans le ferroviaire. Elle vient de boucler un financement de 7,5 millions d’euros pour accélérer l’automatisation de la conduite des trains. L’entreprise développe un système atonome baptisé FUTURAILDriver, qui s’intègre aussi bien aux trains neufs qu’aux flottes existantes. Il permet de lutter contre la pénurie de conducteurs, notamment pour une exploitation optimisée de lignes secondaires. En renforçant la connectivité régionale et en augmentant la capacité opérationnelle du réseau, FUTURAILDriver ambitionne de participer à la réactivation d’axes ferroviaires jusque-là non viables.
La startup bénéficie de premiers partenaires stratégiques. En Europe, elle collabore avec le groupe alsacien Lohr, spécialiste mondial de la conception et de la fabrication de systèmes de transport, y compris ferroviaires. Aux États-Unis, elle a noué un partenariat avec Parallel Systems, une startup de wagons autonomes fondée par d’anciens ingénieurs de SpaceX.
Créée en 2023, Futurail est dirigée par d’anciens cadres de Tesla, Argo AI et Edge Case. Ces spécialistes des véhicules autonomes ont décidé de mettre leur expertise au service du ferroviaire pour « réinventer le rail et faire des trains le mode de transport le plus attractif ». « En dirigeant l’équipe Autopilot chez Tesla, j’ai pu constater comment l’autonomie peut transformer complètement une industrie », explique Alex Haag, Pdg et co-fondateur de Futurail.
Futurail a levé ses 7,5 millions principalement auprès des fonds Asterion Ventures, basé à Paris, et le bavarois Leap435. Un million d’euros provient de subventions publiques de la Région Grand Est et du gouvernement français dans le cadre du Plan France 2030.

Le scénario sans voiture de Forum Vies Mobiles
Les Français sont enfermés dans une dépendance à la voiture coûteuse. Un nouveau système proche des réalités territoriales et prêt à être expérimenté existe que Forum Vie Mobiles promeut dans sa dernière étude portant sur « une alternative crédible, moins coûteuse et plus écologique que la voiture ».
Dans son précédent rapport sur « les éconduits » de la voiture, Forum Vies Mobiles révélait que 12% seulement des Français se considèrent réellement libres de conduire, où et quand ils veulent. L’institut de recherche financé par la SNCF estimait aussi le coût du « système voiture » à plus de 300 milliards d’euros par an pour la société française, sans compter sa responsabilité dans 15% des émissions de CO2, la pollution, l’occupation de l’espace public. Le « système alternatif des mobilités » qu’il propose ne coûterait que 60 milliards d’euros, avec une durée d’amortissement prudente, de 10 à 15 ans.
Le modèle, susceptible de garantir la mobilité au plus grand nombre, est pensé par Forum Vie Mobiles comme « une sécurité sociale de la mobilité ». Il passe par un choc de l’offre de transport collectif et une nouvelle organisation systémique.
Un réseau ferroviaire entretenu et rénové peut permettre un service cadencé de trains du quotidien, à la demi-heure la journée et à l’heure la nuit. La libération de près de la moitié des routes locales de l’emprise de la voiture peut favoriser les vélos, les piétons et les transports collectifs pour une desserte cadencée. Ces offres doivent être harmonisées, intégrées, notamment grâce à une billetterie à échelle nationale. « Sans un réseau cadencé, des infrastructures dédiées, une lisibilité nationale et une limitation de la voiture, la bascule ne pourra pas se réaliser », insistent les auteurs du rapport.
Une évaluation menée dans sept départements
Pour vérifier la faisabilité technique et financière de leur scénario, deux ans d’études ont été menés par des spécialistes. Le système de trains et cars déployé en Suisse, et celui de vélos et de trains aux Pays-Bas, ont confirmé qu’une réduction de l’usage de la voiture était possible. Sept départements français, ruraux, périurbains et métropolitains, ont également été sélectionnés pour évaluer précisément la faisabilité du modèle alternatif sur différents territoires.
Selon Forum Vies Mobiles, ce scénario concret ne repose sur aucune technologie nouvelle ou expérimentale mais sur la montée en puissance de solutions et infrastructures immédiatement disponibles : trains, bus, cars, réseaux cyclables et piétons. « Il ne demande ni miracle technologique ni décennies d’attente, il peut être expérimenté et mis en œuvre aujourd’hui », insiste Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles.

Dans un an, à l’ombre des panneaux, les parkings prendront le virage de la transition énergétique !
Ondine Prévoteau, avocate associée, Bignon Lebray
Un périmètre d’application ciblé
Le principe est clairement énoncé par l’article 40 de la loi : l’installation d’ombrières photovoltaïques sur plus de 50% de la superficie des parkings extérieurs de plus de 1 500 m² est obligatoire. A cet égard, il apparait utile de rappeler que les définitions officielles de l’ombrière photovoltaïque (JORF n°0095 du 22 avril 2023 – article 106 et JORF n°0235 du 8 octobre 2021 – texte n°8) imposent une double fonction : procurer de l’ombre et produire de l’énergie électrique, mais également une structure surélevée.
L’obligation concerne tous les parkings, qu’ils soient attenants à des bâtiments commerciaux, industriels, administratifs, tertiaires, ou résidentiels, gérés en copropriété ou par des bailleurs institutionnels, dès lors que leur surface dépasse 1 500 m². Au-delà de ce principe très clair, les modalités de mise en œuvre apparaissent plus complexes.
S’agissant des modalités de détermination des seuils, il faut tenir compte des emplacements destinés au stationnement des véhicules et de leurs remorques, lorsqu’ils sont situés en dehors de la voie publique, mais au sein d’un périmètre compris entre la/les entrée(s) et la/les sortie(s) du parc mais également des voies de circulation, aménagements et zones de péage permettant l’accès à ces emplacements.
En revanche, sont exclus de la surface les espaces verts, de repos, zones de stockage, zones logistiques ou de manutention, ainsi que les zones affectées aux véhicules transportant des marchandises dangereuses ou celles situées à proximité d’une ICPE.
Des dérogations possibles mais encadrées
Les décrets n°2023-1193 du 20 décembre 2023 et n°2024-1023 du 13 novembre 2024 détaillent les exceptions ou dérogations à l’obligation, soit pour l’exonérer purement et simplement, soit pour moduler le seuil de 50 % de la surface à couvrir.
À cet égard, les contraintes techniques, de sécurité, architecturales, patrimoniales ou environnementales peuvent permettre une exonération ou un ajustement notamment en cas d’incompatibilité avec des règles d’urbanisme locales, de parcs déjà ombragés ou équipés de procédé de production d’énergie renouvelable, ou encore destinés à être détruits ou transformés.
La non-rentabilité économique peut constituer une dérogation, mais sera appréciée selon des critères objectifs : coûts d’installation, temps de retour sur investissement, tarifs de rachat, contraintes d’exploitation.
Ces exceptions ou dérogations ne sont pas automatiques. Une demande doit être adressée au Préfet, ou être faite via une demande d’autorisation d’urbanisme. En effet, les ombrières restent soumises aux règles d’urbanisme locales, et peuvent nécessiter, selon le projet, un permis de construire ou une déclaration préalable.
Un calendrier contraint et des sanctions élevées
Les parkings existants au 1er juillet 2023 devront être équipés avant le 1er juillet 2026 si leur surface est supérieure ou égale à 10 000 m², ou avant le 1er juillet 2028 pour les autres. Les nouveaux parkings doivent intégrer l’équipement dès la conception. Ces délais ont été anticipés au 10 mars 2023 pour les nouveaux parkings gérés en concession ou en délégation de service public.
Une adaptation du calendrier peut être sollicitée auprès du Préfet, mais ne sera recevable qu’en cas de retard indépendant de la volonté du gestionnaire du parc (par exemple un prestataire défaillant alors qu’un contrat a été dûment signé).
Les manquements sont sanctionnés par une amende dont le montant sera « proportionné à la gravité du manquement » et donc soumis à l’arbitraire de l’autorité ou d’un tribunal, avec toutefois un plafond de 40 000 € si le parc est de plus de 10 000 m² et de 20 000 € en deçà. Cette sanction s’entend par année jusqu’à la mise en conformité.
Des enjeux multiples pour les acteurs de l’immobilier
L’équipement en ombrières impacte la manière dont il faudra gérer et valoriser les actifs immobiliers. Pour les propriétaires, elle représente une opportunité de valorisation énergétique et une source potentielle de revenus. Elle implique une évaluation du foncier non plus uniquement selon des critères d’usage ou de rentabilité locative, mais aussi en termes de potentiel de production d’énergie. Elle nécessite une gestion plus technique, incluant la maintenance des installations.
Pour les promoteurs et aménageurs, elle implique une intégration dès la phase de conception architecturale et de dépôt de permis. Les contraintes d’orientation, de surface, d’ombrage, de fondations et de raccordement doivent être intégrées très tôt.
Les bailleurs devront intégrer cet investissement dans leur plan de rénovation ou de maintenance. Ils devront budgétiser cette dépense comme une ligne de travaux obligatoires à moyen terme et l’intégrer aux plans pluriannuels de travaux.
Les ombrières ne sont cependant pas qu’une contrainte : elles peuvent générer des recettes ou réduire les charges d’exploitation (revente d’électricité, autoconsommation) et sont un beau vecteur de valorisation d’image des actifs de nature à influencer l’attractivité commerciale d’un site.
Enfin, des enjeux juridiques sont à prévoir au regard des droits au sol, servitudes et baux commerciaux : qui possède le droit d’exploiter la toiture de l’ombrière, quelle servitude ou convention signer pour permettre le raccordement, la maintenance ou la vente d’électricité, comment répartir les charges ou les recettes si le site est occupé par plusieurs locataires commerciaux. Les baux notamment devront être mis à jour et des conventions d’occupation temporaire ou de mise à disposition peuvent être nécessaires.